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La Conversion de saint Augustin
texte de
Maria-Antonia-Walpurga (Walpurgis) de Bavière [1724 - 1780],
électrice de Saxe

La Conversione di Sant'Agostino
Johan Adolf Hasse [1699 - 1783]

les personnages:

Saint Augustin, haute-contre
Monique, sa mère, dessus
Simplicianus, son père, taille
Alympius, son maître, hautre-contre
Navigius, son frère, dessus

 
Première Partie

 

Récitatif
Simplicianus, Monique, Augustin, Alypius

Simplicianus:
Ne t’afflige plus autant, mère dolente et pieuse ;
ton fils est déjà croyant, déjà son esprit est convaincu,
et son cœur, d’ici peu, sera lui aussi changé.

Monique:
Ah, père, combien mon espérance est légère !
Je connais assez le cœur de mon fils.
Les passions profanes encombrent trop ses pensées,
il a le cœur trop tourné vers des habitudes criminelles,
il ne sait aspirer à rien d’autre qu’à un vain plaisir.
Ah ! comment veux-tu que j’espère, et qu’un cœur si pervers
puisse être enflammé par le pur amour de Dieu ?

Simplicianus:
Il est vrai, pour une telle victoire, il faut un grand courage,
mais pourquoi désespérer ? N’y a-t-il pas au Ciel une force
supérieure qui pourra l’aider ? Espérons en Dieu.
A tes larmes, il a déjà beaucoup accordé,
il a déjà donné à ton fils la sainte lumière de la vraie foi ;
cela a commencé à vaincre son orgueil.
Il verra qu’en vain il prête foi à la loi
s’il résiste aux commandements qu’il reçoit d’elle ;
il a l’âme grande, il voudra se vaincre,
et pour peu qu’il veuille, Dieu l’aidera.
Mais le voici qui arrive. Ne vois-tu pas sur son visage
comme son cœur combat ?
De ce conflit intérieur, il convient de tout espérer, tout.

Monique:
Clémence éternelle, toi qui écoutes les vœux d’une mère affligée,
ah ! n’abandonne pas mon fils criminel.
Aide-le, donne-lui un nouveau cœur,
ramène-le enfin à ton doux amour.

Augustin:
Ami, ah ! quels tourments,
quels tourments souffre mon malheureux cœur !
Ah, sainte foi, je te connais, je t’adore !
Mais, ô Dieu, que me commandes-tu ?
Je devrai laisser pour toujours les passions
interdites, mais si douces, de mon cœur ? Ah, si je pouvais…

Alypius:
Ami, tu peux tout, si Dieu t’aide ;
et dans un combat si dur, Il t’aidera.

Augustin:
Ah, douce mère, de grâce, prie pour moi.

Monique:
Mais dis-moi au moins, que puis-je enfin espérer ?
Malheureux fils ! Tu ne veux toujours pas retourner vers ton Dieu ?
Si tu le veux, en vérité, tu le peux à coup sûr.

Augustin:
Mère, ne désespère pas. La vraie foi, ton fils la connaît.
Je sais que cette faveur, c’est à toi que je la dois.
Le Dieu clément l’a accordée à tes prières ferventes.
Mais mon cœur, oh ciel… mon cœur
ne peut se défaire de ses anciennes habitudes.
Tu ne cesses de pleurer et de prier,
le ciel ne sera pas sourd à ta douleur,
il accordera, en faveur du divin sang, de nouvelles forces
à mon cœur qui gémit et languit.


Aria
Monique

Je pleurerai, mais, fils chéri,
combien de temps encore me feras-tu
pleurer ainsi sur ton destin ?
Je prierai, mais à ma douleur,
aux paroles de son Dieu,
ton cœur un jour se rendra.

Récitatif
Augustin, Simplicianus, Alypius

Augustin:
Ah, mon cœur ne pourra jamais changer,
les objets de son amour sont trop doux.

Simplicianus:
Tu ne sens donc pas l’horreur de ton misérable état ?
Et pourtant, tu sais que ton devoir condamne de telles passions ;
tu sais que si tu ne te défais pas de ces chaînes infâmes,
tu te rends malheureux, condamné à des peines éternelles.

Augustin:
Je le sais. Je frémis d’horreur, je suis glacé et je tremble en pensant
à l’éternité d’horreur qui m’attend. Mais je ne peux pourtant
me libérer du joug que je voudrais haïr.

Alypius:
Essaye au moins. Refuse-toi au moins un moment
au poison criminel qui t’affaiblit.

Simplicianus:
Si tu veux aimer, je ne te l’interdis pas,
mais choisis un plus digne objet de tes passions :
tourne-toi de la créature vers le Créateur.
Qui plus que lui est digne de ton amour ?
Dis, que ne fait-il pas pour mériter que tu lui donnes ton cœur ?
Qui t’a jamais montré tant d’amour ?

Augustin:
Père, je sens la force de ce que tu me dis.
Mais vous ne connaissez pas suffisamment mon cœur.
Il est si perverti, il aime tellement son crime,
qu’un autre objet plus pur jamais ne pourra lui plaire ;
mes mauvaises mœurs sont trop tenaces, je les aime,
bien qu’avec elles, bien qu’avec elles je ne puisse trouver la paix.

Alypius:
Malheureux ami !

Augustin:
Ne me plaignez plus, non,
je ne suis pas digne de votre pitié.
Fuyez un criminel, abandonnez un impie,
qui pourrait vous corrompre.
Alypius, tu sais que je t’ai rendu manichéen. Tu sais,
guide aimé, que la pieuse peine que tu prends de moi est vaine ;
vous entendez combien je suis indigne de vous, et vous espérez,
si du moins, après avoir compris mon malheureux état,
il vous est permis d’espérer que je puisse changer ?

Alypius:
Il faut toujours espérer.

Augustin:
Comment ? Si le cœur, totalement contaminé
depuis ses premiers ans, ne se plaît à rien d’autre
qu’à des folies ? S’il ne se soucie pas de l’éternel et suprême Créateur ?
S’il s’est toujours nourri de poison, en quête du plaisir seulement ?
Si mon âme aveugle court sans cesse de faute en faute?
Et si progressant dans le mal, au fil des ans j’ai négligé le vrai
et adopté les erreurs ? Enfin…

Alypius:
Tais-toi, je ne sens plus mon cœur, ébahi d’horreur ;
je tremble, et je plains ton misérable état,
je ne sais plus que penser.
Cet étrange accident me trouble en plein dans l’âme !
et je ne sais si la pitié me meut, ou la colère.


Aria
Alypius

Je sens de l’horreur pour ton crime,
mais la pitié me pousse à te plaindre,
et mon cœur reste dans l’embarras,
il ne sait que penser de toi.
Je suis affligé de ton état,
pour toi je frémis puis soupire,
et je hais le délire criminel
qui te rend si malheureux.

Je sens de l’horreur, etc.

Récitatif
Augustin, Simplicianus

Augustin:
Ah, père, tu restes muet ? Ah, tu veux me dire
qu’il n’est plus permis d’espérer ; déjà mon cœur l’entend.

Simplicianus:
Malheureux fils ! Le cours de ta vie est une perpétuelle faute
Ces mœurs criminelles devenues une seconde nature, qui pourra encore les vaincre ?

Augustin:
Je le sais, je le vois, il n’y a plus d’espoir.
Je ne trouve plus en moi la force suffisante pour défaire mes chaînes ;
je voudrais, mais les efforts de la volonté sont vains, c’est ma faute.

Simplicianus:
Loué soit le Ciel ! Voici le passage étroit où je t’ai attendu.
Il est vrai, tu ne le peux par toi-même, mais tu es assez avisé pour en avoir conscience,
et cette conscience soumise ranime mon courage.
Je n’ai rien espéré, rien, tant que tu t’es fié, hautain,
à ton seul pouvoir, car Dieu résiste à un orgueil aussi criminel.
Mais Dieu réconforte celui qui confesse humblement sa faiblesse.
Tourne-toi vers lui, prie-le, demande-lui cette force
plus grande, que tu n’as pas, et avec son aide tu pourras vaincre.


Aria
Simplicianus

Le Dieu juste et clément
n’abandonne jamais
cette âme qui, avec ferveur,
implore sa faveur.Tu seras guéri,
si tu espères en lui avec confiance,
il t’arrachera du cœur
tes pensées d’iniquité.

Récitatif
Augustin

Augustin:
Oui, mon Dieu, c’est vers toi seul que je veux désormais me tourner,
en toi que je veux espérer. Fais que je commence enfin une vie meilleure.
Rends-moi cette heureuse liberté,
que jusqu’à présent, égaré, j’ai méprisée…
Ah, pas encore ! Que dis-tu, que dis-tu, âme criminelle ?
Donc, il te déplaît, le bien auquel tu dois aspirer ?
Crains-tu que ton Dieu, trop empressé,
veuille te retirer d’un si horrible abîme ?
Être pour toujours ou malheureux ou heureux
est entre tes mains, et tu ne choisis pas ?
Ah, il est trop amer d’abandonner pour toujours
ce qui paraît être l’unique, le suprême bien ;
je mènerai une vie misérable, privé de vous, douces passions du cœur.
Que je vous abandonne ? Ah, non ! Mais je ne redoute pas
la colère de mon Dieu ? J’oublie son amour ?
Il m’offre son pardon, et je n’en ai cure ; il a tant souffert pour moi,
et je ne veux rien souffrir pour lui ?
Oui, je n’hésite plus, je crois,
mon âme est déjà convaincue,
je me sens éperonné par la voix du Ciel. Hélas !
Mon âme est convaincue et mon cœur résiste.


Aria
Augustin

Le remords oppresse mon sein,
mon cœur aime son crime,
je suis dans le doute et dans l’affliction,
et je ne peux me résoudre.
Je gémis et je souffre de mon état,
je voudrais me tourner vers mon Dieu ;
mais des liens de mon cœur,
comment pourrai-je me défaire ?

Le remords oppresse mon sein, etc.

Récitatif
Navigius, Augustin, Monique

Navigius:
Cher frère, enfin j’ai le plaisir de t’embrasser,
enfin je te trouve revenu à cette foi qui donne la béatitude.
La joie envahit trop mon âme pour que je puisse la montrer tout entière.

Augustin:
Ah, douleur criminelle ! Sainte Foi, devoir, mœurs coupables,
quelle guerre vous créez dans mon cœur !
Qui de vous vaincra ? Âmes bienheureuses, assistez-moi.

Navigius:
Dis-moi, mon frère…

Augustin:
Laisse-moi, par pitié, laisse-moi fuir,
je suis si troublé que j’entends à peine ce que tu me dis ;
dans une pareille horreur, je ne me comprends pas moi-même.

Navigius:
Pourquoi me laisse-t-il ainsi ?
Pourquoi se sépare-t-il de moi aussi troublé ?
Peut-être son cœur est-il encore en proie à ses anciennes passions ?

Monique:
Où est ton frère ?

Navigius:
Je ne sais, il m’a quitté à l’instant.

Monique:
Que pense-t-il ? Que t’a-t-il dit ?

Navigius:
Il avait le visage troublé, et m’a à peine écouté ;
il me semble qu’il retourne dans son esprit de graves préoccupations.
Il gémit, soupire et puis, comme un homme touché
par une grande anxiété, ou par la rage, il reste hébété,
tourne en rond, pâlit, s’enflamme, regarde le ciel, regarde le soleil.
Qui peut le comprendre ?


Aria
Navigius

De même qu’au milieu des vents déchaînés
la mer agitée gémit,
de même me paraît gémir
son malheureux cœur.
Des passions humaines,
malheureux esclave, indigne,
il ressent horreur et colère,
sans pourtant les haïr.

De même qu’au milieu des vents, etc.

Récitatif
Monique, Alypius, Simplicianus

Monique:
Et nul ne le secourt ? Père, tu abandonnes ton fils,
alors que maintenant plus que jamais il a besoin de toi ?
Si tu ne l’aides pas, les coupables habitudes
de son cœur, certes, auront le dessus.

Alypius:
Tu vois qu’il a les yeux baignés de pleurs.
Ah, cours à lui, réconforte-le, console-le, ne le laisse pas ainsi.

Monique:
Qu’il ne s’envole pas, cet instant fortuné,
où peut-être il a entendu la voix de Dieu.

Simplicianus:
A mon zèle, mère, tu peux te fier. Je vais le trouver.
Vous, avec des prières ferventes, allez implorer de la clémence éternelle
la victoire dans cette guerre qui se livre en lui.


Final I
Monique, Alypius, le Choeur

Inspire-lui, ô Dieu clément,
une passion plus digne;
de tout objet terrestre,
rends-le vainqueur.
Ah ! que le divin sang n’ait pas été répandu
en vain pour lui;
que ta faveur renforce
cette âme qui languit.

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Deuxième Partie

 

Récitatif
Monique

Monique:
Je ne vois toujours pas mon fils, malheureuse que je suis !
Tous me laissent seule au milieu de ces épreuves ;
je sais que mon fils combat, mais je ne sais s’il a été vainqueur.
Ah, Dieu de clémence, puisse ma douleur t’émouvoir.
Je tremble, je m’angoisse, je palpite, je transpire, je suis glacée ;
personne ne vient, personne ne me console au milieu de tant de peines ?


Aria
Monique

Ah, il me semble déjà voir mon fils
brûler dans le séjour des pécheurs !
Ah, pourquoi lui ai-je donné le jour
s’il devait périr ainsi ?
Avec quelle âme, avec quel œil
le regarder parmi tant d’horreur,
si l’amour maternel, ô Dieu !
m’accompagne vers son supplice !

Ah, il me semble déjà voir mon fils, etc.

Récitatif
Monique, Simplicianus, Alypius

Monique:
Simplicianus, quelles nouvelles ?
Que puis-je espérer ? Que dois-je redouter ?
Ah, par pitié, dissipe ma crainte.

Simplicianus:
Ton fils combat encore, mais la grâce le soutient.
Ah, s’il le veut, aujourd’hui est le jour de son triomphe.
S’il méprise la grâce, mon cœur est abattu ;
s’il la seconde, j’espère tout.
Oh Dieu ! Il arrive, tout perturbé, avec Navigius.

Monique:
Mon fils chéri, hélas !
Serait-il retombé dans ses anciennes habitudes ?

Alypius:
Ah, non, tu verras bientôt avec quelle vigueur il résiste
aux mouvements de son cœur ; je l’ai vu près d’ici, baigné de larmes,
pleurer sur son destin.
Se répandant en soupirs : « Accorde-moi, ô Dieu clément », disait-il, tourné
vers le ciel, « de pouvoir commencer une vie plus pure. 
Que cette heure soit celle où je renaisse pour toi.
Purge ce cœur séduit, renouvelle-le, Père, Seigneur. »
Et là, oppressé par la tension, il ne parla pas davantage.
Mais il ne se taisait pas pour autant,
car les pleurs firent l’office des lèvres.


Aria
Alypius

Il pleure, et ces pleurs avivent
l’espoir au milieu des craintes,
comme la pluie ravive les fleurs
sur le sol aride.
Il sera heureux, et recueillera
tout le fruit de ses larmes,
maintenant qu’il veut vraiment
le bien unique, éternel.

Il pleure, etc.

Récitatif
Simplicianus, Augustin, Monique, une Vois, Navigius

Simplicianus:
Le voici qui arrive ;
il me semble encore absorbé dans de graves pensers ;
allons, sans nous faire voir, écouter ce qu’il décidera.
Suivez-moi par là , nous serons prêts à le secourir,
si nous le voyons vaciller.

Augustin:
Oh, cruel remords ! Tout objet m’accuse ;
en chaque fleur, si vile le soir et au matin si belle,
je trouve l’image de mon vain plaisir. Chaque vague
qui s’élève, poussée vers le haut par une force supérieure,
enseigne au cœur de quel effort il a besoin.
Que je le fasse… le pourrai-je ? Tant l’ont fait,
puissé-je le faire ! Mais… qu’est-ce qui me presse ?
Il sera temps, il sera toujours temps,
mais si je ne veux pas maintenant, qui sait, ensuite, si je voudrai ?
Et pourtant, il est indispensable que je veuille un jour.
Autant vouloir maintenant. Mais, mon âme, te sens-tu
une force suffisante pour conserver ce que tu auras acquis ?
Comment, comment l’espérer ?

Monique:
Ah, père, de grâce, ne le laisse pas dans une telle hésitation !

Augustin:
Dieu éternel, aide-moi !

Simplicianus:
Il a recours à Dieu, ne désespérons pas.
Il change déjà d’apparence. Il fixe les yeux, immobile, vers le ciel.
Il semble que, s’étant déjà oublié lui-même,
il soit seulement absorbé à s’entretenir avec Dieu.

Une Voix:
Prends, prends et lis, Augustin.

Augustin:
Que je prenne et lise ! Qui me parle d’en haut ?
J’entends, j’entends, l’ordre est divin. Lisons.
Mais ces feuillets sont ceux qu’écrivit le grand Apôtre des Gentils ?
Oui, le Ciel peut-être m’offre en eux un secours.
Maintenant, mon Dieu, maintenant, qu’un rayon de ta lumière resplendisse à mon âme
et me rende clairs tes oracles. Oh, bonté infinie !
Maintenant, je connais par ta seule grâce ce qui m’avait paru obscur.
Je vois ouvert le sûr chemin de ta loi
et je vois les dangers du plaisir trompeur.
Convaincu, je suis convaincu que ce chemin seul
apporte le bonheur et la béatitude, tandis que l’autre
rend fou et faible, lui qui promet tout et ne tient jamais parole.
Oui, oui, je te suis, ô mon soutien, ô mon guide miséricordieux.
Maintenant, je suis prêt à dépouiller mes anciennes passions.
L’entreprise est rude, mais tu m’aides, et avec toi je le veux
et je le pourrai. Que la terre et le ciel entendent mes promesses !
Je veux toujours vivre pour toi, mon Dieu.
Dès cet instant, je me consacre tout entier à toi.
Et les illusions de tout plaisir funeste,
qui m’éloigne de toi, je les hais et déteste.

Navigius:
Mon frère a triomphé.

Monique:
Plus de retard, courons à lui.Simplicianus
Qu’il ne s’interrompe pas !

Augustin:
Mon Dieu, quel changement !
Pour moi, chaque tourment devient douceur.


Aria
Augustin

Je me repens maintenant, ô Dieu, d’avoir tardé
à commencer de t’aimer ;
je condamne maintenant, tu le sais,
les délires de mon cœur.
Ah, accorde-moi, miséricordieux,
un de tes tendres regards,
qui réconforte, qui nourrisse,
qui fortifie mon nouvel amour.

Récitatif
Simplicianus, Augustin, Monique, Alypius

Simplicianus:
Ah, mon fils !

Augustin:
Mon père ! Enfin je me rends à toi. Enfin je suis tel que tu m’as voulu.
Je retourne à Dieu.

Simplicianus:
J’ai écouté tes sentiments. Tu as bien débuté,
mais si tu t’y fies trop, la victoire est moins entière et moins assurée.
En toi s’exprime maintenant une chaleur qui pourrait s’attiédir.
Qui sait ?...

Augustin:
Non, mon père, je sens mon cœur tellement changé
que ce que j’ai jusqu’à présent aimé m’inspire de l’horreur.
A un Dieu aussi clément, je serai toujours fidèle.
Je l’aime, je l’adore ; je ne désire plus rien que de vivre pour lui.

Simplicianus:
Tu te trompes peut-être, trop confiant en toi.

Augustin:
Non, je ne me trompe pas. Je crains ma faiblesse,
mais j’ai confiance en Dieu et en lui je pourrai tout.

Simplicianus:
Comment vas-tu entreprendre de réparer tant d’années passées dans le péché ?

Augustin:
En me craignant, en ayant confiance en lui. En pleurant toujours ;
en me remémorant, rouge de honte, les jours criminels,
en implorant le pardon de mes fautes.

Simplicianus:
Et si tu devais de sa part souffrir une lourde peine ?

Augustin:
Quelle peine est lourde pour un pécheur comme moi ?
Il n’est pas de malheur terrible pour moi,
pourvu que je puisse vivre pour mon Dieu.

Simplicianus:
Viens donc sur mon sein, mon fils. Maintenant, tu as pleinement triomphé.

Augustin:
Ce fut la victoire du Ciel.

Monique:
Je te retrouve, mon fils chéri ; à mon cœur maternel,
après tant de douleur, quelle joie tu apportes !

Augustin:
Je te dois une grande part d’un si joyeux moment.

Alypius:
Je ne puis parler, je suis agité de mille sentiments divers.

Augustin:
Combien, ô mon frère, ma joie s’accroît de la tienne.

Navigius:
Dans ce triomphe, je me sens triomphateur.

Augustin:
De quel état le Seigneur m’a tiré ! Oh, que je suis heureux !

Simplicianus:
Oui, rends-lui grâces, à lui qui a versé
son propre sang pour te rendre digne de ses si grands dons,
lui qui t’aide dans l’épreuve, qui te conduit.
Âmes malheureuses, qui portez encore le poids du péché,
adorez la clémence de votre rédempteur.
Il vous propose Augustin en exemple. Il secourt
toute âme qui aspire vraiment à se vaincre elle-même.
Courez à lui sans délai. Il n’est pas digne
d’un regard miséricordieux de sa part, celui qui tarde à se repentir.


Aria
Simplicianus

Retournez à Dieu, laissez l’erreur ;
l’amour qu’il vous montre le mérite ;
il vous veut heureux, il vous appelle à la vie ;
le chemin [qu’on a] perdu, il le balise avec son sang.

Final II
le Choeur

Louons le Ciel miséricordieux
qui a déversé en Augustin
la force et la lumière,
grâce auxquelles il a changé
ses mœurs criminelles en sainteté.
Que son exemple fortifie
tous les cœurs timides.
La grâce ne fait pas défaut
à qui veut briser
ses liens.Et s’il veut être fort,
chacun est fort.

traduction: Jacqueline & Alain DUC

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