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Comédie-ballet en vers, en I Prologue & III Actes repréentrée sur le Théâtre de la Comédie Françoise le 14 Septembre 1744 à l'occasion de la Convalescence du Roi Livret
de Louis de Cahusac |
les
personnages du Prologue: les
interprètes: Apollon Mr
Grandval Melpomene Mlle
Dumesniel Thalie Mlle
Gaussin Clio Mlle
Granval Uranie Mlle
Gangeville La
Satire Mr
Sarrazin Erato Euterpe Calliope Mlle
Clairon Polimnie Mlle
Gautier La
Renomée
Le
Théatre représente un Salon du Louvre,
orné de tous les fidderens attributs des Arts. Les
Muses qui sont en Scene sont assises, & paroissent
occupées aux Arts ausquels elles président, il
y a des places vuides pour celles qui doivent arriver.
Apollon est assis sur un espece de Trône.
Apollon, Clio & Uranie,
une Muse representant la Satire
La Satire Apollon La Satire Apollon La Satire Apollon La Satire Uranie La Satire Uranie La Satire Clio La Satire Apollon La Satire Uranie La Satire Apollon, d'un ton
chagrin La Satire Apollon La Satire Clio
J'etouffe. Oh ! C'en est trop...
Quoi toujours des murmures !
Eh ! Comment ne pas murmurer ?
Tout contre moi semble se déclarer,
On me fait chaque jour de nouvelles injures...
Quoiqu'il arrive, il faut que ma sincérité
Soulage mon coeur irrité.
A ces noires vapeurs on connoit la Satire.
Il ne m'est plus permis de parler ni d'écrire,
Et tout trahit la vérité.
N'abusez plus de ce nom respecté.
La vérité sans vous voit fleurir son
empire.
Confondrez-vous toujours sa douceur, sa beauté,
Son aimable ingénuité
Avec la fureur de médire.
L'erreur est de votre côté.
De vices, de travers, le monde est infecté,
Et médire est être sincere.
Et voila les discours d'un esprit emporté,
Moins ami de la probité,
Qu'esclave des transports d'une aveugle colere.
Car enfin quels objets peuvent tant vous déplaire
?
Tout.
Comment tout ?
Qui dit tout n'exclut rien.
Oh bon ! C'est comme à l'ordinaire;
Puisque tout lui déplaît, sans doute tout va
bien.
En effet l'ennui qui nous ronge
Est un bonheur extrême & qui doit nous
flatter.
L'ennui donnes ses traits à celui qui s'y plonge,
Il est le mal des Sots, l'esprit sait l'éviter.
Finissons, & tâchez de calmer votre
bile.
Non, je ne saurois voir avec un coeur tranquile
Les malheurs qui sur nous fondent de toutes parts,
Vous nous fîtes jadis abandonner la Grece,
Rome avec nous reçut les Talens & les Arts.
Ils y frucxtifioient sous les yeux des Césars,
A la Cour, à la Ville on nous fêtoit sans
cesse,
Mais notre gloire endin déchût:
L'ignorance & la barbarie
Nous chasserent de l'Italie.
Louis en France alors comme un Astre parut,
Nous vînmes à la hâte aux cris de ce
grand homme,
Colbert nous accueillit, le Roi nous secourut;
Nous étions à Paris encore mieux qu'à
Rome.
Maintenant, s'il vous plaît, où nous
conduisez-vous ?
Quand partons-nous ? Parlez ?
Pourquoi cette folie ?
Des Arts la France est la Patrie;
Dans Athenes ils n'ont point joüi d'un sort plus
doux?
Cette réponse est juste, on doit vous la
permettre
Vous êtes à mode, on vous chérit
encor,
Pour tous vos Nourrissons votre Art est un
trésor,
Chaque Femme a son Géometre,
Et c'est pour eux le Siécle d'or:
Tout les reste abatu n'ose se faire entendre,
Craint, haï, sans secours, & comme sans
aveu.
C'est qu'on nous prend pour vous...
Eh ! Peut-on s'y méprendre !
J4ai de l'esprit au moins...
Mais entre nous fort peu,
Et dans le fonds quen avez vous affaire ?
Lorsqu'on se permet tout il n'est plus
nécessaire,
Dans votre Art odieux le Sot même a beau jeu.
Ce Siécle est éclairé, puisqu'il faut
vous le dire,
On crains sans l'estimer le talent de médire,
Il a mille dangers, & n'est plus glorieux.
Si le Siécle étoit vertueux
Il ne craindroit pas la Satire...
Vous perdez dans les airs les traits que vous lancez,
Contre le Siécle heureux que j'ajoute à
l'histoire.
Il égale en vertus tous les Siécles
passés
Sans avoir leurs erreurs, il a toute leur gloire.
Apollon, Clio, Uranie, la Satire, la Renomée,
Calliope,
Polimnie, Euterpe, Erato
Les Muses qui sont en
Scene se levent, & avancent vers la Renomée.
Après les deux premiers Vers, la Satire va se
rasseoir.
La Renomée Apollon La Renomée Clio Apollon Calliope [en
enthousiasme] Vous dont le génie
& la voix
Doctes Soeurs écoutez... LOUIS aux champs de Mars
Fait revivre en lui seul les Héros de sa race:
Il vole en Conquérant au milieu des Hazards,
De ses Ennemis qu'il terrasse,
Il a foudroyé les Remparts.
CLERMONT le fuit... CONDE' n'étoit pas plus
terrible.
La foudre est dans ses mains, la mort dans ses regards;
Tout fuit devant LOUIS, tout lui devient possible:
La Victoire enchaînée à son bras
invincible
Ne suit plsu que ses Etendarts.
Nous avons du prévoir les lauriers qu'il
moissonne,
Tout nous annonçait ses exploits;
Grand dans sa Cour, grand aux Champs de Bellone,
LOUIS sera toujours le modele des Rois.
Dans les Alpes CONTI s'est ouvert un passage,
Mont Dauphin & Démond se livrent au
Vainqueur,
La prudence prépare & guide son ardent,
Des deux Rivaux fameux de Rome & de Carthage
Il rassemble au printems de l'âge
L'art, la sagesse & la valeur.
De ce jeune Guerrier nous devons tout attendre
Par l'aurore de ses travaux,
Jugez du jour brillant qu'ils vont bientôt
répandre.
Ces succès éclatans doivent peu nous
surprendre:
L'exemple des grands Rois fait toujours des
Héros.
Mon coeur est transporté de ce qu'il vient
d'entendre,
Des ravages du temps font triompher la gloire,
Des vertus de LOUIS, de ses brillans exploits
Hâtez-vous d'embellir le Temple de Mémoire.
Il regne sur les coeurs que son bras a soumis,
Il répand sur ses jours une gloire immortelle,
Il est l'effroi de tous ses ennemis,
Et l'amour d'un Peuple fidelle.
Apollon,Melpomene, Terspicore, Clio
Melpomene Clio Terpsicore Melpomene Apollon Melpomene Apollon Melpomene Apollon Melpomene Apollon,
consterné
Mes Soeurs... Ah ! Juste Ciel ! Quelle affreuse nouvelle
!
Que nous veutMelpomene en pleurs ?
C'est le ton qu'elle prend pour paroître plus
belle.
Apollon apprenez le plus grand des malheurs...
C'en est fait... Je succombe à ma douleur
mortelle.
Ah ! Parlez. Dissipez, ou comblez nos terreurs.
Tout est perdu... Ce Roi l'objet de notre zele,
Le protecteur des Arts, l'ami de ses Sujets,
Intrépide au Combat, juste pendant la Paix,
Que la France adoroit, qui s'immoloit pour
elle...
Achevez. Aurions-nous à craindre pour ses jours
?
Le barbare Ennemi qui le force à la guerre,
Croyant de ses exploits interrompre le cours,
Du sang de ses Sujets avoit rougi la terre.
Hélas ! Ce tendre Roi voiloit à leurs
secours;
Déja l'Ennemi tremble, il se trouble, il
s'arrête;
La vengeance en éclats va fondre sur sa
tête...
Tout à coup sur LOUIS le destin en courroux...
Mes pleurs & mes soupirs disent assez le
reste.
Juste Ciel, ne frappe que nous.
Il expire peut-être en ce moment funeste:
La France perd un pere, & l'Empire un
vengeur.
Ciel, nous n'attendons plus que des jours de douleur,
C'est un Peuple soumis que ton courroux foudroye ?
Il ne voyoit en lui qu'un tendre Bienfaicteur.
Apollon, Melpomene, Terspicore, Thalie, la Renomée,
la Satire, Uranie
Thalie Apollon Melpomene Thalie Melpomene Thalie Clio Thalie Melpomene Thalie La Renomée Thalie [en
rêvant] Par un spectacle à
son honneur... La Satire,
ironiquement Thalie Apollon Clio Uranie Melpomene Thalie Melpomene Thalie Melpomene Thalie Melpomene Thalie Apollon Thalie Uranie, Clio, la
Renomée, &c. La Satire Thalie La Satire Thalie [Apollon & les
autres sortent]
Dissipez les terreurs dont votre ame est la proye;
Le péril est passé, le Ciel nous rend
LOUIS:
Livrons nos coeurs à la plus vive joye;
Les pleurs ne sont plus faits que pour ses
ennemis.
Thalie !... Ah ! Quel bonheur !... Hâtez-vous de nous
dire ?...
Le Ciel nous le rendroit !... Eh ! peut-on l'espérer
?...
A vos tristes regrets cessez de vous livrer.
Ah ! Thalie !... il vivroit !...
Grace aux Dieux il respire.
Mais comment savez-vous ce changement heureux ?
Dans les yeux des François qui craindroient moins
pour eux,
Il m'étoit aisé de le lire.
Nous le verrons bientôt arruver dans ces
lieux.
Eh ! le moyen de vous en croire.
D'un Peuple qui l'adore, il va combler les voeux;
J'en suis sûre. J'ai vu la gloire.
Je vole à l'Univers annoncer ce bonheur.
Non demeurez. Vous m'êtes
nésseraire.
Le projet est hardi; mais il est séducteur...
N'importe. A ce Héros mon dessein pourra
plaire...
Sans doute. Le dessein est un peu
téméraire;
Mais pour signaler votre ardeur...
Je m'attendois à ce propos moqueur;
Je sai que votre injuste, intrabilaire,
Marqué toujours au coin de la colere,
Retarde les progrès, inspire la terreur;
Vous ne corrigez point. Votre art est de
déplaire.
L'orgueil n'a point de part à ce projey flateur,
Pour ce Roi bienfaisant c'est un zele sincere.
Il est comme les Dieux, tout ce qui part du coeur
A le droit de le satisfaire.
Nous vous seconderons.
Courons tout préparer.
Un même zele & m'anime & m'inspire;
Mes spectacles pompeux que l'Univers admire,
Plus dignes d'une Héros...
Cessez de l'espérer:
Votre talent est de faire pleurer,
Et le mien est de faire rire.
La joye anime l'air que la France respire,
Dans ces jours de bonheur on doit me
préférer.
Mais vous n'y perdrez rien. Je vous destine un Rolle
Qui vous conviendra fort, il est taillé pour
vous.
Mais je le jouerai mal.
Fort bien sur ma parole.
Eh ! quel est-il ?
C'est un rolle de folle;
Vous allez nous effacer tous.
Moi jouer une folle !... En vérité
Thalie...
Mon état... ma grandeur...
J'ai tout fait pour le mieux,
Croyez-moi, le grand sérieux
N'est qu'une espèce de folie.
Aurai-je un rolle aussi ? Car je brule d'envie...
Il est tout prêt.
Et moi ?
Pour moi je n'en veux point.
Ah ! Muse je vous prie,
Je veux faire pour vous un effort de génie.
Je vais vous tranformer en un homme de bien.
Je ne me prête point à cette
fantaisie.
Cela ne vous engage à rien,
C'est une folle de Comédie.
Allez vous préparer, secondez mon ardeur.
Thalie, Polimnie, Calliope, Erato, Euterpe
Thalie [on entend un bruit
confus d'Instrumens semblable à celui d'un Orchestre
qui accorde]
Vous restez, tendre Polimnie,
Le Ciel nous rend un Roi qui fait notre bonheur.
Que vos chants, que les sons d'une aimable harmonie
Célebrent dans ces lieux cette insigne
faveur.
Premier Intermède
Thalie [une
Simphonie harmonieuse se fait entendre] Calliope [Entrée
des Arts & des Talens] Polimnie
& Calliope [on
danse] Le
Chef des Arts Le
Chef des Talens Polimnie,
Calliope, les Deux Chefs, & le Choeur des Arts & des
Talens
Tendres Accords, enfans de mon génie
Remplissez la Terre & les Airs.
Arts & Talens qui nous devez la vie,
Volez, venez mêler vos jeux à nos
concerts.
Dieux immortels nos soupirs & nos larmes
Ont détourné vos foudres menaçans;
Pour vois brûler sans cesse notre encens,
Vous n'avez pas besoin de nouvelles allarmes.
N'éprouvez plus des coeurs reconnoissans.
Au milieu des horreurs d'une guerre mortelle
Les Arts jouissent de la Paix.
En vain la Discorde cruelle
Répand dnas l'Univers la crainte & les
forfaits,
L'Egide de LOUIS nous couvre de ses traits.
Redoublons notre zele,
Publions à jamais
Sa gloire & ses bienfaits.
Second Intermède
Entrée
des Bostangi du Serrail d'Hassan; ils portent tous les
Instrumens propres au Jardinage, & par une Pantomime ils
expriment leurs differens emplois dans les
Jardins. Deux
Bostangi François, dans le tems que les autres
forment leurs pas, chantent, une bouteille de Sorbet
à la main.
Duo Premier
Air Que le
Sorbet est détestable ! Mais ces
lieux malheureux sont maudits du Destin, Que le
Sorbet, &c. [on
danse] [un
pas de deux Pantomimes] Second
Air Beau
séjour que nos voeux redemandent en vain, [on
danse]
Quel plaisir de boire du Vin !
A l'aspect de ce jus divin,
L'ennui s'envole & tout devient aimable:
C'est pour boire que l'on se met à table.
Pourrions-nous perdre la mémoire
Des plaisirs & biens qui naissent dans ton sein ?
France heureuse, chez toi coulent des flots de Vin,
On ne répend que de la gloire.
Et l'on peut sans danger du soir jusqu'au matin
Rire, chanter, danser & boire.
Troisiéme Intermède
Entrées
des Esclaves du Serrail d'Hassan de differentes
Nations.
[on
danse] Une
Esclave Premier
Air Du
Maître qui regne sur nous Notre
repos fait ses soins les plus doux; Du
Maître, &c. Une
Autre Esclave Second
Air Puisse le
Ciel à nos voeux favorable Nous
jouirons pendant leurs cours Puisse
le Ciel, &c. Les Deux
Esclaves, ensemble Le
Choeur des Esclaves [on
danse] Un
des Deux Esclaves,
à Clarice Troisiéme
Air L'Amour
vous appelle, Souvent un
coeur rebelle, L'Amour
vous appelle, &c. [on
danse] Une
des Deux Esclaves,
à Clarice Quatriéme
Air Cessez de
pousser des soupirs. Musette Une
Esclave Le
Choeur L'Esclave Le
Choeur L'Esclave Le
Choeur [on
danse] Dernier
Choeur [Contredanse]
Chantons toûjours l'aimable Empire.
Soyons heureux, c'est tout ce qu'il
désire.
Veiller sans cesse sur ses jours;
D'une félicité durable.
Dans ses fers l'Amour nous enchaîne,
D'un Pere il a pour nous les soins & la
bonté;
Notre bonheur fait sa félicité,
Tous nous rit, & rien de nous gêne.
Les charmes de la liberté
Valent bien moins qu'une si douce chaîne.
Dans ses fers l'Amour, &c.
Ecoutez sa voix;
A la plus cruelle
Il donne des loix.
Qui rebute un Amant fidelle,
Le venge par un mauvais choix.
Tout ici prévient vos desirs,
Jouissez des douceurs d'une agreable vie.
Par-tout où regnent les plaisirs,
Le coeur doit trouver sa Patrie.
Nous jouissons
D'un bien suprême,
Nous chérissons
Un Maître qui nous aime.
Nous jouissons, &c.
L'amour lui-même
Anime nos sons,
Célébrons
Dans nos chansons
Notre bonheur extrême.
Nous jouissons, &c.
Jamais les peines
Ne troublent nos coeurs,
Ce n'est qu'avec des fleurs
Que sa main forme nos chaînes.
Nous jouissons, &c.
Unissons-nous, chantons sans cesse,
Qu'il vive heureux à jamais.
Il ne veut que notre tendresse
Pour prix de ses bienfaits.
Scene Derniere
La Satire Apollon, à
Thalie Thalie Apollon La Satire Apollon La Satire Apollon La Satire Thalie, à la
Satire [on entend un bruit
confus de voix & d'Instrumens derriere le
Theatre] Apollon La
Renommée [bruit] Ce sont les cris d'un
peuple heureux. Apollon [le succès
seul pouvoit justifier ce divertissement; mais il a
été si singulier, les applaudissements qu'il a
reçû ont été si vifs, si un
animes, si souvent répétés qu'ils me
dispensent d'avance de répondre aux critiques quton
pourroit en faire. La Ferme s'ouvre, on
voit dans l'enfoncement des Tretaux ornés du chiffre
de Lampions représentant le chiffre du
Roi]
Me voilà, grace au Ciel, à la fin de mon
rôle.
Etes-vous contente de nous ?
Oui, de tous vos efforts Thalie est satisfaite;
Le zéle vous a faits des Acteurs assez bons.
Mais ma Piece... Ce point franchement m'inquite.
Rassuez-vous. Le motif qui l'a faite
En couvre les défauts...
Sans rajeunir le fonds
Qui, pour vous parler vrai, m'a parût
misérable.
Le stile en est assez passable,
Et vos bonnes intentions...
N'empêchent pas qu'on ne s'ennuye.
Vous aviez peu de tems...
Oh ! les belles raisons !
Pour nous faire bailler...
Je n'ai point la folie
D'espérer de vous voir contrainte d'approuver.
Je sçai contre l'ennui que rien ne justifie.
Sans que votre orgueil s'en défie.
Vos écrits très-souvent ont l'art de la
prouver.
Mais quel bruit tout à coup, quel tumulte au Parnasse
?
Dont la foule ici se ramasse.
Il voudroit entrer...
Ah ! tant mieux.
Qu'il entre, qu'on le laisse faire.
Le coeur dicte sa joye, elle est toujours sincere;
Ne songeons qu'à nous réjouir.
Ce jour bannit les rangs, le bonheur les égale.
La joye est ici générale
Tous les Etats doivent se réunir.
Divertissement
[le
peuple dans les habits de tous les caractéres qui lui
sont propres, distribué par deux, trois, &
quatre, Danse & chante, il arrive insensiblement,
s'empare du Theatre & se mêle avec les premiers
Acteurs] Branle Allons
tretous, Grands
& petits Que sert
l'esprit ? En haut,
les bras En tout je
n'ons
Tremoussons nous,
Faisons réjouissance.
Chez nous tout est en gaité,
Dansons la contredanse.
Le Ciel a rendu la santé
A ce bon Roi de France,
Tous réjouis
Viennent en affluence,
Tout le monde est enchanté
De sa convalescence,
Le Ciel conserve la Santé
De ce bon Roi de France.
Tout est bien dit
Quans c'est le coeur qui pense:
Alors sans témérité,
On dit en assurance
Le Ciel conserve la Santé
De ce bon Roi de France.
Les Cervelats
Pleuvent en abondance
Chez nous tout est gaité
Dansons la contre-danse:
Le Ciel a rendu la Santé
A ce bon Roi de France.
Qu'un petit fonds
Et fort peu de finance;
Mais Morgué pour de gaité
J'en aurons abondance
Tant que durera la Santé
De ce bon Roi de France.
[un
jeune Paysanne, avec son Mari chantent en entrant le Branle
suivant] Le
Paysan La
Paysanne Le
Paysan La
Paysanne [un
pas de deux Pantomimes entre le paysans & la
paysanne.]
Je n'ons plus de peur
Pour notre bonheur,
Car notre bon Roi
Est dru comme moi.
Hélas ! que de frayeurs !
Que de vives douleurs !
Il sembloit par nos cris
Qu la mort eut pris
Nos peres ou nos fils.
J'étions tous perdus;
Mais le mal n'est plus.
Faut s'en souvenir
Pour se réjouir.
Ciel ! veille sur ses jours,
Pour prolonge leurs cours
Rends les nôtres plus courts.
Comble tous ses voeux
Nous serons heureux.
[un
troupe de Mitrons de Gonesse, deux Harangeres, &c.
entrent en chantant & dansant le Branle
suivant] Nous
courrons la prétentaine, Je ne
sommes plus en peine C'est le
plaisir qui nous mene Ah
morgué viens ma Claudeine Mitrons
pour cette semaine [les
differens Lazis que la situation fournit aux Acteurs sont
interrompus par le Branle suivant qu'une Harangere
chante. Tout le
Peuple danse pendant qu'on chante le Branle & la danse
n'est interrompuë que par le refrain qui est
répété par tout le
Peuple] Dernier
Branle Qu'un
chacun ici gambade Gai gai
gai Quand je
craignons pour sa vie Gai gai
gai On
oublioit la Guinguette, Gai gai
gai Le
Marquis, l'Apoticaire, Viens
Fanchon, Je gagnons
journée entiere Gai gai
gai Du Quai de
la Grenouillere Gai gai
gai, &c. Lorsque
Mesdames partirent Au
retour En
revenant de la Guerre Je
verrons J'ons un
mariage à faire Gai gai
gai, &c. Par une
santé si chere Gai gai
gai Die
marci [le
Divertissement finit par une ronde générale
& par le refrain de "Vive le Roi"]
Chantant pr le chemin
Soir & matin
Ce beau refrin,
Jusqu'à perdre haleine
Vive le Roi, vive la Reine,
Et Monseigneur le Dauphin.
Pour notre Souverain,
Plus de chagrin,
Grace au destin
La peur seroit vaine:
Vive le Roi, &c.
Aussi j'allons bon train.
Verse du Vin
Verse sans fin
Verse à tasse pleine:
Vive le Roi, &c.
Buvons de ce bon Vin,
Verse tout plein
Verse sans fin,
Quoi tu perds haleine ?
Vive le Roi, &c.
Laissons brûler le pain.
Viens mon cousin,
Saute voisin
Chante ma Claudeine:
Vive le Roi, &c.
Faut tous se boutre en train.
Le bon Roi n'est plus malade
Je n'ons plus de chagrin.
Eh le coeur gai
Hait le pié camarade,
Dieux marci,
Point de souci,
N'y a plus de quoi
Vive le Roi.
J'étions comme des fous,
Le bon Vin & l'iau-devie
Avoient perdu leurs goûts,
Eh le coeur gai
Buvons, faisons la vie.
Dieu marci, &c.
On pleuroit tout le jour.
La grande Dame & la Grisette
Ne faisoient plus l'amour.
Eh le coeur gai,
Haut le pied Guillemette,
Dieu marci, &c.
Messieurs les porteurs d'iaus,
La fille & le Commissaire
Aujourd'hui sont égaux.
Viens Margoton,
Viens aussi ma commere,
Dieu marci, &c.
Pour rien on est nourris,
Comme l'iau à la riviere
Le Vin coule à Paris,
Et le coeur gai,
Haut le pied mon compere,
Dieu marci, &c.
J'ons vu notre Dauphin,
Puisqu'il a quitté son Pere
Sa santé va bon train,
C'étoit une piquié,
En passant all ne nous firent
Par un brain d'amitié,
En grand amour
Bravement all nous dirent
Dieu marci, &c.
Pour montrer son amour,
Cheus nous par extraordinaire
Il veut faire un séjour,
Quand je vourrons
Ce Prince débonnaire,
Dieu marci, &c.
Et nos voeux sont remplis.
Nous allons le voir Grand-Pere
De par Monsieur son Fils,
Tout le peuple joyeux
Vient de recouvrer son Pere
Dans ce moment heureux
Eh le coeur gai,
Gai Messieurs du Partere,
Plus de souci
Dites avec moi
Vive le Roi.
J'ai
lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, une
Comédie qui a pour titre L'Algérien,
& je crois que l'on en peut permettre l'impression. signé,
Crebillon
Ce 20 Novembre 1744.