Jephté
Tragedie en Musique
pour
servir d'Intermedes à la Piece Latine,
qui sera représentée au College de Louis le
Grand
en Février 1686, à une heure aprés midi
![]()
Le
sujet est tiré du chapitre onziéme du Livre
des Juges. Jephté General des Armées du Peuple
d'Israël, se voyant sur le point d'estre defait dans
une bataille qu'ils donna aux Ammonites, peuples ennemis du
Nom de Dieu; fit voeu, s'il en sortoit victorieux, de
sacrifier la premiére personne de sa famille, qu'il
rencontreroit au retour de la guerre. Il vainquit; & la
premiére personne qu'il rencontra, fut sa propre
fille. Il la sacrifia donc: la faisant mourir suivant le
sentiment de quelques Interpretes de l'Ecriture; ou
plutôt, suivant l'opinion de quelques autres,
l'obligeant de consacrer à Dieu sa
virginité. Pour
rendre cette Histoire plus propre au Theatre, on y a
ajoûté une circonstance: que Jephté,
dans le tems même du combat, promit de donner sa fille
unique en mariage à celuy de son armée, qui
luy apporteroit la tête du Géneral des
Ammonites. Jaïre, un des principaux Capitaines, la luy
apporta.
La Scene est dans le camp de Jephté, proche de la Ville de Maspha.

Acte I
Jephté
à la teste de ses Troupes, chante d'abord les
loüanges & les bienfaits du Dieu des Armées.
Il commande ensuite qu'on aille tout préparer pour un
sacrifice, qu'il veut offrir en action de graces de sa
victoire. Estant seul, & se ressouvenant alors du voeu
qu'il avoit fait, il est agité d'étranges
inquietudes. Sa fille se présente à luy dans
ce moment. Quelle douleur pour Jephté ! mais quelle
surprise pour Seïle qui ne sçait point la cause
d'une tristesse si peu attenduë ! Jephté sort
sans en expliquer le sujet. Mais Seïle comprend par des
paroles qui sont échappées à son pere,
qu'elle doit appréhender quelque grand
malheur.
Acte II
Des
Captifs Ammonites déplorent le malheur de leur
servitude. Jaïre qui les avoit fait prisonniers, leur
promet de les tirer des fers, en faveur de son mariage avec
la fille de Jephté. Ils en temoignent leur joye par
des chants en l'honneur de ces deux illustres Amans.
Jaïre accompagné de ses esclaves alloit chez la
Princesse: mais Jephté luy ordonne de faire haster
toutes choses pour le sacrifice, avant que de songer
à son mariage. Jaïre obeït. Jephté
se voiant sans temoins, s'abandonne à la douleur:
mais la soûmission qu'il a pour les ordres du Ciel,
l'emportant enfin sur la tendresse naturelle, il sort
determiné de découvrir à sa fille les
volontez du Dieu.
Acte III
Seïle
apprend de son pere, qu'elle doit estre elle-mesme la
victime du sacrifice qu'on prépare. Elle
reçoit d'abord cette nouvelle avec assez de courage
& de fermeté. Mais aussi-tost qu'elle est seule,
l'horreur d'une mort prochaine, s'emparant de son coeur,
elle ne peut dissimuler la tristesse dont elle est
pénetrée. Ses plaintes sont interrompuës
par les chants du peuple & des soldats, qui se
réjoüissent autour du camp d'un hymen qui va
combler de gloire toute leur nation. Jaïre vien enfin
lui-mesme se presenter à Seïle, qui luy apprend
qu'on la destine à l'autel. Il entre sans tous les
sentimens que luy peut inspirer sa passion; & fort
résolu de tout entreprendre pour la
sauver.
Acte IV
Jaïre
n'ayant pû ni par priéres ni par menaces faire
révoquer l'arrest posé contre Seïle, va
se mettre à la tête d'une partie de
l'armée, pour l'enlever de force des mains de son
pere. Seïle qui s'étoit à peine
sauvée des mains de Jaïre, vient elle-même
bien-tôt aprés déclarer ce dessein
à Jephté. Il sort pour aller repousser
l'effort des rebelles. Seïle reste accompagnée
de ceux de sa suite, qui par des chants pleins de tendresse
tâchent d'adoucir sa douleur. Mais quand on luy
rapporte que le desordre est dans l'armée, & que
Jephté même est en danger; elle court
aussi-tôt au Grand-Prestre, pour appaiser enfin par sa
mort la colere du Ciel.
Acte V
Le
desordre étant tout-à-fait appaisé,
& Jaïre même ayant été
tué dans le combat; Seïle revient au camp,
où elle se prépare à mourir. Le Grand
Prêtre paroît accompagné d'une troupe de
Sacrificateurs. Aprés avoir présenté au
ciel la victime; étant déja prêt de
lever le couteau pour l'immoler, il se sent tout à
coup inspiré, & déclare de la part de
Dieu, que sa volonté n'est pas qu'on immole
Seïle, mais qu'elle fasse elle-même aux pieds des
autels un sacrifice de sa virginité. On porte cette
nouvelle à Jephté, qui accablé de
douleur étoit demeuré dans la tente prochaine.
Il vient, & aprés les premiers transports de joye
que luy cause un si heureux changement, il se joint à
tout le peuple pour rendre graces à Dieu de ce qu'il
s'est contenté de leur obeïssance.