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Suiet des Agremens de la Comedie
Des
Coups de l'Amour & de la Fortune
ornée de Musique, de Dances, & de Machines
representée en 1682, par la Troupe des Comediens de Monseigneur le Dauphin,
établie à Roüen

 

Peu de gens ignorent que c'est une Piece partie de l'illuste Mr Quinault; Et quoi qu'il y ait assés d'années écoulées depuis sa derniere Representation en ce Ville pour la pouvoir exposer pour nouvelle aux yeux des persones du moien age & des jeunes gens, nous ne voulons point vous la falsifier de peut de lui ôter de ses graces, & la dépoüiller de la gloire qu'lle a d'être un des plus considerables chef-d'oeuvres de ce fameux Poéte de nôtre Siécle. Nous nous sommes même attachez à prendre les Agrémens, dont nous l'avons revétuë, dans la même source, afin de vous la pouvoir presenter plus uniforme de stile & ne point donne à son Auteur, le chagrin de voir un de ses plus chers Enfans prednre des habits étrangers pour paroître plus agréablement devant vous. Voici donc en peu de mots comme nous esperons avoir l'honneur de vous la representer.

Prologue

Aprés une Ouverture qui sera joüée par douze violons, la Fortune paroîtra sur un nuage, & décendant sur la terre, chantera:

Je quitte le sejour des Dieux,
On y craint trop peu ma puissance:
Vous qui suivez mes loix venez tous dans ces lieux,
Je viens pour vous fixer mon inconstance,
Vous serez heureux pour jamais,
Servez-moi d'une ardeur fidelle,
La Fortune vous apelle,
Venez meriter ses bien-faits.

Cette agréable promesse de la bouche d'une Divinité si generalement recherchée, fera paroître plusieurs Bergers & Bergeres, qui flatez de cet espoir, chanteront unanimement:

La Fortune nous apelle,
Courons meriter ses bien-faits.

Ce Choeur sera suivi d'une Entrée de Balet dancée par six de ses Bergers, dont l'air & les pas exprimeront l'ardeur qu'ils ont d'obeir à la voix de cette Déesse.
Etant décenduë en terre, & son nuage remonté, elle chantera ces vers:

Tout l'Univers reconnoist mon Empire,
Ie regle le destin des Rois,
Ie soûtiens leur grandeur, & je puis la détruire,
Et tout ce qui respire
Est soumis à mes Lois.

Cet Air fini, l'Amour & la Jeunesse accompagnez de quatre petits Amours partent du fond de la gloire, & décendent en terre au son d'une Simphonie, aprés laquelle, le nuage qui les a aportez traversant tout le Téatre se vient perdre sur le ceintre, & les Amours chantent.

Le Choeur des Amours

C'est peu de regner sur la terre,
L'Amour regne aussi dans les Cieux,
Et pour lui le Maistre des Dieux
A souvent quitté le Tonnerre.

A la fin de ce Choeur, la Jeunesse & les 4 petits Amours dansent un pas, qui n'est pas plutost achevé, que la Fortune & l'Amour jalous du pouvoir qu'ils prétendent sur les humains, prennent une querelle, qui n'est terminée que par l'arivée de Mercure, qui fendant l'air par l'ordre de Jupiter, leur vient proposer pour decision de leurs differens, defaire voir à l'envi les effets de leur puissance, afin de moienner leur accord avec plus de justice; ils aprouvent cette proposition, & l'Amour se voiant obligé de demeurer en terre pour luiter contre la Fortune sa rivale, il donne rodre à ses suivans d'aller remplir sa place dans le Ciel, ce qu'ils feront dans deux Machines, qui croisant le Téatre, les feront disparoître à vôtre vuë. Cependant les Bergers spectateurs de cette avanture, répondant à la voix de Mercure, forment un choeur sur ces dernieres paroles.

Le Choeur des Bergers

Nous allons connoistre en ce jour,
Qui doit avoir la preference,
De la Fortune & de l'Amour.

Et pour exprimer la joye de leur coeur sur l'espoir qu'ils ont de voir bien-tost une union entiere entre ces deux Divinitez, huit d'entr'eux formeront un pas de Balet, qui donnera fin à ce Prologue, & les Violons reprendront l'Ouverture.

Suiet des Agremens du I. Acte

Aurore & Stelle étant en guerre pour le droit d'ainesse que toutes deux pretendent, acordent une tréve pour trouver jour à faire la Paix; ce qui donne occasion de changer le Téatre du Prologue en un Camp, où ces deux Princesses & leur Cour paroissent pour en traiter; mais n'aiant pû conciler leur haine en cette entrevûë, elles se declarent une nouvelle guerre, & partant à de dessein, deux Officiers de l'Armee, avant que de se separer, dansent une Entrée en joüant du Drapeau, dans laquelle vous verrez les plus beaux traits de ce noble exercice.

Agremens du II. Acte

Aurore, aprés cette declaration de guerre, étant rentrée dans Barcelone Ville capitale de ses Etats, où sa soeur la tenoit assiegée; la face du Téatre change en un superbe Palais, qui fera place dans la fin du même Acte, à celui de Tentes qui avoit paru auparavant pour servir de Scene à une Entrée de six combatans du sabre & du Bouclier, laquelle finira cet Acte, & préviendra agréablement l'Auditeur d'un recit qui se fait dans celui qui le suit.

Agremens du III. Acte

Le Téatre se change en un Jardin, où la Princesse Aurore vient se délasser des travaux & des soins que la guerre lui donne; & souhaitant reposer, une Simphonie de Flûtes sert de Prélude au Concert de Voix qui se chantera dans ces mors:

Trio

Dormez, dormez beaux yeux, adorables vainqueurs,
Et goûtez le repos que vous ôtez aux coeurs.

Une Voix seule

Silence petits Oiseaux,
Vents, n'agitez aucune chose,
Coulez doucement reuisseaux,
C'est l'Aurore qui repose.

Trio

Dormez, dormez beaux yeux, adorables vainqueurs,
Et goûtez le repos que vous ôtez aux coeurs.

A la fin de cet Acte, le fonds du Téatre s'ouvre pour faire voir la Ville & le Palais en feu, ce qui donne lieu à une entrée d'Habintans qui vont au secours, & à un Choeur chanté par ces vers:

Secourez-nous justes Dieux,
Quelle flâme épouventable,
Quel ennemis furieux;
Une mort inévitable
S'offre par tout à nos yeux,
Decourez-nous justes Dieux.

Agremens du IV. Acte

L'effroi que cette flâme a causé dans la Ville & dans le coeur de la Princesse, qui ne doute point que ce ne soit un ouvrage des assiégeans, l'engage à se préparer pour un assaut general qu'on l'avertit que sa soeur lui veut donner, & pour avoir un succez propice, elle ordonne une priere à Mars, qui s'execute en ces Airs.
Le Téatre change en un Temple magnifique, & aprés une marche ceremoniale, la priere commence.

Le grand Prêtre

O Mars ! ô toi qui peux
Déchaîner quand tu veux
Les fureurs de la guerre,
O Mars ! reçois nos voeux.

Le Choeur

O Mars ! reçois nos voeux.

Le grand Prêtre

Ton funeste couroux, n'est pas moins dangereux
Que l'éclat fatal du Tonnerre,
O Mars ! reçois nos voeux.

Le Choeur

O Mars ! reçois nos voeux.

Le grand Prêtre

Les combats sanglans sont les jeux,
Tu sçais quand il te plaist remplir toute la terre
De ravages affreux.
O Mars ! reçois nos voeux.

Le Choeur

O Mars ! reçois nos voeux.

Six Danseurs se détachent, & dansent une Entrée, en frapant sur des Boucliers portez pour offrandes à Mars.

Le grand Prêtre

Mars redoutable,
Mars indomptable,
O Mars, ô Mars, ô Mars.

Le Choeur

Mars redoutable,
Mars indomptable,
O Mars, ô Mars, ô Mars.

Le grand Prêtre

O Mars impitoiable,
Est-il irrevocable,
Que ta haine implacable
Accable
Un peuple inébranlable,
Au milieu des hazards.

Le Choeur

O Mars, ô Mars, ô Mars.
Mars redoutable,
Mars indomptable,
O Mars, ô Mars, ô Mars.

Le grand Prêtre

Que le tumulte des allarmes,
Que le bruit, que le choc, que le fracas des Armes,
Retentissent de toutes parts.

Le Choeur

O Mars, O Mars.
Mars redoutable,
Mars indomptable,
O Mars, ô Mars, ô Mars.

Le grand Prêtre

Exauce ici notre priere,
Puisse-t'elle calmer ton ardente colere,
Et n'atirer sur nous que les plus doux regards.

Le Choeur

O Mars, O Mars

Agremens du V. Acte

Le Temple de Mars se referme pour faire place à l'aspect d'un Palais magnifique, dans lequel se fait le dénoüement d etous les incidens de ce grand Poéme, dont nous n'avons voulu vous donner ici auncune instruction pour ne point vous ôter le plaisir de la surprise. Enfin, la Comedie finie, l'Amour paroist dans la Gloire avec les quatre petits Amours. La Jeunesse, & trois autres Divinitez, paroissent dans quatre Machines differentes aux côtez du Téatre, & aprés avoir annoncé au Peuple & à l'Amour, que les Dieux & Jupiter lui donnent la victoire sur la Fortune. Les Amours, les quatre Divinitez & le Peuple chantent ensemble.

Le Choeur

Triomphez, triomphez, Amour victorieux,
Triomphez, triomphez des mortels & des Dieux,
Vous imposez les Loix à toute la nature,
Vous enflamez le sein des Mers,
Vos feux percent la nuit obscure
Du sejour profond des Enfers.
Vôtre chaîne s'étend aux deux bouts de la terre,
Vos traits s'élevent jusqu'aux Cieux,
Vos coups sont plus puissans que les coups du Tonnerre,
Triomphez, &c.

Ce grand Choeur est suivi d'une danse generale, tant dans la Gloire que sur le Téatre, qui terminant cet Epilogue, donne une trés-agréable fin à tout ce grand Divertissement.