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Alessandro Scarlatti

Le Martyre de Sainte Cécile
ou
Almachius

 

 

Il Martirio di Santa Cecilia, Oratorio
overo l'Almachio, Tragédie, Rome 1708
Livret de Pietro Ottoboni
Alessandro Scarlatti [1660 - 1725]

 

les personnages

Cécile [Cecilia], soprano
La nourrice [Nutrice], soprano
Almachius [Almachio], contre-ténor
Le conseiller [Consigliere], ténor

 

Le récit du martyre de sainte Cécile se fonde essentiellement sur la Légende Dorée. Les faits auraient eu lieu en 232, sous le règne de l’empereur Alexandre Sévère. Cécile, chrétienne, guidée par l’évêque Urbain, épouse le païen Valérien, à qui elle demande de respecter sa virginité. Valérien, touché par la grâce, obtempère, et son frère Tiburce se convertit dans la foulée. Tous deux seront décapités.

Qu’Almachius, préfet du prétoire, ait été amoureux de Cécile semble une invention du librettiste, de même que le personnage de Domitius présenté comme un concurrent d’Almachius.

 

 

Première Partie

 

 

Air

Almachius

En dépit de mon cœur,
Je suis forcé d’être cruel.
La raison exige de moi des massacres;
Aux massacres, l’amour s’oppose.
Mais la raison vainc, et me rend sourd
Aux plaintes de l’amour.

En dépit, etc.

 

Récitatif

Almachius
Va, fidèle exécuteur
De mes ordres; fais que Cécile elle aussi,
Au milieu des plus cruels supplices,
Éprouve le destin des malheureux frères abusés.

Le conseiller
Veux-tu qu’elle meure,
Alors que peut-être, la mort de son époux
Rendra tes désirs moins vains ?

Almachius
Comment se pourrait-il que jamais un espoir d’amour
Trouve place en mon sein, si ses délires insensés
Ont rendu les deux frères infidèles à nos dieux ?

Le conseiller
Dans la poitrine d’une femme,
L’ambition est plus puissante que tout autre sentiment.
Libérée de son premier nœud, aujourd’hui,
Elle tournera vers toi son esprit moins rebelle,
Avec le fier désir d’être ton épouse;
Car ce n’est pas une petite chance,
Quelque grande et illustre que soit sa naissance,
D’être la femme du préfet de Rome.

Almachius
Que dira le peuple ?

Le conseiller
Que tu as arraché au coup fatal
Une beauté qui est devenue
Les délices et la merveille de tous les regards.

Almachius
Et César ?

Le conseiller
Pour te défendre devant le souverain,
Conseille-lui d’entretenir l’amour chez ses sujets.
Tu sais que le peuple de Rome
A appris avec colère
Les supplices et le châtiment de Tiburce et Valérien,
Ce peuple qui éprouve encore
Le plaisir de sa première liberté
Et qui garde présents à l’esprit
Les nobles idéaux de ses concitoyens;
Aussi est-il parfois bon de tempérer sa colère
Si la rigueur, bien que juste, offense le royaume.

Almachius
Pour l’heure, tu ne peux avec des armes plus plaisantes
Vaincre mes colères.
Va la faire changer de volonté;
Sois en même temps
Le champion de Cécile et d’Almachius.

Le conseiller
Seigneur, tes ordres sont un honneur.

 

Air

Le conseiller

C’est le pouvoir du soleil, et sa fierté,
Que de donner vie à l’herbe et aux fleurs.
Mais la gloire du soleil est devancée
Par la pitié, qui ranime les cœurs.

C’est le pouvoir, etc.

 

Récitatif

La nourrice

Cécile, fille chérie,
Ne va pas te trahir toi-même, ni tous ceux qui t’aiment.
Déjà la terre me paraît vermeille de ton sang;
Déjà je crois entendre la renommée
Prononcer tout alentour
Ton nom avec colère et mépris.

 

Air

La nourrice

Tu baptises du nom de constance
Une folle illusion de ton esprit.
Réfléchis mieux et, devenue plus sage,
Rends la paix à ton cœur,
Car tu n’as pas assez de pouvoir
Pour opposer un bouclier à ta perte.

Tu baptises, etc.

 

Récitatif

Cécile
Nourrice, quelle erreur
Trouves-tu en moi, pour craindre tant de mal ?

La nourrice
S’il est erreur plus grande,
Dites-le, vous, puissants dieux du Ciel.
Dites-le, vous qui êtes
Méprisés, bafoués par Cécile,
Vous, vous, qui, bien qu’outragés,
Retenez encore vos traits au-dessus d’elle.
Et faites qu’elle vienne, repentante,
Rendre à vos autels les encens qu’elle en détourne.

Cécile
Si c’est ainsi que tu m’aimes, et si je suis si criminelle,
Échange donc ton amour contre ma faute.
Tu verras alors comme il est beau,
L’objet de mes vœux, comme il est juste et grand,
Ce Dieu à qui j’ai consacré
L’ardeur de mon sein, ardeur qui s’élève et s’étend
Sous sa conduite sûre et véridique
Au-dessus des astres, vers sa sphère natale.

 

Air

Cécile

Lui seul est cette ardeur
Dont un cœur fait son centre
Et qui, d’aimant, le rend aimé.
Doux espoir, foi invaincue
Servent d’escorte vers la récompense
D’un amour éternel et bienheureux.

Lui seul, etc.

 

Récitatif

La nourrice
Combien tu as l’âme confuse,
Cela se comprend à tes paroles obscures;
Mais quelle raison ou excuse auras-tu
Si la hache d’infamie, à cause de toi,
Sert au dernier supplice de ton cher époux ?
Et peut-être, peut-être... Ah, je n’ose pas le dire...

Cécile
Continue donc, nourrice.

La nourrice
Si ma langue va si loin,
Ah, pardonne, ô ma fille,
À ma violente douleur,
Qui a changé mes yeux en torrents.

Cécile
Tu pleures, et il est bien juste
Que tu subisses le châtiment de tes divagations.
Ton amour pour moi
A des limites trop étroites; cette chaîne
Que tu imagines déjà touchant mon flanc,
Je l’attends comme un gage de la chère liberté.
Demande à mon âme, et elle te le dira,
Si, brûlant dans une douce flamme,
Elle ne désire pas un fer miséricordieux
Par lequel soit brisé ce cachot de supplices,
Caduc et fragile,
Qui la retient séparée de son Bien(-aimé) Immortel.
Que la flamme siffle férocement,
Et que le peuple qui grouille alentour
Crie à voix haute,
Crie « Mort à Cécile », et que l’écho réponde
« Mort, Mort »; et moi, joyeuse,
Tournée vers le Ciel avec le front serein,
Je caresserai le but
Qui est la source vive pour ma soif ardente.

 

Air

Cécile

Pur aliment de mon feu,
Mon époux et Dieu,
Très doux amour de mon sein,
Quels tourments sentirai-je,
Si en les souffrant je les vois
Devenir gages de mon bonheur ?

Pur aliment, etc.

 

Récitatif

La nourrice
Où t’en vas-tu, gamine imprudente ?
Mais à qui parlé-je ? Qui m’écoute ? Ah, destin !
J’ai pleuré et prié en vain,
En vain je m’efforce de la soustraire à la mort.
Et quelle force occulte
Ressent-elle dans sa poitrine ?
Quelle valeur la fortifie ?
Qui la conseille dans cette passion incompréhensible ?
Je dirai que Valérien
Est déjà tombé mort; je lui dirai, mais toujours en vain,
Que dans le sang fraternel,
Tiburce agonise;
Et si elle ne ressent pas de pitié
Du malheur des autres, si elle n’a pas peur de son mal,
Je tournerai, affligée,
Mes prières et mon espérance vers Almachius.
Par le passé, il a dans son sein
Nourri pour elle en secret un feu amoureux;
La rigueur sera évitée
Si Amour renouvelle en lui ses flambeaux,
Et en retour, les grâces de Cécile
Seront plus éloquentes que moi.

 

Air

La nourrice

Le printemps
Quand il revient
Orne le pré
De jolies fleurs.
Et celui qui parfois
Pleure à l’aurore
Change sa douleur
En un soir heureux.

Le printemps, etc.

 

Récitatif

La nourrice
Voici qu’arrive à point nommé
Le conseiller d’Almachius;
Peur qui me transperces le cœur,
Pour Cécile, prête-moi maintenant ton art et tes prières.
Et sa beauté, même malgré elle,
Combattra, puisqu’elle méprise la mort.

Le conseiller
Amie, mon seigneur m’envoie vers toi
Parce qu’il désire savoir
Si Cécile, toujours obstinée, s’oppose
Au Ciel, à la raison.
Le sang de ces malheureux frères
Qu’il a répandu, coule dans les larmes
De ses tristes pupilles. Ah, puissent ne pas être vaines
Tes décisions, tant que
Le destin indécis est encore suspendu.
Après, l’heure fatale arrivée,
C’est en vain qu’Almachius
Unira ses douleurs à tes peines.
La dure nécessité d’Astrée rend le juge
Esclave de l’empire, et lui enjoint de punir,
Indifféremment et cruellement,
Ceux envers qui il éprouve mépris et colère,
Aussi bien que ceux qu’il estime et qu’il aime.

 

Air

Le conseiller

Tant que le repentir peut être utile,
C’est une vertu que de changer de décision.
Quand la mer frémit de colère,
Celui qui la craint, depuis le rivage,
Regarde l’audace des autres
Et redoute son propre danger.

Tant que, etc.

 

Récitatif

La nourrice
Telle un roc immuable,
Cécile n’est en rien ébranlée par mes paroles.

Le conseiller
Un tel orgueil prendra fin
En face de la mort.

La nourrice
Elle tient, gravées dans son cœur,
Des idées qu’elle a conçues,
Élevées et inconnues; qu’elle soit vaincue
Par la crainte, tu l’espères en vain; un seul espoir
Me reste encore:
Il faut qu’Almachius montre à la belle
Un visage doux et amical,
Et non troublé et funeste; qu’il ne condamne pas
La nouvelle loi du Dieu crucifié, mais qu’il abuse,
Avec une lumière sage, certes, mais insincère,
L’esprit de Cécile, pour qu’elle croie
À sa bienveillance; après quoi, bien vite,
Avec des conceptions plus sincères et plus fidèles,
Elle obéira à ses ordres.

Le conseiller
Essayons encore cela;
Mais si cela ne suffit pas ?

La nourrice
Qu’on abandonne, et qu’elle meure.

 

Duo

La nourrice, le conseiller.

Qui méprise, qui offense,
Le Ciel, l’Empire,
Se rend indigne
D’amour, de pitié.
Si ensuite, obstiné,
Il ne craint pas leur colère,
Son mépris donne
Plus de poids à son erreur;
Et alors, plus sévères,
Le Ciel et l’Empire
Sauront le punir.

 

Récitatif

Almachius
Femme orgueilleuse et cruelle,
Triomphe donc, et réjouis-toi
Puisque ta constance dépourvue de pitié
A brisé les nœuds de deux nobles âmes.
Ton époux est mort, et dans un supplice égal,
Ton frère est tombé avec lui de façon horrible.
Le premier, rendu aveugle par toi,
A dit en mourant: « Je meurs chrétien ».
« Moi aussi, je meurs chrétien, »
Répondit Tiburce, d’une voix sacrilège.
« Suivons intrépides la croix de notre Dieu. »
On entendit tout autour
Les licteurs frémir de colère; et à Jupiter offensé,
Pour punir un tel mépris,
Crier vengeance; enflammé de honte,
Le grand génie de Rome
Ôta de sa chevelure auguste
Le laurier sacré, et ajouta: « Ô dieux !
Est-ce là l’antique valeur de mes fils ? »
Mais pourquoi est-ce que j’enchante, ingrate,
Ta rigueur par un si cruel récit ?
La patrie est vengée,
Vengé le divin honneur du ciel,
Et la tête coupée, et le tronc séparé
Sont les trophées de la Justice pour le nom Auguste.

 

Air

Cécile

Combien j’envie cette mort
Que tu me peins comme horrible !
Où sont les chaînes ?
Où est le bourreau ?
Si tu as peur de mes peines,
Donne-moi la mort à moi aussi;
Je serai alors libérée
Des liens qui m’enserrent le plus.

Combien, etc.

 

Récitatif

Almachius
Si, âme de roc, tu restes immuable,
Moi, abandonnant toute fierté,
Oublieux de moi-même, à tes pieds,
J’implore ce salut
Que tu peux me donner en sauvant Cécile.
Peut-être mes larmes auront-elles
Plus de pouvoir que ma puissance;
Mon visage humble
Est le plus beau vœu qu’on puisse adresser aux dieux;
Les fumées arabes ne sont pas
Si chères aux hautes sphères
Que les soupirs brûlants et les prières.
Ainsi j’honore Cécile,
Ainsi je lui expose l’âpre martyre
Qui me dévore le sein;
Ainsi je lui demande son aide, et j’espère, et je prie.
Tu ne réponds pas ?

Cécile
Almachius, je peux porter remède
À ta douleur, si tu changes de vouloir.

Almachius
Pourvu que je te voie sauvée, je suis content.

Cécile
Cette vie n’est qu’un moment
Qui fuit tel un éclair,
Beau temps instable,
Plein de soucis, d’angoisses et de craintes,
Telle est la vie que tu honores tant.

Almachius
Et quelle autre vie meilleure trouves-tu donc ?

Cécile
Celle qui ne ramène pas
Des jours pleins de soupirs;
Celle dans laquelle on respire éternellement
Une brise de joie et de béatitude.
Celle qui est le centre et le but de tout bien.

Almachius
Où est une telle fortune, et qui peut l’obtenir ?

Cécile
Là où Tiburce et Valérien ont leur séjour.
Là où, après être passés par des peines momentanées,
Avec la lumière de la Foi,
Ils arriveront à admirer sans aucun voile
Ce Dieu que tu méprises et qui règne dans le ciel.

Almachius
C’est un dieu trop cruel, celui que tu adores,
S’il est nécessaire, pour l’aimer et le posséder,
De souffrir des ignominies, des privations, des martyres.

Cécile
Un véritable amour fortifie
La constance et l’espérance, et fait qu’une âme
Au milieu des tempêtes les plus rudes, les plus violentes,
Ne perd jamais son calme.

Almachius
Tu essaies de me berner
Avec de nouvelles ruses impies; ne dois-je pas le révéler ?
Et je retarde encore la juste peine d’une telle faute ?
Non, non: mon cœur, réclame
La rigueur du juge; j’ai été lâche
Par excès de pitié; l’heure est venue,
Que Cécile brûle dans les flammes et meure !

 

Air

Almachius

J’entends le Latium, j’entends les sphères célestes
Qui avec des paroles justes et cruelles
Condamnent ma lâcheté.
Mais ma main punira
Dans le sang de celle-ci
Mes erreurs amoureuses.

J’entends, etc.

 

Récitatif

Cécile
Mon rédempteur, mon espérance,
Voici ta servante qui s’approche
Du grand combat;
Déjà l’ennemi gronde
Et menace de ruine
Ma faible âme de mortelle.
Comment, frêle et timide,
Pourrai-je résister ? De grâce, aide-moi.
Abattue, sans toi,
Seigneur, je cèderai au premier assaut.
Je n’aurai pas de constance;
Je t’oublierai ! Tes ennemis
Remporteront la victoire sur ma peur;
L’Averne se réjouira de la tromperie.
Et Cécile sera son éternel sujet de fierté.
Cécile ? Ah, non, Seigneur, car je suis tienne;
Cécile pour son Dieu
A des flammes dans le cœur,
Cécile est toute amour,
Cécile combattra avec force et constance.
Dans les plaies de son amant crucifié,
Elle voit déjà distinctement son triomphe.
Oui, Cécile a vaincu.

 

Air

Cécile

Avec leurs serres cruelles,
Les aigles romaines déploieront
Leurs foudres contre moi.
Mais, couronnée de lis blancs,
Je déploierai mes bannières,
Rendue invincible par ma foi.

Avec, etc.

 

Récitatif

La nourrice
Insensée, pourquoi restes-tu sur ce seuil ?
Viens, et du haut de la loggia,
Regarde la flamme: elle s’échappe désormais,
Elle s’élève déjà tellement
Qu’elle emplit tout de fumée et d’étincelles.
Tes serviteurs t’abandonnent,
Le peuple te hue. Ah, ma fille, défais-toi
Des sentiments si obstinés
De ton cœur abusé.
Sauve en toi ta vie et ton honneur.

Cécile
Nourrice, ton conseil
N’écarte pas le danger, mais bien plutôt le rend plus certain.
Je te dirais bien de rester
Ici avec moi,
Mais, privée de la Foi,
Toi seule dois craindre la honte du feu.
Va-t-en donc...

La nourrice
Et je devrai te laisser ainsi ?

Cécile
Oui, ne t’attarde pas.

La nourrice
J’essaierai au moins par la force
De t’arracher malgré toi
À une si cruelle mort.

Cécile
Tes efforts sont vains.

La nourrice
Tant que j’ai un souffle dans mon sein...

Cécile
Stupide, tu ne sais pas combien mon âme est forte.

 

Duo

La nourrice
Vois, je m’en vais, et je te vois déjà
Tomber, victime malheureuse
De ta barbare volonté.

Cécile
Pars donc, ce n’est pas un martyre,
Ce qui, pour me rendre heureuse,
Devient l’objet de mes pensées.

 

 

Deuxième Partie

 

 

Air

Almachius

Comment mon cœur combattu
Par la colère et par l’amour
Pourra-t-il être juste ?
Ô dieux, si vous voulez la vengeance,
Rendez peut-être la pitié
Moins forte en moi que la rigueur.

Comment, etc.

 

Récitatif

Almachius
Cécile est sauve ? Et qui pour elle s’est employé
À éteindre les flammes ? Pourquoi une peur inconnue
A-t-elle mis en fuite et chassé les exécuteurs ?
Jupiter pourra frapper de ses foudres les autels et les temples,
Si de ses prodiges il fait un bouclier aux impies.
Mais je parle ainsi, ô Dieu,
Des divinités et de Cécile ? Dans un si pénible,
Un si confus labyrinthe, quelle sûre issue
Puis-je trouver ? Ô mon cœur, tu abrites en secret
Un âcre poison qui te donne la mort;
Mais la raison doit te guérir; agis courageusement.
Faites venir la coupable.

 

Récitatif

Le conseiller
Comme tu l’as ordonné à l’instant,
Ceinte de rudes chaînes,
Elle va arriver

Almachius
Elle n’est pas encore vaincue, ne cède pas ?

Le conseiller
Elle a entendu l’ordre paisiblement, sereinement,
A tourné les yeux vers moi, et a dit: « Allons. »
Puis elle s’est tue, et a tendu spontanément
Sa main aux fers.

Almachius
Il est donc inutile que j’essaie encore
De l’arracher à la mort.
Je ferai avec elle qu’un amour méprisé
Serve au monde d’exemple terrifiant.

Le conseiller
Réfrène ta colère, seigneur; peut-être que ce vorace désir
De répandre le sang d’un citoyen
Risque de déplaire au peuple romain.
Si la plèbe a murmuré, lorsque, privés de vie,
Les deux frères sont tombés, devant la perte
Que tu projettes
De cette noble demoiselle, je crains
(Et mes peurs ne sont pas feintes),
Je crains qu’une mort en entraîne d’autres plus importantes.

Almachius
Donc, les criminels adeptes de la nouvelle loi,
Pourront, sans être freinés par des châtiments,
Faire brûler pour leur Dieu leurs flambeaux sur nos autels ?

Le conseiller
Par quel stratagème sournois ou téméraire,
Seigneur, sont-ils arrivés à un tel résultat ?
Quels complots ont-ils ourdis
Contre le trône de César ? Condamnes-tu en eux
Une avide soif d’or ? Sont-ils
Nuisibles à la patrie ? Infidèles ? Ingrats ?
Combien, combien en a vu Rome avec stupeur,
Qui, après avoir été les redoutés champions de nos escadrons,
Ont été conduits aux outrages, à la mort, comme des agneaux
Qui ne tentent pas de fuir, et ignorent la peur ?
Des âmes que leur sexe ou leur âge
Écartaient de la guerre, en sont pourtant venues
À désirer la hache,
Ce but désiré de leur contentement.
Il ne manque pas de prodiges
Qui menacent le Latium: combien de fois
Le sol a-t-il tremblé ! et sous le pied auguste,
Le trône du monde s’est écroulé; nous avons vu souvent,
Horrifiés, les eaux du Tibre hardies, déchaînées,
Comme si leurs bornes naturelles
Étaient trop étroites,
Déborder pour ravager leurs environs;
Nous avons vu soudainement scintiller
De nouveaux astres dans le ciel, et Phébus et Cynthie
Cacher leur lumière habituelle sous un manteau obscur.
Seigneur, Rome est maintenant saturée
De sang et de larmes; que revienne la noble habitude
De faire la guerre aux ennemis, et que notre gloire
Soit d’obtenir la victoire contre qui nous résiste.

Almachius
Que dois-je donc faire ?

Le conseiller
Les divinités que le Latium adore
Sont si nombreuses et si diverses
Qu’il peut supporter qu’une partie de ses prières
Se tourne également vers celle-ci.

 

Air

Le conseiller

La Prudence qui siège pour gouverner
N’a pas besoin de rigueur.
Seul l’amour, dirigeant les sujets,
Dissimulant l’horreur de la loi,
Devient souverain même des âmes.

La Prudence, etc.

 

Récitatif

Almachius
Cécile vient, et avec elle,
Elle amène un rude combat pour mon âme.
Il pourrait être bon de mentir pour l’instant. Reste seule
Avec moi, dame; et vous, serviteurs,
Ôtez cette cruelle chaîne qui l’entoure,
Puis partez. Dis-moi maintenant: quand
Seras-tu reconnaissante envers le Ciel ?

Cécile
Quand j’arriverai au but
De mon espérance.

Almachius
En t’illusionnant
Ainsi toi-même, ô Dieu !
Tu bafoues mon amour,
Et tu me fais devenir cruel malgré moi.

Cécile
Almachius, que tu serais fortuné
Si tu étais, comme je le suis, fidèle au Ciel !

Almachius
Qui sait si un jour, lié à toi par le doux nœud du mariage,
Je ne changerai pas de vouloir moi aussi ?
D’ici là, tu peux sans honte ni mépris
Offrir des vœux secrets à tes divinités.
Que veux-tu de plus de moi ?

Cécile
Beaucoup, seigneur.

Almachius
Je suspendrai ma fureur
Contre les adeptes de la nouvelle foi;
Tu seras celle qui, par mon intermédiaire,
Sauvera tant de malheureux;
Et peut-être qu’un jour, sur ces nobles collines,
On verra grâce à toi
Dresser des autels à ton Dieu aussi bien qu’à nos dieux.

Cécile
Tout ce que croit mon cœur, ma bouche le déclare;
Il ne peut mentir sur la vérité de sa croyance.
Celui qui forge des mensonges
N’est pas un imitateur sincère du Christ;
Il m’enseigne à souffrir,
Il m’enseigne à mourir.Je suis son épouse; n’espère jamais
Que je puisse accueillir en mon cœur un objet mortel.

Almachius
Je redoublerai l’encens offert à Jupiter.

Cécile
À un bloc de pierre.

Almachius
J’étancherai ma colère
Dans le sang des chrétiens.

Cécile
Seigneur, tu crois m’intimider ainsi;
Mais mon cœur ne s’alanguit pas amollit ?

Almachius
Crains au moins la ruine pour autrui.

Cécile
Celle-ci, il n’est que trop vrai,
Je la déplore en voyant ton désir aveugle.

Almachius
C’est toi qui la rends funeste par ton orgueilleux refus.

Cécile
Ah, non ! Je reste fidèle
À celui à qui j’ai juré ma foi;
Et de mon sang que tu veux répandre,
Tu verras germer
Des palmes plus luxuriantes
Pour mon époux, pour mon Dieu.

Almachius
Donc, tu ne te soucies pas
De ma faveur, et tu ne veux que ma rigueur ?

 

Duo

Almachius
Ce n’est pas seulement ton malheur que je crains,
Ce qui me tourmente,
C’est que je devrai souffrir dans ton épreuve.

Cécile
La pitié que tu renfermes dans ta poitrine
A un objet
Qui a tenté de me ravir tout bien.

 

Récitatif

Almachius
Ta nourrice arrive, je lui confie
Pour un bref moment encore
La tâche d’arbitrer entre mon amour et ma colère.
L’âge tendre, qui fait fleurir
Ton beau visage, et ta naissance,
Devront t’enseigner à fuir les traits d’Astrée.

 

Air

Almachius

Espérance, tu promets
À ma pensée, une chose impossible
Avec un visage séduisant,
Et mon cœur s’en berce;
Ainsi, l’horrible aspect
De la douleur que j’ai dans le sein
Laisse au moins un moment
Mon cœur en paix.

Espérance, etc.

 

Récitatif

Cécile
Nourrice, allons.

La nourrice
Où ?

Cécile
Chez moi.

La nourrice
Si vite ?

Cécile
Ne tarde pas.

La nourrice
Almachius souhaite...

Cécile
Tais-toi, il suffit; ne prive pas
Mes pas de leur liberté.

La nourrice
Il souffre et il aime.

Cécile
Il souffre pour souffrir davantage; il aime une illusion.

La nourrice
Si tu méprises son amour, tu cours à ta perte.

 

Air

Cécile

Que mon pied vole
Avec les ailes du désir
Là où la Foi
Me montre mon plaisir.
Ce qui égare mon penser,
Ce n’est pas un plaisir.
Mais mon Dieu fait
Que mon penser est assuré.

Que mon pied, etc.

 

Récitatif

La nourrice
Comme elle court rapidement vers son destin !
Malheureuse que je suis, qu’espéré-je ?
Le coup est déjà proche;
Mais Cécile ne le craint pas; au contraire, plus il est cruel,
Plus il la rend obstinée; et moi, pendant ce temps,
J’offense les dieux, et me consume en larmes.

 

Air

La nourrice

Quelle autre flèche,
Pour venger les astres,
Peut s’enflammer,
Si le feu a été éteint,
Nouveau prodige,
Par qui les a outragés ?

 

Récitatif

Le conseiller
Qu’un règne serait fortuné, que le monde serait heureux,
Si l’esprit d’un mauvais conseiller
Apparaissait tel qu’il est ! Léger serait le fardeau
De celui qui gouverne, et l’innocent
Qu’on punit sans l’avoir entendu
Ne serait plus victime de son souverain.
Notre César est juste; mais à quoi cela sert-il,
Si, l’ayant dépossédé de sa propre volonté,
Domitius le dirige, et renouvelle en lui
Le souvenir funeste du cruel Antonin, impie et lascif.
Almachius, ô Dieu !
Pourquoi as-tu remis, de toi-même, sans prendre garde,
À un ennemi non moins fort que criminel,
Les traits qui, funestes
À ton honneur et à ta vie,
Infligeront à ton sein une double blessure ?
Domitius est ton rival; c’est Domitius
Qui t’accuse devant Sévère
Comme défenseur de Cécile et rebelle au Ciel;
Et l’excuse de l’amour
Aggrave la faute, et te rend coupable
D’autant de fautes qu’est coupable cette femme infidèle;
Il condamne ton amour comme un trophée
Dressé à Cécile, qui guida
La troupe baptisée; il rappelle avec insistance
Que non contente d’agir seule,
Elle s’est alliée au vieil Urbain
Pour multiplier les adeptes du nouveau rite;
Si ton juste décret a condamné à mort
Son frère, son mari,
Et Maxime, et Gordien,
Le perfide Domitius a fait croire
Que ce n’est pas pour obéir aux ordres augustes,
Que tu as abattu sur eux le coup demandé,
Mais pour rendre plus sûrs tes plaisirs.
Dans ces rudes combats,
Dans cette douleur sauvage,
Je vois ton cœur, Almachius ! Dans cette lettre
Se trouve, ô Dieu, l’ultime destin de Cécile;
Tu ne peux l’empêcher:
Tu as perdu, malheureux,
L’amour d’Auguste en même temps que ta belle.

 

Air

Le conseiller

L’homme est dans l’erreur quand il croit
Tenir la Fortune par les cheveux;
Elle fuit et ne revient pas;
Ou, si elle revient, elle apporte des tourments.

L’homme, etc.

 

Récitatif

Le conseiller
Cécile dirige rapidement ses pas
Vers les murs de sa patrie.
Que dois-je faire ? Je sens mon âme
Hésitante dans mon sein. Mon cœur, de la constance !
Je lui remets le décret de César,
Puis je m’en vais en hâte,
Car ma pitié pourrait peut-être
Retarder le coup atroce.

 

Récitatif

Cécile
Ami, pourquoi viens-tu ?

Le conseiller
Ah, que me demandes-tu là !
Prends, dame.

La nourrice
Quel tourment est le mien !

Cécile
Une lettre, à moi ?

Le conseiller
Celui que tu vois avec moi
Va rester avec toi; moi, je m’en vais.

La nourrice
Écoute !...

Le conseiller
Adieu !

La nourrice
Ma fille, aie pitié de toi-même !

Cécile
Tais-toi. Ce qui se cache, écrit dans cette lettre,
Je veux le lire.

[Elle lit.]

« Moi qui dirige le souverain empire
De Rome, ou plutôt du monde entier,
Renouvelant les lois anciennes,
Et les justes actes de mes aïeux Augustes,
Toi, Cécile, qui adores
Avec de téméraires erreurs
Le Christ comme une divinité, et outrages nos dieux,
Je te condamne à une juste mort; demande humblement
Pardon à Jupiter, ou attends-toi à voir sur ta tête
Le coup... »
Qu’il en soit ainsi; je suis chrétienne.
Allons, bourreau: je dénude mon cou, et je te montre
Où tu dois frapper; empoigne
Mes longs cheveux de ta main gauche; je me penche vers le sol;
Brandis ton épée de la main droite, et mets fin
À ces atermoiements si cruels pour moi.
Même les instants sont longs pour un si grand amour.

La nourrice
Ma fille, que fais-tu ? Ami, retiens ton bras.
Adresse un seul de tes vœux,
Ma fille, à Jupiter, et tu es sauvée.

Cécile
Va-t-en !

La nourrice
Âme de glace,
C’est ainsi que tu m’écoutes et que tu entends mes paroles ?

 

Arioso

Cécile
Père souverain, fils éternel,
Saint amour...

La nourrice
Tu peux encore changer de décision.

Cécile
Père souverain, fils éternel,
Saint amour, je reconnais et j’adore...

La nourrice
Ah ! arrête, ne frappe pas; je meurs de douleur,
Fille ingrate envers toi-même et envers mon amour.

Cécile
Père souverain, fils éternel,
Saint amour, je reconnais et j’adore
En vous un seul dieu.

La nourrice
Dans une si cruelle épreuve,
Qui me soutiendra, qui me conseillera ?

Cécile
Je crois, j’espère, j’aime, et je ne crains pas
Le danger; au contraire, la mort
Est le réconfort de mon désir.
Père souverain, fils éternel,
Saint amour, je reconnais et j’adore
En vous un seul dieu.

 

Récitatif

La nourrice
Hélas, que vois-je ! La terre est déjà vermeille.
Je détourne le regard, mon cœur défaille.

 

Récitatif accompagné

Cécile
Ô terre heureuse, reçois,
Reçois mon sang; tu seras le temple
Du Dieu éternel, pour combattre l’enfer.

La nourrice
Je m’en vais désespérée; même sa voix
Me transperce...

Cécile
Que moi, j’aie peur ?
Frappe une nouvelle fois; envers mon Seigneur sur la croix,
La Judée n’a pas été avare de tourments.
Mais tu fuis, et tu m’abandonnes ici
À demi vivante ? Mon Jésus, console
Mon âme qui t’est fidèle; renforce et ranime
Mon esprit, et ravis-moi à moi-même,
Dépouillant mon âme de son enveloppe terrestre;
Verse la lumière aux impies, et accueille-moi au Ciel.

 

Air

Almachius

Plus j’aspire à trouver la paix,
Plus je me heurte à ma douleur.
Je brûle et je gèle, et dans un double tourment,
Je ne sais encore lequel est le plus destructeur,
De ma colère ou de ma crainte.

 

Récitatif

Almachius seul
La volonté de César
M’enlève tout pouvoir vis-à-vis de Cécile.
Ah ! la rigueur des sphères outragées
Augmente et devient plus cruelle envers elle;
Et je sens mon martyre
Qui pour me faire davantage languir, dit à mon cœur
Que j’ai été l’artisan malheureux de ma douleur.

 

Récitatif

Le conseiller
Seigneur, un triste...

Almachius
N’en dis pas plus; déjà, ami,
Je lis mon destin sur ton visage.

Le conseiller
Ou plutôt dans mes larmes.

Almachius
Si Domitius se flatte
De décharger contre moi sa vieille haine,
Pourquoi déchaîne-t-il sa sauvagerie
Contre Cécile, ainsi que contre Sévère ?

Le conseiller
Le destin de Cécile
Dépend de son bon vouloir, favorable ou cruel.
Elle mourra, si elle ne plie pas;
Elle vivra si elle cède.

Almachius
Et en attendant, il m’est refusé
De savoir ce qu’il advient d’elle ?

Le conseiller
De brefs instants
Feront connaître l’issue de ses malheurs.

 

Air

Le conseiller

Elle ressemble à un navire au milieu des ondes,
Qui pensant échapper à un danger
En rencontre un autre, et s’en va vers le naufrage.
Mais, constante, elle n’a pas peur, et ne vacille pas
Dans la décision bien ancrée de son esprit,
Et dans son cœur, elle n’a pas de tempête.

Elle semble, etc.

 

Récitatif

La nourrice, avec un fer ensanglanté à la main
Ô fer ! Ô sang ! Ô cher gage !
Il t’a abandonné lâchement, le barbare qui te tenait.
Trois fois sa nuque baissée
T’a supporté invinciblement, et la noble vie
Ne s’est pas éteinte sous ce bras infâme.

Almachius
Que racontes-tu à part toi, femme ? Le beau fil
De la vie de Cécile a-t-il été tranché ? Pourquoi portes-tu
Comme en triomphe cet acier sanglant ?

La nourrice
Ah ! le destin n’a pas été avare envers ses vœux.
Elle a expiré de plusieurs morts
En une mort lente, et le Ciel a permis
Cette preuve supérieure de sa constance.
Le bourreau, en plusieurs coups, n’a pu séparer
Le buste de la tête, et, quoique plein de vigueur,
Il fut glacé de crainte, lorsqu’il vit
Sortir des plaies une telle splendeur, qu’elle semblait
Vaincre l’ardeur du soleil le plus brûlant.
Dans sa fuite, il me rencontre; il voulait
M’en dire la raison, mais malgré mes efforts,
Seigneur, j’ai à peine compris son récit; et cette épée,
Qu’il n’avait plus la force de tenir,
Il l’a jetée par terre, avant de disparaître; je vous ferais bien
Le reste de ce récit malheureux,
Mais je ne puis en dire davantage; j’ai toujours en vain
Essayé de voir Cécile, et j’ai perdu d’un coup
La vue et le courage; j’ai tourné mes pas
Loin d’elle, là vers où la douleur me guide.
J’emplis le ciel de cris inutiles.

Le conseiller
J’ai le cœur plein d’horreur et de stupeur.

Almachius
Et moi, mon sein donne refuge à des furies.

 

Récitatif accompagné

Almachius
Donne-moi ce fer. Alecto, voici le flambeau;
Suis-moi: ici est l’Averne,
Ce n’est plus Rome; elle a changé sa majesté
Pour un aspect horrible et farouche. Mais vous,
Dieux, qui vous flattez d’un règne éternel,
Que faites-vous au Ciel ?
Vos autels sont abattus, jetés à terre; le Latium
Consacre ses temples et ses prêtres
Au dieu nazaréen, et offre ses vœux
À la vierge juive.Que dis-je ? Où suis-je ?
Qu’est-ce qui me secoue, crie contre moi ?
Sang, sang qui bouillonnes
Sur cette épée, que pour te venger nous aide
Le plus cruel des destins; que les rênes suprêmes
Des sept collines, soient tenues
Par un successeur de celui qui au Vatican
Fut jadis cible d’une mort indigne et cruelle;
Oublie, malheureuse patrie,
Le bras noble et puissant de tes Césars.
Son génie altier semble
Échanger son siège et son empire;
Et offrir celui-ci, dans la honte et la ruine,
Comme un vil butin, à un tyran barbare.

 

Air

Almachius

Vous vous montrez à mes yeux,
Arcs élevés, nobles trophées,
Sans être ornés de palmes ni de lauriers,
Mais bien plutôt brisés; les souvenirs
De votre gloire antique
Sont effacés par de nouveaux mépris.

 

Récitatif

Le conseiller
Surveillez-le bien, serviteurs. Il délire,
Épanchant en vains accents
Un amour malheureux transformé en colère.

La nourrice
Je vois aujourd’hui tant et tant de prodiges
Que ma raison est obligée de ne pas mépriser
Les paroles de quelqu’un qui délire.

Le conseiller
Amie, il n’est que trop vrai.
Ce démon de lumière, qui par elle
Fut appelé un ange, reste sans cesse
Bien implanté dans mes pensées; pourquoi
S’opposa-t-elle à l’hyménée ? À quel jaloux a-t-elle osé
Se réserver, restant intacte et se refusant à son époux ?

La nourrice
À son dieu qu’elle adore,
Si nous devons lui accorder crédit,
Qu’elle honore souvent par son chant, et comme son époux,
Celui dont elle fait résonner le nom avec délices,
Si suavement, même pour qui ne croit pas en lui,
Qu’il est la douce flèche d’un amour inconnu.
Nom que moi-même, moi-même, j’ai souvent entendu,
Prononcé par ses lèvres mélodieuses,
Être repris avec respect par des chœurs célestes;
Et, sous l’effet d’une vertu puissante et aimable,
Tous répétaient : « Jésus, Jésus, Jésus ! ».

 

Duo

Le conseiller
Je sens dans mon cœur...

La nourrice
Je sens dans ma poitrine...

Le conseiller
Une nouvelle ardeur.

La nourrice
Une nouvelle affection.

Le conseiller
Je ne sais pour qui.

La nourrice
Je ne sais pourquoi.

Le conseiller
Si c’est la vraie divinité,

La nourrice
Si c’est le vrai Dieu,

Le conseiller
Qu’il montre sa lumière...

La nourrice
Qu’il découvre à mon désir...

Le conseiller
Qui me séduit.

La nourrice
Où est son bien.

 

 

 

 

traduction: Jacqueline & Alain DUC