L'Amour
Malade,
Grand
Ballet du Roy à dix
Entrées
dansé
par sa Majesté le 17. jour de Ianvier
1657
Livret
de Francesco Buti
augmenté de saynettes d'Isaac de Bensérade
musique
de: Jean-Baptiste
Lully
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ARGUMENT
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Deux
grands Medecins le Temps & le Depit, apres
une petite consultation qu'il s font sur la maladie dont
Amour est affligé, en presence de la
Raison qui luy sert de garde, ordonnent pour remede
le divertissment d'un Ballet faccieux, divisé en dix
Entrées comme autant de prises, apres chacune
desquelles l'un de ces Consultans chante quelques Vers: Et
le Ballet achevé Amour confesse aussi-tost le
soulagement qu'il en a receu.
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les
personnages:
L'Amour
La Raison
Le Temps
Le Depit
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La
Raison fait le Prologue
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Paix,
paix, ne faits point de bruit,
Amour, le coeur blessé d'une douleur extresme,
Luy de qui tant de gens se plaignent jour & nuit,
Souffret & se plaint icu uy-mesme:
Paix, paix, ne faites point de bruit.
Pour
avoir enduré sans fruit
Tantost d'une aspre ardeur le violent martyre,
Et tanstost les froideurs de l'objet qui le fuit,
Il est tombé dans le delire:
Paix, paix, ne faites point de bruit.
Dans la
fievre qui le destruit,
Moy, qui suis la Raison, je le garde sans cesse;
Mais le pauvre insensé croit que mon soing luy
nuit
Et dit que j'ay trop de rudesse:
Paix, paix, ne faites point de bruit.
Le
Temps Medecin bient instruit,
Et le triste Depit veulent guerir sa peine;
Mais je crains en l'estat où son mal est reduit,
Que la sciene ne soit vaine:
Paix, paix, ne faites point de bruit.
Que
bon-heur icy les conduit
En faveur du Malade ? il faut que j'y demeure,
Pour faire à ces Messieurs un fidele recit
De ce qu'il a fait d'heure en heure:
Paix, paix, ne faites point de bruit.
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Le
Temps, le Depit, la Raison
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Le
Temps:
Comment se porte-on ?
Le
Depit:
Que fait nostre malade ?
La
Raison:
Son mal me semble grand, & je me persude
Qu'il empire toujours.
Le
Temps:
A-il mangé ?
La
Raison:
Bien peu.
Le
Depit:
Dort-il ?
La
Raison:
Iamais.
Le
Temps:
Il brusle ?
Le
Raison:
Il est toujours en feu.
Le
Depit:
Se paint-il quelquefois de l'ardeur qu'il endure
?
La
Raison:
Helas ! incessamment il se plaint & murmure
!
Le Temps
& le Depit:
C'est sans doute un grand mal que celuy de l'Amour,
Mais jamais de ce mal on n'a perdu le jour.
Le
Temps:
Tant de lustres passez, & tant d'Olympiades
Qui m'ont instruit en l'art de guerir les malades,
Mont fait voir de ceux-cy remplir les hospitaux,
Mais tous en sont sortis bien gueris de leurs maux:
Que si jadis Leandre, Hero, Tisbé, Pyrame,
Ont par luy de leurs jours senty couper la trame,
C'est qu'en ces premiers temps il fut plus furieux;
Mais les siecles derniers bien plus insdustrieux
Contre ce mal cruel s'estans mis en defense
Ont insensiblement calmé sa violence,
Et ce qu'on estimoit autrefois un tourment
N'est que galanterie & divertissement.
Le
Depit:
Ceux que le peuple croit par une erreur grossiere
Souffrir des traits d'Amour l'atteinte la plus sure,
Sont malades souvent d'exces de vanité,
D'envie & d'interest, ou bien de volupté;
Et mesmes quelquefois on a mis en pratique
De colorer d'amour la fine Politique.
La
Raison:
Et j'en connois encor qui tou s pleins de
santé
Faignent adroitement d'estre à
l'extremité,
A dessein d'obtenir des dames pitoyables
Certains medicaments qu'ils trouvent
agreables.
Le
Temps:
Tout ce déguisement que je ne puis souffrir
Tost ou tard par mes soins vient à se
descouvrir.
Tous
Ensembles:
La grand mal ! qu'en Amour causent ces impostures
A ceux qui sont atteints d'effectives blessures !
On ne dicerne plus le vray d'avec le faux,
Et souvent, negligeant de veritables maux,
On donne vainement recette sur recette
A tel qui joüissoit d'une santé
parfaite.
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Le
Temps, le Depit, la Raison, Amour dans son
lit
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Le
Temps:
Il faut voir le malade.
La
Raison:
Aprochez le voilà;
Mais ne l'éveillez pas, je croy qu'il dort,
paix-là.
Amour:
Raison, qui vainement tu crois que je sommeille !
Les yeux ouverts ou clos incessamment je
veille.
Le
Depit:
Le beau malade ! & bien comment vous portez-vous
?
Amour:
Sans doute beaucoup mieux.
Le
Temps:
Tastons un peu son poulx.
Amour:
Ie me sans tout en feu, sans cesse je
soupire.
Le Temps,
tenant le bras d'Amour
O Dieux ! qu'il est frequent !
Amour:
Mais mon plus grand martyre
Vient de mille soupçons qui font naistre dans moy
Le dessein de quitter qui me manque de foy.
Le
Temps:
Il est intermittent; dieux ! comme il s'embarasse !
D'un mal tres-dangereux ce mouvement menace.
Le
Depit:
Quel poulx ! J'y reconnois dés le premier
abord
Toutes les qualitez qui presagent la mort.
Le
Temps:
La teste vous fait mal ?
Amour:
Ie n'ay douleur aucune,
Et pour dire la vray vostre soin m'importune.
Le
Temps:
Le mal est dangereux qui nous trouble à tel
point
Qu'au fort de ces accés nous ne le sentons
point.
Le
Depit:
Vostre langue ?
Amour,
extravagant:
L'objet qui captive mon ame
N'est qu'ardeur & que flame,
Ce s yeux toujours estincelans
Paroissent des éclairs brûlans,
Tant leur lumiere est surprenante;
Et sa bouche haute en couleur
N'est pas moins qu'une braise ardente
Capable de brûler mon coeur:
L'objet qui captive mon ame
N'est qu'ardeur & que flame.
Le
Depit:
Sur cette langue en feu nous voyons clairement
Qu'il s'allume en son sein un grand
embrasement.
Le Temps,
parlant à la Raison:
Il est fort alteré ?
La
Raison:
Vous le pouvez bien croire,
Mais loin du doux nectar qu'il desire de boire,
Ce malheureux enfant n'a que l'eau de ses pleurs
Pour mederer l'excés de ces vives
chaleurs.
Amour,
à la Raison:
Aprenez, ô ma garde ! un peu trop vigilente,
Que l'on ne connoist pas l'ardeur qui me tourmente,
On me traite en malade alors que je suis sain;
Cependant je medite un genereux dessein
De ne plus retourner sous l'injuste puissance
Qui du mal que j'endure a causé la
naissance.
Le Temps,
le Depit & la Raison:
Ses pieds sont deja froids & ce grand tremblement
Marque de la nature un entier manquement.
Le
Depit:
Ce frois d'extrémitez que ce malade endure
Est tenu dans nostre art pour un mauvais
augure.
Le Temps,
le Depit & la Raison, ensemble:
Quand avec tant de vanité
Un pauvre amant nous dit qu'il reprend sa santé
Nous devons juger qu'il empire:
Et quoy que son coeur irrité
Contre l'Amour luy fasse dire,
Il ne dit point la verité.
Quiconque est bien guery veut bien moins le parestre,
Et vit en homme sain sans se vanter de
l'estre.
Le
Temps:
Nous voila bien instruits, consultons entre
nous.
Le
Depit:
De cette extravagance & de ce mauvais pilx,
Ioints avec cette haleine & courte &
languissante,
Je juge que ce mal est une fievre ardente:
A dire vray pourtant j'en espere fort bien;
Car ce mal dont se rit le sçavant Galien
Jusqu'à l'extrémité porte souvent les
hommes,
Mais n'en fait plus mourir dans le siecle où nous
sommes.
De
l'Amtimoine expres de ma main preparé
Y seroit ce me semble un remede asseuré,
En chanssant de son sein l'humeur qui fait sa peine,
Ce fascheux mal d'amour se changeroit en
haine.
La
Raison:
Ce ne sera jamais de mon consentement
Que l'on luy fera prendre un tel medicament,
Dont la force nuisible à tout ce qui respire
N'appaise point un mal sans causer un pire.
Le
Temps:
Ie trouve comme vous qu'icy l'on peut juger,
Et que le mal est grand, & qu'il est sans danger;
Mais pour remede, au lieu de celuy qu'on propose,
Ie voudrois tous les jours luy donner une dose
D'un Syrop composé de l'orgueil, des rigueurs,
Des fourbes de l'objet qui cause ses douleurs,
Et qu'on luy fit user de cet amer breuvage
Quand on void que son mal le presse
davantage.
Tous Trois
Ensemble:
Cette recette asseurément
Est fort sagement ordonnée
Pour guerir le déreglement
D'une passion obstinée:
C'est l'unique secret de ces fieres beautez
Qui sçavent si long-temps conserver leur
victoire,
De faire perdre la memoire
De leurs indignes cruautez.
Amour:
Non, non, je ne veus point guerir,
Ie cheris mon mal, quoy qu'extrême,
Et je me resous à mourir
Plustost qu'à quitter ce que j'ayme:
Quand je pense à l'objet de mes ardens desirs
Ie prefere à tous biens le mal dont je soupire,
Et crois qu'en amour le martyre
Contente plus un coeur que les autres
plaisirs.
Le
Temps:
Pendant que ce remede à loisir ce dispose,
On peut flater son mal de quelque peu de chose:
Faites donc un Ballet court & facecieux,
Meslez-y quelques Airs des plus melodieux,
Qu'on haste le remede & que sans plus attendre
Sitost qu'il sera prest on le luy fasse
prendre.
Amour:
Celuy qui souffre constamment
Les doux ennuis que l'Amour cause,
Se persuade fortement
Qu'en amour plaisir & tourment
Ne sont rien que la mesme chose,
Que l'on nomme indifferemment.
Le Temps,
la Raison & le Depit:
Preparons donc d'une main diligente
Les medicamens resolus:
Celuy qui peut guerir du mal qui le tourmente,
S'il en laisse passer l'occasion presente,
Souvent pour elle apres fait des voeux superflus,
Et la voulant trouver ne l'a retrouve plus.
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Le
Divertissement faitla premiere Entrée,
accompagné de quelques uns de ses suivants, qui
composent une Musique d'instruments.
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Le
Depit:
Sans beaucoup de difficulté
Il avale ce doux breuvage;
Dans l'amoureuse infirmité
Quand du remede ont peur souffrir l'usage
On commence d'estre en santé.
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Deux
Astrologues poursuivis chacun par son propre malheur,
taschent en vain par le moyen de leur art d'attraper le
bon-heur.
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Le
Temps:
Helas ! ce n'est pas de ce jour
Que l'Astrologie en amour
A predit de fausses nouvelles !
Les Astres y sont infideles:
Et ce qui veritablement
Est caché dans le coeur des belles
Ne se void jamais clairement.
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Deux
chercheurs de tresors sont joüez par deux Esprits
folets, mais enfin rudement battus par quatre
Demons.
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La
Raison:
Combien de malheureux amans
Qui cherchent des tresors d'amour & de constance,
Apres mille travaux & mille égaremens
Ne trouvent à la fin que peine & que souffrance
!
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Quatre
braves Galands se battent pour une querelle arrivée
en la conversation qu'ils ont euë avecque deux
Coquettes.
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Les
Suivantes des Coquettes:
Que deviendroit l'Amour s'il n'estoit des Coquettes ?
Ce Dieu fuit le respect & cherche l'engouement;
Une beauté severe attire foiblement
Et les Galands & les fleurettes:
Que deviendroit l'Amour s'il n'estoit des Coquettes
?
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Unze
docteurs reçoivent un Docteur en Asnerie, qui pour
meriter cet honneur soustient des Theses dediées
à Scaramouche.
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Les
Docteurs:
Faison raisonner jusqu'aux Cieux
Les loüanges de sa sagesse,
Et qu'auroient pû dire de mieux
Tous les Philisophes de Grece ?
Faison raisonner jusqu'aux Cieux
Les loüanges de sa sagesse.
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Huit
Chasseurs vont à la chasse avec des
tambours.
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Le
Temps:
L'Amour est une douve chasse
Où l'on s'exerce iour & nuit;
Mais plusieurs y courent sans fruit:
Et ce qui cause leur disgrace,
C'est qu'ils chassent à trop grand
bruit.
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Deux
Alchimistes veulent changer le mercure en argent, & le
succés impreveu de cette entreprise, donne occasion
à six Mercure qui paroissent de se mocquer
d'eux.
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Le
Depit:
Dieux ! que ie plains un malheureux amant
Qui se pretend faire aymer constamment
D'une beauté legere & déloyale !
Vouloir faire ce changement,
C'est travailler bien vainement.
Et la pierre philosophale
Se treuveroit plus aysément.
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Six
Indiens & six Indiennes basannez portent des parasols
pour se defendre du hasle.
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La
Raison:
Ces Indiens que nous voyons
Apres que la Soleil a noicy leurs visages
Eviter avec soin l'ardeur de ses rayons,
Ne nous paroissent pas trop sages;
Mais combien d'amants incensez
Semblent les imiter par leur tardive crainte,
Et qui des traits d'Amour veulent parer l'atteinte
Lors seulement qu'ils se trouvent blessez.
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Iean
Doucet & son Frere veulent tromper quatre
Bohemiennes.
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Le
Temps:
Parmy ces galands d'importance
Qui sont jaloux iusqu'à lexcés,
Et qiu pensent par leur prudence
Prevoir & prevenir les dangereux succés,
Combien est-il de Ieans Doucet ?
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Les
Paysans:
Qui nous prendroit pour gens d'entendement
Se tromperoit bien lourdement;
Est-il sottise plus certaine
Que le mariage des gueux ?
Qui n'ont pour succés de leurs voeux
Que de faire des malheureux
Pour le mespris & pour la peine.
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Apres
le Ballet dansé Amour chante
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Amour:
O ! Que ce divertissment
M'a donné dans mes maux une treve agreable !
Ie sans bien depuis un moment
Que mesme n'estant point amant
On peut gouster un plaisir veritable.
Le Temps,
le Depit, la Raison & Amour:
Qui des-accoustume son coeur
De penser au mal qui l'accable,
Contre l'amoureuse langueur
Trouve un remede incomparable:
Nous reconnoissons chaque iour
Que les traits, les flames, les chaisnes,
Ne sont que des paroles vaines,
Et qu'on peut, quand on veut, guerir du mal
d'amour.
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Le
Divertissement fait la premiere Entrée,
accompagné de quelques-uns de ses suivants, qui
composent une Musique d'instruments.
|
pour
le
Roy,
representant le Divertissement
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Vous a qui le chagrin
deplaist infiniment,
Belles, qui n'avez rien que le plaisir en teste,
Vous ne sçauriez trouver de Divertissement
Qui soit plus agreable, & qui soit plus honneste:
N'en cherchez point un autre, arrestez-vous icy,
Croyez qu'il n'en est point que vaille celuy-cy,
Il est doux, & n'a rien qui lasse & qui
dégouste;
Une Reyne apres tout de bon coeur le prendroit,
Mais la dificulté que j'y voy, c'est qu'il
couste,
et que l'on ne peut pas l'avoir comme on
voudroit.
Au reste qu'un amant
vous cause une langueur,
Et qu'il tienne en secret vostre ame embarassée,
Ce DIVERTISSEMENT vous l'ostera du coeur
Et vous inspirera une autre pensee:
Vous ne vistes jamais de changement si prompt,
Vos feux serton esteints, vos chaisnes se rompront,
Il faut qu'à son pouvoir toute puissance cede;
Mais de peur d'un abus qui vous seroit fatal,
Je ne vous répons pas außi que le remede
Ne devienne à la fin plus cruel que le
mal.
|
|
Deux
Astrologues poursuivis chacun par son propre malheur,
taschent en vain par le moyen de leur art d'attraper le
bon-heur.
|
|
le
Duc Danville,
representant le Bon-heur
|
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|
Si ce
n'est toujours malheur
Qu'aymer, c'est toujours douleur;
I'ayme, & suis le BON-HEUR mesme,
PArce que je croy qu'on m'ayme:
Helas ! on m'ayme en effet;
Cependant ma peine monstre
Que sur terre on ne rencontre
Jamais un Bon-heur parfait.
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|
Deux
chercheurs de tresors sont joüez par deux Esprits
folets, & enfin rudement battus par quetre
Demons
|
pour
le
Comte de Seri,
&
M. de Rassan,
representans deux Esprits folets
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|
Sommes-nous
pas brillans autant qu'on le peut estre ?
Et vous qui nous craignez pendant l'obscurité;
Ayans tant de justesse & tant d'agilité,
N'apprehendez-vous point de nous voir disparestre
?
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|
pour
le Marquis de Genlis,
representant un Demon
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Les
Dames sans frayeur me trouvent sur leur voye,
Ma taille est assez belle & j'ay l'air assez bon;
Außi le masque seul empesche qu'on ne voye
PAr où je suis le plus Demon.
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Quatre
braves Galands se battent pour une querelle arrivée
en la conversation qu'ils ont euë avecque deux
Coquettes.
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|
pour
le
Comte de S. Aignan,
representant un brave Jaloux
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Aymables
Beautez, entre nous
Je fais semblant d'estre Jaloux,
De cette paßion j'ay l'ame dépourveuë,
Et ne l'a cognois que de veuë:
Mon coeur a toujours eu des sentimens meilleurs,
Et sur ce point là, comme ailleurs,
Je suis trop glorieux pour prendre de personne,
Mais volontiers je donne.
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pour
deux
Coquettes,
representées par
Messieurs de la Chesnaye, & Ioyeux
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Que
c'est un sot commerce ! & qu'on hait l'entretien
De ces froides Beautez qui ne panchent à rien !
Desirez-vous entrer dans l'ordre des Coquettes ?
Ayez beaucoup d'Amans & les ménagez bien,
Voyla toutes vos preuves faites.
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Chanson
des Coquettes:
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Il est
vray nos charmes vainqueurs
N'auroient pas trop de tous les coeurs,
Mille Amours nous suivent sans cesse;
Et l'embarras nous semble doux,
Quand il est causé par la presse
De ceux qui soupirent pour nous.
Nous
aymons à vaincre d'abord,
Et n'est point d'amoureux transport
Contre qui nostre humeur s'irrite:
Außi selon nos sentimens,
C'est la preuve d'un grand merite
D'avoir un grand nombre d'Amans.
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Chanson
contre les
Ialoux:
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Que les
Jaloux sont importuns !
Et quel malheur d'estre reduite
A la mercy de ces Tyrans communs !
Qu'il couste cher de les avoir soumis !
Puisqu'on a toujours à sa suite
Des Amans faits comme des Ennemis.
Ils
sont méchans & soupçonneux,
Il n'est point de bonne conduite
Qui ne paraisse un crime devant eux.
Qu'il couste cher, &c.
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Dialogue
des Coquettes
contre les Ialoux qui se battent
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La
Premiere:
Toujours ces incencez viennent
mal-à-propos.
La
Seconde:
Toujours mal-aisément leur caprice
s'apaise.
La
Premiere:
Helas ! ne sçauroit-on soupirer en repos
?
La
Seconde:
Helas ! ne sçauroit-on s'entre aymer à son
aise ?
Toutes
Deux:
N'accord Amour, trêve ny paix
A ces Amans nez pour plaire,
La guerre est juste & necessaire
Si les Ialoux y sont deffaits.
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pour
les
Pages & les Lacquais des Ialoux & des
Coquettes
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|
Coquettes
& Jaloux ont l'oeil bien désillé,
Et leur suite doit estre en vigilance experte;
Comme les Maistres sont à l'erte,
Le Train n'est pas moins
éveillé.
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Unze
Docteurs, reçoivent Un Docteur en asnerie, qui pour
meriter cet honneur soustient des Theses desiées
à Scaramouche.
|
pour
Baptiste
Compositeur de la Musique du Ballet,
representant Scaramouche
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|
Aux
plus sçavans Docteurs je sçay faire la
loy,
Ma grimace vaut mieux que tout leur preambule;
Scaramouche en effet n'est pas si ridicule,
Ny si Scaramouche que moy.
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Huit
Chasseurs vont à la Chasse avec des
Tambours
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|
pour
des Chasseurs
à grand bruit
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|
En
Amour, quoy que pourchasse
Un grand crieur, c'est sans fruit;
Il faut bien pour cette chasse
Autre chose que du bruit:
On se glisse, l'on s'écarte,
On attend patiemment,
Et l'on va tout doucement
De peur que le Gibier parte.
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|
Deux
Alchimistes veulent changer le mercure en argent, & le
succés inpreveu de cette entreprise, donne occasion
à six Mercures qui paroissent de se mocquer
d'eux.
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|
le
Comte de Seri,
representant un Mercure
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|
|
Que
d'honneur à la beauté
Par qui je suis arresté,
D'avoir osé l'entreprendre !
Car de mon temperament,
I'echape à qui me veut prendre,
Et me fixe rarement.
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|
le
Marquis de Genlis,
representant un Mercure
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|
|
|
Vous
trouverez en moy plus d'une qualité,
De l'esprit, un peu de bonté,
De l'addresse, & par intervalle
Quelque lüeur de probinté;
Mais d'y chercher de la beauté,
C'est la pierre Philisophale.
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|
Six
Indiens, & six Indiennes basannez portant des Parasols
pour se defendre du hasle.
|
|
pour
les
Indiens & les Indiennes portant des
Parasols
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|
|
|
Quelle
precaution peut-on mettre en usage
Contre tant de Soleils dont on ressent l'ardeur,
Quand il ne s'agit plus de sauver le visage,
Et qu'il est question de garentir le coeur ?
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|
Iean
Doucet & son Frere voulant tromper quatre
Bohemiennes
|
pour
Iean
Doucet & son Frere,
voulant tromper des Bohemiennes
|
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|
|
Quand
un homme fait le brave,
Et se croit en seureté
Pres d'une aymable Beauté
Qui tasche à le rendre esclave,
Et qu'elle employe à cela
Finement tout ce qu'elle a
De charmes & de jeunesse,
Il est comme Jean Doucet
Aupres d'une Larronnesse
Qui foüille dans son goucet.
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le
Marquis de Villeroy,
representant le Marié
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Me
voila donc Marié,
Mais veu ma taille & mon aage,
Rien ne sera décrié
Comme ma pauvre mesnage,
Et comment me comporter
Pour ne pas tant meriter
Qu'on me foüette ou qu'on me gronde ?
C'est un fardeau qu'épouser,
Et s'il peze à tout le monde,
Ne doit-il pas m'écraser ?
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pour
le
Duc Damville,
represetnant la Mariée
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Faire
ainsi l'Espousée, est fort peu convenable
Pour un pauvre Amoureux las de vivre en garçon:
Dieu vueille qu'on en voye une bien veritable
Qui soit de ma façon.
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pour
le
Roy,
representant un des Parens & Amis des
Mariez
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Dans
nos campagnes il court
Un bruit sourd,
Que tous les Beaux de mon âge
Dansent à ce Mariage
Non pas si bien que moy, mais de meilleur courage;
A son gré chacun discourt,
Et l'on ne conte au Village
Quelquefois comme à la court
L'Amy le plus apparent
Et parent,
N'est point fasché ce me semble,
Toute Nopce se ressemble,
Et l'on voit sans chagrin les Mariez ensemble;
Pourquoy s'aller figurant
Que le noeud qui les assemble
M'incommode en les serrant ?
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pour
Monsieur
le Comte de S. Aignan,
representant un des Parens & Amis des
Mariez
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Nous
consentons librement
A ce que seront les autres,
Leurs volontez sont les nostres,
Et je jure hautement
De n'agir point autrement.
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