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sérénades

Georg Philipp Telemann

 

 

Inestimable sujet pour des esprits reconnaissants !
Musique pour l'Amirauté de Hambourg, 1723

 

Unschätzbarer Vorwurf erkenntlicher Sinnen !
Hamburger Admiralitätsmusik, 1723
poëme de Michael Richey

Georg Philipp Telemann [1681 - 1767]
TWV 24:1

 

les personnages:

Hambourg [Hammonia], soprano
Thémis [Themis], ténor
Mercure [Mercurius], ténor
Neptune [Neptunus], basse
Mars, basse
L'Elbe [Albis], basse

Choeurs des Nymphes & des Tritons

 

 

 

 

À l’occasion du banquet imposant par lequel l’Amirauté digne d’éloge de la République de Hambourg fêta, le 6 avril 1723, le souvenir de son collège fondé cent ans auparavant, Mich. Richey, professeur au Lycée de Hambourg, et Georg Philipp Telemann, Directeur musical des Chœurs, offrirent cette sérénade, qu’on entendit à nouveau peu de temps après dans cette même maison d’entraînement militaire, et qui fut exécutée encore une fois à l’occasion de l’impression.

Ouverture

 

Le Choeur

Inestimable sujet pour des esprits reconnaissants !
Amorce qui met le feu aux festivités!
Ô paix déjà ancienne !
Que ta contemplation s’accompagne de jubilation;
donne de l’enthousiasme aux mots, de l’âme aux cordes,
de la gaieté à la voix, de la vie à la main !

Récitatif

Hambourg

Tant que la lumière de mes yeux le permettra, tant qu’aucun orgueil démesuré, aucun sang vil et paresseux, ne m’enlèveront l’esprit et le sens, je ne verrai rien avec autant de délice que toi, le soleil de mon ciel, la plus belle force de mon ciel, le sang de mes forces, toi, prospérité souhaitée de ma noble corporation marchande ! Je suis près d’adorer ton incomparable organisation, dont tu dois t’enorgueillir qu’elle t’assure justice et protection. Et comme je vois mon bonheur durer déjà depuis cent ans, j’embrasse cent fois cette grâce d’en haut.

Air

Hambourg

Je t’alimente de mille joies,
nourrice de ma prospérité.
Mon nom ne souhaite aucune autre parure
que la liberté et toi.
Si cet ornement peut revêtir ma tête,
je donne toutes les couronnes pour lui.

Récitatif

Mercure

Oui, bienheureuse cité, où s’est déversée la corne de la riche Amalthée, pluie drue de trésors venus des terres et des mers, mesure avec respect et ravissement à la fois comme le ciel et la nature t’ont préférée à mille villes pour être la merveille du monde. Mais reconnais aussi que, pour accroître ta croissance, les routes maritimes et un noyau de commerçants sont le meilleur auxiliaire du ciel. Qui a fait de tes magasins ces superbes édifices ? Qui remplit tes doux seins que tètent tour à tour tes enfants et des enfants étrangers, oui, propres à faire aimer l’envie ? Qui entasse sur ton marché tant de provisions que même la convoitise effrénée, du moment qu’elle peut changer chaque jour, se fatigue à la fin de changer ? N’est-ce pas moi, Mercure ? Oui, bien sûr, oui ! C’est par moi que tu vis contente, Hambourg, et je suis content de vivre en toi. Car, parce que seule la liberté met mes ailes en mouvement, c’est un paradis qui me sourit en toi. Ici je m’assieds sur un trône de marchandises accumulées. Ici s’agitent mes membres allègres, qui ne savent pas ce qu’est l’oppression, la contrainte et la tyrannie, le travail sans salaire, le bénéfice dont on ne profite pas. Ici j’établis la bonne doctrine, qui se laisse célébrer, mais non commander.

Air

Mercure

Dans le tumulte et la presse de la Bourse
je trouve mon ciel enchanteur,
dans l’agitation, mon repos.
Le grincement des camions et des chariots,
le cliquetis des roues et des gouvernails
ne sont qu’agrément à mon oreille.

Récitatif

Thémis

Ne t’attribue pas la gloire de la paix, Mercure, avant d’avoir jeté un œil sur mes services. Tout cela contribue en vain à la prospérité s’il n’y a pas de lois pour dire le droit et la sentence. Voici le bras qui tient l’épée et la balance, qui protège l’honnêteté et l’innocence, et au contraire foudroie la fraude et le crime qu’engendre l’égoïsme. Aucune ombre n’est aussi près de son corps, aucun clou ne s’enfonce aussi loin dans un mur, que l’injustice, la confusion, le doute, la discorde ne se glissent dans le commerce, par malheur et par avidité. Si tu tiens Thémis pour superflue, ta prospérité elle-même va se retourner contre toi, et ce n’est pas toi que tes profits vont nourrir de pommes d’or, oh non ! mais bien plutôt le monstre de la discorde dans ton sein. Mais si ton marchand et ton marin m’honorent et me chérissent, alors le chant de joie de la Bourse ne peut pas se changer en lamentation, ni l’entrepôt des bienfaits du ciel en une tanière de tigre. Aussi, si Hambourg te nomme son âme, nomme-moi l’âme de son âme.

Air

Thémis

La liberté flatte par de doux chants;
mais si aucune loi ne donne le rythme, qu’arrive-t-il ?
Un bruit à écorcher les oreilles,
une plainte, des cris et des aboiements écumants de rage
dont seul l’enfer peut se délecter.

Récitatif

Mars

Ta gloire est indéniable, protectrice honorée du genre humain, championne du droit bien-aimé, mais ne t’attribue pas trop. On sait combien sont utiles ta parole sage et tes ordres. La sécurité du commerce maritime a plus d’un appui: car Mars y participe. C’est en vain que tu assures à un bateau désarmé un tribunal et un jugement, quand le brigandage et le meurtre montrent les dents. Un requin ne craint pas les lois, si le boulet, qui va plus loin que le bras du juge, ne l’effraie pas. Ni les écueils seuls, ni les tourbillons, les tempêtes, les orages, ne font facilement voler en éclats quelques planches qui tiennent par la poix et sur lesquelles on hasarde biens et vies; mais ce sont les mains qui s’emparent du bien d’autrui et qui sillonnent les mers en quête de prise, que le commerçant redoute et qui, plus que le vent et les vagues, le poussent à mettre son bateau en sûreté. Car de même que sur la terre ferme l’ homme vole et ruine un autre homme, que l’homme est un diable pour l’homme, de même il est hors de doute que la mer nourrit également une armée infernale de diables agissant soit en leur nom propre, soit sur commission.

Air

Mars

Pour regarder sans effroi
les griffes menaçantes de harpies effrontées,
une protection vaillante encourage le marin.
La foudre devant laquelle le brigand tremble,
les salves qui pulvérisent planches et charpentes,
sont la plus puissante riposte au mal.

Récitatif

Hambourg

J’écoute avec le plus grand plaisir, dieux favorables, comment vous rivalisez de bienveillance pour ajouter à ma prospérité. Mon cœur ne se représente pas sans gratitude d’où vient l’abondance qui sait me couronner,

Mercure
Le ciel te l’accorde grâce à mon zèle.

Hambourg
d’où vient que je suis vouée au droit et à l’ordre,

Thémis
C’est le bienfait de ma main.

Hambourg
d’où vient que les brigands sont empêchés de nuire,

Mars
C’est mon poing qui a entrepris cette tâche.

Hambourg
et où est le séjour et le siège de l’union de la justice et de la sagesse avec la bravoure et la défense.

Thémis, Mercure & Mars
Hambourg le trouve dans son Amirauté.

Hambourg
Ô ma bonne étoile inextinguible ! Je vois là la couronne de nos pères et le cœur de la Bourse qui veillent fidèlement au maintien de ce qui a été établi par nos sages anciens pour le profit du voyage maritime. Et cette institution, voilà déjà dix fois dix ans que tu nous l’accordes, ciel bienveillant. Qui ici ne va pas crier mille fois: « Vivat ! »

Air

A tour de rôle Solistes, & Choeur

Mercure & Mars
À l’honorable tribunal
qui rehausse l’éclat et le bien-être de Hambourg,
quand le siège de Thémis, avec son droit et ses lumières,
sert au commerce.

Tous: chœur, solistes
À l’Amirauté !

Hambourg & Thémis
À la vaillante escorte
dont vous me munissez, pères de la cité,
quand Mars est aux côtés des marchands
au grand effroi de la rage étrangère.

Tous: chœur, solistes
À l’Amirauté !

L’Elbe & Neptune
À ce cher Jubilé
que Hambourg célèbre maintenant dans la joie,
puisque l’élite de sa navigation
compte déjà cent ans !

Tous: chœur des Nymphes et Tritons, solistes
À l’Amirauté !

Récitatif

Hambourg

Avec quels chœurs inespérés je dois entendre si agréablement renforcé mon chant de joie ! Ô ciel, Neptune lui-même ne veut pas aujourd’hui aller se reposer dans le sein de Thétis, et fait courir son fier char de coquillages, que tire, semble-t-il, la joie même, sur des eaux douces. Et toi, honorable prince de nos fleuves allemands, me permets-tu de faire connaissance, dans ma liesse, avec ta chevelure argentée et tes nobles Nymphes ?

Air

Hambourg

Avec vous, mes deux chers amis,
ma joie se jette
dans une nouvelle mer de félicité.
Une agitation fait bouillonner mon sang,
tout autant que l’accroissement de mes biens,
grâce à la confluence de vos eaux.

Récitatif

Neptune

Les vagues zélées de l’Elbe que, deux fois par jour, ma très chère, tu envoies à ma rencontre en ambassade sont aujourd’hui à peine visibles de loin, tandis qu’un élan joyeux m’a poussé vers toi. Il me semble que leur écume n’est qu’une sueur d’allégresse provoquée plus par l’échauffement de la joie et de l’empressement que par la contrainte d’Éole. Leur bruit n’est que cris de jubilation. On dirait que dans le miroir de leurs eaux se décachette une lettre enjouée que Phébus lui-même m’a écrite d’une claire encre argentée sur la beauté de ton sort. Mais tu sais comme j’apprécie ce genre de signe et avec quelle ferveur je prends part à la joie de ton cœur.

Air

Neptune

Ta prospérité,
ô ma très belle, est mienne;
tu es mon repère, Hambourg !
Un salut empressé
de moi et de ma chère Amphitrite
vole vers toi à tire d’aile,
témoignage de ma faveur.

Récitatif

L’Elbe

Et moi, reine de mes rives, depuis longtemps habituée à me couler autour de ton site divin, je dois me précipiter aujourd’hui avec une ardeur extraordinaire pour participer aux réjouissances de cette fête rare. Il n’est pas étonnant que, à l’occasion de ce banquet tant souhaité, le cristal de mes eaux scintille doublement sous le rayon de bonheur qui baigne mes flots comme tes toits. Tu connais mon amour. Tu sais comme mon cours indifférent passe devant plus d’une ville, peut-être pas moins belle que toi, et ne salue qu’une fois, sans retour, cet endroit. Mais quand le fleuve pourtant fier touche à tes faubourgs singuliers, les vagues aussitôt transportées d’aise sont retenues sans se rassasier d’autant d’excellence, et se sentent obligées de baiser à nouveau ton beau pied après deux fois deux heures. Comme si l’amour même, à ton voisinage, me créait plus de bras pour t’embrasser d’autant plus ardemment. Comment pourrais-je, Hambourg, manquer de me joindre aux joies si rares que ce jour t’a apportées ?

Air

L’Elbe

Enflez-vous, eaux profondes,
Enflez-vous, mais seulement de félicité.
Ouvrez les bouches de vos sources,
parlez depuis vos tourbillons cachés,
puisque ce n’est que dans un doux pétillement
que ma joie peut s’exprimer.

Récitatif

L’Elbe

Regarde, puissant Neptune, regarde cette contrée. Où ton empire possède-t-il un jardin des délices semblable à celui-ci ? Vois comme la faveur du ciel, autant que la vue puisse porter, a préparé de vrais Champs Élysées où, grâce au travail et au savoir-faire, aucun pied de terre ne manque d’agrément et d’utilité. Regarde comme, partie au bord, partie au milieu des flots, s’étend plus d’un vert tapis, solidement fixé par des bords épais, contre lequel le choc de mes vagues, aveuglé par une rage jalouse, se brise en jaillissements d’écume !

Mercure
Ici, les trésors produits par la campagne rivalisent avec les fabrications étrangères que le commerçant sait nous procurer.

Thémis
Ici la sécurité s’arme de lois louables qui entourent d’un cordon de diamants la noble coiffe de notre liberté.

Mars
Ici l’infâme brute barbare trouve un frein à sa malfaisance.

Mercure
Considère ce commerce, considère ce port, et laisse-toi conduire à l’émerveillement par la compétition des dirigeants qui s’activent partout, par la foule des voiles au ventre rond qui annoncent une naissance à mon avantage.

Duo

Hambourg & l’Elbe

Choisis de planter ton trident d’or
d’une main bienveillante
sur nos rivages fortunés.
Ainsi la moelle des pays sera tenue de couler
vers cette bannière,
objet de ta prédilection.

Récitatif

Neptune

Quel séjour agréable ! Quelles conditions choisies pour une occasion sans précédent ! Là de riantes prairies m’émeuvent; mais ici encore plus une forêt flottante dépourvue de feuillage, comme plantée sur les eaux, Mercure, dans un défi à la terre et à la nature, où un bâtiment de planches mortes porte plus de fruits que toutes les fleurs, où Zéphyr joue avec les mâts et les pavillons au lieu des feuilles agitées, et où le sein de Tellus est fouillé par une multitude d’ancres. Écoute, L'Elbe, écoute comme mes fils allègres rivalisent de chants avec tes filles pour exalter la noble Hambourg.

Le Chœur des Nymphes et des Tritons

Dis, beau chœur de Nymphes,
qu’est-ce qui surpasse les rives de Hambourg ?
Il n’y a pas de séjour plus beau,
rien n’égale cette contrée.
Louez le noble labyrinthe,
où les arbres ne sont que des mâts,
et les buissons, des cordages.
Ici doit trôner notre joie:
mer et Elbe sont d’accord.
Oui, beau chœur de Nymphes,
rien ne surpasse les rives de Hambourg.
Dites, Tritons joueurs,
qu’est-ce qui surpasse les rives de Hambourg ?
Nulle part la joie n’est si abondante,
rien n’égale cette contrée.
Célébrez l’excellence de la fête
où les dieux mêmes font halte,
et la grâce répand des roses.
Ici doit être notre paix,
mer et Elbe sont d’accord.
Oui, Tritons joueurs,
rien ne surpasse les rives de Hambourg.

Récitatif

Hambourg

Mon bonheur est peu commun. Ah, puisse-t-il durer longtemps et que mes enfants en héritent !

Mercure
Pourquoi douter ? Hambourg, tu vois comme les dieux se disent liés si amicalement à toi et à tes commerçants. Qui aurait pu prévoir cet heureux jubilé ? Qui l’aurait cru quand, des cent ans, seul le premier s’était écoulé ? Et pourtant tu vois qu’il se réalise maintenant. La divinité tutélaire qui t’a accordé cela ne se lassera pas dans l’avenir. La main ferme qui n’a encore jamais permis que tu tombes sous un joug étranger vit et veille encore avec des forces intactes. Ne laisse pas ta confiance dériver; et on te verra, quand le soleil aura parcouru encore cent fois le cercle du zodiaque, peut-être essoufflée, mais non diminuée, peut-être plus âgée, mais non plus faible.

Air

Mercure

Quand le ciel et la terre vieilliront,
quand enfin les feux des étoiles refroidiront,
qu’alors vieillisse ta tranquillité.
Que la paix couronne ta chevelure d’argent,
que la faveur divine t’accorde des années d’or
encore par centaines.

Récitatif

L’Elbe

C’est avec le plus profond plaisir que je veux ajouter ma contribution à ces vœux. Que le ciel m’accorde de me nommer désormais source de ta prospérité, puisque sans aucun doute j’en suis l’origine. Le destin ne se sert pas de moi pour punir et anéantir le cœur de tes terres: mes vagues domestiquées, au lieu de répandre l’effroi en débordant, au lieu de passer en mugissant par dessus les levées et les digues, ne font que laver les rives de la boue gluante de l’envie qui en souille plus d’une. À toi au contraire, agréable ville, la Fortune se fait un devoir de t’accorder autant de jours de joie que mes eaux comptent de gouttes. Que les flèches de tes édifices n’accrochent que des nuages bienfaisants d’où une pluie d’or épicée du baume de la paix se précipite sur ton sein; afin qu’amis et ennemis s’avisent avec joie et terreur que la Toute-Puissance même œuvre à ton service.

Air

L’Elbe

Reste toujours la merveille du monde,
Hambourg,
que ta beauté demeure.
Qu’ainsi l’envie voie sa douleur
à la mesure de notre félicité.

Récitatif

Neptune

Puisque chacun souhaite un sort heureux à la noble Hambourg, je ne dois pas y manquer moi-même. Destin tout-puissant, fais que la richesse et le profit se marient au commerce maritime, comble le gouffre de la ruine, enchaîne le chien maudit; fais qu’une escorte bien équipée et bien dirigée rende impossible à sa gueule grande ouverte le pillage illicite. Comme alors l’occident, l’orient et le nord s’engageront à remplir la bouche de l’Elbe d’une nourriture constante ! Que Hambourg, par la puissance de sa digestion, envoie le suc nourricier dans les veines de l’Allemagne; comme alors les bateaux s’enfonçant sous le poids des cargaisons venues de loin favoriseront toujours plus intensément les mâts élevés et leur donneront les ailes de l’espoir et de la joie ! Qu’il soit interdit de troubler la paix, d’entraver le libre commerce maritime, et que seule la prospérité, garantie par la sécurité, environnée de plaisir, soit à l’ancre ici.

Air

Neptune

Heureux décrets des astres favorables,
répandez des flots sans fin de bénédiction
dans le large sein de ce rivage.
Étendez le séjour des châteaux flottants,
faites Hambourg sur ses eaux
encore trois fois plus grande.

Récitatif

Mercure

Dieux, votre compétition dans de si nobles tâches est très belle. Qui peut ici se dispenser de verser sa contribution bienveillante ? Quel est le vœu de Mars ?

Mars
Que tonnerre et tempête frappent les brigands, et que plus aucun Hambourgeois ne porte les fers de l’esclavage.

Mercure
Qu’ajoute Thémis ?

Thémis
Que notre ville soit un paradis terrestre où la justice embrasse étroitement la plus belle paix; et que notre puissant voisinage ne connaisse que la bienveillance, la Bourse aucune crise, l’Amirauté aucun accident du sort.

Hambourg
Ô vœu qui me transporte au ciel ! S’il m’est permis encore un mot, j’implore ardemment le dieu des dieux que l’empire allemand voie son chef suprême couronné de bonheur, doté d’un héritier, invincible, et que toujours un rayon de grâce tombe des yeux de ce grand empereur sur ma profonde humilité.

L’Elbe
Qui ne pourrait se joindre à toi pour exprimer ce vœu ?

Tous
Vive l’empereur Charles !

Thémis
Une si agréable tâche en entraîne une autre. Eh bien donc ! Qu’un cri de joie, encore enfoui dans les cœurs, mais suscité par le devoir, témoigne de tout ce que fait Hambourg pour l'honneur, la fidélité et l’amour de ses pères chéris.

Tous
Vive le noble Conseil !

Mercure
Il me semble qu’il y a encore un vœu de bonheur qui me tient à cœur. Que le ciel donne de la force aux paroles !

Tous
Vive nos honorables citoyens !

Air

L’Elbe

Joyeux cors des Tritons aquatiques,
prompt tonnerre des canons mis à feu,
retentissez, résonnez, prolongez le vivat fugitif,
prolongez le fugitif vivat.
Roulez sur les ponts aux mille reflets,
appelez, de mon échine de cristal,
rives et monts à faire écho.

Récitatif

Mars

Bien ! Si l’air, l’eau, la cité et la campagne entendent le bruit de notre joie, que mon métal pénétrant l’amplifie et le renforce.

Hambourg
Mais étirez-vous vous-mêmes, heures trop agréables: rendez ce jour doublement riche. Mais plus grande est notre joie, plus vite elle nous semble disparaître. Ainsi, passe donc, jour si bien fêté, jour dont plus d’une fidèle poitrine a pu à peine se rassasier d’un coup. Mais ne passe pas de nos cœurs. Nous t’inscrivons en lettres d’or dans notre chronique pour l’édification de la postérité, et tu ne seras, j’espère, pas le dernier.

Mercure
Vous qui partagez ma joie, tandis que là-bas Diane, souveraine de la nuit, montre sa chevelure ondoyante, peut-être pour participer à cet événement rare, allons, accordez-lui d’écouter la fin de nos chœurs puisqu’elle est témoin de ces réjouissances.

Choeur final

Hambourg, gloire du rivage saxon !
commerce, joyau et âme du pays,
prospère jusqu’à ce que terre et rivages finissent !
Croîs jusqu’à ce que l’Alster et l’Elbe tarissent !
Que ta sage administration soit immortalisée !
Ainsi que l’Amirauté !

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traduction: Jacqueline & Alain DUC