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Méléagre
Tragédie en Musique en un Prologue & V Actes
représenté pour la prémiere fois par l'Academie Royale de Musique,
le Vendredy ving-quatriéme de May 1709

livret de François-Antoine Jolly
musique de: Jean-Baptiste Stuck



Prologue
Acte I
Acte II
Acte III

PROLOGUE

les personnages du Prologue:

les interprètes:


L'Italie

Mlle Milon

Un Italien

Mr Cochereau

La France

Mlle Poussin

Une Françoise

Mlle Aubert

Apollon

Mr Beaufort

Suite de l'Italie
Suite de la France

Le Théatre représente un Jardin bordé par la vûë d'une Maison Royale


Scene premiere
L'Italie, Suite de l'Italie

L'Italie:
C'est icy le brillant séjour,
Où ce Roy, dont le nom remplit toute la Terre,
Tient son auguste Cour;
C'est icy que, malgré les fureurs de la Guerre,
Il rassemble de toutes parts
Les Muses & les Arts.

Une secrette jalousie
M'a fait douter en vain des beautez de ces lieux.
Ah ! par le raport de mes yeux,
Je n'en suis que trop éclaircie.
Je ne suis plus, helas ! cette fiere Italie,
Dont l'Univers tremblant adoroit la grandeur;
Sous le débris des ans elle est ensevelie,
Et la France à son tour brille de la splendeur
Que la Fortune m'a ravie.

O vous, qui prenez part au trouble de mes sens,
Suspendez par vos jeux, la douleur que je sens.

Un Suivant de l'Italie:
Su la bella navicella di speranza
Solco il mare di Cupido,
Lieta calma gode l'Alma é ogn'or s'avanza
Dei contenti al caro lido.


Scene 2
La France & sa Suite, l'Italie & sa Suite

La France:
Quels sons ont éveillé les échos d'alentour !
Quelle nouvelle melodie !
Est-vous, superbe Italie,
Qui faites de vos chants retentir cette Cour ?

L'Italie:
Etouffez une injuste haine,
C'est peu que le Heros, dont vous suivez les loix,
Ait transporté par ses exploits,
La gloire des Cesars sur les bords de la Seine;
En sa faveur le Dieu des vers
Vous céde le Laurier qui me rendit si vaine;
Envierez-vous encor à mes doctes Concerts,
L'honneur de plaire à l'Univers ?

La France:
Les sons harmonieux que vous faites entendre
Suprennent, il est vray, l'oreille & les esprits;
Mais y voit-on regner ce charme doux & tendre,
Dont le coeur ne peut se défendre ?

L'Italie:
Ecoutez-les, jugez mieux de leur prix.

Divin Pere de l'harmonie,
Fay sentir le pouvoir de nos sçavants accords;
Du feu de tes ardents transports,
Echauffe nôtre heureux génie.

Le Choeur de la Suite de l'Italie:
Regnez sur nos Concerts; que leurs sons éclatants,
De nos fiers Ennemis, étouffent le murmure.

La France:
Graces, qui pretez à nos chants
Cette beauté naïve & pure
Que vous puisez au sein de la nature,
Inspirez-nous vos sons les plus touchants.

Le Choeur de la Suite de la France:
Que le charme flateur de nos tendres accents
Enchante les coeurs & les sens.


Scene 3
Apollon, la France & sa Suite, l'Italie & sa Suite

Apollon:
Calmez ces vains debats. Toy Nimphe, à qui la Grece
Fit passer des beaux Arts & l'honneur & l'amour,
En faveur du Heros qui pour eux s'intereße,
Permet que la France à son tour
Fasse éclater leur gloire;
Et qu'avec toy dans ses Concerts,
Elle partage la victoire
Sur les reste de l'Univers.

Signalez en ce jour vôtre ardeur reéünie,
Chantez, redoublez vos efforts,
Faites triompher l'harmonie,
Par le mélande heureux de vos plus doux accords.

Une Suivante de la France:
Calmez, aimables Chansonnettes,
Les soins des Amants heureux;
Sans vous, sans les tendres Musettes,
Que deviendroient les Bergers amoureux ?

Les Choeurs:
Signalons en ce jour nôtre ardeur réünie,
Chatons, redoublons nos efforts,
Faisons triompher l'harmonie,
Par le mélande heureux de nos plus doux accords.

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ACTE PERMIER

les personnages de la Tragédie:

les interprètes de l'éopque:


Althée, Reyne de Calydon

Mlle Journet

Atalante, Reyne d'Arcadie

Mlle Dun

Méléagre, fils d'Althée

Mr Thévenard

Plexippe, frere d'Althée

Mr Hardoüin

Cephise, Suivante d'Althée

Mlle Poussin

Idas, Confident de Méléagre

Mr Beaufort

Arcas, Confident de Plexippe

Mr Buseau

Une Prestresse

Mlle Dujardin

Un Calydonien

Mr Cochereau

Ire Calydoniene

Mlle Poussin

II me Calydoniene

Mlle Aubert

Un Faune

Mr Cochereau

Une Driade

Mlle Poussin

Diane

Mlle Dujardin

Les Parques

Mrs Dun, Mantiene, & Crêté

Suite de la Prestresse
Choeur des Divinitez Champestres
Choeur des Bergers & de Bergeres
Choeur des Peuples
Choeur de Demons

La Scene est à Calydon


Le Théatre représente un Temple


Scene premiere
Althée, Cephise

Althée:
O Reine infortunée ! O Destin trop severe !
Ne puis-je de Diane apaiser la colere !
Si dans un Sacrifice offert à tous les Dieux,
Ton nom fût oublié, Déesse impitoyable,
Ce Peuple n'en est point coupable
Devroit-il perir à mes yeux,
Sous les cruels efforts d'un Monstre furieux ?

O Reine infortunée ! O Destin trop severe !
Ne puis-je de Diane apaiser la colere !

Cephise:
Le Ciel écoutera nos voix,
Esperez tous de nôtre zele:
Si les Dieux contre nous s'irritent quelque fois,
Leur haine n'est pas immortelle.

Althée:
Ah ! je dois craindre encor un plus cruel malheur.
Chaque jour, chaque instant redouble ma terreur.
Au lieu du sommeil, dans un songe efforyable,
J'ay vû le flambeau redoutable
D'où dépend le sort de mon Fils,
Et qu'en mes mains les Parques ont remis;
Quel spectable a frapé ma vûë !
Tremblante, interdite, éperduë,
Tout à coup à mes yeux je l'ay vû s'allumer:
Mais, ô présage affreux que je ne puis trop craindre !
Les efforts impuißants que j'ay faits pour l'éteindre,
Loin d'étouffer ses feux sembloient les animer;
Ma douleur, mon amour, les transports de mon ame,
Les pleurs que je versois en irritoient la flame,
Et je l'ay vû se consumer.


Scene 2
Althée, Méléagre

Méléagre:
Quoy : rien ne peut calmer la douleur qui vous presse ?
Et pour entretenir vôtre sombre tristesse,
Vous avez en ces lieux devancé nos Heros;
Dans ce Temple avec eux le Peuple va se rendre:
Si prés de voir finir nos maux,
Lorsque tant de Guerriers s'arment pour nous défendre,
Quel sujet peut encore troubler vôtre repos ?

Althée:
Un noir presentiment en secret m'épouvante,
De la fiere Déeße appaison le courroux,
Ses Autels negligez l'irritent contre nous:
Mon Fils, joignez vos voeux à ma voix suppliante.

Althée & Méléagre:
O vous ! qui causez nos malheurs,
Laißez-vous toucher de nos pleurs.

Althée:
On vient.

Méléagre:
Il conduit la Princesse:

[à part]

O toy ! qui m'a soûmis au pouvoir de ses yeux,
Rend la sensible à ma tendreße,
Amour, pour mon bonheur retien-la dans ces lieux.


Scene 3
Atalante, Althée, Méléagre, Plexippe

Atalante:
Souffrez qu'à vos douleurs je puisse unir l'hommage
D'un coeur que le Déesse a soûmis à ses loix,
Comme elle dans nos bois
J'exerce mon courage.
Le bruit de vos malheurs rassemble dans ces lieux,
Nos plus fameux Heros guidez par la Victoire,
Je veux en combattant un Monstre furieux,
Partager avec eux le peril & la gloire.

Méléagre:
Cessez de nous offrir un dangereux secours.
N'augmentez point le sujet de nos larmes,
Belle Atalante, helas ! en exposant vos jour
Pourvez-vous calmer nos allarmes ?

Plexippe:
Vous triomphez de tous les coeurs,
Rien ne peut resister à l'éclat de vos charmes.
Laissez-nous ignorer le pouvoir de vos armes,
Contentez-vous de vos attraits vainqueurs.

Althée:
Pour presenter nos voeux, la Prêtresse s'avance,
Secondons son ardeur, reparons notre offense.


Scene 4
La Prêtresse, Atalante, Althée, Méléagre, Plexippe,
Suite de la Prêtresse, Choeur de Peuples

La Prêtresse:
Diane, écoûte nos regrets,
Entand la voix, d'un Peuple qui t'adore,
C'est ta clemence que j'implore;
Fais cesser les cruels effets
De ta vengeance redoutable,
Et jette un regard favorable
Sur les jeux qu'en ton nom je consacre à jamais.

Le Choeur:
Si nôtre plainte est inutile,
O Ciel ! où sera nôtre azile !
Quelle horreur ! quel ravage affreux !
Tout perit dans ces lieux.

O Ciel ! où sera nôtre azile !

La Prestresse:
Serez-vous insensible à nos tristes accents;
Diane, recevez nos voeux & nôtre encens.

Mais quels soudains transports ! quelle fureur divine,
S'empare de mes sens
Et m'annonce le sort que le Ciel vous destine !

Ce jour doit à Diance appaiser le couroux,
Assez de maux auront signalé sa vengeance.
Le Destin dont les Dieux réverent la puissance
Va livrer le Monstre à nos coups.

[la Prestresse sort avec sa Suite]

Althée:
Le Ciel à nos malheurs se rend enfin sensible.
Détruisons, détruisons cet Ennemi terrible.

[Althée sort]

Cephise:
Hâtez nôtre bonheur,
Allez, volez où l'honneur vous appelle.
Un gloire immortelle
Sera la prix du vainqueur.

Le Choeur:
Hâtez nôtre bonheur,
Allez, volez où l'honneur vous appelle...

Atalante, au Choeur:
Arrestez, & souffrez qu'une gloire si belle
Soit reservée à ma valeur.

Méléagre & Plexippe:
De ce Monstre cruel, redoutez la fureur.

Atalante & Méléagre:
[Atalante] Laißez m'en triompher: cedez moy la victoire.
[Méléagre] Craignez d'y succomber: cedez nous la victoire.

Atalante:
Cessez de m'arrester, ou craignez mon couroux.
Venez voir expirer le Monstre sous mes coups.
Je veux que vous soyez les témoins de ma gloire.

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ACTE SECOND

Le Théatre représente un endroit voisin de la Forest de Calydon


Scene premiere
Althée

Althée:
Espoir, vien regner dans mon coeur,
Et suspends un moment ma crainte & ma douleur;
Ne peux-tu calmer mes allarmes;
Et quand tout me promet un paisible bonheur
Dois-je encore verser des larmes !

Espoir, vien regner dans mon coeur,
Et suspends un moment ma crainte & ma douleur.


Scene 2
Althée, Plexippe

Althée:
Ah ! Plexippe paroît.

Plexippe:
Reine, soyez contente,
Vous voeux sont exaucez, le Monstre est abbatu.

Althée:
Et mon Fils ?

Plexippe:
Son bonheur a rempli vôtre attente.
Son bras...

Althée:
A sa valeur ce triomphe étoit dû;
Mon coeur impatient ne peut icy l'attendre,
Auprés de ce Vainqueur, hâtons-nous de nous rendre.


Scene 3
Plexippe

Plexippe:
Cruels soupçons, transports jaloux,
Ne troublez point le coeur de l'Amant le plus tendre.

Quand l'Amour me frapa des plus sensibles coups
J'ignorois les tourments que j'en devois attendre.

Cruels soupçons, transports jaloux,
Ne troublez point le coeur de l'Amant le plus tendre.


Scene 4
Plexippe, Arcas

Arcas:
Prince, qui peut causer le trouble où je vous voi ?
Lorsque la mort d'un Monstre horrible
Bannit de ces climats le carnage & l'effroi,
Seul à nôtre bonheur vôtre coeur insensible
Se livre à de nouveaux tourments.

Plexippe:
Arcas, c'est le sort des Amants.

Le Dieu qui les tient dans ses chaînes
A son gré regle leurs desirs:
L'Amour seul fait toutes leurs peines;
Le seul Amour peut faire leurs plaisirs.

Arcas:
Vous aimez ? & quel est l'Objet qui vous enchante ?

Plexippe:
Peux-tu le demander, & connoître Atalante ?
Mais appren , cher Arcas, l'excès de ma douleur;
Atalante du Monstre éprouvoit la fureur;
Pour prevenir sa perte trop certaine,
J'ay voulu vainement signaler ma valeur;
J'ay vû l'Ingrate, l'Inhumaine
Mepriser mon secours, insulter à ma peine,
Aux yeux d'un plus heureux Vainqueur.
Méléagre l'adore, il a touché son coeur.

Arcas:
Quel injuste soupçon vous trouble & vous tourmente !
Hé n'avez vous pas vû la superbe Atalante,
Par des regards plein de couroux,
Condmaner l'audace éclatante
De ce même Heros dont vous êtes jaloux ?

Plexippe:
Ah ! son foible dépit cachoit mal sa tendresse.

Arcas:
Cependant elle part, & son coeur irrité
Fuit des jeux importuns qui blessent sa fierté.
Méléagre paroît; quelle sombre tristesse !
Son trouble dit assez qu'il n'est point écouté.

Plexippe:
Qui dis- tu ? quel espoir ! ah ! cherchons la Princesse;
Pour l'éloigner, Arcas, employons nos efforts;
Allons, & servons-nous de ses premiers transports.


Scene 5
Althée, Méléagre

Althée:
Recevez les honneurs dûs à vôtre courage,
Mon Fils, si de ces lieux les troubles sont bannis
C'est de vôtre valeur le glorieux ouvrage;
A combien de Rivaux vous arrachez le prix.
Vous ne repondez point ? vous soupirez, mon Fils.

Méléagre:
Mille troubles secrets s'emparent de mon ame.
Aprés m'avoir frapé des plus sensibles traits,
Atalante me fuit, je la pers pour jamais.
Quel prix de l'ardeur qui m'enflâme !


Scene 6
Althée, Méléagre & le Choeur

Le Choeur derriere le Théatre:
Les Jeux & les Plaisirs vont regner à leur tour;
Goûtons un repos plein de charmes.

Althée:
Le Peuple vient; ce bruit annonce son retour:
Témoin du succés de vos armes,
Il vient celebrer ce grand jour.

Méléagre:
Vain triomphe ! tandis que l'absence & l'amour
Excitent dans mon coeur de nouvelles allarmes.


Scene 7
Althée, Méléagre, Idas, le Choeur de Peuples

Le Choeur:
Les Jeux & les Plaisirs vont regner à leur tour;
Goûtons un repos plein de charmes.

Un Calydonien:
Formez les plus charmants concerts,
Chantez de ce Heros la valeur triomphante;
Que la trompette éclatante
Fasse voler sa gloire au bout de l'Univers.

Une Calydoniene:
Revenez, doux Plaisirs, dont l'absence cruelle
Chasse les Ris & les Jeux,
Faites naître des jours heureux,
La Paix en ces lieux vous rappelle.

Idas:
Contre le Monstre & sa fureur,
Un Heros vient de nous défendre.

Faison par tout entendre,
Méléagre est vainqueur,
Celebrons sa valeur.

Le Choeur:
Faison par tout entendre,
Méléagre est vainqueur,
Celebrons sa valeur.

Méléagre:
Il suffit, joüissez d'un paisible bonheur.


Scene 8
Méléagre

Méléagre:
Que me sert-il, helas ! de courir à la gloire,
Quand l'Amour irrité trahit tous les desirs !
O Peuple trop heureux ! O fatale Vivtoire !
Que vous m'allez coûter de pleurs & de soupirs !
Atalante me fuit, mon triomphe l'offence,
Seroi-je pour jamais privé de sa presence ?
Vainement elle évite un Vainqueur odieux.
Allons ou la fléchir, ou mourir à ses yeux.

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ACTE TROISIE'ME

Le Théatre représente la Forest de Calydon


Scene premiere
Méléagre

Méléagre:
Je cherche vainement la Beauté qui m'enchante,
Vainement ces vastes Forests
Retentissent de mes regrets.
Revenez, revenez, inhumaine Atalante,
Mon coeur impatient ne peut vivre sans vous.
Revenez, revenez, inhumaine Atalante,
Cedez à mon amour, calmez vôtre couroux.


Scene 2
Méléagre, Idas

Méléagre:
Mais j'aperçois Idas, Dieux ! que vient-il me dire ?
Dois-je esperer, helas ! ou, faut-il que j'expire ?
Le Beauté dont mon coeur adore les attraits,
A t'elle abandonné ce séjour à jamais ?

Idas:
Non, je viens de la voir, & Plexippe avec elle...

Méléagre:
Plexippe ! quel soupçon ! quelle crainte mortelle !
Seroit-il mon Rival ! & tantôt de nos jeux
Se sont-ils eloignez tous deux d'intelligence !
Ah ! du mepris qu'elle fait de mes voeux
Je n'accusois que son indifference,
Je dois peut-être, helas ! me plaindre de ses feux.
Je ne puis resister à mon inquiétude.
Allons, je veux la voir; condui-moi, cher Idas,
Vers les lieux où tu crois qu'elle a porté ses pas.
Les tourments de l'incertitude
Sont cent fois plus affreux pour moi que le trépas.


Scene 3
Atalante, Plexippe

Plexippe:
Non, je ne reponds plus des transports de ma rage.
Tremblez pour mon heureux Rival.

Atalante:
J'aimerois ce Heros à ma gloire fatal !

Plexippe:
Mon desespoir & vôtre outrage
Contre ce fier Vainqueur devroient vous réünir.

Atalante:
Ne partagez point mon offence,
Epargnez-vous le soin de m'en entretenir.
Un coeur comme le mien suffit à sa vengeance.

Plexippe:
Ah ! vos détours sont superflus.
Le Rival que je crains n'a que trop sçû vous plaire,
Si vous le haïssiez, vous ne le verriez plus:
Mais il faut malgré vous, servir vôtre colere:
Et je vais dans son sang...

Atalante:
Cruel, qu'osez-vous faire ?

Plexippe:
Et vous ne l'aimez point ? qui peut me retenir !
Ingrate, je me livre au transport qui m'anime.
C'est vôtre amour qui fait son crime,
C'est vous en l'immolant que mon bras va punir.

[il sort]

Atalante:
Va, cour, en t'arrêtant je prendrois ta défence,
Et je meprise ta fureur.
Méléagre en sçaura dompter la violence.
Helas ! je ne crains que mon coeur.


Scene 4
Atalante

Atalante:
Venez Fierté, Raison severe,
Parlez, je n'écoute que vous,
Contre un penchant trop flateur & trop doux,
Secondez ma juste colere.
Venez Fierté, Raison severe,
Parlez, je n'écoute que vous.

Quel charme me retient dans ce lieu solitaire !
Lors que tout retrace à mes yeux
Le cruel souvenir d'un triomphe odieux.
Fuyons... vains efforts d'un coeur tendre !
Quel changement ! ô Ciel ! je ne puis le comprendre.
Quoy ! faut-il que mon coeur si superbe autrefois,
De ton pouvoir ait peine à se défendre ?
Amour, que me sert-il d'avoir bravé tes loix ?
Je ne t'écoute plus, ma gloire s'en offence.
Pour vaincre, s'il se peut, tes charmes dangereux,
Je vais chercher le secours de l'absence:
Je veux briser tes traits, je veux rompre tes noeuds,
Je ne t'écoute plus, ma gloire s'en offence.


Scene 5
Atalante, Méléagre

Méléagre:
Enfin je vous revoy. Que mon sort seroit doux !
Que mon coeur... mais, helas ! Bruelle, où fuyez-vous ?
Ah ! si vôtre fierté me doit coûter la vie,
Souffrez qu'à vos genoux mon bras la sacrifie.

Atalante:
Qui vous force à vous immoler ?
A quel vain desespoir vôtre ame s'abandonne ?
La Gloire doit vous consoler
Des chagrins que l'Amour vous donne.
Vous deviez m'obeïr.

Méléagre:
Pardonnez à l'amour,
C'est luy qui vous prive en ce jour
D'un triomphe que je deteste;
C'est luy qui dans l'horreur de ce combat funeste
M'a montré le peril qui menaçoit vos jours.

Atalante:
A vôtre ambition je dois vôtre secours,
Vous êtiez jaloux de ma gloire.

Méléagre:
Ciel ! pouvez-vous le croire ?
Mais c'es trop m'abuser, je connois mon erreur.
Mon triomphe n'a point fait naître vôtre haine.
C'est moi, c'est mon amour, Ingrate, qui vous gêne.
Plexippe plus heureux...

Atalante:
Dieux ! quel nom plein d'horreur !
De ses jaloux transports, songez à vous défendre !

Méléagre:
Lors qu'à mes tendres feux
Vôtre insensible coeur refuse de se rendre,
Quelle part prenez-vous à mes jours malheureux ?

Atalante:
Contre le Monstre affreux,
Si vous avez tout fait pour me sauver la vie;
Pour prix de vos soins genereux,
Dois-je souffrir qu'elle vous soit ravie ?

Méléagre:
Ah ! ce n'est pas l'amour qui vous parle en moy,
Tout autre sentiment m'offence.
D'une vaine reconnoissance,
Vous n'écoutez que l'orgueilleuse loy:
Mais ce coeur est vôtre victime,
Et si mon triomphe est un crime,
Frappez & portez-moy les coups
Qu'au Monstre furieux gardoit vôtre couroux.

Atalante:
Helas !

Méléagre:
Vous soupirez, quoy ! plaignez-vous ma peine ?
De mes tendres regards vous detournez les yeux.
Vous fuyez...

Atalante:
Laissez-moy m'éloigner de ces lieux.

Méléagre:
Que craignez-vous ?

Atalante:
Je crains le penchant qui m'entraîne.

Méléagre:
Et pourquoy de l'Amour craignez-vous le pouvoir ?
Que vois-je ! vous pleurez.

Atalante, à part:
Falloit-il le revoir !

Méléagre:
Contre un Amant soumis & tendre
Vôtre coeur si long-temps devroit-il être armé ?

Atalante:
Helas ! si vous n'étiez aimé,
Aurois-je voulu vous entendre ?

Méléagre:
Ah ! quel aveu charmant !
O jour glorieux ! ô trop heureux Amant !

Atalante:
Peut-on, quand on aime,
Cacher sa langueur ?
Le mystere même
Trahit nôtre coeur.

Atalante & Méléagre:
Nôtre ardeur est mutuelle,
Quelle autre chaîne a plus d'attraits !
Si tu veux combler nos souhaits,
Daigne, Amour, la rendre éternelle.

Atalante:
Divinitez de ces Forests,
Vous, avec qui le sang me lie,
Vous, qui dés mon enfance avez guidé mes traits,
Prenez part aux transports de mon ame attendrie,
Soyez témoins du serment que je fais,
D'aimer Méléagre à jamais.

Accourez à ma voix, venez, Troupe charmante,
Voyez ce doux azile, où l'Amour vous enchante,
Reprendre tous ses appas.
Honorez le Heros qui finit vos allarmes;
Chantez le pouvoir & les charmes
Du Dieu qui dans ces lieux a retenu mes pas.


Scene 6
Atalante, Méléagre une Driade, un Faune,
Choeurs des Divinitez Champestres, de Bergers & de Bergeres

[ les Divinitez Champestres forment une Marche]

Le Choeur:
Que nos craintes finißent,
Que ces Bois retentissent
De nos chants les plus doux.
Echo, repondez nous.

Le Faune:
Nous vivrons desormais dans une paix profonde.
Coulez tranquillement Ruisseaux,
Rien ne troublera plus vôtre onde.
Et vous petits Oyseaux,
Ne gardez plus un si triste silence,
Rappellez les Amours, & chantez leur puissance.

La Driade & le Faune:
Chantez, Bergers, dans ce séjour,
Chantez les douceurs de l'amour.

Le Choeur:
Chantons, Bergers, dans ce séjour,
Chantons les douceurs de l'amour.

La Driade & le Faune:
Tous les oyseaux de ce boccage
A nôtre voix vont mêler leur ramage.

Me Choeur:
Tous les oyseaux de ce boccage
A nôtre voix vont mêler leur ramage.

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ACTE QUATRIE'ME

Le Théatre ne change point


Scene premiere
Plexippe

Plexippe:
Qu'ay-je entendu, Grands Dieux !
Ce Rival que j'abhore
Va s'unir à l'Objet de mes voeux les plus doux !
Et je t'écouterois encore,
Trop indigne pitié qui suspendois mes coups !
Mais que vois-je paroître ? ah ! Diane, est-ce vous ?
Venez-vous arrêter, ou hâter ma vengeance ?


Scene 2
Diane, sur son char, Plexippe

Diane:
C'est Diane qui vient embrasser ta défense,
Pour punir ton Rival: pour attaquer ses jours,
Je vais jusqu'aux Enfers empunter du secours.

Plexippe:
Et cependant il épouse Atalante.
Secours trop lent ! funeste attente !
Quelle horreur ! ah ! plûtôt que le voir son Epoux,
Mon bras va l'immoler à mes transports jaloux;
Dût retomber sur moy mon impuissante rage.

[il sort]

Diane:
Seconde mon juste couroux,
Et peri, s'il le faut, pour venger mon outrage.


Scene 3
Diane

Le Théatre change & représentela Palais d'Althée

Diane:
Gouffres qui conduisez au séjour tenebreux,
Exalez vos vapeurs funebres,
Joignez à l'horreur des tenebres
Tout ce que l'Enfer a d'affreux.
Déja la terre tremble:
Des feux vont embraser les airs.
Vous Ministres des Enfers,
Pour me venger, unissez-vous ensemble.

[on entend un bruit infernal, le Théatre s'obscurcit, il n'est plus éclairé que par les feux que vomissent les Enfers, & Diane descend]


Scene 4
Althée

Althée:
Quel tremblement affreux ! quels cris ! quelles horreurs !
Où suis-je ! quelle nuit est icy répanduë !
Ah ! je sens les mêmes fureurs
Par qui ma raison confonduë...
Quels funebres accents ! Dieux ! Qu'est-ce que je voy !


Scene 5
Althée, Arcas, Plexippe, blessé

Plexippe:
Une barbare main vient de m'ôter la vie.

Althée:
Ah, Plexippe !

Plexippe:
Ah ! ma Soeur, vengez-vous, vengez-moi.

Althée:
O Ciel !

Plexippe:
Par l'amitié, par le sang qui nous lie,
Ma Soeur, ne souffrez pas
Que ma mort demeure impunie.

Althée:
Impunie ! ah ! plûtôt que la foudre en éclats
Vole sur ma coupable tête:
Que l'Enfer irrité m'apprête
Tout ce qu'il fait souffrir de tourmens & d'horreurs,
Si ma main ne vous venge au gré de vos fureurs !
Nommez vôtre Assassin.

Plexippe:
Méléagre. Je meurs.


Scene 6
Althée

Althée:
C'est Méléagre ! O Ciel ! qu'as-tu promis, Barbare !
Que serment indiscret t'a dicté ta fureur !
Quelle soudaine horreur
De mon ame s'empare !
Chere Ombre, je vais te venger:
Dans le sang du cruel mon bras va se plonger...
Arrête, que prétend-tu faire ?
Quel sang vas-tu verser ? quelle aveugle colere !...
Ah, mon Fils ! c'en est fait; tes jours me sont trop chers,
Ne crain plus un couroux que mon amour déteste:
Je veux... quelle vapeur s'éleve dans les airs !
Je vois du noir séjour les passages ouverts.
Dieux ! pour me dégager d'un serment si funeste,
Laissez-moi descendre aux Enfers.

[Althée s'évanoüit]


Scene 7
Diane, sortant des Enfers, Althée, évanoüit

Diane:
Exerçons en ces lieux un affreuse vengeance,
C'est trop en suspendre les traits,
Hâtons-nous, il est tems que l'Enfer le commence.
En un séjour d'horreur transformons ce Palais.

[le Palais disparoît, & l'on voit à sa place au Désert épouvantable]

Accourez à la voix de Diane irritée,
Venez, Parques, venez. Et vous, Demons, sortez.

[les Parques & les Demons sortent des Enfers]

Ranimez la fureur d'Althée;
Pour vaincre les remords dont elle est agitée,
Inspirez à son coeur toutes vos cruautez:
Et pour achever ma vengeance,
Faites que son suplice égale son offence.

[Diane disparoît]


Scene 8
Les Parques, les Demons, Althée, évanoüit

Les Parques:
Nous révérons tes ordres souverains.
O vous ! qui tourmentez les Ombres criminelles,
Venez, Euménides cruelles,
Prêtez-nous vos sanglantes mains.

[on danse]

Une des Parques:
Que le destin d'Althée étonne les Humains
Qui refusent aux Dieux un legitime hommage.

Les Parques:
Raßemblez la haine & la rage,
La vengeance & ses fureurs:
Qu'elle partage
Les noirs transports qui devorent vos coeurs.

[on danse]

Le Choeur:
Raßemblons la haine & la rage,
La vengeance & ses fureurs:
Qu'elle partage
Les noirs transports qui devorent nos coeurs.

[on danse]

Une des Parques:
A punir Méléagre, en vain ton coeur balance.

Les Parques:
Allume le flambeau qu'au jour de sa naissance
En tes mains nous avons remis,
Et dans l'objet de ta vengeance,
Reine, ne connois plus ton fils.

Une des Parques:
Demons, transformez-vous pour servir la colere
De la Divinité dont nous suivons les loix;
Vous apprendrez le temps dont sa haine a fait choix,
Pour perdre avec éclat & le Fils & la Mere.

[les Parques & les Demons emmeinent Althée]

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ACTE CINQUIE'ME

Le Théatre représente une Place ornée magnifiquement


Scene premiere
Atalante, Méléagre

Cessez de trembler pour mes jours,
Vainement mon Rival en attaquoit le cours:
Pour nous venger d'un Temeraire
Qui formoit contre nous des projets odieux,
Ce bras que conduisoit ma jalouse colere
L'a fait expirer à mes yeux.

L'éclat d'une pompe nouvelle
Fait briller cet heureux séjour.
Que nôtre ardeur soit éternelle;
Unissons pour jamais l'Hymen avec l'Amour.

Atalante:
Ce Dieu seul dispense
Des biens si charmants,
C'est la recompense
Des tendres Amants.

Atalante & Méléagre:
Les plaisirs s'offrent sans peine,
Quand on suit ce charmant Vainqueur,
Une si belle chaîne
Fait ma gloire & mon bonheur.

[on entend une Symphonie]

Atalante:
Mais, quels concerts se font entendre !

Méléagre:
Le Peuple vient ici reconnoître son Roi,
Reine, partagez avec moi
Les hommages qu'il vient me rendre.


Scene 2
Atalante, Méléagre, Idas, le Choeur de Peuples

Le Choeur:
Regnez sur tous les coeurs, Heros victorieux,
Joüissez à jamais d'un sort si glorieux:
Quelle bonheur, quelle gloire
De vivre sous vos loix !
Que toûjours la victoire
Couronne vos exploits !
Soyez & la terreur & l'exemple des Rois.

[on danse]

Méléagre:
La Reine nous attend; Princesse, empressons-nous.
Du bonheur de nos feux rendons les Dieux jaloux;
Allons... Mais quel poison dans mes veines s'allume !
Sortons... Ciel ! quel tourment ! quels horribles transports,
Ah ! de ce feu cruel qu'irritent mes efforts
La violence me consume.

Atalante:
Que vois-je, Malheureuse !

Méléagre:
Impitoyables Dieux !
Excitez-vous cette flame invisible ?
Quel tourment ! quel suplice horrible !
Ah ! Princesse, je vais expirer sous vos yeux.


Scene 3
Althée, Atalante, Méléagre, Idas, le Choeur de Peuples

Althée:
Ombre qui sui mes pas, prends une autre Victime,
Tes reproches sont superflus:
Je n'appaiserai point le couroux qui t'anime,
Rentre dans les Enfers, je ne t'écoute plus.
Ah ! je romprai plûtôt aux dépens de ma vie
Le serment affreux qui me lie.
Que vois-je ! quels cruels efforts
M'entraînent sur ces sombres bords !
Ah ! mon Frere, est-ce vous ? que voulez-vous m'apprendre ?
Parlez... Ciel ! que viens-je d'entendre !
Quoi ! vous estes vengé ? quelle barbare main ?...

Méléagre:
Mes tristes jours approchent de leur fin.
O ma chere Atalante !

Althée:
Quels funebres accents ! Dieux ! quelle voix mourante
Dans le fond de mon coeur porte un mortel effroi !
Est-ce vous ? Ah! mon Fils, quel spectacle pour moi !

Méléagre:
Une impitoyable Furie
Embrase tout mon sang, & m'arrache la vie.

Althée:
Je reconnois le feu qui va le consumer,
Diane, je le vois; tu m'as fait allumer
Le flambeau... mais malgré ta colere funeste,
Je vais de ce flambeau conserver ce qui reste.


Scene 4
Althée, Atalante, Méléagre, Idas, le Choeur de Peuples,
les Parques, sortant des Enfers, qui arrestent Althée

Les Parques:
Arreste, non, n'espere pas
Que ta main criminelle
Puisse l'arracher au trépas.

[les Parques entraînent Althée, dans un des côtez du Théatre]


Scene 5
Atalante, Méléagre, Idas, le Choeur de Peuples,

Le Choeur:
O Disgrace nouvelle !

Méléagre:
Je me sens consumer par ces feux devorants.
Déja le jour échappe à mes regards mourants.

Atalante:
Quoy ! rien ne peut calmer le feu qui le devore !
Serez-vous sans pitié, Dieux puißants, que j'implore ?

Méléagre:
Les Cruels sont sourds à vos voeux.
Atalante, fuyez un spectacle funeste...
Que dis-je, Malheureux !
C'est le seul moment qui me reste...
Malgré le sort cruel qui separe nos coeurs,
J'emporte aux sombres bords ce même amour... je meurs.


Scene derniere
Atalante, Idas, le Choeur de Peuples,

Atalante:
Il meurt, & je respire !
O mortel desespoir ! venez, armez mon bras,
Servez la fureur qui m'inspire,
Signalez mon amour en vengeant son trépas.
Que dis-je ! où suis-je ! helas ! malheureuse Atalante,
Sur qui de ta fureur veux-tu lancer tes traits ?
Va, cour, & qu'un mort sanglante
A cet Amant si cher t'unisse pour jamais.

J'ay lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, Méléagre, Tragedie, & j'ay cru que le Public en verroit l'impression avec plaisir.
Fait à Paris ce 21. Avril 1709.

Danchet

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