Les
Amours
Deguisez
Balet
héroïque en un Prologue & trois
Entées
livret
de Louis Fuzelier
musique
de: Thomas-Louis
Bourgeois
|
|
les
personnages du Prologue
|
les
exécutants de l'époque
|
|
|
|
|
Vénus
|
Mlle
Poussin
|
|
Minerve
|
Mlle
Antier
|
|
Bacchus
|
Mr
Hardoüin
|
|
Un
Plaisir en Matelot
|
Mr
Mantienne
|
|
Un
Satyre
|
Mr
Pelissier
|
|
Une
Amante
|
Mlle
Limbourd
|
|
|
Le
Theatre represente un Port de Mer où la Flotte des
Amours est prête à faire voile pour l'Ile de
Cythere.
Venus est accompagnée des Jeux & des Plaisirs
déguisez en Matelots.
|
|
Venus:
Amans, rassemblez-vous dans ce charmant séjour,
Embarquez-vous, suivez le tendre amour.
Il va recompenser votre perseverance,
Il veux acquitter en ce jour
Les promesses de l'esperance.
Amans, rassemblez-vous dans ce charmant séjour,
Embarquez-vous, suivez le tendre amour.
[les
Amans de diverses Nations accourent à la voix de
Venus, enchaînez avec des Guirlandes de
fleurs]
Le Choeur
des Amours:
Allez, allez, descendre aux rives
de Cythère,
Le tems rit à vos voeux, craignez de la
manquer.
Le Choeur
des Amans:
Allons, allons, descendre aux rives
de Cythère,
Le tems rit à nos voeux, craignnons de la
manquer.
Choeur des
Amours:
Mais prenez soin d'embarquer
L'objet qui vous a sçu plaire.
Choeur des
Amans:
Mais prennons soin d'embarquer
L'objet qui nous a sçu plaire.
[Divertissement
des Amans mêlez aux Plaisirs déguisez en
Matelots]
Une
Amante:
Ne craignons point de quitter le rivage,
Le tendre Amour écoute nos soupirs;
Ce Dieu charmant dans le plus rude orage
Nous fait encor éprouver des plaisirs,
Et nous aimons les peines du voyage
Quand le Port même échappe à nos
désirs.
[Bacchus
suivi des Satyres & Bacchantes vient offrir son secours
aux Amans]
Bacchus:
Sensibles coeurs qui craignez le naufrage
Ne vous reposez pas sur les soins de Venus;
Voulez-vous être heureux quand l'Amour vous
engage,
Embarquez avec vous les presens de Bacchus.
Amans
versez du vin dans vos plus belle fêtes,
Son secours quand on aime est toujours de saison,
Tandis qu'Amour avance ses conquêtes
Bacchus amuse la Raison.
[on
entend une Simphonie grave qui annonce
Minerve]
Bacchus
& Venus:
Dieux ! Minerve paroît, fuyez amans heureux,
Fuyez, n'écoutez pas ses conseils
rigoureux.
[Minerve
descend suivie de ses Nymphes]
Minerve:
Où courez-vous Mortels ? que ma voix vous
arrête:
Calmez un aveugle transport.
Quoi, voulez-vous quitter le Port
Pour aller chercher la tempête ?
[à
sa Suite]
Dégagez
ces Mortels de ces fers odieux,
Vous qui suivez mes loix, assurez ma victoire.
Venus,
à sa Suite:
Amours qui me suivez dans ces aimables lieux
Défendez ces Amans, augmentez votre
gloire.
[la
Suite de Minerve s'efforce de briser les chaînes des
Amans, & reste enfin enchaînée par les
Amours]
Choeur des
Amours:
Contre nous
Vos forces sont vaines,
Cedez à nos coups.
Soyez tous
En prenant nos chaînes
Heureux malgré vous.
Minerve,
à sa Suite:
Quoi vous cedez ! quelle foiblesse !
Loin de briser des fers qu'abhorre la sagesse,
Vous les portez à votre tour !
Choeur:
Rien de peut resister à l'Amour.
Minerve:
Vous que la vertu seule anime,
Genereux sentimens prêtez-moi du secours,
Tendre amitié, sincere estime,
Sans cesse on vous immole aux perfides Amours,
Unissons nos efforts, combattons-les toujours.
Armons, armons contr'eux jusqu'à l'affreuse
haîne,
Il n'est rien qui ne soit permis
Pour arracher les coeurs à la fatale chaîne
De ces dangereux ennemis.
Venus:
Ce projet à Paphos causera peu d'allarmes;
Contre l'Amour qu'esperez-vous ?
L'appui que vous croyez opposer à ses armes
Est celui que sans cesse il oppose à vos
coups.
Quand les
Amours veulent surprendre,
Comment parer leurs coups secrets ?
Ils nous cachent si bien leurs traits
Qu'on ne peut s'en defendre.
Bien
souvent un coeur abusé
Croit ne ceder qu'à l'amitié sensible,
A la Haine cruelle, à l'estime paisible
Lorsqu'il se rend à l'Amour
deguisé.
Quand les
Amours veulent surprendre,
Comment parer leurs coups secrets ?
Ils nous cachent si bien leurs traits
Qu'on ne peut s'en defendre.
Minerve,
à sa Suite:
Suivez un indigne Vainqueur;
Nymphes qui me quittez éprouvez son caprice;
Je laisse à votre coeur
Le soin de ma vengeance & de votre supplice.
[elle
sort]
Venus
& Bacchus:
Fiere Déesse, Allez, ne troublez plus nos Jeux;
Et vous qui triomphez de la Sagesse austere
Celebrez sa defaite & redoublez vos feux,
Ne perdez pas ce jour heureux,
Bacchus vous conduit à Cythere
Et l'Amour doit y couronner vos voeux.
[le
Divertissement interrompu par Minerve,
continüe]
Un
Satyre:
Que d'exploits
L'Amour doit à sa treille;
Il a sçut cent fois
Choisir le verre & la bouteille
Pour son carquois.
Sans Bacchus l'Amour a des allarmes,
Sans l'Amour Bacchus a moins de charmes,
Il faut les servir tous deux
Pour être heureux.
Quand ces Dieux ont reüni leurs armes,
Non, rien n'est si doux
Que déprouver leur s coups.
Venus,
à la Suite de Minerve:
Partez, nouveaux Sujets de l'Empire amoureux,
Venez être témoins de nos aimables
fêtes,
Qu'à vos yeux en ce jourun spectacle pompeux
Des Amours déguisez retrace les
conquêtes.
Choeur:
Volez, Zephirs, conduisez-nous
Et calmez l'Empire de l'Onde.
Allons, allons gouter les plaisirs les plus doux
Dans les plus beaux climats du monde.
[ils
suivent tous Venus & les Plaisirs & vont s'embarquer
avec eux]
|
haut
de page

PREMIERE ENTREE:
La
Haine
|
|
les
personnages de la Première
Entrée
|
les
exécutants de l'époque
|
|
|
Diomede,
Roi d'Etolie
|
Mr
Thevenard
|
|
Phaetuse,
fille du Soleil
|
Mlle
Journet
|
|
Dircé,
Nymphe
|
Mlle
Antier
|
|
Une
Habitante de l'Isle de Phaetuse
|
Mlle
Dun
|
|
Le
grand Sacrificateur du Soleil
|
Mr
Mantienne
|
|
|
Le
Theatre represente un Temple antique du Soleil; au fonds
d'un desert; on voit la Mer dans
l'eloignement
|
|
Diomede,
seul:
Que la feinte & le silence
Augmentent la violence
Des tourmens d'un tendre coeur !
Contraint de cacher mon ardeur
J'affecte d'éviter le cher objet que j'aime,
L'amour qui cause ma langueur
En est le confident lui-même.
Je ne me plains qu'à lui de sa rigueur.
Que la feinte & le silence
Augmentent la violence
Des tourmens d'un tendre coeur !
Mais c'est
trop écouter une vaine tendresse,
Les Grecs impatiens veulent revoir la Grece,
Je n'entens que des voeux qui condamnent les miens,
Diomede est-ce à toi d'aimer une Déesse,
Fille d'un Dieu protecteur des Troyens ?
Elle vient, évitons son couroux légitime,
Ciel ! pourrai-je à ses coups ravir une victime
Qu'enchaînent de si beaux liens ?
|
Scène 2
Phaetuse, Dircé, Suite de Phaetuse
|
|
Phaetuse,
à sa suite:
C'en est fait, il est tems d'immoler à mon
Père
Les Grecs objets de son couroux;
Ministres de ma haine empressez à me plaire,
Rassemblez ces Guerriers, livrez-les à mes
coups.
[la
Suite de Phaetus sort pour executer ses
ordres]
Dircé:
Quel funeste dessein ! Dieux ! quel Arrêt severe
!
Phaetuse:
Non, non, le Dieu du jour n'est pas assez vangé.
Il est tems que la rage à la douceur succede,
Immolons les vainqueurs d'Illion ravagé,
Commençons par leur mort celle de Diomede.
Dircé:
Souvenez-vous des maux qui l'ont
persecuté.
Phaetuse:
Souviens-oi seulement de sa témerité,
Elle est l'excuse de ma rage;
Souviens-vous qu'il surprit cette fatale image
Qui des murs d'Illion faisoit la sureté.
Que pour
expirer leur victoire
Les Grecs perissent dans ces lieux,
Et faisons-leur pleurer la criminelle gloire
De renverser des murs élevez par les
Dieux.
Dircé:
Depuis qu'un terrible naufrage
Vous a livrez ces malheureux vainqueurs,
Par vos soins chaque jour de nouvelles douceurs
Les enchantent sur ce rivage.
Phaetuse:
Ah ! pour mieux me vanger j'amuse leurs desirs,
Ils doivent ce repos à ma haine inflexible,
Est-il une mort plus terrible
Que celle qui fuit les plaisirs ?
Mais le fier Diomede a trompé ma vangeance,
Rien ne l'occupe sur ces bords,
J'ai fait pour le charmer d'inutiles efforts,
Je le voi chaque jour éviter ma presence...
Je sçai même, je sçai qu'il veut quitter
ces lieux...
Croit-il donc m'échapper ce Grec audacieux ?
Je ne puis t'exprimer la haine qu'il m'inspire.
Non, tout mon coeur n'y peut suffire:
S'il avoit puû m'aimer, ô Dieux !
Ma vangeance eût été parfaite,
Que j'aurois triomphé Dircé, de sa
défaite !
Un mépris éclatant de sa plus vive ardeur
Eût été sa premiere peine.
Dircé:
Je reconnois enfin son crime, & vôtre
haine.
Phaetuse:
Je ne puis trop punir sa superbe froideur.
Dircé:
Que l'indifference
Outrage la beauté !
Elle ne peut en pardonner l'offense;
Un témeraire amour blesse moins la fierté
Que l'indifference.
Phaetuse:
Connois mieux ma fureur.
Dircé:
Sous les traits empruntez de l'affreuse vangeance
Le dépit seul déchire vôtre
coeur.
Le
dépit & la haine ont le même langage,
Mais le dépit est enfant de l'Amour.
Une fiere beauté qu'un insensible outrage,
S'y méprend souvent plus d'un jour:
Le dépit & la haine ont le même
langage,
Mais le dépit est enfant de l'Amour.
Phaetuse:
Tu crois qu'au foible amour j'ai céfé la
victoire...
Mais je vois les Grecs enchaînez;
Commençons les tourmens qui leur sont destinez,
Dircé je vais bien-tôt justifier ma
gloire.
|
Scène 3
Phaetuse, Dircé, Suite de Phaetuse,
Sacrificateurs du Soleil, Grecs
enchaînez
|
|
Phaetuse:
Ministres du Soleil attentifs à ma voix,
Ecoutez & suivez mes loix.
Vangez le Dieu du Jour, vangez le Dieu de l'Onde,
Les Grecs sont dés long-tems l'objet de mon
courroux,
Que vôtre zele au mien réponde,
Prêtez aux immortels vôtre bras & vos
coups.
Que la
terre tremble & fremisse,
Que l'Onde en mugissant s'éleve jusqu'aux Cieux.
Que l'univers applaudisse
A la vangeance des Dieux.
Choeur:
Eclatez bruyant Tonnerre,
Secondez nos cris affreux,
Lancez, lancez sur la terre
Vos plus redoutables feux.
Phaetuse:
Infortunez Troyens, ô vous ombres celebres !
Si ma voix pleut descendre aux rivages funebres,
Apprenez de ces Grecs le supplice & l'effroi;
Leur sang va laver vôtre offense,
O ! Manes irritez partagez avec moi
Les doux plaisirs de la vangeance.
|
Scène 4
Phaetuse, Dircé, Diomede, Suite de Phaetuse,
Sacrificateurs du Soleil, Grecs
enchaînez
|
|
[les
sacrificateurs se disposent à immoler les
Grecs]
Les
Sacrificateurs:
Déesse, nous allons remplir vôtre
esperance.
Diomede:
Barbares arrêtez, portez-moi tous les coups
De la rage qui vous anime;
Je suis la seule victime
Digne de vôtre courroux.
Hâtez-vous,
c'est mon sang que vous devez répandre,
Ne vangez que sur moi le plus brillant des Dieux,
Je l'offense plus dans ces lieux
Que sur les rives du Scamandre.
Phaetuse:
Et ! quel crime nouveau venez-vous déclarer
?
Diomede:
Pouvez-vous encor l'ignorer ?
Je ne viens l'avoüer que pour hâter ma peine,
Ce crime que mon coeur augmente chanque jour.
Si vous me devez vôtre haine
Songez que tous les coeurs vous doivent de
l'amour.
Phaetuse:
Ciel ! quel aveu m'osez-vous faire ?
Et qu'osez-vous esperer ?
Diomede:
Vous n'auriez jamais sçu mon ardeur
témeraire,
Si je n'étois prêt dexpirer,
Ah ! qu'à ce prix la mort m'est chere.
Phaetuse:
Ouvliez-vous mon rang, ma haine, ma fierté ?
Vôtre amour contre vous me prete encor des
armes.
Diomede:
Se souvient-on du rang lorsqu'on voit la beauté;
Non, un coeur prés de vous ne pense qu'à vos
charmes.
Terminez mon crime & mon sort,
Mon feu vous offense & m'accable.
Quoi me trouvez-vous trop coupable
Pour me donner la mort ?
Le
Sacrificateur, à Phaetuse:
Ah! c'est trop differer le sanglant Sacrifice
Que les Dieux attendent de vous;
Immolez Diomede à leur juste courroux,
Son crime a trop long-tems évité le
supplice...
Vous tremblez ! est-ce ainsi que vous sçavez
haïr ?
Un moment a changé vôtre coeur implacable;
Allons, n'écoutons pas une pitié coupable,
Vous imiter, ce seroit vous trahir,
Frappons...
Phaetuse:
Arrête.
Le
Sacrificateur:
O Ciel ! que faites-vous ?
Phaetuse:
Barbare
Arrête; la pitié succède à mon
courroux:
Ministres de ma haine, retirez-vous.
[les
Sacrificateurs, & la Suite de Phaetuse
sortent]
Qu'ai-je
fait ? quel transport de mon âme s'empare ?
Ma fierté m'abandonne, & ma raison
s'égare...
Mon captif devient min vainqueur.
Je voudrois vainement cacher mon trouble extrême,
Que ne vous disent pas mes soupirs... ma langueur ?...
Quelques coups qu'ait voulu vous porter ma fureur
Vous êtes vangé... je vous aime.
Diomede:
Est-il possible ? ô Ciel ! ô destin trop heureux
!
Quoi, vous m'aimez ! quoi, l'Amour me dispense
un bien que jamais l'espérance
N'aût osé promettre à mes voeux
!
Phaetuse:
L'amour nous trompoit l'un & l'autre,
A quoi m'exposoit-il par son déguisement ?
Je n'ai connu mon coeur qu'au funeste moment
Où je voulois percer le vôtre.
Diomede:
Ah ! quel heureux danger ! que mon sort est charmant !
Comment vous exprimer le doux ravissement
De mon ame contente ?
Je ne puis que sentir le bonheur qui m'enchante.
Diomede
& Phaetuse:
Viens assurer par tes plus doux attraits,
Et nôtre bonheur & ta gloire:
Amour fait durer à jamais
Et nos plaisirs & ta victoire.
Phaetuse:
Changez, changez triste séjour
Comme les transports de mon ame,
Devenez digne de l'amour
Et du cher objet qui m'enflâme.
|
Scène 5
Phaetuse, Diomede, Dircé, les Grecs,
Suite de Phaetuse, Nymphes & Habitants de son
isle.
|
|
le
Theatre change , & represente un Palais
magnifique
|
|
Phaetuse:
Venez, Nymphes, venez, abandonnez vos bois,
Par vos chants, par vos jeux, marquez moi vôtre
zele;
Accourez, unissez vos voix,
Celebrez de l'Amour la victoire nouvelle.
Dircé:
Guerriers, la paix vous offre un doux loisir,
Que l'Amour seul occupe la victoire;
Autant que Mars il peut donner de gloire
En vous donnant cent fois plus de plaisir.
Un
Habitant de l'Isle de Phaetuse:
Amours, lancez vos feux,
Profitez de ce jour heureux,
Volez, augmentez vos conquêtes,
Embellisez nos fêtes,
Regnez, brillez Plaisirs & Jeux.
Amours, lancez vos feux,
Profitez de ce jour heureux,
Volez, augmentez vos conquêtes.
Choeur:
Brisez vos chaînes,
L'Amour a fini vos peines,
Guerriers heureux,
Recevez de plus doux noeuds.
Calmez vos craintes,
Terminez vos tristes plaintes,
Que vos soupirs
Ne soient plus que des plaisirs;
Nos jeux, nos fêtes
Vous preparent des conquêtes,
Ne manquez pas
Des exploits si pleins d'appas.
|
haut
de page

DEUXIEME ENTREE:
L'Amitié
|
|
les
personnages de la Première
Entrée
|
les
exécutants de l'époque
|
|
|
Enone,
Nymphe
|
Mlle
Heuzé
|
|
Ismene,
Nymphe
|
Mlle
Poussin
|
|
Paris,
Berger, fils du Roi Priam
|
Mr
Cochereau
|
|
Une
Bergere
|
Mlle
Antier
|
|
|
Le
Theatre represente un Vallon au pied du Mont Ida, où
les Bergers d'alentour doivent s'assembler pour celebrer le
retour du Printems.
La nuit cache encore les beautez de ce lieu
champêtre.
|
|
Paris,
seul:
Paisible Nuit, suspendez vôtre cours,
Laissez regner encore le silence & les ombres.
Hélas ! les malheureux amours
Préferent vos nuages sombres
A la clarté des plus beaux jours.
Paisible Nuit, suspendez vôtre cours,
Laissez regner encore le silence & les
ombres.
[le
jour naissant interrompt les paintes de Paris, &
éclaire le bocage témoin de ses
soupirs]
Mais quel
éclat frappe mes yeux ?
Quoi déja dans les Cieux
On voir briller l'Aurore ?
Les fleurs s'empressent d'éclore
Et d'embellir ce séjour,
Où nous allons bien-tôt celebrer le retour
De la saison de Flore.
[on
entend un concert de petites flutes qui imitent le chant des
oiseaux éveillez par l'Aurore]
Mille
oiseaux rassemblez qui volent dans les airs,
Par leurs aimables chants previennent nos
concerts.
O vous !
pour qui l'amour n'a que de douces chaînes,
Tendres oiseaux vous me rendez jaloux.
Vous chantez vos plaisirs, que vôtre sort est doux
!
Je n'ose, h&las ! me plaindre de mes peines.
|
|
Ismene:
Quoi, lorsque du Printems qui nous rend les plaisirs
Nous allons celebrer le retour & les charmes,
Vous vous livrez toûjours à d'injustes allarmes
?
Troublerez-vous nos jeux par vos tristes soupirs.
Paris:
C'est seulement dans ce séjour champêtre
Que je leur permets d'éclater;
Hélas ! l'objet qui les fait naître
Ne daigne pas les écouter.
Ismene:
L'hommage de Paris devroit flater sa gloire...
Paris:
Non, la Nymphe en secret rougit de sa victoire,
Que sa fierté doit m'outrager !
J'ignore,
il est vrai, ma naissance
Mais, c'est à mon coeur d'en juger;
Je sens que je suis berger
Que par ma sincere constance.
Eh ! que
me sert, hélas ! tant de perseverance:
Par les maux d'un amant, Enone est sans pitié,
Elle n'offre à mes feux que la froide
amitié,
C'est un nom qu'elle donne à son
indifference.
Ismene:
C'est un nom qu'emprunte l'Amour,
Pour le bonheur d'Enone il la trompe en ce jour.
Un amour
déguisez n'en est que plus aimable.
Lorsqu'il ne veut pas se nommer,
Il ne paroît pas redoutable
Nous l'aider à nous desarmer;
Un amour déguisez n'en est que plus
aimable.
Paris:
Connoissez mieux Enone& son superbe coeur,
Elle m'ordonne, hélas ! d'éteindre mon
ardeur.
Ah ! que j'obéïs mal à cette loi severe
!
Je sens bien que mon coeur la veut toûjours
trahir,
Deussai-je de la Nymphe attirer la colere...
Ismene:
Si vous craignez de lui déplaire,
Gardez-vous bien de lui mieux obéïr.
Mais
voulez-vous pénétrer dans son ame,
Feignez de ressentir une nouvelle flâme.
Paris:
Moi paroître inscontant ! quel remede fatal !
Mon coeur pourrat-t-il se contraindre ?
Dieux ! qu'il m' en coutera pour feindre,
Et que je feindrai mal !
Ismene:
Cherchez à vous guerir, ou cessez de vous
plaindre.
Amans,
lorsque l'objet qui vous a sçu toucher
Vous déguise l'ardeur dont son ame est saisie,
Feignez qu'un nouveau noeud vient de vous attacher:
L'impetueuse jalousie
Sçait démasquer l'Amour qui cherche à
se cacher.
J'apperçoi
chaque jour dans les yeux de Forise
Que son ame pour vous en secret est éprise,
Par des soins affectez amusez ses desirs,
Profitez du conseil que mon zele vous donne,
Et faites s'il se peut qu'Enone
Vous reproche vos feints soupirs.
Paris:
Amour pardonne moi cet innocent outrage !
[Florise
passe au fonds du Theatre]
Ismene:
Florise paroît sous l'ombrage,
Paris allez à ses genoux
Lui presenter un faux hommage.
Je vais chercher Enone... elle vient. Hâtez-vous
Pour calmer vôtre coeur, rendez le sien
jaloux.
Paris:
Quel sera mon destin & que puis-je prétendre
?
Ismene:
Allez, je vais bien-tôt l'apprendre.
[Paris
suit Florise dans le bocage aux yeux d'Enone qui aborde
Ismene]
|
|
Enone:
Ciel : qu'ai-je vû ? quel changement, ô Dieux
!
Paris chercher Florise & la suit à mes yeux;
Hélas ! est-ce le prix que devoit en attendre
Mon amitié si sincere & si tendre ?
Que deviendrois-je Ismene en ce funeste jour
Si mon credule coeur s'étoit laissé
surprendre
Aux trompeuses douceurs du dangereux amour ?
Ismene:
Pourquoi se plaindre d'un volage
Lorsqu'on ne veut pas s'engager;
Quand il sort de nôtre esclavage
Il nous sert loin de se vanger.
Un tendre amant sçauroit peut-être
Flêchir un jour notre fierté,
Un inconstant nous fait connoître
Tout le prix de la liberté.
Enone:
L'ingrat ! par quels transports il a sçu
surpendre;
Qu'il paroissoit sincere & tendre !
Qui n'auroit ses soins & les serments ?
Ah ! je fuirai toûjours l'amour & les amans...
Mes tristes yeux baignez de larmes,
Tout ne m'instruit que trop de mon cruel malheur...
Eh ! puis-je me méprendre à mon
inquiétude ?
N'est-ce pas m'accuser d'une secrete ardeur
Que d'accuser Paris d'ingratitude ?
Pourroit-il être ingrat s'il n'étoit pas
aimé ?
Amour c'en est donc fait, mon coeur est enflâmé
!
Amour ta
rigueur est extrême,
Tu me laisses des fers qu'un volage à rompus,
Et je voi qu'il ne m'aime plus,
Dans le fatal moment où je sens que je l'aime.
J'ignorois ma défaite, Amour, cruel vainqueur,
Dieux ! je ne sentois pas mes chaines !
Et c'est, hélas ! par tes plus rudes peines
Que tu te fais connoître à mon sensible
coeur.
Amour, ta rigueur est extrême !
Amour ta rigueur est extrême,
Tu me laisses des fers qu'un volage à rompus,
Et je voi qu'il ne m'aime plus.
Ismene:
Peut-être que Paris... mais ô Ciel ! c'est
lui-même,
Fuyez... vous balancez, vous ne répondez
pas...
Enone:
Puis-je mieux te répondre, hélas !
|
|
Paris:
Vous ne voulez de moi qu'une amitié parfaite,
Enone, c'en est fait, vous serez satisfaite.
Vous ne vous plaindrez plus des transports de mon coeur
Je viens de briser vôtre chaîne,
L'Amour m'offre un nouveau vainqueur
Florise vous défait d'un amant qui vous
gêne.
Quoi pour
vous obéïr je brise un noeud charmant
Et vous évitez ma preference !
D'un si grand sacrifice est-ce la recompense ?
Enone:
Non, je ne puis la payer dignement...
Volage ! vous avez trahi mon esperence,
C'étoit à la raison non pas à
l'inconstance
A triompher de vôtre amour.
Ah ! que j'ai mal connu Paris jusqu'à ce jour
!
Paris:
Je serois plus constant si vous étiez plus
tendre;
Mais un coeur prés de vous n'ose pas soupirer,
Un amant n'a rien à prétendre,
Je languirois sans esperer,
Je serois plus constant si vous étiez plus
tendre.
Enone:
Ingrat ! peut être un jour... mais que lui vais-je
apprendre ?
Paris:
Quelle vive douleur peut ainsi vous troubler ?
Enone:
Si tu ne l'entens pas, elle dois redoubler.
Eh bien !
voi tout l'excés de l'ardeur qui m'anime,
Je ne puis le dissimuler
Sans te cacher tout l'excés de ton crime;
Perfide tu demens te soupirs & ta foi
Quand tu connois que je l'adore...
Que dis-je ? non jamais tu n'as brûlé pour
moi
Si tu sçavois aimer tu m'aimerois encore:
Je n'ai pas cru jusqu'à ce jour
Sentir un flâme si tendre;
Mais quand mon coeur trompé méconnoissoit
l'amour,
Ingrat ! devois-tu t'y méprendre ?
Paris:
Belle Enone, est-ce vrai ?vous partagez mes feux ?
Ma feinte a donc servi les plus doux de mes voeux.
Que vôtre courroux est aimable !
Il m'apprend que je suis heureux,
Les sinceres transports de mon coeur amoureux
Vous disent qu'il n'est pas coupable.
J'ai suivi
Florise à vos yeux
Sans oser lui parler en sortant de ces lieux;
Loin de pouvoir achever une feinte
Qui vient d'assurer mon bonheur,
En vous fuyant mon tendre coeur
N'éprouvoit que trop de contrainte.
Enone:
Quoi vous m'aimez toujours ?
Paris:
Puis-je changer jamais ?
Non, fiez-vous à vos attraits.
Prés
de vous les beautez mêmes les plus nouvelles
Perdent le plaisir de charmer,
Et les coeurs que l'amour engage à vous aimer
Perdent le droit d'être infidelles.
Enone:
Je méprisois l'Amour & l'Amour irrité
Pour me punir de ma fierté,
Dans ses aimables noeuds m'engage.
Ah ! que mon supplice a d'appas !
Si l'Amour ne se vangeoit pas
Il me puniroit d'avantage.
Paris
& Enone:
Regne à jamais sur nos coeurs,
Amour, fais briller tes charmes,
Plaignons, plaignons les vainqueurs
Qui triomphent de tes armes.
[on
entend des hautbois qui annoncent la fête du retour du
Printems]
Enone:
La fête amene ici les Bergers d'alentour
Du Printems avec eux celebrons le retour.
|
Scène 5
Paris, Enone, Ismene, Bergers, & Bergeres, &
Pastres
|
|
Ismene:
Ramene les feuïllages,
Les fleurs & les zephirs,
Printems sous tes ombrages
Viens cacher nos plaisirs.
Choeur:
Ramene les feuïllages,
Les fleurs & les zephirs,
Printems sous tes ombrages
Viens cacher nos plaisirs.
Ismene:
A l'Univers tranquile
Que parent tes attraits,
De l'Automne fertile
Annonce les bienfaits.
Choeur:
Ramene les feuïllages,
Les fleurs & les zephirs,
Printems sous tes ombrages
Viens cacher nos plaisirs.
Ismene:
Tout semble fait pour plaire,
Printems quand tu parais,
Et le Dieu de Cythère
Est plus seur de ses traits.
Choeur:
Ramene les feuïllages,
Les fleurs & les zephirs,
Printems sous tes ombrages
Viens cacher nos plaisirs.
Une
Bergere:
Vous que le doux Printems rassemble dans ces bois,
Chantez oiseaux, Chantez l'amour & sa puissance,
Il vous apprend lui-même à celebrer ses
loix,
Et les plaisirs qu'il vous dispense.
La crainte & les soupçons ne troublent point vos
voeux,
En comblant vos désirs l'amour les fait
renaître,
Quand vous goutez les plaisirs d'être heureux
Vous ignorez qu'on peut cesser de l'être.
Vous que le doux Printems rassemble dans ces bois,
Chantez oiseaux, Chantez l'amour & sa puissance,
Il vous apprend lui-même à celebrer ses
loix,
Et les plaisirs qu'il vous dispense.
Ismene:
Tendre amour dans nos bois heureux
Tu ne trouve pas de rebelles,
Les Bergers qu'enchaînent tes noeuds
Sont tes Sujets les plus fideles.
Loin de jamais nous allarmer
Du bruit de la raison severe,
Nous ne demandons pour aimer
Que l'aveu du Dieu de Cythère.
Tendre
amour dans nos bois heureux
Tu ne trouve pas de rebelles,
Les Bergers qu'enchaînent tes noeuds
Sont tes Sujets les plus fideles.
[on
termine le Divertissement en reprenant le
Choeur]
Choeur:
Ramene les feuïllages,
Les fleurs & les zephirs,
Printems sous tes ombrages
Viens cacher nos plaisirs.
|
haut
de page

TROISIEME ENTREE:
L'Estime
|
|
les
personnages de la Première
Entrée
|
les
exécutants de l'époque
|
|
|
Ovide,
Chevalier Romain
|
Mr
Thevenard
|
|
Julie,
Fille d'Auguste
|
Mlle
Journet
|
|
Albine,
Dame Romaine
|
Mr
Limbourg
|
|
Une
Habitante de l'Isle de Chypre
|
Mlle
Antier
|
|
Un Indien
|
Mr
Cochereau
|
|
Un Scithe
|
Mr
Le Mire
|
|
|
Le
Theatre represente les jardins du Palais de
Julie
|
Scène
premiere
Julie, Albine
|
|
Albine:
Ce jour vous asservit à mille soins divers,
Cachez vôtre tristesse extrême.
Tandis qu'Auguste en paix gouverne l'Univers,
Sa Fille ne sçauroit regner sur elle-même !
Rome par d'aimables concerts
Renouvelle les Jeux & la Rejoüissance
Que fit éclore ici vôtre heureuse
naissance.
Préparez-vous aux Jeux qui vous seront offerts,
Feignez du moins...
Julie:
Non, non je ne sçaurois plus feindre
Albine, c'est trop me contraindre;
Je veu connoître Ovide & prénétrer
son coeur
Je veux connoître enfin son heureuse Corine;
C'est en vain qu'il s'obstine
A nous cacher toûjours l'objet de son
ardeur.
Albine:
Craignez de découvrir vôtre secrette
flâme,
Ah ! deviez-vous la ressentir jamais ?
Julie:
Dieux ! quels reproches tu me fais !
Quand le Fils de Venus triompha de son ame,
Ne sçais-tu pas qu'il me cachoît ses traits
?
L'Amour
charmé de me surprendre
Sous le
nom de l'Estime, a seduit ma fierté,
En le reconnoissant j'ai voulu me défendre,
Mon coeur étoit déja trompé.
Albine:
Quelque soin que l'Amour prenne
Quand il veut se déguiser,
On le reconnoît sans peine.
Ce Dieu ne peut amuser
Qu'un coeur épris de sa chaîne,
Et qui cherche à s'abuser.
Julie:
Vole, descens des cieux, amour vainqueur charmant.
Par une nouvelle victoire,
Triomphe de l'objet qui cause mon tourment,
Vange mon coeur, vange ta gloire ?
Tu dois
recompenser les plus tendres soupirs,
Et cependant, hélas ! dans un autre esclavage
Tu souffres l'amant qui m'engage !
Amour, fais changer ses désirs
Pour cesser d'être ingrat qu'il devienne
volage.
Albine:
Souvenez-vous d'Auguste & que son trône un
jour...
Julie:
C'est un Romain pour qui mon coeur soupire.
La liberté semblable au tendre amour
Egaloit autrefois dans cet heureux séjour
Tous les mortels soumis à son empire.
Eh ! comment ne pas m'enflâmer ?
Ovide est favori de la Cour de Cythère,
Nous tenons de lui l'art d'aimer,
Il sçait encor mieux l'art de plaire.
Albine:
Il approche, craignez de trahir vôtre ame.
Julie,
s'écartant:
Tâchons de découvrir le secret de son ame,
Et quels traits l'ont sçu charmer.
|
|
Ovide,
seul:
Deguisez bien mon coeur le feu qui vous devore,
Craignez que les Echos n'apprennent vos soupirs,
Et vous volez jeunes Zephirs,
Annoncez dans ces lieux la beauté que
j'adore.
Hélas
! quand je la vois que mon sort est heureux !
Sa presence est le prix de mes tendres allarmes:
Admirer en secret ses charmes
Est l'unique faveur que prétendent mes
voeux.
|
|
Julie:
Venez-vous chercher dans ma Cour
L'objet inconnu qui vous blesse ?
Ovide:
C'est à notre auguste Princesse
Que je dois seulement consacrer ce beau jour.
Je suis
chargé des Jeux que Rome vous
apprête.
Julie:
Tandis qu'on dispose la fête
Voudrez-vous contenter un désir curieux ?
Vôtre ardeur trop long-tems au silence s'obstine,
Apprenez-moi quelle est cette aimable Corine
Que vous cachez à tous les yeux.
Ovide:
Ah! Princesse, épargnez un amant
déplorable,
Que lui demandez-vous ? ô Dieux !
Il est assez coupable.
Fidelle au
tendre Amour j'ai publié ses loix,
J'ai secondé ses doux exploits;
Par mes foins plus d'un coeur rebelle
A Paphos offre son encens;
Hélas ! une peine éternelle,
Des soupirs etouffez, des regrets impuissans
Son l'unique prix de mon zèle.
Julie:
Vous me cachez le sort de vos tendres desirs,
Quelle beauté pourroit mépriser les
soupirs
D'Ovide amoureux & fidelle ?
Ovide:
La beauté que j'ose adorer
Ne sçait pas encor mes allarmes,
Et doit toujours les ignorer.
Julie:
Pourquoi dérober à ses charmes
Le seul tribut qui peut les honorer ?
De la
beauté qu'on aime est-ce offenser la gloire
Que de parler de son ardeur ?
Non,
chaque fois qu'on nomme son vainqueur
On renouvelle sa victoire.
Ovide:
Dieux ! quels combats vous me livrez !
Julie:
Les beaux yeux que vous adorez
Sont trahis par vôtre silence.
Que servent à leur puissance
Des triomphes ignorez ?
Ovide:
Ils font à chaque instant des conquêtes plus
belles.
De cet objet divin tout ressent le pouvoir;
On éprouve en l'aimant que tous les coeurs
fidelles
Ne doivent pas leur constance à l'espoir.
La
grandeur de son rang reçoit plus d'un hommage,
Qu'on n'ose qu'en secret offrir à ses appas;
Mille Amours déguisez qui volent sur ses pas,
Du timide respect empruntent le langage.
Julie:
Ah ! ne me cachez plus le noeud qui vous engage,
Nommez-moi la beauté qui vous a sçu
charmer.
Ovide:
Vous peindre ses attraits, n'est-ce pas les nommer
?
Julie:
Vous me déguisez bien ce que je veux apprendre,
Je ne prétens pas vous gêner.
Ovide:
Vous feignez vainement de ne me pas comprendre,
Quel supplice à mon crime allez-vous ordonner
?
Julie:
Feindre de na le pas entendre,
N'est-ce pas vous le pardonner ?
Je
sçais quelle est vôtre Corine,
Par des soupirs discrets prouvez-lui vôtre ardeur;
Je me charge du soin d'instruire vôtre coeur
Du prix que le sien vous destine.
Ovide:
Ah ! que mon sort est doux & glorieux !
[on
entend un Prélude qui annonce le
Divertissement]
Julie:
Contraignez les transports que vous faîtes
paroître,
On annonce la fête, il faut quitter ces lieux;
Cachez toûjours Corine à tous les yeux,
Je prétens seule la connoître.
|
Scène 4
Ovide, Julie, Albine, Suite de la Princesse,
Habitants de l'Isle de Chypre, Indiens,
Scithes
|
|
Le
theatre change & represente un grand Sallon du Palais de
Julie, rempli de Peuples, differens spectateurs de la
fête.
Julie arrive & se place sur un
trône.
|
|
Ovide:
Rassemblez-vous Peuples divers,
Qui partagez le sort de l'heureuse Italie,
Si Mars aux loix d'Auguste a soumis l'Univers,
L'Amour le soumet à Julie.
Venez,
venez, accourez tous,
Chantez un empire si doux.
Choeur:
Que le nom de nôtre Princesse
Vole aussi loin que les amours.
Ses charmes triomphent sans cesse,
Il faut les celebrer toûjours.
Un
Habitant de l'Isle de Chypre, à Julie:
Nous venons de ces beaux rivages
Dont en tous lieux les charmes sont connus;
Nous vous apportons des hommages
Que nous n'avions encor presentez qu'A Venus.
L'amour
est seur de la victoire
Quand vos yeux secondent ses coups.
Les traits qu'il emprunte de vous
Ne trahissent jamais sa gloire.
Que
feroit-il sans vos appas ?
Sans cesse il vole sur vos traces;
Vous avez de nouvelles Graces,
Que Cythère que connois pas.
Un
Indien:
Vous brillez plus que l'aurore
Qui naît dans nôtre séjour.
Et nous croyons être encore
Au lever du Dieu du jour.
Un
Scithe:
L'Amour dans nos climats n'avoit rien à
prétendre,
Nos coeurs contre lui prévenus
A son pouvoir charmant refusoient dese rendre
Et nous adorions Mars sans connoître Venus.
Contre les plus beaux yeux nous sçavions nous
defendre,
Bellone nous occupoit tout.
Choeur des
Habitants de l'Isle de Chypre:
Chantons, chantons sans cesse
Notre aimable Princesse.
Indiens:
Que les Ris, que les Jeux rassemblez par l'Amour
Apprennent ses attraits aux Echos de
Cythère.
Scithes:
Qu'il celebre autant ce beau jour
Que la naissance de sa Mere.
[tous
les choeurs réünis répentent ces Vers,
& finissent le Divertissement]
|
|
Veu
& permis, le 13 . Juillet 1713.
Signé, M.R. De Voyer D'Argenson
|
haut
de page