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Marc-Antoine Charpentier [1643 - 1704] |

Scène
première
Bergère: la mesme
Bergère
/ un Berger: Tous: Seule: l'Ancien: Tous:
Que nos soupirs, Seigneur, réveille tes
bontés.
Ce ne sont point les meaux de cette triste vie
que ton peuple affligé de finir te suuplie
mais le péché qui les a
mérités.
Que nos soupirs, Seigneur, réveille tes
bontés.
Il est temps Seigneur que tu paroisses,
de tes divines lois on n'observe plus rien,
pas un sel qui fasse bien
pas un seul qui te reconnaisse.
Le règne du péché va croissant à
tes yeux,
plus l'homme vit plus il s'égare.
Fais donc pleuvoir du haut des cieux
ta justice qui le répare.
Du démon triomphant, viens confondre l'effort,
affranchir la nature en ses fers prisonnière
et ramener la lumière
tes peuples languissant dans l'ombre de la mort.
Ecoutez moy, écoutez moy peuple fidèle
si j'entends bien nos saints écrits,
les temps de l'heureuse nouvelle
sont sur le point d'estre accomplis.
La semaine mistérieuse
que vit de si loin Daniel
s'avance pour ouvrir le ciel
à la nature malheureuse.
Après tout le bruit et l'éclat
du changement des monarchies,
tout est dans le tranquille état
que demandèrent les prophéties.
Demandons en l'effet, demandons le toujours,
heureux, heureux si c'était en nos jours.
Cieux répandez votre rosée,
fondez vous divine nuée
versez le juste en ces bas lieux.
Ouvre ton sein terre féconde
et conçoit le sauveur du monde
pour le faire éclore à nos yeux.
Scène
seconde
les
sus dits: (icy
faire un grand silence) Dans ces
lieux écartés d'où peut venir ce
bruit, Seul: Tous: (passez
à la scène sans
interruption) l'Ange: l'Ancien: l'Ange: Tous: l'Ange: Tous:
Régnez, calme profond, sur la terre et les mers,
régnez, régnez jusqu'au plus haut des
airs.
Cieux ! redoublez votre silence.
Du trone souverain qui régit l'univers
le verbe auteur de tout vient prendre icy naissance,
que tout se taise à sa présence.
quelle charmante voix a frappé mon oreille,
quelle lumière au milieu de la nuit,
que nous promet cette merveille ?
Pasteurs, que nous promet cette merveille ?
Qu'entendons nous ? Qu'est-ce que nous voyons ?
Tout est en feu, fuyons, amis, fuyons !
Pasteurs ne craignez rien,
messager du très haut
je viens pour vous apprendre
la nouvelle du plus grand bien
que vous puissiez jamais attendre.
Reprenez vos esprits,
Pasteurs, ne craignez rien.
Massager du très haut
qu'avez vous à nous dire,
pouvons nous croire qu'aujourd'hui
notre Dieu veut que son peuple respire
trouvons nous grâce devant Lui,
messager du très haut
qu'avez vous à nous dire ?
De l'univers entier apprenez le bonheur.
La ville de David en ce moment
voit naitre un enfant,
nostre maître, un Dieu votre sauveur.
Ministre ailé du Dieu de gloire
daignez encor le répéter
nous n'en pouvons douter
et nous n'osons le croire.
De l'univers entier apprenez le bonheur.
La ville de DAvid voit naitre le sauveur,
vous le connaitrez à ces marques:
un enfant nouveau né, de langes revêtu
et dans une crêche étendu
et ce monarque des monarques.
Allez luy rendre vos honneurs,
allez lui faire votre offrande,
et sachez que celle des coeurs
est tout ce qu'il demande.
Nous partons, nous allons
divin esprit, nous y allons, nous y volons.
Scène
trois
l'Ange:
Célestes compagnons venez, vznez Archanges
venez et du Seigneur célébrons la
louange.
Scène
quatre
Tous: (suivez
sans interruption) Second
Ange: (on
repren icy "Gloire, gloire" comme cy devant après
quoy l'on joue le petit air de viole après le choeur
des anges)
Gloire dans les hauts lieux,
gloire sans fin, gloire éternelle,
louange à jamais dans les coeix,
louange à l'essence immortelle.
Paix en terre, paix à jamais;
repos, douceur, paix, assurance.
Pais sans fin, éternelle paix
aux objets de la complaisance.
Sène
cinquième
l'Ancien:
Heureux bergers voici le lieu
où vient de naitre l'homme Dieu
revêtu de notre misère,
ainsi nous l'a marqué
l'ange du tout puissant.
Entrons sans différer
er que chacun de nous par un amour sincère
montre de ses bontés de père
un coeur reconaissant.
Scène
sixième - bergers et bergères dans la
crêche
Seule: Tous: Seule: Tous:
Qu'il a de majesté,
Que l'éclat l'environne.
Mais ! qui ne serait pas touché
de voir celui qui donne
au Roi septre et couronne
logé si pauvrement, si durement couché.
Neige, glaçons, frimats, inhumaine froidure
modérez vos rigueurs.
Osez vous attaquer l'auteur de la nature.
Et n'est-ce pas pour lui d'assez grandes douleurs
que de se voir chargé du crime des
pêcheurs.
Non, non ! l'haleine secourable
de ces animaux innocents
deffendra son corps adorable
contre les injures du temps.
Non, non ! pour le garantir des cruelles tempestes
à qui ces murs ouverts
laissent un libre cours,
l'haleine de ces pauvres bestes
n'est pas un souffisant secours.
Ah ! l'amour qui le fait descendre
jusqu'à se revêtir de notre être
mortel
est un feu tout divin qui le saura deffrendre
contre le froid le plus cruel.
Ardent amour, céleste flamme
lorsque vous combattez pour le sauveur souffrant
contre le froid le plus piquant
fondez les glaces de notre âme
pour nous faire trouver des pleurs
que nous donnions à ses douleurs.
(suyvez sans interruption)
Scène
sept
Un
Ange: (passez
sans interruption au menuet cy
après) MENUET (après
la reprise du menuet des instruments on
passe) Bergère: (les
violes recommencent icy leur menuet) (bourée
en rondeau) Deux
Bergers: Tous: (icy
l'on reprend la bourée sans la première
reprise et on continue) Chantons
cette vierge pure,
Votre tendresse est équitable
bergers, le ciel en est content.
Ne craignez pour cet enfant
que vous voyez réduit en cette pauvre
étable;
il commande aux frimats, il règle les saisons.
Si la fureur des aquilons ne cesse d'estre moins
tratable,
d'un souffle seulement de sa bouche adorable
il les fera rentrer dans leurs sombres prisons.
Chantez donc à l'envy, chantez à la
naissance
de ce Roy glorieux.
Un si rare présent, un don si précieux
ne veut estre reçut qu'avec réjouissance.
Faisons de nos joyeux cantiques
retentir le vague des airs.
Echos, répétez nos concerts.
Nos voix et nos flutes rustiques
auront peut-être le bonheur
de plaire au Dieu naissant qui connait notre
coeur.
O nuit en merveilles féconde,
O nuit en qui Jésus nous luit.
Non, non ! le plus beau jour du monde.
Non ! nuit en merveille féconde.
Non, non ! le plus beau jour du monde
n'a jamais à nos yeux tant de pompe
produit.
Flambeau qui nait du sein de l'onde,
flambeau dont l'onde est le tombeau.
Non, non ! l'or de la tresse blonde
n'eut jamais tant d'éclat que Jésus au
berceau.
Ne laissons point sans louanges
celle qui nous a donné
le céleste pain des anges
en cet enfant nouveau né.
Ne laissons point sans louanges
celle qui nous a donné
le céleste pain des anges
en cet enfant nouveau né.
chantons son humilité
qui du ciel a mérité
que l'auteur de la nature
prit dans sa chaste cloture
nostre faible humanité,
sans que son intégrité
en reçut aucune injure.
Chantez cette vierge pure,
chantons son humilité.