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Georg Philipp Telemann

Magdebourg, 14 mars 1681 - Hambourg, 25 juin 1767

 

Ino

 

Cantate dramatique pour soprano
avec 2 flûtes, 2 cors, 2 violons, alto, violoncelle et continuo

Texte de Carl Wilhelm Ramler [1725 - 1798]

twv 20: 41

 

 
Athamas, Ino & Tisiphone (une des Érinyes: la Vengeance) rendant fou Athamas

 

Recitativo

Récitatif

Wohin ? Wo soll ich hin ?
Mein rasender Gemahl verfolgt mich.
Ohne Retter irr' ich umher,
So weit das Land mich trägt,
Und bin entdeckt, wohin ich irre.
Keine Höhle, kein Busch, kein Sumpf verbirget mich.
Ha ! Nun erkenn' ich Dich, grausame Königin der Götter.

Où, où dois-je aller ?
Mon époux furieux me poursuit.
Sans que quiconque m'aide, j'erre
Aussi loin que la terre me porte,
Et je suis à découvert où que j'aille.
Ni grotte, ni bosquet, ni marais ne me cachent.
Ah ! maintenant, je te reconnais bien, cruelle reine des dieux !

 

 

Aria

Air

Ungöttliche Saturnia,
Wird Rachsucht Dich ewig entflammen ?
Wer kann mein Mitleid verdammen ?
Ich hab' ein Götterkind ernährt.
Du hast Dich an Semelen ja
Mit Jupiters Blitze gerochen:
Was hat die Schwester verbrochen ?
War meine Tat des Todes wert ?

Fille impie de Saturne,
L'esprit de vengeance te brûlera-t-il toujours ?
Qui peut réprouver ma compassion ?
J'ai nourri un enfant des dieux.
Tu t'es vengée sur Sémélé
Avec la foudre de Jupiter:
Quel est le crime de la sœur ?
Mon acte méritait-il la mort ?

 

 

Recitativo

Récitatif

O all ihr Mächte des Olympus,
Ist kein Erbarmen unter euch ?
Hier schwank' ich unter der geliebten Last,
Die mein' zerfleischten Arm umfaßt,
Hin fliehet, dem gescheuchten Rehe,
Der aufgejagten Gemse gleich,
Die königliche Tochter Kadmus,
Springt von Klipp' auf Klippen,
Dringt durch Dorn und Hecken. -
Nein, weiter kann ich nicht,
Ich kann nicht höher klimmen...
Götter ! Ach, rettet mich !
Ich sehe den Athamas : an seinen Händen
Klebt noch seines Sohnes Blut.
Er eilt, auch diesen zu zerschmettern,
O Meer ! O Erde ! Er ist da !
Ich hör' ihn schreien ! Er ist da !
Ich hör' ihn keuchen !
Jetzt, jetzt ergreift er mich ? -
Du blauer Abgrund, nimm von dieser Felsenspitze
Den armen Melicertes auf,
Nimm der gequälten Ino Seele ! -

Ô vous toutes, puissances de l'Olympe,
N'est-il pas de pitié parmi vous ?
Je chancelle sous le bien-aimé fardeau
Qui pèse sur mon bras lacéré;
Elle fuit, telle le chevreuil effrayé,
Telle le chamois traqué,
La fille royale de Cadmus
Saute de roche en roche,
Court de buisson en fourré.
Non, je ne peux plus poursuivre,
Je ne peux grimper plus haut.
Dieux, ah, sauvez-moi !
Je vois Athamas, sur ses mains
Colle encore le sang de son fils.
Il se hâte pour anéantir cet autre.
Ô mer ! ô terre ! il est là !
Je l'entends crier, il est là.
Je l'entends haleter !
Il me saisit maintenant !
Gouffre marin, reçois du haut de cette falaise
Le pauvre Mélicerte,
Reçois l'âme d'Ino la torturée !

 

 

Larghetto

Larghetto

Wo bin ich ? O Himmel ! Ich atme noch Leben ?
O Wunder ! O Wunder ! Ich walle im Meere ?
Mich heben die Wellen empor ?
O wehe ! Mein Sohn !
Er ist mir im Falle den Armen entflohn.
Mitleidiger Retter !! Was hilft mir mein Leben ?
Ach ! Gib mir den Sohn !
O wehe ! Mein Sohn !
Er ist mir entfallen, er ist mir entflohn.

Où suis-je ? Ô ciel ! je vis encore !
Ô miracle ! ô miracle ! je flotte sur les flots,
Les vagues me soulèvent ?
Malheur ! Mon fils !
Il a été arraché de mes bras dans la chute.
Sauveur miséricordieux, à quoi me sert la vie ?
Rends-moi mon fils !
Malheur ! Mon fils !
Il m'a échappé, il m'a été arraché.

 

 

Vivace con molto affetto

Vivace con molto affetto

Ich seh' ihn ! Ihr Götter !
Von Nymphen umgeben, stolz ragt er hervor...
Wem dank' ich dies Leben, dies bessere Leben
Wem dank' ich den Sohn ?

Wo sind wir ? O Himmel !
Wir atmen ? Wir leben ?
O Wunder ! Wir wallen im Meere ?
Uns heben die Wellen empor ?

Ihr hängt um meine Schläfe,
Zackige Korallen, und Perlen in mein Haar ?
Ich dank' euch, Töchter Doris'.
Seht, o seht die Schar
Der freudetrunknen blauen Götter !
Sie flechten Schilf und Lotosblätter
Um meines Sohnes Haar.

Wie gütig, wie vertraut empfanget ihr
Zwei Sterbliche, wie wir !
Ihr gebt uns eure Götterkränze
Und zieht uns mit euch eure Tänze.

Je le vois ! Dieux !
Entouré de nymphes, il se dresse fièrement.
À qui dois-je la vie, cette vie meilleure,
À qui dois-je mon fils ?

Où sommes-nous? Ô ciel !
Nous respirons ? Nous vivons ?
Ô miracle, nous flottons sur les flots,
Les vagues nous soulèvent ?

Vous pendez à mes tempes,
Coraux dentelés, et vous, perles, dans mes cheveux ?
Je vous remercie, filles de Doris !
Voyez, oh, voyez la troupe
Des dieux de la mer ivres de joie !
Ils tressent des roseaux et des feuilles de lotus
Dans les cheveux de mon fils.

Avec quelle bonté, avec quelle confiance vous accueillez
Deux mortels comme nous !
Vous nous donnez vos divines couronnes
Et nous entraînez avec vous dans vos danses.

 

Tanz der Tritonen

Danse des Tritons

 

 

Recitativo

Récitatif

Ungewohnte Symphonien
Schlagen mein entzücktes Ohr.
Panope ! Dein ganzer Chor
Und die blasenden Tritonen rufen laut:
"Leukothea ist zur Göttin aufgenommen.
Gott Palämon, sei willkommen !
Sei gegrüßt, Leukothea !"

Des symphonies inaccoutumées
Frappent mon oreille charmée.
Panope, ton chœur tout entier
Et les Tritons soufflant dans leurs trompes proclament:
"Leucothée a été admise au rang de déesse.
Dieu Palémon, sois le bienvenu !
Salut à toi, Leucothée!"

 

 

Aria

Air

Meint ihr mich, ihr Nereiden ?
Nehmt ihr mich zur Schwester an ?
Meint ihr meinen Sohn, ihr Götter ?
Nehmt ihr ihn zum Mitgott an ?
Ihr allgütigen Erretter,
O ! Mein Dank soll nicht ermüden,
Weil mein Busen atmen kann.

Est-ce de moi que vous parlez, ô Néréides ?
M'acceptez-vous pour soeur ?
Est-ce de mon fils que vous parlez, ô dieux ?
L'acceptez-vous dans vos rangs divins ?
Sauveurs à l'infinie bonté,
Ma gratitude ne tarira pas,
Tant que ma poitrine respirera.

 

 

Recitativo

Récitatif

Und nun ! Ihr wendet euch so schnell zurück ?
Ihr eilt mit aufgehobnen Händen ?...
Welch ein Blick !
Auf einem perlenhellen Wagen
Wird der Monarch der Wasserwelt
Hoch auf dem Saum der Flut getragen.
Bis an den Himmel flammt der goldene Trident.
Ich höre seiner Rosse Brausen,
Sehe den Gott, den zweiten Gott der Götter.
Der du mit Allmacht dieses Element beherrschest,
O Neptun, mein König !
Tragen die Räder deines Wagens
Dich in diesen inselvollen Sund
Und lassen den Sonnenwagen hinter sich,
Mir meine Gottheit anzusagen:
Ach, ewig soll mein Dank',
Mit jeder Sonne soll mein lauter Lobgesang
Von allen Wellen widerhallen.

Et maintenant ? Vous repartez si vite,
Vous courez les mains levées,
Quel spectacle !
Sur un char étincelant de perles,
Le roi du monde des eaux
Est porté bien haut sur la crête des vagues.
Le trident d'or flamboie jusqu'aux cieux.
J'entends le grondement de ses coursiers,
Je vois le dieu, le second parmi les dieu.
Toi qui as tout pouvoir sur cet élément,
Ô Neptune, mon roi.
Les roues de ton char t'amènent
Dans ce détroit plein d'îles,
Elles laissent derrière elles le char du soleil,
Pour m'annoncer ma divinité:
Ah, éternelle sera ma gratitude,
A chaque lever du soleil, mon vibrant chant de louange
Résonnera de vague en vague.

 

 

 

Aria

Air

Tönt in meinem Lobgesang,
Wellen, Felsen und Gestade !
Sagt dem guten Gotte Dank !
Heil dem Gotte, dessen Gnade
Dich zur Göttin ausersah,
Selige Leukothea !
Tochter der Unsterblichkeit !
In die tiefe Meereshöhle
Senke dein gehäuftes Leid.
Deine qualentladne Seele
Labe mit Ambrosia.

Résonnez dans mon chant de louanges,
Flots, rochers et rivages,
Dites ma gratitude au dieu bienveillant !
Salut à ce dieu, dont la grâce
T'a élevée au rang de déesse,
Bienheureuse Leucothée !
Fille de l'immortalité !
Au plus profond des gouffres marins,
Ensevelis ta douleur accumulée.
Que ton âme soulagée de ses tourments
Soit réconfortée par l'ambroisie!

 

 

Haut de page

Si la légende est quasi invariable sur la fin d'Ino, les circonstances qui la précèdent sont moins assurées. Ramler a retenu la version mythologique la plus connue. Ino, fille de Cadmos et d'Harmonie, avait épousé Athamas, roi de Thèbes dont elle eut deux fils: Léarchos et Mélicerte. Elle était également sœur de Sémélé, malheureuse amante de Jupiter et mère de Bacchus, le fruit de leurs amours. A la mort de Sémélé, Ino recueillit le jeune Bacchus et de ce fait Junon (la "Fille impie de Saturne"), dont on sait le caractère vindicatif, reporta la haine qu'elle vouait à Sémélé sur la sœur de cette dernière. Par l'intermédiaire de l'Érinye Tisiphone (la Vengeance), elle rendit fou Athamas qui tua Léarchos et se lança à la poursuite d'Ino et de Mélicerte pour leur faire subir le même sort. Dans une fuite éperdue, l'enfant et la mère se retrouvèrent au bord d'une falaise et n'eurent d'autre échappatoire que de sauter dans la mer; mais la mère lâcha son fils dans la chute. Pris de pitié, Neptune et les divinités marines recueillirent les deux êtres et admirent Ino au sein des déités des ondes sous le nom de Leucothée. Mélicerte, quant à lui, revint sur terre sous le nom de Palémon, créateur mythique des jeux Isthmiques.

 

Neptune sauvant Ino & Mélicerte

 

traduction: Jacqueline & Alain DUC