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Les Âges
Balet en un Prologue et III Entrées
Livret de Fuzelier
musique de: André Campra



Prologue
Entrée I
Entrée II
Entrée III

Prologue

Le théâtre repésente un bosquet des jardins d'Hébé, Déesse de la Jeunesse


Hébé:
Sortez de ces paisibles bois,
Venez, troupe charmante, accourez à ma voix.
Rassemblez-vous, le plaisir vous appelle,
de vos jeunes momens consacrez-lui le cours;
et marquez tous vos beaux jours
par une fète nouvelle:
rassemblez-vous, le plaisir vous appelle.

Choeur de la Suite d'Hébé:
Rassemblons-nous, le plaisir nous appelle;
de nos jeunes momens, consacrons-lui le cours;
et marquons tous nos beaux jours
par une fète nouvelle;
rassemblons-nous, le plaisir nous appelle.

Hébé:
Les Loix que vous suivez sont faites par les Jeux,
connoissez tout le prix d'un si doux avantage:
c'est être doublement heureuxque de l'être à votre âge.
Ici le plaisir seul exerce son pouvoir:
riez, dansez, chantez sans cesse,
c'est-là votre devoir
agréable jeunesse.


La suite d'Hébé exprime son bonheur par des Danses.
Elles sont interrompües par une Symphonie caracterisée qui annonce le Tems


Hébé:
Ciel ! qui peut nous troubler dans de si doux instans ?
Quels tristes sons ! que vois-je ! c'est le Tems.

Le Tems:
Venez tristes sujets soumis à ma puissance
marquez-moi votre obéïssance.
Poursuivons la Jeunesse & troublons ses beaux jours.
Chassons les ris errans sous ces ombrages,
otons à la Beauté leur utile secours;
le plaisir sçait du Tems arrêter les ravages.
Poursuivons la Jeunesse & troublons ses beaux jours.


La suite du Tems ennemie des plaisirs poursuit les Suivants d'Hébé, & dans leurs danses dépeignent la legereté de la Jeunesse qui recommençant les Jeux autant de fois qu'on les interrompt, nous exprime son caractere qui est d'oublier les chagrins dès qu'ils disparoissent: on entend une douce Symphonie.
Venus paroît dans son Char avec l'Amour & Bacchus.
Le Tems & sa suite se retire.


Le Tems:
Qu'entens-je ! c'est l'Amour qui descend dans ces lieux
retirons-nous: cédons au Souverain des Dieux.

Venus:
Rassurez-vous, Jeunesse aimable,
revenez, triomphez du Tems impitoyable.


Toute la Suite d'Hébé revient, ramenée par la suite de l'Amour


Bacchus:
Ne vous étonnez plus de voir dans ces beaux lieux
des plus aimables Dieux
le riant assemblage.
Pour le bien des mortels sur le Char de Venus
Aujourd'hui l'Amour voyage
assis auprès de Bacchus.

Venus:
Soupirez, réverez le Dieu qui vous engage,
soupirez nuit & jour,
jeunes coeurs, les soupirs sont l'encens de l'Amour:
qu'il est doux de lui rendre hommage !
Aimez. Dans Hyver même on joüit du Printems,
quand l'Amour vole
sur les traces du Tems.
Est-ce pour la raison que sont faits les beaux ans ?
Faut-il qu'à ses conseils un jeune coeur s'immole ?
Aimez. Dans Hyver même on joüit du Printems,
quand l'Amour vole
sur les traces du Tems.

Bacchus:
Aimez, bûvez; notre présence
vous invite à joüir de notre intelligence.
Le Dieu du Vin
possede sans partage
les bords du Rhin:
et le Dieu de Paphos regle seul le destin
des climats qu'arrose le Tage.
Heureux l'empire ! heureux le sort
qui l'in à l'autre les enchaîne !
C'est seulement aux rives de la Seine
que l'Amour & Bacchus regnent toujours d'accord.


La Suite de l'Amour mêlée à celle d'Hébé, honore Bacchus & Venus par leurs danses


Venus:
Veillés Bacchus, veillés Amour,
endormés la raison sévère,
triomphés dans ce beau séjour.
Empêchés-la de nous distraire.
Quel jour charmant ! quel heureux jour !
Quand vous les forcés à se taire !
Veillés Bacchus, veillés Amour,
endormés la raison sévère,
triomphés dans ce beau séjour.


les danses recommencent


Venus:
Plaisirs, faites briller vos charmes,
qu'un spectable galant nous montre dans ce jour
tous les Ages soumis au pouvoir de l'Amour:
Plaisirs, faites briller vos charmes,
contre les coups du Tems ce sont de sûres armes.

(à l'Amour)

Volés, mon fils, volés; que Flore & les Zéphirs
preparent avec vous des Fêtes
qui doivent à nos yeux retracer vos conquetes.

(aux suivantes d'Hébé)

Et vous en les chantant redoublés vos plaisirs.

(l'Amour s'envole)

Venus & Bacchus:
Celebrez Bacchus / Venus & sa gloire,
que ces Dieux dans vos coeur partagent la victoire:
celebrez leur accord par un concert nouveau:
que l'écho se reveille;
[Venus] chantez Bacchus sous l'Ormeau,
[Bacchus] chantez Venus sous la Treille.

Choeur, suite de l'Amour, suite de Bacchus:
Celebrons Bacchus / l'Amour & sa gloire,
que ces Dieux dans nos coeurs partagent la victoire;
celebrons leur accord par un concert nouveau,
[Suite de l'Amour:] chantons Bacchus sous l'Ormeau,
[Suite de Bacchus:] chantons l'Amour sous la Treille.

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Première Entrée:
La Jeunesse ou l'amour ingenu

Le theatre represente, au fond la Riviere de Seine, & dans les ailes la Foire de Bezons


Scène premiere
Léandre, déguisé comme Artemise, un masque à la main, Zerbin, déguisé

Zerbin:
Quel dessein vous conduit dans ce séjour charmant ?
Les Amours sur ces bords prepraent mille fêtes;
Venez-vous aujourd'hui sous ce déguisement
tenter de nouvelles conquêtes ?

Léandre:
C'est sous un pareil ornement
que doit paroître ici l'incommode Artemise
ce redoutable Argus de la jeune Florise.
Ah ! que ses soins fâcheux
otent de doux momens à mon coeur amoureux !

Zerbin:
Quoi vous aimez Florise ?

Léandre:
Je l'adore.
Florise ne sçait pas encore
le prix de ses attraits:
un jeune objet paré de charmes qu'il ignore
n'en est que plus sûr de ses traits.

Zerbin:
D'une beauté naissante
les jeux occupent seuls les soins & les désirs;
elle rit sans pitié des plus tendres soupirs,
lorsque l'on s'en plaint, elle chante:
n'attendez pas de vrais plaisirs
d'une Beauté naissante.

Léandre:
D'une Beauté naissante
heureux qui peut causer les timides désirs,
elle seule nous peut donner de vrais plaisirs:
quelle douceur charmante
d'entre les premiers soupirs
d'une Beauté naissante ?

Zerbin:
Vous êtes donc aimé ?

Léandre:
Hélas ! j'ignore même
si l'on connoit que j'aime.
Je viens chercher ici l'objet qui m'a charmé.
J'espere surprendre Artemise,
sous son déguisement que j'ai fait imiter
je peux tromper les yeux de la jeune Florise
et trouver le moment de m'en faire écouter.

Zerbin:
Le bal vous favorise
on va se rassembler sur ce rivage frais...

Léandre:
Le trouble charmant qui s'aprête
annonce à mon coeur mille attraits;
dans les désordres d'une fête
l'Amour ne s'égar jamais.

Zerbin:
On vient.

Léandre:
Retirons-nous sous ce feüillage épais.


Scène 2
Florise, déguisée, Arthmise, déguisée comme Léandre

Artemise:
Ne nous écartons pas sur cette aimable rive,
je crains que malgré nous quelqu'Amant ne nous suive;
nous sommes sur ces bords toutes deux sans secours.
On ne trouve pas toujours
des Rossignols sous l'ombrage:
mais il n'est point de bocage
où ne volent les Amours.
Plaignons un coeur qui s'engage,
les Amans jusqu'au village
aujourd'hui manquent de foi.

Florise:
Vous les connoissez mieux que moi,
on doit tout sçavoir à votre âge.

Artemise:
A mon âge ? est-ce à moi que l'on tient ce langage ?
Je suis encor dans ma belle saison,
c'est ce qui fait le prix de mon indifference:
Sçachez que ma prudence,
est un beau fruit de ma raison
et non de mon experience.
De cent perils divers songez à vous garder.
Croyez-en ma Sagesse,
les hommes sont méchans...

Florise:
C'est donc pour les gronder
qu'on vous voir les chercher sans cesse.

Artemise:
Ils vous cachent toujours le venin sous les fleurs:
je vous amène au Bal, voyez ma complaisance,
mais évitez les soupirs imposteurs
des Amans qu'en ces lieux promene l'inconstance;
songez que sur ces bords on masque aussi les coeurs.
N'écoutez sur ce rivage
que le murmure des eaux
et de l'amoureux ramage
fuyez les accords nouveaux;
Les Amants sous cet ombrage
chantent mieux que les oiseaux.


Scène 3
Artemise, Florise,
Léandre, déguisé comme Artemise, un masque à la main, Zerbin

Léandre:
Eh ! quoi toujours l'importune Artemise ?

Artemise, à Florise, sans voir Léandre:
Quelqu'un vient, suivez-moi.


Artemise sort du Theatre: Florise la suit lentement, ce qui fournit à Léandre l'occasion de l'aborder, après avoir ordonné à Zerbin d'aller amuser Artemise

Léandre, à Zerbin:
Saisissons ce moment, & toi,
cours amuser l'Argus, feins que ton ame éprise
adore ses appas.

Zerbin:
O l'agréable emploi !


Scène 4
Florise, Léandre, déguisé comme Artemise, un masque à la main

Léandre:
Attendez donc Florise...

Florise:
O ! Ciel la severe Artemise
sous le masque cache ses traits.

Léandre:
On ne doit laisser voir ici que vos attraiys.

Florise:
Vous changez bien-tôt de langage.

Léandre:
Profitons du plaisir qui vien s'offrir à nous.

Florise:
Que devient votre humeur sauvage ?
Vos conseils...

Léandre:
Oubliez-les tous.

Florise:
Ah ! Qu'aujourd'hui votre entretienm'enchante !

Léandre:
Florise m'aimez-vous...

Florise:
Oh ! Je m'en garde bien;
Vous m'ordonnez de n'aimer rien,
et je suis toute obéïssante.

Léandre:
N'aimez rien, j'y consens, observez cette loi
N'en exceptez que moi.
Mais peut-être déja quelque flâme naissante
de votre jeune coeur occupe tous les voeux;
ne vous contraignez plus, avoüez-moi vos feux.

Florise:
J'ignore ces ardeurs secretes,
et je n'ai pas dessein de les sentir un jour;
Non, l'on n'est pas tenté de connoître l'Amour
sur les portraits que vous en faites:
Mais, Artemise, ces portraits
sont-ils fidelles ?

Léandre:
Non, je vous ai caché l'Amour sous de faux traits,
pour le peindre il n'est pas de couleurs assez belles.

Florise:
C'est donc un tableau bien charmant ?

Léandre:
Il ne peut s'achever que par un tendre Amant.

Florise:
M'est-il permis d'en voir...

Léandre:
Malgré votre esclavage
Hélas ! si de l'Amour vous connoissiez la voix
vous l'auriez près de vous entendu quelquefois.
L'Amour pour s'exprimer a bien plus d'un langage,
et c'est lorsqu'il se tait qu'il en dit davantage.
De timides soupirs, des regards enflâmez
ne vous ont-ils jamais tracé la vive image
des beaux feux que vous allumez ?
L'Amour pour s'exprimer a bien plus d'un langage ,
et c'est lorsqu'il se tait qu'il en dit davantage.
Que l'on est malheureux si rien ne vous instruit
des hommages qu'on va vous rendre !
Avec empressement on vous cherche, on vous suit...

Florise:
Je n'ai vu que Léandre.

Léandre, à part:
Ciel ! elle sçait mon nom, Léandre est-il aimé ?

(à Florise)

Déclarez vous enfin, Léandre est-il aimé ?
Quel trouble vous surprend ?

Florise:
Je ne puis le comprendre.
Mon coeur n'est plus maître de lui,
il suit de douces loix qu'il ne scait pas encore;
Les Jeux qui m'amusoient me causent de l'ennui,
j'éprouce quelquefois un plaisir que j'ignore;
un trouble qui me plaît m'agite nuit & jour,
Je ne puis m'expliquer le feu qui me dévore;
Aprenez-moi si c'est l'Amour.

Léandre:
Que venez-vous vous-même de m'aprendre ?

(il ôte son masque)

Voudrez-vous bien encor l'avoüer à Léandre ?

Florise:
Dieux ! c'est lui.

Léandre:
Je suis trop heureux.
Ah ! suel prix ? quel doux avantage
votre coeur vous accorde à mes feux ?
Sans les connoître, il les partage.
Je suis trop heureux.


Scène 5
Florise, Artemise,
Léandre, déguisé comme Artemise, un masque à la main, Zerbin

Florise, aperçevant Artemise, dans le tems que Léandre lui baise la main:
C'est Artemise, ô Ciel !

Artemise:
Que projets témeraire ?

Léandre:
Un Amant qui craint de déplaire
avant l'hymen doit consulter l'Amour:
c'est ce que j'ai fait dans ce jour;
Excusez mon dessein...

Artemise:
Non, il n'est pas possible...

Zerbin, à Léandre:
Nous vous allarmez pas, son coeur est fort sensible...
J'en suis garand: c'est dans ce lieu paisible
qu'elle m'a fait un tendre aveu;
vous voyez l'objet de son feu...

Léandre, à Artemise:
Serez-vous inflexible ?

Zerbin, à Artemise:
Au nom de nos tendres soupirs...

Artemise, faisant signe à Zerbin de se taire, à Léandre:
non, je ne suis point implacable
je servirai l'hymen qui flate vos désirs.

Léandre:
Je vous devrai le jour & mes plus chers plaisirs.

Florise, embrassant Artemise:
Que je vous aime !

Zerbin:
Elle est aujourd'hui fort aimable.

Artemise & Zerbin:
Volez, Dieu des Epoux, de deux tendres Amans
couronnez la flâme sincere:
Hymen, que vos noeuds sont charmans
quand l'Amour vous aide à les faire.

Artemise:
Et vous mon cher Zerbin, ne consentez-vous pas
qu'au temple de l'hymen nous volions sur leurs pas ?
Répondez.

Zerbin, interdit, à part:
Mais je croi... quel instant redoutable !
Mais je croi des haut-bois entendre les accords,
unissons-nous aux Jeux qu'on donne sur ces bords.


Scène 6
Léandre donne la main à Florise, & Zerbin en boudant à Artemise,
les masques arrivent divisés par troupes avec les Instruments à la tête & s'asseient au tour des arbres

Choeur des Masques:
Dançons, dançons sur les bords de la Seine;
jeunes Zephirs volez rafraîchissez les fleurs
de cette aimable plaine,
n'y laissez brûler que les coeurs.


Danse des Masques qui sont interrompües par l'arrivée de deux petits Bateaux ornez de fleurs & chargez de nouvelles troupes de Masques

Un Masque, chantant:
Jeunes coeurs, voulez-vous plaire,
cherchez le Bal & ses attraits:
C'est l'empire du Mystere,
l'Amour y répand ses bienfaits.

Choeur:
Jeunes coeurs, voulez-vous plaire,
cherchez le Bal & ses attraits:
C'est l'empire du Mystere,
l'Amour y répand ses bienfaits.

Le Masque, chantant:
Ici le Masque est plus sincere:
qu'un Bal champêtre a de douceur !
L'étoile de Venus l'éclaire,
Flore en fait l'ornement, Zephire la fraîcheur.

Choeur:
Jeunes coeurs, voulez-vous plaire,
cherchez le Bal & ses attraits:
C'est l'empire du Mystere,
l'Amour y répand ses bienfaits.

Le Masque, chantant:
Trop heureux qui sur la fougere
soit s'enflâmer dans ce simple séjour !
Le lieu qui voit naître l'Amour
forme souvent son caractere.

Choeur:
Jeunes coeurs, voulez-vous plaire,
cherchez le Bal & ses attraits:
C'est l'empire du Mystere,
l'Amour y répand ses bienfaits.

Le Masque, chantant:
Arrêtez-vous eaux fugitives
dans ce séjour délicieux:
Rossignols chantez sur ces Rives,
tout Cythere est dans ces beaux lieux;
Ici les Graces sont plus vives,
les Amours plus audacieux.
Le plaisir que l'on cache, augmente
sous un heureux déguisement:
Jaloux, qu'un triple soin tourmente,
vous nous observez vainement,
sur ces bords l'Amant & l'Amante
se reconnoissent seulement.
Arrêtez-vous eaux fugitives
dans ce séjour délicieux:
Rossignols chantez sur ces Rives,
tout Cythere est dans ces beaux lieux;
Ici les Graces sont plus vives,
les Amours plus audacieux.


le Bal continüe & finit par des Contre-danses

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Seconde Entrée:
l'Age viril ou l'Amour coquet

Le theatre represente, au fond un Chasteau en Champagne environné de Costeaux chargez de Vignes


Scène premiere
Eraste, en habit de campagne, Damon, en voyageur

Eraste, embrassant Damon:
Eh ! que viens-tu chercher dans ces climats charmans
toi que chaque beauté pour un instant engage ?
Est-ce dans des hameaux séjour des vrais Amans
que l'on doit trouver un volage ?

Damon:
Pour moi je ne suis point surpris
de te voir Habitant de ces côteaux cheris...

Eraste:
Je varie en ces lieux les plaisirs que nous donne
un agreable Automne,
je ne me trouve point de momens superflus.
Tout mon tems se partage
entre les Amours & Bacchus.
J'aime, lorsque je voi la beauté qui m'engage,
je boi, quand je ne la voi plus:
Tout mon tems se partage
entre les Amours & Bacchus.

Damon:
Peux-tu dans ces climats séparer ton hommage ?
la treille y fait couler son plus aimable jus:
l'Amour se doit ici défier du partage
que tu lui fais avec Bacchus.

Eraste:
Je sers également leur gloire
qui veut aimer doit sçavoir boire,
l'Amour fait les Amans & Bacchus les instruit.
Le vin sçait animer par la flâme liquide
les coeurs q'un fier objet au silence réduit;
l'Amour est moins timide
quand Bacchus le conduit.

Damon:
Ne mene-t-il que toi chez l'objet qui t'engage ?

Eraste:
Non, non, je n'aime pas une beauté volage
je crois posseder seul le coeur
de l'aimable objet qui m'enchante;
Tu ris...

Damon:
Une beauté constante
n'est pas faite pour un buveur.

Eraste:
Eh ! qui m'apprendra donc l'art de fixer les belles ?

Damon:
Moi. Je n'ai jamais rencontré
d'inconstantes ni de cruelles.
J'attendris les coeurs à mon gré:
j'ai corrigé mille coquettes...

Eraste:
Est-ce pour exercer un si rare secret
que vous venez dans ces retraittes ?

Damon:
Ecoûte... Mais est-tu discret ?

Eraste:
Finis un vain mystere.
Tu serois bien fâché que je sçusse me taire;
Va, parle, ne crains rien,
je dirai tout.

Damon:
Eh bien,
une beauté charmante à qui j'ai trop sçu plaire
habite en ces lieux:
je croi que loin de moi tout lui semble ennuyeux...

Eraste:
Vous venez dissiper le chagrin qui la presse ?

Damon:
Oüi, je viens en passant la voir dans ce séjour;
je pourrai bien à sa tendresse
donner les reste de ce jour.

Eraste:
Le reste de ce jour ? la faveur est legere.

Damon:
Oh, je n'en conviens pas, & de plsu entre nous,
mon tems est retenu je ne sçaurois mieux faire.

Eraste:
Vous allez essuyer bien des transports jaloux !

Damon:
Hélas ! c'est mon destin.

Eraste:
Lorsqu'on est trop aimable
c'est un destin inévitable.

Damon, appercevant Lucinde:
J'apercoi la beauté que j'ai trop sçu charmer,
que je vais la ravir !

Eraste:
Qui, Lucinde ?

Damon:
Elle même.

Eraste:
Peut-être en d'autres lieux elle a pû vous aimer,
dans ces climats charmans je suis le seul qu'elle aime.

Damon:
Que je te sçais gré d'avoir pû l'enflâmer,
c'est me tirer, d'un embaras extrême.


Scène 2
Eraste, en habit de campagne, Damon, en voyageur, Lucinde

Lucinde, à Eraste, sans voir Damon:

(se rassurant)

Allons, Eraste, allons...

(apercevant Damon)

Mais, ô Ciel !.. quel bonheur,
dans ce lieu vous rassemble ?

Eraste:
Quoi vous vous étonnez de nous trouver ensemble ?
Damon n'est pas de trop, il connoît votre coeur.

Lucinde, à part:
Déguisons mon inquiétude.

(à Damon)

Quoi vous venez, Damon, chercher ma solitude ?

Damon:
Lucinde, je le voi, vous la peuplez d'amours,
et vous empruntez leurs secours
contre l'ennui de vos retriattes.

Eraste, à Damon:
Regrettez-vous son coeur ? mais, quoi,
vous qui sçavez corriger les coquettes
travaillez, voilà de l'emploi.

Damon:, à Lucinde:
Dans le hameau prochain je vais voir Celimene,
c'est elle seulement qui dans ces lieux m'amene;
vous n'avez changé qu'après moi.


Scène 3
Eraste, en habit de campagne, Lucinde

Eraste:
Vous ne répondez rien, il a sçu vous confondre.

Lucinde:
A de pareils discours je n'ai rien à répondre,
vous connoissez Damon.

Eraste:
Eh bien.

Lucinde:
Le croyez-vous ?
Lui feriez-vous l'honneur d'en être un peu jaloux ?
Ah ! Rougissez d'un soupçon qui m'offence.

Eraste:
De ce dépit railleur je dois me défier,
Lucinde, pourquoi donc gardiez-vous le silence ?

Lucinde:
N'avoir rien répondu c'est me justifier.
Il voit que vous m'avez sçu plaire,
si je l'aimois, aurois-je pû me taire,
et ne le pas désabuser ?

Eraste:
Ah ! vous sçavez trop bien vous excuser
pour être fidelle & sincere.

Lucinde, feignant de se fâcher:
C'est bien à vous de m'accuser
vous que le Dieu du vin sçait trop souvent distraire...
On ne reconnoît plus
l'Empire de Cythere,
les Amours à present s'échapent de leur Mere
pour aller boire avec Bacchus.

Eraste:
Quand la treille me voit sous ses charmans aziles,
j'accorde au Dieu du Vin des momens inutiles
qui pour l'Amour seroient perdus.
C'est pour affermir ma constance
que j'emprunte dans votre absence
le secours d'un aimable jus.
Mais les Amans des autres Belles
donnent souvent à des ardeurs nouvelles
le tems que mon amour abandonne à Bacchus.

Lucinde:
Loin de l'objet qui nous blesse
doit-on l'oublier jamais ?
Non, n'y pas songer sans cesse
c'est outrager ses attraits.
Non, non, rien ne doit suspendre
l'attente de son retour:
tous les momens d'un coeur tendre
appartiennent à l'Amour.

Eraste:
Damon suivoit-il bien cette leçon severe
lorsque vous partagiez ses volages ardeurs ?

Lucinde:
Eraste, sçavez-vous que les Amans railleurs,
perdent bien-tôt les droit de plaire ?
La conquête d'un coeur ne sçauroit me flatter
lorsqu'à ses soins jamoux il veut que je l'immole:
et bien-tôt mon amour s'envole
si les plaisirs ne sçavent l'arrêter.

A deux:
La conquête d'un coeur ne sçauroit me flatter
lorsqu'à ses soins jaloux / son inconstance il veut que je l'immole;
et bien-tôt mon amour s'envole
si les plaisirs ne sçavent l'arrpeter /
loin d'un objet qu'il ne peut arrêter.

(on entend un prélude)

Eraste:
Qu'entens-je ?

Lucinde:
On prépare une fête,
Eraste, j'oubliois de vous en informer.

Eraste, surpris:
Comment ?

Lucinde:
C'est pour moi qu'on l'apprête.

Eraste:
Vous avez fait encor ici quelque conquête.

Lucinde:
Oüi, le riche Cleon s'avise de m'aimer.

Eraste:
Ah ! c'en est trop, je me dégage,
je renonce à l'hymen qui flattoit mon ardeur...

Lucinde:
Non, non, ne craignez pas qu'avec-vous, je m'engage;
non, vous m'épouvantez avec votre air grondeur.
Quand l'Amour nous fait peur
l'hymen nous doit encore effrayer davantage.
Allez, Eraste, allez, ne suivez plus me pas...

Eraste, très-piqué:
Ainsi vous me chassez... je ne partirai pas.

Lucinde, gracieusement:
Que j'aime ce dépit !

Eraste:
Mon couroux m'abandonne.
Hélas ! qu'il est aisé d'apaiser les Amans !
Mais Cleon vient: je vais troubler vos doux moments.

Lucinde, affectant de la colere:
On fatigue à la fin quand toujours on soupçonne,
vous ne méritez pas, ingrat, mes sentimens...

Eraste:
Excusez-vous du moins...

Lucinde, en riant:
Restez, je vous pardonne.


Scène 4
Eraste, Lucinde, Cleon, financier, vendangeurs

Cleon:
Pour celebrer la chaine qui m'engage,
nous descendons des côteaux d'alentour:
par la voix des plaisirs recevez mon hommage:
pour vous belle Lucinde, on verra dans ce jour
les Sujets de Bacchus obéïr à l'Amour.

(danses des vendangeurs)

Lucinde:
Qu'il est doux d'habiter notre aimable retraite !
Un jus délicieux coule sur nos côteaux:
ici le Dieu des bois partage sa musette
Bacchus comme l'Amour reçoit ses chants nouveaux !

(la danse des vendangeaurs reprend)

Eraste:
C'est dans ce fortuné séjour
qu'avec tous ses attraits on voit briller la Treille:
jamais sur ces côteaux le Buveur ne sommeille,
Bacchus dans ces climats a le feu de l'Amour,
il n'est point de coeur qu'il n'éveille.

(le divertissement finit par des Danses)

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Troisième Entrée:
la Vieillesse ou l'Amour joüé

Le theatre represente des Jardins près de Padoue preparez pour donner une Fête Galante


Scène premiere
Silvanire, deguisée en cavalier
Merlin

Merlin:
D'où vient que Silvanire agitée , inquiete,
parcourt en soupirant cette aimable retraite ?
Sans sçavoir vos desseins j'accompagne vos pas...
Quoi, voulez-vous garder un éternel silence ?
Sous ce déguisement que cherchez-vous ?

Silvanire:
Hélas !
Amour, fais briller ta puissance,
seconde des projets par toi-même formés ?

Merlin:
Par ces tendres soupirs j'apprens que vous aimés:
est-ce Argant ? il n'est plus dans la saison de plaire...

Silvanire:
On veut m'unir à lui par de funestes noeuds.

Merlin:
On voit assez que c'est le choix d'un Père,
s'il eut consulté vos voeux...

Silvanire:
Mon coeur eut nommé Valere.

Merlin:
Qu'Argant dans ses amours me semble témeraire ?
Un Amant plus rempli de glaces que de feux
peut-il attendre un destin agréable ?
Devroit-on se mêler d'être encore amoureux
losqu'on n'est plus aimable ?

Silvanire:
Quel Amant !

Merlin:
Vous l'avez asservi malgré vous,
vous n'aviés pas dessein de porter là vos coups,
c'est un trait égaré du Vainqueur de Cythere.

Silvanire:
Lorsque l'Amour lance ses traits
rarement la raison l'éclaire,
la plus foible conquête a pour lui des attraits:
Lorsque l'Amour lance ses traits
pourvû qu'il blesse un coeur il ne choisit guere.

Merlin:
Vos mépris pour Argant sont encore un mystere ?

Silvanire:
Depuis l'instant fatal qui causa ma malheur,
Argant n'a plus m'exprimer son ardeur.

Merlin:
Un Amour de son âge est instruit à la faire.
Quel seroit le triste entretien,
d'un Amant aussi vieux que l'Epoux de l'Aurore ?
Avec tranquilité coyés qu'il vous adore;
avant l'hymen il ne vous dira rien,
peut-être après l'hymen se taira-t-il encore.

Silvanire:
On m'ordonne aujourd'hui de paroître à ses yeux;
déja dans ces Jardins ornés par sa tendresse
tu m'as fait remarquer cet Amant odieux:
sous cet habit par ton adresse
j'ai devancé mon Pere dans ces lieux;
j'y viens chercher Argant, j'y viens troubler son ame;
je veux rompre l'hymen qu'espere en vain sa flâme...

Merlin:
Mais avés-vous prévû tous les hazards fâcheux ?

Silvanire:
Sans les examiner je les crois favorables:
les projets les moins raisonnables
sont quelquefois les plus heureux.

Merlin:
Expliqués-vous, je suis fort discret je vous jure.

Silvanire:
Non, non, Valere même ignore l'aventure
que j'ose risquer en ce jour.
Laisse-moi: ne suis plus mes pas dans ce séjour:
pour témoin d'un projet dont la raison murmure
c'est assez de l'amour.


Scène 2
Silvanire, deguisée en cavalier

Silvanire, seule:
Jardins fleuris qu'arrosent cent fontaines,
bois que font retentir mille oiseaux amoureux,
vous redoublez, hélas ! mon désespoir affreux;
plus un séjour est doux plus on y sent les peines.

On veut me separer de l'objet de mes voeux.
J'écoute avec regret sous ce paisible ombrage,
Ruisseaux votre murmure, oiseaux votre ramage;
tout devient des tourmens pour les coeurs malheureux.

Jardins fleuris qu'arrosent cent fontaines,
bois que font retentir mille oiseaux amoureux,
vous redoublez, hélas ! mon désespoir affreux;
plus un séjour est doux plus on y sent les peines.

Mais Argant vient ici: de mon déguisement
soutenons l'apparence.
Il approche: il est tems que ma feinte commence;
imitons les transports d'un malheureux Amant.


Scène 3
Silvanire, deguisée en cavalier, Argant

Silvanire:
Dieux ! Quelle route dois-je suivre ?
Silvanire, êtes-vous de ce fatal séjour ?

Argant, à part:
Il parle de l'objet qu'un doux hymen me livre.
Ecoutons.

Silvanire, à part:
Quoi, je perds l'objet de mon amour ?
Un Rival me l'arrache & je le laisse vivre ?

Argant, tremblant & s'éloignant:
Ne nous découvrons pas, évitons son couroux.

Silvanire, arrestant Argant:
De grâce arrêtez-vous,
n'est-ce pas dans ces lieux qu'on attend Silvanire ?
Argant est-il ici ?

Argant, à part:
Il ne me connoît pas, à la fin je respire.

(à Silvanire)

Seigneur, quel est le mal qui vous agite ainsi ?

Silvanire:
J'adore Silvanire, on l'enlève à ma flâme,
et vous vous étonnez du trouble de mon ame ?

Argant:
Eteignez d'inutiles feux...

Silvanire:
Qu'osez-vous conseiller à mon coeur amoureux ?

Argant:
Argant espere ici par des Jeux qu'on aprête
toucher l'objet charmant dont son coeur suit la Loi.

Silvanire:
Silvanire verra des mêmes yeux que moi
cette fatale Fête.
Non, Silvanire & moi nous n'avons pas deux coeurs,
elle est fidelle à l'Amant qu'elle adore.
Dans le triste destin de nos tendres ardeurs
nous versons ensemble des pleurs;
elle hait le Rival que je hais, que j'abhore;
Non, Silvanire & moi nous n'avons pas deux coeurs.

Argant, à part:
Je dois entendre ce langage;
voilà pour mon hymen un fort heureux présage.

(à Silvanire)

Ainsi l'espoir d'Argant...

Silvanire:
Peux-il en concevoir ?
Est-ce donc de l'amour que son aspect inspire ?
Non, j'ose m'en flatter, non, j'ose vous le dire
il ne sçaura jamais quel que soit son espoir
me séparer de Silvanire.

Argant:
Elle pourra changer...

Silvanire:
Non, non, n'en croyez rien,
je connois dès long-tems son coeur comme le mien.

Argant:
Silvanire vous jure une ardeur immortelle...

Silvanire:
Tous ses voeux, tous ses pas sont guidés par l'amour.

Argant:
Vous passez, je le voi, peu de momens sans elle.

Silvanire:
Je l'accompagne nuit & jour.

Argant:
Nuit & jour ! juste Ciel ! il n'a plus rien à taire.

Silvanire, à part:
Ma feinte réüssit: mais j'aperçois Valere.


Scène 4
Silvanire, deguisée en cavalier, Argant, Valere

Valere, sans les voir:
Barbare hymen, tyran trop rigoureux,
tu prétens donc m'arracher Silvanire ?

Argant, à part:
Dieux ! encor un Rival ! eh ! que vont-ils se dire ?

Valere, sans les voir:
Barbare hymen, tyran trop rigoureux,
sans l'aveu de l'amour dois-tu former des noeuds?

Argant, à part, reconnoissant Valere:
Que vois-je ? Valere. Il soupire ?
J'ignorois son amour, je connois son couroux,
il ne menage rien dans ses transports jaloux,

(à Valere)

Je crains... feignons... Seigneur la Fête vous attire ?

Valere, voulant mettre l'épée à la main:
Ah ! je vous trouve enfin, Argant, defendés-vous...

Argant & Silvanire:
Arrêtés.

Valere, à Argant:
Non, il faut expirer sous mes coups.

Silvanire, le retenant:
Eh ! de grâce, arrêtés Valere.

Argant, montrant Silvanire à Valere:
C'est sur lui seul que doit tomber votre colere,
on trouve nuit & jour Silvanire avec lui:
il me l'a dit lui-même.

Valere, regardant Silvanire:
Quoi ! c'est vous que je vois ? ma surprise est extrême.
Quoi, est-ce vous ?

Silvanire:
Oüi, c'est moi, je vous prouve aujourd'hui
qu'on ose tout lorsque l'on aime.
Il n'obtiendra jamais ni son coeur ni sa main,
je suis ici venu moi-même l'en instruire...

Valere:
Que Valere est charmé ? quel genereux effort ?

Argant, à part:
Voilà deux Rivaux bien d'accord.

Silvanire, aperçevant Fabio:
Mon Pere vient. Amour, daigne, hélas ! nous conduire.


Scène 5
Silvanire, deguisée en cavalier, Argant, Valere, Fabio, suivi de Merlin

L'ordonateur de la Fête , Valere & Silvanire s'écartent un peu

Fabio:
De ces lieux enchantés goûtons bien les appas,
que l'hymen y prépare une agreable Fête.

Argant:
Je sçai les faveurs qu'il m'aprete.

l'Ordonateur de la Fête, entrant, à Argant:
Seigneur, les Jeux sont prêts...

Argant, brusquement:
Moi je ne le suis plus.

Fabio:
Quel est ce noir chagrin & que voulez-vous dire ?

Argant, brusquement:
Que je ne veux plus être Epoux.

Fabio:
Expliquez-moi du moins qui cause ce couroux.

Argant, montrant à Fabio, Valere et Silvanire:
Pour vous en informer, l'un des deux peut suffire.
Adieu je les laisse avec vous;
Tous deux bien mieux que moi connoissent Silvanire.


Scène 6
Silvanire, deguisée en cavalier, Valere, Fabio, Merlin,
l'Ordonateur de la Fête & sa Suite

Fabio, regardant Valere & Silvanire, qui l'évitent tout à tout:
Qu'ont-ils donc à m'aprendre ?... ils m'évitent tous deux...
Je ne vois plus Argant.

Merlin, bas, à Silvanire:
Soutenons bien l'orage.

Fabio, à part:
Quel caprice d'Argant a pû changer les voeux ?
Non, ma Fille jamais ne sera le partage
d'un Epoux si fâcheux.

Silvanire, à son Pere:
Que j'ai de grâces à vous rendre !...

Fabio, à sa Fille, la reconnoissant:
Quoi Seigneur... mais que vois-je ici ?
Ma Fille, , quel projet osiez-vous entreprendre ?

Silvanire:
Il est justifié puiqu'il a réüssi.

Merlin, à Fabio:
Il faut d'un coeur qui soupire
excuser les mouvements,
un projet que l'amour inspire
paroît toujours sage aux Amans.

Fabio, à Merlin:
On ne demande pas ici ses sentiments.

Silvanire, à Fabio:
Seigneur est-ce en vain que j'espere ?

Fabio:
Je sçai que vous aimez & j'aperçois Valere...
C'en est fait, je veux bien vous unir en ce jour,
il faut que pour vos feux, enfin que me déclare;
il faut que l'Hymen repare
les fautes que fait l'Amour.

(on entend un prelude)

Qu'entens-je ?

l'Ordonateur:
Ces concerts nous annoncent la Fête
que pour Argant par mon ordre on aprête.

Valere:
Ces Jardins qu'il avoit disposez pour des Jeux
verront triompher ma tendresse.
Achevons ici ce jour heureux,
profitons des plaisirs que mon Rival nous laisse.

(à l'Ordonateur)

Vous qui de mon bonheur devenez les témoins,
Allez, comptez sur moi pour le prix de vos soins.


Scène dernière
Le triomphe de la Folie sur tous les ages

La Ferme s'ouvre, & le Theatre represente au fonds un Amphitheatre de verdure orné de Fleurs & de Girandoles, occupé par les Ages & les sujets favoris de la Folie.
Son Trône isolé & caracterisé est placé au milieu; elle y est gardée par ses Matassins & environnée par Arlequin, Polichinel & autres Personnages comiques.

Un Acteur de la Fête:
O Puissante Folie, acceptez nos hommages,
votre empire est égal à celui de l'Amour:
vous sçavez comme lui regner sur tous les Ages,
comme lui vous avez une nombreuse Cour.

Triomphez charmante Folie,
chez vous tous les plaisirs sont toujours de saison;
triomphez charmante Folie,
les momens qu'on dérobe à la triste saison
sont les plus doux de notre vie.

Choeur:
Triomphez charmante Folie,
chez vous tous les plaisirs sont toujours de saison;
triomphez charmante Folie,
les momens qu'on dérobe à la triste saison
sont les plus doux de notre vie.

(les Matassins dansent)

La Folie:
Rien sur la Terre & dans les Cieux
n'égale ma gloire immortelle:
j'étens mon pouvoir en tous lieux
malgré sa sagesse rebelle,
et le fier souverain des Dieux
est mon sujet le plus fidelle.

(danse des Ages)

Silvanire:
Douce Folie, Amour constant,
tu fais le bonheur de mon ame,
joüis d'un triomphe éclatant
que ta gloire égale ma flâme.
Une tendre & fidelle ardeur
de tes Favoris est le gage;
quand tu n'estimes pas un coeur
tu lui permets d'être volage.
Douce Folie, Amour constant,
tu fais le bonheur de mon ame,
joüis d'un triomphe éclatant
que ta gloire égale ma flâme.

(danse)

Un Acteur de la Fête:
Cara follia
dentro il mio core
con fommo ardore
sempré sarai.

Lo stulo immenso
de tuoi feguaci
sebben audaci
d'al mio Valore
vinti vedrai.

Cara follia
dentro il mio core
con fommo ardore
sempré sarai.

Choeur:
Chantons, celebrons les faveurs
de la Divinité qui regne sur nos coeurs.
L'Univers enchanté l'adore;
elle a mille Autels dans des lieux
où l'on ignore
tous les autres Dieux.

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