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Alessandro Scarlatti

Néron

 

 

Il nerone, cantate pour Soprano, 1699
Alessandro Scarlatti [1660 - 1725]

 

 

Récitatif

Je suis Néron, l’empereur du monde,
Je suis aussi le tyran des âmes ici-bas.
C’est pour votre malheur m’a couronné,
Ô mère, ô épouse, ô précepteur, ô Rome,
Du diadème royal qui ceint ma chevelure.
À quoi me servirait-il
Si mon œil royal ne pouvait voir
Le Tibre, sur un ordre de moi, courir
Tout vermeil de sang, et si mon pied auguste
Ne pouvait fouler les cadavres exsangues
Du peuple égorgé ?
La pitié est bannie pour toujours de mon sein,
Et dans mon empire,
Seule la cruauté siège sur le trône.

 

 

Air

Je veux que même Jupiter tremble
À l’éclair de mon regard
Et qu’au ciel, même l’aurore
Disparaisse aussitôt à un signe de moi.
Je vous le déclare, dieux de l’éther,
Je veux être seul à régner.

 

 

Récitatif

Je ne dissimule pas mon cœur tyrannique,
Je suis Néron, l’empereur du monde ;
Qu’on exécute mon ordre,
Qu’on tue mon épouse,
Et à la mère
Qui m’a donné la vie, qu’on donne la mort.
Qu’on égorge le maître
Qui, téméraire, osa
Imprimer dans mon cœur
Des préceptes de pitié
Et des actes d’amour pour mon peuple,
Contraires à la stabilité du sceptre et du règne ;
Qu’il meure, qu’il meure, l’infâme !

 

 

Air

Une sotte pitié
Ne peut affermir
Le pied sur le trône;
Et jamais ne trembla le sceptre
Qui usa de cruauté,
Et non de loyauté.

 

 

Récitatif

Et maintenant, je veux me mesurer
À l’abîme même, à Pluton en personne.
Du haut d’un trône élevé,
Mes yeux verront
Brûler le Capitole,
Brûler le Tibre, et en un instant fatal
Obélisques, colosses, amphithéâtres;
Qu’une flamme sans trêve
Les abatte et les réduise en cendres;
Et les fureurs, les hurlements
Du peuple qui brûle,
Les gémissements, les cris,
Le grondement de sa colère,
Je veux les accompagner de ma lyre.

 

 

Air

Mon cœur, né tyrannique,
Veut voir qui peine, qui languit et soupire.
Mais quand, dans le sommeil,
Les esprits ne peuvent
Exhaler leur noble colère,
Que feront-ils alors ?
Ils pourront rêver des trophées de la mort.

 

 

Récitatif

Avec des regards furieux,
Je sèmerai dans les cœurs une terreur mortelle,
Je lancerai flammes, éclairs et flèches
Du haut de mon trône redoutable;
Et la lyre des poètes n’a pas peint
Aussi effrayant, le souverain de l’éther
Combattant les Géants dans les Champs Phlégréens.

 

 

traduction: Jacqueline & Alain DUC