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La Pastorale

La Pastorale, 1673
Cristofaro Caresana [ca. 1640 - 1709]

Bergers

[à 2]:
Puisqu'en ces lieux, sereine, étincelante,
l'ombre resplendit à l'égal du jour,
voici que la nuit nous rend plus charmantes
les campagnes des alentours.
Le pré qui sourit,
la brise qui rit,
l'herbe qui fleurit,
murmurant doucement par la bouches des fleurs
en un babil charmant de suaves odeurs,
Semblent dire, toute pleine de joie:
'Quoi, bergers, vous dormez et ne vous levez pas ?'

[à 3]:
Retournons à nos troupeaux,
compagnons, c'est le réveil,
que l'on quitte le sommeil,
levons-nous vite et chantons,
qu'on ne dorme plus, allons !

Air

Voyez comme au sein des prairies
si jolies
reposent la bergerie
et l'agneau et le loup, sous un ciel qui sourit,
et comme en des transports que la joie renouvelle
l'hiver sourit dans l'étreinte d'Avril,
qui donne la vie à la rose nouvelle.
Ecoutez, charmants zéphyrs,
tendres soupirs,
se mêlent à l'envi aux brises vagabondes,
aux oisillons jolis,
à ces concerts et à ces rondes
mêlant leurs harmonies
quand le soleil nouveau vient éclairer le monde.

Choeur

[à 5]:
Allons, réveillons nos musettes,
bergers, chantons tout à l'entour,
puisque la nuit a enfanté le jour.

Air

De la joie inexprimable
qui nous fait danser le coeur,
notre pied soit serviteur,
si la mer aux fonds instables
se plaît à suivre la danse
en observant la cadence.
Aux plaisirs qu'on goûte ici
par la joie de ces instants,
l'âme exulte et le coeur rit;
des sphères il ne descend
que douceur lêlée de foi
car chacun est dans la joie.

Bergers

Un Berger:
Ici l'on peut voir des torrents
qui aux prés s'en vont déposant
leurs trésors de fluide argent !

Un Berger:
Décembre plein de langueur
en mourant égrène des fleurs,
c'est un nouvel Avril qui réjouit nos coeurs.

Un Berger:
Allons, retournons au sommeil,
fi des danses qui nous entêtent !
toutes ces joies, toutes ces fêtes
invitent au repos, délice sans pareil.
Allons, retournons au sommeil !

[
à 2]:
Allons, musettes, en avant !
De danser si le pied se lasse
il faut au chant céder la place.
Nous allons retrouver un sommeil salutaire,
et vous, il faut vous taire !

Récitatif

Un Ange:
Non, non, bergers, car c'est trop sommeiller
quand de si fiers accents vous viennent réveiller !

Air

Un Ange

Voici qu'au monde nous est
le trés puissant Verbe incarné,
et la nouvelle a retenti:
celui-là est bien le Messie !
Chassez la crainte et le souci:
à Bethléem, tout près d'ici,
l'Enfant divin, le Nouveau-Né
dans une étable trouverez.
Que chacun s'y rende sans peur,
et dans son coeur
qu'il rende hommage au Créateur.

Bergers

Il n'est plus temps de sommeiller,
levons-nous bien vite et chantons !
Vers le Messie, le Nouveau-Né,
bergers, sans attendre courrons !
Aux voix du Ciel qui nous réveille
ne faisons point la sourde oreille,
allons, tout de suite partons !

Choeur

[à 5]:
A cette joie si belle,
à l'heureuse nouvelle,
répondons par des chants de liesse.
Pendant que la terre et les cieux
répètent à l'envi ces accents d'allégresse
qui se mêlent aux choeurs des anges bienheureux,
que notre joie éclate en des concerts joyeux,
ô bergers trop heureux !

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