Ismène
et Isménias
Tragédie
en Musique en III Actes
representée
devant le Roi & la Reine à Choisy, le Lundi 13
Juin 1763,
et pour la première fois par l'Académie Royale
de Musique le Mardi 11 Décembre
1770
livret
de Pierre Laujon
musique
de:
Jean-Benjamin
de Laborde
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les
peronnages de la Tragédie:
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les
interprètes:
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Azaris,
Roi d'Euricôme
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Mr
Gelin
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Isménias,
envoyé des Dieux
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Mr
Le Gros
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Thémisthée,
père d'Isménias et Grand
Sacrificateur
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Mr
L'Arrivée
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Ismène,
Prince d'Euricôme
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Mlle
Beaumesnil
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La
Prêtresse du Temple de
l'Indifférence
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Mlle
Rosalie
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L'Amour
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Mlle
Rosalie
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Une
Bergère
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Mlle
Vincent
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Choeur
de Filles d'Euricôme
Choeur de Sacrificateurs
Choeur de Prêtres de l'Hymen
Ombres d'amans malheureux, de Médée, de Jason,
de Créuse
La Jalousie, le Désespoir, la Vengeance et leur
Suite
Peuples de Corinthe
Nymphes de Diane
Bergers et Bergères
Ministres de Jupiter
Plaisirs et Jeux
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Scène
première
Thémisthée, Isménias
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Le
théâtre représente le palais des
ministres de Jupiter, à Euricôme
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Thémithée:
A de nouveaux honneurs cet heureux jour t'appelle;
Ministre du Maître des Dieux,
Tu viens nous annoncer sa fête solennelle:
Les peuples voisins de ces lieux
Ont déjà, par tes soins, vu couronner leur
zèle.
Du fruit de tes vertus nous jouirons comme eux.
Isménias:
A mes sermens vous me verrez fidèle.
Ce jour va terminer mes travaux glorieux;
Dût l'Amour en courroux, sur mon âme
rebelle,
Venger un jour le mépris de ses feux !
Dût mon coeur en gémir, je remplirai vos voeux
!
Thémisthée:
Triompher de l'Amour est un effort extrême.
Je redoutais pour toi ses charmes dangereux:
Mais qu'il m'est doux de voir un fils que j'aime
Préférer le plaisir de faire des heureux,
A celui de l'être lui-même !
Isménias:
Choisi pour offrir votre encens,
C'est à moi d'ignorer si l'amour a des charmes;
Je ne doit point aimer, je le sais, et je sens
Ce qu'un moment d'oubli me coûterait de
larmes.
Thémisthée:
Sûr de ton coeur, le mien est sans alarmes.
Nos peuples empressés vont te combler d'honneurs;
Je m'éloigne à regret des ces momens
flatteurs:
Mais au temple Azaris va nommer notre reine.
Quel présage pour nous, pour notre souveraine,
Qu'un jour où Jupiter nous promet ses faveurs
!
[il
sort]
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Isménias,
seul:
Pourquoi, cruel Amour, t'opposer à ma gloire ?
Vois ce qu'elle coûte à mon coeur !
Lui-même te sert de vengeur,
Il me fait pleurer ma victoire.
Ismène
d'un regard avait su m'enflammer;
Le devoir, ou plutôt l'absence,
Avait éteint ces feux qui devaient m'alarmer,
Mon retour en ces lieux détruit mon
espérance;
Ma flâme, malgré moi, semble s'y
allumer.
Pourquoi,
cruel Amour, &c.
Ismène
vient. Mon coeur contraignez bien vos feux !
Dans le secret du moins retenez-les encore !
Vous ne sentez que trop combien il est affreux
De s'offrir en coupable à des yeux qu'on
adore.
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Scène
3
Isménias, Ismène,
Troupe de Fille d'Euricôme, Choeur
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[Ismène
vient à la tête de la jeunesse d'Euricôme
rendre hommage à Isménias]
Ismène,
avec le Choeur, à Isménias:
De nos coeurs
Recevez l'hommage !
[aux
filles d'Euricôme, montrant
Isménias]
Sur ses
pas répandons des fleurs !
Notre bonheur doit être son ouvrage,
Peut-on lui rendre trop d'honneurs ?
Des Dieux c'est partager le plus doux avantage,
Que de dispenser leurs faveurs.
[on
danse]
Isménias:
Je ne mérite pas les honneurs qu'on m'adresse;
Hélas ! puissent vos justes voeux
S'élever par ma voix jusqu'au trône des Dieux
!
S'ils n'aidaient à notre faiblesse,
Qui pourrait leur offrir un encens digne d'eux ?
[la
Suite d'Ismène se retire]
|
|
Ismène:
Isménias, vous semblez peu flatté
Des honneurs que vous rend un peuple qui vous aime
?
Isménias:
Rien n'est égal à ma gloire suprême;
Couronné dans ce jour des mains de la
beauté,
L'excès de ma félicité
Séduirait Jupiter lui-même.
Mais quand il faut toujours songer
A se garder, à se défendre
Du plaisir trop flatteur que le coeur peut y prendre,
La gloire est bien près du danger.
Ismène:
Vous trouvez dans l'indifférence
Le seul bien qui flatte vos voeux.
Isménias:
Hélas ! l'Amour, qui s'en offense,
M'a fait pressentir sa vengeance
Dans l'image d'un songe affreux.
Dans son temple j'ai cru voir ce Dieu redoutable
Environné d'amans heureux.
L'image du bonheur allait faire un coupable.
Je veux fuir: l'Amour gronde, et son courroux m'accable.
A peine, à pas tremblans je reviens à
l'autel,
Que je vois Jupiter armé par la vengeance...
Dieux puissans ! qui de vous va punir un mortel ?
Ismène:
O Ciel !
Isménias:
Je frémissais... l'Amour prit ma défense.
Je crois le voir encore pénétrer dans les
Cieux.
Désarmer Jupiter, me blesser à ses yeux,
Et me dire en vainqueur: "Adore ma puissance
A la face même des Dieux !"
Ismène:
L'Amour voudrait en vain vous inspirer sa flâme,
Vous bravez tous les traits dont il pourrait s'armer.
Il ne peut soumettre vos âme;
Il voudrait au moins l'alarmer.
[on
entend une Symphonie]
Mais quels
concerts ?
Isménias:
Le peuple en ces lieux vient se rendre.
Ismène,
à part:
Ciel ! quels pressentimens !
Isménias:
Viendrait-il vous apprendre
Que le roi vous élève au trône de ces
lieux ?
Il doit vous couronner, si son choix est le
nôtre.
Ismène:
N'alarmez pas un coeur qui rassurait le vôtre !
L'éclat n'est pas toujours ce qui remplit nos
voeux.
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Scène
5
Isménias, Ismène,
Thémisthée,
les Peuples, Azaris, qui arrive sur la fin du
divertissement
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[Les
peuples d'Euricôme viennent annoncer à
Ismène qu'elle est choisie pour
reine]
Thémisthée,
avec le Choeur:
Ismène ! on vous appelle au trône;
Le Ciel nous fait déjà ressentir ses
faveurs:
Au gré d enos desirs recevez la couronne.
Thémisthée
& Isménias, avec le Choeur:
Eh ! qui peut mieux que vous régner sur tous les
coeurs ?
Imène,
aux peuples:
L'honneur que je reçois a de quoi me confondre;
Mais sur un choix qui réunit vos voeux,
C'est au Roi que je dois répondre.
[à
part, regardant Isménias]
Isménias
partage-t-il mes feux ?
Pour éprouver son coeur, laissons finir les jeux
!
[on
danse]
[Pendant
cette fête, Ismène et Isménias
paraissent plongés dans une rêverie dont ils ne
sortent que pour s'observer mutuellement]
Azaris, en
arrivant:
Célébrez votre souveraine,
Peuples soumis à mes lois !
Tous vos coeurs étaient pour Ismène;
Et l'Amour dans le mien avait gravé leur choix.
Célébrez votre souveraine !
[en
montrant Ismène]
Que la
Beauté
Reçoive en ces lieux notre hommage !
Est-il un plus heureux ouvrage
Que la Beauté ?
De
l'univers, quand on fit le partage,
L'Amour n'eut point d'empire limité;
Il ne voulut pour apanage
Que la Beauté.
Ismène,
au Roi:
Honorez moins mes faibles charmes !
Choisissez un Objet digne de vos bienfaits !
[laissant
échapper un regard sur
Isménias]
La seule
indifférence a pour moi des attraits:
L'Amour à mes regards n'offre que des allarmes;
Permettez que mon coeur se consacre à la paix
!
[elle
sort]
Azaris, en
la suivant:
N'espérez pas que je vous abandonne !
Le Choeur,
en la suivant:
Ismène ! on vous appelle au trône,
&c.
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Scène
6
Isménias, Thémisthée
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Isménias:
Croyez-vous qu'Ismène s'engage...
Thémisthée:
L'hymen de ces amans doit combler tous tes voeux.
Conçois-tu quels honneurs ce beau jour te
présage ?
Tu dois présider à leurs noeuds.
Isménias,
à part:
Dieux !
Thémisthée:
On ne peut te ravie l'avantage
D'unir à nos autels ce couple glorieux.
Isménias,
à part:
Je frémis.
Thémisthée:
D'où naît ta tristesse ?
Isménias:
Craignez de le savoir.
Thémisthée:
Que dis-tu, malheureux ?
Isménias:
Oui, je le suis, connaissez ma faiblesse;
Ne voyez plus en moi qu'un ministre odieux
Qu'une trop fatale tendresse
Va livrer au courroux des mortels et des Dieux !
Thémisthée:
Ignores-tu les maux où ta flâme
t'entraîne ?
Faut-il rappeler à tes yeux
Le jour qui t'engagea, par des serments affreux,
A braver le Dieu qui t'enchaîne ?
Isménias:
Il n'est que trop présent à mon coeur
amoureux;
C'est le jour où je vis Ismène.
On la choisit dans ce funeste jour
Pour s'assurer de mon indifférence;
Quand sa bouche me dit qu'il fallait fuir l'Amour,
Ses regards de ce Dieu m'annonçaient la
puissance:
Je jurai
de la fuir; hélas ! dans ces instans
Ma défaite était déjà
sûre.
Ismène enfin reçut en même temps
Et le serment et la parjure.
Thémisthée:
Brise ta chaîne, éteins tes feux !...
Ton coeur balance !
Déjà j'entends un Die rejeter tous nos
voeux...
Un roi jaloux, un peuple furieux,
Et ne respirant que vengeance...
Déjà la foudre gronde, et le courroux des
Cieux
Me force d'immoler l'ingrat qui les offense.
Arrache-moi, cruel, à ce spectacle affreux !
Brise ta chaîne, éteins tes feux !
Isménias,
se précipitant dans les bras de son père:
Ranimez mon faible courage !
De l'Amour détruisons l'ouvrage !
Dans mon coeur agité rétablissez la paix !
Je ne veux plus trouver d'attraits,
Dans une flâme criminelle.
Themisthée:
Ranime ton faible courage !
De l'Amour détruisons l'ouvrage !
Dans ton coeur agité vient rétablir la paix
!
Viens reprednre une âme nouvelle,
Dans un temple où l'Amour ne pénétra
jamais !
La gloire
t'a parlé; vole où sa voix t'appelle
!
Isménias,
d'un ton ferme et assuré:
Je vole où la gloire m'appelle.
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|
Le
théâtre représente des bois
consacrés à Diane, sous le titre de
Déesse de l'Indifférence. On voit, dans le
fond, le temple de cette Déesse.
|
Scène
premiere
La Prêtresse de l'Indifférence, le Choeur de
Prêtres
|
|
La
Prêtresse, avec le Choeur, alternativement:
Règne sur nous, paisible Indifférence !
Ah ! qu'il est doux de vivre sous tes lois !
Tous nos coeurs, ainsi que nos bois,
Servent d'asile à ta puissance.
Règne
sur nous, paisible Indifférence !
Ah ! qu'il est doux de vivre sous tes lois !
L'aveugle
enfant que l'univers encense
Gémit sans cesse aux pieds de tes autels;
Tu reçois à ses yeux les voeux de
l'innoncence,
Et tu venges tous les mortels.
Règne
sur nous, paisible Indifférence !
Ah ! qu'il est doux de vivre sous tes lois !
|
Scène
2
Ismène, la Prêtresse de l'Indifférence,
le Choeur de Prêtres
|
|
Ismène:
O vous, qui de l'Amour savez braver les traits ?
Sauvez-moi de son esclavage !
Dans des noeuds trop cruels il veut que je m'engage;
Il m'arrache à ce que j'aimais;
Je viens briser mes fers, je viens jouir en paix
Des biens qui font votre partage.
La
Prêtresse:
Pour vous admettre dans nos bois,
Il faut qu'à vos desirs la Déesse
applaudisse;
Venez à ses autels, par un prompt sacrifice,
Mériter l'honneur de son choix !
Puisse-t-elle à vos voeux se déclarer
propice,
Et vous l'annoncer par ma voix !
[elles
entrent dans le temple de
l'Indifférence]
|
|
Isménias,
seul:
Cet asile est dans l'univers
Le seul impénétrable à l'enfant de
Cythère !
Je suis peut-être,hélas ! le premier
téméraire,
Qui conserve en ces lieux l'empreinte de ses
fers.
Raison
cruelle !
Je veux rentrer sous tes lois;
Pourquoi résister à ma voix,
Quand je t'appelle ?
Que tu me sers avec lenteur !
Ton pouvoir n'est qu'une ombre vaine:
Aux premiers regards d'Ismène,
Aussi faible que moi, tu fuirais de mon coeur.
Raison
cruelle !
Je veux rentrer sous tes lois;
Quand je t'appelle,
Pourquoi résister à ma voix ?
A vos
autels, témoins de ma faiblesse,
Daignez, favorable Déesse,
Rassurer un coeur éperdu !
Ne sauriez-vous qu'alarmer ma tendresse ?
Ne pourrez-vous me rendre ma vertu ?
|
Scène
4
La Prêtresse, Ismène, Ismémias,
Choeur de Prêtresses
|
|
[le
temple s'ouvre, et Ismène paraît prête
à prononcer ses voeux au milieu des Prêtresses,
qui tiennent le voile qu'elles lui
destinent]
Isménias:
Mes voeux sont exaucés, le temple s'ouvre...
O Dieux !... que vois-je ? c'est Ismène
!
Ismène:
Isménias !... qui peut vous conduire en ces lieux
?
Isménias,
à Ismène à part:
J'y viens chercher la paix... Ah ! je tremble à ses
yeux !
[à
la Prêtresse, avec une assurance
forcée]
Me
serais-je flatté d'une espérance vaine
?
La
Prêtresse, avec le Choeur:
Non, non; d'un doux espoir vous pouvez vous flatter.
A l'Amour disputons la victoire !
Qui veut le fuir est sûr de la dompter.
Isménias
& Ismène, à part:
Non, non.
Le
Choeur:
Qui veut le fuir est sûr de le dompter.
Quand nous travaillons pour ta gloire,
O Déesse, l'Amour peut-il nous résister
?
Non, non, &c.
La
Prêtresse:
A ma voix, accourez du ténébreux rivage,
Malheureux que l'Amour fit gémir dans ses fers !
Venés, de vos malheurs divers,
De l'effet de ses traits, nous retracer l'image !
Puissiez-vous, comme à nous, apprendre à
l'univers
A braver son esclavage !
[La
Prêtresse de l'Indifférence emploie les
exemples, de préférence aux leçons,
pour ramner le calme dans le coeur d'Ismène et
d'Isménias; et pour les éclairer sur les
funestes effets de l'Amour, elle en retrace à leurs
yeux l'image dans les malheurs de Médée, Jason
et de Créuse, qui sont le sujet des Ballets
suivants]
|
Scène
5
La Prêtresse, Ismène, Ismémias,
Choeur de Prêtresses
|
|
Le
théâtre représente une place publique de
la ville de Corinthe: on voit d'un cpoté le palais de
Créon
|
|
[les
efforts que JAson tente pour être fidèle
à ses premiers serments, la tendresse de
Créuse qui triomphe de tous ces efforts, la jalousie
et la fureur de Médée, sont les premiers
objets de ce tableau. Jason accepte le trône et
Créuse, et répudie Médée. La
Magicienne, livrée à toute sa douleur, a
recours aux ressources de son art; elle évoque les
Enfers; la Jalousie vient l'animer; Médée
frémit; le Désespoir s'empare d'elle, la livre
à la Vengeance, et ces trois divinités
infernales lui offre le fer, le feu et le poison. La
Magicienne répand sur un présent qu'lle veut
offrir à sa rivale les venins les plus subtils, et
arrache des mains de la Vengeance un poignard qu'elle
destine à couronner ses crimes.
Le Peuple de Corinthe se rassemble pour
célébrer l'hymen de Jason et de Créuse;
Médée, qui paraît étouffer son
dépit et pardonner à Jason son
infidélité, vient elle-même orner sa
rivale du fatal présent qu'elle lui destinait.
L'instant où Créuse reàoit la coupe
nuptiale est l'instant marqué par la magicienne pour
faire éclater sa vengeance. Créuse
agitée, sent le poison couler dans ses veines.
Médée, sur un char trainé par des
dragons, vient se repaître du plaisir de voir sa
rivale expirante, jette à Jason un poignard dont elle
vient d'égorger ses enfans; le désespoir
s'empare de ce malheureux Prince, tandis que les ministres
des fureurs de la magicienne enflamment et détruisent
le palais de Créon.]
Le
Choeur:
Les plaintes, les larmes,
Les noires fureurs,
Sont l'effet des armes
Du tyran des coeurs.
Suivez nos exemples,
Aveugles mortels !
Jusques dans les temples,
Brisez ses autels !
[la
Jalousie, la Vengeance, le Désespoir et leur suite se
retirent]
La
Prêtresse:
Gardons un profond silence !
Diane va m'inspirer;
Mon coeur, rempli de sa puissance,
Sur votre sort va m'éclairer.
[à
Isménias]
"Isménias,
à l'amour le plus tendre
"Vainement dans ces lieux on voudroit t'arracher;
"Ismène seule peut te rendre
"Le calme heureux que tu viens y chercher."
[à
Ismène]
"De ce
coeur enflammé combattez la tendresse !
"Peignez-lui les tourmens de l'empire amoureux !
"C'est l'épruve que la Déesse
"Exige encor pour recevoir vos voeux !"
[elle
rentre dans le temple avec les
Prêtresses]
|
|
Ensemble,
& à part:
Dieux, quel oracle !... est-il possible ?
Isménias,
à part:
Ah ! quand l'Amour l'aurait dicté !...
Ismène:
Eh ! par quelle fatalité
Ce coeur, que j'ai vu si paisible,
A-t-il perdu sa liberté ?
Isménias,
d'une vois tremblante:
Vous frémiriez de sa
témérité,
Si je nommais l'objet qui l'a rendu sensible.
Qui croirait que le Ciel vous choisit en ce jour
Pour m'inspirer l'indifférence ?
Eh ! qui choisirait-il pour servir sa puissance,
S'il voulait m'inspirer l'amour ?
Ismène:
Qu'ai-je entendu ?
Isménias:
L'aveu de ma faiblesse.
Le devoir, la raison, tout me doit accuser:
Armez-vous contre ma tendresse !
Ismène:
Votre amour peut-il offenser
Un coeur faible qui le partage ?
Prête à peindre à vos yeux les maux
qu'il peut causer,
Je sens, en vous voyant, qu'il nous en
dégommahe.
Isménias:
Vous m'aimez !
Ismène:
Cet aveu doit-il vous rendre heureux ?
Isménias:
Ah ! n'arrachez point à mes yeux
Le bandeau qui les couvre encore !
Vous m'aimez !... je vous adore,
Est-il un bien plus précieux ?
Si ma flâme irrite les Cieux,
Pour un moment souffrez que je l'ignore !
Ah !
n'arrachez point à mes yeux, &c.
Ismène:
Veux-tu trahir nos peuples et les Dieux ?
Isménias:
Eh ! mon sang répandu suffit à leur
vengeance.
Ismène:
Ton sang ! ah, je frémis... quelle est ton
espérance ?
Ignores-tu qu'en ces momens affreux
Pour jamais à Diane on consacre mes voeux
?
Isménias:
Vous ne me cachez rien, cruelle,
De ce qui peut me rendre malheureux.
Ismène:
Ne pouvant être à toi, j'ai
préféré ces noeuds
A toutes les grandeurs où ton rival
m'appelle.
Isménias:
Et je perds un coeur si fidèle !
Dieux !
Ismène:
Est-ce là le calme précieux
Que devait te rendre Ismène ?
L'Amour
t'éloigna du devoir;
Que sa voix enfin t'y ramène !
Si j'ai sur toi quelque pouvoir,
Hâte-toi de briser ta chaîne !
L'Amour
t'éloigna, &c.
Pour
ôter tout espoir, à la face des Cieux,
Je fais serment...
Isménias:
Arrêtez, inhumaine !...
Le roi vient, justes Dieux !
|
Scène
7
Azaris, Ismène, Ismémias
|
|
Azaris:
L'Amour au désespoir me ramène à vos
yeux;
Ma présence déjà fait naître vos
alarmes !
Vous plaisez-vous, cruelle, à voir couler mes larmes
?
Ismène,
d'une vois tremblante:
Les coeurs vivent en liberté
Dans cette retraite paisible;
Je viens, s'il est possible,
Partager leur félicité.
Azaris:
Si Diane agréait vos hommages
Et vous recevait dans sa cour,
Bientôt ces paisibles bocages
Serviraient de temple à l'Amour.
Croyez que votre indifférence
N'ôte rien à votre beauté !
Et pour avoir plus de fierté,
Vos yeux n'ont pas moins de puissance.
Ismène:
Vous vous opposez vainement
Aux voeux que m'inpire mon zèle.
Isménias,
vivement à Azaris:
A ses nymphes, Diane annonce en ce moment
Si mon hommage est digne d'elle.
Azaris:
Ah ! je n'écoute plus qu'un transport furieux.
Dans ce temple, guidé par mon ardeur
extrême,
Je vais implorer pour mes feux
La Déesse qui veut m'arracher ce que j'aime:
Venez ! vous me verez la fléchir à vos
yeux,
Ou m'immoler sur l'autel même
Où vous consacrerez vos voeux.
[il
va pour entrer dans le temple]
|
Scène
8
La Prêtresse, Azaris, Ismène, Ismémias,
Choeur de Prêtresses
|
|
La
Prêtresse, avec le Choeur:
Téméraires, fuyez ! n'armez point la
colère
De la Divinité qu'en ce temple on
révère !
La
Prêtresse, se,eul à Ismène:
Et toi, dont l'Amour est vainqueur,
Porte loin de ces lieux ton ardeur criminelle !
"Cours au temple où l'hymen t'appelle !
"Dans les noeuds que tu fuis va chercher ton bonheur
!"
|
Scène
9
Azaris, Ismène, Ismémias
|
|
Ensemble:
Qu'entends-je ?
Azaris,
à Ismène:
Quoi ! l'Amour a changé votre coeur ?
Ismène:
Seigneur...
Azaris:
Pourquoi me le cacher, cruelle !
Le Ciel a trahi votre ardeur.
Ismène,
vivement à Azaris:
Ah ! sortons de ces lieux.
Azaris:
Venez ! que rien n'arrête
Les chaînes que nos coeurs vont former aux autels
!
[à
Isménias]
Et vous ?
de Jupiter venez chanter la fête,
Et recevoir nos sermens solennels !
Isménias,
à part:
Epargne-moi, maître des immortels !
Ta foudre gronde sur ma tête.
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|
Le
théâtre représente le temple de Jupiter,
orné de différens tableaux à la gloire
de ce Dieu. On voit un autel pour l'hymen du Roi et
d'Ismène.
|
|
Ismène,
seule:
Tu m'as dicté tes lois, Destin inexorable !
Je vais en subir la rigueur:
Du moins donne à mon faible coeur
La force d'accabler un amant misérable,
Dont le partage le malheur !...
Mes yeux, il faut donc vous défendre
De chercher désormais mon bonheur dans les siens
!
Que de pleurs vous allez répandre,
Quand les mains d'un amant si tendre
Vont serrer mes tristes liens !
Tu m'as
dicté tes lois, &c.
Mais il
vient !... cachons-lui mon trouble et ma douleur
!
[elle
sort]
|
Scène
2
Isménias, Thémisthée
|
|
Thémisthée:
Le ciel enfin dissipe nos alarmes;
Le choix d'Ismène assure ton bonheur;
L'infidélité de son coeur
Eteindra dans le tien l'ouvrage de ses charmes.
Isménias:
J'ai peine à croire encor qu'elle puisse changer;
Je juge par mon coeur de celui de l'ingrate;
Redites-moi cent fois qu'un autre amour la flatte !
En croyant vos dicours, je crains de l'outrager.
Thémisthée:
Quand l'Amour nous appelle à la grandeur
suprême,
Sans peine il se fait écouter;
Il ne plait que trop de lui-même;
Quand la gloire le sert, comment lui résister
?
Isménias,
vivement:
Non, ce n'est point au rang qu'Ismène sacrifie
L'espoir qui flattait nos amours;
Le seul désir qu'elle a de conserver mes jours
Assure à mon rival un bonheur que j'envie;
Mais c'est une barbarie
Que de vouloir me secourir
Par une telle perfidie:
Il fallait oublier les dangers de ma vie,
M'aimer, me le prouver en me laissant mourir.
Thémisthée:
Elle obéit aux Dieux.
Isménias:
Eh ! l'Amour s'en étonne...
Depuis que le Ciel force Ismène à me
trahir,
Je la fuis, elle doit me fuir.
Malgré l'éclat qui déja
l'environne,
Un regard de l'Amour ferait encor rougir
Ce front que la gloire couronne.
[on
entend une symphonie qui annonce le moment où le
peuple s'assemble pour la fête de
Jupiter]
L'heure
approche, l'air résonne
De mille chants harmonieux.
La trompette sonne:
Peuples, accourez en ces lieux !
Venez, des
vrais plaisirs, heureux dépositaires,
Bergers ! venez sans crainte ! approchez des autels !
Vos coeurs purs, vos voeux sincères,
Sont sûrs de plaire aux immortels.
|
Scène
3
Azaris, Ismène, Isménias,
Thémisthée
|
|
[les
peuples se rendent au temple, ainsi qu'Azaris &
Ismène, et chacun présente son offrande et ses
voeux aux autels de Jupiter. Cérémonie de la
fête de Jupiter]
Une
Bergere:
Nous offrons nos biens dont la Nature,
Simple en sa parure,
Orne nos vergers;
Ce sont les seuls dons qu'elle nous laisse;
Ils font la richesse
De tous nos bergers.
[on
danse]
Peuples,
que vos trésors et nos simples guirlandes
Soient sur un même autel, sans offenser vos yeux !
Les biens qui nous servent d'offrandes
Sont l'ouvrage des mêmes Dieux.
[on
danse]
Isménias:
Au Dieu qui lance le tonnerre
Offrez l'hommage de vos coeurs !
Le
Choeur:
Au Dieu qui lance le tonnerre
Offrons l'hommage de nos coeurs !
Isménias:
Implorez ses justes faveurs !
J'annonce sa gloire à la terre.
Le
Choeur:
Implorons ses justes faveurs !
Annoncez sa gloire à la terre !
Isménias,
avec le Choeur, et indiquant la tableau de Jupiter dans
l'Olympe:
Quel éclat l'envirrone au trône des grandeurs
!
Les Dieux de la terre et de l'onde,
Lui rendent les mêmes honneurs,
Le même encens qu'ils reçoivent du
monde.
Au Dieu
qui lance le tonnerre, &c.
Isménias,
faisant voir le tableau de Jupiter dans la cabane de
Philémon et Baucis:
Ce Dieu qui règne sue les Dieux
Est-il, dans ces hameaux, moins grand que dans les cieux
?
[montrant
Philémon & Baucis]
Coeurs
bienfaisants, garans de sa bonté suprême !
Il donne à vos bienfaits le prix qu'il leur est
dû;
Plus flatté des honneurs qu'il rend à la
vertu
Que de ceux qu'il reçoit lui-même.
Azaris,
à Ismène:
Couronnez enfin mon ardeur !
Cédez à mon impatience !
Rien ne manque à ma puissance,
Mais tout manque à mon bonheur.
Mon peuple vous fait connaître
Qu'il applaudit à mon choix;
Et les sujets et le maître,
Tout veut vivre sous vos lois.
Ismène,
à Isménias, sans oser le regarder:
Du Dieu qui dans ses mains tient le bonheur du monde,
Implorez pour moi les bienfaits !
Qu'à mes voeux sa bonté réponde
!
Isménias:
Vos désirs seront satisfaits.
Le Choeur,
à Azaris et Ismène:
D'accord avec l'Amour, que l'Hymen vous couronne
!
[à
Isménias]
A ces
autels unissez deux amans !
Isménias,
qui s'est avancé lentement et les yeux baissé
vers l'autel, dit d'une voix mal assurée:
J'attends Ismène.
Ismène,
à part:
Hélas ! la force m'abandonne.
Azaris, en
lui donnant la main et la conduisant à l'autel:
Partagez mes empressemens !
Ismène:
Je vous suis.
Azaris,
à l'autel:
Jurons-nous une ardeur mutuelle,
Isménias, recevez nos sermens !
Azaris et
Ismène, la main sur l'autel, et détournant les
yeux et de l'autel et d'Isménias:
Sur ces autels je jure...
Isménias,
à l'autel, n'ayant pas la force d'achever, tombant de
faiblesse entre les bras de Thémisthée, et
interrompant Ismène:
Osez-vous bien cruelle,
Pour former des coupables noeuds,
Choisir l'amant le plus fidèle ?
Azaris,
Thémisthée, Ismène:
Qu'entends-je, ô Ciel !
Isménias:
L'aveu d'une ardeur criminelle.
Ismène:
Je me meurs !
Thémisthée:
O mon fils !
Isménias,
tombant dans les bras de son père:
Mon Père !
Thémisthée:
Ah, malheureux !
Ismène,
à Isménias:
Cruel, tu veux mourir !
Isménias:
Et pour une infidèle ?
Ismène,
vivement:
Je ne l'étais que pour sauver tes jours.
Azaris,
à Ismène:
Perfide ! vous osez répondre à ses amours
?
C'est l'arrêt de sa mort.
Ismène,
à Azaris, en l'arrêtant:
C'est l'arrêt de la mienne.
Azaris:
Il a trahit les Dieux.
Ismène,
très-vivement:
Ils savent se venger.
Croyez-vous leur puissance vaine ?
Azaris:
Je dois punir qui les ose outrager.
Ismène:
Vous ne le punirez que d'avoir su me plaire.
Azaris:
Qu'on enchaîne à l'autel cet amant
téméraire;
Qu'il périsse !
Ismène,
aux sacrificateurs et au roi, en se jetant alternativement
à leurs genoux:
Arrêtez !...[avec
Thémisthée] O Ciel,
protégez-nous !
[on
entend gronder le tonnerre]
Azaris
& le Choeur, au grand sacrificateur:
Jupiter en courroux,
Demande vengeance.
Que l'ingrat qui l'offenseµTombe sous vos coups
!
[des
sacrificateurs se sont assurés d'Isménias, et
l'ont enchaîné à l'autel; ils portens la
hache sacrée à Thémisthée, et
voyant qu'il n'a pas la force d'obéir aux ordres du
roi, ces sacrificateurs lèvent le bras pour immoler
Isménias, et sont arrêtés par la suite
de l'Amour, qui paraît dans le nuage qui
s'entr'ouvre]
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Scène
4
Azaris, Ismène, Isménias,
Thémisthée, l'Amour & sa
Suite
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L'Amour,
aux Sacrificateurs:
Arrêtez !... [aux peuples] quelle
aveugle rage
Anime vos coeurs en ce jour ?
Jupiter n'est armé que pour venger l'outrage
Que vous osez faire à l'Amour;
Voulez-vous qu'un mortel me refuse un hommage
Que me rendit cent fois le souverain des Cieux ?
De mon pouvoir lui-même il vous offre l'image:
Servir l'Amour, c'est imiter les Dieux.
[à
Ismène et Isménias]
Formez les plus aimables chaînes !
L'Amour va combler vos desirs;
Vous avez trop connu ses peines,
Connaissez enfin ses plaisirs !
[à
Azaris]
Et toi,
qui de mes traits éprouves la rigueur !
Je ne veux pas que ton malheur
D'un jour si glorieux ternisse la mémoire;
Dans ton âme mes feux se changeaient en fureur;
Je les éteins, je te rends à la
gloire.
Azaris:
La raison dans mon coeur fait briller son flambeau;
Du trait qui me blessait quand l'Amour me
dégage,
[à
Ismène et Isménias]
Pour me
rendre insensible aux biens qu'il vous prépare,
Il faut que sur mes yeux il ait mis son bandeau.
[aux
peuples, montrant l'Amour]
Peuples,
que vos plaisirs pour lui soient un hommage !
[il
sort]
[les
Peuples rendent hommage à l'Amour, et se joignent aux
Plaisirs et aux Jeux pour célébrer le bonheur
d'Ismène et d'Isménias]
L'Amour:
Je règne sur les coeurs, leur bonheur fait ma
gloire;
[à Ismène &
Isménias] Sur vous j'ai lancé tous mes
traits:
Un coeur ignore mes attraits,
Quand il s'oppose à ma victoire.
Isménias,
avec le Choeur:
Tu règnes sur les coeurs, leur bonheur fait ta
gloire.
Sur nous tu lances tous tes traits:
Un coeur ignore tes attraits,
Quand il s'oppose à ta victoire.
[on
danse]
Isménias,
à l'Amour:
Permets qu'un coeur animé par tes flâmes
Célébre ton triomphe et chante tes bienfaits
!
Tu ne vois sous tes lois que des coeurs satisfaits:
Le bonheur, à ta voix, a volé dans nos
âmes.
[aux
Peuples]
Vous aurez
pour vous tous les Dieux,
Si le dieu des Plaisirs leur adresse vos voeux;
Il règne dans les cieux, ainsi que sur la terre:
Qui rend heureux le maître du tonnerre,
Doit obtenir pour nous un regard de ses yeux.
Permets
qu'un coeur, &c.
Thémisthée,
Isménias & Ismène:
Nous versions des larmes,
Quel moment succède à nos soupirs !
Du sein des alarmes,
Naissent nos plaisirs.
Isménias,
à l'Amour:
Le Ciel, à ta vois,
Suspend ses lois,
Permet que j'aime;
Tu descends des Cieux,
Pour nous rendre heureux,
Pour nous réunir toi-même;
C'est combler nos voeux;
C'est dire,
L'Amour ne désire
Fixer, enchaîner un coeur
Que pour mieux assurer son bonheur.
Le
Choeur:
Nous versions des larmes, &c.
L'Amour:
Vous versiez des larmes,
Quel moment succède à vos soupirs !
Du sein des alarmes,
Naissent vos plaisirs.
[la
fête se termine par un ballet
général]
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