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Pirithoüs
Tragédie Lyrique en un Prologue et V Actes
livret de Jean-Louis-Ignace de la Serre
musique de: Jean-Joseph Mouret


Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V



PROLOGUE

les personnages:

L’AMOUR
L'HYMEN
UNE EUROPÉENE
BELLONE
Choeur des Peuples de l'Europe


Le Théâtre représente un lieu, préparé pour une Fête.
L'Europe est sur un Trône; elle est entourée des Peuples les plus considerables de cette partie du monde, qui forment les choeurs chantans & dansans


Scène 1
L'Europe, une Européenne, Choeur

L'Europe:
Vous que le destin a mis sous ma puissance
Peuples heureux, joüissés du repos;
La gloire a couronné vos penibles travaux,
Une tranquille paix en est la récompense.
Vos vertus, vos talens, dignes presens des Dieux,
Rendent l'Europe sans égale,
Et l'Asie, autrefois ma superbe Rivale
A perdu pour jamais, ce titre glorieux.

Vous triomphés sur la terre & sur l'onde,
Tout suit vos loix, ou tombe sous vos coups;
L'Indien vous admire avec des yeux jaloux;
Les richesses du nouveau Monde
Ne semblent croître que pour vous.

Chantés, celebrés votre gloire,
Que de vos chants retentissent les airs;
Que vos aimables Jeux, que vos brillans Concerts,
En eternisent la memoire.

Choeur:
Chantons & celebrons notre gloire,
Que de nos chants retentissent les airs,
Que nos aimables jeux, que nos brillants Concerts
En éternisent la mémoire.

(on danse)

Une Européenne:
Doux plaisirs
Tout enchante où vous êtes,
Combles nos desirs
Dans ces retraites;
Le plus doux des vainqueurs
Regne seul dans noscoeurs.
Quel Empire!
Tout ce qui respire
Soupire
D’amour
Dans ce beau séjour
Loin de nous
Importune sagesse,
Fuyez soins jaloux
Fuyez sans cesse
vous troublés le bonheur d’un Amant,
Un soupçon qui le blesse
Qui fait quelquefois un tourment
D'un plaifr charmant.

Vous à qui tout rend les armes,
Tendre Anmour, lancés vos trais,
Pour la gloire de vos armes
Laissés-nous aimer en paix,
Renez, mais sans allarmes,
Ou sur nous ne regnés jamais.

(on danse)

(On entend un bruit de Guerre)

L'Europe:
Ciel! quel bruit se répand dans ce séjour heureux?
Qui peut venir troubler nos Jeux.

(Bellonne traverse le Theatre par un vol rapide)


Scène 2
Bellone, et les Acteurs de la scène précédente

Bellone (aux Peuples):
Pour vous faire rougir d'une indigne foiblesse
Bellone s'offre à vos regards,
Eh quoi? les favoris de Mars
Sont-ils faits pour des Jeux ou regne la molesse?
Dans un honteux repos gardez-vous de vieillir,
Renouveliez vos anciennes querelles;
Combattez, meritez des palmes immortelles,
Les vaincus même auront droit d'en cuëillir.

Courés, volez aux armes,
Hâtez-vous, genereux Guerriers.

Choeur des Peuples:
Courons volons, aux armes

L'Europe:
Cruelles, voulés-vous que mes larmes
Arrosent encore vos lauriers?

Bellone:
Hâtez-vous genereux guerriers
Courés, volés aux armes.

Choeur:
Courons, volons aux armes.

L'Europe:
Maître absolu des Mortels & des Dieux
Si tu ne peux calmer ces transports furieux,
Aime-toi; frappe, & d'un coup de tonnerre,
Renverse ces audacieux.
Ils veulent rallumer le flambeau de la Guerre

(Une lumiere se répand dans les airs)

Le Ciel brille d'un nouveau Jour

(Symphonie)

Quels doux concerts? quel Dieu dans ces lieux va
descendre?
Je vois l'Hymenée & l'Amour,
Jupiter a daigné m'entendre.

(L’Amour & l’Hymen descendent dans le même Char)

L'Amour (à l’Europe):
Jupiter exauce tes voeux,
C‘est vainement que Bellone conspire,
Et l'Amour, & l’Hymen par leurs aimables nœuds
Assurent à jamais la Paix dans ton Empire.

Bellone:
Eloignons-nous de ces Climats heureux.

(elle sort)

L'Hymen:
Peuples du Tage, & de la Seine
Liez par une double chaîne,
Rien ne sçauroit troubler votre félicité,
Mon flambeau pour l’Europe est wn heureux présage,
Que dis-je! il est le gage
De sa tranquillité.

L'Amour & l'Hymen:
Publiez l'heureuse victoire
Que l'Amour & l’Hymcn remportent sur vos coeurs.
Ils triomphent dé vos fureurs,
Chantez votre bonheur, & celebrez leur gloire

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ACTE I

les personnages:

PIRITHOÜS, roi de Thessalie
EURITE, Roi des Centaures
THESÉE
HIPPODAMIE, amante de Pirithoüs
HERMILIS, soeur d’Eurite
ACMENE, Confident de Pirithoüs
LE GRAND PRESTRE de Mars
LA DISCORDE


La Scene est en Thessalie, aux environs de l’Arisse, Ville Caoitale des Etats de Pirithoüs


Scène 1
Pirithoüs

Pirithoüs:
Tu ramenes trop tôt le jour
Impatiente Aurore,
Soleil n'éclaire point encore
Le malheur qui m'attend dans ce fatal séjour.
Je temble à le prévoir& je viens pour l'apprendre,
Aimable & cher objet d’un souvenir trop tendre
Hippodamie est-ce sur vous
Que du Dieu Mars doit tomber le couroux?
Pïrithoüs implore ta clémence,
Dieu terrible à tous les mortels,
O Mars, si j'oubliai d'encenser tes Autels
Puni moi, mais du moins épargne l'innocence.
Je vois Acmene


Scène 2
Pirithoüs, Acmène

Pirithoüs:
Eh bien! Que m’apprens-tu?

Acmene:
Armez-vous de votre vertu.
Votre malheur n'est que trop veritable
Hippodamie est dans les fers.

Pirithoüs:
Pour mériter un si cruel revers,
Dieu veneur, suis-je assés coupable?

Acmene:
Cette fiere Hermilis qui commande aux Enfers,
Qui vous aimoit, & qui n’a pu vous plaire,
Se sert de son pouvoir fatal
Pour venger son Amour & pour servir son Frere. 

Pirithoüs:
Quoi! le barbare Eurite...

Acmene:
Il est votre rival.

Pirithoüs:
Qu'entends-je? O Ciel!

Acmene:
Ce jour doit éclairer la Fête
Que pour l'Hymen d'Éurite en ce Bois on aprête.

Pirithoüs:
Ah! malgré le coüroux des Dieux
Avant que la fête commence
Je percerai le coeur d'un rival odieux

Acmene:
Seigneur! abandonnez ces lieux;
Vous êtes sans défence.

Votre retour vous livre à des coeurs inhumains.
Qui ne respirent que 1a rage,
Les efforts de votre courage
Rendront vos perils plus certains.
Attendés que Thesée.

Pirithoüs:
Il sçait que le perfide,
Au mépris de la paix envahit mes Etats,
Pour l'en punir il marche fur mes pas.

Acmene:
Mais cependant Seigneur! le péril est extrême.
Il vous a faut quitter ce glorieux vainqueµr
Pour venir seul?...

Pirithoüs:
Un songe; ah! j'en fremis d'horreur.
Il te fera fremir toi-même
J'ai vû le redoutable Mars,
La fureur animoit sa voix & ses regards,
Tremble, m’a-t-il dit, tremble
Mes autels négligez
Seront vangez
Par toutes les horreurs que contre toi j’assemble.
Interdit, tremblant, allarmé,
J’ai fait de vains efforts pour calmer sa colere
Mon repentir sincere
Ne l’a point désarmé
Pour redoubler mesmortelles allarmes
Je vois Hippodemie aux fers.
Le Dieu s'envole au bruit des armes;
La terreur, les cris, les larmes
L’accompagnent dans les airs

Acmene:
A voir changer le sort vous devez vous attendre:
Thésée en ce moment va peut-être arriver.

Pirithoüs:
Mais si Hymen va s’achever?

Acmene:
Pour l’empêcher, Seigneur, que faut-il entreprendre?

Pirithoüs:
Ami, mon sort te fait pitié,
Je suis sensible à l’amitié
Qui te fais avec moi braver le précipice.
O Mars! si jadis dans l’Arisse
Je ne t’offris pas de l’encens;
Helas! reçois pour sacrifice,
Toutes les Peines que je sens

Acmene:
Déjà votre ennemi s'avance:
Si vous voulez renverser ses projets.
Seigneur, pour un moment faites vous violence,
Retirons-nous sous ce feüillage épais.

(Ils sortent)


Scène 3
Eurite, Hermilis

Eurite:
Enfin la Thessalie est soumise à mes loix,
Tout cède à mon pouvoir suprême.
Je fuis le plus heureux des Rois
Si l'hymen en ce jour m’unit à ce que j'aime.

Hermilis:
Le spectacle en sera doux.
Vous possederez ma rivale
Et sa beauté que rien n’égale
La rend aiussi digne de vous
Qu'elle est digne de mon courroux.

Vous avez sur moi l’avantage
De posséder l’objet dont vous êtes charmé
Ah! puissiez-vous en être aimé
Au gré de ma jalouse rage

Eurite:
Aimé! non, ma fidelle ardeur
Ne peut triompher de sa haine

Hermilis:
A cette aine opposez la rigueur.
Forcez, forcez le penchant qui l’entraîne.
Qu'importe que l'amour, ou l'hymen vous enchaîne;
Soyez heureux aux dépens de son coeur.

Eurite:
On veut être aimé quand on aime,
Un coeur tendre veut du retour
Quel tourment, quelle peine extrême
De devoir au pouvoir suprême
Un bien qu'on attend de l’amour


Scène 4
Eurite, Hermelis, Hippodamie, Troupe de Centaures, Troupe de Laphites enchaînés

Eurite (à Hippodamie):
Princesse, ce n'est point un superbe vainqueur,
Qui veut vous ébloüir par l'offre d'un Empire,
C'est un tendre Amant qui n'aspire
Qu'au sensible plaisir de toucher votre coeur.
Brisez les fers dont la victoire
Enchaîne dans ces lieux dès peuples malheureux;
Regnez sur moi, regnez sur eux;
Faites mon bonheur & leur gloire.

(Aux Centaures)

Vous qui suivrez bien-tôt les loix
Du digne objet dont j'ai fait choix,
Chantes 1’hymen, celebrés ma conquête.

Centaures, unissés vos voix
Et que tout parle dans ces bois
Des plaisirs que l’amour m’apprête

Hippodamie (à part):
Quel supplice! ô Dieux! quelle féte!

Choeur des Centaures:
Que nos chants remplissent les airs,
Dans le fonds des forêts que nos sons se répandent;
Que nos voix jusqu'aux Cieux s'étendent:
Écho, répetés nos Concerts,
Que les Dieux des Bois les entendent.

(on danse)

Un Centaure:
Du Dieu d'amour dans nos bois
Nous reconnoissons l'empire,
Sans languir on y soupire,
Nous adoucissons ses loix.
Des inquiettes allarmes
Nous ignorons les douceurs;
Mais nous connoieons les charmes
Des mutuelles ardeurs;
Et ce sont les seules armes
Qui triomphent de nos coeurs.

(on danse)

Eurite (à Hippodamie):
Tout est prêt, il est tems que l'amour nous unisse!
Venés sur cet Autel me donner votre foi.

Hippodamie:
Le puis-je? helas! sans injustice?
Vous sçavez à qui je la doi.

Eurite:
Sans vous parler de ma puissance,
Princesse, mon amour vous fait une autre loi.

Hippodamie:
J'ai toujours été libre, au moins dispensés-moi
D'une si prompte obéïssance.

Eurite:
Je vous aime & je suis Roi.
Approchons de l'Autel.


Scène 5
Pirithoüs, et les Acteurs de la scène précédente

Pirithoüs:
Arrête.

Eurite:
Ciel! c'est Pirithous.

Hermilis:
O Dieux!

Pirithoüs (à Eurite):
Quel insolent triomphe ici blesse mes yeux;
Quelle est cette odieuse fête,
Qui t'a rendu maître en ces lieux?

Eurite:
L'ignore-tu? c'est la victoire:
C'est elle qui me rend maître de tes Etats.
Qui met en mon pouvoir, cet objet plein d'appas.
Regarde ma conquête, & juge de ma gloire.

Pirithoüs:
Non, la gloire n’edst point la paix
De la trahison la plus noire.

Eurite:
Un vain couroux est digne de mépris.
Si je te conferve la vie
C’est pour te rendre encor plus malheureux.
Hippodamie au gré de mon envie
En ce jour, à tes yeux, va couronner mes feux.

Hermilis: (à Eurite):
Cruel, n’esperés pas ébranler ma constance:
Je vous le dis encor, j'aime Pirithous,
Et ce n'est point sa préfence.
Que vous devés imputer mes refus,

Eurite:
Eh bien, il sera donc l'objet de ma vangeance.

(Aux Centaures)

Renfermés ces Captifs.

Hippodamie:
Helas!

Pirithoüs:
Je ne vous abandonne pas.

Hippodamie:
Ciel! j'implore ta défense.
Pirithous, prenez soin de vos jours.

Pirithoüs:
Ah! je vole à votre secours.

Eurite:
Qu'on punisse à l'infant cette audace insolente.

(Les Centaures l’environnent)

Qu'on le perce de mille coups.

Hermilis:
Pour l'arracher à ce fatal couroux,
Démons, remplissés mon attente,

(Un nuage dérobe Pirithous à la fureur des Centaures)


Scène 6
Eurite, Hermilis, Les Centaures retirés

Eurite:
Ah! perfide Hermilis, trahirés-vous toujours
L'espoir de ma vangeance?
Lorsque je puis trancher les jours
D'un rival que le sort a mis en ma puissance
Votre coeur vole à son secours.

Hermilis:
Ah! si je suis sensibie aux peines qu'il endure
C'est pour mieux servir votre ardeur.
D'un amour outragé dissimulons l'injure,
Essayons en ce jour ce que peut la douceur;
C'est souvent pour aller au coeur,
La route la plus sûre.

Eurite:
Rien d'un fatal amour ne peut le dégager,
Il dédaigne vos feux, il ôse m'outrager,
Et vous l'aimés! ô Dieux quelle foiblesse!
Vous frémissés du péril qui le presse.

Hermilis:
Non, je ne tremble point de le voir en danger,
Mais ma pitié combat encor ma rage,
Helas! je crains qu'il ne m’outrage
Plus qu'il ne faut pour m'obliger
A le perdre pour m'en vanger.
Cependant pour fléchir ce superbe courage,
Par les plus tendres soins je veux le prévenir.
Ma haine, mon amour, mettront tout en usage,
Si je ne puis rien obtenir,
Qu'il périsse, c'est son ouvrage.

Eurite:
Pourquoi différer davantage?
Vangeons-nous, vangeons-nous, nous sommes outragés.

Eurite, Hermilis (ensemble):
Il faut que la rigueur accable
Des coeurs qu'on a trop ménagés,
Haine, dépit, fureur inexorable,
Servés l'amour, ou le vangés.

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ACTE II

Le Thèâtre change, & represente des Jardins enchantés par l'art d’Hermslis


Scène 1
Pirithoüs, Hermilis

Pirithoüs:
Hermilis m’offre son secours
Et cependant je suis sans armes!

Hermilis:
Banissés ces vaines allarmes,
Je vous protegerai toujours.
Hélas! comment pouves-vous croire
Que j'expose jamais vos jours?

Pirithoüs:
S’ils vous sont chers ces jours,
prenés soin de ma gloire,
Votre pouvoir trop dangereux
Enchaîne en ces lieux mon courage.
Par un mouvement genereux
Faites cesser mon esclavage.

Hermilis:
Ingrat, fais donc cesser l'amour que j'ai pour toi,
Moi-même je suis dans tes chaires,
Et je ressens les mémes peines
Que je te cause malgré moi.

Ah! si la liberté t'est chere,
Di-moi seulement que j'espere,
je te rends libre sur ta foi.

Pirithoüs:
Hélas!

Hermilis:
A ce soupir n'ai-je rien à prétendre?
D'un langage si tendre
Ne puis-je me flater?

Pirithoüs:
Je ne veux point vous irriter.
Malgré moi mon trouble s’exprime;
A mon coeur allarmé ne faites point un crime
D'un amour malheureux qu'il ne peut surmonter.

Hermilis:
Si je perd l'espoir de vous plaire,
Pirithous, je puis trop vous haïr,
Ne méprisés point ma colere.

Pirithoüs:
Je la meriterois si j’ôsois vous trahir;

Hippodamie:
Eh bien, cesse de le contraindre;
Triomphe, méprise mes voeux;
Aux yeux de ton rival fais éclater tes feux,
Ou plutôt songe à les éteindre.

Tremble pour ma Rivale, elle est en mon pouvoir:
Tremble pour toi; vous avés tout à craindre
D'un jaloux désespoir.

Fureur, viens regner dàns mon ame.
Je n'attens plus rien de l'amour,
Vaine pitié fuyez, cedés à votre tour
A la colere qui m'enflâme.

L'objet de ton amour va paroitre en ces lieux,
Profite, ingrat, du moment précieux
Que ma foiblesse encor te laisse,
Si tu ne veux voir ta Princesse
Expirer à tes yeux.,
Rends-la sensible aux soins d'un rival furieux;
Qu'elle couronne sa tendresse.

(Elle sort)


Scène 2
Pirithoüs

Pirithoüs (seul):
Prince trop malheureux helas! quel est ton sort!
Vitime d'un pouvoir barbare
De tous les maux qu'on ce prépare
Le plus cruel n'est pas la mort.

Le plaisir d’être aimé d'un objet plein de charmes
Fait toute ma félicité.
Quel sera mon malheur si sa fidelité
Devient la source de mes larmes?


Scène 3
Pirithoüs, Hippodamie

Pirithoüs:
Quel changement!

Hippodamie:
Ciel! quel affreux revers...
Prince trop malheureux!

Pirithoüs:
O fortune ennemie!
Quoi, c'est donc vous Hippodamie!
Au sein de mes Etats je vous vois dans les fers.

Hippodamie:
Ah! dans l'excès de ma tendresse
Tous mes malheurs me seroient chers
S'ils pouvoient vous sauver du péril qui vous presse.

Mais quel fatal destin conduit ici vos pas?
Y venés-vous chercher une mort trop certaine?
Quand j'étois seule en ces climats,
Du Tyran furieux, de sa Soeur inhumaine,
Je bravois l'amour & la haine,
Et j'aurois, sans trembler affronté le trépas.
Votre retour me livre aux plus vives allarmes;
Helâs! mes soupirs, & mes larmes
Ne feront que hâter les coups
Que l'amour outragé portera contre vous.

Pirithoüs:
Je ne merite pas une si tendre crainte;
Des maux que vous souffrés je suis l'unique auteur,
Et c'est en vous portant une mortelle atteinte.
Que me poursuit un Dieu vangeur.

Hippodamie:
Laisse-toi fléchir, Dieu terrible
Sois touché de nos pleurs, écoute nos regrets;
Mais si ton couroux invincible
A nos malheurs est insensible,
Epuise sur moi tous les traits.

Pirithoüs:
Tombe sur moi seul sa vengeance.
Quoi! je perdois en un même jour
Ma liberté, ma gloire, ma puissance,
Et le flateur espoir que me donna l'amour?

Hippodamie:
Je puis être l'objet d'une rigueur extrême,
Mais il ne dépend pas du sort
Que }e renonce a ce que j’aime;
Jusques dans les bras de la mort
Mon coeur sera le même.

Ensemble:
Rien ne peut éteindre mes feux.
De nos fiers ennemis l’impitoyable haine
Loin de briser ma chaine
En serre encor plus fortement les noeuds.

(Le Théâtre s'abscurcit)

Mais quelle vapeur soudaine
Vous dérobe à mes yeux
Nous abandonnez-vous grands Dieux?

Hippodamie:
Pirithous!

Pirithoüs:
Hippodamie!

Ensemble:
Ah! d'une implaçable ennemie.
Je reconnois le funeste pouvoir:

Hippodamie:
Pirithous!

Pirithoüs:
Hippodamie!

Ensemble:
Barbares ôtes-nous la vie,
Puisque vous nous ôtés le plaisir de nous voir.
Je me sens arrêter par d'invisibles chaînes.
O mort! viens terminer nos peines.

(Ils tombent ici enchantés & assoupis sur deux lits de gazon)


Scène 4
Pirithoüs, Hippodamie, Hermilis, Eurite,

Le Théâtre devient éclairé

Hermilis (à Eurite):
Approchons, voyons ces Amans,
C'est par le pouvoir de mes charmes
Qu'ils paroissent jouïr de ces heureux momens
Où le sommeil suspend les plus vives allarmes.
Qu'ils font loin de goûter des plaisirs si chacmans!
Dans mes trompeurs enchantemens
Je leur fais voir le péril qui les presse,
Et leur mutuelle tendresse
Est la source de leurs tourmens.

Eurite:
Qu'à leur destin je porte envie!
Ils s'aiment, ils sont trop heureux.
La noire & triste jaloufie
Nous tourmente & serre leurs noeuds.
Ah! pour nous que1 supplice affreux!
Qu'à leur destin je porte envie!
Ils s'aiment, ils sont trop heureux.

Hermilis:
Esprits soumis à ma puissance
Rassembles-vous, suivés mes 1oix.
Des songes inquiets prenés la ressemblance;.
Volés troupe legere, accoures à ma voix,


Scène 5
Les Démons, sous la forme de Songes, et les Acteurs de la scène précédente

Hermilis (aux Démons):
D’un trait fatal l'Amour nous blesse,
Et nous blesse pour des ingrats.
Une si honteuse foiblesse
A pour nous encor des appas.

Qu'â ces Amans votre pouvoir inspire
Le desir de briser leurs noeuds.
Mon coeur en ce moment soupire,
Helas! c'est assés vous instruire
De tout ce que je veux.

Choeur:
Que de regrets, de plaintes & d'allarmes
Suivent les constantes amours!
Quel tourment! quelle erreur! de passer ses beaux jours
Dans les soupirs, & dans les larmes.

(on danse)

Deux Songes:
Que les noeuds d'amour sont charmans
Quand nul obstacle ne les gêne.
Le doux charme qui nous entraîne
Occupe seul tous nos moments.
Mais l'on se lasse d'une chaîne
Qui ne cause que des tourments.

(on danse)

Deux Autres Songes:
Le péril qui vous environne
N'a rien qui vous étonne,
Votre grand coeur n'en est point allarmé.
Mais le plus fier courage est enfin désarmé
Lorsque l’amour jaloux ordonne
De craindre pour l'objet aimé.

(on danse)

Hermilis:
Esprits qui m'obeïssés
Laissés-nous seuls, disparoissés,

(Les Songes se retirent. Hermilis touche de sa Baguette Pirithoüs & Hippodamie)

Pirithoüs, Hippodamie (ensemble):
Ah! quel pouvoir m'arrache â ce sommeil terrible?
Où suis-je? ô Ciel! mais c'est vous que je voi!
Qui s'interesse à notre sort?

Hermilis:
C'est moi.

Pirithoüs:
Genereuse Hermilis, si vous êtes sensible...

Hermilis:
Je ne le suis que trop, ingrat, en doutez-vous?
Pour terminer vos maux, pour finir votre peine,
Tout vous dit qu'il faut rompre une fatale chaîne.
Vous vous troublés, je sens ralllumer mon courroux,
Craignez d'être l'objet d'une rage inhumaine.

Eurite (à Hippodamie):
Rendés la paix à ces climats,
Soyés sensible à l'ardeurr qui me presse;
Si d'un Prince captif le sort vous interesse
Vous pouvés d'un seul mot lui rendre ses Etats,
Vous êtes de son sort souveraine Maîtresse.
Sur votre coeur faites un noble effort:
Cessés de refuser un hommage sincère
Ou redoutés le funeste transport
D'un Amant qui peut tout, & que l’on désespere.

Pirithoüs, Hippodamie (ensemble):
Non, je ne puis briser des neouds si doux
Quoi, vous pourriés briser des noeuds si doux?
Ils m'attachent seuls à la vie
Ah! que plûtôt cent fois elle me soit ravie;
Je ne peux vivre ou mourir que pour vous.

Hermilis:
C’en est trop, la fureur s'empare de mon ame,
Puisque mes soins sont superflus,
Cesse deme parler, je ne t’écoute plus
Cruel amour, je cede au transport qui m’enflâme.

Choeur (derriere le Théâtre):
Héros, favorisé des Dieux
Hâtes~vous, venés nous défendre.

Hermilis, Eurite:
Quel bruit! Quels cris séditieux!

Choeur:
Vangés-nous, triomphés d'un Tyran odieux.
Thesée, accourés nous defendre

Pirithoüs, Hermilis, Eurite, Hippodamie (ensemble):
O Ciel! Thésée est en ces lieux.

Hermilis:
Protégé par Minerve, il pense nous surprendre
Mais fût-il encor de tous les autres Dieux,
Perfides, vous mourrés; il ne sçauroit vous rendre
La liberté que vous ôsés prétendre.

Choeur:
Heros, favorisé des Cieux,
Hâtés-vous, venés nous défendre.

Hermilis:
Il approche, & je dois me cacher â ses yeux
Pour punir cet audacieux .
Jusqu'au fond des Enfers je vai me faire entendre:
Vous êtes Roi, Seigneur. & Roi victorieux,
C'est à vous ici de l'attendre.


Scène 6
Thesée, Hippodamie, Pirithoüs, Eurite,
Troupe de Thessaliens, Troupe d'Athéniens et de la suite de Thesée

Thesée (à Eurite):
Eh! quoi, malgré la foi promise,
Par une coupable entreprise,
Vous portés en ces Lieux le trouble & la terreur,
Sans craindre que Thesée arme son bras vangeur?

Eurite:
Un Roi ne craint que le Tonnerre
Soit qu'il fasse la Guerre,
Ou qu'il donne la Paix,
Il ne doit qu'â lui seul, compte de ses Projets.

Thesée:
Vous êtes Roi, mais vous êtes parjure.
Eurite, croit-il que j'endure,
Qu'il regne en Thessalie, en Tyran furieux
Avec Pirithoûs je partage l'injure,
Je vangerai le Lapithe & les Dieux.

Eurite:
A ces Dieux je vais rendre hornnnage
Ils ont ramené dans ces lieux
Un Ennemi digne de mon courage;

(Il sort)

Hippodamie:
Renverse, ô Ciel! ces Projets odieux.

Pirithoüs (à Thesée):
Je n'ai jamais douté de l'amitié sincere
Qui vous a fait hâter votre retour;
Mais, Seigneur, qui peut en ce jour
Suspendre les effets d'une juste colere?
Les Monstres, les Tyrans doivent sentir nos coups:
Du soin de leur faire la Guerre,
Les Dieux se reposent sur nous,
Achevons, achevons d'en délivrer la Terre.

Thesée:
Moderés cet ardent couroux:
Minerve a pris soin elle-même
De me conduire dans ces lieux
Avec tout son éclat se montrant à mes yeux
Elle m’a du destin appris la Loi suprême

Pour arracher Pirithoûs
Au triste sort qui le menace,
Si tu ne peux calmer le fier Dieu de la Thrace,
Tes efforts seront superflus.

Hippodamie:
Pour nous rendre ce Dieu propice,
joignons nos voeux, unissons-nous,
Allons sur les autels offrir un facrifice.
Puisse-t-il calmer son couroux.

Thesée, Hippodamie, Pirithoüs :
Allons sur ses Autels offrir un sacrifice,
Puisse-t-il calmer son couroux.

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ACTE III

Le Theatre represente le Temple de Mars, le Sanctuaire en est fermé


Scène 1
Eurite

Eurite (seul):
Terrible Dieu qu'en ce iernple on adore
Toi, par qui_ tant de fois je fus victorieux,
Mars! C'est Eurite qui t'implore,
Fais tomber sous mes coups un Rival odieux.

Confonds un Roi qui le protege,
Vange les droits des immortels,
Refuse l'Encens sacrilege
Qu'on vient t'offrir sur tes Autels.
Je servirai ton courroux legitime
J’y cours, seconde mes efforts,
Ah! dans rèxces de mes justes transporte
O Mars ne me fais point un crime,
Si j’immole tes yeux ta coupable victime:
Triomphe du mépris qu'on fait de mon ardeur.
Trop indigne Rival, joüis de mes allarmes,
Mais crains ma jalouse fureur.
Ici tout est soumis au pouvoir de mes armes,
Bientôt le carnage & l'horreur
Te livreront du moins à d'éternelles larmes
Si je ne puis percer ton coeur 

Que 1'impitoyable Bellone
Renouvelle en ces lieux ses ravages affreux.
Qu'elle fasse des malheureux,
L'amour au desespoir l'ordonne.

(Il sort)


Scène 2
Hippodamie, Pirithoüs

Pirithoüs:
Le Ciel sera favorable à nos voeux
Et l'innocence de nos feux
Doit calmer sa colere.
Je puis sans être temeraire,
Me flatter que d'aimables noeuds
Nous rendront l'un & l'autre heureux.

Hippodamie:
Mon cour malgré moi se refuse
A cet espoir si doux;
Si cet espoir vous-même vous abuse,
Cher Prince, que deviendrons-nous?

Pirithoüs:
Nous sommes sortis d’esclavage,
Non, rien ne peut nous séparer.
Ma tendresse pour vous, Tbesée, & mon courage
Tout en ce jour nous permet d'esperer

Hippodamie:
Quoi! Je pourrois vous voir sans cesse?
Rien ne troubleroit nos amours?

Pirithoüs:
Il est tems que notre tendresse
Fasse le bonheur de nos jours.

Hippodamie:
Quoi! Nos malheurs...

Pirithoüs:
Perdez-en la mémoire,

Hippodamie:
Helas! mon tendre coeur ne peut se rassurer.

Pirithoüs:
Lorsqu'en ce jour tout semble conspirer
A couronner mes feux & rétablir ma gloire,
Vous combattez l'espoir dont mon coeur est charmé.

Hippodamie:
Ah! si vous étiez moins aimé,
J'aurois moins de peine à vous croire.

Pirithoüs:
Cessez de répandre des pleurs.

Hippodamie:
Le puis-je, hélas! ma Rivale est cruelle,
Et vous m'êtes toujours fidelle.

Pirithoüs:
Ne redoutez plus ses fureurs.
Vous la verrez périr victime de sa rage.

Hippodamie:
Helas! Je crains encore la colere des Dieux.

Pirithoüs:
Pour se joindre à nos voeux & leur rendre un hommage
Thesée avance dans ces lieux.


Scène 3
Hippodamie, Pirithoüs, Thesée, Grand Prêtre, l'Oracle
Troupe de Lapithes, Troupe d'Athéniens portant des Drapeaux et des Trophées

Thesée:
Toi! qui d'un seul de tes regards
Renverse les remparts
O Mars!
Reçois ces armes & ces dards,
Reçois ces sanglants Etendards,
Nous les tenons de la Victoire,
Nous les consacrons à ta gloire.

Le Choeur (repete):
Toi! qui d'un seul de tes regards
Renverse les remparts
O Mars!
Reçois ces armes & ces dards,
Reçois ces sanglants Etendards,
Nous les tenons de la Victoire,

Thesée:
Chantons la puissance
Du Dieu des Guerriers
Ce Dieu seul dispense
D'immortels Lauriers,

(on danse)

Choeur:
Chantons la puissance
Du Dieu des Guerriers .
Ce Dieu seul dispense
D’immortels Lauriers

(on danse)

(Ici le Sanctuaire du Temple s'ouvre, le Grand-Prêtre paroît)

Pirithoüs (au grand-Prêtre):
Ministre reveré de ce Dieu redoutable,
Que la victoire accompagne toujours.
Un Roi malheureux & coupable;
Pour appaiser ce Dieu, demande ton secours.

Si tu ne peux calmer le couroux qui l'anime,
S’il n'écoute point mes regrets
Obtiens de sa bonté, que pour avec mon crime,
Je fois son unique victime,
Et qu'il épargne mes Sujets.

Le Grand Prestre:
Dieu puissant reçoi notre offrande,
De ce Prince exauce les Voeux;
A cet Empire malheureux
Accorde la Paix qu'il demande

(Bruit dans le Temple)

Qu'entends-je! ô Ciel! quel bruit affreux!

Le Grand Prestre (continuant):
Qui vient troubler nos augustes Mysteres?
Qui sont ces temeraires?
Dieu terrible, punis ces projets criminels.

(Ici Eurite paroît, suivi des Centaures armés)

Oses-tu venir dans ce Temple,
Faire la Guerre à nos Autels?
Roi trop audacieux crains de servir d'exemple,
Aux prophanes mortels.

Eurite (étonné):
Qui peut suspendre ma vangeance?
D’où me vient ce soudain effroi?
Quelle est la secrete puissance
Qui porte la terreur jusqu'en l'ame d'un Roi?

Le Grand Prestre:
Reconnois le pouvoir Celeste,
Et redoute un destin funeste.
Mais je sens sous mes pas le Temple s'ébranler

Ces Voûtes s'obscurcissent:
Les Feux facrés pâlissent
L'Oracle va parler;
Que tous les coeurs fremissent.

L'Oracle:
Au pied du Mont Othris qu'on prépare un Festin;
Qu'en liberté les deux Peuples s'y rendent;
Sur l'Hymen où leurs Rois prétendent,
Ce jour va declarer les Decrets du destin.

Peuples ce jour finira vos allarmes,
La Paix va succeder au tumulte des Armes.

Le Grand Prestre:
A ces loix suprêmes
Obéissez Peuples et Rois.

(Le Grand-Prêtre rentre.Thsée, Pirithoüs, Hippodamie, les Lapithes, les Athéniens se retirent. Eurite reste avec les Centaures)


Scène 4
Eurite

Eurite:
Quel oracle a troublé mon ame?
Que veulent-ils de moi?
Veulent-ils traverser ma flâme?


Scène 5
Eurite Hermilis

Hermilis:
Que faites-vous encor dans ces funestes lieux,

Eurite:
Hëlas!

Hermilis:
Vous soupirez, eh! quoi le fier Eurite
Par un Oracle vain peut se laisser troubler?

Eurite:
Un noir pressentiment m’agite.

Hermilis:
Ce n'est point à vous à trembler.
J’ai des secours certains pour vanger notre injure,
Et punir votre heureux Rival.
Suivez-moi ce festin lui deviendra fatal.
C'est Hermilis qui vous le jure.

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ACTE IV

Le Théâtre represente un Antre magique


Scène 1
Hermilis

Hermilis:
Que viens-je faire dans ces lieux!
Pour faire éclater ma vengeance,
N'y viens-je pas armer l'Enfer contre les Cieux?
Je le dois... Je le veux... Cependant je balance,
Et mon coeur tendre & furieux,
De ce qu’il projett s'offence.
Foible courroux quelle est ton impuissance,
Quand tu combats l'amour, quand tu veux l’immoler
Je souipire & je sens que mes pleurs vont couler
Mais quelle est ma foiblesse extrême?
Poirithoüs me hait, plein d’un espoir flatteur
Il voit Hippodamie... il l'adore... Elle l'aime,
O souvenir fatal! 0 mortelle douleur!

Cette douleur se change en rage,
je ne veux, plus que me vanger,
La fureur vient me dégager
D'un honteux esclavage.
Je sens renaître mon courage.
Perisse qui m'ose outrager.


Scène 2
Hermelis, Eurite

Hermilis:
Dans cet Antre interdit aux profanes humains,
J'implore le secours du tenebreux Empire:
Pour favoriser nos desseins,
Il faut qu’avec nous il conspire

L'Enfer va nous prêter d’inevitables traits
Je sçaurai l’y forcer, Hecate m’en assure;
Que l’espoir de vanger une mortelle injure
A de charmans attraits

Eurite:
Répondez a mon attente,
N'écoutez plus que la fureur;
Ma colere impatiente
Murmure de votre lenteur

Hermilis:
Votre haine est-elle affermie?
Pourrez-vous voir Hippodamie
Exposée à perir?

Eurite:
Que me dites-vous! 

Hermilis:
Pour servir nos transports jaloux
Je puis déchaîner les Furies,
Mais mon art ne sçauroit borner leur barbaries,
Elles peuvent aller plus loin que je ne veux.
Mon ingrat doit perir, peut-être la Princesse...
Vous fremissez, ah! l'amour malheureux
Doit-il avoir tant de foiblesse?

Eurite:
Prêt à perdre l'objet dont je fus enchanté
Puis-je être sans inquiétude?
Ah! si je me fouviens de son ingratitude
Je me souviens encor de sa beauté,

Hermilis:
Une odieuse préférence
Doit briser un fatal lien,
Sur votre coeur est-elle sans puissance
Quand elle peut tout sur le mien?

Vous qui sçavez obscurcir la lumiere
Du Dieu brillant qui nous éclaire,
Vous qui faites gronder la foudre dans les airs;
Vous qui pouvez aller jusqu'au fond des Enfers
Rompre les chaînes de Cerbere,
Votre secours m'est nécessaire
Volez, venez â moi du bout de l'Univers.


Scène 3
Hermilis, Eurite, la Discorde, Choeur, les Magiciens arrivent de toute part

Choeur:
Ta voix redoutable.
Nous rassemble tous.
Que veux-tu de nous?
Si quelque coupable
Arme ton courroux,
Qu'il craigne nos coups
Qu’il soit ta victime
Que son coeur percé,
Que son sang versé
Punisse son crime.
Tout doit conspirer
Pour ts fsatisfaire,
L’Enfer pour te plaire
Contre un téméraire.
Va se déclarer.
Dis-nous ton offence:
Et de ta vengeance
Tu peux t'assurer,

(on danse)

Hermilis:
J’aime Pirithoüs, & son mépris m'outrage;
Je veux qu’il perisse en ce jour
Et que 1’objet de son amour
De ce Prince soit le partage.

(montrant Eurite)

Invoquez l'Enfer, hâtez-vous,
Joignez-vous à ma voix pour servir mon couroux.

Choeur:
Invoquons l‘Enfer, hâtons-nous.
Joignons-nous à sa voix popur servir son couroux.

Hermilis:
Divinitez de l’Acheron,
Secondez notre ardent courage:
Que Tisiphone, Erinnis, Alecton,
Au Lapithe étonné fassent sentir leur rage,
Qu'elles fassent siffler leurs serpents furieux,
Que dans le Festin qu'on prépare,
La mort barbare
Dérobe tout au peuple à la clarté des Cieux
Qu'en vain il implore les Dieux

Choeur (repete):
Divinitez de l’Acheron,
Secondez notre ardent courage:
Que Tisiphone, Erinnis, Alecton,
Au Lapithe étonné fassent sentir leur rage,
Qu'elles fassent siffler leurs serpents furieux,
Que dans le Festin qu'on prépare,
La mort barbare
Dérobe tout au peuple à la clarté des Cieux

(Bruit souterain)

Hermilis:
Ce bruit affreux nous fait connoître
Qu'on nous-entend aux Enfers.
Ses abîmes sont ouverts
Les noires Déïtez à nos yeux voua paroître

(Ici la Discorde suivie des trois Furies fort des Enfers)

La Discorde (à Hermilis):
Tu n'as pas vainement recours
Au ténébreux rivage.
Espere tout de son secours,
La Discorde t’apprend qu’il reçoit ton hommage.

Eurite, Hermilis, La Discorde:
Lancez/Lançons nos traits enfmâmez
Portez part tout/Portons le ravage,
Faisons triompher la rage
Dont nos coeurs sont animez.

La Discorde:
Au festin ordonné parle Dieu de la Thrace,
Je tiendrai la premiere place,
Je troublerai tous les esprits.
Du Cenraure sauvage
Je rédoublerai le courage.
Le Lapithe entouré, surpris,
Tombera sous des coups terribles.
Les Eumenides invisibles,
Porteront par tout la terreur.

(à Eurite)

Dans ce combat rempli d’horreur;
ou par le fer, ou par la flâme
La mort exercera sa barbare fuireur
En impitoyable vainqueur
Saisis-toi de l’objet qui regne dans ton ame

Eurite, Hermilis, La Discorde:
Lancés vos/Lançons nos traits enflamés
Portés par tout/Portons le ravage
Faisons triompher la rage
Dont nos coeurs sont animés.

(La Discorde sort)

Eurite, Hermilis:Rendons graces aux sombres bords,
Ils prennent soin de notre gloire.
A leurs invincibles efforts
Nous allons devoir la victoire.

Choeur:
Rendons grâces aux sombres bords,
Ils prennent soin de notre gloire.
A leurs invincibles effort
Nous allons devoir la victoire,

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ACTE V

Le Théâtre represente une belle Campagne avec des Hameaux, & le Mont Othris dans l'éloignement


Scène 1
Hippodamie

Hippodamie:
Revenés aimable esperance,
Effacés de mon coeur un triste souvenir;.
Le Ciel embrasse ma deffence,
Et je puis me flatter d’un heureux avenir...

Fuyez tristes souvenirs, laissez en paix ma flâme,
L’espoir vient régner dans mon ame

La devoir, la gloire, & l’amour,
Tout me rend cher le Heros que j’adore:
Les maux que j’ai soufferts jusqu’à ce jour
Me le rendent plus cher encore.

J’aime, je suis aimée, & je touche au moment
Qui rend mon sort digne d’envie.
C’est le seul instant de ma vie
Où j’ai goûté sans trouble un plaisir si charmant.

Fuyez tristes souvenirs, laissez en paix ma flâme,
L’espoir vient régner dans mon ame

(Symphonie champêtre)

Les Bergers des prochains Hànmeaux,.
Chantent déja la paix au fon de leurs musettes
Puissent-ils à jamais dans ces belles retraites.,
Joüir du plus heureux repos.

(Elle sort)


Scène 2
Une Bergère, deux Bergers, le Coryphée, le Choeur

Choeur:
Le Ciel annonce à nos desirs
Une tranquilité durable.
L'attente des plaisirs
En est un véritable

(on danse)

Deux Bergers:
La paix & l’innocence
Regnent dans notre coeur,
La flateuse esperance
Nourrit notre langueur.

Quand la perseverance
Couronne notre ardeur,
Une heureuse confiance
Fixe notre bonheur.

(on danse)

Une Bergère & le Choeur:
Jouissons en assurance
Des plaisirs les plus parfaits;
Allons au devant des traits
Que le Dieu d'amour nous lance;
N'en craignons point les effets;
Jusques-dans leur violence
Il sçait mêler des attraits.

(on danse)

Une Bergère:
Amour! remporte la victoire,
Regne sur nous, charmant vainqueur.
Tu ne peux songer à ta gloire
Sans songer à notre bonheur.

Le Coriphée:
La cruelle Hermilis s'avance,
Fuyons, évitons fa prefence.

(Les Bergers se retirent)


Scène 3
Hermilis, le Choeur

Hermilis:
Voici l'instant où ma fureur
Va faire ici regner l'horreur.
Crains une vangeance fatale
Trop heureuse Rivale,
Ce fer va te percer le coeur.
Quel étoit mon dessein, eh quoi! pour sasisfaire
Les mouvemens d'un aveugle colere
J'ai pû jurerla perte d'un heros!
Il est ingrat, mais je l'adore,
Son sang n'éteindroit point le feu qui me dévore
Il ne feroit que iedoubler mes maux,
Demons, prenez foin de sa vie.
Pour servir mon juste couroux,
Il suffit de livrer à mes transports jaloux
Ma fatale ennemie:
Quel plaisir de la voir expirer sous mes coups.
Que je la hais! hélas! sans elle,
Sensible à mon ardeur fidelle
Je verrois ce heros peut être à mes genoux,
Je ne puis être trop cruelle
Pour qui m’enleve un bien si doux.

Tu vas m‘accuser de parjure,
Eurite, je le sçais, je te manque de foi;
Mais l’amour dans mon coeur plus fort que la nature
M‘en impose la Loi

Choeur (qu'on entend derriere le Theatre):
Frappons, versons un sang perfide,
Malheureux tombez sous nos coups
Perissez tous.
Suivons la fureur qui nous guide...

Hermilis:
Quel bruit affreux! ah! je fremisd'horreur
Mon malheur est certain quelque soit le vainqueur.

(Le Choeur répete la même chose)


Scène 4
Hermilis, la Discorde, dans un nuage enflamé, le Choeur

La Discorde:
J’ai promis de te vanger.
Pirithoüs, Thesée, Hippodamie
Courent le même danger
Et je te sers au gré de ton envie.

Hermilis:
Implacable Divinité
Ah! c’en est trop, suspend ta barbarie

La Discorde:
Avec si peu de fermeté
Doit-on implorer les Furies?

Je méprise tes pleurs, tes soupirs, ton effroi,
Je m'applaudis de ton supplice.
Que ton frere succombe, ou ton Amant perisse,
Qu’importe, je triomphe, & c'est assez pour moi,

(Reprise du Choeur)

(Ici l'on voit Hippodamie, qui traverse le Theatre enlevée par une troupe de Centaures)

Hippodamie (en passant):
Grands Dieux! sauvez Pirithoüs.

Hermilis:
Hélas! en ce moment peut-être il ne vit plus.
Sa tendresse pour ma Rivale
Le faisoit voler sur tes pas.
Il ne vit plus! ô douleur sans égale!
Malheureuse, c'est moi qui cause son trépas. 

La Discorde:
Ta douleur redouble ma rage
Pleure, gemis, je cours achever mon ouvrage.

(Elle sort)

(même reprise du choeur)

Hermilis:
Que vois-je? ô ciel!


Scène 5
Hermilis, Pirithoüs

Pirithoüs (en entrant):
Je viens de me vanger.
Dans le sang d'un Tyran j'ai lavé mon offence.

Hermilis:
Tout couvert de son sang viens-tu pour m'outrager,
Verse le mien, cruel! acheve ta vengeance?
Frappe... qui te retient? ne puis-je t'irriter?
Accorde à ma douleur le trépas qu'elle implore.
Mais non, pour la voir augmenter
Tu veux me laisser vivre encore.

Pirithoüs:
Fuyez loin de ces lieux. Mais l'objet que j'adore
Ne s'offre point à mes regards;
Je porte en vain les yeux de toutes parts.

Hermilis:
Tu ne la verras point, on l'enleve â ta flâme
Tu la perds pour jamais.

Pirithoüs:
Qu'entends-je! quels nouveaux forfaits!
Quel trouble affreux s’empare de mon ame!
S'il en est temd encor, allons la secourir,
Courons la vanger ou périr.


Scène 6
Hermilis, Hippodamie, Thesée, Troupe de Lapithes & d'Athéniens

Thesée (à Pirithoüs):
Vous n'avés plus besoin du secours de vos armes,
Tout est tranquile en ce séjour;
Recevés de mes mains l'objet dé votre amour,
Joüissés à jamais d'un bonheur plein de charmes.

Hippodamie, Pirithoüs:
O jour cent fois heureux!

Pirithoüs:
Que ne devons-nous pas à vos soins genereux!

Hermilis (à Pirithoüs):
C'est à moi d'achever ta funeste victoire,
Barbare, voi couler mon sang avec mes pleurs.

(elle se frappe)

Hippodamie:
Que1 desespoir affreux!

Hermilis:
Je meurs...

Thesée:
Perdons de ses fureurs l’odieuse mémoire

Le Dieu Mars n’est plus irrité,
Il vous fait triompher d'un ennemi barbare,
Sa bonté pour vous se declare,
Rien ne sçauroit troubler votre felicité.

Choeur:
Le Dieu Mars n’est plus irrité,
Il nous fait triompher d’un ennemi barbare;
Sa bonté pour nous se declare,
Rien ne sçauroit troubler notre félicité.

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