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Choeur
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Chant
de louange des enfants dAdam sous leur
tonnelle
Louez
le Seigneur ! Le soleil matinal
Éveille les champs de leur repos;
Et lallégresse de toute la
création
Afflue à nouveau en nous,
renouvelée.
Louez le Seigneur ! Dans les parfums du
matin,
Que la floraison des fleurs le loue;
Sur les cimes, dans les airs,
Que chante pour lui le chur des oiseaux.
Louez le Seigneur ! Depuis leurs antres
Les bêtes sauvages lui crient leur
remerciement.
Ô mon âme, avant tout,
Entonne pour lui ton chant de
louange !
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Récitatif
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Caïn,
plein dhostilité, se glisse autour
de la tonnelle dAbel.
Ils
chantent ! Ah ! Un nouveau chant
Du préféré, à qui
seules la joie et la gaieté sourient,
Assis oisivement auprès de son troupeau
Quand mon front sue de son dur travail.
Ne vois-je pas aussi Adam sous la tonnelle? Avec
quels transports
Il lembrasse ! Avec quel amour
Ève
Le regarde ! Comme leurs curs
sépanchent,
Comme leurs larmes de joie coulent !
Hélas ! Mon obscure vision
séclaircit,
Je vois, je vois, ce nest pas une
illusion:
La malédiction est mon lot, la
bénédiction le sien.
Nai-je pas vu en rêve tous les enfants
dAbel
Marcher sur des chemins fleuris ?
Dans leur vallée, la nature
nétait que beauté.
Dans lombre épaisse de verts
feuillages,
Dans les bosquets de figuiers, sous les vignes,
Ils étaient assis, couronnés de
roses,
Et des fruits dor tombaient sans peine
Dans leur sein, et ils ne chantaient que de doux
chants.
Un champ dépines, une vallée
habitée par la pauvreté,
Où jamais une bénédiction ne
vient récompenser les efforts,
Voilà la part de mes enfants. Et
hélas ! avec quelle douleur
Mon esprit sen souvient ! Dans cette
vallée dépines
Sabattit dans la nuit la troupe des fils
dAbel !
Je vois encore railler mes enfants,
Leur cri résonne encore terriblement dans
mes oreilles,
Devant moi sélève encore la
flamme
Des huttes auxquelles lennemi a mis le
feu,
Je vois encore comme on les réduit en
esclavage,
Sans écouter leurs supplications ni leurs
cris,
Et comme on les emmène en
servitude.
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Air
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Caïn
Misère
de moi ! Misère de mes
enfants !
Foudre divine, frappe-moi, qui suis
pécheur !
Abîme, ouvre-toi !
Engloutis-moi, engloutis-moi !
Mais vaine, vaine est cette supplication.
Le Juge ne lexauce pas.
Misérable, il faut que tu sois
misérable !
Ainsi, arme-toi, et nen reste pas
là !
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Récitatif
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Adam
Salut à toi, mon fils aîné.
Hélas, si seulement je navais pas
entendu
De tes lèvres ces accents de deuil
Qui nourrissent la peine dans mon sein !
Cest elle, cette peine, qui
mamène à toi.
Caïn
Et non lamour, qui nappartient
quà Abel.
Adam
Mais oui, Caïn, un amour tendrement
inquiet !
Quels sombres élans, quelles noires
rancurs
Nourris-tu dans ta poitrine ?
Rancur contre celui qui est notre joie
Par le charme de sa jeunesse,
Par sa dévotion, sa vertu
Et ses doux chants !
Ô toi, toi qui es mon premier né,
Mon fils, mon Caïn,
Ne torture pas ton âme avec ces
emportements.
Aime-le comme il taime, égaye ton
visage !
Caïn
Je ne peux pas sourire comme Abel,
Ni ordonner à cette
sévérité qui vous afflige
De se dissoudre doucement en larmes.
Adam
Ce ne sont pas des pensées viriles, ni
sérieuses,
Non, cest linsatisfaction et le chagrin
qui ty amènent,
Ton comportement sombre et sans joie
Le montre, ainsi que la plainte que tu exhales
maintenant.
Caïn
Peut-être y a-t-il aussi plus de joies pour
toi.
Le plus gros poids de la malédiction est
tombé sur moi,
Laîné; moi seul suis perdu,
Moi seul suis né de la femme pour la
misère.
Adam
Hélas, mon fils ! Quentend mon
oreille !
Tu blasphèmes ! Dieu ne destine aucune
créature à la misère.
Laisse-toi toucher par la raison et la vertu,
Elles apporteront des joies à ton
âme.
Mon fils ! ah, entends-moi !
Par ces larmes, je ten prie,
Aime Abel ! Tu feras mon bonheur,
Et comme il te pressera sur sa
poitrine !
Caïn
Je ne le hais point. Mais, ce qui vous touche
tous,
La faiblesse, qui me ravit ton cur,
Qui vous arrache des larmes, cest à
elle que jai voué ma haine,
Cest par là que tu as perdu le
paradis.
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Air
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Adam
Ô
paroles qui font trembler mon esprit,
Qui me secouent comme un tonnerre !
Ô reproche plein dune douleur
mortelle,
Il se grave dans mon cur par mille
pointes!
Quel pressentiment me saisit !
Ainsi tes descendants,
Dans les jours les plus lointains de la terre,
Taccuseront haut et fort, Adam,
Adam !
Ils chercheront le secours de leur
misère,
Mais ne verront aucun secours,
Ils se tiendront au dessus de ta tête
Et te maudiront, toi, le premier
pécheur !
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Récitatif
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Caïn,
qui est resté éloigné et a
entendu son père gémir
Comme il soupire ! Comme il tord
plaintivement
Ses mains sur sa tête !
Mon reproche pénètre
profondément son cur
Pour le ronger et le torturer. - Ah, Caïn,
retourne
De ton emportement à la raison.
Peux-tu supporter la vue de ton pieux
père
Plein de cette angoisse mortelle,
Entendre ses soupirs et sa plainte !
Tu nes pas encore complètement la
proie de ta misère,
Hâte-toi, et jette-toi devant lui dans la
poussière !
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Air
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Caïn
Mon
père, ah, pardonne-moi !
Vois mes larmes de repentir;
Je contemple ce que jai fait
Avec frisson et horreur.
Hélas, père, ne maudis pas ton
fils,
Je veux aller de toi vers le trône du Tout
Puissant,
Vers mon frère,
Pour obtenir le pardon.
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Récitatif
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Adam
Ô Dieu, mes yeux te regardent avec
reconnaissance !
Aujourdhui, aujourdhui tu
réponds à mon désir.
Mon Caïn, ô mon fils, debout !
Dieu voit ces larmes avec plaisir.
Bénies soyez-vous pour moi, heures
pieuses !
Jai retrouvé mon
premier-né !
Il nous rapporte avec ces yeux pleins de larmes
La joie, la paix et le repos.
Ô mon fils, maintenant Dieu va avoir
pitié de toi,
Mais ne tarde pas, viens, laisse ton frère
tétreindre.
Abel
Tu maimes, mon frère ! Tu
maimes !
Ah, dis-le moi, que je lentende
De tes lèvres.
Caïn
Je taime, oui, moi, le pécheur,
jai honte
De mes torts, de tavoir interdit mon
cur,
Davoir si longtemps chassé la paix
loin de vous,
Rempli vos jours de déplaisir
Et les avoir enveloppés de chagrin.
Ce que je sème lève vite
Et sort de sa nuit.
Mon frère, tu peux me pardonner
Et ne regarde pas dans le passé.
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Air
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Abel
Quand
le jour nouveau séveille,
Disparaissent tous les soucis
Quun rêve futile au matin
A provoqués dans notre lit.
Ô Caïn, Caïn, je ne parviens
pas
À texprimer mon ravissement.
Un si doux plaisir étouffe ma parole,
Et je ne peux que te presser sur ma
poitrine.
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Récitatif
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Ève
Ô mes enfants ! Depuis que le paradis a
disparu,
Je nai pas ressenti une joie
Comme celle que me procure ce spectacle,
Avec lequel la concorde revient !
Ah, Adam, ceux que nous avons engendrés
Saiment ! Rien, rien négale
ma félicité.
Embrassez-vous, chers enfants !
Les larmes qui coulent de vos yeux,
Je veux les baiser sur vos joues.
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Duo
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Mehala
Ah, ma sur, joins-toi à mes
chants !
Aujourdhui nous revient la douce
paix.
Thirza
Mehala, de même que le printemps me
ranime,
Ce spectacle ma ravie !
Mehala
Tu mes encore plus belle maintenant,
nature !
Thirza
Tes fleurs me sont encore plus chères,
ô campagne !
Mehala
Ta lumière est plus claire, lune
paisible !
Ensemble
Maintenant la paix habite nos
huttes.
Thirza
Ô grande joie paradisiaque !
Répandons toutes deux
Les plus belles fleurs sous notre tonnelle
!
Mehala
Ô belle vie paradisiaque !
Les meilleurs fruits des arbres et de la vigne
Vont réjouir notre
cur !
Ensemble
Et ce jour sera une fête pour
nous.
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Récitatif
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Abel
Mon frère, notre Dieu qui nous aime,
Qui me rend mon frère aujourdhui,
Je veux le remercier sur mon autel.
Nas-tu pas aussi cette intention, très
cher ?
Ne veux-tu pas aussi aller à ton
autel ?
Jai choisi le plus bel agneau
Pour le brûler en sacrifice au Seigneur.
Toi aussi, mon frère, tu vas trouver une
offrande,
Agréable à Dieu. Scelle sur
lautel
Le lien que mon cur a toujours
souhaité.
Caïn
Je vais le faire, et apporter aussi une offrande au
Seigneur.
Mais je ne peux arracher que le peu
Que donne la pauvreté de mes
champs.
Abel
Tu sais, très cher, que Dieu naime pas
loffrande;
Cest le donateur quil aime; il ne fait
pas attention
À lagneau quon lui sacrifie,
Ni au fruit que consume une flamme,
Si lamour et la dévotion du seul
cur lhonorent.
Mehala
Très cher, ne tirrite pas, je vois les
signes
Du sombre chagrin revenir sur ton front.
Ah, lutte pour quil nemplisse pas ton
cur,
Ni ne nous fasse à nouveau
souffrir.
Caïn
Tranquillise-toi, il nemplira pas mon
cur,
Ne jettera pas dombre sur vos jours.
Il est vrai que vous moffensez
Avec le spectacle de votre joie
démesurée.
Caïn nétait pas si criminel
Que vous me peignez par là. Mais,
déjà habitué à
souffrir,
Je le supporte. Qui se bat avec les travaux des
champs
Domine facilement aussi le chagrin qui
pénètre son cur.
Mon offrande doit monter aussi jusquau
Seigneur,
Quil fasse avec moi selon son
plaisir.
Adam
Mon fils, que ce soit un sacrifice joyeux.
Regarde, tout tinvite à te
réjouir avec nous.
Aucun de nous na jamais paru devant Dieu de
mauvaise humeur,
Nous devons le servir avec joie.
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Air
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Mehala
Le
soleil se lève gaiement,
Il termine sa course gaiement;
Champs et campagnes en habit de fleurs,
Et même le travail nous donnent de la
joie.
Sacrifiez de l élan le plus joyeux
Et scellez devant le Seigneur
Votre nouveau lien damour,
Il entend avec plaisir les curs
joyeux.
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Récitatif
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Abel
Viens donc, et donne-moi ta main !
Ce sacrifice resserre solidement notre lien
Devant le Seigneur. Je te jure
Par le sang de lagneau sacrifié,
Par ces pleurs fidèles,
Une tendresse éternelle
Que rien ne réjouit comme ton
amour.
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Air
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Abel
Ah,
aime-moi
Autant que je taime.
Quavec les plus purs élans
Nous nous aimions comme des anges,
Ainsi les anges marcheront avec nous,
Se tiendront avec nous à lautel;
Ainsi Dieu lui-même nous y trouvera,
Et nous y gratifiera de son visage.
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Récitatif
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Adam
Ils sen vont - mais Caïn reste
insatisfait.
Que je suis angoissé, angoissé !
Ah, priez que Dieu dissipe le chagrin
Que nous pouvons voir dans son cur:
Peut-être son sacrifice le
fortifiera-t-il !
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Choeur
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Chur
des enfants dAdam
Juge
du monde, qui nous juges,
Mais nanéantis pas totalement le
pécheur,
Aie pitié.
Grande est la promesse que tu nous as faite,
Ainsi accueille, miséricordieux, les
sacrificateurs !
Aie pitié !
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Récitatif
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Ève
Mehala ! Thirza ! Tous mes
enfants !
Dieu est juste, mais miséricordieux aussi au
pécheur.
Il en sera de même avec Caïn, mon
premier-né.
Le sacrifice lui-même va dissiper son
chagrin.
La grâce du Seigneur élargira son
cur étroit
Et égaiera son âme.
Adam aussi lespère. Égayez
notre humeur,
Mes filles, et chantez-moi votre chant
À la louange dAbel, à la
louange du pieux,
Jusquà ce quils reviennent tous
deux main dans la main.
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Chant
alterné
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Mehala
Pieux est Abel le berger, il conduit ses
troupeaux dans la vallée,
Ainsi Dieu occupe ses pensées, et le
Créateur sa chanson.
Thirza
Sage est Abel le berger, dans le doux sourire de
ses yeux
Se mêle une gravité pensive,
lâme parle dans le
regard.
Mehala
Beau est Abel le berger, vois, des boucles
brunes lombragent,
Ondulent autour de son front, coulent
jusquaux épaules.
Thirza
Pieux est Abel le berger, quand il chante
lÉternel,
Oh, alors mon cur senfle plein
démotions.
Mehala
Sage est Abel le berger, si les voies de Dieu me
sont obscures,
Comme il les dévoile, comme il dissipe la
nuit !
Thirza
Beau est Abel le berger, grand et si bien
bâti,
De sa svelte silhouette émane le rayonnement
de lange !
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