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Oratorio de la Passion

Nicht das Band, das dich bestricket, Passionoratorium, 1724
Poète inconnu
Johann David Heinichen [1683 - 1729]

 

 

 

Air

L’âme dévote

Ce ne sont pas les liens qui t’enserrent,
Ni les fers, qui te tourmentent !
Ce qui te torture, ce qui t’opprime,
Ah, mon Sauveur, c’est moi !

Da capo

 

Récitatif

L’âme dévote
Ainsi on te traîne au tribunal,
Toi, Jésus, tu suis sans crier un mot;
Mais Pierre, qui avait promis d’aller à la mort avec toi,
Est d’autant plus coupable aujourd’hui par son cri.
À peine a-t-on entendu le coq chanter deux fois
Que nous te voyons le renier par trois fois.

 

Choeur (SAT)

Venez, regardez les larmes de Pierre,
Cœurs pleins de remords,
Combien de fois avez-vous agi comme lui
Sans éprouver les mêmes douleurs !
C’est pour vous aussi, et non seulement pour lui, que le coq chante,
Alors, que pleure celui qui pleut pleurer.

 

Récitatif

Saint Pierre
Âme impie, esprit traître,
Cœur corrompu, caractère barbare !
Chrétien infidèle et menteur que je suis,
Est-ce ainsi que je te remercie, Seigneur, de ta bonté ?
Est-ce là la noble poitrine, l’esprit élevé,
Qui présumait si audacieusement d’avoir l’honneur de mourir avec toi ?
Est-ce là le poing vaillant, la main hardie
Qui a brandi si audacieusement l’épée contre l’oreille de Malchus,
Mais qui maintenant couvre en tremblant ma face pâle,
Puisque un chant de coq et une servante m’effraient ?
Est-il possible que tu m’accordes encore un regard,
Jésus, que j’ai renié si grossièrement par trois fois sans rougir ?
Est-ce pour cela, Seigneur, que tu m’as réveillé pour la troisième fois
Quand je m’étais allongé en sécurité dans le jardin ?
Est-il possible que j’aie failli si abominablement,
Moi, âme irréfléchie et pusillanime ?

 

Air

Saint Pierre

Ah, ma bouche, ah, ma langue,
Comme vous vous déliez pour trahir !
Ah, comment avez-vous osé,
Oh, comment me suis-je oublié moi-même,
Ah, ma chute est bien trop grande !

Da capo

 

Récitatif

Saint Pierre
Que me sert maintenant d’avoir les pieds purifiés,
Alors que mon cœur et ma conscience
Sont si souillés par ce mensonge ?
Hélas, Pierre ! Simon, hélas!
Où y a-t-il un endroit pour me recouvrir,
Une tombe où enterrer vivants
Ma honte avec moi-même,
Puisque j’ai renié si impudemment
La vérité même ?
Allons, mes yeux endormis et trop gâtés,
Voulez-vous encore ne servir à rien d’autre
Qu’à somnoler ?
Allez-vous être également paresseux, également indolents,
Pour les pleurs et pour le rire ?
N’allez-vous pas montrer un commencement de remords ?
Allons, pleurez, pleurez !
Aucun ruisseau, aucune rivière, aucun fleuve, aucune mer
Ne peut me purifier de mes souillures,
Sinon vos larmes, vos larmes seules.

 

Air

Saint Pierre

Que le sang jaillisse de mon cœur,
Que les larmes pleuvent de mes yeux !
Je sais, Seigneur, que ce flot
Sert à changer la furie de ton courroux
En pitié.

Da capo

 

Récitatif

L’âme croyante
Hélas ! Toute la troupe halète de fureur
Pour l’emmener, l’arracher.
Hélas, regardez ! Avec quelle violence,
Quelle cruauté ils s’acharnent sur ses membres !
La couronne d’épines a lacéré sa tête sacrée
Et aspergé de sang et de cervelle ses cheveux emmêlés.
Maintenant, ils le lient solidement à un pilier,
Le pilier de mon salut, avec des nœuds et de dures cordes,
Et là, dénudé, meurtri, lacéré et plein de bosses,
Mon Sauveur se fait flageller
Avec des verges pleines d’épines,
Avec des fouets pleins de pointes.

 

Air

L’âme croyante

Les pointes qui transpercent mon Rédempteur
Sont des épines où je peux cueillir des roses.
Chaque déchirure dont son corps doit enfler
M’ouvre les sources de la vie
Dont la moindre goutte de sang
Lave une mer de mes flots de péché.
Da capo

 

Récitatif

L’âme croyante
Maintenant ils te délient, mon Sauveur, mais pourquoi faire ?
Pour l’agonie, pour ton repos.
Mon Seigneur, mon Dieu, ah, combien tu endures !
Comme je te regarde avec honte
De ne pas pouvoir pleurer tes souffrances extraordinaires
Plus que de façon ordinaire,
Puisque tes blessures me semblent tant d’yeux
Qui te pleurent eux-mêmes amèrement dans ton tourment.

Saint Jean
Oh, spectacle pénible qui éveille la peur en moi !
Mon Dieu sera-t-il chargé du joug de la croix ?
Le ciel lui-même se trouve-t-il sur terre ?
Un roi doit-il être condamné ?
Le vie se rend-elle d’elle-même à la mort ?
Et le plus grand plaisir de l’homme peut-il
Maintenant ne pas résister à l’affliction ?
Ô détresse, ô douleur profonde sans égale !
Un cœur qui ne se laisse pas ici toucher par la peine
Doit être d’acier solide, de pierre dure,
Oui, plus insensible qu’eux deux.
Qui ne pourrait avoir le cœur brisé,
Les yeux débordants,
Quand il doit voir ses jambes transpercées
Ainsi que ses mains merveilleuses
Qui jadis s’étendaient jusqu’au ciel même ?
Pitoyable état !
Dois-tu, créateur de tous les biens,
Saigner à mort sur la croix ?
Oui, hélas, oui !
La consolation dans toute tristesse
Trouve ici une trop triste fin.
Il me semble qu’en même temps que lui
Le monde se dirige vers sa chute.
Les éléments même sont saisis d’épouvante aujourd’hui:
Le feu se montre en éclair et foudre,
Les vents soupirent dans l’air
Avec d’horribles hurlements mugissants.
Une faille creuse s’ouvre sur la terre,
Mais l’eau monte de ses profondeurs
Et se trouve - où ? dans mes yeux seuls.

 

Air

Saint Jean

Il faut que les abysses tremblent,
Que les rochers mêmes se fendent,
Car le fils de Dieu est en train de mourir.
Le ciel est ébranlé
Et menace de ses orages
Ceux qui le haïssent.

Da capo

 

Récitatif

L’âme dévote
Ainsi l’innocence même souffre tant de tourments ?

L’âme croyante
Oui ! pour payer mes fautes.

L’âme dévote
On lui ouvre la poitrine.

L’âme croyante
Il m’ouvre la porte du ciel.

L’âme dévote
Ô bois sans pitié, tu me ravis tout plaisir !

L’âme croyante
Mais moi je t’embrasse et te considère comme une échelle vers le ciel.

L’âme dévote
Ah, cet arbre n’a donc poussé que pour la mort sur terre du Créateur?

L’âme croyante
Ce bois de mort sera pour moi un arbre de vie.

L’âme dévote
Il faut que mon Sauveur soit pendu les bras étendus.

L’âme croyante
Pour me recevoir encore une fois en m’étreignant.

L’âme dévote
Ah Dieu ! le fils de Dieu est-il pendu ici sous les insultes ?

L’âme croyante
Sa croix me sera un trône d’honneur et de grâce.

L’âme dévote
Voyez ! Du sang et de l’eau coulent du trou dans son flanc !

L’âme croyante
Il en naît la fontaine de salut pour mon âme.

L’âme dévote
Regardez comme sa tête doit s’incliner si pitoyablement.

L’âme croyante
Il la penche vers moi pour un dernier baiser d’adieu.

L’âme dévote
Hélas, mon cœur et mon esprit mêmes sont transpercés
Par les clous qu’on lui plante dans la main.

L’âme croyante
Par son propre sang il m’y a inscrit
Avec des stylets de fer.

L’âme dévote
Maintenant, la froide fosse du tombeau l’enferme.

L’âme croyante
Mais il ferme par là l’abîme brûlant de l’enfer.

L’âme dévote
J’ai mal, Seigneur, à tes cinq blessures douloureuses.

L’âme croyante
En elles j’ai trouvé un tombeau cinq fois sacré
Et un abri contre le courroux de Dieu.
C’est pourquoi, adieu, monde, je renonce entièrement à toi.
Je veux ici, par reconnaissance, raconter à toutes les âmes pieuses
La mort par amour du Sauveur.

 

Choeur (SATB)

Soprano
Je souhaite, Seigneur, d’être pour ta seule gloire
Un éternel monument d’amour.

Soprano, alto, ténor, basse
Nous souhaitons, Seigneur, d’être pour ta seule gloire
Un éternel monument d’amour.

Soprano
Tes peines bénéfiques,
Tes souffrances salutaires
S’inscrivent par le sang en moi.
Et ton martyre et tes tourments fructueux,
Mon cœur les change
En une vivante fleur de la passion.

Da capo

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC