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Le martyre des Macchabées
Oratorio en III Actes
Livret de François Passerat [?]

Le martyre des Macchabées, entre 1707 & 1714
Pietro Torri [vers 1650 - 1737]

 

Acte I
Acte II
Acte III

 

Acte Premier


Scène 1
Eléazar, le jeune Maccabée, Choeur d'Israélites

Eléazar:
Dans quel gouffre de maux, dans quelle horrible peine,
Israël, te vois-tu réduit ?
Un ennemi cruel t'accable et te poursuit:
Rien ne peut adoucir sa rigueur inhumaine;
Le sang coule partout, le temple est profané,
Les prêtres fugitifs, le peuple consterné,
Tout pleure, tout languit, et jusqu'au sanctuaire,
Ce lieu si saint, si redouté,
Au pouvoir maintenant d'un vainqueur téméraire,
Gémit dans la captivité.
Dieu d'Israël, dieu de nos pères,
Arrête ton courroux, et finis nos misères.

Chœur d'Israélites:
Dieu d'Israël, dieu de nos pères,
Arrête ton courroux, et finis nos misères.

Le jeune Macchabée:
Ah ! Quel excès de maux, d'abominations !
De la sainte cité, pleurons la destinée;
Hélas ! Elle languit, esclave infortunée,
Sous le barbare joug des autres nations.

Eléazar:
Respectons, respectons la justice divine;
Nos péchés attirent son courroux.
Et si Dieu permet notre ruine,
Il ne faut en accuser que nous.

Le jeune Macchabée:
Étrange aveuglement ! Funeste idolâtrie !
Une main criminelle, en cet auguste lieu,
Vient de placer sur l'autel du vrai dieu,
De Jupiter le simulacre impie.
Mourons, ou pour venger ces profanations,
Et de l'autel, le sacré privilège,
Renversons cet idole aux yeux des nations:
C'est trop longtemps souffrir leur affreux sacrilège.
Contre ces crimes, laisse agir ton courroux.
Que ton bras, dieu vengeur, s'arme ici du tonnerre
Pour punir la rigueur qu'ils exercent sur nous,
De ces audacieux, viens délivrer la terre;
Et puisque leur fureur te déclare la guerre,
Qu'ils tombent expirants, sous l'effort de tes coups.

Chœur d'Israélites:
De ces audacieux, viens délivrer la terre;
Et puisque leur fureur te déclare la guerre,
Qu'ils tombent expirants, sous l'effort de tes coups.

Eléazar::
Loin de songer à ces vengeances,
Il faut souffrir sans murmurer,
Dieu nous ordonne d'endurer
Et les affronts, et les offenses.

Le jeune Macchabée:
Au milieu des tourments, sans espoir, sans défense,
Mes six frères déjà languissent dans les fers.
N'attendons pas qu'une injuste puissance
Ajoute d'autres maux à ceux qu'ils ont soufferts.
Courrons, volons à la vengeance.
Que les tyrans succombent sous nos coups
Et pour punir qui nous offense
Suivons les mouvements d'un trop juste courroux.

Eléazar:
Demandons à Dieu, par nos larmes,
Qu'il daigne finir nos malheurs.
Nous obtiendrons moins par les armes,
Que par la prière et les pleurs.

Chœur d'Israélites:
Demandons à Dieu, par nos larmes,
Qu'il daigne finir nos malheurs.
Nous obtiendrons moins par les armes,
Que par la prière et les pleurs.

Le jeune Macchabée:
Mais qu'aperçois-je, hélas ? Jusque dans ce saint lieu,
L'impie Antiochus porte un pied téméraire !
Veut-il par sa présence insulter au vrai dieu ?
Y vient-il assouvir sa rage sanguinaire ?

Eléazar:
D'un impitoyable vainqueur,
N'attendons rien d'autre que de funeste.
Faisons notre devoir, sans craindre sa rigueur,
Et dieu disposera du reste.


Scène 2
Antiochus, Menelaus, Eléazar, le jeune Macchabée, Chœur d'Israélites, Suite et gardes d'Antiochus

Menelaus:
Rien ne s'oppose plus, seigneur, à vos désirs.
Tout cède à l'effort de vos armes;
Et l'on voit régner les plaisirs,
Où régnaient autrefois le trouble et les alarmes.
Vous triomphez, , malgré sa résistance;
Et de vos plus fiers ennemis,
Vous avez abattu l'orgueil et la constance.
Ce peuple si superbe à vos lois est soumis.
Après tant de travaux guerriers,
Venez vous délasser dans les bras de la gloire.
Ah ! Qu'il est doux, à l'ombre des lauriers,
De goûter en repos les fruits de la victoire.

Antiochus:
Mon bonheur, il est vrai, surpasse mon espoir.
Mais je ne puis souffrir qu'un reste de rebelles,
Sous le voile apparent d'être à leur dieu fidèles,
Méprisent Jupiter, et bravent mon pouvoir.
Qu'on adore le dieu qui lance le tonnerre:
Faites partout fumer l'encens sur ses autels.
Il est maître du ciel, je le suis de la terre:
Offrez-nous le tribut qu'on doit aux immortels.

Le jeune Macchabée:
Ah ! Quelle barbarie !
Que d'orgueil, que d'impiété !

Antiochus:
Chacun doit suivre cette envie,
Et céder à ma volonté,
Ou s'apprêter à payer de la vie
L'excès de sa témérité.

Eléazar:
L'autorité des rois a des bornes prescrites.
Ils peuvent en tyran immoler leurs sujets,
Employer nos trésors à d'injustes projets,
Et franchir à leur gré les plus saintes limites;
Mais quel que soit l'effort d'un orgueilleux pouvoir,
Il ne s'étend point jusqu'à l'âme.
Et celui qu'un vrai zèle enflamme,
Ne trahit jamais son devoir.
On s'acquiert ici-bas une illustre mémoire
Quand on meurt en servant sa patrie et son roi;
Mais on s'assure au ciel d'une éternelle gloire,
Quand on meurt pour son dieu, pour son culte et sa loi.

Antiochus:
Es-tu si las de vivre, insensé, téméraire ?
N'excite point ma fureur contre toi.
L'encensoir à la main, songe à me satisfaire:
Ma volonté te doit servir de loi.

Eléazar:
Je n'adore qu'un dieu, c'est lui seul qui m'enflamme,
Lui seul doit recevoir nos vœux, et notre encens.
On ne me verra point, dans mes vieux ans,
Pour épargner ce corps, trahir ainsi mon âme.

Antiochus:
Tu mourras donc perfide.

Eléazar:
Oui, je mourrais content:
Vous pouvez m'immoler dans cet auguste temple.
Trop heureux, si je puis, seigneur, par mon exemple,
Raffermir dans la foi le peuple qui m'entend.

Deux Israélites:
Dans le péril qui nous menace,
Vivez, soyez nos secours.
Déjà le sang dans vos veines se glace,
Feignez du moins pour conserver vos jours.

Eléazar:
Ma vie, hélas, n'est pas si précieuse.
Que dirait-on de moi, si dans l'âge où je suis,
Accablé d'ans, de faiblesse et d'ennuis,
J'évitais par la feinte une mort glorieuse ?
Si je suivais vos conseils trop humains,
Je souillerais mon nom d'une tache trop noire:
Non, c'est Dieu qui m'anime; il y va de sa gloire:
Pour m'ébranler, tous vos efforts sont vains.

Deux Israélites:
Hélas ! Que nous sommes à plaindre !
Dissimuler un peu, n'est pas trahir sa foi.
Pour nous sauver, contraignez-vous à feindre.

Eléazar:
Cette feinte est indigne et de vous, et de moi.
Tout Israël croirait, et j'en frémis encore,
Que j'aurais lâchement abandonné les miens;
Et de la loi de dieu, que sans cesse j'adore,
Passé honteusement à celle des païens,
Il faut donner à la jeunesse
Un exemple de fermeté,
Qui puisse être un jour imité;
Et ne pas souiller ma vieillesse
Ni démentir tant de sagesse,
Par une horrible impiété.

Antiochus:
Qu'il meure !

Le jeune Macchabée:
Ah ! Juste ciel !

Antiochus:
Qu'on l'arrache du temple !
Qu'un prompt trépas réponde à sa témérité;
Et puisqu'il veut servir d'exemple,
Qu'il en soit un affreux de ma sévérité.

Eléazar:
J'avais encore si peu de temps à vivre,
Que de mes faibles jours,
Je verrai dans regret trancher le triste cours.

Le jeune Macchabée:
Le ciel m'ordonne de vous suivre.
Je crains peu de la mort les funestes horreurs:
Je marche sur vos pas. Si vous mourez, je meurs.

Eléazar:
Seigneur, dont la sainte science
Pénètre jusqu'au fond des cœurs,
Fais du mien, parmi les douleurs,
Un modèle de patience.
Si mon corps affaibli souffre dans ces moments
De quelques maux la rude atteinte,
Mon âme trouvera mille et mille agréments
De les endurer pour ta crainte.

Antiochus:
Qu'on l'ôte de mes yeux !
Qu'on entraîne à la mort ce jeune audacieux.
Que ses frères, et lui, pour expier leurs crimes,
Éprouvent la rigueur des bourreaux furieux
C'est par des semblables victimes
Que l'on peut apaiser la colère des dieux.


Marche

Antiochus:
Mais déjà l'on s'apprête à commencer la fête
Qu'en l'honneur de Bacchus, de couronnes ornés,
Célèbrent à l'envi, nos peuples fortunés.
La troupe dans ces lieux s'avance.
Il est temps que chacun révère sa puissance.


Scène 3
Antiochus, Suite d'Antiochus, Chœur et troupe de sacrificateurs de Bacchus

Chœur:
Chantons Bacchus et ses attraits.

Premier Assistant:
Chantons Bacchus et ses attraits.
Ah ! Que son empire a de charmes.
Exempt de soucis et d'alarmes,
On n'y respire que la paix.

Chœur:
Chantons Bacchus et ses attraits.

Deuxième Assistant:
Que Cérès et Bacchus, toujours d'intelligence,
Surpassent nos plus doux souhaits.
Qu'ils versent dans ces lieux une heureuse abondance.
Qu'ils nous comblent de leurs bienfaits.

Chœur:
Chantons Bacchus et ses attraits.
Ah ! Que son empire a de charmes.
Exempt de soucis et d'alarmes,
On n'y respire que la paix.

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Acte Deuxième

Scène 1
Antiochus, seul

Antiochus:
Tristes remords, funeste inquiétude,
Ne cesserez-vous point de déchirer mon cœur ?
J'ai fait du crime, hélas ! Une longue habitude,
Et sur tout Israël exercé ma fureur:
Mais j'éprouve à mon tour un supplice trop rude,
Et les maux des vaincus font trembler les vainqueurs !
Tristes remords, funeste inquiétude,
Ne cesserez-vous point de déchirer mon cœur ?
Ce pays abondant, réduit en solitude,
N'est que le moindre effet d'une injuste rigueur.
Des morts et des mourants, l'affreuse multitude
M'inspire au fond de l'âme, une secrète horreur.
Tristes remords, funeste inquiétude,
Ne cesserez-vous point de déchirer mon cœur ?


Scène 2
Antiochus, Menelaus, Gardes

Menelaus:
Eléazar est mort; et les six Macchabées
Ont vu presque à l'instant trancher leurs destinées.
Le dernier s'avançait pour subir même sort:
Mais le peuple, passant d'une sombre tristesse
A tout ce que la rage inspire de plus fort,
Touché de son malheur, et plaignat sa jeunesse,
Demande à haute voix qu'on diffère sa mort.
On s'empresse, on avance, on menace, on murure,
Le fatal sacrifice est encor suspendu.

Antiochus:
Dieux ! Qui peut égaler le tourment que j'endure ?

Menelaus:
Quoi ! Je vous vois, seigneur, interditn éperdu !
Sans crainte, ni remords, ordonnez qu'il périsse.
Pour un peu de sang répandu,
Faut-il qu'un si grand coeur frémisse ?

Antiochus:
On doit tout redouter d'un peuple furieux.
Mais qu'on ammène ici ce jeune audacieux.
Entre la colère et la gloire,
Mon tyriste coeur est partagé.
Il faut sur mon dépit remporter la victoire,
Ou venger pleinement mon horreur outragé.

Menelaus:
Voulez-vous qu'un peuple rebelle
Vous brave avec impunité ?
La pitié deviendrait à vous-même cruelle.
Songez plutôt, songez à votre sûreté.
Un roi qu'on offence,
Qui peut se venger,
Par trop de clémence,
Il doit sans contrainte
Répandre du sang.
S'il faut par la crainte
Affermir son rang.

Antiochus:
Je n'ai que trop suivi cette injuste maxime;
Mes yeux sont effrayés de tant de châtimen,ts !
Un trône fondé sur le crime
Chacelle et tombe en peu de temps.
Ah ! Que d'amertume environne
L'éclat pompeux d'une couronne !
Au lieu de la félicité
Que promet un rang si sublime,
On trouce âbime sur âbime
Et jamais de tranquillité.
Ah ! Que d'amertume environne
L'éclat pompeux d'une couronne !
Rien n'est à couvert de la foudre.
Un seul coup peut réduire en poudre
Le trône le plus éclatant.
Ah ! Que d'amertume environne
L'éclat pompeux d'une couronne !

Menelaus:
Le criminel paraît.


Scène 3
Antiochus, Menelaus, le jeune Macchabée, Gardes, troupe d'Israélites

Antiochus:
Approche, malheureux.
Malgré ton crime, et malgré ton audace,
Je t'offre encore un pardon généreux.
Il ne tiendra qu'à toi d'obtenir cette grâce.

Le jeune Macchabée:
Pour m'ébranler, tu fais de vains efforts.
Eléazar n'est plus, mes six frères sont morts.
A ces cœurs généreux, loin de vouloir survivre,
Mon devoir, mon honneur, tout m'invite à les suivre.

Antiochus:
Que je plains ta jeunesse, et ton aveuglement !
Renonce à ces vaines chimères,
Et pour jouir du sort le plus charmant,
Abandonne le culte et les lois de tes pères.
Du tendre mouvement qui m'entraîne vers toi,
Tu verras les effets surpasser les promesses:
Je te comblerai de richesses;
Tu seras le premier de l'Empire après moi;
Tu recevras pour récompense
Tout ce qui peut flatter un cœur ambitieux,
Des honneurs éclatants, des biens en abondance.
C'est ton roi qui le jure à la face des dieux.

Le jeune Macchabée:
C'est aux trésors du ciel que tout mon cœur aspire:
Rien ne peut ébranler ma constance et ma foi.
Je préfère, tyran, ce qu'ordonne la loi
Aux honneurs du plus vaste empire.
Favorables tourments, heureuse cruauté,
Qui pour des douleurs passagères
Et des peines assez légères,
Nous comblent de bonheurs en toute éternité !
Mes six frères déjà, grâce à ta barbarie,
Après avoir constamment résisté,
Jouissent dans le ciel d'une éternelle vie.
J'ai même désirs, même envie.
Et j'aurai, si je meurs, même félicité.
Grand Dieu, soyez-nous favorable.
Les peuples qui suivent vos lois,
Dans le malheur qui les accable,
Vous en conjurent par ma voix.
Rendez-leur cet amour de père.
Daignez changer leur triste sort;
Et que votre juste colère
Puisse finir à notre mort.

Antiochus:
Ce dieu, dont Israël implore la clémence,
Est trop longtemps sourd à vos cris.
Il l'abandonne à ma vengeance,
Sans que pour l'arrêter, il ait rien entrepris;
Témoignage certain de son peu de puissance
Qui devrait détromper vos crédules esprits.

Le jeune Macchabée:
Si pour nous corriger et punir nos offenses,
Le châtiment de dieu s'est étendu sur nous,
Par de sincères pleurs et d'humbles pénitences,
Nous pourrons à la fin désarmer son courroux.
Mais tremble, cruel, pour toi-même,
Un jour viendra que dieu, justement irrité,
Las de souffrir cette insolence extrême,
Punira ton orgueil et ton impiété.
Ne te flatte donc point d'une espérance vaine;
Et puisque ta fureur s'arme contre sa loi,
Au jugement de dieu, tu souffriras la peine
Que mérite, barbare, un tyran tel que toi.

Antiochus:
Ne crois pas, malheureux, qu'un tel discours m'étonne;
Je crains peu de ton dieu la haine et le courroux.
Qu'il s'arme contre moi, qu'il menace, qu'il tonne.
Sans m'ébranler, j'en attendrai les coups.
Un cœur animé par la gloire,
Sans crainte, s'expose au trépas.
Ce n'est qu'en livrant des combats,
Qu'on peut espérer la victoire,
Et le péril n'étonne pas
Un cœur animé par la gloire.

Le jeune Macchabée:
Crains le ciel irrité, crains sa juste rigueur.
Moi-même je frémis de l'horrible tempête,
Que ton implacable fureur,
Par tant de cruautés, rassemble sur ta tête.

[Duo] Le jeune Macchabée et Antiochus:
L'enfer, pour nous venger, s'apprête à t'engloutir,
Ses abîmes ouverts troublent la terre et l'onde.
Mais par un sage repentir,
Tu peux encore ta garantir
Du tonnerre qui déjà gronde.

Chœur d'Israélites: parlant à Antiochus, Choeur d'Idolâtres, parlant à Macchabée:
L'enfer, pour nous venger, s'apprête à t'engloutir,
Ses abîmes ouverts troublent la terre et l'onde.
Mais par un sage repentir,
Tu peux encore ta garantir
Du tonnerre qui déjà gronde.

Antiochus:
Quelle indigne piété s'oppose à ma vengeance ?
Déjà le bras levé, qui peut me retenir ?
Un jeune audacieux nous brave et nous offense,
Que tardons-nous à l'en punir ?
Non, il faut l'immoler à ma juste colère.
Mais un trouble secret qui s'élève en mon cœur,
M'inspirant, malgré moi, des tendresses de père,
Suspend encor mes coups et parle en sa faveur.
Employons contre lui les larmes d'une mère:
Jamais la voix du sang ne se peut étouffer.
De cet esprit altier, l'orgueil me désespère.
La nature peut-être en pourra triompher.

Le jeune Macchabée:
Qui t'empêche à l'instant de punir mon audace ?
Pourquoi tenter d'inutiles efforts ?
Fais suivre les effets, barbare, à la menace;
Et m'épargne du moins ces cris et ces transports.
Quelle est la peine que j'endure !
Après tant de rudes combats,
Faut-il, si proche du trépas,
Surmonter encor la nature ?
Quelle est la peine que j'endure !
Hélas ! Dans les vives douleurs,
Où son âme est ici plongée,
Pourrai-je résister aux pleurs
D'une tendre mère affligée ?

Antiochus:
C'est pour t'arracher à la mort
Que j'emprunte aujourd'hui le secours de ses larmes;
Mais après ce dernier effort,
A périr pour ta loi si tu trouves des charges,
Ingrat, je t'abandonne aux rigueurs de ton sort.
L'amour se transforme en furie
Quand on dédaigne son ardeur;
Si tu ne donnes ton cœur,
Tu donneras au moins ta vie.
Vous autres, cependant, par d'humbles sacrifices;
Rendez-nous tous les dieux propices.


Scène 4
Le Grand Prêtre de Jupiter, Chœur et Troupe des Sacrificateurs

Marche pour les sacrificateurs de Jupiter

Le Grand Prêtre:
Ô Jupiter, reçois nos vœux.
Maître du ciel et de la terre,
Qui tiens en tes mains le tonnerre,
Daigne rendre ton peuple heureux.

Chœur des Sacrificateurs:
Ô Jupiter, reçois nos vœux.
Maître du ciel et de la terre,
Qui tiens en tes mains le tonnerre,
Daigne rendre ton peuple heureux.

Le Grand Prêtre:
Que les horreurs d'une sanglante guerre
Ne troublent point nos plaisirs et nos jeux.
Ô Jupiter, reçois nos vœux.

Chœur des Sacrificateurs:
Que les horreurs d'une sanglante guerre
Ne troublent point nos plaisirs et nos jeux.
Ô Jupiter, reçois nos vœux.


Première entrée de sacrificateurs

Le Grand Prêtre:
Revenez après tant d'alarmes,
Revenez, revenez, tranquille paix.
Éloignez d'ici pour jamais,
La terreur et le bruit des armes.
Revenez après tant d'alarmes,
Revenez, revenez, tranquille paix.
Ramenez avec vous les charmes,
Les ris, les jeux et les attraits.


Deuxième entrée des sacrificateurs

Chœur des Sacrificateurs:
Revenez après tant d'alarmes,
Revenez, revenez, tranquille paix.
Ramenez avec vous les charmes,
Les ris, les jeux et les attraits.

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Acte Troisième

Scène 1
La mère des Macchabées, Gardes

La mère des Macchabées:
Ô déplorable état ! Ô mère infortunée !
Ciel ! Que veut-on de moi dans le trouble où je suis ?
J'ai vu d'Eléazar trancher la destinée;
Sous le fer des bourreaux, j'ai vu tomber mes fils.
Mais cet excès de barbarie
N'offense point et mon cœur, et mes yeux,
Comme l'affreuse idolâtrie
Que je vois triompher dans ces augustes lieux.
Quand on voit sous la tyrannie
Ceux avec qui le sang nous lie,
Est-il un plus cruel malheur ?
Mais quand, d'une fureur extrême,
On voit qu'on s'attaque à dieu même,
La peine augmente, et la douleur.
Mais il me reste un fils, dont le tendre jeunesse
Est de mes tristes jours l'espérance et l'appui,
Unique et cher objet de ma juste tendresse.
Sauvons-le, s'il se peut, ou mourons avec lui.
La gloire de ce monde
Passe dans un instant:
Le vent qui trouble l'onde
N'est pas plus inconstant.
Armons-nous de courage
Pour affronter la mort:
On craint toujours l'orage,
Tant qu'on n'est point au port.


Scène 2
Antiochus, la mère des Macchabées, Gardes

Antiochus:
Pour rendre au fils aux larmes d'une mère,
Tout criminel qu'il est, je suspends mon courroux.

La mère des Macchabées
Ah ! Seigneur, pour ce fils, j'embrasse vos genoux.

Antiochus:
Il ne tiendra qu'à lui d'apaiser ma colère.
Après ses transports furieux,
Dans le péril qui le menace,
Qu'il cède à mes désirs, qu'il fléchisse les dieux,
Et fasse ce qu'il doit pour obtenir sa grâce.
Il ose me braver: je pourrai aujourd'hui
Punir ce téméraire et me venger de lui;
Mais la pitié qui pour lui m'intéresse,
Me parle encore en sa faveur.
J'excuse les transports d'une aveugle jeunesse,
Et son âge et son sang désarment ma rigueur.
Un grand cœur sensible à la gloire,
Des outrages reçus, ne se souvient jamais.
Mais au contraire, des bienfaits,
Il conserve toujours chèrement la mémoire.

La mère des Macchabées
Quoi ! Vous voulez, pour épargner son sang,
Après avoir versé celui de tous ses frères,
Qu'ébloui par l'éclat des titres et du rang,
Il renonce, seigneur, à la loi de ses pères ?
Dans ce desseins, n'attendez rien de moi.
Je connais trop l'ardeur de son âme fidèle;
Il n'aspire, comme eux, qu'à la gloire éternelle,
Et ne trahira point son devoir et sa foi.

Antiochus:
Pressez, priez, pleurez, tâchez à l'y résoudre:
Il n'a plus que vous pour appui:
Il est temps de songer à détourner la foudre,
Qui s'apprête à tomber sur lui.

La mère des Macchabées
Ah ciel ! Qui connaissez le tourment que j'endure,
Soutenez mon courage en ces nouveaux combats;
Et faites qu'au péril du plus affreux trépas,
Le devoir, en ce jour, surmonte la nature.

Antiochus:
S'il refuse ma grâce après un tel effort,
Si son cœur obstiné persiste dans son crime,
Qu'il soit de sa fureur la sanglante victime;
Et sortant de ces lieux, qu'on le mène à la mort.
Pour le sauver, n'épargnez point les larmes:
Je sais quel est du sang la force et le pouvoir.

La mère des Macchabées
Malgré mon trouble et mes larmes,
Qu'il vienne: je suis prête à remplir mon devoir.


Scène 3
La mère des Macchabées, seule

La mère des Macchabées
Cruel amour, inutile tendresse,
Pour ce que j'aime, hélas ! Cessez de m'alarmer.
Par le secours d'une auguste sagesse,
Mon cœur, contre lui-même, est tout prêt à s'armer.
Cruel amour, inutile tendresse,
Pour ce que j'aime, hélas ! Cessez de m'alarmer.
La raison pour moi s'intéresse
Et le devoir sera vainqueur:
Mais pour surmonter ma faiblesse,
Qu'il en coûte cher à mon cœur.
Cruel amour, inutile tendresse,
Pour ce que j'aime, hélas ! Cessez de m'alarmer.


Scène 4
La mère des Macchabées, le jeune Macchabée, Gardes

La mère des Macchabées
Hélas ! Dans la douleur amère
Qui m'accable en ce triste jour,
Prenez pitié de votre mère,
Et ne trahissez point ses vœux et son amour.
Songez avec quelle tendresse,
J'ai pris soin de vos jeunes ans.
Combien m'a-t-il coûté de peines et de temps,
Pour vous inspirer la sagesse.

Le jeune Macchabée:
Mon cœur à vos lois est soumis:
C'est de vous que je tiens le jour et la naissance.
J'ai trop d'amour et de reconnaissance
Pour oublier jamais que je suis votre fils.

La mère des Macchabées
Que le tyran vous déclare la guerre;
Qu'il vous immole en ce saint lieu:
Versez avec plaisir tout votre sang pour dieu.
Regardez le ciel et la terre,
Ces flambeaux de la nuit, cet astre lumineux
Qui répand tant de biens dans ces climats heureux;
Ces bois, ces prés et ces fontaines,
Ces ruisseaux murmurants dans nos fertiles plaines;
Tout ce qui sous le ciel est ici renfermé:
Vous comprendrez alors, par ces précieux gages,
Et par tant de divins ouvrages,

Que dieu, par son pouvoir, de rien a tout formé.

Le jeune Macchabée:
La mort la plus cruelle
Ne saurait m'empêcher
D'être à mon dieu fidèle.
C'est à lui seulement que je veux m'attacher.
Qu'on me livre la guerre
Dans ces funestes lieux,
Les grandeurs de la terre
Ne sauraient éblouir ni mon cœur ni mes yeux.

La mère des Macchabées
Ces grandeurs sont trop peu durables.
Qu'un bonheur plus solide excite vos souhaits.
Les honneurs ici-bas, les biens sont périssables,
Mais les trésors du ciel ne tarissent jamais.

[Duo] La mère des Macchabées, Le jeune Macchabée:
Bravons le fier tyran, méprisons sa colère
Et cherchons dans la mort la fin de nos malheurs.
Versons du sang pour le dieu qu'on révère,
Si ce n'est pas assez de répandre des pleurs.


Scène 5
Antiochus, La mère des Macchabées, Le jeune Macchabées, Menelaus, Gardes, troupe d'Israélites

Antiochus:
A mes désirs, est-il prêt à se rendre ?
Et faut-il lui donner ou sa grâce ou la mort ?

Le jeune Macchabée:
Frappe, cruel, c'est trop attendre.
Tu peux, quand tu voudras, ordonner de mon sort.
Le ciel sera la récompense
D'une âme fidèle au seigneur.
Et pour un moment de souffrance,
J'espère un éternel bonheur.

Antiochus:
Puis-je encor, juste ciel ! Retenir la colère ?
Est-ce là tout le fruit des conseil d'une mère ?
Tu refuses, cruel, de te rendre à ses pleurs ?

La mère des Macchabées
Non, non, détrompe-toi, barbare.
Nous cherchons l'un et l'autre à finir nos malheurs.
Et la mort, que pour dieu, ta rage nous prépare,
Sera, pour nous, le plus grand des bonheurs.

Antiochus:
Ah ! C'en est trop ! Et ce dernier outrage
M'inspire une juste fureur.
La pitié fait place à la rage;
Et je n'ai plus pour vous que mépris et qu'horreur.
Qu'ils aillent tous les deux, ces malheureux complices,
Après cet insolent transport,
Expier leurs forfaits au milieu des supplices.
Pour des ingrats comme eux, c'est trop nous faire effort.
Allez, sans différer, qu'on leur donne la mort.


Scène 6
Antiochus, troupe d'Israélites, gardes

Antiochus:
Non, non, ma trop juste colère,

Pour eux, ne finira jamais.
Que n'ai-je point tenté de faire
Pour les gagner à force de bienfaits ?
De tous les vices d'habitude,
Qui corrompent l'homme et le cœur,
Il n'en est point qui fasse plus horreur
Que celui de l'ingratitude.
Qu'on m'accuse de cruauté,
Que le peuple alarmé tremble, pleure, gémisse,
Il faut, par un juste supplice,
Mettre mon trône en sûreté.
Ôtons-leur à la fois les moyens et l'envie
De répandre du sang pour défendre leurs lois:
Ils pourraient attenter jusqu'à ma propre vie.
Qui ne craint point les dieux, respecte peu les lois.


Scène 7
Antiochus, Menelaus, troupe d'Israélites, Gardes

Menelaus:
Le sang du fils et de la mère
A lavé votre offense et satisfait les dieux.

Antiochus:
Pour assouvir notre colère,
Allons repaître nos yeux.

Chœur d'Israélites:
Célébrons du vrai dieu la gloire;
Son saint nom est partout vainqueur.
Des saints martyrs conservons la mémoire.
La vérité par eux triomphe de l'erreur
Et vient de remporter une illustre victoire.

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