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La Mort d'Abel
Oratorio en II Parties, 1738
Livret de Metastase

La morte d'Abele
Leonardo Leo [1694 - 1744]

 

les personnages:

Abel, soprano
l'Ange, soprano
Ève, mezzo soprano
Caïn, ténor
Adam, basso

 

 


Première Partie

Récitatif
Abel, Caïn, Ève

Abel:
Ô toi, admirable en toutes
Les œuvres de ta main,
Dieu tout-puissant ! Je chanterai
Toujours ton nom
Tant que je vivrai, renouvelant
Mes prières chaque jour. Venez, ô peuple,
Le louer avec moi. De sa bonté,
Qui pourra douter ? Les dons d’Abel,
Il les a considérés avec bienveillance.

Caïn:
Frère, d’où vient cette joie ?
Quel plaisir soudain
Mêle sur ton visage les larmes et le rire ?

Abel:
Viens, frère chéri,
Prendre part à mon contentement; il était imparfait
Tant que tu ne le partageais pas. Les offrandes de ma main
Sont agréées par Dieu.

Caïn:
Et Abel a la hardiesse
De l’affirmer ainsi !

Abel:
Ah ! trop claires
Sont les paroles de Dieu. Les éléments ne parlent pas
Sans son ordre. Écoute-moi. Les premiers-nés
De mon troupeau et les plus gras agneaux,
Je les ai il y a peu offerts en sacrifice, par reconnaissance,
Au Dispensateur de tous les dons
Et voici, as-tu jamais vu
Dans le calme de la nuit
Quelque étoile tomber ? C’est ainsi que j’ai vu
Brillante en face du soleil
Descendre du ciel une flamme qui,
Comme un éclair qui ravage les campagnes
Entoure les victimes offertes, les enflamme, les réduit en cendres et s’enfuit ;
Et me laisse dans le cœur
Émerveillement, plaisir, espoir et crainte.

Caïn:
Tu me racontes d’étranges choses ! Je ne voudrais pas
Mettre en doute ta foi. Moi aussi j’ai offert
Les victimes à Dieu, et je n’ai pas vu
Les rares prodiges dont tu te vantes. O mère,
Tu arrives au bon moment. Abel m’a raconté
Des prodiges insolites. Écoute-le et dis-moi
Si cela te paraît véridique.

Ève:
Tu doutes à tort,
J’en ai été spectatrice.

Caïn:
De quoi ?

Ève:
Du pur
Sacrifice offert, et du céleste
Feu qui l’a brûlé.

Caïn:
C’est donc vrai ?

Ève:
Chasse
Ce doute injuste,
Tu peux en être certain.
Que chacun de vous retourne
A ses activités : Caïn aux champs,
Et Abel au troupeau. Appliqués aux tâches
Qu’Adam vous a confiées,
Vous ne serez pas moins chers à votre Dieu.
Son cœur se réjouit,
Et il le sert, celui qui accomplit son devoir.

Abel:
Je ne pourrais exécuter
Un ordre plus agréable. Combien m’est cher
Mon fidèle troupeau, mère, tu le sais.
Tu sais combien de tracas,
Combien de sueur il me coûte, et je ne m’en aperçois pas.


Aria
Abel

Quel bon pasteur je suis,
Qui apprécie tant son troupeau,
Qui pour sa sauvegarde
Va jusqu’à s’offrir lui-même.
Je connais une par une
Mes agnelles chéries
Et elles reconnaissent
Leur pasteur affectueux.


Récitatif
Caïn

De mon frère cadet,
Je souffrirai sans réagir
Le mérite et le crédit ! La gloire d’autrui
Est un outrage pour moi. Je médite
Mille façons de la diminuer, et j’en rencontre
Mille de l’accroître. En voulant
Faire tort à mon rival, je le grandis. Il me semble
Plus élevé, alors que je le veux plus écrasé
Et je suis l’artisan de ma propre douleur.


Aria
Caïn

Je nourris mon propre tourment
En repensant au bonheur d’Abel :
Je m’emporte, je frémis, je me sens transpercé ;
Je l’abhorre, sans comprendre pourquoi.


Récitatif
L'Ange, Caïn

L’Ange:
Quelle est cette colère ? Et quelle raison consterne
Ton visage, Caïn ? Parle, réponds,
Justifie-toi toi-même
En exposant ta propre erreur.
Le juste commence son discours
Par s’accuser lui-même; confesser sa faute
Fait partie de la pénitence,
Comme la connaître, et en rougir. Tu ne sais pas encore
Peut-être, qu’en œuvrant comme il faut,
Tu obtiendras ta récompense ?

Caïn:
Je sais ce que tu veux me dire.

L’Ange:
Non, ce n’est pas vrai :
Ton péché est toujours
Dépendant de toi ; tu peux le dominer
Avec un libre pouvoir. Tu es l’arbitre
De toi-même ; et ce libre arbitre, tu l’as eu
Afin qu’aucune excuse ne subsiste à ta faute.


Aria
L'Ange

Sur les astres innocents,
Sur le destin, tu rejettes la faute ;
Mais considère que tu abuses
De ta liberté ;
Et [que] tu recouvres avec
Cette chaîne imaginaire
Un don qui devient peine
Pour le criminel.


Récitatif
Caïn, Abel, Adam

Caïn:
N’était-ce pas assez de m’outrager
Avec la gloire d’Abel ? Ces reproches cruels,
Dois-je encore les subir
À cause de lui ? Mais il sort
Du bercail avec son troupeau,
Ce frère détesté. Comme transparaît
Dans tous ses regards son âme satisfaite !
Et comme il montre son triomphe sur son visage !
Fuyons sa rencontre. Rien qu’à le voir,
Il me devient odieux. Son chemin
Est trop éloigné du mien. Il me reproche,
Sans dire un mot, mes fautes,
La gloire qu’il s’est acquise et que j’ai perdue.

Abel:
Frère, où vas-tu si vite ? Alors que j’arrive,
Pourquoi me fuis-tu ?

Caïn:
Je ne suis pas digne
De m’approcher de qui
Est si bien vu du Ciel.

Abel:
Quel est ce discours nouveau
Et inhabituel ? Ah, ne me laisse pas
Ainsi dans le doute.

Caïn:
Chacun connaît tes succès :
Tu les as racontés, je les ai entendus. A tout moment,
Veux-tu les vanter à nouveau ?

Abel:
Moi, me vanter ? Et de quoi ? Qu’ai-je donc
Qui ne me vienne de Dieu ? Pourquoi me vanter,
Si tout est donné par lui ?

Caïn:
Reconnaissant de ses dons,
Sois donc seul à offrir
Des victimes à Dieu, puisqu’il agrée les tiennes,
Et non mes offrandes.

Abel:
Quel discours j’entends !
Qu’as-tu dit, mon frère ! Voici un crime
Pire que le précédent.
Ton Seigneur miséricordieux
T’avertit de tes fautes,
En distinguant mes offrandes.

Caïn:
Tais-toi, chacune de tes paroles amoncelle dans mon cœur,
Une nouvelle matière pour me faire te haïr.

Abel:
Mais ma faute ?

Caïn:
C’est de n’en avoir aucune.

Adam:
Mes fils, quelle est la raison
De ces paroles irritées ?On a tort d’attribuer
Au monde adulte la capacité
D’aller plus loin dans le mal. Par notre faute,
Le monde est coupable depuis son commencement ;
Il ne s’est pas complu dans l’erreur petit à petit,
Il en a comblé la mesure dès sa naissance.


Air
Adam

Avec un meilleur guide
Dans le grand voyage
Tant que de la lumière
Il te reste un rayon,
Retourne vers le premier
Sentier, [que tu as] perdu :
Si l’ombre plus noire
Te fait obstacle,
C’est en vain, malheureux
Que tu voudras voir
La voie première
Parmi ces ténèbres.


Récitatif
Caïn, Ève, Adam, Abel

Caïn:
Réjouis-toi, Abel, et triomphe :
Tous sont contre moi. Vois s’il te reste
Dans le monde naissant
Quelqu’un à séduire. Voici notre mère :
Allez, approche, commence
Toi aussi à m’insulter. Je le sais, tu es
Déjà au nombre de mes ennemis.

Ève:
Mon fils, que dis-tu ?
Tu n’as pas d’autre ennemi que toi-même.

Adam:
Il a l’âme tellement malade
Qu’il ne désire pas la santé ; au contraire, il redoute
La main qui cherche à le guérir.
Cette plaie incurable
Ne cède pas au remède. Notre affection
N’obtiendra rien.

Ève:
Ne parle pas ainsi : j’espère
Tout de lui. Oui, il changera d’habitudes ;
Il détestera sa faute, il imitera
Mon repentir, et celui de son père,
S’il en a imité l’erreur.
Allons, justifie, mon fils,
Les heureuses espérances
D’une tendre mère. Je veux un signe
De ton changement. Rends à ton frère,
Rends-lui ton ancienne affection.
Qu’une chaude embrassade
En soit le témoignage. Venez tous les deux
Vous réunir dans mes bras. Que le sang en vous
Montre une bonne fois
Qu’il provient de la même source.
Avance, Caïn ; Abel, approche-toi.

Abel:
Je suis prêt.

Caïn:
(Ah ! que ce ne soit pas vrai !)

Ève:
Que vois-je ? Ô Dieu !
Au lieu de s’approcher,
Caïn s’éloigne ?

Caïn:
Il suffit, mère ; tes efforts sont vains.

Ève:
Vains, mes efforts ? Donc, j’ai si peu
À espérer de toi ? Une mère qui pleure
Ne peut t’émouvoir ?
Elle qui est réduite à voir
Les fruits de ses entrailles ainsi divisés ?Calme-toi.

Caïn:
C’est ce que tu veux ? Qu’il en soit ainsi.

Ève:
Quel plaisir ! Quel contentement !

Adam:
Que le Ciel seconde
Tes vœux, mais…

Ève:
Qu’est-ce qui t’afflige ?

Adam:
J’ai peur.
Je ne sais pourquoi.
Il a le calme sur le visage,
La tempête au cœur.


Choeur

Ô fille de l’orgueil,
Racine de tous les vices,
Ennemie de toi-même, Envie criminelle,
Tu ronges les âmes
Comme la rouille le fer ;
Tu es pareille au lierre :
Tu détruis les supports où tu t’attaches.
Ah ! Seigneur, défends-nous
De son venin
Avec la torche aimante
De la charité ! Dieu de miséricorde,
Tu es la charité même,
Et quiconque vit en elle, vit en toi.


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Seconde Partie

Récitatif
Caïn, Abel, Ève

Caïn:
Oui, le coup est résolu :
Mon frère doit mourir. Mon amitié avec lui
Est trop pénible à supporter, bien qu’elle soit feinte.
Elle est contraire à nos actes.
Que le juste soit opprimé ; et que la raison commence
À être au service de la force. Il vient : que mon visage
Feigne la tranquillité ; et que la colère, pendant ce temps,
S’alimente, confinée dans le cœur.
La ruse sera le chemin de la vengeance.Cher frère !

Abel:
Il est donc vrai, tu te remets
À m’appeler ainsi ? Ce doux nom
D’amitié et de paix,
Combien, sur tes lèvres,
Combien il me plaît !

Caïn:
Abel, je suis bien différent
De ce que j’ai été. Qu’il ne soit plus parlé
De haine, de colère ; je désapprouve
Mes transports imprudents. Allons aux champs,
Compagnons inséparables ; et que notre père voie
Le fruit diligent de ses reproches.

Abel:
Maintenant, tu ne diras plus
Jamais que seul Abel
Offre des victimes à Dieu.

Caïn:
Au contraire, je veux moi aussi en offrir
En lui faisant réparation.

Abel:
Quand ?

Caïn:
Bientôt.

Abel:
Où ?

Caïn:
Dans les champs,
À peu de distance d’ici.

Abel:
Et la victime ?

Caïn:
Elle est prête.

Abel:
Et ton cœur ?

Caïn:
Comme il faut.Allons.

Ève:
Où allez-vous, mes fils ?

Caïn:
Aux champs.

Abel:
Aux champs.

Ève:
Pourvu que votre mère
Vous trouve toujours ainsi, mes fils,
Unis dans cette belle affection ; et qu’ainsi soit vaine
La crainte qu’éprouve votre père.


Récitatif accompagné
Abel, Ève

Abel:
Adieu, mère ! Chère mère !

Ève:
Mais que veux-tu me dire, Abel,
Avec ces tendresses excessives,
Bien au-delà de tes habitudes ? Tu presses sur ton sein
Ma main entre les tiennes ! Tu me regardes
Le visage tendu, et tu soupires !
Tu veux partir, et tu t’attardes !
Tu te mets en route, et tu reviens ! Et de mon sein
Tu ne peux t’arracher !
Ah ! mon fils, ne te tais pas, parle : que veux-tu ?


Aria
Abel

Ces mouvements intérieurs de mon sang
Que mon cœur ignorait jusqu’alors,
Je ne les comprends pas, et je ne saurais
Me retrouver en moi-même.
Jamais tu n’as été si chère
À mes yeux, ô mère aimée ;
Et jamais je n’ai éprouvé autant de peine
À me séparer de toi.


Récitatif
Ève, Adam

Ève:
Ô tendre amour
D’un fils plein de piété !

Adam:
Ève, quelle angoisse soudaine
T’oppresse ? D’où viennent ces larmes ?
Ah ! tu crains
Peut-être encore que la paix mensongère
D’un fils scélérat se change en cruauté !

Ève:
Au contraire, je suis heureuse.

Adam:
Tu es heureuse, et tu pleures ?


Aria
Adam

Donc, un cœur oppressé d’angoisse
Se décharge en larmes
Et les mêmes larmes se répandent
Quand un cœur est content ?
Qui parmi nous peut espérer
Un plaisir qui soit parfait
Si le contentement s’exprime lui aussi
Avec les signes de la douleur ?


Récitatif
Ève, Adam

Ève:
Oui, cher époux, je suis heureuse,
Et j’ai mes raisons. Les larmes
Que tu vois dans mes yeux, sont de tendresse. Les chères paroles
De l’innocent Abel
Provoquent en moi
Ces sentiments maternels. Si tu avais vu
Tes fils devenus amis et camarades,
Toi aussi, tu pleurerais.

Adam:
Les frères sont partis ensemble ? Et où ?

Ève:
Aux champs.

Adam:
Oh Dieu !

Ève:
Tu soupires ?

Adam:
Caïn cache peut-être
Un dessein sanguinaire, sous cette paix apparente.

Ève:
Tes soupçons,
Pour lesquels tu te tourmentes prématurément,
Sont un fruit malheureux de la première erreur.


Air
Ève

Dès l’instant de la faute originelle,
Dans notre pensée se nourrit
La cause qui nous rend malheureux.
L’esprit, tyran de soi-même,
Trouve matière à se tourmenter,
Tantôt jaloux d’un bien présent,
Tantôt pressentant un mal encore absent.


Récitatif
Adam, Ève, Caïn

Adam:
Je le sais ; mais je ne puis
Vaincre ma crainte ; et une force inconnue
Me pousse à suivre les traces de mes fils.

Ève:
Il n’est que trop vrai : dans ce misérable exil
Que nous avons mérité,
On ne peut retrouver la paix
Si on ne la cherche en Dieu. Mais n’est-ce pas
Mon fils Caïn ? Pourquoi
Revient-il si vite, et seul ? Oh ! comme il tourne
Son regard soupçonneux,
Soucieux, autour de lui ? Pourquoi ces pas
Inégaux et furtifs ? A chaque mouvement
D’une simple brise qui gémit à travers les feuillages,
Il se retourne, pâlit et tremble !
Où vas-tu ? Ne me fuis pas : je suis Ève :
Tu ne reconnais pas ta mère ? Ah ! quelle funeste
Terreur s’est emparée de toi ?

Caïn:
(Ah, fâcheuse rencontre !)
Avant que mon âme oppressée
Retrouve ses anciennes fonctions, il faut
Que ma fuite prenne un autre chemin.


Récitatif accompagné
L'Ange, Caïn

L’Ange:
Arrête-toi, Caïn.Ton frère Abel,
Où est-il ?

Caïn:
Je n’en sais rien. Est-ce que par hasard je suis le gardien
De mon frère ?

L’Ange:
Qu’as-tu fait ! Et tu espères,
Criminel, le cacher à Dieu ? Crois-tu
Qu’il ne comprenne que les paroles
Que la langue a articulées ?
Il comprend tout,
Pour lui, déjà, tout parle, jusqu’aux sphères,
Du sang de ton frère.Va : tu seras
Maudit sur la terre, sur cette terre
Qui est imbibée d’un sang
Que ta main a répandu.

Caïn:
Assez ; assez. Je sais ; je comprends
Tout mon misérable état.
Le passé me désespère,
Le présent m’oppresse,
L’avenir m’épouvante.


Air
Caïn

Je connais ma faute,
Je sais quel je suis ;
Je ne demande pas de pardon,
Je n’espère pas de pitié.
Un cruel remords
Me déchire le cœur ;
Mais l’inutile secours
D’une tardive douleur
N’a plus assez de force
Pour me rendre innocent.


Récitatif accompagné
Ève

Tu mens, scélérat, tu mens : la pitié divine
Est bien plus grande
Que chacune de nos fautes. L’ingrat fuit
Et ne m’écoute pas. D’où obtiendra-t-il le salut,
S’il rejette tout secours ?
Hélas, que vois-je ?
Adam, ô Dieu, avec quel funeste fardeau
Tu reviens vers moi ! Ce que tu apportes,
N’est-ce pas la dépouille exsangue 
De l’innocent écrasé ? Je le reconnais à peine.
Ah ! tu as perdu, mon fils,
Sous les traces sanglantes
De la fureur fraternelle, ton ancien aspect.
Ce visage languissant tombant
Sur la poitrine, où je vois, marqué
Parmi la peau et la sueur, le trajet des larmes ;
Ces marques livides
L’une à côté de l’autre, et ce sang innocent,
Qui de tant de blessures
Coule encore tiède,
Ramènent à mon esprit
Toute la suite de tes peines,
La faute d’autrui, mon sort douloureux.
Oh faute ! oh sang ! oh souvenir ! oh mort !


Air
Ève

Il ne sait pas ce qu’est la pitié,
Le cœur qui ne se brise pas
Devant ce cruel spectacle
De sauvagerie.
Que vacille la masse entière
De la machine terrestre,
Que pâlisse le soleil,
Que le ciel frissonne d’horreur !


Récitatif
Adam

Ève, combien est grand
Le motif de nos larmes !
Tu sais que la mort
Ne fut pas l’œuvre de Dieu : il ne désire pas
La perte des vivants. Elle est entrée dans le monde
Appelée par les méchants,
Avec leurs paroles et leurs actes ; et notre faute
Lui a ouvert le premier accès
Au sentier défendu.


Choeur

Abel défunt parle, et avec les claires
Paroles de son sang, accuse le fratricide.
Mortels, c’est à nous qu’il parle. Chacun de nous
A part au crime,
Mais non à la douleur. Chacun déteste
Les voies des impies, et y met le pied ;
Chacun a Caïn en horreur, et ne voit pas qu’il est en lui.


traduction: Jacqueline & Alain DUC

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