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Cantate funèbre à l'occasion de la mort d'Auguste le Fort 1733 |
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Trauermusik für August den Starken, 1733, TWV 4:7 Georg Philipp Telemann [1681 - 1767] |
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les personnages de la Cantate funèbre: La
Saxe,
soprano Choeurs des Habitants & des Héros |

Dans
une sombre terreur, bouleversés et anxieux,
Nous voici, et nous regardons vers ton couchant,
O notre soleil.
Tête de membres sans vie, pâlie,
Dieu tutélaire de notre paix, disparu,
O ami, où es-tu parti, où es-tu ?
Ton peuple te rappelle par ses lamentations,
Mais ce nest quun
« hélas » sans
espoir !
Tu es
parti,
La Saxe
Mon père et mon seigneur, mon ami, mon bonheur
suprême !
Et moi, habituée à ton doux regard,
Qui, hélas, mest ravi,
Je change la splendeur que tu mavais
accordée
En une nuit de chagrin.
O ciel, vous vous éteignez,
Yeux graves et bons,
Qui sur la prospérité de nombreux pays
Avez veillé si fidèlement, si
heureusement ;
Le sceptre téchappe,
O main qui par ton auguste autorité
As assuré, protégé et maintenu mon
bien-être,
Et dont, sur les troupes impudentes de mes ennemis,
Les coups et la foudre faisaient régner la
terreur.
Destin,
Que manque-t-il encore pour que je ne sois pas
inconsolable ?
O mon ami, mon bonheur suprême,
Tu es parti !
Lensemble
de mon univers
La Saxe
Est ébranlé par ta chute
déplorable.
Le gémissement de troupeaux sans bergers
Emplit les airs assombris par les nuages,
Emplit forêt, vallée et gorges
Dun écho plaintif.
Je ne
blâme pas cet éclat de douleur, cest ton
devoir,
Le Temps
Mon amie orpheline.
Je le dis moi-même : un trop grand bien ta
été arraché.
Mais ne connais-tu pas la nécessité
Selon laquelle, moi, le Temps,
Jai dû finir par te blesser ?
Mon abîme,
Dont le flot ressemble à la plus profonde mer,
Qui arrache aussi violemment quil
pénètre subrepticement,
Est source et tombeau de toutes choses,
Il les jette sur ce globe
Et les remporte.
Je
renverse les dieux terrestres de leur trône,
Le Temps
Écrase le sceptre et fais rouler la couronne
Sur le sol poussiéreux, dans la pourriture et
lhorreur.
Ni les murs de palais élevés,
Ni le marbre, ni les cèdres, ni lairain ne me
résistent,
Mon fer en fait des ruines et des miettes.
Le
Temps: La
Saxe: Le
Temps:
Le Temps, la Saxe
La main toute-puissante, moteur de mon tourbillon,
Engloutit léclat de ton soleil
Encore assez tard dans mes profondeurs obscures.
Contente-toi dapprécier cette faveur :
Puisque, selon les lois éternelles,
La nuit que tu détestes, avec ses
ténèbres lugubres,
Doit suivre laimable jour,
Du moins je nai pas fait ce dernier trop
court.
Pas trop court ? Ah, vil consolateur !
Tes paroles sont bien trop faibles devant une telle
douleur.
Elles sont vaines, et tout ce dont je suis capable,
Cest de lancer ce soupir au ciel :
Mon ami, mon bonheur suprême,
Tu es parti !
Tes plaintes me touchent.
Je vais faire un effort
Pour te proposer une autre consolation :
Aucun oubli nabrègera la
pérennité de ce grand nom,
Jusquà ce que mon flot rapide
Finisse par se précipiter dans labîme
éternel.
Non,
ne te glorifie pas de ta bonté,
La Sagesse, la Majesté, la Bravoure, la
Magnanimité
Nous te défions, temps présomptueux!
Sa gloire éternelle,
Tu ne peux pas plus la diminuer que laugmenter.
Léclat quasi-divin de sa sagesse/
[Léclat] majestueux de sa couronne/
[Léclat] terrible de sa bravoure/
[Léclat] royal de sa
magnanimité,
Rend ce nom sacré,
Dépasse ton domaine,
Triomphe de la fuite du temps.
Ton
il, sévère autant que compatissant,
La Majesté
Faisait que tous sinclinaient respectueusement,
Et pourtant, en même temps, renforçait
Amour et confiance.
Maintenant encore il semble
Que son éclat amoindri à travers les
paupières déjà fermées
Conserve sa puissance habituelle,
Car devant la splendeur affligée du trône,
Où ne demeure que ton ombre, tous encore tombent
À genoux en pleurant.
Chez un aussi grand fils
Que toi, toute la splendeur qui tentourait
était bien plus que royale ;
Mais cet éclat pâlissait
Devant la lumière plus haute de bienveillance et
majesté
Qui émanait de ta présence.
Ta
personne était au-dessus de ta couronne,
La Majesté
Tu étais roi seulement par toi-même.
Rejette la pourpre, lor et la pompe,
Le simple éclat de ton regard
Te montre déjà grand et royal.
La
Majesté: La
Bravoure:
La Majesté, la Bravoure
Rejette la pourpre, lor et la pompe.
- Mais non, car la moindre parcelle
De ta magnificence
Est assez grande pour surpasser de loin la splendeur
Que montrent dautres trônes.
Aucune passion blâmable, comme celle qui ne vise que
lambition,
Qui joue avec le sang de son peuple,
Dévaste le pays pour le plaisir,
Rase les villes,
Jonche les champs de corps mutilés,
Ne conduisait lépée de ce
héros,
Non, seules la justice et la vengeance
déchaînaient sa foudre et ses armes.
Le
cliquetis des sabres étincelants,
La Bravoure
Lorage de la bataille dans le brouillard
sulfureux,
Les chocs et la résonance
Du métal creux
Donnent à des héros un noble plaisir.
À travers le sifflement des balles, à travers
le battement du sang,
Un esprit vaillant se fraie un passage, bouillonne et fait
rage
Et brave la mort pour vaincre glorieusement.
Au-dessus
de la foule de mes fils héroïques
La Bravoure
Se dresse, dans un triste apparat,
Sa tête pâle,
De votre vaillante troupe
La plus haute couronne.
Drapez léclat de ses armes dun
crêpe sombre,
Entourez dun chur funèbre
Cette ombre encore bien-aimée
Et hâtez-vous de rendre les derniers devoirs au
roi.
Tu
faiblis, héros jamais vaincu,
Tu tombes devant celui qui voit tomber tout le monde,
Et tu reposes maintenant après tes victoires.
Ainsi nous accrochons les insignes de ta grandeur,
Épée, cuirasse, drapeaux, casque et
bouclier
Aux murs silencieux de ton temple.
Ton nom demeure notre ornement sacré,
Auquel nos mains apportent en offrande
La flamme [des cierges] et la fumée [de
lencens].
Nous le martelons sur nos armes,
Et il sera notre mot dordre
Jusquà la fin de toutes les
guerres.
Cest
grâce à moi
La Sagesse
Quon gouverne en roi.
Cest grâce à moi que les mains des
dirigeants nourrissent
La prospérité de toutes les conditions
sociales,
Accroissent lempire et la puissance, conservent le
droit et la paix,
Senrichissent elles-mêmes ainsi que leurs
concitoyens,
Entravent par la contrainte de justes lois
Les griffes de la méchanceté,
Et font prospérer
Les bourses dans les villes, les récoltes dans les
champs.
Cest grâce à moi, mon ami, quon
gouverne comme toi !
La
douce tranquillité de la paix,
La sagesse
La bénédiction de labondance,
Couronnent ton pays fortuné.
Grâce à toi les temples sont ouverts et
protégés,
Les trônes de la justice
Soutenus par ta sollicitude.
À moi-même, on a consacré plus dun
lieu
Où, avec les churs de mes Muses,
Jenseigne la raison, le droit et les sciences.
Ici crée la main active de lartiste
Et elle fait en sorte que ton noble pays
Abrite en son sein
Ce qui pour partie nourrit le monde, pour partie
lorne.
Champ, colline, bois et vallée, tout est florissant
et riant,
Et, aussi longtemps que tu as gouverné - combien
heureusement -
Na pu être affligé par rien dautre
que ta mort.
Tu nas vécu que pour élever sa
prospérité
Jusquaux étoiles,
Et la mort même te trouva
Sur ton trône,
Aux côtés duquel jai toujours
été.
Bien que
vous en ayez dit beaucoup, mes trois amies,
La Magnanimité
Il semble pourtant
Quil y a encore
Infiniment plus à dire.
Un héros doté des qualités
Que jai déposées dans son regard, sa
parole et sa main,
Naura pas un renom moindre que celui quil doit
aux vôtres.
Il semble que même léclat de vos dons
rares
Brille dautant plus vivement
Quil saccompagne de mes rayons.
Incliner la majesté à lindulgence et
à la bonté,
Maintenir la bravoure dans les bornes du droit et de la
clémence,
Mettre lintelligence au service du peuple et du
pays
Plus que de sa propre grandeur,
Voilà luvre de ma main.
Sattacher ses sujets plus par lamour que par la
contrainte,
Tel est le devoir dun monarque.
Et qui la fait plus que notre héros ?
Et même son glaive rigoureux,
Quand la sévérité était
nécessaire,
Faisait sentir la justice plus que sa colère.
Et là où sa main indulgente
Était prompte à récompenser,
Même des meilleures actions,
Ses bontés payaient dix fois la valeur.
Posséder
le pouvoir de commander et terroriser,
La Magnanimité
Mais ne lemployer que pour le bien,
Voilà la gloire dun roi.
Se vaincre soi-même non moins que ses ennemis
Et satisfaire à la fois la clémence et le
droit,
Cest atteindre le sommet de la vertu
- Et cétait le propre du roi.
Ah,
magnifique hommage,
La Saxe
Me réconfortes-tu ? Mais non, tu sembles
Encore plus maffliger.
Tu me représentes
La pensée poignante
De la grandeur de mon noble ami, mon cher roi,
Mais cette parole foudroyante étourdit mon cur
et mon esprit :
Mon roi a vécu il est parti !
Donne
libre cours à ta juste plainte,
La Saxe
A tes élans mourants,
Avec des larmes éternelles,
Pays souffrant, jusquà ce que le chagrin te
consume.
Quétait le bonheur dont tu jouissais ?
Un jeu du destin en colère,
Qui réjouit brièvement et nourrit de longues
douleurs.
Mais non, un jour de ses jours
Vaut bien des années de tristesse.
Non,
chère amie, non !
La Majesté
Quelle que soit la profondeur de tes douleurs,
Ne jamais les apaiser,
Cest en quelque sorte manquer au devoir et à la
fidélité.
Ton roi vit, il vit pour toi,
Et siège sur son trône avec le même
éclat quavant.
Il vit dans le fils quil ta laissé.
Vois à travers le brouillard,
Vois à travers la pluie de larmes
Le soleil qui se lève à nouveau :
Tu le vois,
Tu perçois déjà la douce lueur,
Et tu voudrais pourtant toujours
Rester inconsolable ?
Non, ma chère amie, non !
La
Majesté :
Égaye tes yeux remplis de larmes,/ La
Majesté :
ta plainte sera mêlée de plaisir./ La
Majesté :
Ta prospérité nest pas encore
finie,/ La
Majesté :
Tes pleurs seront par les mêmes mains/ La
Majesté :
Que celles que tu as pleurées,
essuyés./
La Majesté, La Saxe
La
Saxe :
Oui, oui, de mes yeux jaillit
La
Saxe :
un ruisseau de joie et douleur
mêlées.
La
Saxe :
Mais ma fidélité naura jamais de
fin.
La
Saxe :
Mes pleurs seront par de douces mains
La
Saxe :
Adoucis, peut-être, mais non
essuyés.
La
Saxe: La
Majesté: La
Bravoure: La
Sagesse: La
Magnanimité: La
Saxe:
La Saxe, la Majesté, la Bravoure, la Sagesse, la
Magnanimité
Toi, ma seule consolation, maintenant je te connais,
A la grâce de qui jadresse mes fidèles
regards
Pleins de respect, pleins despoir ;
Maintenant tu vas rafraîchir mon cur
tourmenté
Avec ton riche baume.
Assez, tu as en lui entièrement retrouvé
Ce que tu avais perdu ;
Puisque pour veiller sur toi
Une si grande force, un esprit si vaillant
Se combinent ;
Puisquune intelligence parfaite
Par un sage gouvernement te promet une
prospérité durable ;
Et puisque la plus haute magnanimité
Se reconnaît chez lui au même
degré.
Oui, je rends grâce à mon sort,
Il me rend autant quil ma
dérobé
Et me montre, même sil mafflige
jusquà la mort,
Combien pourtant il maime.
Mais puis-je me fier à sa
séduction ?
Ne
tinquiète pas, jexauce ta
requête.
Le Temps
Si au plus parfait degré
Gloire, splendeur, fortune et victoire
Honorent ton héritier royal,
Un jour sur son trône
La couronne grise de lâge aussi,
Avec la prospérité que tu désires,
Resplendira sur ses tempes.
Ainsi,
héros défunt, autrefois grand et royal,
La Saxe
Ton pays qui test lié par la reconnaissance
Presse pour la dernière fois ta main froide,
Et la couvre de larmes fidèles.
Dors et repose en paix, jusquà ce que
Ton tombeau terrestre souvre et soit
transfiguré.
Bonne nuit, mon ami, si royal !
Je rassemble encore les troupes
Qui comme des enfants tétaient chères et
obéissantes ;
Je les rassemble pour un chant de louange,
Que nous allons continuer
Jusquà ce que notre souffle
sépuise,
Et que nos enfants et petits-enfants apprendront de
nous.
Et maintenant, je te souhaite
Une dernière bonne nuit, mon ami, si
royal !
Ta
renommée retentit dans des churs
dallégresse, traduction:
Jacqueline & Alain DUC
Roi immortel, dans le temple de la gloire,
Les hommes te remercient, le monde chante ta
louange.