L'Algerien, ou Les Muses Comédiennes
Comédie-ballet en vers, en I Prologue & III Actes
repréentrée sur le Théâtre de la Comédie Françoise
le 14 Septembre 1744
à l'occasion de la Convalescence du Roi

Livret de Louis de Cahusac
musique de: Nicolas Racot de Grandval

 

Prologe
Acte I
Acte II
Acte III

 

 

Prologue

 

les personnages du Prologue:

les interprètes:


Apollon

Mr Grandval

Melpomene

Mlle Dumesniel

Thalie

Mlle Gaussin

Clio

Mlle Granval

Uranie

Mlle Gangeville

La Satire

Mr Sarrazin

Erato

Euterpe

Calliope

Mlle Clairon

Polimnie

Mlle Gautier

La Renomée

Les Arts & les Talens

Le Théatre représente un Salon du Louvre, orné de tous les fidderens attributs des Arts. Les Muses qui sont en Scene sont assises, & paroissent occupées aux Arts ausquels elles président, il y a des places vuides pour celles qui doivent arriver. Apollon est assis sur un espece de Trône.

Scene premiere
Apollon, Clio & Uranie,
une Muse representant la Satire

La Satire
J'etouffe. Oh ! C'en est trop...

Apollon
Quoi toujours des murmures !

La Satire
Eh ! Comment ne pas murmurer ?
Tout contre moi semble se déclarer,
On me fait chaque jour de nouvelles injures...
Quoiqu'il arrive, il faut que ma sincérité
Soulage mon coeur irrité.

Apollon
A ces noires vapeurs on connoit la Satire.

La Satire
Il ne m'est plus permis de parler ni d'écrire,
Et tout trahit la vérité.

Apollon
N'abusez plus de ce nom respecté.
La vérité sans vous voit fleurir son empire.
Confondrez-vous toujours sa douceur, sa beauté,
Son aimable ingénuité
Avec la fureur de médire.

La Satire
L'erreur est de votre côté.
De vices, de travers, le monde est infecté,
Et médire est être sincere.

Uranie
Et voila les discours d'un esprit emporté,
Moins ami de la probité,
Qu'esclave des transports d'une aveugle colere.
Car enfin quels objets peuvent tant vous déplaire ?

La Satire
Tout.

Uranie
Comment tout ?

La Satire
Qui dit tout n'exclut rien.

Clio
Oh bon ! C'est comme à l'ordinaire;
Puisque tout lui déplaît, sans doute tout va bien.

La Satire
En effet l'ennui qui nous ronge
Est un bonheur extrême & qui doit nous flatter.

Apollon
L'ennui donnes ses traits à celui qui s'y plonge,
Il est le mal des Sots, l'esprit sait l'éviter.
Finissons, & tâchez de calmer votre bile.

La Satire
Non, je ne saurois voir avec un coeur tranquile
Les malheurs qui sur nous fondent de toutes parts,
Vous nous fîtes jadis abandonner la Grece,
Rome avec nous reçut les Talens & les Arts.
Ils y frucxtifioient sous les yeux des Césars,
A la Cour, à la Ville on nous fêtoit sans cesse,
Mais notre gloire endin déchût:
L'ignorance & la barbarie
Nous chasserent de l'Italie.
Louis en France alors comme un Astre parut,
Nous vînmes à la hâte aux cris de ce grand homme,
Colbert nous accueillit, le Roi nous secourut;
Nous étions à Paris encore mieux qu'à Rome.
Maintenant, s'il vous plaît, où nous conduisez-vous ?
Quand partons-nous ? Parlez ?

Uranie
Pourquoi cette folie ?
Des Arts la France est la Patrie;
Dans Athenes ils n'ont point joüi d'un sort plus doux?

La Satire
Cette réponse est juste, on doit vous la permettre
Vous êtes à mode, on vous chérit encor,
Pour tous vos Nourrissons votre Art est un trésor,
Chaque Femme a son Géometre,
Et c'est pour eux le Siécle d'or:
Tout les reste abatu n'ose se faire entendre,
Craint, haï, sans secours, & comme sans aveu.

Apollon, d'un ton chagrin
C'est qu'on nous prend pour vous...

La Satire
Eh ! Peut-on s'y méprendre !
J4ai de l'esprit au moins...

Apollon
Mais entre nous fort peu,
Et dans le fonds quen avez vous affaire ?
Lorsqu'on se permet tout il n'est plus nécessaire,
Dans votre Art odieux le Sot même a beau jeu.
Ce Siécle est éclairé, puisqu'il faut vous le dire,
On crains sans l'estimer le talent de médire,
Il a mille dangers, & n'est plus glorieux.

La Satire
Si le Siécle étoit vertueux
Il ne craindroit pas la Satire...

Clio
Vous perdez dans les airs les traits que vous lancez,
Contre le Siécle heureux que j'ajoute à l'histoire.
Il égale en vertus tous les Siécles passés
Sans avoir leurs erreurs, il a toute leur gloire.

Scene 2
Apollon, Clio, Uranie, la Satire, la Renomée, Calliope,
Polimnie, Euterpe, Erato

Les Muses qui sont en Scene se levent, & avancent vers la Renomée. Après les deux premiers Vers, la Satire va se rasseoir.

La Renomée
Doctes Soeurs écoutez... LOUIS aux champs de Mars
Fait revivre en lui seul les Héros de sa race:
Il vole en Conquérant au milieu des Hazards,
De ses Ennemis qu'il terrasse,
Il a foudroyé les Remparts.
CLERMONT le fuit... CONDE' n'étoit pas plus terrible.
La foudre est dans ses mains, la mort dans ses regards;
Tout fuit devant LOUIS, tout lui devient possible:
La Victoire enchaînée à son bras invincible
Ne suit plsu que ses Etendarts.

Apollon
Nous avons du prévoir les lauriers qu'il moissonne,
Tout nous annonçait ses exploits;
Grand dans sa Cour, grand aux Champs de Bellone,
LOUIS sera toujours le modele des Rois.

La Renomée
Dans les Alpes CONTI s'est ouvert un passage,
Mont Dauphin & Démond se livrent au Vainqueur,
La prudence prépare & guide son ardent,
Des deux Rivaux fameux de Rome & de Carthage
Il rassemble au printems de l'âge
L'art, la sagesse & la valeur.

Clio
De ce jeune Guerrier nous devons tout attendre
Par l'aurore de ses travaux,
Jugez du jour brillant qu'ils vont bientôt répandre.

Apollon
Ces succès éclatans doivent peu nous surprendre:
L'exemple des grands Rois fait toujours des Héros.

Calliope
Mon coeur est transporté de ce qu'il vient d'entendre,

[en enthousiasme]

Vous dont le génie & la voix
Des ravages du temps font triompher la gloire,
Des vertus de LOUIS, de ses brillans exploits
Hâtez-vous d'embellir le Temple de Mémoire.
Il regne sur les coeurs que son bras a soumis,
Il répand sur ses jours une gloire immortelle,
Il est l'effroi de tous ses ennemis,
Et l'amour d'un Peuple fidelle.

Scene 3
Apollon,Melpomene, Terspicore, Clio

Melpomene
Mes Soeurs... Ah ! Juste Ciel ! Quelle affreuse nouvelle !

Clio
Que nous veutMelpomene en pleurs ?

Terpsicore
C'est le ton qu'elle prend pour paroître plus belle.

Melpomene
Apollon apprenez le plus grand des malheurs...
C'en est fait... Je succombe à ma douleur mortelle.

Apollon
Ah ! Parlez. Dissipez, ou comblez nos terreurs.

Melpomene
Tout est perdu... Ce Roi l'objet de notre zele,
Le protecteur des Arts, l'ami de ses Sujets,
Intrépide au Combat, juste pendant la Paix,
Que la France adoroit, qui s'immoloit pour elle...

Apollon
Achevez. Aurions-nous à craindre pour ses jours ?

Melpomene
Le barbare Ennemi qui le force à la guerre,
Croyant de ses exploits interrompre le cours,
Du sang de ses Sujets avoit rougi la terre.
Hélas ! Ce tendre Roi voiloit à leurs secours;
Déja l'Ennemi tremble, il se trouble, il s'arrête;
La vengeance en éclats va fondre sur sa tête...
Tout à coup sur LOUIS le destin en courroux...
Mes pleurs & mes soupirs disent assez le reste.

Apollon
Juste Ciel, ne frappe que nous.

Melpomene
Il expire peut-être en ce moment funeste:
La France perd un pere, & l'Empire un vengeur.

Apollon, consterné
Ciel, nous n'attendons plus que des jours de douleur,
C'est un Peuple soumis que ton courroux foudroye ?
Il ne voyoit en lui qu'un tendre Bienfaicteur.

Scene 4
Apollon, Melpomene, Terspicore, Thalie, la Renomée, la Satire, Uranie

Thalie
Dissipez les terreurs dont votre ame est la proye;
Le péril est passé, le Ciel nous rend LOUIS:
Livrons nos coeurs à la plus vive joye;
Les pleurs ne sont plus faits que pour ses ennemis.

Apollon
Thalie !... Ah ! Quel bonheur !... Hâtez-vous de nous dire ?...

Melpomene
Le Ciel nous le rendroit !... Eh ! peut-on l'espérer ?...

Thalie
A vos tristes regrets cessez de vous livrer.

Melpomene
Ah ! Thalie !... il vivroit !...

Thalie
Grace aux Dieux il respire.

Clio
Mais comment savez-vous ce changement heureux ?

Thalie
Dans les yeux des François qui craindroient moins pour eux,
Il m'étoit aisé de le lire.
Nous le verrons bientôt arruver dans ces lieux.

Melpomene
Eh ! le moyen de vous en croire.

Thalie
D'un Peuple qui l'adore, il va combler les voeux;
J'en suis sûre. J'ai vu la gloire.

La Renomée
Je vole à l'Univers annoncer ce bonheur.

Thalie
Non demeurez. Vous m'êtes nésseraire.

[en rêvant]

Par un spectacle à son honneur...
Le projet est hardi; mais il est séducteur...
N'importe. A ce Héros mon dessein pourra plaire...

La Satire, ironiquement
Sans doute. Le dessein est un peu téméraire;
Mais pour signaler votre ardeur...

Thalie
Je m'attendois à ce propos moqueur;
Je sai que votre injuste, intrabilaire,
Marqué toujours au coin de la colere,
Retarde les progrès, inspire la terreur;
Vous ne corrigez point. Votre art est de déplaire.

Apollon
L'orgueil n'a point de part à ce projey flateur,
Pour ce Roi bienfaisant c'est un zele sincere.
Il est comme les Dieux, tout ce qui part du coeur
A le droit de le satisfaire.

Clio
Nous vous seconderons.

Uranie
Courons tout préparer.

Melpomene
Un même zele & m'anime & m'inspire;
Mes spectacles pompeux que l'Univers admire,
Plus dignes d'une Héros...

Thalie
Cessez de l'espérer:
Votre talent est de faire pleurer,
Et le mien est de faire rire.
La joye anime l'air que la France respire,
Dans ces jours de bonheur on doit me préférer.
Mais vous n'y perdrez rien. Je vous destine un Rolle
Qui vous conviendra fort, il est taillé pour vous.

Melpomene
Mais je le jouerai mal.

Thalie
Fort bien sur ma parole.

Melpomene
Eh ! quel est-il ?

Thalie
C'est un rolle de folle;
Vous allez nous effacer tous.

Melpomene
Moi jouer une folle !... En vérité Thalie...
Mon état... ma grandeur...

Thalie
J'ai tout fait pour le mieux,
Croyez-moi, le grand sérieux
N'est qu'une espèce de folie.

Apollon
Aurai-je un rolle aussi ? Car je brule d'envie...

Thalie
Il est tout prêt.

Uranie, Clio, la Renomée, &c.
Et moi ?

La Satire
Pour moi je n'en veux point.

Thalie
Ah ! Muse je vous prie,
Je veux faire pour vous un effort de génie.
Je vais vous tranformer en un homme de bien.

La Satire
Je ne me prête point à cette fantaisie.

Thalie
Cela ne vous engage à rien,
C'est une folle de Comédie.
Allez vous préparer, secondez mon ardeur.

[Apollon & les autres sortent]

Scene 5
Thalie, Polimnie, Calliope, Erato, Euterpe

Thalie
Vous restez, tendre Polimnie,
Le Ciel nous rend un Roi qui fait notre bonheur.
Que vos chants, que les sons d'une aimable harmonie
Célebrent dans ces lieux cette insigne faveur.

[on entend un bruit confus d'Instrumens semblable à celui d'un Orchestre qui accorde]

Premier Intermède

 

Thalie
Tendres Accords, enfans de mon génie
Remplissez la Terre & les Airs.

[une Simphonie harmonieuse se fait entendre]

Calliope
Arts & Talens qui nous devez la vie,
Volez, venez mêler vos jeux à nos concerts.

[Entrée des Arts & des Talens]

Polimnie & Calliope
Dieux immortels nos soupirs & nos larmes
Ont détourné vos foudres menaçans;
Pour vois brûler sans cesse notre encens,
Vous n'avez pas besoin de nouvelles allarmes.
N'éprouvez plus des coeurs reconnoissans.

[on danse]

Le Chef des Arts
Au milieu des horreurs d'une guerre mortelle
Les Arts jouissent de la Paix.

Le Chef des Talens
En vain la Discorde cruelle
Répand dnas l'Univers la crainte & les forfaits,
L'Egide de LOUIS nous couvre de ses traits.

Polimnie, Calliope, les Deux Chefs, & le Choeur des Arts & des Talens
Redoublons notre zele,
Publions à jamais
Sa gloire & ses bienfaits.

[l'Intermède finit par une Contredanse: Les Arts, les Talens & les quatre Muses dansent ensemble, & se retirent pour faire place aux Acteurs qui commencent la Comédie]

 

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Acte I

 

Second Intermède

 

Entrée des Bostangi du Serrail d'Hassan; ils portent tous les Instrumens propres au Jardinage, & par une Pantomime ils expriment leurs differens emplois dans les Jardins.

Deux Bostangi François, dans le tems que les autres forment leurs pas, chantent, une bouteille de Sorbet à la main.

Duo

Premier Air

Que le Sorbet est détestable !
Quel plaisir de boire du Vin !
A l'aspect de ce jus divin,
L'ennui s'envole & tout devient aimable:

Mais ces lieux malheureux sont maudits du Destin,
C'est pour boire que l'on se met à table.

Que le Sorbet, &c.

[on danse]

[un pas de deux Pantomimes]

Second Air

Beau séjour que nos voeux redemandent en vain,
Pourrions-nous perdre la mémoire
Des plaisirs & biens qui naissent dans ton sein ?
France heureuse, chez toi coulent des flots de Vin,
On ne répend que de la gloire.
Et l'on peut sans danger du soir jusqu'au matin
Rire, chanter, danser & boire.

[on danse]

[L'Intermède finit par une danse générale des Bostangi qui vont continuer leurs travaux dans les autres parties des Jardins]

 

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Acte II

 

Troisiéme Intermède

 

Entrées des Esclaves du Serrail d'Hassan de differentes Nations.

[on danse]

Une Esclave

Premier Air

Du Maître qui regne sur nous
Chantons toûjours l'aimable Empire.

Notre repos fait ses soins les plus doux;
Soyons heureux, c'est tout ce qu'il désire.

Du Maître, &c.

Une Autre Esclave

Second Air

Puisse le Ciel à nos voeux favorable
Veiller sans cesse sur ses jours;

Nous jouirons pendant leurs cours
D'une félicité durable.

Puisse le Ciel, &c.

Les Deux Esclaves, ensemble
Dans ses fers l'Amour nous enchaîne,
D'un Pere il a pour nous les soins & la bonté;
Notre bonheur fait sa félicité,
Tous nous rit, & rien de nous gêne.
Les charmes de la liberté
Valent bien moins qu'une si douce chaîne.

Le Choeur des Esclaves
Dans ses fers l'Amour, &c.

[on danse]

Un des Deux Esclaves, à Clarice

Troisiéme Air

L'Amour vous appelle,
Ecoutez sa voix;
A la plus cruelle
Il donne des loix.

Souvent un coeur rebelle,
Qui rebute un Amant fidelle,
Le venge par un mauvais choix.

L'Amour vous appelle, &c.

[on danse]

Une des Deux Esclaves, à Clarice

Quatriéme Air

Cessez de pousser des soupirs.
Tout ici prévient vos desirs,
Jouissez des douceurs d'une agreable vie.
Par-tout où regnent les plaisirs,
Le coeur doit trouver sa Patrie.

Musette

Une Esclave
Nous jouissons
D'un bien suprême,
Nous chérissons
Un Maître qui nous aime.

Le Choeur
Nous jouissons, &c.

L'Esclave
L'amour lui-même
Anime nos sons,
Célébrons
Dans nos chansons
Notre bonheur extrême.

Le Choeur
Nous jouissons, &c.

L'Esclave
Jamais les peines
Ne troublent nos coeurs,
Ce n'est qu'avec des fleurs
Que sa main forme nos chaînes.

Le Choeur
Nous jouissons, &c.

[on danse]

Dernier Choeur
Unissons-nous, chantons sans cesse,
Qu'il vive heureux à jamais.
Il ne veut que notre tendresse
Pour prix de ses bienfaits.

[Contredanse]

[L'Interméde finit par une Contredanse générale, à laquelle se joignent Clarice, Dorise & Isabelle. Tous les Acteurs de l'Interméde sortent en dansant, pour aller continuer les Jeux dans quelque autre allée des Jardins.]

 

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Acte III

 

Scene Derniere

 

Apollon, la Satire, Thalie, Melpomene, la Renommée, Clio

La Satire
Me voilà, grace au Ciel, à la fin de mon rôle.

Apollon, à Thalie
Etes-vous contente de nous ?

Thalie
Oui, de tous vos efforts Thalie est satisfaite;
Le zéle vous a faits des Acteurs assez bons.
Mais ma Piece... Ce point franchement m'inquite.

Apollon
Rassuez-vous. Le motif qui l'a faite
En couvre les défauts...

La Satire
Sans rajeunir le fonds
Qui, pour vous parler vrai, m'a parût misérable.

Apollon
Le stile en est assez passable,
Et vos bonnes intentions...

La Satire
N'empêchent pas qu'on ne s'ennuye.

Apollon
Vous aviez peu de tems...

La Satire
Oh ! les belles raisons !
Pour nous faire bailler...

Thalie, à la Satire
Je n'ai point la folie
D'espérer de vous voir contrainte d'approuver.
Je sçai contre l'ennui que rien ne justifie.
Sans que votre orgueil s'en défie.
Vos écrits très-souvent ont l'art de la prouver.

[on entend un bruit confus de voix & d'Instrumens derriere le Theatre]

Apollon
Mais quel bruit tout à coup, quel tumulte au Parnasse ?

La Renommée

[bruit]

Ce sont les cris d'un peuple heureux.
Dont la foule ici se ramasse.
Il voudroit entrer...

Apollon
Ah ! tant mieux.
Qu'il entre, qu'on le laisse faire.
Le coeur dicte sa joye, elle est toujours sincere;
Ne songeons qu'à nous réjouir.
Ce jour bannit les rangs, le bonheur les égale.
La joye est ici générale
Tous les Etats doivent se réunir.

[le succès seul pouvoit justifier ce divertissement; mais il a été si singulier, les applaudissements qu'il a reçû ont été si vifs, si un animes, si souvent répétés qu'ils me dispensent d'avance de répondre aux critiques quton pourroit en faire.

La Ferme s'ouvre, on voit dans l'enfoncement des Tretaux ornés du chiffre de Lampions représentant le chiffre du Roi]

 

Divertissement

 

Premiere Entrée

 

[le peuple dans les habits de tous les caractéres qui lui sont propres, distribué par deux, trois, & quatre, Danse & chante, il arrive insensiblement, s'empare du Theatre & se mêle avec les premiers Acteurs]

Branle

Allons tretous,
Tremoussons nous,
Faisons réjouissance.
Chez nous tout est en gaité,
Dansons la contredanse.
Le Ciel a rendu la santé
A ce bon Roi de France,

Grands & petits
Tous réjouis
Viennent en affluence,
Tout le monde est enchanté
De sa convalescence,
Le Ciel conserve la Santé
De ce bon Roi de France.

Que sert l'esprit ?
Tout est bien dit
Quans c'est le coeur qui pense:
Alors sans témérité,
On dit en assurance
Le Ciel conserve la Santé
De ce bon Roi de France.

En haut, les bras
Les Cervelats
Pleuvent en abondance
Chez nous tout est gaité
Dansons la contre-danse:
Le Ciel a rendu la Santé
A ce bon Roi de France.

En tout je n'ons
Qu'un petit fonds
Et fort peu de finance;
Mais Morgué pour de gaité
J'en aurons abondance
Tant que durera la Santé
De ce bon Roi de France.

 

Seconde Entrée

 

[un jeune Paysanne, avec son Mari chantent en entrant le Branle suivant]

Le Paysan
Je n'ons plus de peur
Pour notre bonheur,
Car notre bon Roi
Est dru comme moi.

La Paysanne
Hélas ! que de frayeurs !
Que de vives douleurs !
Il sembloit par nos cris
Qu la mort eut pris
Nos peres ou nos fils.

Le Paysan
J'étions tous perdus;
Mais le mal n'est plus.
Faut s'en souvenir
Pour se réjouir.

La Paysanne
Ciel ! veille sur ses jours,
Pour prolonge leurs cours
Rends les nôtres plus courts.
Comble tous ses voeux
Nous serons heureux.

[un pas de deux Pantomimes entre le paysans & la paysanne.]

 

Troisiéme Entrée

 

[un troupe de Mitrons de Gonesse, deux Harangeres, &c. entrent en chantant & dansant le Branle suivant]

Nous courrons la prétentaine,
Chantant pr le chemin
Soir & matin
Ce beau refrin,
Jusqu'à perdre haleine
Vive le Roi, vive la Reine,
Et Monseigneur le Dauphin.

Je ne sommes plus en peine
Pour notre Souverain,
Plus de chagrin,
Grace au destin
La peur seroit vaine:
Vive le Roi, &c.

C'est le plaisir qui nous mene
Aussi j'allons bon train.
Verse du Vin
Verse sans fin
Verse à tasse pleine:
Vive le Roi, &c.

Ah morgué viens ma Claudeine
Buvons de ce bon Vin,
Verse tout plein
Verse sans fin,
Quoi tu perds haleine ?
Vive le Roi, &c.

Mitrons pour cette semaine
Laissons brûler le pain.
Viens mon cousin,
Saute voisin
Chante ma Claudeine:
Vive le Roi, &c.

[les differens Lazis que la situation fournit aux Acteurs sont interrompus par le Branle suivant qu'une Harangere chante.

Tout le Peuple danse pendant qu'on chante le Branle & la danse n'est interrompuë que par le refrain qui est répété par tout le Peuple]

Dernier Branle

Qu'un chacun ici gambade
Faut tous se boutre en train.
Le bon Roi n'est plus malade
Je n'ons plus de chagrin.

Gai gai gai
Eh le coeur gai
Hait le pié camarade,
Dieux marci,
Point de souci,
N'y a plus de quoi
Vive le Roi.

Quand je craignons pour sa vie
J'étions comme des fous,
Le bon Vin & l'iau-devie
Avoient perdu leurs goûts,

Gai gai gai
Eh le coeur gai
Buvons, faisons la vie.
Dieu marci, &c.

On oublioit la Guinguette,
On pleuroit tout le jour.
La grande Dame & la Grisette
Ne faisoient plus l'amour.

Gai gai gai
Eh le coeur gai,
Haut le pied Guillemette,
Dieu marci, &c.

Le Marquis, l'Apoticaire,
Messieurs les porteurs d'iaus,
La fille & le Commissaire
Aujourd'hui sont égaux.

Viens Fanchon,
Viens Margoton,
Viens aussi ma commere,
Dieu marci, &c.

Je gagnons journée entiere
Pour rien on est nourris,
Comme l'iau à la riviere
Le Vin coule à Paris,

Gai gai gai
Et le coeur gai,
Haut le pied mon compere,
Dieu marci, &c.

Du Quai de la Grenouillere
J'ons vu notre Dauphin,
Puisqu'il a quitté son Pere
Sa santé va bon train,

Gai gai gai, &c.

Lorsque Mesdames partirent
C'étoit une piquié,
En passant all ne nous firent
Par un brain d'amitié,

Au retour
En grand amour
Bravement all nous dirent
Dieu marci, &c.

En revenant de la Guerre
Pour montrer son amour,
Cheus nous par extraordinaire
Il veut faire un séjour,

Je verrons
Quand je vourrons
Ce Prince débonnaire,
Dieu marci, &c.

J'ons un mariage à faire
Et nos voeux sont remplis.
Nous allons le voir Grand-Pere
De par Monsieur son Fils,

Gai gai gai, &c.

Par une santé si chere
Tout le peuple joyeux
Vient de recouvrer son Pere
Dans ce moment heureux

Gai gai gai
Eh le coeur gai,
Gai Messieurs du Partere,

Die marci
Plus de souci
Dites avec moi
Vive le Roi.

[le Divertissement finit par une ronde générale & par le refrain de "Vive le Roi"]

 

 

APPROBATION

J'ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, une Comédie qui a pour titre L'Algérien, & je crois que l'on en peut permettre l'impression.
Ce 20 Novembre 1744.

signé, Crebillon

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