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representant les Chevalliers de la Terre Saincte avec les Advantures de Renaud & d'Armide 1617 |
Ces braves
Chevaliers, qui iugent que la France Leurs
invincibles coeurs surmontez par les armes, Amour qui
fait tousiours des efforts inutiles Quoy ! ces
rares beautez recevront donc la honte Mais ils
ont quand & quand le coeur trop magnanime Ils
marchent sous un chef yssu de telle race, O Dieux,
quel est le Sort dont ie suis poursuyvie ? Mes deux
mains conspiroient de luy meurtrir la face, L'impatiente
soif de ma iuste cholere Soleil,
vis-tu iamais de pareilles lumieres Ces beaux
yeux tout divins, dont la douve influence Quelle
poincte de ialousie Laissez
Renault loing des armées, Amour,
dont son coeur est le temple, Ie doibt
plustost faire la guerre Ce Dieu
causant mille supplices, Puisque
l'homme retourne en poudre, Quel subit
changement ! quelles dures nouvelles ! Esprits
les plus trompeurs de l'infernalle bande, A l'Avril
de ses ans quelque accident funeste Non, non,
l'amour du change où l'humaine malice Quoy donc
? ny la beauté, ny les faveurs s'Armide, Que le
Destin nous est contraire, Renault,
dont le siecle où nous sommes Il n'a
plus d'encens ny de flame, Le
Mage: Les
Soldats: Le
Mage: Les
Soldats: Quand la
ruse d'un Grec vint presenter les armes Le mesme
est de Renault qui mouroit pour Armide: Il
contemple une falme & plus clare & plus nette
Sous l'appuy de vos loix peut vivre en assurance
De ne plus retomber aux maux qu'elle a soufferts,
Vont au loin, Grande Reyne, où l'honneur les
appelle,
Pour combattre l'orgueil de ce Prince infidelle,
Qui tient la Palestine esclave dans ses fers.![]()
Qu'eslancent de beaux yeux pleins de feux & de
charmes,
Ne vouloient adorer que l'enfant de Cypris:
Maintenant le Dieu Mars reçoit tous leurs
hommages,
Et l'amour des Lauriers force leurs grands courages,
De quitter les combats dont le Myrte est le prix.![]()
Pour amolir les coeurs de ces nouveaux Achiles,
Leur fait voir des beautez qui charmeroient les Dieux:
Mais le desir qu'ils ont d'estre mis en l'histoire,
Ne contemple sinon l'image de la Gloire,
Que le Dieu des combats leur met devant les yeux.![]()
De voir que leurs Amans n'en tiennent plus de conte,
Et se laissent aller à de nouveaux appas ?
Non, ils ont beau quitter leur provinces natales,
Le feu qui les consomme est le feu des Vestales,
Si rien l'esteint iamais ce sera le trespas.![]()
Pour languir en repos, & se voir en estime
De ieunes Adonis qui craignent les hazards:
Aymant mieux que des coups leurs visages meurtrissent,
Pourveu qu'estans vainqueurs leur Dames les cherissent
De mes me que Venus cherissoit le Dieu Mars.![]()
Que si l'ambition le portoit en la Thrace
Le Dieu qui la deffend s'y verroit plein d'effroy.
Quel insensé peut donc mettre en sa fantaisie,
Que le puissant Demon protecteur de l'Asie,
Ne se cache au seul bruit du nom de Godefroy ?
Qui permet que Renault, ce redouté vainqueur,
A qui mes paßions vouloient oster la vie,
Endormy qu'il estoit m'ayt desrobbé le coeur
?![]()
Quand mes yeux le voyant & si ieune & si beau,
Les firent consentir à luy destiner place
Plustost dedans mon coeur que dedans un tombeau.![]()
Du plus pur de son sang se devoit appaiser.
Estrange changement ! voyant mon adversaire
De peur de l'éveiller ie n'osay le baiser.![]()
A celles que cet Ange alluma dans les Cieux,
Alors que son réveil defarma deux paupieres
Qui servoient de nuage aux rayons de ses yeux ?![]()
Un printemps eternel dans les ames produict,
Fire naistrent en mon coeur mille fleur d'esperance,
Qui par mille baisers se changent en fruict.
Vous a mis en la fantaisie,
De troubler les Amans qui libres & contens
Cueillent la fleur de leur printemps ?![]()
Qui sont dans les champs Idumées.
Il doibt, ieune qu'il est, donner à son desir
Moins de gloire & plus de plaisir.![]()
L'empesche de suivre l'exemple
De ces foibles esprits qui rendent le bon-heur
Suiect aux loix du poinct d'Honneur.![]()
Sous l'Amour qui peuple la terre,
Que de perdre la fleur de ses iours les plus beaux
Sous Mars qui peuple les tombeaux.![]()
Il vaut mieux parmy les delices
Avoir de son vivant que dous reconfort,
Que des Autels apres sa mort.![]()
Pour sa gloire il se doibt resoudre
De repaistre plustost les flames d'un bel oeil,
Que les vers qui sont au cercueil.
Dieux, qu'est-ce que ie voy ?
Osez-vous bien, ô Demons infidelles,
Parestre devant moy ?![]()
C'est un faire le fault,
Parlez Demons, Armide vous demande
Qu'est devenu Renault.![]()
Seroit-il arrivé,
Ou Iupiter en la maison celeste
L'auroit-il enlevé ?![]()
Se laisse aller souvent,
Fait qu'à mon dam son coeur plein d'artifice
A mis la voile au vent.![]()
(o cruel souvenir)
Ny les sermens de son ame perfide
Ne l'ont sçeu retenir.
Puis que ce coeur ambitieux,
Qui se rendoit Mars tributaire,
Est esclave de deux beaux yeux.![]()
Mettoit la gloire à si haut prix,
N'a plus de la bouche des hommes
Que toutes sortes de mespris.![]()
Qui plaisent aux grands Dieux immortels,
Car dans le Temple de son ame
Armide seule a des Autels.
Votre Heros n'est plus en servage,
Renault est en fin de retour.
Il a monstré qu'un grand courage
Peut rompre les prisaons d'Amour.![]()
Il a banny de sa memoire
L'obiect du monde le plus beau.
Un noble coeur sauve sa gloire,
Et met ses plaisirs au tombeau.
Aux yeux d'un grand Heros amoly par des charmes,
Pour l'attirer aux mains avecques l'ennemy:
Ces armes dont Achile alors ne tenoit compte,
Comme dans un mirouër luy firent voir sa honte,
Qui resveilla soudain son courage endormy.![]()
Ses yeux cessent d'avoir un aveugle pour guide,
Son coeur n'obeït plus au pouvoir d'un Enfant:
Et son front glorieux que la Myrte environne,
N'aspire au'aux Lauriers dont la riche couronne
Des siecles à venir le rendra triomphant.![]()
Que la flame qu'espand l'amoureuse planette
Dont le rayon trompeur perd les plus grands cerveaux.
Il vogue en une mer dont la guerre est l'orage,
Et du celeste feu qui guide son courage
MARIE & GODEFROY sont les Astres jumeaux.

qui ont dansé selon l'ordre cy apres
Qu'on ne
s'estonne point de voir les vives flames, Thetis qui
voulut rendre Achile invulnerable, Haste-toy,
grand Soleil, tu me fais trop attendre, Q'où
puis-je attendre qu'il succede I'ay creu
que ma flame secrette, Iamais mon
ardeur ne s'appaise, Cher
Astre, ô beau Soleil qui me donnes le iour, Le Ciel,
où mes desirs se veulent eslever, D'humeur
extravagante où nul fol ne m'esgalle, Que ne
perdroit le sens en voyant ma Maistresse ? Un
Chevalier volant apporta la fiole, Suivy d'un
tas de malcontens, Mille
blasphemes sont ses fleurs, Ne
cherchez point, ô ieunes gens, En terre
& sue les eaux ie prattique auiourd'huy Mes
porteurs de poulets sont touiours des Sergens, Ie cheris
tellement la couleur de l'escu, Qui le nom
de leger me voudra reprocher, L'or de
ses beaux cheveux croyoit, non sans raison, Las !ie
crains que l'Amour d'un puissant aiguillon Ce ne sont
que Cesars dont ie suis le vainqueur, Ce
qu'ordinairement ie medite à la Cour, Un bon
heur eternel à mon merite joinct, N'imaginez
pas, ô beaux yeux, Si ce beau
feu que rien n'esteint, En ce
cruel embrasement, Mes
parfums sont l'odeur de la poudre à canon, Caron las
de passer tous ceux que le malheur Ie voy
bien que la terre est le dernier degré
Et les divins rayons mes desirs allumans,
Ce n'est rien de nouveau, si le Soleil des Ames
Embraze de ses feux le Phenix des Amans.![]()
Plongé dans l'eau du Styx le fit devenir tel;
Par un moyen contraire un Astre favorable
Purge dedans le feu ce que i'ay de mortel.![]()
Car puis que le Phenix est par tout renommé
De renaistre plus beau quand il est mis en cendre,
Mon corps ne sçauroit estre assez tost
consommé.
pour Monsieur
de Chevalier de Vensdome,
representant un Esprit Aquatique
A mes ennuis quelque remede,
Puis qu'un Dieu cause mes tourmens,
Et que l'espoir dont ie me flatte
Se voit d'une façons ingratte
Trahy mesmes des Elemens ?![]()
Dans l'onde où i'ay fait ma retraite
Pourroit s'amortir peu à peu:
Mais las ! telle est mon advanture;
Que contre l'ordre de nature
L'eau s'accorde avecques le feu.![]()
Les glaçons se changent en braise
Par les rayons de deux beaux yeux,
Dont le feu qui dans l'eau s'allume
Ne peut en fin qu'il se consume
Et l'onde, & la terre, & les Cieux.
pour Monsieur
de Monpovillain,
representant un Esprit Aerien
Ie sçay bien que la Seine un tombeau me prepare:
Si ne puis-ie arrester le vol de mon Amour,
Bien qu'il soit menacé de la cheute
d'Icare.![]()
Ne les estonne point de la peur du supplice,
Cat le plus grand honneur qui leur puisse arriver
Ce sera de tomber d'un si haut precipice.
pour Monsieur
de Liancourt,
representant un Fue Follet
Fait connoistre que i'ayme un obiect si charmant
Que sa beauté divine est un nouveau Dedale,
Où les plus beaux esprits se perdent en
aymant.![]()
Si le Ciel l'eust fait naistre en l'antique saison,
On ne parleroit point des Sept Sages de Grece,
Car son oeil plein d'appas eust troublé leur
raison.![]()
Dont Rolland eut moyen de revenir à soy:
Mais helas ! ie crains bien qu'en l'amour qui m'affolle,
La faveur de Daphné n'ait point d'aisles pour
moy.
pour Monsieur
de Bleinville,
representant le Ieu
Ie suis par tout en mesme temps,
Nulle puissance ne m'esgalle:
Mon pouvoir s'estend sur les Rois
I'ay pour demeure principalle
La Forest de six quatre & trois.![]()
Mille souspirs suivis de pleurs,
Sont ses Zephirs & ses fontaines:
Le sejour en est si fatal
Que ses routes les plus certaines
Aboutissent à l'hospital.![]()
Ceste Forest, où les Sergens
Vous pourroient contrer vostre game:
Mais en ma maison de plaisir
Qui se nomme le trou Madame,
Allez passer vostre loisir.
pour Monsieur
de Chalez,
representant un Esprit Avare
Tout ce que l'avarice apprend en ses escoles,
Du matin iusqu'au soir ie chasse au bien d'autruy,
Et l'amour que ie fay c'est aux seules pistolles.![]()
Greffiers & Procureurs sont mes vrais Secretaires,
De l'humeur dont ie suis i'oblige force gens,
Il est bien vray que c'est par devant les
Notaires.![]()
Sur tout lors que son poids emporte la balance,
Que ie prendrois plaisir à devenir cocu,
Si les cocus portoient des cornes d'abondance.
pour Monsieur
de Courtanvault,
representant un Esprit Aerien
Apprenne qu'Angelique eut long temps la puissance
De rendre mon amour plus ferme qu'un rocher,
Et qu'en fin ses rigueurs ont forcé ma
constance.![]()
Me tenir attaché de chaisnes eternelles:
Mais la belle avoit mis un Dedale en prison,
Qui sçait rompre ses fers & se forger des
aisles.![]()
Ne reblesse mes sens comme il a de coustume,
Et que mon coeur volant ne soit un papillon
Qui dans le feu qu'il suit à la fin se
consume.
pour Monsieur
le Comte de la Rochefoucault,
representant un Esprit vain
Ce ne sont que Venus dont ie say la conqueste,
L'air n'a point tant de feu que i'en ay dans le coeur,
Ny la Mer tant de vent que i'en ay dans la teste.![]()
Ce sont inventions de despenses nouvelles,
Et les difficultez que ie trouve en Amour
Viennent du choix que i'ay des Dames les plus
belles.![]()
Et tel que tout me rit soit en paix soit en guerre:
Il est vray que le Ciel m'est iniuste en un poinct,
De ce qu'il me reduit à marcher sur la
terre.
pour Monsieur
de Brantes,
representant un More
Que l'Astre qui luit dans les Cieux
M'ay rendu le visage More,
Le Feu trop vif à mon malheur
Qui m'a noicy de sa chaleur,
Vient de la beaité que i'adore.![]()
N'avoit attaqué que mon teint,
Mon heur ne se pourroit comprendre,
Mais tel qu'un puissant ennemy
Qui iamais n'offense à demy,
Il a reduit mon coeur en cendre.![]()
Ce que ie plains incessamment
N'est point tant mon propre dommage,
Que de ce que l'oeil mon vainqueur
Dont i'avois le portrait au coeur,
N'a point espargné son image.
pour Monsieur
le Baron de Pallau,
representant un Esprit Rodomont
I'ay les champs pour maison & pour lict des
tranchées,
La terre est un Echo, qui ne parle sinon
Des Palmes qu'aux Cesars mes faicts ont
arrachés.![]()
Fait trouver au devant de mes armes meurtrieres,
Maudit le bras fatal dont ma grande valeur
Fait palir les mortels, & rougir les
rivieres.![]()
Où se vont arrester mes conquestes nouvelles:
Que le Ciel toutesfois ne m'en sçache aucun
gré,
Si ie ne l'assaus point c'est à faute d'
eschelles.