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Tarsis & Zelie
Tragédie en Musique en un Prologue & V Actes
représenté pour la prémiere fois par l'Academie Royale de Musique
le Mardy, dix-neuviéme d'Octobre 1728

livret de Jean-Louis-Ignace de la Serre
musique de: François Rebel & François Francoeur



Prologue
Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V
 

PROLOGUE

les personnages du Prologue:

les interprètes de l'époque:


Le Chef des Génies mal-faisants

Mr Dun

Le Chef des Génies bien-faisants

Mlle Hermanse

Suite de Génies mal-faisants
Troupe de Jeux & Plaisirs
Suite de Génies bien-faisants

Le Theâtre représente un Lieu desert, aride, plein de rochers, & peu éclairé


Scene premiere
Le Génie mal-faisant, & sa Suite

Le Génie mal-faisant:
Un puissant ennemy trop long-tems nous surmonte:
Quoy ! rendra-t'il toûjours ces climats fortunez ?
A le voir triompher, & nous, couverts de honte,
Le Sort, l'injuste Sort nous a-t'il condamnez ?

La Paix, sur un trophée élevé par la gloire,
Verra-t'elle toûjours nos efforts impuissans ?
Quelle douleur pour nous ! l'orgueilleuse Victoire
A ses pieds, brûle de l'encens.

Mais, c'est vainement qu'elle étale
Les dons fait aux Mortels;
Tremble audacieuse Rivale,
Nous allons briser tes Autels.

Ravageons cette heureuse terre,
Faisons regner par tout, le trouble & la terreur;
Que les Eclairs, que le Tonnerre,
Annoncent la noire fureur
Que nous portons au fond du coeur.

Le Choeur des Génies mal-faisants:
Faisons regner par tout, le trouble & la terreur;
Que les Eclairs, que le Tonnerre,
Annoncent la noire fureur
Que nous portons au fond du coeur.

Le Génie:
Ces transports, pour moy plein d'attraits,
Font renaître mon esperance;
Je joüis du plaisir, que donne la vengeance
Avant que de lancer mes traits

Le Choeur:
Que l'esclavage
Soit le partage
Des coeurs jaloux,
Qui s'arment contre nous:
Que le ravage,
Que le carnage,
De leurs regrets,
Nous presentent l'image;
Lançons nos traits,
Sur qui nous outrage.

[une grande lumiere se répand sur le Theâtre]

Le Génie:
Mais, quel trait perçant de lumiere,
Eclaire ces sauvages lieux ?
C'est l'objet de nôtre colere,
Qui, pour nous insulter, s'offre encor à nos yeux.


Scene 2
Le Génie Protecteur, sur un nuage brillant,
& les Acteurs de la Scene précédente

Le Génie Protecteur:
C'est vainement que l'on conspire
Contre l'éclat de cet Empire,
Il est au-dessus des revers;
Le Destin veut qu'il dure, autant que l'Univers.

Vous, qui voulez que tout gemisse,
Perfides Ennemis de l'odre & de la paix,
Vôtre propre fureur sera vôtre supplice;
Fuyez de ces lieux pour jamais.

Le Choeur des Génies mal-faisans:
Ah ! nôtre resistance est vaine,
Nous sommes enchaînez , par d'invisibles fers.
Leur funeste poids nous entraîne.
Nous tombons au fond des enfers.

[tous les Génies mal-faisants s'abîment]

Le Génie Protecteur:
Que tout respire l'allegresse;
Disparoissez, Objets affreux.
Séjour d'horreur & de tristesse,
Devenez un séjour heureux.

[le Theâtre change & devient brillant & magnifique]

Le Génie:
Venez, Plaisirs, dans ces retraites;
Venez Jeux innocens, volez tendres Amours;
Ce Ciel veut qu'icy tous les jours
Soient marquez, par autant de fêtes.
Venez, Plaisirs, &c.

[les Jeux, les Plaisirs, & les Amours, viennent de toutes parts]

Célébrez un Heros que le Ciel a fait naître,
Pour rendre l'Univers, de son bonheur jaloux;
Que Concert peut être plus doux,
Pour les Sujets & pour le Maître !

Un Personne de la fête, alternativement avec le Choeur:

Seule:
Suivez, Amants,
Le Dieu qui vous appelle;
Que, dans vos chants,
Sa gloire se revelle.

Le Choeur:
Suivez, Amants,
Le Dieu qui vous appelle;
Que, dans vos chants,
Sa gloire se revelle.

Seule:
Desirs naissans,
Douceur toûjours nouvelle,
Plaisirs touchants,
Payeront vôtre zele.

Le Choeur:
Suivez, Amants, &c.

Seule:
Pour tout encens
Offrez un coeur fidelle,
Des feux constans,
Une ardeur éternelle.

Le Choeur:
Suivez, Amants, &c.

Grand Choeur:
Chantons-tous cet heureux vainqueur,
Goûtons dans ces beaux lieux le fruit de la victoire;
Célébrons ses bien-faits, & que nôtre bonheur
Dure autant que sa gloire.

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ACTE PREMIER

les personnages de la Tragédie:

les interprètes de l'époque:


Alpide, proclamé Roy

Mr Chassé

Zelie, Princesse Thessalienne

Mlle Antier

Arelise, descenduë des anciens Roys de Thessalie

Mlle Pelissier

Tarsis, su sang de Penée

Mr Tribou

Le Fleuve Penée

Mr Dun

Arthemis, ou la Sybille Delphique

Mlle Hermanse

Cleone, Daphnide

Mlle Petitpas

Une Thessalienne

Mlle Hermanse

Une Habitante des Rivages de Penée

Mlle Mignier

Une Bergere

Mlle Mignier

Troupe des Peuples de Thessalie
Hanitans des Rivages de Penée
Suite de la Sybille
Bergers & Bergeres


La Scene est en Thessalie, dans la fameuse Vallée de Tempé


Scene premiere
Zelie

Le Theâtre représente un lieu, orné pour une Fête publique.

Zelie:
Amours, que de plaisirs tu répands dans mon ame !
Que ton empire a pour moy de douceur !
J'aime Tarsis, je regne dans son coeur,
Rien ne peut éteindre sa flamme:
Elle resiste à ma feinte rigueur.

Amours, que de plaisirs tu répands dans mon ame !
Que ton empire a pour moy de douceur !

Quelle crainte fatale
Vient troubler ma félicité ?
Peut-être, helas ! mon heureuse Rivale
Rit en secret de ma tranquilité:
Je sçais que pour Tarsis, Arelise est sensible,
Tout parle en sa faveur, son amour, ma fierté;
Elle veut l'engager, je parois inflexible:
Justes Dieux !... Je le vois; perçons la verité.


Scene 2
Zelie, Tarsis

Tarsis:
Alpide, de Tempé réünit le suffrage,
Vous l'allez voir couronner en ces lieux:
Déja son nom, porté jusques aux cieux,
De ses nouveaux sujets est le premier hommage.

Zelie:
Qu'attend Tempé d'un farouche courage ?
On doit redouter un tel choix:
Sa valeur a vengé l'outrage,
Que les Arcadiens nous firent autrefois,
Ce sont-là ses uniques droits:
Vous eûtes, comme luy, part à cet avantage;
Vous descendez des Dieux qu'adore ce rivage;
Pourquoy dédaignez vous de nous donner des loix ?

Tarsis:
A d'autres soins l'amour m'engage.

Le trône pour Alpide, est le suprême bien;
L'ambition fût toûjours son partage,
Et le tendre amour est le mien.

Oüy, pour vous seule je soupire,
Les douceurs que l'Amour promet sous son empire,
Sont les seuls biens qui séduisent mon coeur.

Zelie:
Vous pourrez les trouver dans l'aimable Arelise.

Tarsis:
Tout vous répond de ma fidelle ardeur.

Zelie:
Vous céderez au feu dont son ame est éprise.

Tarsis:
La mienne, à vos attraits, pour jamais, est soumise.

Zelie:
Sans rang & sa beauté parlent en sa faveur.

Tarsis:
Ah ! ce soupçon me desespere,
Il condamne les soins que j'ay pris pour vous plaire.

Qui moy ! je pourrois me trahir ?
Je pourrois me trahir moy-même ?
Douter de mon amour extrême,
C'est de condamner à périr.

Zelie, à part:
O Ciel !

Tarsis:
Mon desespoir sçaura vous satisfaire.

Zelie:
Vivez, sur mes soupçons vôtre douleur m'éclaire,
Sans sçavoir que j'aimois, mon coeur était jaloux,
Il céde à des transports plus doux.

Tarsis:
Qu'entends-je ? ô Ciel ! quel aveu plein de charmes !

Zelie:
Ay-je pû soûtenir de si tendres allarmes ?

Tarsis:
Eh ! puis-je concevoir l'excès de mon bonheur !

Zelie:
Le même sentiment regne au fond de mon coeur.

Tarsis & Zelie:
L'Amour a remply mon attente;

Non, je ne demande plus rien,
Une flamme vive & constante
Est pour moy le suprême bien.

L'Amour a remply mon attente.


Scene 3
Zelie, Tarsis, Alpide, Arelise,
Choeur de Thessaliens

Zelie:
Alpide vient, cachons nos transports à ses yeux.

Le Choeur:
Joüissez du pouvoir suprême;
Alire, regnez en ces lieux,
Rendez-nous fortunez, vous le serez vous-même.

Alpide, au Peuple:
J'approuve vos transports, je me rends à vos voeux:
Reconnoïssez mes loix, & commencez vos jeux.

Le Choeur:
Ce Heros, à sa char, enchaîne la Victoire;
Non, rien ne peut troubler nôtre félicité:
Au sein de la tranquilité,
Qu'il joüisse à jamais de sa brillante gloire.

Une Thessalienne:
Vole de victoire en victoire,
Triomphe Amour, rends-nous heureux;
Un coeur, dont tu remplis les voeux,
Devient le temple de ta gloire.

Il n'est point, sans toy, de plaisirs;
Sans toy, la vie est languissante:
Réponds, réponds à nôtre attente,
Nous t'apellons par nos desirs.

Vole de victoire en victoire,
Triomphe Amour, rends-nous heureux;
Un coeur, dont tu remplis les voeux,
Devient le temple de ta gloire.

Alpide, à Arelise:
Vous qui, sur cet empire, aviez de justes droits,
Princesse, qui voyez ma grandeur sans envie,
Que ne puis-je payer tout ce que je vous dois !
Mais, sur le trône où je me vois,
L'Amour, le tendre Amour veut élever Zelie;
Que tout applaudisse à mon choix.

[le Theâtre s'obscurcit, on entend un bruit terrible, la foudre tombe sur le Trône preparé. Zelie, Tarsis & Arelise sortent]

Le Choeur:
Ah ! quelle affreuse obscurité !
Quel bruit ! quel éclat de tonnerre !
Grands Dieux ! avons-nous mérité
Que vous nous déclariez la guerre ?

[le bruit cesse; le jour revient]

Alpide, au Peuple:
Pourquoy vous étonner de ces prodiges vains ?
Non, ce n'est pas toûjours, pour punir les Humains,
Que, des Dieux immorels, la puissance suprême
Excite dans les airs ces mouvements soudains;
La nature produit ces effets d'elle-même.

Cessez Thessaliens, cessez de vous troubler.

Le Choeur:
Le seul couroux du Ciel, peut nous faire trembler.

Alpide:
Penée est le Dieu tutelaire
De cet empire glorieux:
Si vous avez pû luy plaire,
Que de superbes jeux, qu'un hommage sincere,
Désarment le couroux qui menace ces lieux.

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ACTE SECOND

Le Theâtre représente les bords délicieux du Fleuve Penée


Scene premiere
Arelise

Arelise:
Suspends, flateur Espoir, mes mortelles allarmes,
Verse dans mon sein tous tes charmes.

Je brûle pour Tarsis de la plus vive ardeur;
Malgré-moy, malgré-luy, ce Heros la fit naître;
Je l'ay toûjours cachée aux yeux de mon vainqueur:
N'osera-t'elle enfin paraître,
Si Zelie infidelle engage ailleurs son cieur?

Suspends, flateur Espoir, mes mortelles allarmes,
Verse dans mon sein tous tes charmes.

Quoy ! Zeli infidelle ! Ah ! quelle est mon erreur !
D'un noeud remply d'appas quelle ame se dégage ?
Vous mourrez en naissant, Espoir trop seducteur:
Quand on aime Tarsis, peut-on être volage ?

Je les vois ces Amants, ils viennent en ces lieux,
Se jurer mille fois une ardeur éternelle:
Ils bravent ma douleur mortelle;
Ils ne sont occupez que du soin de leurs feux:
Fuyons, épargnons-nous ce spectacle odieux.


Scene 2
Zelie, Tarsis

Tarsis:
Eh quoy ! dans ses projets Alpide persevere ?
Il ose vous parler encor de son ardeur ?
Au faîte de la grandeur,
Qu'il redoute ma colere.

Je l'ay vû, sans regret, monter à ce haut rang,
Où je pouvois monter moy-même:
Qu'il joüisse en repos de son pouvoir suprême;
Mais, je sçauray verser son sang,
S'il veut me ravir ce que j'aime.

Zelie:
Calmez un transport trop fatal
Qui redouble encor mes allarmes;
Mes rigueurssont les seules armes
Qui doivent punir ce Rival.

Qu'ose-t'il esperer de l'ardeur qui le presse ?
A peine ay-je pû l'écoûter;
Je n'ay pû me contraindre à flatter sa tendresse,
Même, quand son couroux étoit prêt d'éclater;

Mais, de quel trouble encor vôtre ame est-elle atteinte ?

Tarsis:
Un veritable amant peut-il être sans crainte ?

Il craint de n'être pas aimé;
D'une naissante ardeur, c'est la peine cruelle:
Quand l'ardeur devient mutuelle,
Il craint de perdre un bien, dont il s'est trop charmé.

Zelie:
Rassurez-vous, ce jour doit essuyer nos larmes;
Qu'au temple de Dahpné, l'Hymen serre nos noeuds:
Allez presser l'instant heureux,
Qui doit terminer nos allarmes.

Allez, l'Amour bien-tost nous rejoindra tous deux.


Scene 3
Zelie

Zelie:
Je vais m'unir à ce que j'aime:
Espoir, vous remplissez mon coeur.
Le mépris que je fais d'un brillant diadême,
Ajoûte encor à mon bonheur.

Loin de nous, cruelles Allarmes,
Gardez-vous de troubler des moments desirez:
Par les soupirs & par les larmes,
L'Amour, le tendre Amour nous les a preparez.

Je vais m'unir à ce que j'aime, &c.


Scene 4
Zelie, Alpide

Alpide:
Devrois-je vous chercher encore ?
Vos rigueurs sont le prix du feu qui me dévore;
Mais, si vous dedaignez l'hommage de mon coeur,
Daignez au moins partager ma grandeur,
Et que l'ambition, ou le reconnoissance,
Au defaut de l'amour, parlent en ma faveur.

Vous ne répondez rien, vous gardez le silence ?

Zelie:
L'éclat de ce rang glorieux,
Ne sçauroit ébloüir mes yeux.

Dans ce charmant azile,
Le repos fait tous mes plaisirs;
Un sort doux & tranquile
Est l'objet detous mes desirs:
Le repos fait tous mes paisirs
Dans ce charmant azile.

Alpide:
Déguise mieux, Cruelle, une secrete ardeur,
Je sçais trop quel rival s'oppose à mon bonheur.

Zelie:
Si tu crois qu'il ait sçû me plaire,
Crois encor, que mon coeur ne changera jamais.

Alpide:
Tu ne crains point d'irriter ma colere,
De mon juste couroux redoute les effets;
Redoute mon pouvoir seprême.

Zelie:
Crois-tu que ton pourvoir s'étende sur mon coeur ?
Il ne dépend que de luy-même.

Alpide:
Non, non, ce coeur si fier reconnoît un vainqueur:
Tu méprises pour luy, mes feux & ma couronne;
A de justes soupçons mon ame s'abandonne:
Tarsis, l'heureux Tarsis s'oppose à mon bonheur.

Zelie:
J'avouë, avec plaisir, une flamme si belle;
Je jure, avec transport, que j'y seray fidelle.

Alpide:
Eh bien: suy ces transports qui te semblent si doux:
Je n'écouteray plus que ceux de la vengeance.
Tremble pour mon rival, redoute un Roy jaloux.

Zelie:
Moy, trembler ! non, Tyran, je brave ta puissance;
Songe à calmer les Dieux, implore leur clemence.

Ensemble:
Brise, à jamais
La chaîne qui t'engage,
N'écoûte plus un amour qui m'outrage,
La haine va lancer ses plus funestes traits.

[Zelie sort]


Scene 5
Alpide, Arcas dans le fond du Theâtre

Alpide:
Quel mépris ! punissons un Rival trop aimé:
Cessons, cessons de nous contraindre,
Je suis Roy, qu'ay-je encor à craindre ?

Penée envain, à ma perte animé,
Veut réduite mon trône en poudre:
Sous les débris de ce trône enflammé,
Du moins, en perissant, je puis braver la foudre.

Tarsis, je vais joüir de l'extrême douceur
De te livrer aux plus vives allarmes:
Ne crois pas que Zelie en larmes,
Puisse ralentir ma fureur;
Son amour te sera funeste:
Et c'est le mien que j'en atteste.

Elle t'aime... grands Dieux ! ton destin est top beau.
Ah ! qu'elle monte au trône, ou descends au tombeau.

Mais, que dis-je ? Ah ! plûtôt employons l'artifice.
Qu'aux plus tristes regrets Tarsis abandonné,
Sous de nouveaux malheurs gemisse...

[à Arcas]

Arcas, executez l'ordre que j'ay donné.

[Simphonie]

Les Habitans de ce Rivage
Viennent rendre à Penée un éclatant hommage;
Faut-il que, malgré-moy, je me joingne à leurs voeux !
Que le Dieu, satisfait de leurs frivoles jeux,
Assure la repos de ce Peuple timide,
J'attends le mien, du couroux qui me guide.


Scene 6
Alpide, les Habitans des Rives du Penée, Penée

Alpide:
Le calme regne sur les flots,
Doux presace de la clemence
Du Dieu, dont nous venons reverer la puissance,
Faisons retentir les échos
Des chants qu'inspire l'esperance.

Le Choeur:
Le calme regne, &c.

Une Habitante des Rives du Penée, alternativement avec le Choeur:
Que, dans ce séjour,
Nos transports paroissent
Conduits par l'Amour,
Que les jeux renaissent:

A ce Dieu charmant,
Demandons des chaînes;
Dans ce doux moment
Oublions nos peines.

Que, dans, &c.

Viens lancer tes traits,
La paix rend ce bord tranquile,
Regne à jamais;
Viens, Dieu plein d'attraits,
Regne en cet azile.

Que, dans, &c.

Regne en nos coeurs, tendre Amour;
Que les plaisirs suivent tes traces,
Vient embellir ce séjour,
Mene avec toy les Ris, & les Graces:

A ton pouvoir séduisant & flateur,
Tout céde la victoire,
Et le moment de nôtre bonheur
Est celuy de ta gloire.

[les flots se soulevent, Penée en sort]

Penée:
Peuple ingrat, Peuple témeraire,
Qui, sans me consulter, ose changer de loix,
Cessez des jeux qui ne peuvent me plaire:
Un nouvel attentat redouble ma colere,
Des Dieux, de la vertu, je dois venger les droits.

Si dans ce jour une victime,
Aux Autels de Daphné, ne s'immole pour vous,
J'inonderay ces lieux complices de ce crime:
Tremblez, son seul Trépas peut calmer mon couroux.

[le fleuve rentre]


Scene 7
Alpide, Arelise les Choeurs

Arelise:
O Ciel ! quelle funeste & barbare entreprise !
Tarsis... Zelie.

Alpide:
Achevez Arelise.

Arelise:
Zelie enlevée à mes yeux,
Par ses cris, implore les Dieux:
Ses cruels Ravisseurs, l'éloignent de ce rivage,
Tarsis accourt, & son courage
Luy fait braver les flots & les vents furieux;
Mais, helas ! l'Onde mugissante,
Engloutit à la fois & l'Amant & l'Amante.

Alpide, à part:
Dieux !

Le Choeur:
C'est le crime affreux, par Penée, annoncé:

Alpide, poursuis le coupable.
Qu'une vengeance redoutable
Appaise le Dieu couroucé.

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ACTE TROISIEME

Le Theâtre représente une masse de Rochers, d'où l'on voit sortir un Torrent qui, par plus d'une route, se précipite.


Scene premiere
Tarsis

Tarsis:
Impetueux Torrent, dont l'Onde menaçante,
Avec un bruit affreux, descend dans ce séjour:
Triste Demeure, helas ! mais encor trop charmante,
Pour qui cherche à perdre le jour;
Ecoûtez les regrets d'un malheureux amour.

J'ay perdu l'objet de la flamme:
Eh ! dans quel tems ? grands Dieux ! quand j'en étois aimé.
Le desespoir s'empare de mon ame,
Et par le seul trépas, il peut être calmé.

Impetueux Torrent, dont l'Onde menaçante,
Avec un bruit affreux, descend dans ce séjour:
Triste Demeure, helas ! mais encor trop charmante,
Pour qui cherche à perdre le jour;
Ecoûtez les regrets d'un malheureux amour.


Scene 2
Tarsis, Arelise

Arelise, appercevant Tarsis:
Que vois-je ! ô Ciel ! quelle main secourable...

Tarsis:
Je suis un malheureux que le Destin accable.
La trahison d'Alpide a servy son couroux;
Heureux ! si sur moy seul étoient tombez ses coups.

Arelise:
Calmez cette douleur extrême.

Tarsis:
Eh ! le puis-je ? grands Dieux ! je perds tout ce que j'aime.

Je l'ay vûë à mes yeux périr,
Dans les flots, j'ay voulu la suivre;
Et ne pouvant la secourir,
J'ay fait de vains efforts pour ne luy pas survivre.
Une main invisible, une barbare main
S'est opposée à mon dessein,
Et malgré-moy, m'a conservé la vie,
Lorsqu'à Zelie elle est ravie.

Arelise:
Penée, en conservant vos jours,
A protégé son sang...

Tarsis:
Sin funeste secours
Me fait sentir l'excés de ma misere;
Mais, de ces tristes jours, sauvez par sa colere,
Mon desespoir abregera le cours.

Arelise:
Sur vôtre sort dans ce sejour tranquille,
Je venois, en tremblant, consulter la Sybille;
Je ne crains plus pour vos jours precieux:
Sur vos propres malheurs, interrogez les Dieux.
Arthemis qu'Appollon inspire...

Tarsis:
Non, Arthemis ne peut soulager mon martire.

Arelise:
Le passé, l'avenir, à ses yeux sont présens,
Dans un sort incertain, elle seule peut lire:
Les maux que vous sentez, moy-même je les sens.

Ne perdons jamais l'esperance;
C'est le seul bien qui reste aux malheureux mortels;

Sa douce & flateuse puissance
Calme les maux les plus cruels.

Ne perdons jamais l'esperance;
C'est le seul bien qui reste aux malheureux mortels.

[le Theâtre devient plus éclairé]

Mais, cette lumiere éclatante
M'annonce, qu'Arthemis répond à mon attente.


Scene 3
Tarsis, Arelise, Arthemis, ou la Sybille Delphique sortant d'un Rocher qui se brise,
Suite d'Arthemis

Arelise:
Prêtresse d'Apollon, d'un amant malheureux
Eclaircissez le doute affreux.

Arthemis:
Astre brillant qui nous éclaire,
Dieu puissant qui mesure & les ans & les jours
Des Arrests du Destin sage Dépositaire,
Entends nos voix, suspends ton cours,
Prête-nous ton divin secours.

Le Choeur:
Astre brillant qui nous éclaire, &c.

Arthemis:
Le fidelle Tarsis ignore
Si l'objet qu'il adore
Joüit encor de ta clarté:

Dissipe ses vives allarmes,
Ou condamne ses yeux à d'éternelles larmes,
Dévoile-luy la verité.

Le Choeur:
Entends nos voix, &c.

Arthemis, alternativement avec le Choeur:
C'est envain qu'aux tendres coeurs
L'Amour promet mille douceurs,
Plaisirs trompeurs,
Vous faites verser trop de pleurs;

Un instant rend tout aimable,
Ce bonheur paroît durable;
Mais, le même instant détruit
Le mensonge qui séduit,
Et les regrets sont le seul fruit
D'un bien frivole qui s'enfuit.

Que tout chante à l'envy le Dieu de la lumiere,
Qu'il soit l'ame de vos concerts.

En parcourant sa brillante carriere
Il embellit tout l'univers.

Que tout chante à l'envy, &c.

Quand nôtre hommage sçait luy plaire,
Les livres du Destin, à nos yeux sont ouverts.

Que tout chante à l'envy, &c.

Qu'un saint respect interrompe vos jeux.

Le Choeur:
Ecoûte nos clameurs, viens réponds à nos voeux.

Arthemis:
Quelle lumiere m'environne ?
Quel saisissement ! quel effroy
Tout à coup s'empare de moy ?
Tu m'entraînes, Fils de Latone.

Tu me transportes dans les airs;
Je vois de près le séjour du tonnerre,
Je ne découvre plus la terre;
Mes yeux sont éblouis par le feu des éclairs.

Dieu de Delos, par ta puissance,
J'entrevois le sort des Mortels;
Le crime poursuit l'innocence:
L'innocence gemit jusqu'aux pieds des autels.

Ciel ! quel spectacle en Thessalie !
Les pleurs & l'allegresse y regnent tour à tour:

Victime du plus tendre amour,
Tarsis, cours au trépas, tu trouveras Zelie.

[la Sybille & sa Suite se retirent]


Scene 4
Tarsis, Arelise

Tarsis:
Mes voeux ont prévenu l'ordre que je reçois:
Destin ! Amour ! j'obéis à vos loix.

[il veut se fraper]

Arelise:
Arrestez.

Tarsis:
Inhumaine !
Voulez-vous prolonger ma peine ?

Arelise:
Par vos soupirs, nourrissez vos douleurs:
Si l'aimable Zelie à vos feux est ravie,
Vous luy devez des regrets & des pleurs;
Mais, devez-vous, Cruel, renoncer à la vie ?

Tarsis:
Vous avez entendu l'arrest de mon trépas.Arelise:
Un Oracle, souvent ne se penetre pas.

Tarsis:
Je ne puis, qu'en mourant, m'unir à ce que j'aime;
Laissez-moy remplir mes destins,
C'est l'arrest de l'Amour, c'est l'arrest du Ciel même.

Arelise:
Peut-être les Dieux plus humains,
Voudront finir vôtre martire:
A vos larmes je joins mes voeux;
N'en doutez point, Arelise desire
De revoir l'Objet de vos feux.

Sa vuë, helas ! finiroit mes allarmes,
Je ne craindrois plus pour vos jours;
Ah ! pour les conserver, s'il n'est que ce secours,
Puissent les Dieux l'accorder à mes larmes !

Tarsis:
Que me servent, helas ! ces inutiles voeux !
Mon sort est-il moins rigoureux ?

Et vous, genereuse Princesse,
Dont la pitié semble accuser les Dieux,
De l'affreux tourment qui me presse,
Respectez leurs decrets, & laissez-moy perir.

Arelise:
Non, non, malgré les Dieux, je dois te secourir.
Tes malheurs sont les miens, & l'ardeur qui m'enflâme...
Que dis-je ! à quel transport me laissay-je emporter ?
Cachons du moins un feu que je n'ay pû dompter.
Vains projets !... Tu fremis... & tu lis dans mon ame;
Mais, ne t'allarme point, ne crains pas que ma flâme
Demande aucun retour à ton coeur affligé:
Par toy, sans le vouloir, le mien fut engagé,
Et tu brulois déja pour l'heureuse Zelie;
J'ay devoré mes pleurs, sans oser soupirer;
Et je n'ose encor esperer,
Quand Zelie a perdu la vie.

Tarsis, fuyant:
Laissez-moy me livrer à toute ma douleur:
C'est l'unique bien qui me reste.

Arelise:
Ah ! je te sauveray, Cruel, de ta fureur;
Ou la mienne, à tes yeux, me deviendra funeste.

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ACTE QUATRIEME

Le Theâtre représente la belle Vallée de Tempé: On voit le Mont-Olympe, dans l'éloignement


Scene premiere
Arelise

Arelise:
Qu'ay-je appris ! quoy ! Tarsis periroit... justes Dieux !

Alpide répandroit un sang si precieux ?

Toûjours, helas ! par le sort poursuivie,
Mes yeux ne sont ouverts que pour verser des pleurs;
Et toûjours, de nouveaux malheurs
Marquent chaque instant de ma vie.

Ah ! si les Dieux laissent en paix
Le cruel Tyran qui m'opprime,
Il faut, pour me venger du crime,
Que l'Enfer me prête des traits.

Haine, Dépit, funeste Rage,
Venez, venez, unissez-vous:
Punissez, frapez qui m'outrage;
Qu'il tombe enfin, sous l'effort de vos coups.


Scene 2
Arelise, Alpide

Alpide:
Non, rien ne peut calmer mes transports furieux,
Son trépas doit venger & Zelie & les Dieux.

Arelise:
Son trépas ! c'est toy seul qui fait perir Zelie:
Toy seul, Cruel, as causé nos malheurs,
Ton injustice est la source des pleurs
Que répand en ce jour la trsite Thessalie.

Alpide:
Qu'entends-je ! un tel discours s'addresse-t'il à moy ?
Respecte, ou crain du moins la suprême puissance.

Arelise:
Dans Alpide tyran, je ne vois plus de Roy,
Et ne respecte plus, qui poursuit l'innocence.

Tu me contrains à te haïr,
Quand tu cesses de te connaître:
Ose-tu me parler en maître,
Toy, qui me devois obeïr ?
Souviens-toy que cette couronne...

Alpide:
Le sort autrement en ordonne,
Tout reconnoît icy mes ordres souverains.

Arelise:
Redoute au moins les Dieux; la foudre est en leurs mains.

Alpide:
Que mon Rival perisse, & j'attendray l'orage.

Arelise:
Quoy ! tu n'écoutes que ta rage ?

Ensemble:
Lance tes traits dans mon coeur,
Viens Fureur;
Punis qui m'offense,
Appelle à ton secours la terrible Vengeance.

Arelise:
Et vous, Dieux tous puissans,
Faites tomber ces coups reservez aux Tyrans;
Que des feux dévorans embrâsent ce perdide;
Qu'au défaut de la foudre, un transport furieux,
De luy-même en ce jour, le rende l'homicide,
Et venge, d'un seul coup, les Mortels & les Dieux.

Alpide:
Eh ! que peut contre moy la fureur qui te guide ?

Ensemble:
Lance tes traits dans mon coeur,
Viens Fureur;
Punis qui m'offense,
Appelle à ton secours la terrible Vengeance.


Scene 3
Alpide

Alpide:
D'une vaine fureur, méprisons les effets:
Tout semble dans ce jour prévenir mes souhaits.

Tempéjoüit déja d'un sort plus favorable,
Le sang d'une victime, offert sur les autels,
En appaisant les Immortels,
Va rendre, pour jamais, mon trône inébranlable.

Quel tendre souvenir vient troubler mon bonheur ?
Ah ! d'une esperance frivole,
Si l'Amour a flaté son coeur,
Que l'Ambition m'en console.

Tout doit céder au soin de ma grandeur:
Oublions les attraits d'une beauté cruelle;
Que de ma rage encor, elle éprouve les traits;
Et même après ma mort, sur un amant fidelle,
Vengeons les maux qu'elle m'a faits.

Que la grandeur a d'attraits,
Quand elle sert la vengeance !
Qu'il est doux de punir l'offense !
Que la grandeur a d'attraits,
Quand elle sert la vengeance !

[on entend une Symphonie]

Mais, déja les plus doux accords
Retentissent dans ces retraites;
Le son des hautbois, des musettes;
Des Bergers rassurez, annoncent les transports.


Scene 4
Alpide, Bergers & Bergeres

Le Choeur:
Chantons-tous dans ce boccage,
Le repos que nous rend la paix;
Que les Oyseaux, dans leur ramage,
Imitent nos transports, & chantent ses bienfaits.

Après les perils de l'orage,
Le beau jour qui le suit n'en a que plus d'attraits.

Chantons-tous dans ce boccage,
Le repos que nous rend la paix;
Que les Oyseaux, dans leur ramage,
Imitent nos transports, & chantent ses bienfaits.

L'Amour est caché sous ce feüillage,
Il lance, dans nos coeurs, ses plus aimablestraits;
Nous ne craignons point son esclavage,
Il n'est jamais suivy de trouble & de regrets.

Chantons-tous dans ce boccage,
Le repos que nous rend la paix;
Que les Oyseaux, dans leur ramage,
Imitent nos transports, & chantent ses bienfaits.

Une Bergere:
L'Amour, dans nos retraites,
N'a point de traits plus puissans,
Que nos Jeux innocents
Et que nos Chansonnettes:

Pour nous soûmettre à ses loix,
Il fait naître en nous l'esperance;
Il ne vient jamais dans nos bois,
Que suivy de la constance.

L'Amour, dans nos retraites,
N'a point de traits plus puissans,
Que nos Jeux innocents
Et que nos Chansonnettes.

Alpide, aux Bergers:
Il est tems qu'au Temple on se rende,
Connoissons le Mortel qui s'y doit immoler;
Joignons une nouvelle offrande
Au sang qui va couler.

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ACTE CINQUIEME

Le Theâtre représente le Temple de DAPHNE' : il est ouvert par le fonds: On voit les eaux du Fleuve Penée; & vers le mileu du Temple, un Autel sur lequel est posé le Couteau sacré.


Scene premiere
Zelie

Zelie, en habit de Prestresse:
Pour la derniere fois, éclatez mes Soupirs;
Il faudra bientôt vous contraindre.

Tranquilité que je vais feindre,
Cachez à tous les yeux, mes mortels déplaisirs:
Pour la derniere fois, éclatez mes Soupirs;
Il faudra bientôt vous contraindre.

Dieux, pour soulager son tourment,
Armez-vous de la foudre, écrasez un Coupable;
Et sur le Tyran qui m'accable,
Vengez la mort de mon amant.

La mort de mon amant !... Eh ! quelle est la victime,
Qu'à mon Heros on pourroit immoler ?
Les Dieux peuvent punir le crime;
MAis, rien ne peut me consoler.


Scene 2
Zelie, Cleone Daphnide

Cleone:
Vous devez, en ce jour, offrir le sacrifice,
Le sort vient de tomber sur vous;
Vous allez de Penée, appaiser le couroux,
C'est par vous que le Ciel nous deviendra propice.

Zelie:
Quoy ! faut-il que ma main sur ce terrible Autel,
Répande le sang d'un Mortel ?

Cleone:
Les Dieux veulent sa mort, & Tempé vous en presse.

Zelie, à part:
Mortel, qui que tu sois, qui braves le trépas,
Je ressens des tourmens que tu ne connois pas.

Cleone:
Vous soupirez ? quelle sombre tristesse ?...

Zelie:
Ah ! pour justifier mes soupirs & mes pleurs,
Cleone, apprenez mes malheurs:
Un trsite souvenir les rappelle sans cesse.

Tarsis m'aimoit, l'Hymen alloit nous rendre heureux:
Un Roy cruel trouble nos feux;
Arcas, de ce Tyran, ministre trop fidelle;
En m'enlevant, fait éclater son zele:
J'implore vainement & Tarsis & les Dieux;
Mes pleurs n'arrêtent point sa fureur criminelle.
Que dis-je ! en ce moment, il présente à mes yeux
Un fer, fumant encor d'un sang trop precieux.

Cleone:
O trop funeste sort !

Zelie:
Pour finir mes allarmes,
La mort faisoit l'objet de tous mes voeux;
Je n'osois l'esperer, quand les vents furieux,
De ce flateur espoir, font renaître les charmes,
Tout perit, & l'instant, qui va finir mes jours,
Est l'unique instant que j'implore;
Mais, les Dieux ennemis, par un fatal secours,
A de nouveaux malheurs me reservoient encore.

[Alpide paroît]

Quoy ! je revois le Tyran que j'abhorre.


Scene 3
Zelie, Cleone Daphnide, Alpide

Alpide:
Ciel ! quel objet frappe mes yeux !
Zelie est Prestresse en ces lieux ?

Zelie, à Alpide:
J'y puis au moins braver ton injustice;
De ce Temple sacré, ne trouble point la paix.

Alpide:
Ne me reprochez rien, souffrez que je joüisse
Du plaisir, de revoir de si charmans attraits.

Zelie:
Jusqu'aux pieds des Autels, porte-tu tes forfaits ?

Alpide:
Si c'est aux Dieux faire une offense,
Que de brûler pour vous,
Ils peuvent hâter leur vengeance:
Sans fremir, j'attendray leurs coups.


Scene 4
Tarsis, Zelie, Cleone Daphnide, Alpide,
Les Daphnides & les Peuples

Le Choeur:
Chantons-tous le Heros magnanime,
Qui va faire regner le calme en ces climats:
Dieu puissant, reçois la victime,
Que nôtre encens & son trépas,
Effacent nôtre crime.

Que nos craintes,
Que nos plaintes,
Puissent calmer ton couroux:
Entends-nous,
Reçois nos vieux,
Rends-nous heureux.

[deux Prêtres amenent la victime]

Zelie, prenant le Couteau sacré:
Soûtenez ma main tremblante;
Dieux, affermissez mon coeur,
Conduisez ce fer vengeur,
Qui doit remplir vôtre attente.

Frapons... que vois-je ! ô Ciel ! vous tarsis !

Tarsis, à Zelie:
Vous vivez ?

Zelie:
Dieux, reprenez les jours que vous m'avez sauvez,
Vos bienfaits sont-ils donc l'effet de vôtre haine ?
Dans ces terribles lieux, quelle fureur t'amene ?

Tarsis:
L'Amour seul m'y conduit.

Zelie:
Quoy ! l'Amour ? Dieux cruels !
Eh ! c'est ce même amour qui m'attache aux Autels.

[les Eaux se soulevent, le Tonnerre gronde]

Alpide, à Zelie:
Tu t'attendris envain, frappe, le Ciel te presse.

Le Choeur:
Les flots, en mugissant, s'élevent jusqu'aux cieux,
Et ces terribles flots vont inonder ces lieux.

Alpide:
Le Dieu paroît: préviens la foudre vengeresse,
Sur toy-même, le Dieu va punir ta foiblesse.

Zelie:
Eh ! son couroux peut-il m'inspirer de l'effroy ?
Qu'il épargne Tarsis, qu'il n'accable que moy.


Scene 5 & derniere
Penée sortant de l'Onde, Tarsis, Zelie, Cleone Daphnide, Alpide,
Les Daphnides & les Peuples

Penée:
Je refuse à la fois le Prêtre & la Victime:
Le Criminel doit expier le crime;
Il me voit, il m'entend, la foudre va partir;
Il ne peut conjurer l'éclat de la tempête;
Qu'il tremble en ce moment.

Alpide:
Arreste.
N'espere pas qu'un repentir
Tâche d'appaiser ta colere.

Tu t'aprêtes à m'immolier:
Cruel, tu veux mon sang, il faut te satisfaire;
Mais, c'est moy qui le fais couler.

[il se frape & tombe]

Le Choeur:
Ah ! quel transport ! quelle rage !

Penée:
Sa mort, d'un Tyran vous dégage.;

Recevez, de ma main, Tarsis pour vôtre Roy:
Que des noeuds éternels l'unissent à Zelie.

Célébrez ce grand jour, Vous qui suivez ma loy;
Il assure à jamais , la paix en Thessalie.

[Penée rentre dans les flots]

[les Suivants du Fleuve Penée forment une Fête qui termine cette Piece]

Une Personne de la Feste:
L'Amour seul peut combler vôtre bonheur;
Par des chemins cachez, souvent il le prépare:
Livrez-vous à ses traits, & bravez sa rigueur;
S'il fait des maux, il les répare.

Le Choeur:
Ne perdons jamais la memoire
Du triomphe de ce grand jour:
Il consacre à jamais, la gloire
Et la puissance de l'Amour.

J'ay lû, par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, un Manuscrit intitulé: Tarsis & Zelie, Tragédie, dans laquelle je n'ay rien trouvé qui puisse en empescher l'impression.
Fait à Paris le septiéme Septembre mil sept cent vingt-huit.

Signé Gallyot

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