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Georg Philipp Telemann

Six Cantates de 1731
 

 

 

Cantata Prima
Dich wird stets mein Herz erlesen
twv 20:17
texte de F. M. von Lersner

 

Première Cantate
pour basse & ensemble

Air

Mon cœur te choisira toujours,
Liberté en or, noble état !
Moi qui suis passé près du naufrage
Sur la terre ferme.

Récitatif

Ainsi se mit à chanter Floridan quand Célia, par inconstance, brisa la foi qu’elle lui avait souvent jurée. Aussi il rompit lui aussi le solide lien, la bannit de son cœur, et apprit que le plus grand plaisir de l’amour est dans le changement. Pourtant, après que Célia l’eut abandonné, il ne put pas vraiment adopter cette consolation; il pensait que son sentiment était inébranlable, et qu’il voulait maintenant aimer la liberté pour toujours. C’est pourquoi il s’était prescrit cette maxime:

Air

Mon cœur te choisira toujours, etc.

Récitatif

Mais les plus fermes résolutions de la raison disparaissent souvent devant mille obstacles. Il en alla ainsi pour Floridan: à peine avait-il aperçu Bellise, la Vénus même ornée de beauté, que son tendre cœur fut touché; ainsi c’en fut fait de la liberté. Il tomba d’accord avec l’opinion que presque tous les desseins des hommes sont un brouillard exposé au changement; car il n’eut pas plus tôt maudit les chaînes d’Amour qu’il chercha à convaincre Bellise de répondre à sa flamme, avec ces mots:

Air

Mon cœur qui t’est entièrement dévoué
Ne vit que dans ta poitrine,
Aucune douleur détestable ne me touche,
Si ma flamme peut ne brûler que pour toi;
Tu demeures la joie de mon cœur
Jusqu’à ce qu’âme et corps se séparent.

 

 

Cantata Seconda
Mein Vergn¨ügen wird sich fügen
twv 20:18
texte de J. U. von König

 

Cantate Deuxième
pour soprano & ensemble

Air

Ma satisfaction va arriver,
Et peut-être est-elle déjà là.
Espoir, dis-moi, quand je demande,
Dis-moi un oui joyeux.
Arrière, peines, sortez de mon cœur,
Car ma bonne étoile est déjà proche.

Récitatif

Ainsi la bouche fidèle de Tirsis fit connaître sa satisfaction aux bois quand il apprit avec joie que la belle Lisis était déjà revenue, elle qu’il aimait autant qu’il la vénérait depuis qu’il la connaissait, mais qui, pour sa plus grande douleur, s’était tournée ailleurs pour quelque temps. Alors il oublia facilement la douloureuse séparation passée, car sa Lisis elle-même montrait à nouveau de l’inclination pour lui et se montrait mieux disposée à son égard qu’il n’en avait l’habitude et qu’elle ne l’avait fait. Elle-même était aussi touchée très tendrement par sa joie, et un je ne sais quoi qu’elle n’avait encore jamais éprouvé enflammait son sein d’ordinaire froid. Elle lui adressa clairement, bien qu’avec retenue, ces douces paroles: « Je t’aime ». Et lui en fut ranimé: « Rien, cria-t-il, ne doit plus me séparer de ma Lisis. » Et il lui fit connaître son cœur de cette façon:

Air

Je te fais voir dans mon cœur,
Je ne peux absolument pas te résister,
Ta bouche m’émeut, quand elle parle.
Ce qui m’a surtout plu immédiatement,
C’est ta noblesse en société.
N’en fais pas mauvais usage !

 

 

 

Cantata Terza
Mein Schicksal zeigt mir nur von Ferne
twv 20:19
texte de . Ph. Praetorius

 

Cantate Troisième
pour soprano & ensemble

Air

Mon destin ne me montre de loin
Que la piètre consolation d’un espoir fragile.
Souvent il varie, et veut
Me flatter, par une hypocrisie séduisante,
Avec ses bonnes dispositions pour l’avenir;
Mais l’action des astres contraires m’enseigne
Qu’il est toujours fâché avec moi.

Récitatif

Néanmoins je suis encore indécis dans mon choix: dois-je apprécier ou blâmer sa versatilité ? Comme un rayon trop gai de plaisir ininterrompu pourrait facilement aveugler mes faibles yeux et m’ôter la tranquillité ! De même, jouir chaque jour d’une telle douceur pourrait éveiller facilement dégoût et contrariété. Aussi, si je veux goûter plus délicieusement mon sort favorable, il faut que le destin de temps en temps l’épice avec de l’absinthe et de la coloquinte, et abrège souvent sa durée par quelque obstacle.

Air

Reste constamment plein de grandeur d’âme, mon cœur !
Contemple les colères du sort et plaisantes-en
Avec un sourire tranquille !
Une douleur visible
Ne suscite que la joie d’une jalousie moqueuse
Et fait qu’on la ressent doublement.

 

 

 

Cantata Quarta
Dein Auge tränt
twv 20:20
texte de J. G. Hamann

 

Cantate Quatrième
pour basse & ensemble

Air

Ton œil verse des larmes; ah, ne pleure pas !
Ton soupir me pénètre le cœur;
Ah, ne pleure pas. Aie patience !
Le ciel, qui aime l’innocence,
Prend pitié, et ôte ce qui t’afflige maintenant;
Remets-toi de ta peine,
Car ta conscience parle pour toi !

Récitatif

Ainsi le fidèle Céladon consola-t-il sa bien-aimée, bien que d’un ton plaintif, quand il comprit les douleurs de la fidèle Iris: honte, calomnie et autre malheur; d’une voix étouffée, certes, mais d’un cœur dévoué, car sa tristesse le touchait. Cependant, il entendit peu après, à la conclusion du mariage qu’il lui avait promis, la plus malheureuse et la plus belle des bergères entamer un chant de cette façon:

Air

Unissez-vous, bonheurs suprêmes,
Puisque tous les souhaits s’unissent maintenant !
Encouragez par vos vœux la prospérité de l’amour !
Ainsi Iris aussi se réjouira éternellement,
Ainsi on défendra éternellement son bonheur.

 

 

 

Cantata Quinta
Lieben will ich
twv 20:21
auteur inconnu

 

Cantate Cinquième
pour soprano & ensemble

Air

Je veux aimer, mais mon cœur
Ne se laisse pas enchaîner.
Je peux éprouver quelque chose de délicat,
Mais il doit m’éviter,
Celui qui me parle de cour.

Récitatif

C’était la piètre consolation par laquelle Silvia effraya le fidèle Céladon, qui lui faisait part, plein de révérence, de son désir de se marier maintenant avec elle après une longue souffrance. Il chancela de douleur en entendant ces paroles tonnantes, qui blessèrent à mort son cœur souffrant. Pourtant, un rayon d’espoir finit par le ranimer. Il se jeta à nouveau à ses pieds, prit sa tendre main que tantôt il embrassait, tantôt mouillait de larmes, et lui fit part de son tourment en ces termes:

Air

Aie pitié, fierté des belles,
Et dis enfin avec compassion : oui !
Mon anxieuse passion ne t’émeut-elle pas ?
Ah, vois ! Je suis près du tombeau.

Récitatif

Elle le regarda de côté, d’un air moqueur, éclata de rire et s’en fut. « Pardonne, pardonne ! cria-t-il. Mais non, va-t’en, va-t’en, ingrate ! Céladon jure par ce clair soleil de t’oublier maintenant à jamais. » Là-dessus il arriva que, peu après, elle se promit en mariage à un autre. L’union fut consommée, mais son mari devint un tyran furieux; en lui, qui s’était paré auparavant de dévotion, elle vit le vice incarné, et son argent présumé, qui avait ébloui ses yeux, ne fut en un instant que fumée, vent, néant; en bref, elle avait été trompée. Combien cette vengeance fut douce à Céladon, il l’exprima avec ces mots:

Air

Mon esprit est maintenant apaisé;
Mon cœur, que réclames-tu de plus ?
Le seul fait de le raconter
Me délecte l’âme
Comme si c’était du miel.

 

 

 


Cantata Sesta
In einem Tal, umringt mit hohen Eichen
[Tirsis am Scheidewege]
twv 20:22
auteur inconnu

 

Cantate Sixième
pour basse & ensemble

Récitatif

Dans un vallon entouré de chênes élevés,
Où l’on voyait le clair ruisseau, dont une masse de cailloux
Ralentissait le cours rapide, se faufiler en serpentant
Dans son lit sinueux avec un doux murmure,
Tirsis se trouvait depuis peu plein de chagrin et de contrariété.
Une pierre couverte de verdure lui servait de siège;
Son bras gauche, appuyé sur son genou, servait d’appui à sa tête inclinée;
Il fixait ses yeux immobiles
Sur n’importe quel objet au hasard,
Jusqu’à ce qu’à la fin le profond silence soit brisé
Par un soupir, puis un « hélas ! », puis ce qui suit:

Air

« Je balance entre oui et non, entre non et oui;
Lequel dois-je choisir ?
J’aime qui me refuse;
Je suis aimé et n’aime point;
Avec les deux, je pourrais être heureux,
Mais les deux m’apportent du tourment.

Récitatif

De Silvia j’aime les dons de la beauté;
La riche Phyllis a jeté ses yeux sur moi;
Mais la première ne veut pas de moi,
Et l’autre, je ne veux pas l’avoir;
Chez celle-là je trouverais un parfait délice;
Mais celle-ci m’apporterait du crédit.
Ainsi je me débats continuellement avec l’amour et les honneurs,
Me demandant vers laquelle me tourner.»
Là-dessus il entendit le chant sonore
D’un rossignol proche;
En un instant il oublia sa peine
Et se joignit à lui:

Air

« Sirène emplumée, fais ondoyer et tournoyer tes notes
Pour que je gagne la tranquillité !
Étire-les loin en longueur,
Puis resserre-les étroitement,
Ris, glisse, monte et tombe
Pépie, gazouille bien fort, en vibrant,
Fais, fais, fais-le, et gargarise-t-en tout haut ! »

Récitatif

Là-dessus le petit chanteur se tut
Et s’envola ailleurs.
« Très bien », dit alors Tirsis,
« Cet animal, qui peut diriger son vol où il veut,
Doit m’enseigner ainsi
Que rien n’est plus précieux que la liberté.

Arioso

Aussi, foin des honneurs et de l’amour !
Je suis maintenant redevenu moi-même.

Air

Vivre libre est le bien suprême.
Si la passion joue le rôle du maître,
Notre gaieté en est étouffée.
Oui, oui, je suis heureux !
Car c’est un esprit libre qui me couronne. »

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traduction: Jacqueline & Alain DUC