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Georg Philipp Telemann

 

 

J’espérais la lumière
Musique funèbre pour Charles VII, en II Parties

 

Ich hoffete aufs Licht
Trauermusik für Karl VII., Hamburg 1745
texte de Joachim Johann Daniel Zimmermann

Georg Philipp Telemann [1681 - 1767]
TWV 4:13

 

 

 

Premère Partie

 

 

Parlé [Choeur]

J’espérais la lumière, et les ténèbres arrivent.

Job, 30,26

 

Air [Soprano]

Faut-il que notre espoir s’évanouisse ainsi ?
Hélas, les vœux ne peuvent-ils rien obtenir ?
Hélas, Très Haut, ton courroux est-il si fort ?
Tu semblais, parmi de grandes terreurs,
nous donner un sauveur.
Telle fut notre prière : « Laisse vivre Charles,
qui nous redonnera la paix ».
Mais le feu et le meurtre continuent à faire rage,
nos malheurs n’ont encore reçu aucun conseil;
mais lui, hélas ! il n’est plus !

Faut-il que notre espoir s’évanouisse ainsi etc .

 

Récitatif accompagné [Ténor]

Pourquoi, Dieu, nous rejettes-tu autant ?
Pourquoi ton courroux doit-il nous écraser si rudement ?
Oh, ta main, qui autrefois nous était favorable,
va-t-elle donc sans fin brandir l’épée ?
Seigneur ! regarde donc notre misère, 
jette avec bonté un regard sur ton pays qui t’était cher !
À quoi ressemble-t-il ?
Il est enveloppé de peur et de ténèbres,
aucune lumière ne brille plus dans le ciel couvert,
sur lui, comme de grosses vagues,
se déchaînent le sang, les épreuves et le tumulte.
Là flamboie l’épée, là fument la cendre et l’horreur,
là un cri plaintif jette l’effroi.
On va à l’aveuglette comme dans l’obscurité,
et l’Allemagne demande, puisque tant d’armes de la discorde
étincellent dans les mains de ses enfants,
qui est ennemi, et qui est allié.
Pour finir, le destin hâtif rappelle aussi
ta sage tête, ton cher Charles,
l’enlevant à sa mission d’en finir avec cette angoisse,
ce que tu implores si ardemment, royaume en larmes.
Qui rendra, ô Dieu, qui rendra maintenant
la sentence ?

 

Air [Basse]

Vous qui flottez sur des vagues inconnues
dans la nuit, la tempête et les nuages,
dans les terribles ondes desquels
la dernière étoile s’engloutit,
ah, votre peur est semblable à la nôtre !
La perte de cette lumière
nous plonge encore plus dans l’incertitude,
et anéantit dans une nouvelle épreuve
les décisions de ton chef,
ô royaume allemand !

Vous qui flottez sur des vagues inconnues etc.

 

Récitatif [Alto] avec Choral

Ô Dieu, que ta clémence bienveillante
nous laisse, dans des temps si troublés,
habiter sur ces rives
loin du sang et de la fumée, dans une tranquille sécurité.
Que ta main, qui pose des frontières aux guerriers, nous couvre.
Puisses-tu nous conduire encore sans dommage
« à travers tant d’effrois et de calamités,
à travers les frissons et les tremblements,
à travers la guerre et les épouvantes,
qui règnent sur le monde entier. »

Paul Gerhardt: Nun, lasst uns gehen und treten [Maintenant laissez-nous aller], strophe 3

 

Parlé [Choeur]

La bonté de l’Éternel est telle qu’elle n’est pas épuisée pour nous. Sa compassion n’a pas encore de fin, mais elle se renouvelle chaque matin, et ta fidélité est grande.

Lamentations de Jérémie, 3, 22, 23

 

Choral

Seigneur, nous le reconnaissons par notre bouche,
et nous t’en remercions du fond du cœur.

Justus Gesenius: Was Lobes soll man Dir, o Vater, singen [Quelle louange doit-on te chanter, ô Père], strophe 9

 

Récitatif [Soprano]

Mais comment pourrions-nous, dans ces tempêtes
qui, grande patrie, te secouent partout,
être tranquilles ?
Le bruit et la terreur des armes, même de loin,
volent à nos frontières.
Les signes de ces temps nous font
depuis longtemps le cœur lourd.
Par un lien trop solide, par un sang commun,
aucune des blessures
par lesquelles la rage de la guerre féroce
fait mal au corps allemand
n’est ignorée de nous.
Dans notre calme, la voix des implorations ne s’est pas tue;
nous t’avons apporté, Seigneur des hauteurs,
pour le salut commun et pour la santé de Charles,
une offrande quotidienne de devoir loyal.
Et maintenant que parmi de tels soucis
le cœur qui a tenu caché si paternellement son fardeau,
le cœur plein de pitié du berger suprême, se fend,
oh comment pourrions-nous nous défendre
de pleurs aussi justifiés ?

 

Air [Soprano]

Du sceptre qu’il tenait,
de la couronne qu’il arborait,
sa vertu était digne.
Même si les épreuves et la peur nous laissaient sans larmes,
elles devraient couler pour un tel empereur,
qui mettait sa gloire dans la grâce et la bienveillance.

Du sceptre qu’il tenait etc.

 

Récitatif accompagné [Alto]

Oh ! laisse donc, grand Dieu, devant toi,
notre chagrin aussi trouver grâce.
Si notre faute justifie tes arrêts,
qui peut donc oser blâmer ?
Mais écoute encore cette fois notre douleur
depuis le trône de ta compassion.

 

Air [Alto] avec Choeur

Lamentons-nous,
disons:
« Le plus noble des princes,
père de notre patrie,
hélas ! empereur défunt, hélas ! »
Si avant nous implorions en vain
pour la paix de sa vie,
oh, qu’un soupir exaucé 
accompagne
son cercueil !

Lamentons-nous, etc.

 

 

Deuxième Partie

 

 

 

Récitatif accompagné [Basse]

Oui ! continuez, instruments assourdis,
et joignez-vous, dans les lieux sacrés,
au cri plaintif qui s’élève,
par les pleurs pathétiques des cordes lasses,
par les soupirs des flûtes mélancoliques,
par les trompettes maintenant gémissantes
et les sombres échos des timbales,
dans un triste unisson
qui nous émeuve.

 

Parlé [Choeur]

Ma harpe est devenue une lamentation, et mon pipeau un sanglot.

Job,30,31

 

Récitatif [Alto]

Oui, oui, car cette douleur est sans égale !

 

Air [Alto] avec Choeur

Lamentons-nous,
disons:
« Le plus noble des princes,
père de notre patrie,
hélas, empereur défunt, hélas ! »

 

Récitatif [Ténor]

Ton grand esprit, la noblesse de ton âme,
que, cher Charles, par une rare onction,
la sagesse elle-même a consacrée à un tel trône;
ton affabilité dans la majesté,
ton oreille prêtée à chacun, ta main industrieuse,
ta tendresse pour le peuple et le pays;
tout cela, cher Charles, le plus grand de ton temps,
mérite plus que nos lamentations,
mérite l’immortalité.

 

Air [Ténor]

Annonce, Renommée favorable,
annonce, Histoire méritée,
aux rivages lointains et aux peuples lointains,
la gloire de Charles !
Que cette étoile de Bavière
brille, aux côtés d’autres veilleurs immortels,
semblable en durée aux feux célestes,
dans l’empire allemand.

Annonce, Renommée favorable etc.

 

Récitatif [Basse]

Son noble cœur, qui se tournait sur chaque état
avec le même amour paternel,
n’en a, en ce qui te concerne, Hambourg, laissé aucun à l’écart,
et ne t’a pas laissée sans prospérité.
Que ne faisait pas son serment impérial
pour défendre puissamment le commerce, la liberté et la sécurité,
les tiens et ceux des villes alliées,
par une protection spéciale !
Comme cette grâce rendait Charles
aussi digne de tes vœux que de ta confiance !

 

Air [Basse]

Mais, de même que les vents dispersent les chaumes,
de même, Très Haut, ton courroux menaçant
emporte les vœux et les espoirs humains.
Notre réflexion présomptueuse
se projette dans l’avenir
et déchiffre son destin;
en retire peur et conseil,
construit ici et abat là,
elle finit par inventer, pour son bonheur même,
des chaînes contre l’instabilité.

Mais, de même que les vents dispersent les chaumes etc.

 

Récitatif [Soprano]

Cependant tu restes comme tu es,
le roc et le refuge, la forteresse, le salut des tiens.
Puisque notre espoir est fondé sur toi,
nous ne devons jamais le déplorer.

 

Choral

Qui espère en Dieu et lui fait confiance,
il ne sera jamais confondu,
car qui bâtit sur ce roc,
même s’il lui survient
bien des infortunes,
je n’ai encore jamais vu
tomber cet homme
qui s’en remet
à la consolation de Dieu;
il aide tous les croyants.

Lazare Spengler: Durch Adams Fall ist ganz verderbt [Par la chute d’Adam, tout est corrompu], strophe 4

 

Récitatif [Soprano]

Hélas! Mais laisse enfin nos supplications et nos mains tordues
Dieu de notre salut, pénétrer ton cœur,
et après un tel châtiment, parle,
dis à ton épée qui venge nos fautes:
« Il suffit ».
Oh, si ton jugement de colère
n’est toujours pas adouci
par tous les cris du sang déjà versé,
alors, que parle, pour notre bien également,
ce seul sang , qui parle mieux !

 

Air [Soprano]

Nous voici agenouillés, ô Réconciliateur,
devant ton Père et devant toi;
nous te demandons, et demandons par ton intermédiaire,
la paix, ah ! la paix.
Si tu aimes encore la douceur et la patience,
et si la grâce que nous avons obtenue vaut toujours,
alors, laisse encore une fois se fatiguer
l’épée vengeresse de notre faute.

Nous voici agenouillés, ô Réconciliateur etc.

 

Choral

Agneau de Dieu, qui portes les péchés du monde, aie pitié de nous.
Agneau de Dieu, qui portes les péchés du monde, aie pitié de nous.
Agneau de Dieu, qui portes les péchés du monde, assure nous toujours la paix.

Martin Luther: Deutsche Litanei 1529 [Litanie allemande]

 

Parlé [Choeur]

Ah, qu’ils soient confondus et qu’ils reculent, tous ceux qui haïssent Sion !
Qu’ils soient comme l’herbe des toits, qui sèche avant qu’on l’arrache !

Psaume 129, 5 ,6

 

Récitatif [Ténor]

Courage ! tu laisses les cœurs humains se soucier avec angoisse
de la marche du monde;
mais ton but reste toujours caché,
et à un moment donné, tu fais ce qu’il te plaît.
Oh, montre donc aussi la grande différence
entre ce que tu penses et ce que l’homme pense.
Oh, montre-toi dans ta perfection
qui guide les cœurs princiers comme des ruisseaux.
Unis, Très Haut, maintenant,
les gardiens jusqu’ici divisés de l’empire allemand
dans une douce unité de pensée,
et pour une élection impériale heureuse.

 

Parlé [Choeur]

Que le Seigneur, le Dieu des esprits de toute chair, établisse sur la communauté un homme qui sorte devant eux et qui entre devant eux, qui les fasse sortir et qui les fasse entrer, afin que la communauté du Seigneur ne soit pas comme des brebis sans berger.

Nombres 27, 16,17

 

Récitatif [Soprano]

Allons,  celui qui mesure la perte du trône allemand !
Allons, celui à qui la patrie inspire de la compassion !
Allons, implorez le Seigneur d’un cri constant
jusqu’à ce qu’il nous soit à nouveau favorable.

 

Choeur

Ô peuple de semence allemande,
crie plaintivement,
crie chaque jour:
« Dieu ! donne la paix dans ton pays,
le bonheur et le salut à tous les états,
amen, amen ! »