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Air
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Almachius
Comment
mon cur combattu
Par la colère et par lamour
Pourra-t-il être juste ?
Ô dieux, si vous voulez la vengeance,
Rendez peut-être la pitié
Moins forte en moi que la rigueur.
Comment,
etc.
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Récitatif
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Almachius
Cécile
est sauve ? Et qui pour elle sest
employé
À éteindre les flammes ?
Pourquoi une peur inconnue
A-t-elle mis en fuite et chassé les
exécuteurs ?
Jupiter pourra frapper de ses foudres les autels et
les temples,
Si de ses prodiges il fait un bouclier aux
impies.
Mais je parle ainsi, ô Dieu,
Des divinités et de Cécile ?
Dans un si pénible,
Un si confus labyrinthe, quelle sûre
issue
Puis-je trouver ? Ô mon cur, tu
abrites en secret
Un âcre poison qui te donne la mort;
Mais la raison doit te guérir; agis
courageusement.
Faites venir la coupable.
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Récitatif
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Le
conseiller
Comme
tu las ordonné à
linstant,
Ceinte de rudes chaînes,
Elle va arriver
Almachius
Elle
nest pas encore vaincue, ne cède
pas ?
Le
conseiller
Elle
a entendu lordre paisiblement,
sereinement,
A tourné les yeux vers moi, et a dit:
« Allons. »
Puis elle sest tue, et a tendu
spontanément
Sa main aux fers.
Almachius
Il
est donc inutile que jessaie encore
De larracher à la mort.
Je ferai avec elle quun amour
méprisé
Serve au monde dexemple
terrifiant.
Le
conseiller
Réfrène
ta colère, seigneur; peut-être que ce
vorace désir
De répandre le sang dun citoyen
Risque de déplaire au peuple romain.
Si la plèbe a murmuré, lorsque,
privés de vie,
Les deux frères sont tombés, devant
la perte
Que tu projettes
De cette noble demoiselle, je crains
(Et mes peurs ne sont pas feintes),
Je crains quune mort en entraîne
dautres plus importantes.
Almachius
Donc,
les criminels adeptes de la nouvelle loi,
Pourront, sans être freinés par des
châtiments,
Faire brûler pour leur Dieu leurs flambeaux
sur nos autels ?
Le
conseiller
Par
quel stratagème sournois ou
téméraire,
Seigneur, sont-ils arrivés à un tel
résultat ?
Quels complots ont-ils ourdis
Contre le trône de César ?
Condamnes-tu en eux
Une avide soif dor ? Sont-ils
Nuisibles à la patrie ?
Infidèles ? Ingrats ?
Combien, combien en a vu Rome avec stupeur,
Qui, après avoir été les
redoutés champions de nos escadrons,
Ont été conduits aux outrages,
à la mort, comme des agneaux
Qui ne tentent pas de fuir, et ignorent la peur
?
Des âmes que leur sexe ou leur âge
Écartaient de la guerre, en sont pourtant
venues
À désirer la hache,
Ce but désiré de leur
contentement.
Il ne manque pas de prodiges
Qui menacent le Latium: combien de fois
Le sol a-t-il tremblé ! et sous le pied
auguste,
Le trône du monde sest
écroulé; nous avons vu souvent,
Horrifiés, les eaux du Tibre hardies,
déchaînées,
Comme si leurs bornes naturelles
Étaient trop étroites,
Déborder pour ravager leurs environs;
Nous avons vu soudainement scintiller
De nouveaux astres dans le ciel, et Phébus
et Cynthie
Cacher leur lumière habituelle sous un
manteau obscur.
Seigneur, Rome est maintenant saturée
De sang et de larmes; que revienne la noble
habitude
De faire la guerre aux ennemis, et que notre
gloire
Soit dobtenir la victoire contre qui nous
résiste.
Almachius
Que
dois-je donc faire ?
Le
conseiller
Les
divinités que le Latium adore
Sont si nombreuses et si diverses
Quil peut supporter quune partie de ses
prières
Se tourne également vers
celle-ci.
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Air
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Le
conseiller
La
Prudence qui siège pour gouverner
Na pas besoin de rigueur.
Seul lamour, dirigeant les sujets,
Dissimulant lhorreur de la loi,
Devient souverain même des
âmes.
La
Prudence, etc.
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Récitatif
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Almachius
Cécile
vient, et avec elle,
Elle amène un rude combat pour mon
âme.
Il pourrait être bon de mentir pour
linstant. Reste seule
Avec moi, dame; et vous, serviteurs,
Ôtez cette cruelle chaîne qui
lentoure,
Puis partez. Dis-moi maintenant: quand
Seras-tu reconnaissante envers le
Ciel ?
Cécile
Quand
jarriverai au but
De mon espérance.
Almachius
En
tillusionnant
Ainsi toi-même, ô Dieu !
Tu bafoues mon amour,
Et tu me fais devenir cruel malgré
moi.
Cécile
Almachius,
que tu serais fortuné
Si tu étais, comme je le suis, fidèle
au Ciel !
Almachius
Qui
sait si un jour, lié à toi par le
doux nud du mariage,
Je ne changerai pas de vouloir moi aussi ?
Dici là, tu peux sans honte ni
mépris
Offrir des vux secrets à tes
divinités.
Que veux-tu de plus de moi ?
Cécile
Beaucoup,
seigneur.
Almachius
Je
suspendrai ma fureur
Contre les adeptes de la nouvelle foi;
Tu seras celle qui, par mon
intermédiaire,
Sauvera tant de malheureux;
Et peut-être quun jour, sur ces nobles
collines,
On verra grâce à toi
Dresser des autels à ton Dieu aussi bien
quà nos dieux.
Cécile
Tout
ce que croit mon cur, ma bouche le
déclare;
Il ne peut mentir sur la vérité de sa
croyance.
Celui qui forge des mensonges
Nest pas un imitateur sincère du
Christ;
Il menseigne à souffrir,
Il menseigne à mourir.Je suis son
épouse; nespère jamais
Que je puisse accueillir en mon cur un objet
mortel.
Almachius
Je
redoublerai lencens offert à
Jupiter.
Cécile
À
un bloc de pierre.
Almachius
Jétancherai
ma colère
Dans le sang des chrétiens.
Cécile
Seigneur,
tu crois mintimider ainsi;
Mais mon cur ne salanguit pas
amollit ?
Almachius
Crains
au moins la ruine pour autrui.
Cécile
Celle-ci,
il nest que trop vrai,
Je la déplore en voyant ton désir
aveugle.
Almachius
Cest
toi qui la rends funeste par ton orgueilleux
refus.
Cécile
Ah,
non ! Je reste fidèle
À celui à qui jai juré
ma foi;
Et de mon sang que tu veux répandre,
Tu verras germer
Des palmes plus luxuriantes
Pour mon époux, pour mon Dieu.
Almachius
Donc,
tu ne te soucies pas
De ma faveur, et tu ne veux que ma
rigueur ?
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Duo
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Almachius
Ce
nest pas seulement ton malheur que je
crains,
Ce qui me tourmente,
Cest que je devrai souffrir dans ton
épreuve.
Cécile
La
pitié que tu renfermes dans ta poitrine
A un objet
Qui a tenté de me ravir tout
bien.
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Récitatif
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Almachius
Ta
nourrice arrive, je lui confie
Pour un bref moment encore
La tâche darbitrer entre mon amour et
ma colère.
Lâge tendre, qui fait fleurir
Ton beau visage, et ta naissance,
Devront tenseigner à fuir les traits
dAstrée.
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Air
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Almachius
Espérance,
tu promets
À ma pensée, une chose impossible
Avec un visage séduisant,
Et mon cur sen berce;
Ainsi, lhorrible aspect
De la douleur que jai dans le sein
Laisse au moins un moment
Mon cur en paix.
Espérance,
etc.
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Récitatif
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|
Cécile
Nourrice,
allons.
La
nourrice
Où ?
Cécile
Chez
moi.
La
nourrice
Si
vite ?
Cécile
Ne
tarde pas.
La
nourrice
Almachius
souhaite...
Cécile
Tais-toi,
il suffit; ne prive pas
Mes pas de leur liberté.
La
nourrice
Il
souffre et il aime.
Cécile
Il
souffre pour souffrir davantage; il aime une
illusion.
La
nourrice
Si
tu méprises son amour, tu cours à ta
perte.
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|
Air
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|
Cécile
Que
mon pied vole
Avec les ailes du désir
Là où la Foi
Me montre mon plaisir.
Ce qui égare mon penser,
Ce nest pas un plaisir.
Mais mon Dieu fait
Que mon penser est assuré.
Que
mon pied, etc.
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Récitatif
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La
nourrice
Comme
elle court rapidement vers son destin !
Malheureuse que je suis,
quespéré-je ?
Le coup est déjà proche;
Mais Cécile ne le craint pas; au contraire,
plus il est cruel,
Plus il la rend obstinée; et moi, pendant ce
temps,
Joffense les dieux, et me consume en
larmes.
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|
Air
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|
La
nourrice
Quelle
autre flèche,
Pour venger les astres,
Peut senflammer,
Si le feu a été éteint,
Nouveau prodige,
Par qui les a outragés ?
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Récitatif
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Le
conseiller
Quun
règne serait fortuné, que le monde
serait heureux,
Si lesprit dun mauvais conseiller
Apparaissait tel quil est ! Léger
serait le fardeau
De celui qui gouverne, et linnocent
Quon punit sans lavoir entendu
Ne serait plus victime de son souverain.
Notre César est juste; mais à quoi
cela sert-il,
Si, layant dépossédé de
sa propre volonté,
Domitius le dirige, et renouvelle en lui
Le souvenir funeste du cruel Antonin, impie et
lascif.
Almachius, ô Dieu !
Pourquoi as-tu remis, de toi-même, sans
prendre garde,
À un ennemi non moins fort que criminel,
Les traits qui, funestes
À ton honneur et à ta vie,
Infligeront à ton sein une double
blessure ?
Domitius est ton rival; cest Domitius
Qui taccuse devant Sévère
Comme défenseur de Cécile et rebelle
au Ciel;
Et lexcuse de lamour
Aggrave la faute, et te rend coupable
Dautant de fautes quest coupable cette
femme infidèle;
Il condamne ton amour comme un trophée
Dressé à Cécile, qui guida
La troupe baptisée; il rappelle avec
insistance
Que non contente dagir seule,
Elle sest alliée au vieil Urbain
Pour multiplier les adeptes du nouveau rite;
Si ton juste décret a condamné
à mort
Son frère, son mari,
Et Maxime, et Gordien,
Le perfide Domitius a fait croire
Que ce nest pas pour obéir aux ordres
augustes,
Que tu as abattu sur eux le coup
demandé,
Mais pour rendre plus sûrs tes plaisirs.
Dans ces rudes combats,
Dans cette douleur sauvage,
Je vois ton cur, Almachius ! Dans cette
lettre
Se trouve, ô Dieu, lultime destin de
Cécile;
Tu ne peux lempêcher:
Tu as perdu, malheureux,
Lamour dAuguste en même temps que
ta belle.
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|
Air
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|
|
|
Le
conseiller
Lhomme
est dans lerreur quand il croit
Tenir la Fortune par les cheveux;
Elle fuit et ne revient pas;
Ou, si elle revient, elle apporte des
tourments.
Lhomme,
etc.
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|
Récitatif
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|
|
|
Le
conseiller
Cécile
dirige rapidement ses pas
Vers les murs de sa patrie.
Que dois-je faire ? Je sens mon âme
Hésitante dans mon sein. Mon cur, de
la constance !
Je lui remets le décret de César,
Puis je men vais en hâte,
Car ma pitié pourrait peut-être
Retarder le coup atroce.
|
|
Récitatif
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|
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|
Cécile
Ami,
pourquoi viens-tu ?
Le
conseiller
Ah,
que me demandes-tu là !
Prends, dame.
La
nourrice
Quel
tourment est le mien !
Cécile
Une
lettre, à moi ?
Le
conseiller
Celui
que tu vois avec moi
Va rester avec toi; moi, je men
vais.
La
nourrice
Écoute !...
Le
conseiller
Adieu !
La
nourrice
Ma
fille, aie pitié de
toi-même !
Cécile
Tais-toi.
Ce qui se cache, écrit dans cette
lettre,
Je veux le lire.
[Elle
lit.]
« Moi
qui dirige le souverain empire
De Rome, ou plutôt du monde entier,
Renouvelant les lois anciennes,
Et les justes actes de mes aïeux Augustes,
Toi, Cécile, qui adores
Avec de téméraires erreurs
Le Christ comme une divinité, et outrages
nos dieux,
Je te condamne à une juste mort; demande
humblement
Pardon à Jupiter, ou attends-toi à
voir sur ta tête
Le coup... »
Quil en soit ainsi; je suis
chrétienne.
Allons, bourreau: je dénude mon cou, et je
te montre
Où tu dois frapper; empoigne
Mes longs cheveux de ta main gauche; je me penche
vers le sol;
Brandis ton épée de la main droite,
et mets fin
À ces atermoiements si cruels pour moi.
Même les instants sont longs pour un si grand
amour.
La
nourrice
Ma
fille, que fais-tu ? Ami, retiens ton
bras.
Adresse un seul de tes vux,
Ma fille, à Jupiter, et tu es
sauvée.
Cécile
Va-t-en !
La
nourrice
Âme
de glace,
Cest ainsi que tu mécoutes et
que tu entends mes paroles ?
|
|
Arioso
|
|
|
|
Cécile
Père
souverain, fils éternel,
Saint amour...
La
nourrice
Tu
peux encore changer de
décision.
Cécile
Père
souverain, fils éternel,
Saint amour, je reconnais et
jadore...
La
nourrice
Ah !
arrête, ne frappe pas; je meurs de
douleur,
Fille ingrate envers toi-même et envers mon
amour.
Cécile
Père
souverain, fils éternel,
Saint amour, je reconnais et jadore
En vous un seul dieu.
La
nourrice
Dans
une si cruelle épreuve,
Qui me soutiendra, qui me
conseillera ?
Cécile
Je
crois, jespère, jaime, et je ne
crains pas
Le danger; au contraire, la mort
Est le réconfort de mon désir.
Père souverain, fils éternel,
Saint amour, je reconnais et jadore
En vous un seul dieu.
|
|
Récitatif
|
|
|
|
La
nourrice
Hélas,
que vois-je ! La terre est déjà
vermeille.
Je détourne le regard, mon cur
défaille.
|
|
Récitatif
accompagné
|
|
|
|
Cécile
Ô
terre heureuse, reçois,
Reçois mon sang; tu seras le temple
Du Dieu éternel, pour combattre
lenfer.
La
nourrice
Je
men vais désespérée;
même sa voix
Me transperce...
Cécile
Que
moi, jaie peur ?
Frappe une nouvelle fois; envers mon Seigneur sur
la croix,
La Judée na pas été
avare de tourments.
Mais tu fuis, et tu mabandonnes ici
À demi vivante ? Mon Jésus,
console
Mon âme qui test fidèle;
renforce et ranime
Mon esprit, et ravis-moi à
moi-même,
Dépouillant mon âme de son enveloppe
terrestre;
Verse la lumière aux impies, et
accueille-moi au Ciel.
|
|
Air
|
|
|
|
Almachius
Plus
jaspire à trouver la paix,
Plus je me heurte à ma douleur.
Je brûle et je gèle, et dans un double
tourment,
Je ne sais encore lequel est le plus
destructeur,
De ma colère ou de ma
crainte.
|
|
Récitatif
|
|
|
|
Almachius
seul
La volonté de César
Menlève tout pouvoir vis-à-vis
de Cécile.
Ah ! la rigueur des sphères
outragées
Augmente et devient plus cruelle envers elle;
Et je sens mon martyre
Qui pour me faire davantage languir, dit à
mon cur
Que jai été lartisan
malheureux de ma douleur.
|
|
Récitatif
|
|
|
|
Le
conseiller
Seigneur,
un triste...
Almachius
Nen
dis pas plus; déjà, ami,
Je lis mon destin sur ton visage.
Le
conseiller
Ou
plutôt dans mes larmes.
Almachius
Si
Domitius se flatte
De décharger contre moi sa vieille
haine,
Pourquoi déchaîne-t-il sa
sauvagerie
Contre Cécile, ainsi que contre
Sévère ?
Le
conseiller
Le
destin de Cécile
Dépend de son bon vouloir, favorable ou
cruel.
Elle mourra, si elle ne plie pas;
Elle vivra si elle cède.
Almachius
Et
en attendant, il mest refusé
De savoir ce quil advient
delle ?
Le
conseiller
De
brefs instants
Feront connaître lissue de ses
malheurs.
|
|
Air
|
|
|
|
Le
conseiller
Elle
ressemble à un navire au milieu des
ondes,
Qui pensant échapper à un danger
En rencontre un autre, et sen va vers le
naufrage.
Mais, constante, elle na pas peur, et ne
vacille pas
Dans la décision bien ancrée de son
esprit,
Et dans son cur, elle na pas de
tempête.
Elle
semble, etc.
|
|
Récitatif
|
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|
|
La
nourrice,
avec un fer ensanglanté à la
main
Ô fer ! Ô sang ! Ô cher
gage !
Il ta abandonné lâchement, le
barbare qui te tenait.
Trois fois sa nuque baissée
Ta supporté invinciblement, et la
noble vie
Ne sest pas éteinte sous ce bras
infâme.
Almachius
Que
racontes-tu à part toi, femme ? Le beau
fil
De la vie de Cécile a-t-il été
tranché ? Pourquoi portes-tu
Comme en triomphe cet acier
sanglant ?
La
nourrice
Ah !
le destin na pas été avare
envers ses vux.
Elle a expiré de plusieurs morts
En une mort lente, et le Ciel a permis
Cette preuve supérieure de sa constance.
Le bourreau, en plusieurs coups, na pu
séparer
Le buste de la tête, et, quoique plein de
vigueur,
Il fut glacé de crainte, lorsquil
vit
Sortir des plaies une telle splendeur, quelle
semblait
Vaincre lardeur du soleil le plus
brûlant.
Dans sa fuite, il me rencontre; il voulait
Men dire la raison, mais malgré mes
efforts,
Seigneur, jai à peine compris son
récit; et cette épée,
Quil navait plus la force de tenir,
Il la jetée par terre, avant de
disparaître; je vous ferais bien
Le reste de ce récit malheureux,
Mais je ne puis en dire davantage; jai
toujours en vain
Essayé de voir Cécile, et jai
perdu dun coup
La vue et le courage; jai tourné mes
pas
Loin delle, là vers où la
douleur me guide.
Jemplis le ciel de cris inutiles.
Le
conseiller
Jai
le cur plein dhorreur et de
stupeur.
Almachius
Et
moi, mon sein donne refuge à des
furies.
|
|
Récitatif
accompagné
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Almachius
Donne-moi
ce fer. Alecto, voici le flambeau;
Suis-moi: ici est lAverne,
Ce nest plus Rome; elle a changé sa
majesté
Pour un aspect horrible et farouche. Mais vous,
Dieux, qui vous flattez dun règne
éternel,
Que faites-vous au Ciel ?
Vos autels sont abattus, jetés à
terre; le Latium
Consacre ses temples et ses prêtres
Au dieu nazaréen, et offre ses vux
À la vierge juive.Que dis-je ?
Où suis-je ?
Quest-ce qui me secoue, crie contre
moi ?
Sang, sang qui bouillonnes
Sur cette épée, que pour te venger
nous aide
Le plus cruel des destins; que les rênes
suprêmes
Des sept collines, soient tenues
Par un successeur de celui qui au Vatican
Fut jadis cible dune mort indigne et
cruelle;
Oublie, malheureuse patrie,
Le bras noble et puissant de tes Césars.
Son génie altier semble
Échanger son siège et son empire;
Et offrir celui-ci, dans la honte et la ruine,
Comme un vil butin, à un tyran
barbare.
|
|
Air
|
|
|
|
Almachius
Vous
vous montrez à mes yeux,
Arcs élevés, nobles
trophées,
Sans être ornés de palmes ni de
lauriers,
Mais bien plutôt brisés; les
souvenirs
De votre gloire antique
Sont effacés par de nouveaux
mépris.
|
|
Récitatif
|
|
|
|
Le
conseiller
Surveillez-le
bien, serviteurs. Il délire,
Épanchant en vains accents
Un amour malheureux transformé en
colère.
La
nourrice
Je
vois aujourdhui tant et tant de prodiges
Que ma raison est obligée de ne pas
mépriser
Les paroles de quelquun qui
délire.
Le
conseiller
Amie,
il nest que trop vrai.
Ce démon de lumière, qui par elle
Fut appelé un ange, reste sans cesse
Bien implanté dans mes pensées;
pourquoi
Sopposa-t-elle à
lhyménée ? À quel
jaloux a-t-elle osé
Se réserver, restant intacte et se refusant
à son époux ?
La
nourrice
À
son dieu quelle adore,
Si nous devons lui accorder crédit,
Quelle honore souvent par son chant, et comme
son époux,
Celui dont elle fait résonner le nom avec
délices,
Si suavement, même pour qui ne croit pas en
lui,
Quil est la douce flèche dun
amour inconnu.
Nom que moi-même, moi-même, jai
souvent entendu,
Prononcé par ses lèvres
mélodieuses,
Être repris avec respect par des churs
célestes;
Et, sous leffet dune vertu puissante et
aimable,
Tous répétaient :
« Jésus, Jésus,
Jésus ! ».
|
|
Duo
|
|
|
|
Le
conseiller
Je
sens dans mon cur...
La
nourrice
Je
sens dans ma poitrine...
Le
conseiller
Une
nouvelle ardeur.
La
nourrice
Une
nouvelle affection.
Le
conseiller
Je
ne sais pour qui.
La
nourrice
Je
ne sais pourquoi.
Le
conseiller
Si
cest la vraie divinité,
La
nourrice
Si
cest le vrai Dieu,
Le
conseiller
Quil
montre sa lumière...
La
nourrice
Quil
découvre à mon
désir...
Le
conseiller
Qui
me séduit.
La
nourrice
Où
est son bien.
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