accueil
|
contact
|
contributions
|
liens

ballets
|
cantates
|
divers
|
opéras
|
oratorios
|
pastorales
|
sérénades

Vers pour le Ballet du Roy,
representant les Chevalliers de la Terre Saincte
avec les Advantures de Renaud & d'Armide
1617
 

A la Reine Mere de sa Majesté

Ces braves Chevaliers, qui iugent que la France
Sous l'appuy de vos loix peut vivre en assurance
De ne plus retomber aux maux qu'elle a soufferts,
Vont au loin, Grande Reyne, où l'honneur les appelle,
Pour combattre l'orgueil de ce Prince infidelle,
Qui tient la Palestine esclave dans ses fers.

Leurs invincibles coeurs surmontez par les armes,
Qu'eslancent de beaux yeux pleins de feux & de charmes,
Ne vouloient adorer que l'enfant de Cypris:
Maintenant le Dieu Mars reçoit tous leurs hommages,
Et l'amour des Lauriers force leurs grands courages,
De quitter les combats dont le Myrte est le prix.

Amour qui fait tousiours des efforts inutiles
Pour amolir les coeurs de ces nouveaux Achiles,
Leur fait voir des beautez qui charmeroient les Dieux:
Mais le desir qu'ils ont d'estre mis en l'histoire,
Ne contemple sinon l'image de la Gloire,
Que le Dieu des combats leur met devant les yeux.

Quoy ! ces rares beautez recevront donc la honte
De voir que leurs Amans n'en tiennent plus de conte,
Et se laissent aller à de nouveaux appas ?
Non, ils ont beau quitter leur provinces natales,
Le feu qui les consomme est le feu des Vestales,
Si rien l'esteint iamais ce sera le trespas.

Mais ils ont quand & quand le coeur trop magnanime
Pour languir en repos, & se voir en estime
De ieunes Adonis qui craignent les hazards:
Aymant mieux que des coups leurs visages meurtrissent,
Pourveu qu'estans vainqueurs leur Dames les cherissent
De mes me que Venus cherissoit le Dieu Mars.

Ils marchent sous un chef yssu de telle race,
Que si l'ambition le portoit en la Thrace
Le Dieu qui la deffend s'y verroit plein d'effroy.
Quel insensé peut donc mettre en sa fantaisie,
Que le puissant Demon protecteur de l'Asie,
Ne se cache au seul bruit du nom de Godefroy ?


pour Armide contente de posseder Renault

O Dieux, quel est le Sort dont ie suis poursuyvie ?
Qui permet que Renault, ce redouté vainqueur,
A qui mes paßions vouloient oster la vie,
Endormy qu'il estoit m'ayt desrobbé le coeur ?

Mes deux mains conspiroient de luy meurtrir la face,
Quand mes yeux le voyant & si ieune & si beau,
Les firent consentir à luy destiner place
Plustost dedans mon coeur que dedans un tombeau.

L'impatiente soif de ma iuste cholere
Du plus pur de son sang se devoit appaiser.
Estrange changement ! voyant mon adversaire
De peur de l'éveiller ie n'osay le baiser.

Soleil, vis-tu iamais de pareilles lumieres
A celles que cet Ange alluma dans les Cieux,
Alors que son réveil defarma deux paupieres
Qui servoient de nuage aux rayons de ses yeux ?

Ces beaux yeux tout divins, dont la douve influence
Un printemps eternel dans les ames produict,
Fire naistrent en mon coeur mille fleur d'esperance,
Qui par mille baisers se changent en fruict.


pour une Nymphe addressant sa Parole aux Cavalliers venus pour la delivrance de Renault

Quelle poincte de ialousie
Vous a mis en la fantaisie,
De troubler les Amans qui libres & contens
Cueillent la fleur de leur printemps ?

Laissez Renault loing des armées,
Qui sont dans les champs Idumées.
Il doibt, ieune qu'il est, donner à son desir
Moins de gloire & plus de plaisir.

Amour, dont son coeur est le temple,
L'empesche de suivre l'exemple
De ces foibles esprits qui rendent le bon-heur
Suiect aux loix du poinct d'Honneur.

Ie doibt plustost faire la guerre
Sous l'Amour qui peuple la terre,
Que de perdre la fleur de ses iours les plus beaux
Sous Mars qui peuple les tombeaux.

Ce Dieu causant mille supplices,
Il vaut mieux parmy les delices
Avoir de son vivant que dous reconfort,
Que des Autels apres sa mort.

Puisque l'homme retourne en poudre,
Pour sa gloire il se doibt resoudre
De repaistre plustost les flames d'un bel oeil,
Que les vers qui sont au cercueil.


pour Armide transportée de Colere, à cause du Partement de Renault

Quel subit changement ! quelles dures nouvelles !
Dieux, qu'est-ce que ie voy ?
Osez-vous bien, ô Demons infidelles,
Parestre devant moy ?

Esprits les plus trompeurs de l'infernalle bande,
C'est un faire le fault,
Parlez Demons, Armide vous demande
Qu'est devenu Renault.

A l'Avril de ses ans quelque accident funeste
Seroit-il arrivé,
Ou Iupiter en la maison celeste
L'auroit-il enlevé ?

Non, non, l'amour du change où l'humaine malice
Se laisse aller souvent,
Fait qu'à mon dam son coeur plein d'artifice
A mis la voile au vent.

Quoy donc ? ny la beauté, ny les faveurs s'Armide,
(o cruel souvenir)
Ny les sermens de son ame perfide
Ne l'ont sçeu retenir.


pour les Soldats de l'Armée de Godefroy, qui deplorent la fortune de Renault

Que le Destin nous est contraire,
Puis que ce coeur ambitieux,
Qui se rendoit Mars tributaire,
Est esclave de deux beaux yeux.

Renault, dont le siecle où nous sommes
Mettoit la gloire à si haut prix,
N'a plus de la bouche des hommes
Que toutes sortes de mespris.

Il n'a plus d'encens ny de flame,
Qui plaisent aux grands Dieux immortels,
Car dans le Temple de son ame
Armide seule a des Autels.


Dialogue entre un Mage & les Soldats

Le Mage:
Votre Heros n'est plus en servage,
Renault est en fin de retour.

Les Soldats:
Il a monstré qu'un grand courage
Peut rompre les prisaons d'Amour.

Le Mage:
Il a banny de sa memoire
L'obiect du monde le plus beau.

Les Soldats:
Un noble coeur sauve sa gloire,
Et met ses plaisirs au tombeau.


pour Monsieur de Luysnes representant Renault, au Ballet du Roy

Quand la ruse d'un Grec vint presenter les armes
Aux yeux d'un grand Heros amoly par des charmes,
Pour l'attirer aux mains avecques l'ennemy:
Ces armes dont Achile alors ne tenoit compte,
Comme dans un mirouër luy firent voir sa honte,
Qui resveilla soudain son courage endormy.

Le mesme est de Renault qui mouroit pour Armide:
Ses yeux cessent d'avoir un aveugle pour guide,
Son coeur n'obeït plus au pouvoir d'un Enfant:
Et son front glorieux que la Myrte environne,
N'aspire au'aux Lauriers dont la riche couronne
Des siecles à venir le rendra triomphant.

Il contemple une falme & plus clare & plus nette
Que la flame qu'espand l'amoureuse planette
Dont le rayon trompeur perd les plus grands cerveaux.
Il vogue en une mer dont la guerre est l'orage,
Et du celeste feu qui guide son courage
MARIE & GODEFROY sont les Astres jumeaux.

Pour le Ballet des Esprits à qui Armide avoit donné à Renault en garde,
qui ont dansé selon l'ordre cy apres

pour Le Roy, representant un Esprit enflamé

Qu'on ne s'estonne point de voir les vives flames,
Et les divins rayons mes desirs allumans,
Ce n'est rien de nouveau, si le Soleil des Ames
Embraze de ses feux le Phenix des Amans.

Thetis qui voulut rendre Achile invulnerable,
Plongé dans l'eau du Styx le fit devenir tel;
Par un moyen contraire un Astre favorable
Purge dedans le feu ce que i'ay de mortel.

Haste-toy, grand Soleil, tu me fais trop attendre,
Car puis que le Phenix est par tout renommé
De renaistre plus beau quand il est mis en cendre,
Mon corps ne sçauroit estre assez tost consommé.


pour
Monsieur de Chevalier de Vensdome, representant un Esprit Aquatique

Q'où puis-je attendre qu'il succede
A mes ennuis quelque remede,
Puis qu'un Dieu cause mes tourmens,
Et que l'espoir dont ie me flatte
Se voit d'une façons ingratte
Trahy mesmes des Elemens ?

I'ay creu que ma flame secrette,
Dans l'onde où i'ay fait ma retraite
Pourroit s'amortir peu à peu:
Mais las ! telle est mon advanture;
Que contre l'ordre de nature
L'eau s'accorde avecques le feu.

Iamais mon ardeur ne s'appaise,
Les glaçons se changent en braise
Par les rayons de deux beaux yeux,
Dont le feu qui dans l'eau s'allume
Ne peut en fin qu'il se consume
Et l'onde, & la terre, & les Cieux.


pour
Monsieur de Monpovillain, representant un Esprit Aerien

Cher Astre, ô beau Soleil qui me donnes le iour,
Ie sçay bien que la Seine un tombeau me prepare:
Si ne puis-ie arrester le vol de mon Amour,
Bien qu'il soit menacé de la cheute d'Icare.

Le Ciel, où mes desirs se veulent eslever,
Ne les estonne point de la peur du supplice,
Cat le plus grand honneur qui leur puisse arriver
Ce sera de tomber d'un si haut precipice.


pour
Monsieur de Liancourt, representant un Fue Follet

D'humeur extravagante où nul fol ne m'esgalle,
Fait connoistre que i'ayme un obiect si charmant
Que sa beauté divine est un nouveau Dedale,
Où les plus beaux esprits se perdent en aymant.

Que ne perdroit le sens en voyant ma Maistresse ?
Si le Ciel l'eust fait naistre en l'antique saison,
On ne parleroit point des Sept Sages de Grece,
Car son oeil plein d'appas eust troublé leur raison.

Un Chevalier volant apporta la fiole,
Dont Rolland eut moyen de revenir à soy:
Mais helas ! ie crains bien qu'en l'amour qui m'affolle,
La faveur de Daphné n'ait point d'aisles pour moy.


pour
Monsieur de Bleinville, representant le Ieu

Suivy d'un tas de malcontens,
Ie suis par tout en mesme temps,
Nulle puissance ne m'esgalle:
Mon pouvoir s'estend sur les Rois
I'ay pour demeure principalle
La Forest de six quatre & trois.

Mille blasphemes sont ses fleurs,
Mille souspirs suivis de pleurs,
Sont ses Zephirs & ses fontaines:
Le sejour en est si fatal
Que ses routes les plus certaines
Aboutissent à l'hospital.

Ne cherchez point, ô ieunes gens,
Ceste Forest, où les Sergens
Vous pourroient contrer vostre game:
Mais en ma maison de plaisir
Qui se nomme le trou Madame,
Allez passer vostre loisir.


pour
Monsieur de Chalez, representant un Esprit Avare

En terre & sue les eaux ie prattique auiourd'huy
Tout ce que l'avarice apprend en ses escoles,
Du matin iusqu'au soir ie chasse au bien d'autruy,
Et l'amour que ie fay c'est aux seules pistolles.

Mes porteurs de poulets sont touiours des Sergens,
Greffiers & Procureurs sont mes vrais Secretaires,
De l'humeur dont ie suis i'oblige force gens,
Il est bien vray que c'est par devant les Notaires.

Ie cheris tellement la couleur de l'escu,
Sur tout lors que son poids emporte la balance,
Que ie prendrois plaisir à devenir cocu,
Si les cocus portoient des cornes d'abondance.


pour
Monsieur de Courtanvault, representant un Esprit Aerien

Qui le nom de leger me voudra reprocher,
Apprenne qu'Angelique eut long temps la puissance
De rendre mon amour plus ferme qu'un rocher,
Et qu'en fin ses rigueurs ont forcé ma constance.

L'or de ses beaux cheveux croyoit, non sans raison,
Me tenir attaché de chaisnes eternelles:
Mais la belle avoit mis un Dedale en prison,
Qui sçait rompre ses fers & se forger des aisles.

Las !ie crains que l'Amour d'un puissant aiguillon
Ne reblesse mes sens comme il a de coustume,
Et que mon coeur volant ne soit un papillon
Qui dans le feu qu'il suit à la fin se consume.


pour
Monsieur le Comte de la Rochefoucault, representant un Esprit vain

Ce ne sont que Cesars dont ie suis le vainqueur,
Ce ne sont que Venus dont ie say la conqueste,
L'air n'a point tant de feu que i'en ay dans le coeur,
Ny la Mer tant de vent que i'en ay dans la teste.

Ce qu'ordinairement ie medite à la Cour,
Ce sont inventions de despenses nouvelles,
Et les difficultez que ie trouve en Amour
Viennent du choix que i'ay des Dames les plus belles.

Un bon heur eternel à mon merite joinct,
Et tel que tout me rit soit en paix soit en guerre:
Il est vray que le Ciel m'est iniuste en un poinct,
De ce qu'il me reduit à marcher sur la terre.


pour
Monsieur de Brantes, representant un More

N'imaginez pas, ô beaux yeux,
Que l'Astre qui luit dans les Cieux
M'ay rendu le visage More,
Le Feu trop vif à mon malheur
Qui m'a noicy de sa chaleur,
Vient de la beaité que i'adore.

Si ce beau feu que rien n'esteint,
N'avoit attaqué que mon teint,
Mon heur ne se pourroit comprendre,
Mais tel qu'un puissant ennemy
Qui iamais n'offense à demy,
Il a reduit mon coeur en cendre.

En ce cruel embrasement,
Ce que ie plains incessamment
N'est point tant mon propre dommage,
Que de ce que l'oeil mon vainqueur
Dont i'avois le portrait au coeur,
N'a point espargné son image.


pour
Monsieur le Baron de Pallau, representant un Esprit Rodomont

Mes parfums sont l'odeur de la poudre à canon,
I'ay les champs pour maison & pour lict des tranchées,
La terre est un Echo, qui ne parle sinon
Des Palmes qu'aux Cesars mes faicts ont arrachés.

Caron las de passer tous ceux que le malheur
Fait trouver au devant de mes armes meurtrieres,
Maudit le bras fatal dont ma grande valeur
Fait palir les mortels, & rougir les rivieres.

Ie voy bien que la terre est le dernier degré
Où se vont arrester mes conquestes nouvelles:
Que le Ciel toutesfois ne m'en sçache aucun gré,
Si ie ne l'assaus point c'est à faute d' eschelles.