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sérénades

Georg Philipp Telemann

Remerciez le Seigneur
Oratorio exécuté à l'occasion du banquet annuel des capitaines
de la milice de la ville de Hambourg,
1755

Danket dem Herrn
Hamburgische Kapitänsmusik 1755
livret de Heinrich Gottlieb Schelhaffer

Georg Philipp Telemann [1681 - 1767]
TWV 15:20

les personnages de l'Oratorio:

L’Homme humble, soprano
L’Homme reconnaissant, alto
L’Homme qui espère, alto
La Bonté de Dieu, ténor
L’Homme qui observe avec joie, basse
Le Dévot, basse

 

 

 

Oratorio

 

Choeur & Solistes [Soprano & Alto]

Remerciez le Seigneur car il est très bienveillant,
et ses bontés durent éternellement.
Qui peut chanter entièrement les grandes actions du Seigneur
et louer toutes ses œuvres ?

 

Récitatif

L’Homme qui observe avec joie
En vous, murs toujours chéris, par lesquels la splendeur de Hambourg se protège dans les temps de prospérité, mon esprit en éveil découvre plus d’un bien, à peine à demi remarqué, dans tout ce qui est utile et attirant. L’abondance nouvelle et diverse engendrée par une si noble richesse, qui, quand on l’examine avec attention, augmente et s’accroît, rend l’espace destiné à la recevoir trop étroit. Et ta prospérité, Hambourg, empêche de jouir de ces biens si plaisants et rares. Ton bonheur splendide, ton bien-être – il est trop grand - ne peuvent pas t’échapper si tu y penses.

 

Air

L’Homme qui observe avec joie

Regarde-toi ! Les fastes attrayants
qui accompagnent la masse des biens entassés
se changeront presque de plaisir en fardeau.
L’esprit hésitant se demande avec inquiétude
si, dans le choix de ces biens,
il saisit le meilleur.

 

Récitatif

Le Dévot
Parole banale, mais qui se vérifie toujours ! Si jamais lieu véritablement béni du ciel s’est élevé par l’éclat et la gloire, c’est la puissance et la faveur de Dieu pour toi, noble Hambourg, qu’il faut louer. Le citoyen voit arriver, dans une paix sans nuage, le fruit assuré d’un travail qu’il a choisi. Le zèle jouit de la récompense de la vie et se fortifie de lui-même, et il n’espère rien en vain. Oh, si on se rendait bien compte ici que notre vertu certes nous élève, mais que la force dont a besoin notre vertu se dissipe rapidement si elle n’est pas renforcée par Dieu, si le cœur n’éprouve pas de courage et si Dieu ne conduit pas, par le sage bonheur, jusqu’au but recherché, cette force que sa bienveillance nous confère ! C’est de lui seul, à l’origine de tous les dons précieux, que vient ce qui nous est utile, ce que nous possédons de bon.

 

Air

Le Dévot

Seigneur, par toi, source de tous les biens,
arrive ce qui arrive, et est ce qui est.
Par toi est né et demeure le monde,
dont le cours et l’ordre cessent
dès que tu cesses d’être bienveillant.

 

Récitatif

L’Homme qui observe avec joie
Dieu soit loué ! à Hambourg on connaît encore le Seigneur ! On connaît l’action de sa bénédiction et on la nomme volontiers. Plus d’un temple nouveau enseigne un exemple louable et stimulant. Dieu soit loué ! le cœur mû par la piété ne manque pas d’aliment pour son désir. On peut encore trouver la dévotion dans toute sa force. Quand bien même la faiblesse fait trébucher dans la faute, par ces temps d’abondance on reconnaît les raisons, la bonté du Très Haut, et on ne prive pas de sa couronne le plaisir justifié qu’on en retire. Si seulement le cœur qui se croit pieux et sincère pense la même chose des autres, si toi et moi et nous, n’est-ce pas, honorons le Seigneur, comment le nombre pieux des cœurs vertueux ne pourrait-il pas augmenter, puisque chacun peut penser comme nous ?

 

Air

L’Homme qui observe avec joie

Dieu soit loué, la vertu a toujours
l’approbation des gens âgés, l’approbation de la jeunesse !
Mais l’homme n’aime pas son prochain.
Oh, si pourtant notre amour humain
magnifiait notre prochain comme nous-mêmes !
Où est l’homme qui irait contre cela ?

 

Récitatif

L’Homme humble
Oui bien sûr c’est vrai ! Qui se connaît lui-même conformément à la vérité ne sera jamais plus grand qu’il n’est, ni plus petit, car sa propre image ne l’aveugle pas. Et comme, loin de toute illusion, il se connaît exactement, fidèlement et sérieusement, en honorant la seule vérité, il aura du plaisir aussi dans l’action d’autrui, puisqu’il aime le bien de son prochain, et sera par là digne d’appartenir à l’humanité. La piété ne se limitera pas à lui – ce n’est pas un miracle qui le fait agir - mais appartiendra bien plus à d’autres. S’il loue la bonté du Très Haut, le Seigneur sera magnifié aussi assurément par d’autres, comme le croit l’amour.

 

Air

L’Homme humble

Les multitudes t’honorent, les peuples te célèbrent,
Seigneur, car tu es bienveillant à tous.
Rien ne peut te plaire, Père,
que ton fils seul, qui pour tous
est la seule consolation et le Sauveur de tous.

 

Récitatif

L’Homme reconnaissant
Oh oui, plus d’un cœur est touché ! Dieu, dont la grâce et la fidélité toujours active nous mènent chaque jour par des cordes d’amour, agit aussi chaque jour sur le cœur éveillé par le plaisir renouvelé de chaque bienfait. Et ici aussi, où l’Elbe et l’Alster se nourrissent de leurs flots, où nous disposons de tant de biens - Dieu en soit remercié -, le Seigneur suprême, le Dieu bon est loué.

 

Air

L’Homme reconnaissant

Les bienfaits de Dieu sont bien trop beaux pour être oubliés.
Ils doivent encore apporter de plus gros fruits.
Ses bienfaits qui touchent l’âme
et circulent avec bonheur dans les veines
nous émeuvent et nous poussent à remercier Dieu avec ardeur.

 

Récitatif

Le Dévot
Que tu es heureuse, ville si hautement bénie ! Que ceci reste toujours à ta gloire : Dieu a en toi son pur sanctuaire, la source des bénédictions, et la surabondance t’amène à penser à celui qui te la donne, dont la grâce t’offre encore infiniment plus que les biens sur lesquels tu peux compter. Si notre cœur est vide de sentiment, l’entassement des biens les plus précieux n’est rien d’autre qu’un souci. Mais si notre esprit se tourne par là vers Dieu, alors la grâce du Seigneur, si on l’aime en retour, sera encline à nous dispenser de nouveaux biens.

 

Air

Le Dévot

L’amour ne cherche que l’amour en retour,
et se délecte de son propre élan,
si seulement son objet est digne d’amour par sa reconnaissance.
C’est ainsi que le Seigneur veut l’humanité:
si le pécheur touché s’incline
et ose un remerciement sincère et désireux d’une nouvelle grâce.

 

Récitatif

L’Homme qui espère
Ainsi les sombres lointains des temps futurs ne m’effraient pas. La main du Très Haut guidera le destin. Tout ce que la dévotion se promet sera exaucé, car de chaque remerciement naît une nouvelle bénédiction. Et notre réel bien-être ne s’éloignera jamais si nous apprenons à le reconnaître, comme nous le faisons. Le Seigneur, qui touche bien des cœurs, montrera encore à notre postérité qu’il règne.

 

Air

L’Homme qui espère

Si le Seigneur fait pleuvoir richement ses bénédictions,
y a-t-il quelqu’un pour douter encore
qu’il soit le Seigneur de toute éternité ?
Sa bonté ne diminuera jamais,
à moins que sa puissance ne se brise.
Et son pouvoir ne sera jamais entravé,
à moins que l’ingratitude ne lui résiste.
Ici le Seigneur ne craint aucun des deux,
c’est pourquoi sa grâce se manifeste pleinement à toi, Hambourg.

 

Parlé

La Bonté de Dieu
Le Seigneur voit favorablement celui qui espère en lui et l’âme qui le demande. C’est une chose précieuse que d’être patient et d’espérer l’aide du Seigneur.

 

Récitatif

L’Homme reconnaissant
Mon Dieu, qu’est-ce qui s’agite en moi ! Avec enthousiasme, je reconnais le bien que j’ai reçu et vois la bonté future qui m’est promise – elle vient de l’amour, Seigneur, de ta part -, dans une espérance ferme et florissante. Ici, le songe creux ne m’entraîne pas à une illusion vaine. Je vis dans la seule vérité, et la pure lumière de la divinité me conforte. Et tout, tout me convainc que Dieu est bienveillant et n’est qu’amour pour moi.

 

Air

L’Homme reconnaissant

Ardentes flammes d’inspiration sacrée,
embrasez-vous en un feu brillant,
flambez pour la gloire du Très Haut !
Montrez à l’amour le plus parfait
les élans de feu qu’il suscite.
Que votre flamboiement soit une louange, et montez au ciel !

 

Accompagnement

L’Homme qui observe avec joie
Ainsi je peux bien tourner mes regards joyeux où je veux à l’intérieur des larges murs de Hambourg, je ne vois qu’un bonheur authentique. Je vois le salaire espéré dans les mains qui s’activent avec plaisir. Je vois comment on en jouit, comment, des bienfaits, naissent remerciements et louanges, et comment, puisqu’on sait la reconnaître, la bénédiction de Dieu se renouvelle toujours. Je vois comment, grâce au Conseil avisé des sages et clairvoyants pères de la cité, tant de tempêtes s’éloignent. Je vois comment, par nos prières, le Seigneur se tourne vers nous et comment la folie féroce n’atteint jamais son but néfaste, car un Dieu ferme s’entend à sa tâche. Je vous vois aussi, vous dont la bravoure hardie veille sur notre sécurité et sur la protection des murs splendides de Hambourg, et je vous vois aujourd’hui joyeux à bon droit. La fête qui témoigne de votre unité, devant laquelle se tait en tremblant la discorde, incite votre chœur vaillant à préparer un digne chant de louange au Seigneur qui vous protège, vous qui servez quotidiennement l’État par votre union. Oh, joignez-vous à moi pour élever un chant de joie !

 

Tous

L’Homme qui observe avec joie, Chœur des citoyens joyeux

Renforcez la jubilation par des chœurs joyeux !
Allons, chantez en l’honneur du Seigneur, du Très Haut,
de Dieu qui maintient votre prospérité.
Le Seigneur reste toujours notre bouclier et notre soleil,
ô amour divin, indicible félicité !
Allons, car vos louanges lui plaisent !

 

Choral

Tous

Ne devrais-je pas chanter pour mon Dieu,
ne devrais-je pas être reconnaissant ?
Car je vois en toutes choses
comme il m’est si bienfaisant.
Ce n’est que le pur amour
qui meut son cœur fidèle,
qui favorise et soutient sans fin
ceux qui s’activent à son service.
Toute chose a son temps, l’amour de Dieu est pour l’éternité.

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Vigoureux gardiens des créneaux de Hambourg
Sérénade exécutée à l'occasion du banquet annuel des capitaines
de la milice de la ville de Hambourg,
1755

Ihr rüstigen Wächter Hamburgischer Zinnen
Hamburgische Kapitänsmusik 1755
livret de Michael Richey

Georg Philipp Telemann [1681 - 1767]
TWV 15:20

les personnages de la Sérénade:

Brosius - la Simplicité, soprano
Solipsus - la Fausse Dévotion, alto
Eucopus - la Persévérance, alto
Commodianus - le Sens du confort, ténor
Prudentius - la Sagesse, basse
Agénor - la Bravoure, basse

Chœur des citoyens patriotes

 

 

Sérénade

Choeur

Vigoureux gardiens des créneaux de Hambourg,
Payez à la joie son tribut annuel.
Laissez éclater à juste titre votre plaisir.
Que la convivialité chasse le souci
et remplisse le verre de la gaieté.

 

Récitatif

Prudentius
Un bouillonnement d’agréable contentement court dans mon sang et mes veines. Je vois d’un cœur ému les nobles chefs des vaillantes troupes qui veillent sur ta paix, chère Hambourg, assis dans une heureuse concorde. Ici, noble patrie, se voient autant de témoignages de ton bonheur bien protégé que d’hommes qui ornent ces tables. Oh, si chacun ici pouvait voir d’un œil éclairé, et non indifférent, l’avantage pour cette ville d’avoir mis sa sécurité et sa prospérité libérale dans des mains si dignes de confiance !

 

Air

Prudentius

Bénédiction semblable à nulle autre,
bonheur qui ne le cède à aucun autre,
jamais tu ne seras estimé assez cher.
Plus d’une source de joie
court, claire et brillante, dans les villes
dont le libre citoyen lui-même
possède les murs indomptés.

 

Récitatif

Agénor
Une épée bien acérée, brandie d’un poing sans crainte, guidée par la réflexion et la circonspection, posera, quand les épreuves menaceront la patrie, la plus belle couronne d’honneur sur les têtes des citoyens. Aussi longtemps que, grâce aux sages colonels et aux magnanimes capitaines, la raison et l’union s’uniront par la force d’un zèle infatigable, un éclair inopiné pourra bien secouer le siège adamantin de la liberté, mais non le réduire en miettes.

 

Air

Agénor

Agite-toi dans de nobles veines, intrépide sang des héros.
Renforce-toi par l’intelligence et la clairvoyance,
et tu verras bientôt
qu’avec des escadrons limités
une bravoure avisée fait des miracles.

 

Récitatif

Solipsus
Que Dieu nous garde des temps de guerre, et garde chaque cœur chrétien de la bravoure ! Non, mes frères, n’égalez pas le monde dans la course à l’armement, écartez le bruit de toutes les armes. Les pacifiques de ce pays (hélas, ils sont si clairsemés !), eux, vous procureront la sécurité. C’est en vain que vous la chercherez en suivant votre avis. La ville tomberait en même temps que le monde, et il n’y aurait que détresse et gémissements, si, dans ma chambre sainte, je ne me faisais pas rempart et ne veillais pas sur la ville et le monde. Ah, que la nature rebelle des inconscients conduise non pas à être sur ses gardes sur le plan humain, ah non, mais à joindre les mains avec dévotion sur son sein.

 

Air

Solipsus

Qu’est-ce qu’un homme qui porte les armes,
qui ceint l’épée et le harnais ?
Un témoin du monde corrompu.
Ah, si se manifestaient les doux élans
de l’amour fraternel depuis longtemps défunt,
alors toutes les affaires
seraient suffisamment réglées par de pieux soupirs,
sans tout ce train et ces veilles.

 

Récitatif

Commodianus
C’est vrai, je suis assez d’accord avec toi, non pour la même raison, mais pour les mêmes paroles. Je ne vois pas pourquoi il faudrait parcourir les murs dans la poussière et la neige, avec des troupes à demi volontaires et à demi contraintes. Il me paraît bien trop inconfortable de me charger du fardeau de la vigilance et de monter la garde, quand d’autres se reposent. À qui la longue nuit d’hiver est-elle agréable ? Que chacun veille lui-même à sa tranquillité et à sa sécurité. Pour moi, il n’est pas de meilleur sommeil que le mien.

Brosius
Tu mets le doigt exactement où il faut. C’est ce que j’ai pensé moi aussi ; c’est aussi ce que pense ma femme. Si elle et moi avions notre mot à dire, chacun à Hambourg passerait toute la nuit au lit, sans garde, bien assez en sécurité. À quoi bon se donner tant de peine ? Même le coûteux soldat, avec ce qu’il faut pour le nourrir, me semble aussi peu utile que toute la poudre et l’artillerie, ainsi que les fortifications et les retranchements. Qu’il est stupide de planter des canons dont aucun ne prend jamais racine ni ne nous apporte d’autre fruit que la fumée et le tonnerre ! On pourrait avoir à la place des murs et des fossés les plus agréables jardins. Le destin est tout prêt à nous assurer une paix fière. Pourquoi donc une garde serait-elle nécessaire ? Pourquoi le citoyen devrait-il se fatiguer dans la chaleur et le froid ? Nous avons notre chère paix.

 

Air

Brosius

Aucune chouette ne crie,
aucune comète ne menace.
Pourquoi se créer avec les armes,
seulement par ennui,
un fardeau et une tâche,
alors que rien dans l’almanach
ne parle de foudre ?

 

Récitatif

Prudentius
Peut-être parlez-vous tous deux en dormant ? Réveillez-vous donc, et pensez à ces moutons stupides qui un jour, après que les chiens eurent été renvoyés, ont senti la dent rapide du loup rusé : le mal est survenu trop tôt au troupeau, le regret trop tard.

 

Air

Prudentius

Sécurité ! Fille de la Simplicité, mère de la souffrance, plaie des temps !
Tu aveugles par tes douces ruses
les regards de la clairvoyante intelligence,
jusqu’à ce que la chute soudaine des châteaux de cartes
empêche d’affronter le danger.

 

Récitatif

Brosius
Ce n’est que lorsqu’une étoile inhabituelle montre sa queue recourbée comme un sabre que la guerre n’est pas loin. Au temps de ma grand’mère (qui savait bien annoncer les choses), cela s’est produit. Et ce n’est que quand nous voyons dans les hauteurs...

Prudentius
peut-être une aurore boréale,

Brosius
non, deux puissantes armées se battre, que la nécessité s’impose, et qu’il est bien assez tôt pour s’alarmer et résister, et qu’on a besoin...

Prudentius
oui, de quoi ?

Brosius
de ceci et de cela. Et on prend...

Prudentius
d’où ?

Solipsus
Directement du ciel : l’homme pieux ne fait pas de tapage avec les préparatifs.

Brosius
Et alors on ne rechigne pas, si le plomb et le fer manquent, à tirer avec son argenterie.

Commodianus
Et alors, avec toute l’ardeur que j’ai intelligemment épargnée, je veux me montrer soudainement à la patrie comme un héros et un hardi combattant. Croyez seulement que j’ai le cœur bien placé. Je connais tous les devoirs d’un véritable patriote comme si je les avais en note.

Agénor
Oh, si ce débauché ramolli pouvait se taire ! Mon honorable Commodianus, je crains fort que dans les temps difficiles ta bravoure facile fasse peu de choses, ou rien du tout.

 

Air

Agénor

Doucement, insolent fanfaron,
il est trop facile de se payer de mots
dans les temps favorables.
Mais aller contre les orages,
rester courageusement dans le feu le plus violent,
c’est tout un art.

 

Récitatif

Commodianus
Je suis homme à pouvoir sentir l’odeur de la poudre.

Agénor
On le voit bien à ta tabatière.

Commodianus
La fumée bleue d’un petit mousquet...

Agénor
quand il n’est chargé que de canastre,

Commodianus
ne me cause ni peur ni mal. Je jure comme un cavalier, et quand je suis en colère, je deviens un tigre. Mon uniforme est une tunique écarlate, ma baguette de tambour un beau bâton laqué, et un chapeau à large bord, hardiment penché sur l’oreille, dénote mon incroyable courage. Voilà qui apporte du crédit et un nom, qui attire l’attention des dames de goût qui se montrent à la fenêtre quand l’heure de la Bourse m’appelle à la parade. Je ne sais pas ce que vous en pensez : faut-il encore plus à un héros ?

Eucopus
Il te manque encore le premier prix : la persévérance. Il serait beau de verser un peu de sueur pour le bien de la ville, et de ne pas se dispenser, par un orgueil paresseux, de ce qu’ordonnent le serment et le devoir.

 

Air

Eucopus

Si l’honneur des citoyens méritants
n’était pas lié au travail,
la paresse ne serait pas un défaut.
Mais s’exempter de la peine,
porter tranquillement un gros rien
et pourtant parler de mérite,
voilà qui se contredit.

 

Récitatif

Brosius
« Officia » [« le devoir»] est un mot latin; je le mets bien à sa place, et le laisse expliquer par ma femme. Elle dit qu’il signifie « Ne m’approche pas ! » Ainsi je me passerai bien de l’honneur, et prendrai pour devise : « Heureux l’homme oublié ! »

Prudentius
Ainsi pense un Brosius, qui ne peut penser que par sa femme, et qui, puisqu’il est riche grâce à elle, doit être intelligent grâce à elle aussi.

Brosius
Dites ce que vous voulez, je ne veux pas contrarier mon épouse par des gardes. Le lien sacré du mariage ne me permet pas d’aller aux remparts.

Commodianus
Mon grand cœur recherche la noble tranquillité, et ne va pas s’abaisser à se mêler en temps de paix d’un service où il faut entendre, pour sa contrariété, une grossière peau de tambour. Cet honneur ne peut attirer que d’humbles citoyens. J’ai plus d’importance pour la ville qu’une lance n’en a pour moi. La tâche que j’attends avec bien plus de goût est un verre de vin, un baiser, et une partie d’hombre.

 

Air

Commodianus

Le son assourdissant des tambours déchaînés
offense trop mon oreille sensible.
Maudite diane, tu me réveilles trop tôt;
satané rassemblement, quelle peine tu causes !
Dans les discrètes rondes avec des beautés nocturnes,
qu’on n’entende pas cette effrayante question : « Qui va là ? »

 

Récitatif

Agénor
Oui, oui, l’excellente lignée des Commodianus aux coussins moelleux, dont les nobles ancêtres arboraient un chapeau de paille, a pleinement le droit d’ être exemptée de charges, par son argent qui lui vient en partie de l’héritage, en partie du mariage. En fait de lance et d’étendard, elle n’a besoin que de ceux dont la main du peintre orne innocemment le blason qui porte un coussin d’or et un casque de chevalier ouvert, pure invention pour la circonstance.

Eucopus
Mais pendant ce temps, qui prend part à ces difficiles tâches? Qui bouge, se fait du souci et veille pour le salut commun ? Combien trouveraient pénible le moindre pas, si tous les citoyens raisonnaient comme toi ?

Commodianus
La prospérité de la patrie est peut-être aussi importante pour moi que pour toi. Combien de beaux deniers, qui sans cela rouilleraient à contrecœur dans ma bourse, a déjà coûté « Vivat patria » à mon sens du devoir ? Qu’on pose seulement la question dans la taverne !

Brosius
La prospérité de Hambourg gagne plus à ce que je reste chez moi qu’à me faire jouer les preux chevaliers. En effet, si on écoutait les conseils avisés des commères lors des accouchements, on réformerait massivement, surtout en cas de guerre.

Eucopus
Qui fait attention à des discours de bonnes femmes ?

Prudentius
Peut-être est-ce la même chose quand les hommes brassent du vent ?

 

Air

Eucopus

Le cancan caquetant des canards,
le coassement des grenouilles bavardes
et tout le caquet
des crécelles médisantes,
tout se vaut.
À travers leurs dents passent
l’enseignement, les interdictions, la nourriture.
Aucune classe,
aucune maison, aucun pays,
n’en est exempt, tout juste le ciel.

 

Récitatif

Solipsus
Il me semble que vous tous n’êtes pas encore arrivés à une ouverture. Comme vos pensées sont charnelles ! Ah, si on pouvait écouter l’avis des pacifiques ! Ah, si on pouvait se laisser toucher ! Sinon, il est impossible que le fruit de la paix mûrisse. Hommes aveugles, déposez, déposez la raison et les armes. Avec mieux que des prières ordinaires, c’est moi seul qui vous protègerai, ainsi que la ville et le pays.

Prudentius
Ne foule donc pas d’un pied trop fier les moyens que le Très Haut lui-même ne veut pas voir méprisés et inutilisés.

Commodianus
J’écoute, assis, et je bâille sans rien dire.

Brosius
J’estime beaucoup l’avis des femmes.

Solipsus
Je soupire à l’idée qu’on puisse faire la leçon aux gens éclairés.

Prudentius
Pour moi, il est acquis que celui qui se croit grand et sage par sa folie ne sera pas converti.

Eucopus
Commodianus ne pourra jamais s’arracher à son coussin moelleux.

Prudentius
Solipsus opposera toujours prière et travail.

Agénor
Et Brosius abolit la marche et la garde parce que sa femme l’a décidé.

À trois
Oh, ce sont trois malheureuses causes, quand la paresse, l’orgueil et la naïveté s’associent !

Agénor
Que nous importent les esprits faibles ? Venez, louons les vaillants citoyens dont la ville peut se glorifier car ils ont donné du cœur et des mains plus d’une belle preuve de courage et de bravoure.

Tous
Vivat !

Prudentius
Tournons nos yeux vers cette table et offrons un hourra à nos chers capitaines qui jour et nuit s’activent pour notre sécurité.

Tous
Vivat !

Eucopus
Oh oui, qui n’honore pas la troupe infatigable de ces véritables hommes d’honneur qui, en vrais connaisseurs de la prospérité, s’accommodent avec plaisir tantôt du travail, tantôt du danger en obéissant à leur serment et à leur devoir, et épargnent les troubles à notre tranquillité ?

Tous
Vivat !

Brosius
Chez moi, ce cri s’étrangle un peu.

Solipsus
Je suis saisi d’une sainte terreur.

Commodianus
J’ai la gorge trop sèche. Mais si, disons un vieux vin de Bacharach me faisait signe, alors je boirais... mais pardonnez-moi... d’abord à tous les beaux yeux.

Prudentius
Le citoyen dans les veines de qui ne bat pas un sang trop vil voit avec un plaisir avisé cette joie renouvelée chaque année comme un bien accordé par Dieu à la ville. Ici s’éveillent le désir de reconnaissance, les vœux.

 

Chœur et solistes

Chœur
Reviens mille fois,

Brosius et Commodianus
mais apporte vin et chansons,

Solipsus
jette les fusils et les armes,

Tous
incomparable mois d’août !

Eucopus, Prudentius et Agénor
Beau mois, tes réjouissances,
prisées de tout le monde,
ne se limitent pas à cette salle.

 

Récitatif

Prudentius
Un esprit poétique me démange.

Solipsus
Pourvu qu’il ne soit pas satirique !

Commodianus
Il suffit qu’il soit libre de l’esclavage honni des rimes.

Prudentius
Mes amis, si vous le voulez bien, nous allons nous asseoir ensemble et nous amuser à un jeu...

Commodianus
de cartes ?

Prudentius
Non !

Brosius
de dames ?

Prudentius
Non ! Il s’agit de trouver une rime qui découvre le vœu que chacun garde au fond de son cœur.

Commodianus
Je passe.

Brosius
Non, je crois que je peux parce que ma femme le croit.

Agénor
Eh bien, quelle est la conclusion qui correspond à ce vœu de bonheur:

 

Chœur et solistes

Choeur
Que soit toujours fermée la chaîne de diamant
qui unit les champions et les gardes de Hambourg !

Prudentius
Que l’intelligence produise de nouvelles pousses bénies !

Eucopus et Agénor
Que rien ne lasse les héros vigilants !

Tous
Que rien ne dérobe l’aliment de la joie,
jusqu’à ce qu’à la fin les précieuses vignes et grappes
du Rhin, de la Moselle et du Neckar soient épuisées.

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traduction: Jacqueline & Alain DUC