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Lamentation de David sur Saül et Jonathan
Oratorio
Texte de John Lockman

David's Lamentation over Saul & Jonathan
London, 1736
Dubin, 1744
William Boyce [1711 - 1779]

 

* Les vers entre crochets sont absents de la musique

Choeur

Chante, prophète sacré, la chute du puissant Israël,
La triste défaite et la mort sanglante de Saül,
Chante, pieux David, sans aucun espoir de soulagement,
Décris ses flots de larmes et sa douleur immense.


Récitatif [contre-ténor]

Alors Saül fut tué par les arrogants Philistins,
Et David revenait de la plaine dans une marche triomphale,
Quand un Amalécite, qui venait de fuir,
Ses vêtements déchirés, et de la terre sur sa tête,
Approchant de David, se jeta à ses pieds ;
Et le chef dit au jeune homme prosterné :
D’où viens-tu ? - Le jeune homme prosterné répondit :
Du camp d’Israël, autrefois d’Israël orgueil redouté. 
- Comment, dit le chef, se passa la bataille ?
- Hélas, crie-t-il, mon histoire est sanglante et pleine de chagrin. 


Air [contre-ténor]

Vite, accorde ton aide cruelle
A un prince écrasé par la douleur :
Enfonce ton fer dans mon sein,
Perce mon cœur, et donne-moi le repos.


Récitatif [alto]

Alors, voyant le roi torturé dans son cœur,
J’acceptai d’alléger le malheur qui le submergeait,
Sachant que sa grande âme ne pourrait jamais survivre
A cette défaite, et lutter contre les afflictions.
J’avance alors, irrésolu, lentement,
Effrayé, et pourtant résolu à porter le coup.
Mes mains sont paralysées. – Il crie : Joue bien ton rôle !
Hébété, je plonge le poignard dans son cœur.
Tremblant, je dépouille le corps, puis sur le champ je m’enfuis,
Et donc, je te remets ce précieux butin.


Air [alto]

Prends ce bracelet, pares-en ton bras,
Plus jamais il ne ceindra celui de Saül.
Prends cette couronne, ce talisman puissant,
Pour un cœur qui aspire au trône.


Récitarif [ténor]

Frappé comme par le tonnerre, David déchire ses vêtements,
Et appelle la vengeance sur l’affront des ennemis.
Ses hommes sont émus, leurs poitrines s’enflent de soupirs ;
Ils pleurent en silence et humblement jeûnent jusqu’au soir.


Choeur

Pour Saül, pour Jonathan, ils jeûnent, ils pleurent ;
Pour la maison d’Israël, leurs soupirs n’ont pas de bornes ;
Pour le peuple de Dieu, ils éprouvent une angoisse sans trêve,
Car tous sont tombés sous l’acier ravageur.


Récitatif [ténor]

David reprend : D’où es-tu ? – L’autre continue :
Je suis un Amalécite, fils d’un étranger.
- Ah, crie le chef, misérable, qu’as-tu fait !


Air [ténor]

Comment la Conscience a-t-elle pu étouffer son aiguillon,
Quand tu as osé faire périr
L’oint du Seigneur, le Roi des Rois,
Saül, la joie d’une nation ?


Récitatif [ténor]

Puis David examina l’Amalécite,
Regarda pensivement autour de lui, et dit à un jeune homme :
Avance, dégaine ton épée. L’homme obéit.
Plonge, plonge-la profondément, cria David, dans son flanc.
Il frappa le Régicide, qui tomba et mourut.
Le chef dit alors : Que ton sang retombe sur ta tête,
Car tu as versé le sang sacré d’un monarque ;
Tes propres lèvres n’ont que trop clairement témoigné
En disant : J’ai tué l’oint du Seigneur.
Alors David, tout à son chagrin, les yeux humides,
Exhala ses soupirs sur Saül et Jonathan.


Duo [alto & ténor]

Triste Israël ! La gloire de ta beauté,
Sur ces hautes montagnes, gît dans le sang.
Comment ont péri les héros !
Sans ami en pleurs pour leur fermer les yeux.


Récitatif [contre-ténor ou ténor]

Jamais, oh, n’annoncez jamais cette honte
Dans Gat, ni ne la publiez dans Ascalon la moqueuse,
De crainte que les filles des Philistins se réjouissent,
Que les filles des incirconcis exultent.


Air [contre-ténor ou ténor]

Que sur toi, mont Gelboé, le ciel ne répande ni la rosée,
Ni la pluie vivifiante
Pour nourrir tes plantes, pour égayer ton spectacle ;
Et que les champs de prémices n’honorent pas ta tête.

Car sur tes pentes, le bouclier de Saül,
Du puissant Saül, a été abandonné,
Comme s’il n’avait pas été couronné d’huile,
Ni béni par le rayon approbateur du ciel.


Récitatif [*]

[L’arc fameux que Jonathan bandait si fermement
Décochait une mort sûre, volant comme l’éclair ;
Là où jouait l’éclat de son glaive,
Les rangs tombaient l’un sur l’autre, et tous restaient sans vie.
Son arc, son épée, cherchaient des dangers surhumains
Et les surmontaient, car ils combattaient pour Israël.
Père et fils ne faisaient qu’un en esprit,
Tant leurs âmes se conjuguaient en une douce harmonie,
Mise à l’épreuve dans l’union la plus forte,
Si forte que la main de fer de la mort n’a jamais pu les séparer.
Tous deux excellaient dans les exercices virils,
Et avec la même force repoussaient un ennemi,
Plus rapides que les aigles quand ils tracent leur chemin,
Plus forts que les lions quand ils se battent pour une proie.]


Choeur

Filles d’Israël, pleurez sur Saül,
Qui vous revêtit des plus brillantes couleurs.
Redoublez de soupirs pour déplorer sa chute,
Lui dont le sourire resplendissait à vos yeux.

*[Pleurez sur son urne, lui dont le plus cher souci
Était d’élever l’esprit qui s’ouvre,
Pour vous rendre vertueuses autant que belles,
Et que vous soyez la merveille de votre race.]


Récitatif [contre-ténor]

Comment ont péri les héros ! Comment abattus,
Parmi les horreurs effroyables du champ de bataille !
Ô Jonathan ! si cruel fut ce trait
Que tout Israël saigna quand il transperça ton cœur.
Mon âme, jeune prince, est bouleversée pour toi
Car la tienne, trop souvent, fut bouleversée pour moi.
Ton agréable entretien apaisait mes malheurs par son charme,
Et éveillait les plus doux transports dans ma poitrine.
Le tendre amour des vierges, quand elles languissent
Pour des jeunes gens absents, ne peut être comparé au tien.


Choeur

Comment ont péri les héros ! Comment abattus !
Leurs armes, jetées au hasard !
Leurs trophées étincelants, perdus !
Comme leurs cœurs saignent dans cette plaine infâme !



traduction: Jacqueline & Alain DUC

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