Alessandro Scarlatti
Drame en
Musique, qui sera représenté dans la salle de
l'Illustrissime Sign. Federico Capranica, dédié
à l'Eminentissime et Révérendissime
Prince, le seigneur Cardinal Nuno de Cunha, Alessandro
Scarlatti [1660 - 1725], directeur en premier de
la chapelle royale de Naples
pour le Carnaval de 1722
inquisiteur général de tous les Royaumes du
Portugal
Livret d'Antonio
Salvi

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« Arminius, prince des Chauques et des Chérusques, qui fut par sa valeur un rempart contre les conquêtes romaines en Germanie, est connu par le premier livre des Annales de Tacite et le livre IV de ses Histoires. Ce serait insulter le lecteur que de vouloir le lui remémorer avec un récit distinct pour lintelligence du présent drame: son nom formant le titre en donne une suffisante connaissance. On doit seulement avertir que lérudit auteur du drame, pour y donner la part due à la faculté poétique, qui veut que les actions se représentent non comme elles furent, mais comme elles auraient dû ou pu être, a altéré en partie les détails historiques en introduisant, outre les personnages pris dans lhistoire, Sigismond, fils de Ségeste, et Ramise, sur dArminius. Si, par la suite, avec la licence que lusage moderne autorise quand on fait reprendre au théâtre des uvres déjà représentées, on a modifié ou abrégé quelques endroits pour la commodité de la musique ou pour la brièveté si désirée de nos jours, on sest efforcé de le faire sans que soit altérée aucune partie essentielle du drame ; on espère que nul ne se plaindra de ne pas en retrouver toute lancienne beauté, de même quon espère que le respectable auteur pardonnera les petites variations accidentelles que lesdites nécessités ont amenées. Les mots de « divinité », « destin », « adorer » et autres du même genre sont des expressions poétiques employées par une plume qui exprime les sentiments de personnages idolâtres, mais que déteste le cur de lauteur qui se déclare hautement catholique. » |
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les personnages Arminius,
prince des Lauques (sic, pour Chauques) et des
Chérusques |
Laction se situe partie dans la campagne voisine du Rhin, partie dans le château de Ségeste.
Acte
premier Campagne
avec des pavillons et tentes militaires sur les bords du
Rhin, avec un pont sur le fleuve. Château de
Ségeste dans le lointain; suit une bataille entre les
soldats de Varus et Ségeste, et ceux
dArminius. Acte
II Cabinet de
Ségeste Acte
III Amphithéâtre. Les
décors sont de monsieur Francesco
Bibbiena,
architecte et ingénieur de Sa Majesté
césarienne et catholique. Les
ballets sont de Monsù
[Monsieur] Saro.
Cour dans le palais de Ségeste.
Galerie.
Prison.
Appartement dErsinda, avec une table.
Vestibule conduisant aux prisons et au parc.
Grand jardin.
Acte I
Campagne
avec des pavillons et tentes militaires sur les bords du
Rhin, avec un pont sur le fleuve
Château de Ségeste dans le lointain; suit une
bataille entre les soldats de Varus et Ségeste, et
ceux dArminius;
puis Arminius, lépée nue,
Ersinda, soldats germains
Récitatif
Ersinda Arminius Ersinda Arminius Ersinda Arminius Ersinda
Fuis, mon amour; en vain
Le Mars germain combat aujourdhui
Avec le destin romain,
Et pour sopposer au sort,
Mon cher époux, ton grand cur ne suffit
pas.
Il suffit au moins pour mourir
En liberté, et ne pas voir le Rhin
Tributaire du Tibre;
Que le fer de lennemi verse
Jusquà la dernière goutte de mon
sang,
Et quon ne voie jamais Arminius
Ou traître, ou déshonoré.
Tu ne peux disposer de ta vie
Sans trahir le salut commun; avec ta mort,
La liberté de la patrie perd tout espoir.
Elle gémit déjà, presque
écrasée
Sous le joug latin; laisse-moi mourir,
Et montrer à Rome et au monde
Que la Germanie elle aussi a ses Catons.
Ingrat: as-tu donc le cur
Dabandonner Ersinda
Aux mains du vainqueur ?
Et tu pourrais souffrir que la femme dArminius,
Devenue le butin de lorgueil romain,
Aille, liée au char de Varus,
Suivre son triomphe au Capitole ?
Tue-moi dabord de ta main, et que commence avec
moi,
Puis finisse avec toi,
La chute totale de lEmpire germain;
Voici mon sein; allons, frappe, mon époux,
Et dérobe au moins sa proie à
lennemi,
Et à moi lhorreur dune vile
servitude.
Il suffit, femme, il suffit; mon cur,
Qui sait défier la mort,
Ne résiste pas à lamour,
Qui est en moi plus fort que la mort même.
Fuyons donc, et allons, chère, là où
mattend
Le malheureux reste des Chauques et des
Chérusques.
Criminel Ségeste, apprends de ta fille
À moins priser la vie que la liberté
Que tu as trahie en ta patrie et en ses fils.
Nos dangers, tes dangers,
Fuyons-les donc, ô mon époux;
Quensuite Rome te voie,
Avec un bref répit,
Revenir, pour son malheur, plus vigoureux.
Duo
Ersinda Arminius A
deux
En fuyant, mon cher amour,
Ah ! ranime en nous lespoir
De vaincre et dêtre heureux.
Rien ne peut mouvoir mon pied
Que la belle gloire, par désir
De vaincre et dêtre heureux.
La rigueur dun sort adverse,
La défaite et la mort,
Mon / Ton cur ne sait pas les craindre.
Tullius et Varus, avec de nombreux soldats
romains
Récitatif
Tullius Varus Tullius Varus Tullius Varus Tullius Varus Tullius Varus Tullius Varus Tullius Varus Tullius Varus Tullius Varus Tullius Varus Tullius
Seigneur, le camp dArminius est en ton pouvoir.
En prenant la fuite, il ta laissé
Ses armes, et la gloire.
Mais par sa fuite, il a ôté à la
Victoire
Le plus noble trophée.
Arminius tente de fuir
Loin de tes filets, mais il tente en vain.
Ô dieux !
Doù vient cette douleur ?
Le Rhin, blêmi, coule désormais tributaire,
Et adore ton pied,
Et dans ton sein, tu soupires après des
victoires ?
Pourtant, dans ses triomphes, le cur de Varus
Nest pas pleinement satisfait.
Quest-ce qui gâche ta joie ?
Ersinda, Arminius, mon destin, lamour.
Quentends-je ? Lamour ? Un si bas
sentiment
Trouve place dans un sein romain ?
Les Romains eux aussi ont un cur dans la
poitrine.
Tu aimes donc, seigneur ?
Jadore Ersinda.
Lépouse dun ennemi ?
Ah ! Avant même dêtre
Lépouse dArminius, elle était
La maîtresse absolue de mon cur.
Pourquoi ne las-tu pas demandée à son
père ?
Ségeste était alors notre ennemi.
Et maintenant, seigneur,
quespères-tu ?
Aujourdhui, dans la bataille,
Jai cru pouvoir donner vie à mes espoirs
Par la mort dArminius.
Comment Ersinda aurait-elle pu,
Devenue en un instant dennemie amante,
Accepter ta main,
Encore fumante du sang de son époux ?
Avec laide de Ségeste,
Qui a retourné en notre faveur ses armes et sa
fidélité,
Jai espéré que peu à peu,
Par mon esclavage, par les efficaces
Prières de son père, dans le sein
dErsinda,
Arminius cèderait la place
À ma foi, à mon amour constant;
Mais, ô dieux !
Secoue, seigneur, un joug si tyrannique,
Et que la gloire seule soit le seul noble objet,
Digne de ton grand cur, et ton sentiment.
Regarde le ciel, tu y verras dAlcide
Les armes guerrières, homicides,
Resplendir entourées détoiles.
Mais tu verras exclu des astres
Lindigne, lignoble fuseau
Avec lequel il a filé dune main
efféminée.
Varus seul
Récitatif
Varus
Jamais je nai vu astres plus lumineux
Que ces beaux rayons
Qui scintillent sur le visage de mon beau soleil;
Et jamais je ne pourrai atteindre de gloire
Aussi belle que lest celui-ci.
Air
Varus Devant
le clair éclat de mon glaive,
Déjà lennemi cède sur le champ de
bataille,
Sa valeur étant avilie.
Si mon étoile me fait vaincre
La rigueur de ma belle,
Mon cur nespère rien de
plus.
Varus, Ségeste avec lépée
dArminius, soldats germains
Récitatif
Ségeste Varus Ségeste Varus Ségeste
En même temps que lépée
dArminius,
Seigneur, je toffre
Lempire soumis de la Germanie.
Ségeste ? Oh dieux !
Quentends-je !
Il allait farouche, intraitable
Pour rassembler ce qui restait de ses hommes,
Troupe en fuite et désolée,
Quand je lai rencontré au bord du Visurgis;
En me voyant, il tenta de soustraire
Ses pieds aux chaînes par une mort volontaire,
Mais encerclé par les miens, et
maîtrisé
Après une brève défense de la part
dErsinda, ma fille et son épouse,
Honteux et frémissant, il se rendit enfin.
Ségeste, ton zèle ne sera pas sans
récompense
Auprès du grand Auguste.
Il saura couronner ta loyauté et tes
mérites.
Voici le superbe guerrier.
Varus, Ségeste, Arminius enchaîné,
Ersinda, dautres soldats
Récitatif
Arminius Ségeste Arminius Ersinda Varus Ersinda Varus
Varus, tu as vaincu; et la Germanie,
écrasée
Plus par la félonie que par la valeur,
A été conduite à combattre contre
elle-même:
Baisse désormais vers le sol, Ségeste, tes
yeux
Alourdis par la honte;
Voici ta patrie, voici ta fille,
Voici ton gendre assujettis, avilis
Par tes intrigues,
Prince traître, père infâme.
Aboie donc contre ta chaîne,
Chien enragé, dans ta servitude.
Arrogant à cause de mes liens...
Oh dieux ! Assez:
Père, époux, pitié;
Pitié pour mon pauvre cur:
Avec ces cruelles paroles,
Chargées de traits acérés,
Nature et amour le transpercent dans mon sein.
Même la douleur devient belle sur ce
visage.
Arminius est ton ennemi;
Mais quil te souvienne, ô dieux, quil est
mon époux;
Ségeste est rebelle,
Mais rappelle-toi, ô dieux, quil est mon
père:
Ces outrages, ces paroles
De votre langue injurieuse
Sont des blessures trop douloureuses
Pour le cur dune fille et dune
épouse.
Quelle est ravissante à travers ses
larmes !
Air
Ersinda Pleurant,
dolente, Pleurant,
etc.
Affligée, languissante,
Vois ton épouse, vois ta fille.
Père, tu es trop cruel;
Époux, tu es trop hautain;
Pitié pour mon cur;
Dans une si cruelle douleur, qui me
conseillera ?
Ségeste, Arminius, Varus, une partie des
soldats
Récitatif
Ségeste Arminius Varus Arminius
Arminius, je pardonne une telle audace
À ta fureur, à ta rage;
Soit par ruse, soit par valeur,
Tu es prisonnier dAuguste
Et la foi que jai jurée...
Tais-toi, parjure:
Comment parles-tu de foi, toi qui nen as
pas ?
Grâce à ta félonie,
Je suis prisonnier, mais je suis
Maître de moi-même;
Malgré lindigne entrave
Que tu mas mise au pied,
Je parle encore en souverain,
Je méprise Varus, et Auguste, et Rome, et le
Destin;
Toi, avec lacier en main,
Tu es plus esclave que moi;
Car sans honneur, sans foi,
Tu as lesprit et le cur
enchaînés,
Et moi, seul mon pied lest.
Arminius, tu dois tes plaintes
À ton sort, et ton farouche orgueil;
Contre qui se montre rebelle au Capitole,
Nos aigles sortent leurs fières griffes;
Mais pour ceux qui savent, en qualité de fils,
Chercher refuge sous leurs ailes,
Avec leur bec généreux,
Vrais pélicans damour,
Elles souvrent le sein et leur font un nid de leur
cur.
Varus, je suis né Germain
Et il ny a ni loi, ni raison
Qui me soumette au César Romain;
Et avant quArminius baisse la tête
Devant le trône latin, et quil renie
Sa patrie, son sang, ses dieux,
Tranche les heures pénibles de mes jours,
Et quun seul Ségeste suffise à la
Germanie.
Air
Arminius Assez
dun seul traître Assez,
etc.
À la patrie et à lhonneur,
À la foi, à la liberté.
Mon cur constant et fort
A moins peur de la mort
Que de manquer de fidélité.
Varus, Ségeste et quelques soldats
Récitatif
Varus Ségeste Varus Ségeste
Ségeste, je confie le prisonnier
À ta loyauté et à ta
diligence.
Enfermé derrière de fortes murailles,
Dans une étroite prison, avec des liens
serrés,
Il restera dans mon château:
Il faut briser le téméraire orgueil
Du farouche rebelle;
Car tant quArminius vivra, le Capitole
Ne pourra vivre en paix avec la Germanie.
Donc, avec sa mort...
Ségeste jure au César romain
Quen ce jour, la guerre prendra fin;
Si aujourdhui Arminius ne ploie pas sa nuque
Pour recevoir la loi et la paix de Rome,
Avec cette tête orgueilleuse,
Je trancherai laudace obstinée de la Germanie
entière.
Air
Ségeste De
ma rigueur De
ma rigueur, etc.
Doit naître la crainte,
Lorgueil doit cesser.
Laudacieux ne doit plus
Troubler la paix
Du Capitole.
Varus seul
Récitatif
Varus
Je sens dans mon cur, en dépit du
cur,
Une secrète joie
De la ruine dun autre,
Et avec de nouvelles séductions
Amour me parle en ces termes:
Air
Varus « Dans
mon royaume, Dans
mon royaume, etc.
Qui sert en silence
Ma volonté
Jouit de la paix.
Et si un cur désire
Réunir
Vertu et Amour,
Il nen peut jouir. »
Une cour dans le château de Ségeste
Ramise, Sigismond
Récitatif
Sigismond Ramise
Belle Ramise, ô dieux ! Cétait un
songe;
Et pour un songe vain,
Tu veux me quitter.
Arminius est mon frère;
Jai peur, et je me méfie;
Ce malheur est un malheur rêvé,
Mais je naime pas vraiment, si jen ris.
Au milieu de spectres épouvantables,
La nuit dernière,
Mon frère mest apparu
Le pied cerclé de fer, criant: Ramise,
Je vais à la mort, et tu reposes ? Et tu
voudrais
Que je reste insensible à cet horrible
avis ?
Les mêmes, Ersinda, des soldats
Récitatif
Ersinda Ramise Ersinda Ramise Sigismond Ramise [Elle
veut partir.] Ersinda Sigismond Ersinda Ramise Ersinda Sigismond Ersinda Ramise Ersinda Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise Ersinda Ramise
Ramise, ô dieux !
Quelle malheureuses nouvelles
Lis-je sur ton visage ?
Arminius est prisonnier.
Hélas ! cétait prémonitoire,
et les malheureux,
Quand ils rêvent un malheur, rêvent la
vérité.
Sur adorée, hélas ! que
dis-tu ?
Il est resté prisonnier
Du camp romain ?
Cher frère,
Tu verras maintenant qui de nous taime le plus:
Ton épouse ou ta sur.
Arrête.
Quespères-tu ?
Où vas-tu ?
Donner un rare exemple
Damour et de fidélité; je vais,
Victime moi aussi, me sacrifier à Rome et à
Varus.
Ramise, mon cur,
Dans la perfection dun pudique amour,
Na pas besoin de ton exemple;
Ici, cest ici que jattends mon époux;
Cest dans ces murailles
Que lamène prisonnier... ô
dieux !
Qui donc ?
Lamène, prisonnier...
Qui ?
Ségeste.
Quentends-je ? Mon père ?
Et pendant que ton père
Enchaîne les pieds de mon cher frère,
Toi, fils de traître,
Tu prétends attacher le cur de la
sur
Avec les liens de la
fidélité ?
Quelle part Sigismond a-t-il
Aux crimes de son père ?
Et quelle raison veut
Que Ramise accepte
La foi et laffection
Du fils dun ennemi ?
Écoute, ô dieux !
Laisse-moi; cest mon sang
Qui parle maintenant, et je nécoute que
lui.
Arrête, Ramise; faisons, de nos deux curs,
Se dissoudre la douleur en multiples fontaines;
Pleurons ensemble, toi le frère, moi
lépoux,
Et dans un flot de larmes...
Ma douleur veut du sang, et non des larmes.
Air
Ramise Quelques
gouttes
Dune faible plainte
Nont pas le pouvoir
Déteindre lardeur de la vengeance.
Et le courage que je conserve
Dans mon cur ne le souffre pas;
Mon frère intrépide
Attend de laide
De la forte valeur
De ma main.
Ersinda, Sigismond
Récitatif
Sigismond Ersinda Sigismond Ersinda
Hélas ! Ramise sen va, et sen va
avec elle
Mon âme, chère sur, ô
dieux !
De grâce, aie pitié, secours...
Ah, Sigismond,
Je compatis avec ton cur; mais toi, pense au mien:
Sil ne languit pas, sil ne défaille
pas,
Ce nest que par la tyrannie de ma douleur:
Lamour et le sang sarment pour mon malheur,
Et lépoux trahi, et mon père.
Je vois mon époux esclave
Au milieu des troupes ennemies,
Je hais ses liens,
Je ne puis haïr lauteur, parce que cest mon
père.
Cest ainsi que tu me
réconfortes ?
Compare tes délires
Avec ma douleur, et console, ce faisant,
Ta vaine douleur avec mon supplice.
Air
Ersinda Observe,
et tu trouveras Observe,
etc.
Quau royaume dAmour
Il nest point de douleur
Égale à la mienne.
Peut-être alors diras-tu:
Cessez, ô mes larmes,
En comparaison delle,
Je ne suis quun sot.
Sigismond
Récitatif
Sigismond
Cruelle sur, ô dieux ! Cest ainsi que
tu me laisses ?
Du nom de délire,
Tu traites le dur martyre qui me tourmente ?
Et pourtant, tu mas aimé, ou plutôt tu
maimes encore.
Air
Sigismond Il
sen va courroucé, Il
sen va, etc.
Ce visage adoré;
Ingrate, tu appelles
«Délire» lamour,
Langoisse, la douleur ?
Et tu tevantes de ton affection ?
Ou tu nas pas de cur dans la poitrine,
Ou tu naimes pas.
Sigismond, Ségeste
Récitatif
Ségeste Sigismond Ségeste Sigismond Ségeste Sigismond Ségeste Sigismond Ségeste Sigismond Ségeste Sigismond Ségeste Sigismond Ségeste Sigismond Ségeste Sigismond Ségeste Sigismond Ségeste Sigismond Ségeste
Fils...
Père et seigneur...
Ma fortune
Change aujourdhui de visage, et il te faut
Changer dhumeur et de penser.
Malheur ! Que va-t-il arriver ?
Tu sais quaprès que jai
consacré
Mes armes et ma loyauté à lempire
romain,
Auguste, en récompense,
Ma accordé la dignité de citoyen;
Et il a élevé les espérances de mes
désirs
Vers une plus grande fortune,
Vers de plus sublimes honneurs.
Mais le sceptre des Cattes,
Dis-moi, est-il plus vil, par hasard,
Que le haut rang auquel, seigneur, tu
aspires ?
Posséder un étroit coin de terre,
Et avoir pour ennemie, à ses portes, une puissance
supérieure,
Cest craindre en permanence, ce nest pas
régner.
Écoute maintenant : aujourdhui,
Par mon uvre, la guerre va prendre fin,
Et la Germanie soumise,
Tributaire de Rome,
Prépare à ma main, à ta chevelure
Un sceptre et une couronne de plus grande valeur;
Mais je veux un effort de ton grand cur.
Il recevra de ton ordre souverain
Une nature si dure et si forte
Quil saura, si tu le veux, défier la
mort.
Je nen demande pas tant.
Ordonne:
Je ferai tout pour toi.
Tant que Mars
Avait suspendu, dans le ciel, lissue de la guerre,
Ton amour pour Ramise
Métait bien connu, et il me plaisait tant
Que je lai nourri du lait de la douce
espérance
Dun heureux hyménée; aujourdhui,
alors quArminius
Gémit dans les chaînes, et se
complaît
À tourner en dérision la victoire du
Capitole,
Fils, je tordonne et je veux
Que tu élèves ton désir vers une plus
sublime sphère
Et que ton respect et mon ordre
Éteignent dans ta poitrine ton amour pour
Ramise.
Et cela, cest moins que la mort ? Ordonne-moi,
père
De faire front, seul, à mille troupes
armées,
Et avec ma seule épée, de défier des
armées entières;
Et tu me verras joncher le sol de cadavres de guerriers.
Le devoir, le respect, lobéissance, la
loyauté
Pourront tout en moi;
Mais que, de mon amour...
Une énergique vertu
Unie à la raison et à mon ordre
Peut, en un bref instant
Éteindre en toi les ardeurs
Dun Cupidon pacifique.
Au moins, père, consens
Que jadore Ramise sans plus espérer.
Tu méprises donc ainsi...
Ô dieux ! Seigneur,
En quoi mon pudique amour ta-t-il
offensé ?
Il ne test pas permis de connaître
Mes hauts desseins; assez de résistance;
Que ton feu séteigne,
Ton père lordonne, et cela suffit.
Il est né sur ton ordre.
Sur mon ordre aussi, il séteindra.
Quil séteigne, ô Dieu !
Mais si cest ce que tu veux,
Accorde-moi au moins une grâce.
Tu obtiendras tout de moi; parle, que
veux-tu ?
Puisque je ne dois plus aimer
Ramise, mon idole, prends, seigneur,
Prends ton acier, et dune main plus juste,
Ouvre-moi le sein, et arraches-en le cur.
« Ouvre-moi le sein, et arraches-en le
cur ? »
Ah, quelle vilenie ! Efféminé !
Traître !
Air
Ségeste Considère,
insensé, qui tu es, Considère,
etc.
Change de cur, change dintention;
Cesse daimer cette femme,
Ou cesse dêtre mon fils.
Sigismond seul
Récitatif
Sigismond
Ah, père ! Quelle injuste colère
Sallume en toi contre mon amour ?
Tu sais que lamour est voulu par le destin, et
quaimer,
Et ne pas aimer, ne dépendent pas de notre
cur.
Air
Sigismond Quand
le printemps Quand,
etc.
Revient vers nous,
Toute bête sauvage
Perd sa férocité.
La jolie prairie
Est pleine de fleurs;
Claires sont les eaux
Du petit ruisseau;
La mer est paisible
Et la force damour
Est le moteur de tout.
Acte II
Un cabinet
Ségeste, Tullius
Récitatif
Tullius Ségeste Tullius Ségeste Tullius Ségeste Tullius Ségeste Tullius Ségeste
Comment, seigneur, tu voudrais...
Ce que je veux,
Je ne le sais pas encore; mon engagement demande
Que je conserve ma loyauté intacte
Envers César et envers Varus;
Et en faveur de la mort dArminius,
Conspirent en même temps lenvie et la
colère,
La raison dÉtat, et la jalousie pour le
trône.
Quest-ce qui sy oppose donc ?
Quest-ce qui plaide contre ?
La vertu, la nature, la justice, la raison,
Et, ô dieux, les larmes de ma fille.
En lui faisant épouser Varus,
Tu sècheras les larmes sur ces beaux yeux.
Tullius, que dis-tu ? Mest-il permis
Despérer si haut ?
Il a été amoureux dErsinda
Avant Arminius, et en soupire encore.
Comment ? Quentends-je ? oh Dieu !
Que puis-je souhaiter de plus ?
Lalliance avec Varus
Mélève au plus haut:
Il est cher à César,
Gouverneur en chef
De la Germanie, illustre
Par le sang, la valeur, la dignité.
Oh ! Combien ma fortune
Va devenir prospère, si Arminius
meurt !
Décide donc.
Oui: il doit dans quelques instants
Décider de son sort:
Sujet ou dAuguste, ou bien de la mort.
Air
Tullius Dans
le sein de Vénus, Dans
le sein, etc.
Depuis le troisième ciel,
Amour a envoyé
Un trait perçant
Dans le cur de Varus.
Sil fut pour lui une peine,
Douleur et larmes,
Sa douleur sera
À ton avantage.
Ségeste, Varus
Récitatif
Varus Ségeste Varus Ségeste
Seigneur, lis ce message,
Et comprends maintenant la volonté de
César.
Jai toujours adoré
Les ordres augustes. (Il lit.) « Varus,
Japprécie au plus haut degré
Tes actions, par lesquelles
La Germanie est soumise à mon trône.
Je te demande seulement, et je le veux,
Que pour abattre lorgueil des Chérusques,
Arminius disparaisse. Une fois coupée
La tête de lhydre, nous avons vaincu.
Auguste.» Jai devancé
Lordre de César, et en ce jour...
Tu sais quautour du château,
Son général Ségimère,
Ayant regroupé les fuyards, nous réclame
La liberté dArminius, et on le voit
déjà
Résolu à tenter lultime
épreuve
Dune audace
désespérée.
Il faut que Tullius aille avec les phalanges
Sopposer à Ségimère; et
quArminius meure entre temps,
Sil refuse la paix, et que son âme hautaine
Écrasée, domptée, ploie
Son cou devant le fer, ou sa nuque devant Rome.
Air
Ségeste Le
chêne couvert dans, qui étend Le
chêne, etc.
Son ample masse ombreuse dans une forêt obscure
Élève tant sa tête altière
Quil ne craint pas la rigueur des nuées.
Mais si les beaux rayons du soleil sont couverts
Par lhorrible voile dun épais nuage
Et quun éclair tombe du ciel,
Il devient sur le sol une froide cendre.
Varus seul
Récitatif
Varus
Varus, pourras-tu regarder
Les yeux du visage adoré
Affligés à cause de toi
Se dissolvant en un double ruisseau ?
Non: quil se conserve à Auguste et à mon
amour !
Il ne faut pas que, par luvre de
Ségeste,
Arminius tombe par ma main, vidé de son sang,
Et quau milieu de ses pleurs, Ersinda
Puisse me reprocher ce sang,
Il faut que, contrainte par sa douleur,
Elle dirige ailleurs sa colère et sa
vengeance.
Air
Varus Vous
êtes belles même en pleurant, Vous
êtes, etc.
Pupilles de mon cher soleil;
Mais mon âme voudrait vous voir un jour
Me sourire, plus sereines et plus
tranquilles.
Une galerie
Arminius, Ségeste avec dautres
gardes
Récitatif
Ségeste Arminius Ségeste Arminius Ségeste Arminius Ségeste Arminius Ségeste Arminius Ségeste Arminius
Arminius, dans mes paroles,
Par ma langue, cest le Ciel qui te parle.
Le conseil est opportun,
Suis-le, et saisis en temps utile
Ta Fortune par les cheveux, au milieu du danger.
Pourquoi couvres-tu tes ruses,
Ségeste, dun semblant de zèle ? Je
lis
Au fond de ton cur, et je sais que Rome
A promis une grande récompense à ta
cruauté
Si par ton ouvrage Arminius disparaît.
Tu es le seul artisan de ton sort,
Et dans ta main se trouvent
Et ta liberté, et ta mort;
Si tu refuses de tincliner
Devant le monarque romain...
Holà ! Quelles indignes paroles
Madresses-tu, Ségeste ?
Pour que je continue à rejeter
Les lois de Rome, et la paix, et ses rites, et ses
dieux,
Il me suffit de regarder
Celui que tu fus jadis, et celui que tu es maintenant:
Jadis souverain redouté,
Tu donnais des lois aux autres; maintenant, tu en
reçois
En qualité de citoyen romain;
Et tu as consacré, malheureux,
À un si vil souvenir
Ta patrie, ton sang, ton nom, ton trône et ta
gloire ?
Ma gloire, cest celle-ci: Ségeste
méprise
Cette souveraineté, cette grandeur
Qui rend misérables les vassaux;
Plus que tout faste pour moi,
Cest leur repos qui me préoccupe.
Considère, ô dieux !
Ce que tu as fait par ton ambition.
Combien de sang as-tu répandu ?
Ici, des temples incendiés;
Là, des provinces désertes,
Des campagnes brûlées, des peuples
égorgés;
Regarde lElbe et le Rhin:
Leurs eaux gonflées du sang de notre nation,
De rage contre toi, viennent mordre leurs rives,
Et cest teints dune écume vermeille
Que leurs flots courent au sein de la mer.
Est-ce là aimer sa patrie et ses
vassaux ?
Le peuple germain
Na pas, ne possède pas
Dautre pompe, dautre faste, dautre
richesse
Que sa liberté;
Si tu len prives, que lui reste-t-il ?
Dune tente grossière, dune sombre
forêt,
Il fait son palais et sa cité; sur le champ de
bataille,
Accoutumées à léclair des
épées guerrières,
Les femmes vont unies à leurs époux ;
Protégées par leur vertu,
Elles méprisent les risques et les périls,
Et nos fils, nés au milieu des armes,
Jouent avec leurs mains de lait
Autour des heaumes, des lances et des
épées,
Et leurs premiers mots,
Tu le sais bien, sont «guerre» et
«liberté».
Et tu aurais le cur, cruel,
De traîner leur valeur sous un joug
tyrannique ?
Au rapide torrent
De ta fureur égarée,
La digue de la raison soppose en vain.
Ou la servitude, ou la mort,
Choisis tout de suite.
Ségeste, tu ne sais pas encore
Quel est le cur dArminius,
Si tu veux quil balance
Entre la mort et lesclavage;
QuArminius meure, oui, sans autre examen,
Illustre, en liberté;
Que Ségeste vive dans une servitude
infâme.
QuArminius meure, oui, mais, malgré quil
en ait,
En esclave du trône romain,
Et quavec sa tête tombe lorgueil
Des Chauques et des Chérusques.
Jai lespoir
Que mon sang répandu sur le sol germain
Sera la semence dune plus belle liberté
Et que pour refuser au tyran romain
Lobéissance et la vassalité,
Pour un seul Arminius qui sera tombé,
Mille autres empoigneront leurs
épées.
Avec de si douces illusions,
Marche donc à la mort.
Toi, reste et vis
Avec un si beau nom; et que le sort fasse un jour,
Que pour diminuer ta honte,
Tu aies à envier la mort dArminius.
Air
Arminius Je
mourrai; mais le héros passe Je
mourrai, etc.
De la mort
À une vie plus heureuse et plus noble.
Tu vivras; mais quoi ?
Mourir comme moi rendrait dans ton cur
Ta faute plus supportable.
Ségeste, Ersinda, une partie des
gardes
Récitatif
Ersinda Ségeste Ersinda Ségeste Ersinda Ségeste Ersinda Ségeste Ersinda
Père, je naurais jamais cru
Devoir un jour pour une pareille raison
Répandre des plaintes, verser des larmes devant
toi;
Comment pouvais-je craindre
Un sort si rigoureux,
Que je dusse un jour rester veuve
À cause de la même main qui fit de moi une
épouse ?
Et moi, ma fille, je naurais jamais cru
Que tu dusses un jour
Être un objet de peine à mes yeux;
Porte ailleurs tes larmes; ta douleur ne fait
Quexacerber la mienne;
Si tu désires sauver dune mort honteuse
Ton époux obstiné,
Va donc à son cachot, je te le permets,
Montre-lui tes prières et tes larmes. Il a son
destin
Dans sa main, et en ployant sa tête altière
Devant le César romain,
Il peut la dérober au fer.
Ô dieux ! quespéré-je de
plus ?
Dois-je attendre de sa crainte
La grâce que jespérais
De la seule bonté de mon
père ?
Mon amour a fait de lui
Larbitre de son sort;
Cest tout ce que je peux faire.
Ah, père aimé !
Je te prie de ne pas menlever
Ce don, le plus agréable que mait fait ta
main.
Par laffection, ô dieux ! que tu mas
portée,
Par ces tendres embrassements
Lorsque tu me serrais sur ton sein, et mappelais
Le plus cher gage de tes entrailles,
Par mes soupirs, ah, par ces plaintes funestes
Que je répands à tes pieds...
Tu perds ton temps, tes plaintes et tes soupirs
À mes pieds.
Tu perds dun même coup
Un gendre et une fille.
Il est bien plus juste
Que je fasse plus de cas
De la foi que jai jurée, et de Rome, et
dAuguste.
Parfais donc ton uvre, père inhumain;
Cette victime elle aussi
Est bien digne de ta rage; que la même main
Qui nous a unis dans la vie
Nous rassemble dans la mort. Eh bien,
quattends-tu ?
Vois dans ta fille
Le même crime,
Et la même vertu;
Mon cur brûle du même zèle
Qui enflamme mon époux
Et fait que je te demande
Ou sa liberté, ou ma mort.
Air
Ersinda À
la fureur qui te conseille, À
la fureur, etc.
À Auguste, à ses troupes,
Offre donc aussi mon âme.
Cest un crime dêtre ta fille,
Cest un châtiment davoir pour
père
Un si cruel géniteur.
Ségeste, Ramise
Récitatif
Ramise Ségeste Ramise Ségeste Ramise Ségeste Ramise (Pendant
quelle porte le coup contre Ségeste, Sigismond
la retient.)
Tourne vers moi ton front
Empli de ruses, empreint de rougeur,
Prince sans foi,
Père dépourvu dhumanité,
traître.
Holà ! Quelle est cette audace,
Vile femelle !
Et quel respect, quels égards
Sont dus à un déloyal ?
La raison veut-elle, par hasard,
Que je respecte en toi
Léminente dignité de citoyen romain,
Pour laquelle, insensé, tu as perdu
Le lustre de ton sceptre ?
Je veux que tu respectes en moi
La puissance, que maccorde le Destin,
Dabattre la superbe...
Qui ne craint pas la mort, méprise tout;
Mais si Arminius tombe,
Ségeste ni Varus
Ne se riront de mes larmes amères.
Jai trop de honte de me quereller avec toi.
Vois, traître, si je sais frapper.
Les mêmes, Sigismond
Récitatif
(Ramise
jette son poignard.) Sigismond Ramise Ségeste
Ah, Ramise !
Ah, destin !
Ah, téméraire !
Lorgueil, même vaincu,
Conserve encore autant daudace ?
Mais il faut quaujourdhui, Arminius, par sa
mort,
Rabaisse le caractère superbe
Dun esprit arrogant
Et que tombent en même temps
La tête de lorgueilleux, et ton
audace.
Trio
Ségeste Ramise Sigismond Ségeste Ramise Sigismond
Quelles tombent, quelles tombent, et toi,
orgueilleuse,
Tu cèderas à ma fureur.
Non, non, mon cur na pas peur.
Souviens-toi, père, ô D
!
Que Ramise est mon idole.
Et toi, souviens-toi de mon amour.
Je saurai abattre ton audace.
Je nai pas peur de mourir.
Chère, conserve-moi ton cur.
Père, réfrène ta
rigueur.
Sigismond, Ramise
Récitatif
Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise (Elle
lui jette lépée et fait mine de partir;
Sigismond la retient.) Sigismond (Il
court prendre lépée.) Viens,
bois mon sang: je mouvre les veines. Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise
Mon amour...
Tu oses encore, infidèle,
Me parler ?
Infidèle, celui qui tadore ?
Et quelles preuves damour, hypocrite, me
donnes-tu ?
Mon sang veut la vengeance,
Et tu te fais le bouclier de mon ennemi ?
Il est mon père ; comment
voulais-tu... ?
Tu ne dois pas autant à ton père
Que tu dois à ta patrie, à tes aïeux,
À la justice, au Ciel, aux dieux de ta
patrie.
Ainsi, tu présumes... ?
Laisse-moi, trompeur.
Trompeur, un cur qui est tout
fidélité ?
Ramise croit aux actes et non aux paroles.
Que dois-je donc faire ?
Qui prétend à mon amour
Doit servir ma colère.
Contre un père ?
Contre un infâme,
Ennemi de la patrie et de son sang.
Égorgé par la main dun
fils ?...
Et quel respect mérite
Un géniteur qui sapplique à trahir
Les lois de lamitié et celles de la
nature ?
Sigismond, en son sein, nenferme pas
Un cur si barbare, une âme si
infidèle,
Et tu ne pourrais aimer en Sigismond un
parricide.
Jaimerai alors en Sigismond
Le glorieux libérateur de la Germanie,
Le juste oppresseur dun tyran,
Le généreux vengeur de mon sang.
Jamais je nachèterai
La gloire au prix dun crime.
Pour un si beau crime, Rome conserve
Une noble mémoire en Brutus.
Ah, belle...
Adieu.
Tu me laisses ainsi ?
Cest à ce prix que je vends
La possession de moi-même, et de mon
cur.
Si le sang de Ségeste peut
Me rendre ton amour, prends, (Il lui tend son
épée.)
Et étanche ta fureur dans mon sang,
Cest le sang de Ségeste.
Ah, insensé ! Adieu.
Arrête ! Moi-même, cruelle,
Victime et ministre de ton farouche désir,
Joffre mon sein.
Arrête; tu délires.
Non.
Arrête, si tu maimes.
Non: si tu veux me voir parricide,
Je ne veux plus vivre, je nai pas le cur
De trahir mon sang et mon amour.
Fils trop fidèle
Dun père sans foi, ô dieux !
pardonne
Si je nai plus lusage de ma raison;
Un amour aux yeux bandés, une haine aveugle
Mont privée de sa lumière.
Air
Ramise La
haine crie «À mort !» au
cur, La
haine, etc.
« Paix, paix », demande
lamour;
Et je ne sais ce que je dois faire.
Ainsi la nacelle accablée
Se trouve combattue par deux vents,
Dans une rude tempête au milieu de la
mer.
Sigismond seul
Récitatif
Sigismond
Ô Ramise ! Ô Ségeste !
Trop durs tyrans, et trop chers,
Que voulez-vous de moi, que mordonnez-vous ?
Lun veut que je mette à mort mon pudique
amour,
Lautre que je donne la mort à mon
père.
Air
Sigismond Que
je te tue ! Que
je te tue, etc.
Moi, parricide !
Un tel penser
Ne saurait être,
Père cher, père aimé !
Mais Ramise, ladorée,
Me dit, dans son courroux:
« Quil meure... »
Non.Ô dieux ! Je ne sais lequel
Est plus cruel, plus criminel,
De Nature ou dAmour.
La prison
Arminius seul
Récitatif
Arminius [Entre
un soldat.] Que
lun de vous mappelle
Holà ! Gardiens !
Varus; avant de mourir, je voudrais
Lui dire un seul mot, grâce auquel
Il vivra heureux, et je mourrai content.
Arminius, Ersinda en larmes
Récitatif
Ersinda Arminius Ersinda Arminius Ersinda Arminius Ersinda Arminius Ersinda Arminius Ersinda Arminius Ersinda Arminius Ersinda Arminius Ersinda Arminius
Mon époux ?
Hélas ! tu pleures,
Ersinda; dis-moi si tu viens pour rendre
aujourdhui
Ma mort moins douce, ou moins pénible,
En fille de Ségeste, ou comme mon
épouse.
Je viens en épouse pour suivre ton sort,
Et, si je ne peux plus être ta compagne
Dans la vie, pour lêtre au moins dans la
mort.
Ah ! si tu me suis,
Je ne meurs plus glorieusement, et je porte avec moi
Le témoignage, ô dieux ! dun grand
crime.
Tu dédaignes donc quavec toi,
Ersinda vienne, et tu es si jaloux
De ta vertu et de ta gloire
Que tu ne veux pas que je limite, ô cher
époux ?
Non, vis, chère, et reste
Lunique héritière de mes purs
sentiments.
Reste mon époux, et vis,
Si tu veux que moi aussi je vive.
Que je vive ? et comment,
Mon nom terni par une honteuse paix,
Accepterais-je quun général romain
Mimpose ses lois ? et jaurais en vain
Rassemblé tant de troupes, répandu tant de
sang ?
Alors que, accablé par le destin,
Tu as tout perdu, ô dieux, tu voudrais
aujourdhui,
Époux chéri, te perdre aussi
toi-même ?
Avec un cur intrépide, je souffre
Tous les outrages dune cruelle fortune;
Elle peut, me persécutant, me ravir
La liberté, la dignité, les richesses, le
rang;
Si elle me laisse Arminius, je lui pardonne:
Ce quelle donne est plus grand que ce quelle me
ravit.
Ah ! si par de tels discours
Tu veux me voir avili,
Ersinda, ou tu ne maimes pas, ou tu me mets à
lépreuve:
Mon âme nadmet pas dêtre
assimilée
À celle de Ségeste; je nachète
pas
La vie par une telle bassesse.
Donc, plutôt que dêtre esclave,
Tu as résolu de mourir.
Oui, je veux mourir, et par mon exemple...
Un si bel exemple, je veux moi aussi le suivre.
Et à quoi bon, chère
épouse...
Si tu mappelles épouse,
Et que tu consens maintenant à ma servitude,
Arminius, ou tu me mets à lépreuve, ou
tu ne maimes pas:
Je ne veux pas que Rome
Me voie prisonnière, et, sur le rivage
étrusque,
Être montrée du doigt, dépouille
méprisée,
Par les jeunes mariées latines.
Mon pudique amour, dans son ingéniosité,
A prévu un remède, et jai
déjà pensé...
Quoi donc ?
Tu le verras bientôt.
Les mêmes, Varus, des gardes
Récitatif
Varus Ersinda Arminius Varus Ersinda Arminius Ersinda Varus Arminius Varus Ersinda Arminius
Arminius...
Quelle fureur aveugle
Te conduit dans ces ténèbres, dans un tel
appareil,
Pour insulter un infortuné ?
Ersinda, tu outrages à tort
Un mérite si rare:
Varus nest venu ici quà ma
prière.
Seigneur, bien quennemi,
Jai adoré la vertu, estimé la valeur
De ton noble et généreux cur;
Possesseur dun trésor
Dont je nai peut-être jamais été
digne,
Aujourdhui, ton mérite et lamour
exigent
Quen mourant, je ten fasse
légataire.
Quentends-je ?
Quest-ce ?
Oui, il sagit dErsinda;
Ni le passé, ni le présent
Nont jamais vu vertu plus belle que la sienne;
Elle est digne de toi, et toi delle.
Et je lentends ? Et je le
souffre ?
Ô dieux !
Seigneur, ne refuse pas
Un don si précieux,
Venant de la main de son époux;
Jétais informé que pour ce visage,
Tu as soupiré damour avant moi;
Et un si beau feu nest pas encore éteint.
Chère, à lheure de ma mort,
Verse quelques larmes sur ma cendre,
Puis voue à loubli
Tout souvenir, tout amour passé
Du malheureux Arminius,
Et que toute la foi de ton chaste cur
Se tourne vers un successeur si digne, et plus
heureux.
Hélas ! Varus,
quentends-tu !
Et mon cur résiste
À de si funestes paroles, et nen meurt
pas ?
Quainsi Rome te voie
Épouse du vainqueur, et non du vaincu.
Air
Arminius Ne
pleure pas, mon amour, Ne
pleure pas, etc.
Mais tempère la cruelle douleur
De ton sein;
Car je suis content
De ma mort.
À toi, seigneur, je confie
Un si noble gage;
Chère, je tembrasse, adieu.
Reçois lultime don
De mon amour.
Ersinda, Varus
Récitatif
Varus Ersinda Varus Ersinda Varus Ersinda
Ersinda, je suis confus;
Un noble cur aimant
Peut bien sans douleur
Perdre la vie, certes, mais non son amour.
Pourtant, intrépide et constant,
Ton ingrat époux tabandonne.
Moi, sil métait donné
De vous posséder un jour,
Yeux si lumineux...
Holà ! Varus, quelles images damour
Vas-tu imaginer dans le sein de la mort ?
Si Arminius mourant me cède à toi,
Lamour et la foi, encore vivants dans ma poitrine,
Minterdisent dêtre tienne.
La mort peut séparer
Avec deux légers soupirs et quelques larmes
Les âmes viles, non les âmes nobles qui
saiment.
Si ma douleur nest pas aussi forte
Pour réunir nos âmes,
Que lest le destin pour séparer nos
poitrines,
Fers, lacets, poisons,
Mouvriront la route à ma guise:
Non, Ersinda ne vivra pas,
Si tu ne peux empêcher quArminius
disparaisse.
Ainsi, mon espérance...
Non, non, ton espérance
Ne doit pas se fonder sur sa ruine;
Car ma constance a plus en horreur
Tes noces que la mort:
Si tu es généreux, obtiens sa vie de mon
père.
Donc, je devrai moi-même...
Te faire lappui et le soutien de ton rival;
Un effort si illustre et si digne,
On ne peut lattendre que de la vertu de Varus;
Et fais quErsinda doive à ton grand
cur
Ce quelle eut de plus cher.
Air
Ersinda Tu
te vantes de ton cur blessé Tu
te vantes, etc.
Par laveugle dieu damour,
Et tu ne comprends pas, ô Dieu !
Ma cruelle angoisse,
Tu nen as pas pitié ?
Ah, rends-moi mon bien-aimé,
Mes peines te le demandent,
Et ta gloire, et les dieux,
Et mes pleurs, et mes soupirs.
Varus seul
Récitatif
Varus
Ainsi, ma fortune,
Hostile à mon amour, dès sa naissance,
Égorge mon espérance encore dans les
langes.
Varus, tu pourrais souffrir
Quun prince germain
Enseigne la vertu à un cur romain ?
Et quune femme affligée
Te donne un modèle de
générosité
Dans une passion si coupable ?
Ah, non ! Révoltez-vous, mes esprits,
Contre un vil Cupidon,
Et quErsinda apprenne
Que Varus était son égal en vertu.
Air
Varus Le
cur amoureux Le
cur, etc.
Vaincu par un amour aveugle
Languit et souffre
Et ne peut
Briser sa chaîne.
Mais je sens en mon sein
Naître un sentiment
De noble gloire
Qui déjà me donne
La victoire sur lamour.

Acte III
Un amphithéâtre
Ramise seule
Récitatif
Ramise
Mes yeux, vos larmes
Sont lâcheté, et non douleur.
Se venger valeureusement,
Cest la noble fierté du courage.
Cruel théâtre de mort, scène
horrible,
Qui, avec une pompe funeste
Donnez plus déclat
À la rage de Ségeste,
À la fidélité dArminius, et
à ma peine,
Avant que, pieusement, je confie
Les os de mon frère à lurne
funéraire,
Je veux, et jen fais serment,
Venger mon sang
Avec le sang de Ségeste et de Varus.
Mais, oh dieux, voici celui qui mest cher,
Mon malheureux frère. Ah, ma douleur,
Tu mas trahie... Ah, quel spectacle ! Ah, mon
sang ! ah, mon cur !
Ramise sévanouit; Arminius, qui
arrive enchaîné, la
soutient
Récitatif
Ramise Arminius Ramise Arminius Ramise Arminius Ramise
Je meurs.
Ah, ma chère Ramise ! est-ce donc là
Ton courage viril
Que la jupe narrive pas à dissimuler en
toi ?
Tu me donnes un si vil témoignage
De ta constance, et tu me fais voir
Que la sur dArminius, en fin de compte, est une
femme ?
Ah, non ! Si le courage, la vigueur
Défaillent, seffondrent,
Cest en moi par la force de lamour, non de la
bassesse.
Et quel mal te représente ta douleur ?
Lappareil que tu vois est mon triomphe,
Et cette pompe fatale est mon Capitole.
Mon esprit reçoit
Un nouveau souffle de ton courage; grande âme,
Va-t-en donc, si constante, la joie sur le visage,
Vers tes bienheureux Champs Élysées; et si un
jour
Sur la rive du Styx
Tu poses le pied
Et que tu voies y arriver
Deux ombres tristes, ensanglantées,
Dis seulement: Varus et Ségeste
Viennent dêtre sacrifiés à la
vengeance;
Et peu après, ô mon frère,
Attends ta Ramise sur cette rive.
Ah, non ! Reste, et défends
La liberté de notre patrie, vis, et console
Ma chère Ersinda:
Elle, je la laisse héritière de mon amour, de
ma foi,
Mais cest à toi que je lègue,
En cet ultime adieu, ma valeur et mon esprit.
Cest justement avec ta valeur et ton esprit
Que je veux te suivre aujourdhui;
Comment pourraient mêtre plaisantes,
Sans toi, la liberté ni la vie ?
Duo
Ramise,
Arminius Reçois,
ô cher / chère, dans cette étreinte, Reçois,
etc.
Reçois maintenant mon dernier adieu;
Si tu vis, / Si tu meurs,
Avec ton cur, mon cur
Vivra / Mourra en même temps.
Arminius, puis Varus dun côté et
Ségeste du côté
opposé
Récitatif
Arminius Varus Ségeste Varus Ségeste Varus Ségeste Varus Ségeste Varus Ségeste Varus Ségeste Varus Ségeste Arminius
Bourreaux, rendez-moi désormais
À ma mort, puis,
Portant ma tête à Ségeste...
Holà ! Défaites
Ces liens indignes !
Holà ! Arrêtez,
Et resserrez ces liens,
Tranchez cette tête !
Qui règne en Germanie ?
Auguste.
Auguste dédaigne
Un si vil trophée.
Il veut quArminius meure.
Quil meure, mais en guerrier et non en criminel.
Quil retourne, armé de son acier,
Sur le champ de bataille, et que par sa mort, il
accroisse
Sa gloire, et celle de Rome, et celle de Varus.
Et qui en décide ainsi ?
Ma juste volonté.
Et quel droit de regard
Peux-tu avoir sur mes conquêtes ?
Tu combats pour Rome, et ton butin
Est acquis à Auguste, et ne tappartient
pas.
Le prisonnier doit donc
Être conservé pour Auguste.
Oui.
Quon le remmène donc
Dans son étroit cachot.
Ah, quelles péripéties !
Varus, ta générosité
Moffense trop, si elle pense, si elle croit
Quà défaut de la force, la
courtoisie
Pourrait aujourdhui mamener
À trahir ma foi,
Qui est asservie à guider ma patrie.
Laisse, laisse que je meure, et mes mérites,
Avec ma mort...
Les mêmes, Tullius avec quelques
soldats
Récitatif
Tullius Ségeste Tullius Ségeste Varus Ségeste Varus
Varus, Ségeste, ô dieux !
Ségimère talonne
Les phalanges défaites, et rendu audacieux
Par nos pertes, il a fait aller son pied
Pour les poursuivre, jusque sur les rives de
lElbe.
Cette onde en a sauvé quelques-uns, noyé
beaucoup,
Et ce nest quen nageant, oh Dieu !
Que ces quelques hommes et moi avons pu
échapper.
Que décides-tu maintenant ?
Oppose
Les légions romaines
À lépée fatale de
Ségimère;
Sors sur le champ de bataille, seigneur.
Et quArminius meure.
QuArminius retourne au cachot; je vais au
combat.
Quil soit en vie pourrait bien un jour
Faire trébucher ta fortune.
La faveur de la fortune
Dépend de mon bras, et de mon cur.
Air
Arminius Je
retourne dans les chaînes, Je
retourne, etc.
Sort, que veux-tu de moi ?
De si étranges tribulations,
Entre le cachot et la mort
Ne font que rendre ma foi
Plus ferme et plus solide.
Varus, Ségeste, Tullius, soldats
Récitatif
Varus Ségeste Varus
Toi, Ségeste, reste avec tes hommes
Pour défendre le château.
Tullius, tu me suivras.
Varus, tu dois devancer
Laudace ennemie, et avant quen ce lieu
Arrive lincendie fatal,
Tu dois éteindre le feu par le sang
dArminius.
Cette vilenie nest pas permise
À une poitrine romaine, à un cur
guerrier.
Qui a défait aujourdhui Arminius
Craindrait Ségimère ?
Air
Varus Le
hardi marin a déjà su fouler Le
hardi, etc.
Les ondes perfides dans la tempête;
Et pour un souffle de vent léger,
Il craindrait de se mesurer à la
mer ?
Ségeste, Tullius
Récitatif
Ségeste Tullius Ségeste Tullius Ségeste Tullius Ségeste Tullius Ségeste Tullius
Tullius, comment est né en Varus
Un si soudain changement ?
Je ne sais pas.
Il soupire pour Ersinda ?
Oui.
Il souhaite et désire
lépouser ?
Il est vrai.
Il na donc pas de raison
De sopposer à la mort
dArminius.
Cest incompréhensible.
Que dois-je faire ?
Seigneur, prends conseil de ton propre cur;
Là, sur le champ de bataille, mattendent
Notre gloire et le danger commun.
Air
Tullius La
victoire ne doit pas refuser La
victoire, etc.
De suivre les armées romaines;
Veuille le Destin
Quaujourdhui le Rhin vaincu
Accroisse lempire et la gloire du
Tibre.
Ségeste
Récitatif
Ségeste
Varus, je te comprends: bien que lenvie et la ruse
Dissimulent tes desseins,
Tu ne veux pas que je sois larbitre
De la vie dArminius, mais son gardien;
Tu repousses lidée que je puisse partager avec
toi,
Sur le champ de bataille, le risque et la gloire;
Mais tu te trompes: Ségeste
Saura déjouer la ruse par la ruse.
Air
Ségeste Lennemi
nest pas vaincu Lennemi,
etc.
Bien quenserré par ses liens;
Ces cordes par lesquelles il est attaché,
La ruse ou la valeur pourront un jour les
défaire.
Seule peut chasser la crainte
Sa mort si demandée.
Une chambre avec une petite table, sur laquelle se
trouvent un gobelet avec du poison et
lépée dArminius
Ersinda seule
Air
Ersinda Jai
devant moi poison et fer, Jai
du poison, etc.
Et pourtant je vis, et je souffre encore:
Deux morts ne sont pas assez
Pour mettre fin à ma douleur.
Récitatif
Ersinda (Elle
veut se frapper, mais se retient.) Pourrait
peut-être tavilir. Oh dieux ! Qui sait (Elle
pose lépée et prend le
gobelet.) Reste avec
ta gloire, (Alors
quelle veut boire, Ramise len
empêche.)
Je te tiens, illustre acier
De mon malheureux époux trahi.
Si déjà, aux dépens de Varus,
Tu as rendu un temps ton maître fameux,
Aujourdhui, en me donnant la mort,
Rends éternelle la foi de son épouse;
Et quon ne puisse plus dire plus tard
Quelle est la plus grande de tes louanges,
Aux mains de lépoux ou de
lépouse,
Comme instrument de Mars ou comme instrument
dAmour.
Oui, je me transperce... Mais non, arrête. Ma
mort
Si ma constance ne sera pas plus tard
Qualifiée par le monde de
lâcheté ?
Illustre fer, et que la Parque
Descende en mon sein, armée dun poison
mortel
Pour mettre fin à ma douleur.
Oui, oui, je bois la mort.
Ersinda, Ramise
Récitatif
Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise
Arrête, Ersinda,
Arrête, cest de la
lâcheté.
Laisse-moi: cest là constance et
fidélité.
Si peu forte est donc lépouse
dArminius
Contre la rigueur du barbare destin ?
Mon époux vit-il ?
Oui, il vit dans le danger.
Laisse-moi donc mourir.
Oui, il faut mourir, mais pas encore.
Il faut dabord le soustraire aux liens où il
vit attaché,
Ou le venger une fois disparu.
Le soustraire ? Et comment ? Oh
Dieu !
Puissent Amour et le Destin sourire à notre noble
désir:
Prends la coupe, laisse-moi lacier,
Et suis mes pas;
Les dieux écouteront nos plaintes.
Duo
Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ensemble
Viens, et espère
Que le sort
Ne soit pas toujours sévère.
Je viens, ô Dieu !
Ma poitrine
Est la cible du sort.
Que le cruel péril de mon
frère...
Que le cruel péril de mon
époux...
Donne du courage à ma valeur.
Donne du courage à mon triste
cur.
Si je peux briser ses liens...
Si je peux le serrer sur mon sein...
Je nai cure de la mort.
Un vestibule conduisant aux cachots
Sigismond, soldats
Récitatif
Sigismond
Arminius infortuné,
Tu devras mourir, puisque lenvie exige
De voir punies en toi trop de valeur, trop de foi.
Mais Sigismond peut-il être
lexécuteur
De lordre injuste
De son cruel géniteur ?
Ah, non ! je ne veux pas
Poursuivre une entreprise si criminelle;
Le Ciel nous astreint à la justice, plus
quà lobéissance.
Mais, ô dieux ! si cest là du
zèle,
Il présente à mon cur un dessein
importun:
Si aujourdhui Arminius ne meurt pas,
Je verrai mis en danger
La vie et lhonneur de mon père.
Air
Sigismond Une
pensée dit à lesprit:
« Tu seras toujours innocent,
Si cest ton père qui ordonne. »
Mais la raison, hardie, répond:
« Tu dois sacrifier ta vie pour lui,
Mais jamais souiller ton honneur. »
Sigismond, Ersinda avec le poison, Ramise avec
lépée
dArminius
Récitatif
Ramise Ersinda Sigismond Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Sigismond Ersinda Ramise Ersinda Ramise Sigismond (Il
jette le poison loin dErsinda, et enlève
lépée à Ramise.) Vivez,
oui, vivez:
SigismonDieu
Mon frère...
Chère... Ma sur...
Rends à mes bras...
Et à mon sein...
... Mon cher frère.
... Mon tendre époux.
Ou je bois la mort.
Ou je me transperce.
Oh dieux ! Arrêtez, et écoutez
dabord
Les décisions de Ségeste. Sétant
placé
À la défense des remparts, il mappelle
à lui
Et me parle ainsi: Fils aimé,
Tu vois en quel péril
Vont se trouver aujourdhui notre vie et notre
renommée.
Un coup à lui seul assure lune et
lautre:
Va à la prison, et ly ayant
tranchée,
Rapporte-moi la tête du fier Arminius;
Avec celle-ci, oui, avec celle-ci,
Je veux épouvanter lorgueil des
Chérusques
Du haut de ces murailles.
Je sais que ton cur en frémit,
Mais si tu refuses de regarder ce torse,
Vidé de son sang par ton uvre,
Cest ton sang qui me paiera
Les outrages subis par Auguste, et les torts subis par
moi.
Père barbare ! Cruel
frère !
Oh, fils plus criminel que son père inhumain,
Exécuteur plus injuste !
Oui, oui, tu veux me voir morte ? Je bois le
poison.
Non, non, tu ne veux pas que je vive ? Je mouvre
le sein !
Arrêtez ! Oh, père ! oh,
amour !
Oh, Ramise ! oh, sur ! oh, sentiments !
oh, mort !
Je ferai que dans tes bras, sur ton sein,
Le frère, lépoux, retourne
aujourdhui:
Au prix du danger couru par mon père, et de mon
sang,
Jachèterai les jours de votre vie.
Air
Sigismond Vivez,
oui, vivez, Vivez,
etc.
Je mourrai content;
Si vous êtes heureuses grâce à moi,
Je serai heureux de mourir pour vous.
Ramise, Ersinda
Duo
Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise
Ah, ma Ramise, jéprouve...
Ersinda, je sens...
Que mon âme...
Que mon cur...
Nest pas pleinement consolée.
Nest pas satisfait.
Cest la faute du sang en moi.
En moi, celle de lamour.
Voir mon époux,
Embrasser mon frère,
Oh ! quelle joie ce sera !
Oh, quel plaisir !
Mais il nest point au monde...
Il ne se trouve pas ici-bas...
...De bien sans mélange.
...De jouissance parfaite.
Ah, vie !
Ah, liberté !
Entre contentement et douleur...
Joies et martyres...
... Je tire des soupirs de mon sein,
... Des larmes de mes yeux.
Ah, mon époux !
Ah, mon frère !
Tu es si cher à mon
cur !
Tu me coûtes tant !
Ramise, Ersinda, Arminius, puis Sigismond et des
gardes
Récitatif
Arminius Ramise Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda Sigismond (Il lui
rend lépée prise à
Ramise.) Que
retourne à ton bras Arminius Sigismond Ersinda Ramise Sigismond Arminius Sigismond Ersinda Ramise Sigismond Arminius Sigismond
Mon épouse, ma sur;
Désormais délivré de ces liens
serrés,
Je vous étreins, je vous embrasse.
Mais vous pleurez ? Que je vive vous
déplaît ?
Eh bien, voyez: dans ces indignes entraves,
Je retourne attendre la mort.
Cesse.
Arrête-toi.
Oh dieux ! ces souffrances...
Mes larmes...
Je ne saurais dire si cest joie ou martyre.
Je ne puis expliquer si cest peine ou
jouissance.
Seigneur, trêve de sentiments !
Ne tattarde pas, hâte-toi de partir.
Le fidèle instrument de ta gloire
Et de la liberté du sol germain.
Seigneur, comment Arminius
Pourra-t-il récompenser
Ton si grand zèle, et ta
fidélité ?
Arminius, celui qui uvre
Pour la justice et le devoir
Reçoit par son ouvrage même un digne
prix.
Ô généreux
frère !
Ô illustre amant !
Sil advient que tu reviennes triomphant,
Chargé de palmes et de victoires,
Bien quil soit barbare et injuste,
Pardonne à Ségeste, et interdis
À tes troupes de verser son sang,
Car il est le père de Sigismond et
dErsinda.
Au prix de ma gloire,
Je défendrai sa vie, et dans le danger,
Mon glaive respectera
Dans le père criminel, le fils
libérateur.
Par une chemin souterrain,
QuErsinda connaît bien,
Va-t-en maintenant hors de ces murailles.
Mon frère, vas-tu rester
Exposé à la colère de ton père
berné ?
Ne veux-tu pas nous suivre ?
Non.
Je ne partirai pas:
Si elle te coûte la vie,
Je dédaigne la liberté.
Ma fuite
Retire tout mérite à mon acte, et montre, oh
Dieu !
Que jai été conduit à trahir mon
père
Non par justice, mais par félonie;
Va-t-en; si ma vie
Importe à ton cur, elle dépend de ton
départ:
Va, combats, sois vainqueur: Sigismond
Attend désormais son salut de ton retour.
Quatuor
Arminius Sigismond Arminius Sigismond Arminius
et Sigismond Ersinda Ramise Ersinda Ramise Ersinda
et Ramise Arminius Ramise Ersinda Sigismond Arminius Ersinda,
Ramise,
Sigismond Arminius Ersinda,
Ramise,
Sigismond
De la valeur de mon épée...
De la valeur de ton épée...
Jaurai en combattant,
indissociable...
Aie en combattant, indissociable...
La mémoire de celui qui reste.
Je suivrai lépoux
aimé;
Je quitterai lidole aimée;
Mais linique destin me trouble
Mais linique destin
marrête
Quand je pense à celui qui reste.
Je vais !
Combats !
Sois vainqueur !
Reviens !
Je couvrirai de palmes ...
Et couvre de palmes...
...Ma patrie affligée et triste.
...Ta patrie affligée et triste.
Ramise, Sigismond
Récitatif
Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond
Ramise, tu ne pars pas ?
Et toi, tu restes ici
Comme victime de la sauvage fureur de Ségeste,
Et tu me rends mon frère
Pour que, dans ce don, je pleure le
donateur ?
Quil fuie, celui qui est coupable; si la faute est
mienne,
Je veux soutenir ma faute avec gloire.
Et si cest moi la cause de ta faute,
Je dois rester avec toi entre ces murailles,
Car il nest pas possible que la faute
Soit mise en lumière, et que sa cause reste
obscure.
Oh dieux ! Mon âme,
Qui est fière dune si belle faute, et na
pas peur,
Devant ton danger, chère !
Maintenant, seffraye, et apprend à
craindre.
Air
Ramise Apprends
à ne pas craindre Apprends,
etc.
De mon constant amour,
Chère, douce espérance de mon cur.
Pour vaincre la cruauté
De ton destin sans pitié,
Ma constance te servira dexemple.
Les mêmes, Ségeste, gardes
Récitatif
Ségeste Sigismond (Il
jette lépée à ses
pieds.) Jestimerai
que cest une grande chance Ségeste Sigismond Ségeste Sigismond Ramise Ségeste Sigismond Ségeste Ramise Sigismond Ramise
et Sigismond (Ils
sont emmenés par les soldats, lui dun
côté, elle de lautre.)
Ainsi, pendant que la vie
Et lhonneur du père sont en danger,
Au lieu dexécuter mes ordres,
Tu tattardes ici, fils efféminé,
Parmi les caresses de celle-ci ?
Désormais, seigneur, oublie
Les doux noms de fils et de père;
Tu es trahi, et je suis le traître;
Je mavoue coupable, et ma faute me fait ressentir
De la joie, et non du repentir;
Voici le fer à tes pieds: condamne-moi,
Que de recevoir la mort pour un si noble crime.
Ciel, quentends-je !
Arrachée à ta fureur,
La victime innocente
A reçu de moi la liberté et la vie.
Arminius en liberté ? Et ma rage, ma fureur
Ne me tuent pas ?
Le sort se joue de moi,
Varus se dérobe, et mon fils me trahit:
Perfide, prends ton fer
Et dun il riant,
Ouvre mon sein, et sur mon corps inerte,
Rassasie-toi de mon sang;
Accomplis ton uvre indigne, tes criminels
desseins,
Monstre ingrat, infâme traître.
La haute vertu dun si illustre guerrier
Ma conduit...
Eh, non, ce nest pas vrai:
Épargne ton sang; je suis la coupable.
Ségeste, tâche de passer ta colère sur
moi;
En Sigismond, lamour a vaincu la nature,
Et mon visage, dans le sein de ton fils,
A eu plus de force que le sang,
Que le devoir, que son père.
Quon les arrête tous les deux.
Elle te trompe:
Ce sont la patrie, lhonneur,
Mon devoir, la vertu dun autre, la justice,
Ma haine pour Auguste,
Et ton injustice irraisonnée
Qui ont fait de moi un félon.
Ah, tais-toi, indigne !
Ma colère na plus de frein, rien ne la
retient:
Traînez-les tous les deux dans le jardin;
À lapproche de ma mort,
Je devancerai le Destin par ma vengeance,
Et avant moi tomberont
Une femme orgueilleuse, un fils ingrat.
Ah, mon amour !
Ah, mon cur !
Tu mourras pour moi ? Quelle douleur !
Adieu.
Ségeste seul
Récitatif
Ségeste
Arminius en liberté !... Mon fils ly a
mis ?
Rome, Auguste, Ségeste,
Varus, légions, troupes,
Nous sommes tous en danger...
Mais tu nas pas été un fils, je ne suis
plus père.
Avec ton sang... Hélas, non... Ce sang est le
mien.
Cest de moi que lingrat est né,
Ce monstre dépourvu dhumanité...
Mais en lui, laffection sest tue; en moi, la
nature
Ne doit pas parler, ou être écoutée.
Déjà, je vois, superbe, lennemi
vainqueur
À lintérieur de ces murailles;
Quels massacres il me prépare... Voici des
francisques,
Voici des lacets, voici des roues... Malheur, que
dis-je ?
Le plus grand ennemi
Est mon traître de fils;
Quil meure... la mort est peu,
Et la haine, la colère, la fureur doivent
menseigner
Des supplices nouveaux, par la roue, par le feu,
Plus dignes de son crime et de ma vengeance.
Air
Ségeste De
Tisiphone et dAlecto, De
Tisiphone, etc.
Pour tourmenter sa poitrine,
Du profond
Sein du monde,
Père offensé, jinvoque laide;
Mais tout le feu de lAverne,
Pour punir un impie,
Un fils ingrat, cest encore peu.
Un grand jardin
Ramise dun côté, Sigismond de
lautre, gardes
Récitatif
Sigismond Ramise Sigismond Ramise Sigismond Ramise
Ramise ?
Sigismond ?
Jespérais, pour unir nos âmes,
Dautres liens, plus doux et plus solides,
Un autre lit, dautres flambeaux,
Que des chaînes et des cordes,
Daffreux cercueils, des torches
funèbres.
Dans la mort que le sort nous destine aujourdhui,
Quune idée joyeuse
Réconforte mon âme avec ton cur.
Nous mourrons contents,
Moi de ton fidèle amour, toi de ma foi;
Nous mourrons ensemble, et si tu tombes pour moi,
Ma chère vie, je mourrai pour toi.
Mon seul réconfort
Sera de te précéder dans la mort,
Et de ne pas voir tes beaux yeux
Fermés à la lumière avant les
miens.
Ah, non, mon doux amour,
La raison veut que la première à faillir
Soit la première dans le châtiment.
Duo
Ramise Sigismond Ramise
et Sigismond
Cieux, faites que je ne voie pas
Se décolorer les belles roses
De tes ravissantes joues
Avec la pâleur de la mort.
Cieux, faites que je ne voie pas
Éteintes au jour, ses amoureuses
Pupilles lumineuses
Par la fureur dun sort cruel.
Devant un si dur, un si cruel martyre,
Mon sein
Déjà défaille.
Et en te perdant, mon cur,
Mon cur, ô Dieu !
Est vaincu par la douleur.
Les mêmes, Ségeste, dautres
gardes
Récitatif
Ségeste Ramise Sigismond Ségeste (Il
senlève lépée du
côté et la donne à
Sigismond.) Tranche la
tête à celle qui a sauvé son
frère. Sigismond Ségeste Ramise Sigismond
Soldats, holà ! Détachez
La main de Sigismond.
Oh, quel bonheur !
Cher père, quentends-je ?
Prends lépée... et que ta main
même
Que moi, de ma main, je coupe
Le fil de ma vie ? Que je plonge
Le couteau dans mon cur ? Ta fureur na donc
pas
Dautres ministres ?
La peine doit être
À la hauteur de ton crime ; si tu tardes
encore,
Tu verras combien de supplices, et quels,
Elle subira.
Plus de délai:
Allons, frappe, voici mon cou dégagé;
Si ma mort vient dune autre main,
Mon amour, elle sera plus cruelle.
Ah, barbare, inhumain,
Injuste père ! Ce sont donc ces...
Les mêmes, Tullius
Récitatif
Tullius Ségeste Tullius (Il
fuit.) Ségeste Sigismond Ségeste Sigismond Ségeste (Il
prend lépée dun
soldat.) Mais avant
que je tombe, (Il
veut frapper, mais voit fuir ses gardes et entrer les
soldats dArminius.)
Fuis, fuis, Ségeste,
La colère et la fureur dArminius vainqueur;
Les légions détruites
Par la fureur des Germains,
À la première rencontre,
De la main de Ségimère
Varus a été tué,
Le château est pris, et le fier Arminius a
vaincu.
Cruel destin, te voici satisfait.
La fuite ou la mort
Me feront échapper aux liens.
Tu ne jouiras pas de ma défaite,
Sort barbare et inconstant,
Et si Ségeste pleure, nul autre ne doit rire.
Lâche ce fer.
Non; je brandirai ton barbare acier
Pour ta propre défense.
Perfide, je veux suivre les traces de Varus.
Laisse.
Arrête, seigneur.
Ah, traître de fils ! ah, fils ingrat !
Tu veux me conserver en vie
Pour quArminius devienne
Larbitre de mon sort et de mon destin.
Cela ne sera pas. Je ne veux pas
Vivre assujetti à son superbe orgueil;
Je prendrai cette épée.
Puisse votre sang apaiser lombre de Varus;
Je veux quArminius trouve
Son ami mort, et sa sur privée de
vie.
Ségeste, Sigismond, Ramise, Ersinda, Arminius,
soldats germains
Récitatif
Arminius Ségeste Ersinda Sigismond Ségeste (Arminius
lui enlève son épée.) Arminius Ramise Ersinda Sigismond Ségeste Arminius Ersinda Ramise Sigismond Arminius Ségeste Arminius Ramise Ersinda Sigismond Ramise
Arrête, Ségeste, et vis.
Laisse-moi.
Ah, père !
Oh père, apaise ta fureur.
Scélérats, rendez
Le fer à ma main.
Mets un frein à ta fureur égarée,
Ne crois pas lâcheté de céder au
destin:
Si, infidèle à ta patrie, hostile envers
moi,
Tu as jusquici nourri un perfide désir
De nous voir, elle esclave, et moi égorgé,
Abandonne ta haine comme joublie déjà
les offenses.
Oh, généreux frère !
Oh, illustre époux !
Quelle grandeur, quelle élévation
dâme !
Arminius, ma faute,
Fille de lambition et de lenvie,
A toujours été accompagnée de
douleur;
Maintenant que je te vois, oh Dieu,
Couronné dapplaudissements et de victoires,
En proportion de tes gloires,
Ma peine saccroît, si cruelle et si forte
Que la mort serait pour moi un moindre mal.
Si tu veux que je vive,
Laisse un ingrat, et cherche
À mieux employer tes bienfaits, et à ne pas
rendre par tes faveurs
Ma confusion toujours plus grande.
Cest ainsi quArminius venge les torts quon
lui fait.
Cest ainsi que font les héros.
Cest ainsi que le destin punit.
Cest ainsi quune âme
généreuse
Triomphe de ses propres passions.
Si tu aspires à rendre ton nom à la
gloire,
Sois plus fidèle; ta patrie,
Ton sang et lhonneur lexigent.
La puissance romaine
Ne doit pas teffrayer; combattons, et
espère
Que si un destin ennemi, hostile à la Germanie,
Nous guide vers la mort,
Au moins, nous mourrons libres.
Assurons notre gloire
Et laissons aux dieux le soin du reste.
Accablé par ta valeur et ta vertu,
Je te fais dépositaire de mon cur;
Modèle tout mon être selon ton
génie.
Que ton sang et le mien soient attachés
Par plus de nuds; que Ramise,
Digne récompense de ton fils,
À qui Arminius doit la liberté et la vie,
Lui soit unie par les liens de la foi.
Oh, heureuses péripéties !
Oh, jour de fête !
Oh, ma Ramise !
Oh, amant désiré !
Finale
Tous Arminius,
Ersinda Sigismond,
Ramise Tous
Après une tempête tourbillonnante,
Le soleil répand une plus claire
lumière.
Ainsi la forte valeur
Ainsi un amour fidèle
Nous conduisent au bonheur.
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