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Alessandro Stradella

 

Suzanne

La Suzanna
Oratorio en II Parties, 1681

Livret de Giovanni Battista Giardini
Alessandro Stradella

Le texte italien provient de l'enregistrement d'Alan Curtis, en 1979, Vinyl 33t Reflexe-EMI

 

les personnages

Le Récitant
Le Premier Juge
Le Second Juge
Suzanne
Daniel

Choeur à trois
Choeur à cinq

 


Partie I
b
Partie II
 

 

 

Première Partie

 

Symphonie avant l'Oratorio

 

 

Récitatif

Le Récitant
Là où l’Euphrate baigne les fondations de hautes tours, et contemple dans cette masse imparfaite les desseins confus de l’orgueilleuse Assyrie, Amour – non pas celui qui au Ciel jouit d’un nid de lumière et d’un berceau d’étoiles, mais celui qui jaillit des tanières de l’abîme profond, fureur lascive, immonde avorton – envahit furtivement les poitrines des deux juges élus pour diriger Israël, et, avec sa flèche enflammée, il répandit des germes de feu dans un sein de glace.

 

Choeur à trois

Si de l’Érèbe s’est déchaînée
Une si trouble et noire vapeur,
Quelle tempête de fureur,
Quelle comète d’impiété
La Judée ne devra-t-elle pas craindre !

 

Récitatif

Le Récitant
Ensevelie dans le cœur, la flamme couva longtemps avec des souffrances secrètes; et si parfois il sembla qu’elle voulût s’évaporer en soupirs, la honte la réprima, et un sage respect la fit rentrer avec plus de douleur dans la poitrine.

 

Air

Le Récitant

Mais il est bien fou, celui qui croit
Pouvoir toujours dissimuler
Cette blessure, cette ardeur:
Plus elle flambe, plus elle se voit,
Et moins elle offense le cœur.

 

Récitatif

Le Récitant
Un jour que les vieillards se trouvaient sur le chemin fleuri du sérail parfumé entre la voie fleurie, là où le soleil marie les fragrances de Flore aux rayons de miel de l’automne, on vit la flamme, plus libre, ramper sur la bouche licencieuse, et en ce lieu amène, le feu finit par éclater en tonnant ainsi:

 

Air

Premier juge

Un froid glacé, une flamme intérieure
Contraignent mon âme à souffrir,
La crainte et l’espoir, en alternance,
La condamnent à soupirer.
Dites-moi, savants médecins,
Quelle est la maladie de mon cœur
Si ce n’est pas la fièvre d’amour ?

Mon cœur brûle, ô Dieu !
Il brûle, braise vivante
Avivée par le soufflet; et mon ardeur
Est obscurcie par sa dépravation,
Si bien que la cacher est douloureux,
Mais la révéler est coupable;
Et dans la rougeur qu’elle a répandu sur le visage,
Elle blâme et corrige les délires du cœur:
Comme si en lettresde sang
Mon sort et ma mort se lisaient.

 

Récitatif

Second juge
Ami, retiens ta douleur et réconforte-toi. Le ciel d’amour ne lance pas la foudre chaque fois qu’il tonne. Une seule brise d’espérance enchanteresse suffit à calmer la mer d’un sein, et à rendre une âme tranquille.

 

Air

Second juge

Moi aussi, j’ai été pris par l’amour
Dans son filet, en mon âge glacé.
Et même si je suis enchaîné,
Non, je ne désespère pas de me libérer.
Moi aussi, au dieu d’amour,
J’offre l’encens de mes soupirs,
Et bien que petit à petit,
Je me consume à son feu,
Je ne désespère pas d’être heureux.

 

Récitatif

Premier juge
Oui, maintenant, je respire. Avoir un compagnon de malheur tempère la douleur et adoucit le martyre.

 

Duetto

Premier et second juges

I
Qui n’aime pas une dame
Devient un vilain.

II
Qui voit sans céder
Doit être un rocher.

I et II
Qui résiste à Amour
Est un insensé.

 

Récitatif

Premier juge
Grand bien et grande beauté justifient le désir de les posséder. Il ne faut pas s’étonner si la raison est éblouie là où de vastes filons de lumière s’ouvrent au jour.

 

Air

Premier juge

Je veux aimer; que sera
Le pire qui puisse m’arriver ?
Assécher les ruisseaux des pleurs,
Faire couler au fond de la mer de la douleur
Ma vie, mon cœur
Et ma liberté.

 

Récitatif

Second juge
Mais quelle fut la beauté qui érigea tes chaînes en trophée ?

Premier juge
Regarde cette belle, la voici qui vient.

Le Récitant
Sur ces paroles, s’étant tournés vers la magnifique demeure d’où sortait la femme de Joachim, ils restèrent immobiles et s’avisèrent tous deux que, compagnons dans le malheur, ils étaient rivaux l’un de l’autre. Pendant ce temps, la belle dame avançait ses pieds délicats sur le vert pavement. Les herbes aspiraient à se prosterner à ses pieds; il semblait que les fleurs, apostates du soleil, inclinassent, idolâtres, devant la nouvelle lumière leurs nuques odorantes; il semblait que, pour habiller la rose, les pourpres les plus fines eussent été transfusées de ses belles lèvres; et que les lis eussent sucé à son sein le tiède givre d’une plus pure blancheur.

 

Choeur à trois

La beauté est un pur aperçu
Du bien qu’on respire au Ciel.
C’est un vivant rayon
Du Beau incréé.
Il est donc juste de l’honorer,
De la vénérer, de l’adorer.

 

Récitatif

Le Récitant
La dame, arrivée là où un rocher éventré fait jaillir un argent liquide dans une conque d’albâtre, où un cèdre à l’abondant feuillage, Briarée végétal, dispute l’accès au soleil par cent et cent bras et, mainteneur de l’ombre, défend le ruisseau contre les rayons trop curieux, y plonge dans l’eau sa poitrine dénudée et, sirène du ciel, dans cette glace liquide, elle fond ainsi des croches de feu dans l’harmonie des ondes:

 

Air

Suzanne

Combien j’envie votre état,
Chères eaux qui jaillissez:
Mon cœur est infecté,
Et vous, eaux, êtes innocentes.

 

Air

Suzanne

Belles eaux, vous me seriez
Plus aimables et bienvenues
Si vous pouviez laver l’âme
Comme vous me lavez la poitrine.
Mais votre humidité m’enseigne
Avec ses larmes qui gouttent
Que pour laver les taches du cœur,
Il est besoin de l’eau des pleurs.

 

Récitatif

Suzanne
Grand Dieu, puisque tu as fait venir ce ruisseau du sein de l’Océan profond, et par les voies mystérieuses des artères alpestres, l’as conduit ici pour qu’il y serve, dans l’ardeur de l’été, de réconfort et de soulagement, combien ô Seigneur, j’admire ta providence !

 

Air

Suzanne

Zéphyrs qui déployez
Ici vos ailes rafraîchissantes,
Allez, soufflez, ne cessez pas
De circuler, brises volantes,
Tandis que dans un doux murmure
Vous me chuchotez à l’oreille
Que celui qui a vous a donnné des ailes
Est le seul vrai Dieu.

 

Récitatif

Le Récitant
Pour mettre à son comble l’enchantement des âmes fascinées, il ne manquait que le chant. À peine cesse l’innocente magie des notes musicales, que les vieillards, sortant de leur embuscade impure, se montrent à la dame et s’élancent hardiment, tels des ours affamés, pour prendre dans leurs griffes l’agnelle apeurée. La belle eut de quoi mourir. Elle fut glacée, en sueur, en pâmoison, et le ruisseau eut en cet instant la courtoisie, avec une subite pitié, de la recouvrir de sa propre pâleur; alors, le sang, dépêché par les offices du cœur, courut aux extrémités et avec un zèle ami la recouvrit de rougeur, si bien que dans cette eau glacée, elle brûlait tout entière du feu de la pudeur.

 

Air

Le Récitant

Non ! Non ! La beauté, l’honnêteté
Ne sont pas sans avoir
Leurs désastres.
Un sein chaste reste sujet
Aux insultes de l’amour.
Et, tout comme les roses de pourpre,
Le lis blanc a ses épines.

 

Récitatif

Le Récitant
Mais jusqu’où ne va pas un désir immodéré ? Mêlant habilement au miel des flatteries l’aigreur des menaces, tantôt calmes, tantôt sévères, tantôt doucereux, tantôt exigeants, les scélérats tentent la dame en ces termes:

 

Duetto

Premier et second juges

Suzanne, n’aie pas peu,
Non, n’aie pas peur.

I
Aucun cruel penser

II
Aucun désir livide
Ne couve en notre sein.
L’archer au carquois,
S’il se montre à toi,
C’est pour plaisir et joie.

 

Récitatif [?]

Suzanne
C’est ainsi que vous outragez la fille d’Helchias ?
C’est ainsi que vous insultez la femme de Joachim ?
Ministres sans honneur,
juges privés de raison,
fuyez, infâmes.
Oh Dieu ! Pourquoi tout l’arsenal céleste
Ne tombe-t-il pas sur ces têtes impies ?

 

Duetto

Premier et second juges

II
Ne sois pas si rétive,
Mon amour adoré.

I
Aie pitié, ah, réconforte
Mon sein transpercé.

II
Ma poitrine réclame
La récompense de sa passion.

I
Mon cœur demande
La paix et l’amour.
Il n’y a personne en vue.

 

Récitatif

Suzanne
Vous êtes bien fous si vous croyez échapper au regard divin.

Second juge
Tes fidèles servantes ont déjà fermé toutes les portes du jardin.

Suzanne
Mais celles par lesquelles on descend à la mort éternelle restent ouvertes.

Premier juge
Ô belle, accorde-nous tes faveurs, ou prépare-toi aux plus redoutables violences de notre colère.

Suzanne
Dieu sait repousser les armes des impies.

Second juge
Les accusations, les tromperies, les ruses couvriront d’ombre ta vie et ton honneur.

Suzanne
Vaines menaces ! L’innocence sans armes est secourue par le Ciel, les étoiles sont son bouclier. Mais je vous ai trop longtemps supportés. Holà !

Le Récitant
Elle voulait crier “Serviteurs”; mais les scélérats, prévenant sa décision, coururent prétendre qu’elle avait enfreint la foi jurée au nœud sacré. Et leurs cheveux blancs donnèrent tant de force et de crédit à la noire accusation, que l’innocente fut enfermée comme une coupable dans une sombre prison.

 

Choeur à cinq

L’amour impur a toujours causé la mort.
Mais si elle se niche dans le sein d’un vieillard,
La flamme homicide
Est peste et venin pour le cœur,
Car, affrontant la glace de la poitrine,
Ce feu renfermé
Explose à chaque instant sous forme d’éclairs.
L’amour impur a toujours causé la mort.

 

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Deuxième Partie

 

 

Air

Le Récitant

Vous, demoiselles, qui vous appliquez
À paraître belles et charmantes,
Venez avec moi, accompagnez-moi
Pour vous mirer dans un visage
Qui fut sourire et joie d’amour,
Qui fut esquisse du Paradis,
Maintenant devenu portrait de la douleur.

Venez avec moi là où, dans des souterrains aux grilles de fer,
le comble de la beauté
souffre dans les chaînes,
là où, dans une nuit obscure,
pleure le soleil de l’honneteté,
victime d’une éclipse.

 

Récitatif

Le Récitant
Venez et apprenez que le plus délicieux visage est celui qui sert de pierre pour aiguiser les langues criminelles, que la cantharide ne vole que vers les fleurs les plus distinguées, et que l’immonde insecte répand son venin sur les pétales les plus purs des roses.

 

Air

Suzanne

Ô cieux, de qui espérer de l’aide,
Si ceux qui m’aiment sont cruels envers moi ?
Mes larmes, hélas,
Ne peuvent être crues
Si, avec une nouvelle cruauté,
Ma beauté
Me convainc d’erreur.Malheur ! Hélas ! Pourquoi tremblé-je,
De quoi ai-je peur, pusque je suis pourtant chaste ?
Cela ne suffit pas
Pour me libérer
Si, avec une nouvelle cruauté,
Ma beauté
Me condamne à mort.

 

Récitatif

Suzanne
Ah, il n’est que trop vrai: la beauté attire les malheurs, elle est riche de souffrances, elle est un tourment sous une parure de pacotille. Reprenez donc, astres trop prodigues, reprenez vos dons. Reprends tes faveurs, ô nature: si cet inutile ornement doit être dommageable et funeste à mon âme, j’y renonce pour toujours et je le déteste.

 

Air

Suzanne

Mais de la constance, fidèles pensées !
Mon cœur me dit d’espérer.
Le nuage qui parfois semble
Annonciateur altier de la pluie
Était messager du beau temps;
Et, née de son beau sein,
Iris, messagère d’Amour,
A gravé la paix sur son voile coloré
Et dépouillé le ciel de sa colère.

 

Récitatif

Le Récitant
Ainsi la dame affligée passa la nuit partagée entre l’espoir et la crainte; l’aube, déjà levée à l’orient avec une humide rosée, défiait le soleil naissant pour une journée de larmes, quand la malheureuse fut conduite devant le redoutable aspect des farouches juges; et lui ayant fait enlever le manteau qui la couvrait pour satisfaire leur désirs, les scélérats en vinrent à leur infâme dessein.

Premier juge
Femme, toi que nous avons vue nue et prostituée dans des étreintes déshonnêtes, et qui as enfreint avec une lascive licence les lois jurées au lit conjugal sacré, que réponds-tu pour ta défense, qu’as-tu à alléguer ?

 

Duetto

Premier et second juges

II
De cet acte abominable,
Le zèle public souffre
Et se ressent.

I
Qui provoque le Ciel
Se repent amèrement.

I et II
Son mari le réclame,
Le peuple s’exclame,
La loi, le destin
Condamnent à mort
L’impure Suzanne.

 

Récitatif

Le Récitant
La dame voulut parler, mais de ses yeux affligés, un déluge de larmes vint baigner sa bouche et noya ses mots; ainsi, le son plaintif qui, organisé et adulte, eût dû être une parole, avorta dans sa gorge et ne fut que sanglot. Pourtant, se faisant violence à elle-même, levant ses yeux humides vers le ciel, elle diirigea vers le Souverain Moteur son cœur détrempé en de chaudes prières.

 

Air

Suzanne

Malheureuse,
Il sera donc vrai que je mourrai outragée ?
Et que seule, j’éprouverai
Dans la honte et les tourments
Que Dieu fait défaut aux innocents ?
Un amour criminel me condamne à des peines,
Un sort cruel m’engloutit dans la douleur
Et la calomnie se dresse, tyrannique,
Qui me déchire et veut me voir morte.
Et pourtant, je vis et j’espère, oui:
Qui a fait confiance au Ciel jamais n’a péri.

 

Récitatif

Suzanne
Seigneur, qui vois tout et qui, censeur minutieux, examines les fibres de chaque cœur, qui tiens registre, grain à grain, du sable des pensées et qui mesures le moindre atome de faute, tu discernes clairement qui a défiguré ma réputation, qui a souillé mon honneur. Mon âme te confie sa cause, et attend vengeance de toi, ô Dieu !

Le Récitant
Déjà étroitement liée, l’innocente était conduite d’un pas rapide vers une mort ignominieuse, et déjà le peuple ramassait des pierres, quand un jeune homme imberbe, fendant la foule, hautain et farouche dans ses gestes et ses paroles, fit de son regard un éclair et de sa voix une foudre.

Daniel
Où courez-vous, peuples sans cervelle ? Arrêtez, attendez. Suzanne en appelle au trône souverain. Je suis Daniel, juge délégué par l’éternelle sagesse pour connaître de la faute et de l’innocence.

 

Air

Daniel

C’est ainsi,
Foule insensée, c’est ainsi.
Quand la passion aveugle
Trouble l’usage de la raison,
La justice est bannie,
La loi est pervertie,
Et seule l’impiété gouverne.

 

Récitatif

Daniel
Je vous plains, malheureux sujets; et quand donc a-t-on entendu qu’une des parties intéressées assumait la fonction de juge et fulminait une condamnation contre l’innocence ? Un seul homme est l’auteur de l’accusation et de la sentence ? Amenez-moi d’abord l’un, puis l’autre de ces méchants ministres. Je serai leur juge, ayant compétence, car j’ai le brevet du tribunal céleste imprimé sur le front.

Le Récitant
Ainsi parla le jeune homme, et comme Israël n’ignorait pas que l’esprit divin parlait en lui, la paire infâme des scélérats, chargée de rudes chaînes, fut soumise à un rigoureux interrogatoire.

 

Air

Daniel

Abominable vieillard, je sais, je sais
Que ton orgueil a crû avec les années,
Et que ta malice s’est invétérée.
Maintenant, je veux te voir devant moi;
Et puisque tu as vu le crime infâme,
Raconte-moi:
Sous quel arbre
Fut-il commis ?

 

Récitatif

Premier juge
Les coupables étaient allongés sous un myrte feuillu.

Daniel
Tu mens, perfide, tu mens ! Déjà, sur ta tête inique,
La colère de Dieu prépare des nuages de feu.

 

Air

Daniel

Associée avec le pouvoir,
Que ne peut faire l’iniquité,
Si dans une poitrine de juge
Se cache une pensée si scélérate ?
Malheur au peuple qui lui est soumis:
En même temps qu’un magistrat criminel,
Le destin flagelle
La faute des sujets.
Et toi,
esprit mauvais,
race de Canaan,
approche et dis-moi:
sous quel arbre l’adultère
a-t-elle accueilli son galant sur son sein ?

 

Récitatif

Second juge
L’ombre d’un agréable cèdre
A couvert le crime impur.

Daniel
Tu as menti,
et tu as uni le parjure à la calomnie !
La différence de vos paroles mensongères vous convainc et vous condamne. Que Suzanne soit libre, détachée de ses liens, et que ces infâmes imposteurs subissent un sort cruel, peine, prison, sépulcre et mort !

Le Récitant
La sentence rendue, on court l’exécuter. C’est avec une telle promptitude que se déroulent les procès à la cour du Ciel; ce n’est pas le cas sur la terre où, épuisés et démunis, coupables et plaignants sont également punis; où on donne une vie éternelle aux procès grâce au baume de l’or, et où, avec sa gueule vénale, le tribunal absorbe les biens qui sont en jeu. Mais quel objet confus réclame l’attention ? Regardez, écoutez: la vertu défendue qui rit, qui est en fête; la calomnie abattue qui geint, qui rend le dernier soupir; et ses dernières paroles, ses ultimes soubresauts, servent, mémorable exemple, de miroir et de leçon au criminel.

Suzanne
Le Ciel apaisé m’élève,
Heureuse, à des joies suprêmes.
Il advient ainsi à qui se fie
À la juste faveur des astres
Si bien que le cœur
Espère le réconfort !
Qui se met dans les bras de Dieu
Est conduit au port.

Premier et second juges
Le Ciel irrité nous réserve,
Malheureux, à des peines extrêmes.
Il advient ainsi à qui ne craint pas
La juste rigueur des astres.
Non, le cœur
N’espère plus de réconfort.
Qui s’éloigne de Dieu
Sera englouti.

Premier juge
Vous, oracles terrestres, qui sur le trône d’Astrée éclaircissez aux autres le mystère de la loi, et laissez votre raison en proie à des passions tyranniques, écoutez, écoutez ! Le Ciel pèse vos sentences, et la pupille de Dieu qui jamais ne dort, marque vos traces.

Le Récitant
Ainsi parlaient les criminels; mais la parole et la vie furent suspendues sur leur lèvre agonisante par la furie des pierres; au triste son succéda un chant de joie, et pour l’héroïne invaincue, en signe de victoire, la foule entonna un hymne de gloire.

 

Choeur à trois

Belles filles d’Israël,
Venez, soyez en fête,
Tressez un diadème d’étoiles
À Suzanne, qui combattit courageusement,
Qui, constante, triomphante,
Écrasa la malignité des coupables.

 

Choeur à cinq

Qui lance contre l’innocence
Des flèches de méchanceté
Doit toujours s’attendre aux flèches du Ciel.

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC