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opéra, ou pastorale [représentation en musique] livret
de Pierre Perrin |
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La
Nymphe de la Seine
[Prologue], soprano Troupe de
Jardiniers |

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Paris, le Louvre |
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La
Nymphe de la Seine Vertumne La
Nymphe de la Seine Ensemble La
Nymphe de la Seine Vertumne Ensemble
Toi qui vis autrefois le fleuve des romains
Triompher des humains,
Et porter le sceptre du monde,
Vertumne, que dis-tu de ma vie féconde ?
J'admire tes grandeurs & la félicité
De ta belle cité;
Mais ta merveille la plus grande
C'est la pompeuse majesté
Du roi qui la commande.
Dans l'auguste LOUIS je trouve un nouveau Mars,
Dans sa ville superbe une nouvelle Rome:
Jamais un si grand homme
Ne fut assis au trône des Césars.
Aussi sur la terre & sur l'onde,
Ce monarque puissant ne fait point de projets,
Que le ciel ne seconde:
Il est l'amour.
Il est l'amour & la terreur du monde;
L'effroi de ses voisins, le coeur de ses sujets.
Mais quel dessein t'amène
Sur les bords de la Seine ?
Moi qui forge les visions,
Je viens tromper les yeux de mes illusions,
Et lui montrer mes anciennes merveilles.
Sus donc, par nos accords amoureux & touchants,
Commençons de charmer son coeur & ses
oreilles:
Mêlons nos voix et remplissons les champs
Du doux bruit de nos chants.

Le
théâtre change, & représente les
vergers de Pomone.
Pomone, Juturne, Venilie
Pomone Pomone,
Venilie
& Juturne [on
danse] Pomone Pomone
& Venilie [on
danse] Venilie Juturne Venilie Juturne Venilie
& Juturne [on
danse] Venilie Venilie
& Juturne [on
danse] Pomone Pomone,
Venilie
& Juturne
Passons nos jours dans ces vergers,
Loin des amours et des bergers,
Passons nos jours,
Passons nos jours,
Loins des bergers & des amours.
Qui vous s'engager
Sous les lois d'Amour,
Qui voudra s'engager
Et fasse la cour
A ce dieu volage:
Qui voudra l'adore,
Pour moi je l'abhorre,
Le flot de la mer,
Est moins infidèle,
La fleur en est belle
Mais le fruit amer.
La fleur en est belle
Mais le fruit amer.
Qui croit ce cajoleur
N'a que peine & douleur.
Dans l'empire amoureux
Le sort le plus heureux
Est le plus dangereux.
Le flot de la mer
Est moins infidèle.
La fleur en est belle
Mais le fruit amer.
La fleur en est belle
Mais le fruit amer.
Le doux plaisir d'amourette
Est une tendre fleurette
Qui ne dure qu'un matin,
Il a le destin
Des plus belles choses;
Il naît, il passe un jour,
Les chaînes d'Amour
Sont chaînes de roses.
Les chaînes d'Amours
Sont chaînes de roses.
Passons nos jours dans ces vergers,
Loin des amours & des bergers,
Passons nos jours,
Passons nos jours
Loin des bergers & des amours.
Pomone, Juturne, Venilie, Béroé,
Flore
Flore Pomone Flore Béroé Flore Béroé Flore Béroé Flore Béroé Flore Béroé Flore
& Béroé Pomone
Ah ! ma soeur, à quoi penses-tu ?
Veux-tu bannir de ton empire
Ce dieu puissant, dont la vertu
Anime tout ce qui respire,
Et dont les fécondes chaleurs
Font naître tes fruits & mes fleurs.
Je consens que ses flammes
Brûlent tout l'univers,
Pourvu que dans nos âmes
Il trouve incessamment la glace & les hivers.
Ah ! si tu connaissais comme moi ses délices
!
Ah ! si tu connaissais comme moi ses malices !
De combien de douceurs il flatte nos désirs
!
Combien il cause de soupirs !
Que ses fers
Que ses lois
Sont doux.
Sont inhumaines !
Qu'il est beau,
Qu'il est dur,
De vivres de ses chaînes !
Il a ses biens, il a ses peines;
Et je ne veux que des plaisirs.
Pomone, Juturne, Venilie, Béroé, Flore, le
dieu des Jardins,
Troupe de Jardiniers
Le
Dieu de Jardins
Soulage donc les flammes
Du grand dieu des Jardins.
De plaisirs éternels, il sait remplir les
âmes,
Renonce pour jamais à l'amour des blondins,
Faibles, trompeurs, inconstants & badins,
Unissons, unissons nos coeurs & nos empires;
Ajoute aux fruits de tes vergers,
Les herbes de mon potager,
Joins les melons à tes poncires;
Et mêle parmi tes pignons,
Mes truffes & mes champignons.
Pomone, Juturne, Venilie, Béroé, Flore, le
dieu des Jardins, Faune,
Troupe de Jardiniers, Troupe de Bouviers
Faune Le
Dieu de Jardins Faune Faune
& le
Dieu de Jardins Le
Dieu de Jardins Faune Le
Dieu de Jardins
& Faune Flore [le dieu des Jardin
fait avancer sa Troupe] Le
Second Jardinier,
puis les Trois
Jardiniers
ensemble Bergères, portez
vos paniers, Le
Premier Jardinier Le
Premier Jardinier,
puis les Trois
Jardiniers
ensemble Le
Premier Jardinier Le
Premier Jardinier,
puis les Trois
Jardiniers
ensemble Le
Dieu de Jardins,
à Faune Faune Le
Dieu de Jardins, aux
Bouviers [Entrée des
Bouviers] [la Troupe
s'écarte pour faire place aux danseurs, puis se
rassemble, la danse terminée] Faune,
le
Dieu de Jardins,
à Pomone Pomone,
à ses Nymphes [Pomone fait signe
à ses Nymphes de jouer ses amants, elles feignent
d'aller cueillir des fleurs] [à
Flore] Et vous, ma soeur [elle fait signe
à Flore, et, se retirant, elle se cache pour les
observer et en rire]
C'est bien à toi, dieu misérable,
De prétendre à tes maux quelque soulagement
!
C'est bien à toi, monstre effroyable,
De servir un objet si rare & si charmant !
Elle a beau résister & faire la
mutine,
C'est à moi que le ciel la destine.
Tout cède
Tout se rend
Tout cède, tout se rend à mon pouvoir
divin.
Vous le dites en vain,
On vous connaît tous deux, mais éprouvons les
vôtres,
Faites danser les uns, & chanter les autres.
Vive le dieu des jardiniers,
Il est toujours prêt à bien faire.
Il a de quoi vous satisfaire.
Sans lui, les jeux, les passe-temps,
N'ont qu'une douceur imparfaite;
Et s'il n'est de la fête,
L'on ne rit pas longtemps.
Rien n'est si doux que sa fureur,
Ni si plaisant que sa folie;
Elle bannit de notre coeur
La plus noire mélancolie,
Sans lui, les jeux, les passe-temps,
N'ont qu'une douceur imparfaite;
Et s'il n'est de la fête,
L'on ne rit pas longtemps.
Hé bien ! dans tes buissons,
Tes oiseaux chantent-ils de pareilles chansons ?
Il est vrai que jamais rossignols d'Arcadie
N'ont fait plus douce mélodie.
A vous, bouviers,
Illustre bande,
Touchez, touchez n'importe, ménétriers;
Passepied, menuet, gavotte ou sarabande.
Couronnez, il en est temps, couronner le vainqueur,
Donnez-lui votre main, donnez-lui votre coeur.
Cueillez, Nymphes, dans ces prairies,
Cueillez pour eux des guirlandes fleuries.
Couronnez le vainqueur.
Juturne, Venilie, Béroé, Flore, le dieu des
Jardins, Faune,
Troupe de Jardiniers, Troupe de Bouviers
Faune
& le
Dieu de Jardins,
à Flore [les Nymphes
rapportent à Flore une corbeille, dans laquelle est
une couronne d'épine, & une autre de
chardons] Flore,
aux dieux [elle tire les deux
couronnes de la corbeille, et faisant
l'étonnée, leur dit, en se
moquant] Ah ! pour un plus heureux,
on garde les fleurettes, Flore,
Venilie
& Juturne [la déesse
donne au dieu des Jardins la couronne d'épine, &
à Faune la couronne de chardons]
Donnez-lui votre main, donnez-lui votre coeur.
Venez voir couronner vos tendres amourettes,
Et recevoir le premier de ses dons.
Pour vous l'épine & les chardons.
Ah ! pour un plus heureux, on garde les fleurettes,
Pour vous l'épine & les chardons.
Le dieu des Jardins, Faune,
Troupe de Jardiniers, Troupe de Bouviers
Faune,
en montrant au dieu des Jardins & sa troupe la
couronne d'épine qui leur a été
donnée [Deuxième
Entrée des Bouviers, qui dansent en se
moquant] Le
Dieu de Jardins,
en montrant à Faune & sa troupe, la couronne
de chardons Les
Jardiniers
Voilà le prix de vos musiques,
Et ce que méritent vos chants.
Voilà le fruit du dieu des champs,
Et de quoi paître ses bourriques.
Voilà le fruit du dieu des champs,
Et de quoi paître ses bourriques.
Vertumne
[on
danse, pendant l'Entrée de
Vertumne] Vertumne [une
Troupe de Follets vole de tous les côtés du
théâtre] Mais ne
vous montrez pas, [tous
disparaissent]
Hélas ! que me sert il de changer tous les jours,
De forme & de figure,
Et de me déguiser à toute la nature,
Si je ne puis changer l'objet de mes amours !
J'aime une insensible maîtresse,
Une ingrate & fière déesse,
Qui se rit du tourment
Et des soins d'un amant.
Que ferons-nous, mon coeur, en des peines si dures ?
Ah ! puisque vainement je dirais mes langueurs,
Il faut nous transformer, et sous d'autres figures,
Tâcher de vaincre ses rigueurs.
Vous, que le ciel soumet à mon obéissance,
Holà ! follets, volez, , suivez mes pas.
A mes lois seulement, rendez obéissance.
![]()
Le
théâtre change, et représente un parc de
chênes.
Béroé
Béroé
Ah !
n'est-ce pas assez qu'on aime & qu'on soupire,
Pendant le cours de sa jeune saison ?
Pourquoi faut-il, Amour, étendre ton empire
Jusque sur notre âge grison ?
Malgré tous mes efforts, malgré toutes mes
feintes,
Je sens vivre tes feux dans mes cendres éteintes:
D'une cruelle ardeur je me vois consumer,
Que la glace des ans ne fait que rallumer;
J'aime un dieu... le voici... tâchons de le
surprendre;
Il rêve à ses amours, cachons-nous pour
l'entendre.
Béroé cachée, Vertumne
Vertumne Mais
pourquoi tant gémir ? Poursuis ton entreprise,
O doux
Zéphyrs,
Vous enflammez la terre
Par vos soupirs;
Et de vos pleurs,
On voit dans ces parterre
Naître des fleurs:
Hélas ! ainsi que vous,
Je suis tendre & fidèle,
Discret & doux;
Et mes douleurs
Ne touchent point la belle
Pour qui je meurs.
Lâche, c'est trop se plaindre & soupirer en
vain,
Use de ton pouvoir divin,
Joins à l'amour la ruse & la surprise;
Il faut l'attendre ici: dans ce bocage vert,
Elle y cherche souvent le frait & le couvert.
Béroé, Vertumne
Béroé Vertumne,
à l'écart Béroé Vertumne,
à l'écart Béroé,
l'arrêtant Vertumne,
à l'écart [il se transforme
en dragon, & court vers elle comme pour la
dévorer]
Quoi ? toujours inflexible,
Toujours sourd à mes voeux,
Et toujours amoureux
D'une belle insensible ?
Le ridicule objet !
L'enfer l'amène ici pour troubler mon
projet.
Quoi ? Tant d'amour ? Ingrat !
Evitons sa poursuite.
Arrête, et vois du moins ma peine & mes
langueurs,
Un moment encore & je meurs.
Il faut l'épouvanter & lui donner la
fuite.
Béroé, Vertumne transformé en
dragon
Béroé [elle affronte la
dragon] Hé bien ! Cruel,
saoule-toi de mon sang, Je bénirai mon
sort, [le ciel brille
d'éclairs, et gronde de tonnerres, la terre tremble,
& douze Follets, par ordre de leur dieu,
transformés en fantômes, armés de foudre
& de griffes de fer, tombent du ciel dans un nuage
enflammé]
Que voyez-vous, mes yeux ?
Quel dragon furieux ?
Mais non, rassurons-nous, c'est lui qui se transforme
En ce monstre difforme.
Contente mon envie,
Déchire-moi le flanc,
Arrache-moi la vie.
Et je ne puis mourir d'une plus douce mort.
Béroé, Vertumne transformé en
dragon,
Douze Follets transformés en
fantômes
Béroé [ICI
sinterrompt l'édition inachevée de la
partition de Pomone]
Mais quel éclair ? Quel horrible tonnerre ?
Quel tremblement de terre ?
Quels fantômes affreux & quelles visions ?
Que de monstres armés de feu, de fer, de foudre,
Pour me réduire en poudre ?
Je vous connais, Follets, & vos illusions.
Vous croyez m'étonner par cette alarme feinte,
Et me jouer à votre tour:
Mais l'on ne peut for