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Léandre & Héro
Tragédie en Musique en un Prologue & V Actes
representée pour la premiere fois par
l'Academie Royale de Musique le 21 Avril 1750

livret de Jean-Jacques Le Franc, Marquis de Pompignan
musique de: René de Galard de Béarn, Marquis de Brassac



Prologue
Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V

PROLOGUE

les personnages du Prologue:

Le Grand Prêtre de Janus
La Discorde
Minerve
Une Femme de la Fête

Choeur de Romains


Le Temple de Janus

Le Théâtre représente le frontispice du Temple de Janus au pié du Mont Argiles; les portes sont ouvertes, ses avenues ornées d'arcs de Triomphe et de Trophées, on voit sur la place des Cohortes en bataille toutes les Enseignes militaires sont couronnées de Laurier de même que les faisceaux des Licteurs


Scene premiere
Le Grand Prêtre de Janus, Choeur de Romains

Le Grand Prêtre:
Le Dieu qu'en ce Temple on revère
Paroît à vos yeux pour la premiere fois.
JE viens fermer son sanctuaire
Et mettre un terme à vos exploits.
Janus permet à la victoire
D'éteindre cet encens qui fume dans nos mains:
Il préfère à sa gloire,
Le bonheur des humains.

Le Choeur des Romains:
Dieu propice, Dieu redoutable,
Ton nom fait la guerre et la paix:
Tu rens cet Empire durable
Il attire seul tes bienfaits.

Le Grand Prêtre:
Tu changes à ton gré le destin de la terre,
Quand ce Temple terrible est ouvert à nos yeux,
C'est l'affreux signal de la guerre,
L'Oracle du couroux des Dieux.

Le Choeur:
O jour marqué par les allarmes:
O jour terrible à l'univers:
Que de cris, de sang & de larmes:
Mille peuples sont dans les fers !

Le Grand Prêtre:
Mais tu veux après la victoire
Disparoître aux yeux des mortels:
Tu prescris des jeux solemnels.
Pour éterniser la mémoire,
Du moment fortuné qui voile tes autels.

Choeur de Femmes:
O jour de plaisir et de fête
Brillés de l'éclat de plus doux:
Ecartés loin de nous
La foudre & la tempête.

Le Grand Prêtre:
Source éternelles de bienfaits,
Temple objet de nos voeux, sois fermé pour jamais.

O Ciel ! quel sinistre présage;
Quel pouvoir invisible a repoussé ma main !

Le Choeur:
Ah ! Quel bruit, quel feu, quel ravage !
Quel Dieu brise soudain
Et le marbre & l'airain !


Scene 2
La Discorde, le Grand Prêtre de Janus, Choeur de Romains

La Discorde:
Arrêtés peuple téméraire,
Connoissés la Discorde au efforts que je fais.
Ma fureur passagère
N'aura-t'elle servi qu'à renoüer la paix.
A vostre voix je suis docile
Quand il faut troubler l'univers,
Mais, il est difficile
De me replonger en enfers.


Scene 3
Minerve, la Discorde, le Grand Prêtre de Janus, Choeur de Romains

Minerve:
Eh quoi ! ta fureur vagabonde,
Renaît à ses débris, prend un nouvel essor !
Noire Fille du Stix, veux tu combattre encor
Le vainqueur généreux, qui rend la paix au monde.
De ses ennemis abatus
Toi seule envenime la rage.
Ils craignent ton courage
Mais tu crains ses vertus.

La Discorde:
Dans sa main mes chaînes sont prêtes
Et je sçais le sort qui m'attend:
Mais je veux reculer l'instant
Dussai je augmenter ses conquêtes.

Minerve:
Laisse respirer les vainqueurs.
Suspend tes funestes ravages;
Va triompher dans les climats sauvages
Où les coeurs des mortels sont faits pour tes faveurs.

La Discorde:
Que les malheurs du reste de la terre
Me vengent du bonheur du règne dans ces Lieux:
Portons sous d'autres Cieux
Le flambeau de la guerre.

[la Discorde s'envole]

Minerve:
Amusons par des jeux brillants
Le Heros bien aimé dont la gloire m'est chere,
Imités sa valeur, cultivés vos talents
Pour le servir et pour lui plaire.


Scene 4
Minerve, le Grand Prêtre de Janus, Choeur de Romains

Minerve:
Honorés les autels de Minerve & de Mars
Qu'à leurs bienfaits votre zele réponde.
Devenés les maîtres du monde
Et dans la guerre et dans les arts.

Choeur:
Honorons les autels de Minerve & de MArs
Qu'à leurs bienfaits notre zele réponde.
Devenons les maîtres du monde
Et dans la guerre & dans les Arts.

Une Femme de la Fête:
Les plaisirs ici vont naître,
Peuple heureux si tu veux l'être,
Vénus doit te reconnaître,
A ton maître,
Elle donnera le jour
Comme à l'Amour:
L'univers nous craint & nous revère,
Mais les fers
Par l'Amour offers,
Nous sont plus chers,
Prenés,
Donnés l'exemple et l'art de plaire,
Aimés,
Charmés esclaves ou vainqueurs
Fixés les coeurs.

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ACTE PREMIER

les personnages de la Tragedie:

Leandre,
Hero
Thermilis
Athamas
Arbate
Arcas
L'Amour
La Jalousie, le Désespoir & la Rage
La Prêtresse de Venus

Troupe de Bergers & de Bergeres
Troupe de Peuples
Troupe de Matelots & de Matelotes,
Troupe de Soldats


Le Théatre représente une prairie sur laquel le Temple de Venus a une issue. La Scene se passe un peu avant le jour


Scene premiere
Leandre, Hero

Leandre:
Aux autels de Venus vous consacrés vos jours !

Hero:
A l'ombre des autels je cache nos amours.
Contre un cruel tiran ce temple est un asile,
Athamas que la guerre éloigne de ces bords,
Peut-être encor pour moi sent les mêmes transports;
Son amour, son pouvoir, sa rage est inutile.
Dans cette demeure tranquile,
Je puis défier son courroux:
Vous Leandre, vous voir, ne vivre que pour vous.

Leandre:
Pardonnés mes troubles et mes larmes
A l'excès du plus tendre amour.
Mon coeur pour vous ailmer n'a pas besoin d'allarmes:
Hélas ! ave effroi je vois naître ce jour.

Hero:
A de vaines terreursne livrés point votre ame.

Leandre:
Tout est à craindre pour ma flâme.
Depuis le jour fatal à mon repos,
Qu'à la cour d'Athamas mes yeux virent vos charmes;
Sous un nom suposé, sans soldats et sans armes,
J'ai souvent traversé les flots
Qui séparent Abyde et les murs de Sestos.
L'amour de mon rival n'est pas le seul présage qui caus mon affroi...
Je n'ose, hélas ! en dire davantage:
Hero, ma chere Hero, tout s'arme contre moi.

Hero:
Non, croyés que Venus pour vos feux s'interesse.

O, des tendres amans, souveraine maîtresse,
Mon coeur est ton autel, je ne vis que pour toi.
Chaque jour, chaque instant redouble ma tendresse,
Et quelle autre que ta Prêtresse
Merite mieux les biens qu'on goute sous ta loi.

Leandre:
Dieux qui voyés l'objet dont mon ame est ravie,
J'implore pour lui seul votre puissant secours:
De vos traits accablés mes jours,
Epuisés vos dons sur sa vie.

Leandre & Hero:
Favorable Venus daigne entendre nos voix.
Couronnez des flâmes si belles.
Trop de coeurs inconstans deshonorent tes loix,
Protège au moins les coeurs fideles.

Hero:
Les habitans de ce boccage,
Pour honorer le choix de la mere d'Amour,
Viendront icy me rendre hommage,
Et l'Aurore déja nous ramène le jour.

Dans les hameaux voisins leurs chants se font entendre,
Retirés vous, je vole sur vos pas.
Je finis à regret un entretien si tendre,
Mais mon coeur ne vous quitte pas.


Scene 2
Hero, Troupe de Bergers & de Bergeres

Le Choeur de Bergers & de Bergeres:
Jeune beauté, recevés notre hommage,
Que l'écho réponde à nos voix.
De ses faveurs, Venus nous donne un gage
En vous honorant de son choix.

Une Bergere:
La fidelité, l'innocence,
Dans nos hameaux font leur séjour,
Nous sçavons seuls servir l'amour
Et c'est nous seuls qu'il récompense.

Le Choeur:
La fidelité, l'innocence, &c.

La Bergere:
Ce Dieu dans le palais des rois
Laisse les tourmens et les larmes:
Ny les regrets, ny les allarmes
Ne l'accompagnent dans nos bois.

Le Choeur:
La fidelité, l'innocence, &c.

La Bergere:
Jamais nos pleurs & nos soupirs
Ne lui reprochent sa victoire.
Il triomphe pour sa gloire,
Il règne icy pour nos plaisirs.

[on danse]

Hero:
Chantés oiseaux, que ces bois retentissent
De vos ramages les plus doux
Qu'à nos plaisirs vos concerts applaudissent,
Vous les partagés avec nous.

[on danse]

Hero:
Bergers, c'en est assés. Hélas, qu'il seroit doux
De vivre et d'aimer parmy vous.
Les sceptres ny les diadêmes
Ne valent pas vos innocens plaisirs.
Les bois & les hameaux bornent tous vos desirs,
Vos coeurs pour être heureux n'ont besoin que d'eux-mêmes.

Thermilis vient icy; cachons lui ma douleur.


Scene 3
Hero, Thermilis

Thermilis:
L'espoir d'aimer un Roi contre un peuple rebelle,
N'est pas l'unique soins qui dans ces lieux m'appelle;
Je viens vous confier les troubles de mon coeur:
Vous pouvés les calmer jeune & belle prêtresse.
Daignés en ma faveur
Implorer la Déesse.
Dans ce temple fameux réveré des humains,
Vous servés l'Amour & sa mere;
Quel hommahe peut leur plaire
Qu'un encens offert de vos mains.

Hero:
Est-ce à vous d'invoquer la reine de Cythere !
Fille d'Eole, vos attraits
Du succés de vos feux répondent sans cesse:
Laissés aux coeurs dont vous troublés la paix
Le soin d'implorer la Déesse.

Thermilis:
Helas ! je n'attends rien de ma foible beauté.

Hero:
Et quel heureux mortel soumet votre fierté ?

Thermilis:
J'aime un Prince charmant, je brûle pour Leandre.

Hero:
Leandre, ô Dieux !

Thermilis:
Je n'ai pu me deffendre
Du penchant qui trouble mon coeur:
Mais les transports de l'amour le plus tendre
Ne peuvent d'un ingrat surmonter la froideur.
Que Venus par vos soins le désarme & le frape,
Qu'il partage mes feux, qu'il m'adore à son tour.
Ne souffrés pas qu'il échape
Aux traits vainqueurs de l'amour.

Hero:
Adonis & Venus sur ces heureux rivages
Reçoivent tous les ans nos voeux & nos hommages.
Du peuple qui leur offre un legitime encens,
Imités, surpassés le zele.
On célébre aujourd'huy leur flâme mutuelle.
Ce jour est favorable aux desirs des amans.

Thermilis & Hero:
Reviens heureux vainqueur, jouis de tes conquêtes
Nos ennemis ont fléchis sous tes loix.
Regne à jamais sur nous, sois l'objet de nos fêtes,
Que notre zele égale tes exploits.

Thermilis:
Ce bruit, ces chants de victoire,
Aux peuples de Sestos annoncent Athamas;
Célébrons avec eux son retour & sa gloire:
Je vole au devant de ses pas.


Scene 4
Hero

Hero, seule:
Quel trouble me saisit ! Quel soupçon me dévore !
Thermilis me dispute un amant que j'adore.
Mais ses pleurs n'ont pu l'attendrir !
Fuyés soupçons, fuyés, c'est trop souffrir
une inquiétude fatale. Que dis je ! et quelle est mon erreur !
Ah ! le nom seul d'une rivale doit allarmerune tendre coeur.

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ACTE SECOND

Le Théatre représente un bois consacré à l'Amour. La Statue de ce Dieu est élevée sous un berceau de fleurs. Tous les arbres sont ornés de festons, de guirlandes, & de chiffres gravés sur l'écorce


Scene premiere
Athamas, Arbate

Athamas:
C'en est donc fait ! quel revers ! quel outrage !
L'ingrate a préferé les autels à son Roy;
Helas ! je viens encor entrainé malgré moy
Faire éclater icy mon amour & ma rage.
L'inhumaine bien tôt va paroitre à mes yeux:
Arbate, je l'attens, laisse moi dans ces lieux.


Scene 2
Athamas

Athamas, seul:
Sejour de l'ombre et du silence,
Asile des échos, retraite des Zéphirs,
Bois charmans que l'amour remplit de sa présence,
N'entendrés vous que mes tristes soupirs !
Des amans fortunés j'aperçois les offrandes,
Leurs noms entrelassés, leurs chiffres, leurs guirlandes,
Tout m'apprend que l'amour a comblé leurs desirs.
De leur sort et du mien cruelle indifférence !
Témoin de leur bonheur, j'aime sans espérance,
Et l'image de leurs plaisirs
Des maux que je ressens accroît la violence.

Mais, je rougis d'aimer une cruelle;
Les mépris, les refus sont-ils faits pour les rois:
Leur amour doit fléchir l'ame la plus rebelle,
Et leurs soupirs doivent-ils être des loix.

Elle vient; contraignons la douleur qui me presse.


Scene 3
Athamas, Hero

Athamas:
Sous les loix de Venus captive dans ces lieux !
Vous êtes sa rivale autant que sa prêtresse;
Mais de plus grands honneurs sont dus à vos beaux yeux.
Vos appas et votre jeunesse
Seroient-ils faits pour le culte des Dieux.
Mon himen vous appelle au trône,
Partagés avec moi l'empire des mortels:
Régnès, l'éclat d'une couronne
Vaut bien l'honneur de servir les autels.

Hero:
Non, Seigneur, mon destin n'est plus en ma puissance;
Venus a daigné me choisir;
Mon coeur la servira jusqu'au dernier soupir
Et par devoir et par reconnoissance.

Athamas:
Ah ! bientôt vos attraits armeroient son courroux.
Notre encens, nos voeux les plus doux
Aux pié de ses autels l'outrageroient sans cesse;
Nos yeux en vous voyant oubliroient la Déesse,
Et l'hommage des coeurs ne seroit que pour vous.

Hero:
A l'amour, à Venus, vous faites une injure;
Ils ont reçu mes voeux:
Si j'osois les trahir, leur courroux vigoureux
Vous puniroit de mon parjure.
Prêtresse de leur temple, un devoir éternel
Me sépare du trône et m'engage à l'autel.

Athamas:
Il faut servir les Dieux sans être leur victime,
Rompés un noeud fatal, je prens sur moi le crime.

Hero:
Amour, soutiens tes droits,
Embrasse ma deffense;
Souffres-tu qu'en des lieux remplis de ta puissance
Un mortel qui te brave ose forcer mon choix !

Athamas:
Non, non, votre plainte est inutile,
Je sers l'amour en vous aimant:
Son temple n'est point un asile
Contre les voeux d'un tendre amant.

Hero:
Craignés que son courroux dans ce fatal moment
Ne punisse votre menace.

Athamas:
C'est trop jouir de mon tourment !

Hero:
Quoi ! jusqu'à ses autels vous portés votre audace !

Athamas:
Vous me rendés leur pouvoir odieux.
Je veux fléchir l'amour ou le braver lui même;
JE suis Roi, je vous aime,
Et vous êtes un bien que je dispute aux Dieux.

[le Théatre s'obscurcit; Hero disparoit à la faveur des ténébres]

Athamas:
Ciel ! quel épais nuage la dérobe à mes yeux !
Un bruit soudain fait trembler ce boccage;
Les ombres de la nuit obscurcu=issent les Cieux.
Quel funeste présage !


Scene 4
Athamas, l'Amour sur son nuage

[on voit sortir d'un nuage enflamé, l'Amour suivi du Désespoir, de la Jalousie, et de toutes les passions amoureuses]

L'Amour:
Tu vois ce même Dieu qui sous des traits charmans
Se plait à recevoir les voeux de mille amans.
Ton hommage barbare outrage ma puissance
La cruauté, la violence
Allarme les plaisirs, les éloigne de moi.
Aux amans malheureux tu dois servir d'exemple.
Vois de l'amour vengeur les prêtres et le temple:
Mes autels ne seront pour toi
Qu'un spectacle d'horreur, de tourmens et d'effroi.

[l'Amour s'envole. Le Théatre change et représente l'histoire des differens malheurs et des crimes que l'Amour a causés]


Scene 5
Athamas, la Jalousie, le Désespoir, la Rage

Athamas:
Non, non, n'espere plus que mon ame t'implore,
Tu fais gloire de nos malheurs.
Faut-il que l'univers t'adore !
Non, tu n'es pas le Dieu, mais le tiran des coeurs.

Le Choeur des Passions malheureuses:
Du pouvoir de l'Amour victime éternelle,
Nous entrons avec lui dans le coeur des amans;
Nous soulageons nos tourmens
Par nos vengeances cruelles.

[les Passions malheureuses armées de flambeaux et de poignards, forment autour d'Athamas plusieurs danses effrayantes]

Le Choeur:
Dieu puissant, que tes traits, que tes feux
Ne rendent plus les coeurs heureux;
Le plaisir les dégage,
Non, le désespoir,
Non, la rage,
Fait ton pouvoir.
Fui, fui, vaine clémence,
Les amans sont livrés à nos coups,
Pour récompense de leur constance
Faisons de leurs maux nos plaisirs les plus doux.

Athamas:
Ah ! quel supplice rigoureux !
Je sens croître ma flâme;
L'amour dans le fond de mon ame
A lancé tous ses feux.

Et vous troupe inhumaine,
Contre un foible mortel unissés vos efforts;
Inspirés moi la vengeance et la haine,
Mais d'un amour cruel etouffés les transports.

La Jalousie, la Haine & la Vengeance:
Tes plaintes sont vaines,
Nous aimons leurs pleurs,
Les cris, les douleurs,
Les jalouses peines.
Nous troublons les coeurs
Sans briser leurs chaines,
Les momens heureux passent comme un songe.
L'amour ne prolonge que les jours affreux.

Un coeur qu'il nous livre
Ne sçauroit guérir
Qu'en cessant de vivre;
Un coeur qu'il nous livre
Doit toujours souffrir.

Athamas:
Quelle horrible injustice !
Ah ! si mes maux doivent durer toujours,
Frappés, que la mort les finisse.

La Jalousie, la Haine & la Rage:
Pour les infortunés la vie est un supplice,
Par cruauté nous épargnons tes jours.

Athamas:
Vivre dans les tourmens ! Ah ! quelle violence !

Le Trio:
Suis notre exemple, sois cruel.

Athamas:
Hé bien, je vole à la vengeance;
Quel en sera le fruit !

Tous:
Un remords cruel.

Athamas:
Pour tant d'horreurs, ô Ciel, m'as-tu fait naître !

Tous quatre:
Va, fais des malheureux, ne cesse point de l'être.

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ACTE TROISIEME

Le Théatre représente le bois csacré du Temple de Venus, qui est orné et préparé pour la célébration des jeux Adoniens; on entrevoit une des portes du Temple


Scene premiere
Léandre, Héro, sortans de ce Temple

Héro:
Cruel, épargnés moi de nouvelles allarmes
Evités Thermilis, cachés vous à ses yeux:
Athamas lui promêt le secours de ses armes,
Elle va partir de ces Lieux.
Non, mon coeur ne craint rien du pouvoir de ses charmes,
Mais je crains les mépris dont vous payés ses feux.

Léandre:
Je veux la punir de vos larmes;
Vous vanger du tiran, prévenir ses desseins:

Héro:
Le Ciel peut-être un jour changera dos destins
Qu'un si doux espoir nous soutienne;
Je sers une Déesse...

Léandre:
Et vous êtes la mienne.
Plus je vois vos appas, plus je brûle pour vous:
Loin de vos yeux, pourrois-je aimer la vie ?
Je pars & je reviens chercher à vos genoux
Mes Dieux, mon Trône, & ma patrie.

Héro:
Pensés vous qu'à son tour mon coeur soit moins sensible ?
Je croyois vous aimer autant qu'il est possible:
Hélas ! je sens encor augmenter mon amour.
Evités un péril extrême:
En exposant vos jours,
Vous m'exposés moi-même.

Léandre:
Vous laisserai-je en proye aux fureurs d'Athamas ?

Héro:
Ce temple me deffend contre ses attentats.

Léandre:
Il brave des autels la majesté suprême.

Héro:
Rassurés-vous: l'Amour qu'il osois irriter
Dans ce Temple a pris ma deffence.

Léandre:
Moi-même de ce Dieu j'armerois la vengeance,
Si j'osois vous mériter.
C'en est trop, punissons ce cruel barbabre:
Un foible trajet nous sépare;
Et le fer et le feu détruirons ce séjour,
Frémi tiran, frémi du courooux qui m'anime.
Ma main vengera dans ce jour
Le temple et les autels profanés par ton crime;
Et tu seras la premiere victime
Que je veux offrir à l'Amour.
Je vois couler vos pleurs,

Héro:
Tu connois ma tendresse;
Tu sçais que de toi seul dépend tout mon bonheur:
Mais d'un trouble fatal je ne suis plus maîtresse.
Des perils où tu cours j'envisage l'horreur.

Léandre:
Ah ! ne retardés plus mon bonheur et ma gloire:
Ma présence bientôt calmera votre effroy.

Héro:
Tu le veux: ton destin l'emporte malgré moi,
Adieu, puisse l'amour te donner la victoire;
Je t'attens pour te suivre, ou mourir avec toi.

[Léandre part]


Scene 2
Héro

Héro, seule:
Dieux ! je sens redoubler mes larmes.
Q'annoncent à mon coeur de si tendres allarmes ?

Amour ! mes yeux t'ont veu pour punir Athamas
Signaler ton pouvoir suprême.
Mais, non, tu ne voulois que tu vanger toi-même:
Et tu n'as point armé ton bras
Pour la fidelle Héro, ny pour l'amant qu'elle aime.

Les peuples de Sestos portent icy leurs pas;
Et déja la Fête commence:
Athamas y préside, évitons sa présence.

[elle sort]


Scene 3
Athamas, Thermilis, Peuples

[Jeunes gens & Chasseurs, qui apportent un autel sur le Théatre, et qui l'ornent de guirlandes de fleurs]

Athamas, à Thermilis:
De nos jeunx solemnels vous voyés les apprets.
Unissés vous à moi pour fléchir la Déesse:
Un même trait me déchire et vous blesse.
Puissent nos voeux ardens mériter ses bienfaits.
L'heureux rival de Mars sçut fixer l'immortelle
Pour le jeune Adonis son coeur fut enflamé:
Qu'un fête brillante à jamais lui rappelle
L'amant qu'elle a le plus aimé.

Que le Ciel, que la terre et l'onde
Applaudissent à nos transports.
Peuples divers accourés sur ces bords,
La fête de Venus est la fête du monde.

Thermilis & le Choeur:
Que le Ciel, que la terre et l'onde
Applaudissent à nos transports.

Peuples divers accourés sur ces bords,
La fête de Venus est la fête du monde.

Ennemis des beaux jours,
Aquilons cessez vos ravages:
Favoris des amours,
Volés Zéphirs, volés sur nos rivages.
Vastes forêts, rians coteaux,
Retentissés de nos concerts nouveaux.

Jeunes fleurs hatés vous d'éclore,
Tendres oiseaux que réveille l'aurore,
Rendés hommage comme nous,
A la divinité que l'univers adore
Les bienfaits de Venus s'étendent jusqu'à vous.

[on danse]

Athamas:
Déesse rends-moi l'espérance;
Ne livre plus mon coeur à des transports cruels.
De ton fils irrité désarme la vengeance,
Sa rigueur détruit ta puissance,
Ton empire dépend du bonheur des mortels.

[les autels, les arcs de triomphe & les ornements de la fête se brisent]

Le Choeur:
Venus refuse notre hommage
Dieux ! quels forfaits l'animent contre nous !
Ses autels sont brisés ! quelle horreur ! quel ravage !
Fuyons, évitons son courroux.

[les peuples & les chasseurs se dispersent dans la forest]


Scene 4
Athamas, Thermilis

Athamas:
Venus avec son fils contre moi se déclare !

Thermilis:
Quel présage affreux pour mon coeur !

Athamas:
Reine, servés la fureur
Qui de mes esprits s'empare.
Daignés, fille des Dieux,
Employer l'art puissant que vous tenés des Cieux;
Pour accabler encor, ou pour clamer mon ame,
Penetrés quel obstacle est contraire à ma flâme:
Et dussiés vous hâter ma mort,
Commandés aux enfers de m'apprendre mon sort.

Thermilis:
J'obéis en tremblant à votre impatience.

O vous à qui les Dieux donnent la connoissance
Du fatal secret de nos coeurs,
Espritd dont l'affreuse science
Ne nous apprend que nos malheurs;
Fiers esclaves de ma puissance,
D'un amant malheureux secondés les fureurs:
Il implore avec moi vos barbares faveurs.

Je les entens répondre aux loix que je leur donne.
Ils sortent des Enfers... leur troupe m'environne...
De leurs flambeaux la funeste clarté
Fait luire à mes regards la triste verité.
Roi malheureux, quel amour te dévore ?
Héro t'a sçu charmer
En vain ton coeur l'adore,
Un autre... tout mon sang est prêt à se glacer...
Par quel pressentiment puis-je frémir moi-même
Du sort que je vais t'annoncer...
Ton rival... c'est Léandre, ô Dieux ! l'ingrat que j'aime.
Héro m'a sçu ravir l'objet qui m'a charmé.

Athamas:
Un même sort nous unit l'un à l'autre;
Vos malheurs sont les miens, mon injure est la vôtre.

Thermilis:
Léandre m'aimeroit si vous étiez aimé.

Athamas:
L'ingrate méprisoit ma flâme et ma puissance,
D'un autre amant elle écoutoit les voeux,
Hélas ! j'ignorois tous les noeuds
De leur secrette intelligence;
Je n'accusois encor que son indifférence,
Et mon rival étoit heureux.

Thermilis:
Que la vengeance nous console,
Que Léandre lui-même éprouve mon courroux.

Athamas:
Et consentirés vous que ma fureur l'immole ?

Thermilis:
Ah ! s'il le faut je conduirai vos coups.

Duo:
Hatons-nous, vengeons notre injure;

Que l'effroi, que la mort accompagnent nos pas.
De l'amour dans nos coeurs
Etouffons le murmure, Fureur,
Lance tes traits, immole deux ingrats.

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ACTE QUATRIEME

Le Théatre représente le Port & la Ville d'Abyde, on voit à la rade plusieurs vaisseaux prêts à faire voile


Scene premiere
Léandre, Arcas

Arcas:
Abyde avec transport obéit à vos loix.
Vos soldats empressés accourent à ma voix,
Prés de ces lieux leur troupe se rassemble
Ils brûlent d'affronter et la guerre et les flots:
Puisse l'amour et la victoire ensemble
Vous applanir les mers et vous suivre à Sestos.

Léandre:
Partés Arcas, volés sur l'onde,
A l'objet que j'adore annoncés mon retour.
Des voiles de la nuit l'obscurité profonde
Va bientôt effacer le jour.
Je cours arracher ce que j'aime
Au barbare pouvoir de mon rival jaloux,
Surprendre le tiran, le combattre moi-même,
Le vaincre ou mourir sous ses coups.


Scene 2
Léandre

Léandre, seul:
Amour, Amour vient jouir de ta gloire;
Je brave pour toi seul les horreurs di tombeau;
Viens éclairer de ton flambeau
Ou mon trépas, ou ma victoire.

La jeune Héro partage mon tourment:
Le péil d'être son amant,
Done à ma flâme une force nouvelle.
Soit vainqueur, soit vaincu, toujours tendre et fidelle,
Je me fais un plaisir charmant
De vivre ou de mourir pour elle.

Amour, Amour vient jouir de ta gloire;
Je brave pour toi seul les horreurs di tombeau;
Viens éclairer de ton flambeau
Ou mon trépas, ou ma victoire.

Hâtés-vous, momens precieux.


Scene 3
Léandre, Thermilis

[un Char porté par un nuage traverse rapidement le Théâtre]

Léandre:
Mais, quel rapide char descend du haut des Cieux !
C'est Thermili; fuyons le tourment qu'on m'aprête.

Thermilis:
Ne crois pas m'éviter: arrête.
C'est donc en vain que je brûle pour toi.
Mon heureuse rivale a triomphé de moi.
Tu dédaignes mes feux, un autre a sçu te plaire,
Hélas ! quel étoit mon malheur;
Ne pouvois-tu cruel m'avouer ce mistere
Quand je t'appris le secret de mon coeur !
Par un hommage trompeur,
Tu flatois mon espérance;
Sans ta lâche complaisance
J'aurois connu mon erreur.

Léandre:
D'un Dieu plus fort que nous accusons la puissance,
Vos appas, vos bienfaits auroient du me toucher:
C'est l'amour seul qui doit se reprocher
Votre foiblesse et mon indifférence.

Thermilis:
Des coeurs ingrats inutile détour !
Pour se justifier, ils accusent l'amour.

Léandre:
Si je suis un ingrat, je ne suis point parjure.
Triomphés de l'amour, calmés votre courroux,
C'est le seul sentiment qui soit digne de vous.

Thermilis:
Oui, j'éteindrai ces feux dont ma gloire murmure.
Rien n'est plus tendre et plus cruel
Que le coeur d'une amant adorée ou trahie.
Qu'il est doux de brûler d'un amour mutuel !
Qu'il est affreux d'être trahie !

Léandre:
Helas ! les malheurs de ma vie
Vangent assés les maux que je vous fais souffrir.

Thermilis:
Ne crains-tu pas pour toi ma vengeance cruelle !

Léandre:
Frapés, je puis mourir,
Mais je ne puis être infidelle.

Thermilis:
Je t'appaludis d'un funeste lien !
De mille affreux transports tu me rends la victime;
Mais ingrat, mais cruel, ne me reproche rien,
Mon amour, mon malheur, ma vengeance est ton crime.
C'est peu de ton sang et du mien.
Frémi d'horreur et d'épouvante;
C'est dans le coeur de ton amante
Que ma fureur jalouse ira percer le tien.

Léandre:
Vous pouriés vous livrer à tant de barbarie !

Thermilis:
Tu tremble pour sa vie,
Crois-tu me désarmer ?
Je vais pour te punir signaler ma puissance:
O Dieux ! faut-il que la vengeance
Succede au tendre amour qui m'avait sçu charmer:
Ah ! Je frémis des traits que ma main te prépare.
Je voulois n'emploer barbare
Mon pouvoir qu'à te plaire & mon coeur qu'à t'aimer.
Mais il est tems de fuir cette terre,
Je pleure... tremble ingrat, crains les pleurs de l'amour.
Et vous sujets du Dieu qui m'a donné le jour,
Fougueux Ministres du Tonnerre,
Volés, arrachés moi de ce fatal séjour.

[les Aquilons descendent et enlèvent Thermilis]

Léandre:
Déchaine toi barbare jalousie,
Tu trouble le prix du bonheur que j'attens.
En vain tu menace ma vie,
Les coeurs persécutés n'en sont que plus constans.


Scene 4
Léandre, Troupe de Matelots & de Soldats, jeunesse d'Abyde

Le Choeur:
Jeune héros, nous quittons ces rivages,
Faut-il vous suivre au bout de l'univers;
Nous braverons la foudre et les orages,
Les fureurs de Bellone et les écueils des mers.

[on danse]

Un Matelot:
Le voyage
Dans le bel age
N'a qu'un instant, et l'amante et l'amant
Au port touchent souvent,
Qu'ils ne pensoient pas
Faire le premier pas.

Soins jaloux importuns soupirs,
Ecueils des tendres plaisirs
Un habile nocher
Peut il vous aprocher.
Tout nous rit, jour et nuit,
L'espoir nous conduit,
L'amour sçait toujours
Donner d'heureux retours
Quelque soit le danger où l'on va s'engager
Il n'est que passager.

[on danse]

Une Femme de la Fête:
Faisons tête à l'orage
Vogués de tous vents,
Hazardés jeunes amans,
Votre courage
Commande au tems.

L'Amour n'a pour les foibles coeurs
Que des rigueurs.
Mais ses faveurs
Sont le prix des efforts vainqueurs:
C'est dans l'hiver de l'age
Qu'on peut rester au rivage
Mais la saison du voyage
C'est le Printems.

Heureux momens
Vous reglés nos embarquements
Du Dieu de Cythere
Je vois le flambeau qui nous éclaire:
Astre plus beau
Que ceux dont les feux
Parent les Cieux,
Conduisés nous
Aux bien les plus doux.

[on danse]

Léandre:
Hâtons nous, quittons le rivage,
Un dieu sert mes voeux les plus doux.
Partons, ne craignons point l'orage,
Tendre amour vogue avec nous.

Les Aquilons et la tempête
Ne peuvent troubler ce beau jour,
Je vais m'assurer la conquête
Que me prépare l'amour.

[on danse]

Léandre:
Du plus aimable objet mon coeur porte la chaine,
Héro se rend à mes soupirs.
Ses vertus, ses attraits en ont fait votre reine;
Un fier rival s'oppose à mes desirs.
Venés vanger mon outrage,
Conduisés sur ce rivage,
La beauté dont j'ai fait choix:
Au prix de votre sang mérités l'avantage
De vivre sous ses loix.

[Léandre et ses soldats s'embarquent]

Le Choeur:
Partés, volés à la victoire,
Que l'empire des mers s'aplanissent pour vous.
Quel honneur plus brillantest plus doux
Vous servés l'amour & la gloire.

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ACTE CINQUIEME

Le Théatre représente une terrasse du Palais de la Prêtresse qui donne sur la mer. La Scene se passe la nuit. On voit sur le rivage une tour éclairée dun phare


Scene premiere
Héro

Héro, seule:
Quelle horreur s'empare de moi ?
Je porte mes regards sur l'empire de l'onde,
Je les détourne avec effroi,
Quel vaste abime et quelle nuit profonde !

Amours, allumés vos flambeaux,
Hatés vous, prévenés l'aurore.
Vous Zéphirs volés sur les eaux,
Conduisés l'amant que j'aodre.

Tout doit favoriser les transports de son coeur:
La nuit répand en vain ses voiles les plus sombres,
En vain Neptune, Eole uniroient leur fureur
Dans ce moment ils bravent sans terreur
Le caprice des flots, l'obscurité des ombres.

Et vous de mes tourmens affreux
Seules dépositaires,
Prêtresses de Venus, dans ces lieux solitaires
Partagés mon trouble et mes voeux.


Scene 2
Héro, les Prêtresses de Venus

Le Choeur des Prêtresses:
Amour, divinité puissante,
De deux jeunes amans termine les malheurs.
Couronne leur flâme constante,
Ils t'offrent leurs soupirs, tu leur dois tes faveurs.

Hero:
Sensibles craintes,
plaintes,
Laissés en paix mon timide coeur:
Que ma tristesse,
cesse,
Espoir flateur calmés ma douleur.

Amour, vien, prend ma deffence,
A ta puissance, je m'abandonne pour jamais;
Récompense
Des feux si purs, si parfaits.
Enchaine Eole,
Vole,
Conduis l'objet de ma vive ardeur;
Vois ma tendresse,
Presse,
L'instant marqué pour notre bonheur.

Hero, alternativement avec le Choeur:
Amis du silence
Astres de la nuit,
Réparés l'absence
Du jour qui nous fuit:

Dissipés les ombres
Dont les voiles sombres
Cachent votre cours;
Vos feux tutélaires
Sont dus aux misteres
Des tendres amours.


Scene 3
Athamas, Héro, les Prêtresses de Venus

Athamas:
Quels chants audacieux me faites vous entendre !
Tremblés cruelle à votre tour:
Pour un autre que moi vous implorez l'Amour,
C'est peu de me haïr, vous adorez Léandre.

Hero:
Qu'attendés vous de vos fureurs.
L'Amour a condamné votre ardeur sacrilège,
Redoutés un Dieu qui protège
La liberté des coeurs.

Athamas:
Ah ! qu'il éclate encor ce Dieu qui me deteste;
Je renonce à ses faveurs.
Je veux vanger mes malheurs,
C'est le seul desir qui me reste.

[les airs & les flots commencent à frémir. On voit paroitre un tourbillon de feu]

Le Choeur:
Quel bruit confus se répand sur les mers !
Quel nuage enflammé s'avance dans les airs.


Scene 4
Thermilis, sur un nuage de feu porté par les Vents,
Athamas, Héro, les Prêtresses de Venus

Thermilis:
Que fais tu dans ces lieux, vange toi d'une ingrate,
Songe à te garantir de ces lâches complots.
Ton rival traverses les flots,
Dans ce moment leur trahison éclate.

Athamas:
O CIel !

Thermilis:
De ton destin je partage l'horreur;
Je rougis de mes feux, je rougis de mes larmes,
Mais ne crois pas que ma fureur
Attendre comme toi le sort douteux des armes.

Tirans impétueux de la terre et des airs,
Quités vos cavernes profondes
Aquilons soulevés les ondes,
Apelés le tonnerre, allumés les éclairs,
Que vos efforts ébranlent l'univers.
Perdés un ingrat qui m'offence:
Que ses soldats, que ses vaisseaux
Embrasés par la foudre, engloutis sous les eaux,
Aux yeux de son amante éprouvent ma vengeance.

[Tempête]

Héro:
Quel barbare courroux !
Justes Dieux, les souffrirés vous !

Le Choeur de Matelots, de Prêtresses et de Soldats:
O Ciel ! quels éclats de tonnerre !
Les ondes et les vents nous déclarent la guerre.

Athamas:
Aquilons furieux,
Livrés moi mon rival.

Le Choeur:
Nous périssons.

Les Prêtresses:
O spectacle fatal !

Héro:
Feux allumés par la vengeance
Tombés plutôt sur moi.

Athamas:
Une pitié si tendre ajoute à vos offence.

Le Choeur:
Nous périssons !

Les Prêtresses:
Quelle horreur ! quel effroi !

Héro:
Dieux immortels daignés m'entendre.

Le Choeur des Matelots:
Quel déluge de feu ! et quels terribles coups !
Les flots ont engloutis le vaisseau de Léandre.

Héro:
Dieux cruels ! je me meurs.

Le Choeur:
Ah ! nous périssons tous !

Les Prêtresses:
O vengeance fatale ! ô funeste courroux !

Athamas:
D'une juste pitié je ne puis me deffendre:
Hélas ! à quels transports vous abandonnés vous !

Héro:
Objet infortuné d'une flâme éternelle,
En vain ma douleur te rappelle,
Dans l'abîme des mers je te vois expirer,
J'entends tes derniers cris, ta mort est mon ouvrage:
Chere ombre, cher amant cesse de murmurer.
L'amour va nous unir aux ténébreux rivages
Pour ne jamais nous séparer.

[elle se précipite dans la mer]

Le Choeur:
Amour impitoyable !
Quel désespoir affreux ! quel destin déplorable !

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