
l'auteur du livret est anonyme,
et daté de 1726
Francesco Antonio de Almeida [c. 1702 -
1755]
Judith,
soprano
Holopherne,
ténor
Achiorre,
soprano
Ozias,
haute-contre

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Ouverture
Récitatif Judith:
Malheureuse Judith !
Si, avec la mort de ton époux
tu perdis le repos,
à présent, pour augmenter ton tourment,
tu dois voir la fureur de l'ennemi,
ta patrie opprimée et ses chers enfants
gémir sous les chaînes de l'esclavage
ou mourir dans la douleur et dans les sanglots.
Que tu es malheureuse, ma pauvre, ô combien !
Mais où suis-je ? Que dis-je ?
Ne suis-je pas Judith qui, en secret,
porta toujours en son cur
les flammes divines
d'un amour très pur et qui, là-haut dans les
cieux,
plaça tous ses nobles espoirs ?
Alors, que crains- tu ? De ce destin si cruel et si
funeste, il nous libérera. Qui a pleinement
confiance en Dieu n'espère pas en vain.
Air Judith Cette
flamme qui jaillit en mon sein,
rend mon cur plus téméraire
contre le courroux de ce sort cruel.
Rien n'effraie l'âme, qui envers Dieu
garde fixement son ardent désir
et qui l'aime constamment et
fidèlement.
Récitatif Holopherne: Achiorre: Holopherne: Achiorre: Holopherne: Achiorre: Holopherne:
Mais quel est ce peuple fier
là-haut, sur les cimes de ces monts
escarpés,
redressant le front avec témérité
et gardant en soncur
tant d'orgueil, qu'il ose affronter
le glaive et le courroux du Roi d'Assyrie ?
Ils viennent de Chaldée, sujets
du puissant empire du grand Dieu d'Israël.
Quel est ce dieu inconnu dans mon pays ?
Les plus beaux rayons du soleil
parent le trône de ce dieu noble et puissant.
Avec son esprit éternel,
tout ce qu'il conçoit et désire,
il le peut: sa volonté suprême
s'exerce dans ses uvres avec un égal
pouvoir.
Mais comment, comment ce dieu
pourra-t-il préserver son peuple
de tant d'armes ennemies
couronnées de palmes et de trophées
?
Je pourrais citer
mille et mille hauts-faits de son pouvoir.
Si aucune faute, aucun crime
ne déchaîne son ire,
le peuple qu'il aime
ne craint pas l'éclair des lances
guerrières:
dans les cieux, les astres combattent en sa
faveur.
Il n'y a pas de dieu si puissant au ciel ou sur la terre
qui puisse résister à ma valeur.
Mais si tu penses que ce dieu d'Israël
est plus grand que mon Roi,
va donc rejoindre ce peuple pacifique,
va périr avec eux, transpercé par mes
armes;
et quand, gisant sur le sol, tu mourras,
de ton sang, j'attendrai seulement cet aveu:
Le Roi d'Assyrie est un dieu invincible.
Air Holopherne Guerriers
victorieux,
je réclame vengeance et veux
abattre cet orgueil téméraire
par votre pugnacité.
Que l'ennemi, exsangue, tombe,
et, baignant dans son sang,
qu'il souffre sous mon joug
le châtiment dû à son
erreur.
Récitatif Ozias:
Partout où je tourne mes yeux,
oh Dieu ! Je ne vois que cruel spectacle
d'effroi et de douleur !
De mon peuple, je n'entends
que les pleurs innombrables et les faibles plaintes;
je vois l'ennemi puissant et hautain
nous menacer du massacre, et de la mort.
Air Ozias Si
la tourterelle voit
son bien serré entre les fers
sans cesse elle pleure, sans cesse elle soupire
et ne trouve aucun réconfort à sa douleur.
De même, au cur du péril,
mon cur malheureux
ne peut résister
à sa cruelle et funeste douleur.
Récitatif Judith:
Illustre prince, quelle est
cette douleur funeste ? Quelle crainte terrible
t'assaille
pour ôter de ton cur tout espoir ?
Ozias:
Et dans le présent péril,
qu'est-ce qui rend ton sein si gai ? Qui te protège
?
Judith:
Ma joie provient du Ciel; un cur
fidèle à Dieu ne connaît pas la peur
!
Air Judith: Si
le navigateur avisé
voit briller
dans l'adverse tempête
la lumière amie,
il ne craint plus
la colère de la mer.
De même, mon cur
qui en son Dieu
porte son espoir,
n'attache à l'orgueil sacrilège
de l'arrogant ennemi
que son mépris.
Récitatif Ozias:
Mais quel est cet officier inconnu
qui s'approche si tristement ?
Achiorre:
La volonté inique
du terrible ennemi me conduit ici
car il veut que je meure avec tes troupes.
Ozias:
Mais quelle est la raison d'une telle volonté ?
Achiorre:
Parce que je lui racontai
les hauts faits de ce Dieu
qui défend ton peuple.
Ozias:
Et qu'en dit-il ?
Achiorre:
Il dit que son Roi est supérieur à ton grand
Dieu.
Ozias:
Dans quels espoirs présomptueux
ce cur fier se leurre-t-il !
Ne crains rien: tu verras son audace
réprimée et vaincue. Cette ville
assiégée par des furies hostiles,
tu las verras parée des plus beaux lauriers.
Sois confiant en ce Dieu tout-puissant que tu louais,
il écoute les prières et se réjouit
dans sa miséricorde.
Air Achiorre Le
doux espoir
commence à pénétrer
de ses rayons paisibles
en mon sein assombri.
En mon cur, je ne ressens plus
l'âpre tourment.
Déjà, mon âme
tranquille et apaisée
se reprend à espérer.
Récitatif Holopherne:
Et comment l'impie Béthulie
peut-elle encore avec tant d'orgueil
refuser de me rendre le juste hommage
et s'opposer avec témérité à la
puissance suprême
de mes légions invincibles ?
Mais si des astres célestes,
ces arrogants sujets
du Dieu des éléments
espèrent secours et aide,
quand ils seront contraints d'expirer
sous la force de mon glaive,
ils verront alors s'il les soustraira au bras de la
mort.
Air Holopherne Par
mon épée fulgurante,
je verrai s'effondrer à mes pieds
l'orgueilleuse écrasée et domptée.
Elle pleurera ses ruines
et moi, je vengerai sans pitié
son ignominie et ses outrages,
dans son sang et ses larmes.
Récitatif Achiorre:
Prince, j'entends et vois déjà de toutes
parts
les cris de douleur et les faibles murmures
des langues assoiffées,
que l'on a privé de l'onde limpide et claire
du cristallin ruisseau.
Le père, le fils, répandent
de lourds reproches sur ta décision;
et les jeunes vierges juives
les cheveux dénoués, le visage grave,
les yeux gonflés de larmes amères,
s'avancent d'un pas craintif
et plutôt que ce sort si cruel, si injuste,
elles préfèrent souffrir la servitude ou la
mort !
Air Achiorre Pâle,
blafarde,
la triste jeune fille
soupire liens aux pieds.
Jamais la mort
n'est moins chère que la vie
à l'âme accablée par la
peine.
Récitatif Ozias:
Je ne puis plus supporter
tant de douleur. De grâce, Seigneur,
oublie les anciennes et les nouvelles fautes,
causes de tant de colère au ciel dans la
miséricorde,
entends et vois les prières monter de notre
cur.
Ah ! ne permets pas qu'un impie m'inflige
ces paroles outrageantes: "où est ton Dieu
?"
Air Ozias Juste
Dieu,
de grâce, qu'il plaise à toi
de sauver mon peuple
de la fureur d'un injuste sort.
Que ton courroux
s'abatte désormais sur l'indigne,
si fort si puissant
qu'il parvienne à le terrasser.
Récitatif Ozias: Judith: Judith:
Donc, reprenez encore courage;
jusqu'à ce que l'aurore au ciel
nous revienne après cinq heures,
dans ces lieux hostiles
endurons les jours.
Si d'ici là Dieu n'a pas entendu
les implorations et prières de son peuple,
c'est à l'ennemi que nous demanderons
grâce.
Modère l'inconséquence de ton discours:
tu ne demandes pas la pitié à Dieu, tu
cherches à l'infléchir.
Ozias:
Et que dois-je donc faire ?
Judith:
Tu ne dois pas imposer de loi à ton Dieu
tout-puissant.
Ozias:
Ce n'est pas ce fol désir qui me vient à
l'esprit.
Mais tu présumes des limites de sa
miséricorde.
La volonté souveraine
du grand maître des cieux
n'est pas gouvernée par l'esprit des hommes,
et ne s'irrite pas toujours contre ceux qui le tentent.
Implore sa pitié; que les vux et les
prières
des prêtres entourent les autels
comme autant d'humbles offrandes,
afin que le ciel conduise ma foi avec bienveillance et
pitié
lorsqu'au lever du jour,
je dirigerai mes pas vers le camp ennemi.
Air Judith: Je
perçois en mon cur
une pensée réconfortante me dire:
malheureuse, ne crains rien,
mais espère la liberté.
Du ciel le Seigneur tout-puissant
entend tes soupirs.
Il a éprouvé de la pitié
pour ta longue souffrance.
Récitatif Ozias: Va, adieu. Tes
désirs...
Mais quelle décision insensée t'entraîne
à aller aux légions ennemies,
où tu ne pourras que renforcer
l'éclat du vaniteux et aggraver notre péril
?
Judith:
Telle est la noble volonté de mon Seigneur:
il m'a dicté cette grande action, il m'a
élue
pour venger la vilenie de l'audacieux
et pour vous rendre la liberté et la paix.
Ozias:
S'il en est ainsi, sous ces heureux auspices,
que le ciel miséricordieux soutienne
tes desseins magnanimes
et qu'il transforme nos angoisses en un doux
repos.
Judith:
Reste, adieu. Mes pensées...
Ozias
& Judith:
plaise au ciel de leur favoriser
un destin heureux et bienveillant.
Ozias:
Mon cur...
Judith:
Mon âme...
Ozias:
de l'immense douleur...
Judith:
de la peine acerbe et cruelle...
Ozias
& Judith:
déjà commence à respirer.
Récitatif Judith:
Grand Seigneur, puissance souveraine
à laquelle la force d'un mortel ose en vain
résister,
toi, grand Dieu d'Israël,
qui a créé tant de merveilles et de
prodiges,
de grâce, daigne adresser un regard
à l'immense douleur de ton peuple affligé
!
Regarde, l'il foudroyant,
la fureur sacrilège
de ceux qui menacent tes temples du péril.
Entends les mille blasphèmes qui souillent ton
nom:
toi qui vois tout; comment le supportes-tu ? Comment
?
Air Judith: Que
de ta droite toute-puissante,
descende la foudre fulgurante
qui vengera tant d'outrages.
Que le ciel s'arme contre le sacrilège;
afin que dans son anéantissement,
il sente le courroux
qu'il a osé provoquer.
Récitatif Achiorre:
Quelle félicité porte les pas de Judith
vers les légions ennemies !
Mais qui la soutient et la guide ?
Ozias:
L'amour et la foi;
elle a senti le péril qui menace
la patrie aimée et, hardiment, va tenter
de la soustraire à la fureur pesant sur elle.
Achiorre:
Mais que pourra faire une femme sans défense ?
Ozias:
Au guide des étoiles,
avec une âme sage et pieuse,
elle confie ses espoirs et son esprit.
Air Ozias Un
âme forte
ne craint pas
la dure rigueur
d'un destin extrême.
Si son Seigneur
la guide
avec la lumière de la foi,
alors, elle osera
et pourra tout accomplir.
Récitatif Holopherne:
Voici le jour fatal, le jour ultime
où je verrai réduit à néant
l'orgueil téméraire de Béthulie;
les ossements des ennemis fautifs privés de
sépulture,
mes plus splendides trophées,
élèveront mon trône.
Air Holopherne Sonnez,
ô trompettes, le signal de la guerre !
Sus, mes compagnons, c'est à vous qu'il incombe
d'accomplir la vengeance
en lavant mon honneur de l'offense...
L'éclat de la victoire
exaltera ma gloire
jusqu'aux plus hauts sommets.
Récitatif Holopherne: Judith: Holopherne: Judith:
Mais que vois-je ? Selon toute apparence
une ravissante demoiselle
s'approche de moi.
Je ne suis qu'une malheureuse servante
de ta vaillance.
Un destin cruel m'a fait naître
là-bas, entre ces murs
que dans une rage furieuse,
tes armes menacent d'un terrible ravage.
Holopherne:
Aimable dame, dans tes beaux yeux
l'amour a établi son royaume.
Judith:
Ah, non, seigneur, tu t'amuses de moi.
La beauté qui éclaire mon visage
est une lumière
de ce Dieu
que je sers fidèlement.
Plus éclatants seront les rayons sereins
qu'il y répandra,
plus grande alors sera ma beauté.
Noble étrangère, à peine ai-je
fixé mon regard
sur ces yeux doux et adorables,
qu'aussitôt en mon sein, j'ai senti mille et mille
flammes me brûler ardemment.
Demande moi tout ce que tu désires,
car un aussi beau visage peut tout obtenir.
Judith:
Tant de grâces me confondent;
je n'ose plus parler.
Holopherne:
Que veux-tu ? Réponds !
Les fautes immenses de mon peuple
ont éveillé une telle colère dans le
cur
de mon Dieu souverain,
que dans sa sagesse éternelle,
il a décidé d'en accomplir
un massacre cruel par ton glaive puissant.
Mais le moment fixé par ce décret
suprême
n'est pas encore arrivé.
Moi, qui élève souvent mon esprit vers le
ciel,
je comprends sa volonté.
Je compte te révéler
l'heure de cet instant fatal.
Mais souviens-toi alors
de moi, ta servante; en attendant, permets
que je puisse demeurer dans ton camp.
Holopherne:
Vis heureuse et contente, maintenant que la table
nous invite à restaurer nos sens
avec des mets et des boissons.
Assieds-toi, mon espérance, ma vie,
assieds-toi près de moi,
et chasse de ton front et de ton cur
les larmes amères et la grande douleur.
Air Holopherne Chère,
ne crains rien.
Les flèches lancées
par tes regards
ont déjà atteint mon cur.
Cesse de soupirer.
La beauté radieuse
de ton gracieux visage
a déjà dissipé en moi toute
colère.
Récitatif Judith: Ozias:
Vaincu par le sommeil et par le vin,
ce monstre diabolique et lascif
gît à présent, privé de ses
sens.
Voici l'instant fatal où selon les desseins du
ciel,
l'ennemi barbare est terrassé,
alors que joie et sourire
reviennent à la ville affligée.
De grâce, Dieu immortel, dont la puissance
retentit au ciel, sur terre et sur mer,
si tu m'as choisie pour une si noble entreprise,
alors, guide mon bras avec une telle force
qu'il ne puisse survivre.
Voilà, déjà je serre le fer...
Voilà: il meurt !
Voici enfin tranchée la tête
de ce corps exécrable. Servante, mon amie,
couvre-là de ton voile et, dans l'horreur
de la nuit, portons-nous
dans les murs de Béthulie.
Je serai pour toi une escorte sûre.
Ô, étoiles ! Quel est donc cette joie soudaine
que je sens
naître en moi, qui dissipe l'immense terreur
du péril dont nous fûmes menacés
?
Air Ozias Je
ressens en mon sein
un délicieux bien-être,
apaisant
mon tourment
et m'invitant à la réjouissance.
J'implore le ciel
et un rayon serein
éclaire mon cur
d'une joie absolue.
Récitatif Achiorre: Ozias:
Toute heureuse, toute gaie,
élevant au ciel ses yeux vifs et sereins,
Judith s'en revient vers vous !
A présent, en battant des mains,
elle porte son regard vers nos murs.
Mon âme me prédit un grand prodige.
Air Judith Réjouissez-vous,
âmes en liesse,
car il a plu au ciel miséricordieux
d'entendre vos supplications.
Comme par une terrible tempête,
dans le calme tranquille et paisible,
le marin effrayé
retrouve sa joie.
Récitatif Achiorre: Ozias: Judith: Achiorre: Judith: Achiorre:
Ciel, que vois-je ?
Qui a accompli ce meurtre ?
Ce fut mon bras.
Mais qui a pu lui donner tant de force ?
Dieu.
Il m'a préservée d'un désir impur,
et dans le danger, a rendu mon cur
audacieux.
Quel nouveau et clair prodige apparaît dans ma vie
!
Je perçois à présent l'immensité
du pouvoir divin,
qui chasse de mon sein
les ténèbres qui m'ont enseveli.
Je regrette mes fautes, je m'en détourne
et me donne tout entier à toi, Dieu
tout-puissant.
Air Achiorre Je
viens à toi, je viens moi aussi,
grand Dieu,
pour t'offrir mon âme et mon cur.
Et si j'ai tant tardé pour venir vers toi,
je le déplore et te demande
pardon pour tant d'erreurs.
Récitatif Ozias: Judith: Ozias:
Mais comment ton cur a-t-il trouvé une telle
ardeur,
noble femme, gloire et honneur de mon peuple ?
Pour accomplir cette grande uvre, mon cur
enflammé
a fait appel à l'aide de Dieu avec de ferventes
prières,
et tout son pouvoir divin
m'est venu des astres célestes.
Oublions à présent
toute peine et toute plainte.
Que les temples résonnent
de nos joyeux chants de fête
à la gloire de Dieu, qui terrasse les
barbares.
Duo Judith
et Ozias Cette
félicité
en mon sein,
cette joie qui inonde mon cur,
elles proviennent du ciel; il ne saurait
exister bonheur plus absolu.
Ô Dieu, ce don que tu nous prodigues
est en effet de ton infinie bonté;
mon cur et mon âme
sont comblés à jamais.