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Sur la naissance de Notre Seigneur Jésus Christ

Sur la Naissance de Notre Seigneur Jésus Christ, H. 482
Marc-Antoine Charpentier [1643 - 1704]

 

les personnages:

Sivlie, Bergère
Doris, Bergère
Climène, Bergère

Tircis, Berger
Philène, Berger
Damon, Berger

Choeur de Bergers

 

Scène premiere: Silvie & Tircis

Silvie:
Qu'il est charmant, qu'il a d'appas.
Est-il un coeur assez sauvage
pour lui refuser son hommage ?
Qu'il est charmant, qu'il a d'appas.
Est-il un coeur assez sauvage
pour ne l'aimer plus ?

Tircis:
Je te l'avouerai, sage bergère,
je n'ai pu retenir mes pleurs
de voir ce Seigneur des Seigneurs
loger sous cette humble chaumière.
Je te l'avouerai, sage bergère,
je n'ai pu retenir mes pleurs
de le voir souffrir tant de misère.

Silvie:
Il n'a pas de quoi se couvrir,
cependant d'un oeil sec sa mère le contemple.

Duo:
Ah, son humilité nous donne cet exemple
pour nous enseigner à souffrir.

Tircis:
Mais que peux-tu penser de sa mère divine ?

Silvie:
On juge à son air gracieux et par le noble éclat
qui brille dans ses yeux
qu'elle est de royale origine.
Mais toi, que penses-tu du vieillard, son époux ?

Tircis:
Il est ce qu'il nous dit,
mais cette vierge mère,
par un mystère
nouveau pour vous, lui donne cet enfant
sans qu'il en soit le père.

Silvie:
Et Joseph n'en est point jaloux?

Tircis:
Il est vrai que Marie enceinte,
quand moins il s'en devait douter,
lui fit méditer comment il quitterait
une Epouse si sainte.
Mais un Ange envoyé des cieux
lui tint en songe ce langage:
Garde-toi bien, Joseph,
qu'un divoerce odieux
ne rompe les liens de ton saint mariage.

Marie est mère et vierge
et son fruit précieux
est le parfait ouvrage
du dieu qui détruit les faux dieux.
C'est le salut enfin de tout l'humain lignage.

Duo:
Que ne devons-nous pas, Seigneur, à tes bontés ?
Tu quittes les voûtes célestes
pour venir en ces lieux funestes
te charger avec nous de nos infirmités.
Que ne devons-nous pas, Seigneur, à tes bontés ?

Scène seconde: Tous les Bergers & les Bergères, le Choeur des Bergers

Le Choeur:
D'où venez-vous, bergers,
tous deux de compagnie ?
D'où venez-vous au point du jour ?
A peine le soleil a commencé son tour
que vous et vos moutons quittez la bergerie

Ah, si vous ne craignez pour vous
ni la faim, ni les dents des loups,
craignez pour vous troupeaux leur cruelle furie.

Duo:
Pour nous, pour nos troupeaux, cesse toute frayeur.
Nous n'appréhendons plus de fâcheuse aventure.
Et vous-mêmes, je vous assure,
quand vous saurez votre bonheur,
vous serez comme nous, sans peur.

Trio:
Est-ce donc que des loups
qui nous mettaient en crainte ?
Le ciel favorale a permis
que la race cruelle aujourd'hui soit éteinte.
Ou ces fiers animaux n'auraient-ils point
apris à redouter nos craintives brebis ?

Silvie:
Nous sommes les brebis fidèles
du pasteur que nous attendons.
Depuis longtemps nous demandons
qu'il daigne nous montrer ses bontés paternelles.
O miracle étonnant
autant qu'il est nouveau bonheur
qui de bien loin surpasse notre espérance.
Ce pasteur est venu.
Jésus est au breceau.

Duo:
Ce pasteur est venu,
Jésus est au berceau.

Silvie:
Pourssez, heureux bergers,

Duo:
Poussez à sa naissance
Mille chants de réjouissance.

Le Choeur:
Le Messie est donc né !
O nouvelle agréable !
O jour mille fois fortuné !

Quoi, le Verbe s'est incarné !
Pour sauverles humains
du malheur déplorable
où le crime d'Adam,
cet illustre coupable,
avait tout le monde tenraîné !
O nouvelle agréable !
O jour mille fois fortuné !
O nouvelle agréable !
Le Messie est donc né !
O jour mille fois fortuné !

Solo / Choeur:

Heureux Bergers, reprenez vos musettes
que la douleur avait rendu muettes
et répandez dans le vague des airs
le bruit charmant de vos joyeux concerts.

Plus de tristesse, plus de soupirs,
un dieu naissant dans ce jour d'allégresse
ne doit-il pas suffire à vos désirs ?

Du Tout-Puissant célébrez les louanges,
et de concert avec les choeurs des Anges
poussez vos chants en l'honneur de son fils
jusqu'au séjour des bienheureux esprits.

Plus de tristesse, etc.