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Alessandro Scarlatti

Eurydice, depuis les Enfers

 

 

Euridice dall'Inferno, cantate pour Soprano, 1699
Alessandro Scarlatti [1660 - 1725]

 

 

Récitatif

Sur les sables embrasés
du rivage éploré,
Orphée, cher époux,
tu me laisses et m’abandonnes,
en proie à un deuil éternel, non à la mort.
Ici, où le feu éternel élève son trône,
tes yeux peuvent chasser les ténèbres
et les flammes infernales:
tu ne dois pas avoir peur
si tu brûles d’amour.

 

 

Air

Si la flamme de l’Averne me brûle,
le feu d’amour m’embrase bien plus;
les étranges vicissitudes de l’abysse
n’ont pas enlevé la foi de mon cœur.

 

 

Récitatif

Si ta lyre magique
donne le mouvement aux rochers
et anime les arbres,
elle fera aussi cesser la colère
des divinités de l’Averne,
et, par la force de ton chant,
dans les royaumes de la mort,
à mon profit s’ouvriront
ces portes du Tartare;
bien qu’un décret d’en haut
leur ait donné cette nature
d’être ouvertes pour entrer,
fermées pour la sortie.
Viens, ne crains pas
l’aboiement du chien à trois têtes;
tu verras ma foi vivante
au sein des morts;
tu verras Eurydice être encore
amoureuse, bien que malheureuse.

 

 

Air

Ne me tourmente plus,
Toi, au moins, Amour, laisse-moi en paix.
Mille sphinx et mille monstres
se dressent autour de moi,
et la splendeur du beau jour
ne perce plus dans ces enclos.

 

 

Récitatif

J’ai rencontré la mort
pour t’avoir été constante:
pour fuir les outrages d’Aristée,
j’ai pris la fuite, et de mes pieds
j’ai écrasé, sur le rivage herbeux,
un serpent venimeux
qui m’a mordue d’une dent enragée
et en un instant, l’humeur empoisonnée
a porté la mort à mon cœur.

 

 

Air

Je me console avec l’espérance
qu’un exemple de constance
puisse un jour trouver pitié.
Si l’éther pour moi est impitoyable,
je n’espère plus qu’en ta lyre
pour m’obtenir la liberté.

 

 

traduction: Jacqueline & Alain DUC