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Oratorio en II Parties |
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Marc-Antoine Charpentier [1643 - 1704] |

Historicus
est tenu par le choeur entier, soit des solistes
Saül:
basse
Maga:
haute-contre
Samuel:
basse
Miles:
haute-contreDavid: taille
![]()
1. Historicus: 2. Saül: la
magienne Maga: Saül: Maga: Saül: Maga:
Tandis qu'étaient rassemblées les
armées de Philistins pour combattre Israël,
Saül, réunit auss son armée de son
côté et observa le camp ennemi depuis le mont
Gelboé.
Alors la peur fondit sur lui, et, le coeur tout
épouvanté, il consulta le Seigneur; mais
celui-ci répondit ni par les songes ou les augures
des prêtres, ni par les prophètes.
Il se déguisa et se rendit de nuit à En-Dor,
chez une femme qui rendait les oracles.
Prenant la parole, il lui dit:
Ô femme, fais apparaître par ta divination,
celui que je vais te nommer.
Quel est donc celui que je dois invoquer pour toi ?
Nomme-le !
Samuel ! Samuel !
Moi, je t'ai reconnu, je suis déjà au courant:
tu es Saül en personne.
Pourquoi tendre un tel piège à l'âme de
ta servante ?
N'as-tu pas chassé de ton pays tous les mages et
devins ?
Amors, pourquoi me tendre un piège ?
Pour que je périsse et meure avec eux ?
Par le Dieu vivant, ne crains rien, femme !
Par le Dieu vivant, tu ne mourras pas et n'auras rien
à souffrir de sa part.
J'agirai, ô Roi, selon ta volonté.
Recule et fais place à ma baguette magique et observe
le silence !
3. Maga:
Qu'un ciel obscur au voile noir
enserre cet endroit de sombres ténèbres !
Que les vents apaisent leur souffles
tant que je parlerai.
Et vous, citoyens de l'enfer, accourez !
Soyez prêts à entendre de terribles
incantations !
Et ce que je demanderai, faites en sorte
que je l'obtienne !
Par cette baguette attirée par la terre et qui
rend
favorables les astres, le soleil et la lune,
Faites surgir Samuel, tel est l'ordre du Roi;
Et que ce que je vous commande soit loi
inébranlable.
Mais l'invocation ne sert à rien
Et mes paroles sont vaines.
L'incantation n'aide en rien,
Et je trace inutilement des cercles.
Le sol que je frappe du pied
refuse de rendre
Samuel en ce lieu.
4. Maga:
Est-ce pour des sourds que je répands à
présent mes poèmes ?
Ne suis-je plus votre maîtresse, moi dont un
signe fait tomber la foudre avec violence.
Allons ! Ombres rebelles du Ténare,
bientôt vont s'ouvrir avec fracas
les formidables portails et les portes de
fer de la demeure du Tartare.
Par cette baguette attirée par la terre et qui
rend
favorables les astres, le soleil et la lune,
Faites surgir Samuel, tel est l'ordre du Roi;
Et que ce que je vous commande soit loi
inébranlable.
5. Historicus:
Et quand Samuel apparut, car telle était la
volonté de Dieu, Saül se prosterna, face contre
terre.
Alors Samuel s'adressa à lui d'un voix
sourde et rude. Et lui dit:
6. Samuel: Saül:
Lève-toi, Saül, et réponds-moi !
Pourquoi, de
mon plaisible séjour, m'as-tu arraché ?
Pourquoi m'as-tu fait quitter ma sereine retraite ?
Réponds-moi !
Les armées des Philistins me pressent de toutes
parts, je suis cerné de périls et de terreur.
Dieu n'a voulu exaucer ma prière, ni par les songes
ni par les prophètes ni par les prêtres. Alors,
accablé par la nécessité et les
difficultés, je t'ai appelé, j'ai fait appel
à toi pour que tu me montres ce que je devrais faire.
Dieu m'a quitté; il m'a abandonné.
7. Samuel: Saül: Samuel:
Haut
de page
Pourquoi donc m'interroger alors que le Seigneur s'est
écarté de toi pour se ranger au
côté de ton ennemi ? Il accomplira de fait tout
ce qu'il m'a prédit contre toi et ton peuple; Il te
dépouillera du pouvoir royal pour le confier à
ton plus proche rival.
Dis-moi, Samuel, qu'ai-je fait devant Dieu pour qu'il me
juge ainsi ?
Tu n'as pas obéi à sa voix ni manifesté
avec fureur, sa colère dans la cité d'Amalec.
Voilà pourquoi Dieu t'a abandonné; toi et ton
peuple, il vous a livrés aux Philistins. Demain, en
effet, toi et tes fils, vous me rejoindrez.

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8. Historicus
- Choeur:
Soudain Saül tomba face contre terre car les paroles de
Samuel l'avaient terrifié. Ses forces le
trahaissaient car de tout le jour, il n'a n'avait rien
mangé. Or, le lendemain, il advint de Jonathan
succombât dans un combat acharné contre les
Philistins. Un soldat qui, du camp des Hébreux,
fuyait par hasard vers les monts Gelboé, y trouva
Saül appuyé sur sa lance, accablé d'une
lourde angoisse, qui tentait de se donner la mort. Mais, sa
main tremblait tant était grande l'amertume de son
coeur et il ne pouvait seul y parvenir. Il appela le soldat
d'une voix faible et implorante, et lui dit:
9. Saül: Le
soldat: Saül: Choeur: Saül: Choeur: Saül: Choeur: Saül: Choeur: Saül:
Délivre-moi, de grâce, des affres de mon
existence. Place-toi vite au-dessus de moi, et tue-moi ! La
terreur et l'angoisse m'envahissent; l'épouvante et
la tristesse m'accablent. Délivre-moi, de
grâce, des affres de mon existence. Place-toi vite
au-dessus de moi, et tue-moi
Qui entendant cela ne serait épouvanté ? Qui
n'aurait horreur d'un tel crime ? Qui du sans du roi,
oserait souiller sa main ? Non, ô Roi, il ne me
reviendra pas d'accomplir un tel sacrilège; mon coeur
refuse de s'y résoudre.
Fais vite; pourquoi tardes-tu ? Il est dangereux d'attendre.
Fais vite, le temps presse. La guerre cruelle fait rage de
toutes parts.
Aux armes ! Aux armes !
L'ennemi impie partout fait rage; le son des trompettes est
menaçant et répand la terreur de toutes
parts.
Aux armes ! Aux armes !
La clameur des soldats partout résonne.
Aux armes ! Aux armes !
Il est dangereux d'attendre. Fais vite, le temps
presse.
Aux armes ! Aux armes !
Délivre-moi, de grâce, des affres de mon
existence. Place-toi vite au-dessus de moi et tue-moi ! Que
je n'aie pas à subir la honte de tomber sous des
épées et des mains ennemies. Car voici que je
défaille et que je suis impuissant à me donner
la mort. Fais vite; pourquoi tardes-tu ? Car toute mon
âme est encore à moi. Délivre-moi, de
grâce, des affres de mon existence. Place -toi vite
au-dessu de moi et tue-moi !
10. Choeur:
Quand, malgré lui, le soldat eût
accédé aux prières du roi, il se rendit
aussitôt auprès de David et, les
vêtements déchirés et la tête
couverte de cendres, il se prosterna en geste d'adoration.
Le voyant, David l'interrogea en ces termes:
11. David: Le
soldat: David: Le
soldat: David: Le
soldat: David: Le
soldat: David: Le
soldat:
Qui donc es-tu ? D'où viens-tu ? Où vas-tu ?
Pourquoi te presentes-tu ainsi devant moi ?
Je suis un fils de la coté d'Amalec; je viens du camp
d'Israël pour trouver refuge ici auprès de toi,
mon seigneur.
Que signifie ceci ? Que s'est-il passé ? Parle
!
Le peuple fuyait le combat et beaucoup périrent, mais
l'affliction et le chagrin de mon coeur m'empêchent de
poursuivre.
Quelle est la caude d'un tel saisissement ? Pourquoi ces
soupirs ? Pourquoi cet embarras ?
Le peuple fuyait le combat et beaucoup périrent, mais
Saül...
Quoi, Saül ? Qu'as-tu à dire au sujet de
Saül ?
Mais Saül et Janothan...
Quoi encore à propos de Saül et Janathan
?
Le peuple fuyait le combat et beaucoup périrent, mais
Saül... et Jonathan, ton fils, sont morts.
12. Choeur: 13. David: Le
soldat: 14. David: 15. Choeur: David: 16 Choeur:
Ô sort ! Sort malheureux et funeste !
Ô mort ! Mort cruelle et amère !
Ô carnage féroce et sanguinaire !
Perdue, la noble bravoure du roi !
Perdue, l'insigne beauté de Jonathan !
Ô carnage féroce et sanguinaire !
Ô sort ! Sort malheureux et funeste !
Ô carnage féroce et sanguinaire !
Ô mort ! Mort cruelle et amère !
Ô carnage féroce et sanguinaire !
Mais toi, d'où sais-tu que Saül et Jonathan ont
péris ? Comment le sais-tu ? Parle!
Par hasard j'arrivai au mont Gelboé et Saül,
appuyé sur sa lance, renversé sur le dos, me
vit passer. Il m'appela à lui et me dit:
"Délivre-moi, de grâce, délivre-moi des
affres de mon existence . Place-toi vite au-dessus de moi et
tue-moi! La terreur et l'angoisse m'envahissent;
l'épouvante et la tristesse m'accablent.
Délivre-moi, de grâce, délivre-moi des
affres de mon existence. Place-toi vite au-dessus de moi et
tue-moi!"
Ainsi, malgré moi et ma répugnance; il
suppliait sans arrêt et il m'enjoignait de lui
obéir. Alors sachant qu'il ne pourrait survivre
à la chute et la mort de Jonathan qu'il avait vu
massacré sous ses yeux par les ennemis, je lui ai
obéi et fait comme il me l'avait ordonné.
Quand au diadème que j'ai ôté de sa
tête et le bracelet que j'ai ôté de son
bras, je te les ai apportés, mon seigneur.
Je te pleure, Jonathan, mon frère
bien-aimé,
Jonathan, aux yeux de tous, charmant et aimable!
Jonathan, pour ton air noble et admirable !
Jonathan, plein délégance et digne d'envie
!
Je te pleure, Jonathan, mon frère
bien-aimé.
Comme une mère chérit son fils unique,
Ainsi étais-tu mon préféré,
Jonathan, mon frère bien-aimé.
Et ma douleur est à la mesure de mon amour;
Mon amour jamais ne s'éteindra
Et ma douleur jamais ne finira.
Je te pleure, Jonathan, mon frère
bien-aimé.
Puis David se tourna vers le soldat porteur de ces
nouvelles. Et lui dit:
Tu n'as pas craint de porter la main sur le roi, tu esdonc
redevable de la tête. Ta bouche t'a accusé; ta
bouche t'a jougé; que ton sang retombe sur ta
tête.
Grans monts de Gelboé, que ni la pluie
ni la rosée ne vous arrosent plus
désormais.
Saül et Jonathan, si beaux,
qui furent tant aimés de leur vivant.
Saül et Jonathan,
Plus rapides que l'aigle
Et courageux plus que le lion,
succombèrent sous lépée des
ennemis.
Grans monts de Gelboé, que ni la pluie
ni la rosée ne vous arrosent plus
désormais.
Que le Seigneur verse la rosée
Sur tous les monts alentour,
Mais que la pluie s'éloigne à jamais des
monts
Gelboé
Car y périrent les chefs d'Israël
Si vaillants au combat.
Grans monts de Gelboé, que ni la pluie
ni la rosée ne vous arrosent plus
désormais.
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