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pour la Passion du Christ Notre Seigneur Valencia, 1706 |
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A la Pasion de Cristo Nuestro Señor Antonio Teodoro Ortells [1649 - 1706] |
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les personnages: Madeleine,
soprano |

Interrompez,
célestes cadences,
Voilez, reflets lumineux,
votre louange musicale !
vos flammes tremblantes !
car, quand souffre le Créateur du monde,
il est bon que meure le soleil, que gémisse le
ciel ;
et vous, pour tant de crimes,
(oh, malheureux enfants du premier homme !)
en phrases tristes,
en funèbres échos,
accompagnez, au moins de vos plaintes,
celui que vous avez fait souffrir par vos
excès.
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Jusquà
quand, infernales Désormais,
dans le large chemin Eh
bien, aux armes, aux armes, Colère ! Lucifer: Colère
infidèle ! Marie
très sainte: Déjà
de son âge parfait Et ce qui
mangoisse le plus Refrain Ah,
triste absence !
Lucifer
colères de labîme,
votre rage féroce souffrira-t-elle en ce monde
cet Homme nouveau qui bouleverse mon empire,
pour le bien des mortels,
pour ma propre ruine,
sans que, irritée et implacable,
elle détruise les maximes
qui sont un affront pour moi et font sa
gloire ?
qui conduisait aux souffrances éternelles de
lenfer,
le sable immatériel ne présente plus de
traces ;
et lautre chemin qui mène vers la forteresse
divine,
en suivant la loi quil établit par de nouvelles
victoires,
veut se peupler dâmes vertueuses.
Lorgueil, la gourmandise, la vengeance,
lavarice, lenvie, la paresse
et ce honteux volcan, dont la férocité
ruina en riant la plus grande vertu,
sur une parole de lui (oh, malgré mes
embûches !)
au milieu de langoisse et du malheur,
ont courbé leur sept barbares nuques.
Lucifer
Eh bien, aux armes, aux armes, Vengeance !
Et que celui qui fut notre ennemi
sache quil est notre proie.
Lucifer, Marie
Mais, ah ! sil est Dieu, comme je le
présume,
comment ma rancur ose-t-elle sattaquer
à un pouvoir si grand, sans que, partie de
travers,
la flèche vienne blesser le bras qui la
décochée ?
En outre, sil est Fils de Dieu,
il est certain que le même Dieu le
délivrera
de mes colères, et jessaie en vain de me faire
à lidée
que parmi les sièges du Royaume Céleste
(pour mépouvanter davantage)
un homme occupera celui quaura perdu un
astre.
Rage mortelle !
Donnez-moi en mon mal
des armes contre Lui,
car dans la fatigue
quil moblige à ressentir,
aujourdhui sapprêtent à combattre,
en bataille rangée,
Jésus et lAmour, contre la Haine et
Lucifer.
Colère infidèle !
Rage mortelle !
Donnez-moi en mon mal
des armes contre Lui !
Chère Madeleine !
Disciple chérie
dun fils dont la mort
me martyrise rien quà
lenvisager !
Jésus a atteint la ligne ;
déjà il va, semant dans son enseignement
la part quil a reçue en héritage de la
loi de grâce.
Déjà à le rechercher
semploient
Pharisiens et scribes,
et limmolation de lagneau pascal
est une figure de son sacrifice.
cest quen prenant congé,
il a laissé entendre que cétait
la dernière fois que je le voyais de mon
vivant.
Ah, spectacle affligeant !
Ah, mort injuste !
Ah, ma vie !
Avant, Seigneur, que Tu perdes une vie,
puissé-je en perdre mille, pour que Tu
vives !
Ah, triste absence !
Ah, spectacle affligeant !
Par ma seule faute,
Dame,
Madeleine
le harpon sacrilège de la
méchanceté,
forgé de mon erreur,
conspire contre Jésus.
Mais que la Pitié Divine
paye pour la faute humaine,
comment peut le permettre
léquité sacrée de la
Justice ?
Mais, Dame, puisque Jean
sen vient vers nous, peut-être pourra-t-il
dissiper
le doute en nous annonçant les
nouvelles.
Marie: Madeleine: Marie: Madeleine: Marie: Madeleine: Les
deux: Marie: Madeleine: Les
deux: Marie: Madeleine: Les
deux:
Marie, Madeleine
Disciple aimé !
Heureux compagnon !
du maître de mon âme.
du bien de ma vie.
Dis-moi où il va.
Dis-moi où il demeure.
Dis-le moi, vite, dis-le moi vite.
Est-ce que contre lui, dans le peuple, continue
la perfide, lingrate rancur de ses
colères ?
Dis-le moi !
Dis-le moi !
Dis-le moi vite !
Mais non, ne le dis pas,
car déjà dans ton aspect,
ton angoisse, bien que muette,
en se taisant me renseigne,
et en pleurant mavertit.
Non.
Non.
Ne le dis pas.
Jean: Marie: Jean:
Jean, Marie
Ton fils, Marie, est vivant, mais te fait savoir
quil ny a pas de mort plus dure que sa
vie.
Expose-moi sa douleur, afin que, affligée,
je puisse lui ressembler dans une telle mort.
Face à un sort si malheureux,
la poitrine se noie en angoisse contre laquelle elle
lutte,
mais puisque tout aboutit à mourir, Dame,
écoute.
LAmour
est arrivé, chez mon Seigneur,
Jean
(quelle faveur !)
à son ultime excès
(quelle pitié !)
car à lhomme qui chemine
il donne son corps et son sang
déguisés en Amour.
Quelle pitié ! Quelle
faveur !
Jean: LAnge:
Jean, l'Ange
Mais, alors que face à cette
générosité,
la nature heureuse aurait dû
brûler dun feu de constante affection,
sa barbare dureté de diamant sest encore plus
obstinée,
depuis cette institution divine
dun haut Sacrement,
mystère de la foi et accroissement de la
grâce,
qui doit être un fortifiant et une
médecine.
Jésus sen va prier
dans la retraite dun jardin,
où mais comment réussirai-je
à dire sans outrager vos sentiments
quil était dans langoisse, et moi
endormi ?
Placé entre des angoisses mortelles
sous le pressoir de la douleur,
son Amour a laissé sécouler du sang
comme des torrents plutôt que de la sueur.
À
quatre: LAnge: À
quatre: Jean: Judas,
cet ingrat Madeleine: Jean: À
trois Marie: Madeleine: Jean: Les
trois: Jean: Marie: Jean: Marie: Madeleine: Jean: Marie: LAnge:
Jean, l'Ange, Marie, Madeleine
Oh, immense gravité dune faute
immense !
Qui nangoisseras-tu pas si tu angoisses un
Dieu ?
Bouillant dans le feu de lamour
la vie voulut sortir
devançant dans la mort
les effets du meurtre.
Oh, immense charité dorigine
éternelle !
Qui ne vaincras-tu pas si tu as vaincu un
Dieu ?
Écoutez ! écoutez, Dame,
à cet excès damour céleste,
la réponse infidèle quobtint
le suprême Auteur de lunivers !
disciple audacieux, homme pervers,
par un baiser, habilla son sacrilège
en costume damitié.
Que fit alors mon maître ?
Plus Ami loyal que dur Maître,
il lui aurait pardonné
si Judas avait su corriger son erreur.
Hommes !
Oiseaux
Fleurs !
Cieux !
Comment peut-on semployer à autre chose
quà Dieu
si toute tâche sans Dieu nest que ruine en ce
monde ?
Armée de ses troupes,
la colère emmena mon Maître
prisonnier.
Comment ne furent-ils pas arrêtés,
Jean, par son aspect ni son respect ?
Même la force de sa parole,
qui, bien que douce, les jetait par terre,
ne put tempérer leur folie
illustrée par ces exemples :
comme labeille qui, près de sa ruche,
aiguise son dard, vole en zig-zag,
comme la brute à cornes qui veut
réduire de son pied larène en
cendres ;
comme celui qui, loup affamé dans le troupeau
dautrui,
sefforce densanglanter griffe et dent, -
ainsi sobstine la troupe perverse :
tel maltraite Jésus,
tel lhumilie, tel le frappe, tel lattache,
faisant assaut daudace et dacharnement,
et face à tout cela, mon Dieu reste patient et
muet.
Quune telle patience nait pu les
convaincre !
Je suis bon témoin de sa clémence,
car, après quil eut vu mon abattement à
ses pieds,
son pardon fut sa réponse à mes
larmes.
Ainsi injurié et prisonnier,
Caïphe le reçut, lui et les
témoins ;
inventant des crimes pour justifier les peines,
ils multiplièrent les pièces du
procès,
mais leur fol excès ne put rien prouver ;
et dans une confusion pareille,
à une réponse paisible,
une main brutale sur son visage fut
lécho ;
de ce coup déloyal comme un tyran
il sentit moins (ah, douleur !) le mépris
quen voyant Pierre le renier trois fois.
Dans la pierre la plus ferme
quil ait donnée à son Église,
un tel revirement ? Oh, inconstante
nature !
Hélas, fils de ma vie !
Si cest ainsi, quand tu es outragé,
que te maltraite celui qui taime,
que fera donc lingrat ?
Pleurant déjà sa faute,
il obtient que, rapides,
ce que la langue a blessé
les yeux le guérissent.
Confiance,
pécheurs !
Cherchez à vous amender !
tant quil y aura des larmes,
il y aura de la clémence.
Jean: Marie: Jean: Madeleine: LAnge: Marie: Jean: Les
quatre: Marie: Jean:
Jean, Marie, Madeleine, l'Ange
Qui dira, de mon Maître,
ce quil a enduré cette nuit ?
Ah, déjà peut en témoigner
mon cur angoissé !
Lenfer a pris sa liberté,
que ne ferait pas sa fureur ?
Mais le peuple, pour sa défense,
qua-t-il fait alors ? Qua-t-il
plaidé ?
Ils ont renversé toutes
les lois de la raison,
et en graciant Barrabas,
ils ont condamné le Rédempteur.
Quelle cruauté !
Quelle folie !
Ô Dieu saint !
Ô Dieu saint !
Que le peuple fuie la fontaine deaux vives
et cherche les abîmes dabomination !
Ô Dieu saint ! Ô Dieu
saint !
Ingrats Israélites,
quel mal vous a fait son amour ?
Dieu nest-il pas descendu du ciel,
se faire homme pour votre bien ?
Mais à tant dinsultes,
dis-nous, Jean, qua-t-il
répondu ?
Il na même pas voulu, par sa plainte,
qualifier la trahison.
Madeleine: Jean:
Madeleine, Jean
Silence adorable !
Pitié suprême !
car si une seule de ses paroles
a rabaissé lorgueil du monde,
sil en prononce une autre,
le monde verra sa fin.
Silence adorable !
Pitié suprême !
Tenu par eux pour fou,
le Gouverneur ordonna
que lindignation boive ses vengeances
à grands gorgées dinjures.
Sur sa neige sacrée,
on fit pleuvoir tant de coups de fouet
que, sanglant, il ne put reconnaître
sa blancheur originelle.
Il ny eut en son Divin Corps
aucune partie exempte de coups (ah, mon
Dieu !) ;
il reste dans un tel état que rien que le voir
fait plus horreur que pitié.
Jean: Madeleine: Jean: Marie: Madeleine: Marie: Madeleine: LAnge: À
trois:
Marie, l'Ange, Jean, Madeleine
Goutte à goutte sur son visage
court le sang, rapide,
pour colorer dune nouvelle teinte
la pourpre de dérision.
Ah, infâme ingratitude ! Son désir ardent
est venu
Vous gagner des couronnes pour le Ciel,
Et vous lui donnez une perfide couronne de joncs ?
Ô vigne infidèle, rebelle,
épineuse !
puisquen rétribution de tant de soins mis
à te cultiver
tu ne donnes comme fruit que des chardons !
Le voyant ainsi, la méchanceté
nabandonna pas sa rancur,
mais la sédition irritée
cria « Crucifie-le ».
Le juge, craignant sa colère,
prononça la sentence,
car le désir de plaire
aveuglait la justice.
Quel fut son verdict ? hélas !
Hélas ! que décida-t-il ?
Qui pour le dire par mots ou par signes
peut avoir (ah, quelle tristesse !) accent ou
action ?
Hélas !
Hélas !
Hélas !
Ah, quelle cruauté !
Madeleine: Marie: Jean: À
trois: Marie:
Madeleine, Marie, Jean
Quelle fut sa sentence?
Quelle fut sa sentence ?
Quil meure, et meure cloué à un
madrier,
avec un larron de chaque côté.
Ah, quelle cruauté !
Mille fois adorée
soit limmense Providence de Dieu,
puisquelle veut que, dans une si injuste offense,
meure son Fils unique. Et puisque, dans sa
colère,
la mort menace celui qui est mon âme,
allons, allons lui tenir compagnie !
Et,
oh ! si seulement, audacieuse, Suit une
homélie dune demi-heure.
elle nous trouvait, nous,
pour que Lui vive !

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Jusquoù
nous conduit le tintamarre
de tambours funestes, de sacqueboutes ?
Avançons, angoisses ! Allons,
anxiétés !
Et assistons aux uvres de Jésus
qui est le Chemin, la Vérité, la
Lumière, la Vie et la Grâce !
Avançons, angoisses ! Allons,
anxiétés !
Nouvelle
fureur qui révoltes ma poitrine, Lucifer: Marie: Madeleine: Jean: LAnge: Madeleine: À
quatre:
Lucifer
nouveau fardeau qui me coupes le souffle,
comment ma sagesse ne réussit-elle pas
à ne pas passer cette fois pour ignorance ?
Si ce Jésus qui domine mon empire
nest quun homme, dites-moi,
traquenards :
comment, privé de son sang, conserve-t-il la
vie ?
comment, sans se plaindre, supporte-t-il les
affres ?
Si cest un Homme-Dieu, comment tolère-t-il les
outrages,
de la part de ceux qui le renient, loffensent,
linsultent,
avec tant de fermeté quil les accompagne, au
prix de ses blessures,
avec tant de douceur quil les aime, tout en voyant
leur ingratitude ?
Comment, si cest un homme, nest-il pas mort de
mes colères ?
Comment, si cest un Dieu, ne châtie-t-il pas ma
rage ?
Il est homme, sans aucun doute, puisquil subit mon
offense ;
il ne peut être quun Dieu, puisquil
sest moqué de mes menaces.
Lucifer, Marie, Madeleine, Jean, l'Ange
Mais que dun pôle à lautre
sa mort effraye le globe ;
et si cet homme est un Dieu-Homme,
que meurent en même temps lHomme et le
Dieu !
Quels tracés sinistres,
hélas ! chère Madeleine !
découvrent mes craintes et ma peur
sur la toile funèbre de la campagne !
Ne vois-tu pas que les empreintes
des pas de mon bien-aimé
tracent sur le dessin de la neige
des traits de nacre qui simpriment en vert ?
Ah, sang ! si ma poitrine
ne se trouve toujours pas digne de toi,
comment, sans savoir que tu es mystère,
peut-il y avoir quelquun qui te rejette comme une
souillure ?
Tout ce que rencontre la vue,
Dame, effraye lâme :
la montagne qui fait trembler ses cimes,
le cliquetis belliqueux des armes.
Contre un doux Agneau,
une telle colère, une telle escouade ?
Oh, méchanceté, reconnais dans ce que tu
crains
la honteuse iniquité de ce que tu
ordonnes.
Deux hommes qui ont lair de criminels
laccompagnent avec des croix.
Pour rendre crédibles les accusations,
le monde associe innocence et
culpabilité.
Déjà le héraut insolent
publie à voix haute
que cest en tant que traître à
César que meurt le Christ,
lui qui peut faire et défaire les
monarques.
Saint ! Saint ! Saint !
Très Saint Dieu !
Qui a jamais vu pareille injure ?
Qui a jamais vu pareille erreur,
que de revêtir la pitié
de lhabit de la trahison ?
Saint ! Saint ! Saint !
Très Saint Dieu !
Esprits
célestes, Ariette Mais
que vois-tu,
Marie
créatures humaines,
pour qui, des hauteurs,
le Soleil est descendu se revêtir de lumières
mortelles ;
dans une telle confusion, parmi de tels maux,
louez-le ! en rendant honneur et gloire
à ce qui est outrage et doit être
victoire.
Marie
cur fidèle ?
Que la mer simmobilise !
Que le soleil sétonne !
Celui-ci est mon bien,
Celui-ci est mon amour.
Et dans une telle souffrance,
que le soleil sétonne !
que la mer simmobilise !
puisquil avance comme criminel,
le Créateur suprême !
Que la mer simmobilise !
Que le soleil sétonne !
Marie: LAnge: Marie:
Marie, l'Ange
Divine beauté des cieux,
qui vous défigure ainsi,
si tant est que les afflictions humaines
puissent défigurer tant de beauté ?
Vous, la Croix sur lépaule ? Oh,
nouvelle offense !
Oh, charité immense !
Oh, condescendance de Dieu ! Permets-moi
de boire le calice, et si ta Croix madmet,
Jésus, pour ty accompagner,
fais quavant que tu meures, je meure
moi-même.
Le Seigneur taccorde, à toi sa noble
Mère,
quen toi les douleurs éclatent lune
après lautre ;
mais sa pitié ordonne que tu vives
pour quIl mène à bien seul la
Rédemption ;
ainsi, en ton affliction,
suis ses pas.
Allons, ma douleur !
Et dans le tourment (ah, Dieu !) de son tourment,
que cette catastrophe rappelle
la faute que commit lhomme, faute sans fin,
puisquil renouvelle son crime,
là-bas avec un arbre vert,
ici sur un tronc desséché.
Lucifer: Madeleine: Lucifer: Marie: Madeleine:
Lucifer, Madeleine, Marie
Quoi ! cet Homme,
une telle foule de souffrances,
quand elles le martyrisent,
ne le perturbent pas !
Ha ! que ma colère sur la terre
sabatte, et voyons
si les plaintes font écho
aux outrages.
Ah, quel échange digne dêtre
aimé !
pour que lhomme sélève,
son Créateur tombe.
Puisquil est maintenant sur le Calvaire,
furies éternelles,
faites que les affronts
soient à la mesure de votre haine.
Ignominieusement dénudé,
accablé doutrages,
cloué comme un criminel,
quil meure sur un tronc.
Ah, Fils aimé !
les clous dans Ton corps
sont pour moi des flèches.
Jésus ! mon Maître,
mon Époux, mon Amour,
dans une telle angoisse,
dans une telle affliction,
puisque je le mérite,
puissé-je le subir.
Regardez,
anges, hommes, oiseaux, vents,
L'Ange
sphères, montagnes, astres et
éléments,
la flamme de cette poitrine aimante,
si bonne quoubliant
quels tourments elle subit,
elle prie encore pour qui ne le mérite pas,
disant au Père Éternel, dans un tel
conflit :
Choeur
à 5: LAnge: Jean: Madeleine: Marie: Jean: Qui
suis-je pour quaujourdhui, Dame,
ne dédaignez pas Marie: En
lui, mon amour admet
Choeur, Ange, Jean, Madeleine, Marie
Seigneur, pardonne son crime à
lhomme.
La flamme de son amour
na pas encore épuisé ses élans
fougueux,
puisquà un des deux
scélérats,
parce que celui-ci le reconnaît et laime,
il a voulu donner en récompense
la sûre tranquillité du Paradis.
Que ne fera pas un Dieu aimant,
avec un pouvoir infini, une telle bonté ?
Ne perds pas confiance, non, faiblesse mortelle,
puisque dans un instant,
tu pourras, bienheureuse,
si tu es en pleurs, te voir pardonnée.
Celui qui nous a donné la vie, au larron et
à moi,
invite aujourdhui tout le monde avec sa
pitié.
Entends, Jean, il semble que lamour
tadresse, rapides, ses flèches et ses
paroles.
En une fortune sans égale,
si la douleur de mon tourment
natteignait pas à
limmortalité,
ce contentement serait capable
de consoler ce mal.
quand lamour me substitue à lui,
à la place que Lui occupait,
celle qui naquit pour être sa Mère
sabaisse à être ma
Mère ?
dadmettre mon être fragile
en sachant bien
quil nous faut à tous deux de la force,
à vous pour descendre, à moi pour
monter.
Oui, jai élu Jean comme fils,
bien que léchange soit inégal,
puisque, dans une douleur si abondante,
disparaît un Fils immortel,
et cest un fils mortel qui me reste.
tous les hommes à des fins heureuses,
car les hommes, en toute rigueur,
étant fils de ma douleur,
doivent être mes benjamins.
Chur
à 5: LAnge: Jean:
Choeur à 5, l'Ange, Jean
Oh, heureuse est lhumaine
nature !
Car elle a maintenant, pour Mère
de Grâce, lAve,
alors quauparavant, dans la faute, elle eut
pour mère Ève.
Heureux mortels !
puisquen Marie
vous vous levez, desclaves
de la disgrâce où vous étiez,
pour accéder au nouvel état
qui vous donne la félicité.
Oh ! combien ces faveurs
sont accrues, quand on considère
que si lhomme doit
son soulagement à sa Mère,
le soulagement, pour son Dieu,
se paye par laffliction.
Marie: Madeleine:
Marie, Madeleine
Mais quelle voix transperce mes entrailles ?
« Jai soif », dit
lAmour ; et celui qui auparavant
était source deaux vives, aujourdhui
attend
quun trait de cette eau, au milieu de souffrances si
extraordinaires,
rafraîchisse ses belles lèvres.
Ô loutrage infâme !
Au lieu deau, la haine, violente, donne
du fiel et du vinaigre à sa ferveur
assoiffée.
Seigneur,
pardonnez à lhomme,
Marie
qui est aveugle dans ses erreurs !
car si son feu est amertume,
votre Nom est douceur.
Que
ce spectacle effraye le monde :
bontés de Dieu, discordes de lhomme,
on ne peut faire la somme de ses
miséricordes.
Maintenant
que luvre est consommée, il ne manque Arrêtez,
bêtes sauvages ! Arrêtez, hommes encore
plus sauvages !
L'Ange
que la bonté la plus haute
de lAmour : au Père qui
lécoute,
le Dieu damour recommande son esprit.
voyez donc : les sphères obscurcissent leur
blanche face
de sinistres ténèbres,
Jésus est désormais mort.
Chur
à 5: Marie: Jean: Madeleine: Chur
à 5:
Choeur à 5, Marie, Jean, Madeleine
Jésus ! mille fois.
Permets, ô Seigneur ! que mon âme,
quittant mon corps,
aille vers Toi, puisquil ne lui est plus possible
de vivre en moi si Tu es mort.
Homme, comment ne meurs-tu pas ? et toi, monde,
comment ne finis-tu pas ?
Puissé-je mourir, moi seule, puisque seules
mes fautes ont tout causé.
Maintenant que du péché le tyrannique,
le diabolique empire, est éteint,
que seuls restent les souvenirs,
et quils suffisent à servir de
leçons.
Lucifer: LAnge:
Lucifer, l'Ange
Oh, que je sois maudit ! Maudit sois-tu,
toi, mon esprit aux conceptions confuses !
puisque malgré moi, tu vois (cruel
tourment !)
que Jésus est Dieu (que jen perde le
souffle !)
et me dépouille de mon ancien sceptre.
Oh, si je pouvais tuer mon angoisse !
Que labîme me dissimule, - bien quen
moi-même
il y ait un autre abîme, plus profond, -
pour que je ne voie pas cet affront :
lhomme désormais entreprend dêtre
libre,
lui qui, dans une telle victoire,
sous son pied, se fait un escabeau de ma gorge.
Oh souffrance ! qui croira
que la nature humaine, désormais heureuse,
pourrait obtenir, avec orgueil,
le siège que jai perdu dans la voûte
céleste ?
Tu ten aperçois bien tard, car
déjà
le monde a été racheté ;
et lhomme voit ouverte devant lui
la porte du Ciel ;
déjà le sein dAbraham est tout de
gloire ;
déjà lhomme reste redevable
à la pitié de Dieu, avec sa
mémoire ;
déjà sest effacé le
péché originel.
Et sil nest pas pire que toi, monstre sans
frein,
il nest plus possible que lhomme offense son
Dieu.
Oh !
ainsi soit-il, mortels, traduction:
Jacqueline & Alain DUC
car Dieu expire
pour que, morte la Mort,
vive la Vie.