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La Trompette de la divine Miséricorde

Giovanni Battista Bassani [1647 - 1716]

La Tromba della divina Misericordia (1676)

 


Première Partie
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Deuxième Partie

Première Partie

Sinfonia

 

Choeur d'âmes

Pitié, mortels,
Pour les
pyraustes dolents
Que tourmente la rigueur
De flammes dévorantes.
L’espérance nous redonne vie;
Mais pourtant, parmi les peines,
La douleur ne cesse pas.
D’un tel martyre,
Qui nous tirera un jour ?
Pitié, mortels !

 

Le Récitant

Vivants oisifs,
Écoutez, écoutez donc
Avec quels accents implorants
Les âmes du Purgatoire implorent votre merci.
Au milieu de globes fumants,
Dans ce lieu de douleur,
Elles lavent les taches de leurs fautes dans une mer de feu.
Éventrées par le désir,
Elles sont des Prométhées de douleur;
Mais leur cœur est plus déchiré
Par leur véritable aspiration au ciel que par leur martyre.
Mais si vous, paresseux,
À leurs voix plaintives, vous êtes des serpents venimeux,
Ah, gloutons avides d’enfer,
Un jour, vous serez sur des croix douloureuses.
Mais le réconfort du Ciel
Ne fait pas défaut à ceux qui souffrent. Écoutez comment
L’ange tutélaire d’une âme tourmentée
Par de douces paroles, sollicite les sentiments du moteur suprême.

 

L'Ange

Roi des rois, vrai Jupiter
De qui pleut
Tout bien, tout trésor,
Ne refuse pas à une âme tourmentée
La pitié que j’implore fidèlement.
Qu’il te souvienne, ô Bien suprême,
Douce espérance,
Que tu es le Dieu de la pitié,
Que si un cœur pleure ses fautes,
Ta rigueur à la fin se brise
Et ne peut refuser le pardon.
Écoute, seigneur, avec quels soupirs, quelles larmes
De ce bûcher inclément
L’âme dolente t’adresse ses prières.

 

L'Ange

Pardonne, mon Dieu,
À une âme repentie
Qui jadis t’a trahi,
Oui, oui, mon désir.
Mon bien aimé,
Arrache-le aux peines
Qu’enfin il se repente.
Je n’ai confiance qu’en toi.
Sur la mer de ma douleur, conduis-moi au rivage.

 

Le Récitant

Avec de semblables paroles,
L’âme abandonnée.
Implore là-bas l’aide du Ciel.
Et pendant que tu refuses,
Mortel endurci,
La pitié due à ses souffrances,
De ces sphères célestes,
Ce Dieu qui est tout amour
Console sa douleur avec ces paroles:

 

Dieu

Ô toi qui m’es chère,
Tes paroles ont attteint mon sein. Je n’ai pas un cœur
De bête féroce ou de rocher,
Mais je suis cire molle aux prières des mortels.
Ma rigueur menace seulement parce qu’elle attend;
Mais à qui demande merci, elle se rend vaincue.
Un bref espace de quelques instants
Te reste, âme fidèle, à souffrir;
Pour accéder au trésor d’éternels contentements
Un si cruel martyre te servira d’escorte.

 

L'Ange

Chères paroles, qui faites renaître en mon sein
De douces espérances de plaisir éternel,
Au milieu de ce bûcher de flammes sans pitié,
Tel le Phénix, je renais au bonheur.

 

L'Âme & Dieu, ensemble

L’âme
Je souffre et j’espère.

Dieu
Souffre et espère.

Ensemble
À un cœur qui prie,
Celui qui pour l’homme a souffert ne refuse jamais rien.

 

Le Récitant

Au milieu de ces ténèbres aveugles,
L’Esculape divin offre ces réconforts
À l’âme accablée.
Celle-ci, constante, adresse
Des accents suppliants pleins d’un saint zèle
Au Roi du Ciel qui, enfin,
Touché par la pitié, vaincu,
La soustrait aux peines,
Lui promet des contentements,
La rappelle au bonheur avec ces mots:

 

Dieu

Reviens, ô chère, dans mon sein
Qui pour toi a été ouvert.
Désormais, purifiée dans le bain de flammes brûlantes,
Lavée de tes fautes pernicieuses,
Tu es ma belle.
Reviens, ô chère, etc.

Si jadis tu m’as été rebelle,
Maintenant que le voile de l’erreur s’est levé,
Je veux qu’avec moi, dans le ciel
Te couronnent les étoiles.

 

L'Âme

Oui, oui, grâce à toi,
Dieu miséricordieux,
Mon désir est exaucé,
Ma foi est satisfaite
Oui, oui, grâce à toi.
Désormais, soustraite aux peines,
Jamais plus je ne m’éloignerai.
De toi, vrai Bien,
Qui a confiance dans le Ciel jamais n’espère en vain.

 

Le Récitant

Ainsi, depuis les douloureux royaumes de là-bas,
L’âme en peine déploie son vol
Vers les éternels repos
Et, enlacée à son Seigneur,
Avec d’immortelles harmonies,
Si jusque là elle a langui, toujours elle jouira.
Pour célébrer son arrivée,
Le soleil rit, les astres brillent, le ciel est en fête.
Dans le céleste palais
Où jamais le zèle envieux n’a pu sévir,
Les esprits bienheureux
Font résonner le Ciel de ces paroles:

 

Choeur d'Anges

Dans la jubilation et les chants,
Festoyez,
Résonnez,
Sphères tournantes de l’empyrée.
Aujourd’hui, une âme est montée au ciel,
Oui, oui, oui,
Rendons grâces à ce Dieu
Qui clément
Jamais ne refuse le pardon à qui se repent.
Apprends ainsi, mortel,
À exercer ta pitié envers toi-même:
Imprime dans ton âme
Que même si tu te noies dans une mer Égée d’horribles fautes,
Cependant, si tu le veux, pour ton réconfort,
Un Dieu peut être ton étoile polaire, un Ciel ton port.

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Deuxième Partie

Sinfonia

 

Chœur d’âmes

Quand donc cesseront nos peines ?
Nos tourments prendront-ils fin ?
Quand donc ?

 

Une âme

Pleurez donc, pleurez,
Mes yeux douloureux,
Fleuves boueux de flots de larmes.
Au milieu de cruels tourments,
Jamais ne finit l’angoisse
Et mon fils, ce bourreau,
A mis un terme à son affection lors de ma mort.
Pour éteindre les âpres flammes
Qui me crucifient à toute heure,
Ma douleur ne requiert de toi
Que quelques gouttes de pitié.
Que feras-tu,
Ingrat héritier ?
Refuseras-tu
Un peu de merci à qui t’a tout donné ?

 

Sinfonia

 

Chœur d’âmes

C’est ainsi.
Qui dans le monde a refusé
Sa pitié aux défunts
Ne doit plus espérer
De pitié du monde.
C’est ainsi.

 

Le récitant

Pendant qu’avec de tels accents
Ces âmes affligées cherchent
À t’éveiller, ô mortel, à la pitié,
Cette Iris céleste,
Je veux dire la Miséricorde,
Avec son cri enflammé
Par ta barbare impiété, t’invective ainsi:

 

La Miséricorde

Écoutez, ô vous qui n’êtes occupés
Qu’à accumuler des richesses
Et qui, engraissés de plaisirs,
Devenez aveugles et sourds
Aux prières des âmes en peine !
L’éclat des grandeurs humaines
Finit par s’enfuir
Et un seul coup de la Parque fatale
Apporte au faste mondain une moisson de douleur.
Tournez votre regard
Vers le cachot douloureux
Où gèlent, enchaînées,
Les âmes fidèles au Ciel;
Et, devenus moins cruels
Ne refusez pas le soulagement à leurs peines.
Dans la fournaise ardente,
Les malheureux attendent
De votre pitié, le réconfort et la paix.
Vrais porcs-épics de la douleur
Ils ont au cœur
Une cruelle forêt de tourments
Et parmi tant d’âpres maux
Parmi les mortels
Il n’en est aucun qui désormais se souvienne d’eux.
De grâce, laissez-vous toucher par la pitié,
Incléments,
Criminels vivants,
Qu’attendez-vous ?
Que va-t-il arriver ?
Ce que vous disputez aux autres,
On vous le refusera.
De grâce, laissez-vous toucher par la pitié,
Je suis celle par laquelle
À une belle pénitente,
À un Pierre qui l’avait renié,
À un cœur incrédule
Un Dieu courroucé a accordé son pardon.
Je suis enfin celle-là seule qui,
Encelades superbes,
Pendant que le Ciel vous menace de sa juste vengeance,
Peut vous arracher à la rigueur de ses flèches.
Que des hautes cimes,
Des éclairs dévorants
Pleuvent sans cesse !
Qu’au milieu de sauvages tempêtes,
Le Ciel vous prépare
Des morts, des rigueurs !
Si face aux coups fatals
Des colères immortelles
Je vous fais un bouclier de ma poitrine,
J’apaise toute la colère du Ciel.

 

Le récitant

Pendant que la belle piété
Avec un si doux discours
Flagelle votre cœur adamantin,
Pour consoler les affligés,
Ces chœurs angéliques
Avec un concert de musique
Adoucissent avec compassion leurs tourments.

 

Chœur d’anges

Âmes fidèles, souffrez, espérez,
Bientôt cessera votre douleur.
Une fois chassé le supplice
Du bûcher des peines cruelles
Une plus douce jouissance
Pour vous apparaîtra.

Âmes fidèles, etc.

 

Le récitant

Ainsi, même si un juste décret
Retarde l’accès au Ciel pour ceux qui souffrent,
Cependant, l’agréable réconfort d’un espoir certain
Adoucit leur peine.

Et pendant qu’aux malheureux
Les heures qui fuient semblent lentes et paresseuses,
Écoute, vivant ingrat,
Comment, poussé par un zèle pur,
Le Ciel qui a pitié de toi
T’invite à soulager les défunts !

 

Chœur d’âmes

Mortel impie,
Face aux âpres tourments,
Au misérable état
Des âmes qui souffrent,
Que la pitié t’émeuve:
Qui refuse la pitié, n’en trouvera pas.

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traduction: Jacqueline & Alain DUC