Hesione
Tragedie
en Musique en I Prologue & V Actes
par Monsieur André
Campra
[1660 - 1744]
le livret est de Monsieur Antoine Danchet
Academie Royale de Musique
le Vingt-Uniéme jour de Decembre 1700
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les
personnages du Prologue: les
interpretes: La
Pretresse du Soleil,
qui celebre les Jeux Seculaires Mlle
Maupin Le
Soleil Mr
Hardouin Un
Lidien Mr
Piton
Le
Theatre represente les Amphitheatres de l'ancienne Rome,
où l'on avoit coutume de celebrer en l'honneur du
Soleil des Jeux, au commencement de chaque Siécle. La
Scene se passe au commencement du jour.
La
Prestresse Que
vois-je ! que d'heureux presages ! Les
Choeurs [les
Saliens & les Lidiennes commencent les
Jeux] La
Prestresse Nous
avons à nos Loix asservy la Victoire; Que
la gloire & les plaisirs Grand
Choeur Petit
Choeur Grand
Choeur Petit
Choeur Tous
les Choeurs [les
Jeux continüent] Un
Lidien Que
rien ne trouble plus les charmes La
Prestresse Que
l'Amour qui devient heureux La
Prestresse,
& les
Choeurs
Le
Soleil Vous
vivez, sous les Loix d'un Heros glorieux, Le
Soleil,
& les
Choeurs |
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les
personnages de la Tragedie: les
interprètes: Laodemon,
Roy de Troye Mr
Hardoüin Hesione,
Fille de Laodemon Mlle
Moreau Venus Mlle
Desmâtins Anchise,
Prince Troyen, Amant d'Hesione, & aimé de
Venus Mr
Thevenard Telamon,
Roy de Salamine, Amant d'Hesione Mr
Choplet Cleon,
Prince grec, aimé de Telamon Mr
Dun Neptune Mr
Dun Mercure Mr
Piton Une
Prestresse de Flore Mlle
Maupin Un
Plaisir Mr
Boutelou Une
Grace Mlle
Heusé Une
Ombre fortunée des Champs
Elisées Mlle
Marchand Une
Romaine Mlle
Heusé
Choeur de Plaisirs & de Graces
Choeur d'Ombre Fortunées d'Amants & d'Amantes
Choeurs de Nymphes de Proserpine
Choeurs de Dieux Marins
Choeurs de Songes sous la figure de Romains
Le
Theatre represente un Temple que l'on doit consacrer aux
Dieux
Telamon, Cleon
Telamon: Cleon: Telamon: Cleon: Telamon: Cleon: Le plus
grand coeur peut sans foiblesse Telamon
& Cleon: [on
entend une agreable Symphonie, & Venus descend du Ciel
sur un Char environné d'Amours & de
Zephirs] Telamon
& Cleon:
Hatons-nous, partons de ces lieux;
Tout y redouble ma tristesse;
Ce Temple qu'aujourd'huy le Roy consacre aux Dieux,
Verra demain l'Hymen de la Princeße.
Laodemon, Seigneur, a trompé vôtre espoir,
Le choix qu'il a fait vous outrage;
A-t'il donc oublié que par vôtre courage
Vous avez soûtenu sa gloire & son pouvoir ?
Sans Alcide & sans vous ce magnifique ouvrage,
Ces murs par Neptune élevez
De ses Voisins jaloux alloient sentir la rage:
Vôtre bars les a conservez.
Ce n'est point le Roy qui m'offense:
De mon heureux Rival Hesione a fait choix;
Anchise en est aimé, je perds toute esperance,
Et l'Ingrate m'a vû pour la derniere fois.
Dieux ! quel prix de vôtre constance !
D'Alcide sur ces bords j'accompagnois les pas;
J'allois dans les combats
Chercher d'un nom fameux l' éternelle memoire;
Retenu dans ces lieux par un charme fatal
J'ay refusé l'éclat que m'offroit la
Victoire:
Ah ! que l'Amour me recompense mal
D'avoir quitté pour luy la Gloire !
Arrachez-vous de ce séjour.
Une fois céder à l'Amour;
Mais il faut que la Gloire en soit enfin
maîtresse,
Et qu'elle triomphe à son tour.
Allons, allons, c'est trop attendre,
On ne peut à l'Amour assez-tôt resister:
Plus on differe à s'en deffendre,
Et moins on peut le surmonter.
Ah ! quels charmans concerts ! quelle clarté
nouvelle
Brille de toutes parts !
Quelle est cette Immortelle,
Qui vient s'offrir à nos regards.
Venus, Telamon, Cleon
Venus: Telamon: Venus: Pour mieux
te satisfaire, [aux
Zephirs qui ont suivy son Char] Partez,
volez, Zephirs, empressez à me plaire, [les
Zephirs s'envolent] Telamon: Venus:
Arrête, Telamon, je veux finir ta peine:
Tu vois la mere des Amours;
Tu sçauras quel dessein m'ameine,
Espere tout de mon secours.
Mon trop heureux Rival épouse ce que j'ayme,
Déesse, que puis-je esperer ?
Malgré leur foy promise & leur amour
extrême,
J'entreprens de les separer.
Je vais demeurer en ces lieux:
Allez à mon secours appeller tous les
Dieux.
Ciel ! puis-je me flatter d'un sort si glorieux !
Attens dans ce séjour l'eefet de ma puissance:
Aime, soûpire avec constance,
Tu verras finir tes tourmens;
Il n'est point pour l'Amour une plus grande offense,
Que le desespoir des Amans.
Telamon, Cleon
Telamon: Doux
charme des coeurs amoureux Cleon: Telamon:
Venus sur mon Rival me promet la victoire !
Venus me favorise ! ô Ciel ! le puis-je croire
?
Espoirs, revenez dans mon ame,
Prevenez les plaisirs qu'on promet à ma
flâme,
Commencez à me rendre heureux:
Doux charme des coeurs amoureux
Espoirs, revenez dans mon ame.
Hesione, Seigneur, suit le Roy dans ces lieux,
Vôtre Rival est avec elle.
Cachons-nous à leurs yeux,
Epargnons-nous une douleur nouvelle.
Le Roy, Hesione, Anchise,
Suite du Roy
Le
Roy: Le Roy,
Hesione & Anchise: Anchise: Hesione: Le Roy,
Hesione & Anchise:
Le Dieu des Mers n'est plus irrité contre nous,
Pour ces fameux remparts nous n'avons plus à
craindre,
En luy manquant de foy j'allumay son couroux,
Mes respects viennent de l'éteindre.
Il ne nous reste plus qu'à celebrer des Jeux,
Et qu'à faire en ce Temple un premier Sacrifice,
Ma fille, à ton Hymen rendons le Ciel propice,
Unissons nos voix & nos voeux.
Unissons nos voix & nos voeux.
Princesse, un doux Hymen flatte mon esperance:
Que mon coeur est content, & qu'il est amoureux
!
Le peuple dans ces lieux s'avance,
Unissons nos voix & nos voeux.
Unissons nos voix & nos voeux.
Le Roy, Hesione, Anchise,
Suite du Roy, Troupe de Sacrificateurs & de
Prêtresses qui viennent consacrer le
Temple
Le
Roy: Le Roy, Le
Choeur de Sacrificateurs & de Prêtresses: Le Choeur
des Prêtresses: Le Choeur
des Sacrificateurs: Le Choeur
des Prêtresses: Le Choeur
des Sacrificateurs: Le Choeur
des Prêtresses: Le
Roy: Hesione,
une Prêtresse de Flore, le Choeur des Suivantes de
Flore: Flore fait
éclore Heureux un
coeur tendre Les roses
nouvelles, Le
Roy: [dans
le temps qu'il veulent entre dans le Temple, il paroît
tout en feu, la Terre tremble, & le Tonnerre se fait
entendre] Les
Choeurs: Le
Roy: Une Voix
que l'on entend: Le
Roy:
haut
de page
Que chacun de vous me seconde;
Les Roys sont les sujets des Dieux:
C'est en obeïssant aux Cieux,
Qu'ils doivent commander au monde.
Rendons hommage aux Immortels,
Qu'à nos voix, qu'à nos chants dans ces lieux
tout réponde,
Que tous les Dieux du Ciel, de la Terre & de l'Onde
Y puissent trouver des Autels.
Dans ces lieux pleins de charmes
Les Dieux descendent tous,
L'Amour seul a des armes,
Nous en aimons les coups.
Jupiter sans Tonnerre
Reçoit icy nos voeux,
Et le Dieu de la Guerre
N'y vient qu'avec les Jeux.
Dans ces lieux pleins de charmes
Les Dieux descendent tous,
L'Amour seul a des armes,
Nous en aimons les coups.
Pour marcher sur les traces
Du Dieu qui fait aimer,
Bellone par les Graces
Se laisse desarmer.
Dans ces lieux pleins de charmes
Les Dieux descendent tous,
L'Amour seul a des armes,
Nous en aimons les coups.
Déesses, Dieux du Ciel, recevez nôtre
hommage,
Qu'Appollon avec vous favorise ces lieux,
Neptune, oubliez un outrage
Qui pour vous contre moy souleva tous les Dieux.
Venbez contre la rage
De cent peuples jaloux
Deffendre vôtre ouvrage,
Venez, protegez-nous.
Qu'icy chacun chante
L'aimable Printemps,
Tout plait, tout enchante,
Tout pare nos champs,
La Terre est riante,
Profitons du temps.
Mille & mille fleurs,
L'Amour fait encore
Naître plus d'ardeurs.
Qu'il veut enflâmer !
Gardons-nous d'attendre,
Hatons-nous d'aimer.
Pour paroître belles,
N'ont dans leur Printemps
Que quelques instants,
Pour plaire comme elles
L'Amour n'a qu'un temps.
Offrons aux Dieux ce Temple, il est temps qu'on
commence,
Qua chacun avec moy s'avance.
Ah ! quel bruit ! quel fracas ! ah ! quel desordre affreux
!
Quels tremblemens ! quels deluges de feux !
Dieu des Mers, est-ce encor l'eefet de ta vangeance
?
Dieux, nous punissez-vous, quand nous nous soûmettons
?
Le bruit cesse... qui peut calmer sa violence ?
Le Ciel veut s'expliquer... que l'on fasse silence...
Ecoûtons, écoûtons.
Au pied du Mont-Ida qu'Anchise vienne apprendre
Des volontez du Ciel ce que l'on doit attendre.
Nôtre sort va se declarer,
Allons voir s'il faut craindre, ou s'il faut
esperer.
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Le
Theatre represente un Desert au pied du Mont-Ida, on y voit
des Precipices & des Torrens qui tombent du
sommet
Hesione, Anchise
Hesione: Anchise: Hesione: Tout nous
flattoit de l'Hymen le plus doux ! Anchise: Hesione: Hesione
& Anchise:
Ah Ciel ! que venons-nous d'entendre ?
Un Oracle nouveau que je ne puis comprendre,
Veut qu'on vous laisse seul sans deffense en ces lieux;
Quel est donc le dessein des Dieux ?
Que pretendent-ils ? Non, en vain leur voix l'ordonne,
Vous ne serez point seul en ces lieux pleins d'horreur,
Un noir pressentiment épouvante mon coeur,
Et l'Amour ne veut pas que je vous abandonne.
Les Dieux me vont icy declarer nos destins,
Soûmettons-nous à leur pouvoir
suprême:
Laissez-moy seul: suivons leurs ordres souverains,
Que craignez-nous ?
Ce que je crains !
Ignorez-vous que je vous aime ?
Je crains pour vous, je crains de perdre vôtre
coeur,
Sans cesse je fremis, je tremble,
Je ne puis penetrer quel sera mon malheur;
Mais je sens que je crains tous les malheurs
ensemble.
Quelque soit le Destin où l'Oracle me livre,
Les Dieux même en seront jaloux:
Ah ! si pour vous je ne puis vivre,
Du moins je puis mourir pour vous.
Tout m'allarme & m'inspire une affreuse tristesse,
Ma crainte en ce moment égale ma
tendresse.
Helas ! de nôtre sort quel doit être le cours
?
O Dieux ! troublerez-vous sans cesse
Les plus beaux feux, les plus tendres amours !
Le Roy, Hesione, Anchise
Le
Roy: Mais que
vois-je ! des pleurs s'échappent de vos
yeux... Anchise
à Hesione:
Au bonheur des Troyens ne mettons plus d'obstacle,
Ma fille, pour sçavoir la volonté des
Dieux,
Il faut obéïr à l'Oracle;
Laissons ce Heros dans ces lieux.
N'augmentez point ma douleur par la vôtre,
Belle Princesse, allez, tout doit nous rassûrer;
Le Ciel auroit-il fait nos deux coeurs l'un pour
l'autre,
S'il eût voulu les separer.
Anchise
[l'horreur
des Deserts s'augmente, on entend une Symphonie qui a
quelque chose d'affreux] Anchise,
seul: J'ay cent
fois éprouvé vôtre injuste rigueur, Deserts,
où regne une horreur éternelle, L'Hymen
alloit combler mes voeux, Deserts,
où regne une horreur éternelle, [on
entend une Symphonie vive & agreable] Quel
changement ! que vois-je ! ô Dieux !
De ma Princesse, helas ! j'ay calmé les allarmes;
Mais qui pourra calmer les troubles de mon coeur ?
Aimable & cher objet qui causez ma langueur,
Pour la derniere fois n'ay-je point vû vos charmes
?
Dieux, dont la voix icy m'appelle,
Une chaîne si belle
Pourroit à vôtre sort egaler mon bonheur;
En êtes-vous jaloux ? ah ! mortelle frayeur
!...
Rochers, Torrens impetueux,
Precipices ouverts aux Amans malheureux,
Preparez-moy plûtôt la mort la plus
cruelle.
Ah ! quel supplice extrême,
De perdre ce qu'on aime,
Au moment qu'on croît être heureux !
Rochers, Torrens impetueux,
Precipices ouverts aux Amans malheureux,
Preparez-moy plûtôt la mort la plus
cruelle.
Quel spectacle éclattant se presente à mes
yeux ?
Venus, Anchise,
Suite de Venus
[le
theatre change & represente des Jardins
agréables, Venus y paroît sur un Trône de
fleurs au milieu des Plaisirs, des Graces, des Ris & des
Jeux, & l'Amour assis au pied du Trône, où
elle est placée] Venus: Le Choeur
d'Amours & de Graces: Un
Plaisir: Une
Grace: Venus,
à sa Suite: [les
Plaisirs se retirent]
Graces, Amours, qui cherchez à me plaire,
Venez de toutes parts,
Vôtre secours m'est necessaire;
Charmez de ce mortel le coeur & les regards;
Chantez sous ces naissans feüillages,
Formez les plus tendres accords,
Que les Oyseaux par leurs ramages,
Que les Echos secondent vos efforts.
Chantons sous ces naissans feüillages,
Formons les plus tendres accords,
Que les Oyseaux par leurs ramages,
Que les Echos secondent nos efforts.
Avec les Jeux, les Ris & la Jeunesse
Dans ce séjour
Venus conduit sa Cour:
Que ses regards inspirent de tendresse !
Que pour la voir, à l'envi tout s'empresse,
Goûtez, goutez, dans ces beaux lieux
Une douceur qu'elle dérobe aux Dieux.
A l'Amour tout doit rendre les armes,
Paisibles Coeurs, cedez à ses attraits,
Venez tous éprouver ses allarmes,
Ne craignez point le pouvoir de ses traits,
Ils ont plus de charmes,
Que vôtre paix.
Pourquoy füir quand ce Dieu se presente ?
Vôtre bonheur doit-il vous allarmer ?
Il dépend du plaisir d'aimer;
Les langueurs, les soûpirs, tout enchante
Les tendres Amans,
Leur ame est contente
Dans les tourmens;
La froide sagesse
D'un coeur sans tendresse,
N'a point à prétendre de doux
momens.
C'en est assez: allez, que l'on nous laisse.
Venus, Anchise
Venus: Anchise: Venus: Anchise: Venus: Anchise: Venus: Anchise: Mille
coeurs enchantez d'un si bel esclavage, Venus: Je fais
mon bonheur de vous voir, Vous
voulez me quitter !... vous vontez chaque instant
!... Anchise: [Anchise
s'en va] Venus,
à l'Amour: [l'Amour
s'envole]
Je ne veux plus te cacher ton bonheur,
De Venus dans ces soins reconnois la tendresse,
Elle oublie aujourd'huy sa suprême Grandeur,
Ce n'est que comme Amante, & non comme
Déesse,
Qu'elle vient demander ton coeur.
O Ciel !
Tu peux juger de mon amour extrême,
J'abandonne pour toy le celeste séjour,
Eh ! qui pourroit sçavoir comme il faut que l'on
aime,
Si ce n'est la mere d'Amour !
Helas ! pourquoy m'offrez-vous tant de gloire ?
Déesse, vous sçavez si je puis
l'accepter.
D'un autre objet tu gardes la memoire,
Et pour aimer Venus tu n'oses le quetter !
D'une ardeur nouvelle
Ne cherchez point à m'enflâmer,
Venus voudroit-elle aimer
Un coeur qui seroit infidelle ?
On peut être inconstant pour faire un plus beau
choix.
Il n'est permis qu'aux Dieux de vivre sous vos
loix:
Feroient de vous aimer leur bonheur le plus doux;
Mais pour vous rendre un digne hommage,
Il faut un coeur qui n'ait aimé que vous.
Mon coeur s'est donc flatté d'une esperance vaine
?
Eh bien: suivez l'ardeur qui vous entraîne:
Mais je vous aime trop pour vouloir vous contraindre,
Connoissez mon amour, ignorez mon pouvoir;
Venus se fait aimer, & ne se fait point
craindre.
A vos regards tout doit rendre les armes,
Si je n'adore pas leur pouvoir éclatant,
Je sens du moins qu'un coeur qui veut être
constant,
Doit craindre de voir tant de charmes.
Vole, suis cet Amant, vole aprés luy, mon fils,
Puisqu'à tes loix tu m'as soûmise,
Va sçavoir du Destin quel espoir m'est permis,
Et retiens dans ces bois l'ingrat qui me
méprise.
Venus
Venus,
seule: Pour
rendre son supplice extrême,
Il me méprise ! ô vous qui tant de fois
Fûtes les Témoins de ma gloire,
Vous voyez un mortel échapper à mes loix
Dieux ! pourrez-vous le croire ?
Pourray-je le souffrir ?... Non, courons, vengeons-nous,
Je me suis trop-long-temps contrainte en sa presence,
Eclatez, mon juste couroux:
Qui peut retenir ma vangeance ?
Je suis Déesse, j'aime & mon coeur est jaloux
!
Perdons le cruel qui m'offense,
Hâtons-nous de nous l'immoler,
Allons... que fais-je ?... où veux-je aller ?...
Je suis Déesse, helas ! en suis-je moins sensible
?
Ah ! tout cruel qu'il est, il poßede mon coeur;
Non, qu'il vive, & qu'il m'aime enfin, s'il est
possible,
Que ma seule Rivale éprouve ma fureur;
Rendons son coeur jaloux;
Je le sens trop bien par moy-même,
Ce sera luy porter les plus funestes coups.
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Le
Theatre represente une Colonnade & le Palais de Laomedon
en perspective
Hesione
Hesione,
seule: Tu romps
un si charmant lien, Mon coeur
long-temps charmé de son indifference, O
Déesse ! ô Venus ! pour moy trop
redoutable;
O Ciel ! il me trahit ! ô Ciel ! est-il possible
?
Qu'ay-je donc fait ? helas ! je l'ay trop tôt
aimé;
Pour éteindre les feux dont il parut
charmé,
Il attendoit, l'Ingrat ! que j'y fusse sensible.
Perfide, tu me fuis ! tu méprises mes larmes !
Ah ! si Venus a plus de charmes,
Venus a-t'elle un coeur comme le mien ?
Pour toy seul de l'Amour a senti la puissance,
Et mille objets ont enflâmé le
sien...
Et toûjours à mes yeux trop belle & trop
aimable,
Pardonne à me malheurs mes transports
offençants,
Amante infortunée en perdant un volage,
De ma raison & de mes sens
J'ay perdu l'empire & l'usage.
Telamon, Hesione
Telamon: Hesione: Telamon: Hesione: Telamon: Ce n'est
plus un secret, Venus l'a sçû charmer; Hesione: L'ingrat
que j'ayme, helas ! vient d'éteindre ma
flâme; Paisibles
Bois, & vous claires Fontaines Ah ! que
mon coeur va payer cherement Telamon: Hesione,
à part: Telamon: O Ciel
! quel injuste partage ! Hesione:
Vous détournez vos regards inquiets...
Vous cherchez à füir ma presence !
Ah ! ne fuyez plus desormais
Qu'un perfide qui vous offense.
Helas !
Vous vois-je enfin plus sensible à mes feux
?
Je vous plains.
Est-ce ainsi que vous flatez ma peine ?
Vous me plaignez ! c'est me dire, inhumaine,
Que je suis toûjours malheureux:
Juste Ciel ! d'un ingrat les mépris,
l'inconstance
Ne peuvent de vos feux vaincre la violence ?
Quand Venus le declare, en doutez-vous encore ?
Méprisez qui vous fuit & commencer d'aimer
Un coeur constant qui vous adore.
Ah ! que mon coeur va payer cherement
Les premieres douceurs qu'il goûtoient en aimant
!
Tout me parle en ces lieux de mon bonheur passé;
Sur ces arbres encor son amour est tracé,
Tandis que dans son ame
Il est pour jamais effacé:
Qui murmurez dans ces Valons charmans,
Témoins de nos amours, témoins de ses
sermens
Vous le serez de mes cruelles peines.
Les premieres douceurs qu'il goûtoit en aimant
!
Quoy ! n'osez-vous punir son inconstance ?
Ah ! finissez pour moy vôtre injuste rigueur:
Servez-vous contre luy du secours de l'absence,
Dans les Climats soûmis à mon
obéïssance
Venez couronner mon ardeur;
Venez, belle Princesse,
Regnez dans le sein de la grece,
Comme vous regnez dans mon coeur.
Il adore Venus ! il me fuit l'infidelle !
J'aurois quitté pour luy le souverain des
Dieux.
Vous m'outragez encor, cruelle,
Vôtre amour éclate à mes
yeux;
Sa gloire égale mon tourment:
Vous donnez vôtre haine au plus fidelle amant,
Et vôtre amour au plus volage.
Je m'égare, je céde à mes mortels
ennuis,
Ne soyez plus témoin de ma foiblesse
extrême;
Dans le trouble où je suis
Que ne puis-je, grands Dieux ! me cacher à
moy-même ?
Telamon
Telamon,
seul:
Elle me fuit ! tout trompe mes desirs !
O Venus, ta pitié me devient inhumaine,
Je devois par tes soins trouver mille plaisirs,
Tu ne fais qu'augmenter ma peine.
Venus, Telamon
Venus: Mon Empire
s'étend jusqu'au bord tenebreux,
Venus ne cesse point de protéger tes feux,
Je vais combler ton esperance,
Je vais pour ton bonheur signaler ma puissance.
Par un enchantement je veux t'aider à plaire,
Proserpine avec moy secondera tes voeux;
Des Tresors de Pandore elle est dépositaire,
Je ne sçaurois sans elle achever ce mystere,
Demeure dans ces lieux, & voy
Ce que je vais tenter pour toy.
Venus, Telamon,
Choeurs d'Ombres fortunées & de Nymphes de
Proserpine, Troupes d'Amours
Venus: [les
Amours se placent sur les costez du
Theatre] Et vous
heureuses Ombres, [les
Ombres fortunées des Amans sortent des Champs
Elisées] Le Choeur
d'Ombres des Amans heureux: Venus: [les
Triomphes de Proserpine paroissent] Choeur
d'Ombres fortunées & des Nimphes de
Proserpine: Une Ombre
fortunée: Venus: [à
Telamon] Le charme
est fait; tu vas attendrir l'inhumaine, Tu parois
interdit... quoy ! lorsque tu peux plaire, Telamon: Venus: Pour punir
ton Rival, du moins en ce moment L'Amour
l'a retenu dans la Forêt prochaine,
Tendres Amours, Troupe charmante,
Obéïssez à mon commandement;
Venez, venez répondre à mon attente,
Venez tous présider à cet
Enchantement.
Amants, dont autrefois l'Amour combla les voeux,
Vous qui dans les Royaumes sombres
Aprés la mort vous brûlez des mêmes
feux,
Reconnoissez la voix qui vous appelle,
Sortez du tenebreux sejour;
Ce doit être pour vous une douceur nouvelle
De servir la Mere d'Amour.
Sortons du tenebreux sejour;
Ce doit être pour vous une douceur nouvelle
De servir la Mere d'Amour.
Reine des sombres Bords, ne me refuse pas
Le secours que j'implore.
Versons sur cet Amant les plus charmans appas,
Qu'il puisse plaire aux yeux de l'objet qu'il adore:
Reine des sombres Bords, ne me refuse pas
Le secours que j'implore.
Venus, tout see soûmet aux charmes de tes yeux,
Quelle puissance est plus forte & plus grande ?
L'Empire de la Mer, & la Terre & les Cieux,
L'Enfer même obéït, quand ta voix luy
commande.
Jusques dans le sombre séjour
On ressent les feux de l'Amour.
Son charmant flambeau nous éclaire:
Il est le seul qui peut nous plaire,
Quand nous perdons celuy du jour.
Aimable Vainqueur,
Cher Tiran d'un coeur,
Amour dont l'empire,
Et le Martyre
Sont pleins de douceur,
Joins à mes charmes,
L'effort de tes armes,
Hate mon bonheur:
Tu peux, quand tu veux,
Nous brûler dans l'onde;
Le flambeau du monde
Brille de tes feux;
Tu sçais charmer,
Tu sçais desarmer
Le Dieu de la Guerre;
Le Dieu du Tonnerre
Se laisse enflâmer:
Aux Cieux, sur la Terre,
Tout porte tes fers.
Mais les instans sont precieux;
Qu'elle parte avec toy, qu'elle quitte ces lieux,
De mes enchantemens la force sera vaine,
Si ton Rival s'offre à ses yeux:
Lorsque tu peux joüir d'un sort charmant...
Helas ! un tel bonheur doit-il me satisfaire,
Quand il faut l'obtenir par un enchantement ?
Je ne dois employer que ma seule constance,
Quel charme est plus puissant pour triompher des coeurs
?
Sur un coeur prevenu les plus vives ardeurs
Ont bien peu de puissance;
Servons-nous du secours de cet enchantement.
Je vais le ramener, mais pour rendre sa peine
Egale à ton tourment:
Faisons luy voir Hesione infidelle
Brûler pour toy d'une flâme nouvelle;
Dans tes transports jaloux, vien goûter la douceur
De pouvoir d'un Rival traverser le bonheur.
|
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Le
Theatre represente le Port de Sigée dans le fond,
d'un côté des Bois, & de l'autre la Ville
de Troye
Anchise
Anchise,
seul: O rage !
ô desespoir ! courons à la vengeance, [Hesione
paroît] Mais elle
vient, je tremble & mon couroux timide
Ou s'addressent mes pas ? dans ces funestes lieux
Quel spectacle Venus vient d'offrir à mes yeux !
J'ay vû la perfide Hesione
Jurer à mon Rival d'éternelles amours !
Que sont-ils devenus ?... ô Dieux ! par quels
detours
Ont-ils fuy la fureur où mon coeur s'abandonne ?
Dans des Deserts affreux, je m'égare, je cours...
Hesione... en vain je l'appelle !
Elle aime mon Rival ! l'ingrate ! l'infidelle !
Elle a pû me trahir ! Ciel ! en ce même jour
Où j'ay quitté pour elle
La Mere de l'Amour !
Punissons, immolons un Rival odieux:
Que l'inhumaine qui m'offence
Le voye expirer à ses yeux.
Cede à de tendres mouvemens:
Justes Dieux, deviez-vous, avec un coeur perfide,
Luy donner des yeux si charmans ?
Hesione, Anchise
Anchise: Hesione: Anchise: Hesione: Tout cede
à ses appas, tout cede à sa puissance, Anchise: Hesione: Anchise: Hesione: Anchise: Hesione: Anchise: [il
tire son Epée] Hesione,
en l'arrestant: Anchise: Hesione: O Venus,
jalouse Déesse, Anchise: Tous
Deux:
Ma presence vous trouble, ah ! je le vois, cruelle,
Vous cherchez un autre que moy.
Je cherchois un Amant fidele,
Et je trouve un Ingrat qui me manque de foy.
Perfide, poursuivez, vous qui venez d'éteindre
Les plus aimables feux...
Mais, que fais-je ? pourquoy m'en plaindre,
Quand Venus à mon coeur presente d'autres noeuds
?
Porte luy donc tes voeux.
Mais long-temps dans tes fers crois-tu la retenir ?
Va, je laisse à son inconstance,
Ingrat, le soin de te punir.
Aprés tant de sermens d'une Amour
éternelle,
Aprés tant de sermens de ne changer
jamais,
Vous brûlez d'une ardeur nouvelle !
Tu renonces, Parjure, à des noeuds si parfaits
!
Que n'est-il vray ? du moins que ne le puis-je feindre ?
Ah ! vous regnez trop dans mon coeur,
Je ne sçaurois plus me contraindre,
Mon trouble, mes regards trahissent ma langueur.
Mais quoy ?... vous gardez le silence...
Qu'entens-je ?... quel soupir vient de vous échaper
?
Ah ! laisse-moy, Cruel, aprés ton inconstance
Que te sert-il de ma tromper ?
Moy vous tromper ! eh-bien, barbare,
Ma mort va vous prouver ma foy.
Arreste, helas ! que fais-tu ? quel effroy,
Quelle soudaine horreur de mon ame s'empare !
Pourquoy veux-tu mourir ?... vivez plutôt pour
moy.
Cher Prince: Quoy Venus... quoy Venus elle-même
N'auroit pû... Mais, que dis-je ? elle a sçeu
vous charmer,
Elle a trop de beautez, elle est Déeße, elle
aime,
Que de raisons pour m'allarmer !
Ah ! que n'a-t'elle encor quelque grace nouvelle ?
Mes mépris à vos yeux braveroient son
couroux,
Plus j'aurois à quitter pour vous,
Plus vôtre gloire seroit belle:
Mais Telamon...
O Dieux ! par quel enchantement
At-'il pû me surprendre un regard favorable ?
Helas ! en ce moment
Quel souvenir m'accable !...
Mais ma raison revient, & je vois mon erreur:
Qu'espérois-tu par cette adreße ?
Du crime de mes yeux j'ay deffendu mon coeur.
Par tes efforts mon feu s'augmente encore,
Prince, c'est-vous, c'est-vous seul que j'adore,
Aimons-nous.
Aimons-nous.
Nos amours de Venus cause la jalousie,
Rendons son coeur encor mille fois plus jaloux;
Aimons-nous, aimons-nous;
Quans sa fureur devroit nous arracher la vie,
Mourons en des liens si doux,
Aimons-nous, aimons-nous.
Venus, Hesione, Anchise
Venus: Hesione
& Anchise: Venus: Pour
sauver ce que j'aime Dieu des
Mers viens servir ma haine fatale, [on
entend le bruit d'une tempête] On
répond à mes voeux !... Neptune me
seconde...
C'en est trop. La douceur fut toûjours mon
partage.
Mais en un seul moment l'Amour change les coeurs,
Je ne respire plus que la haine, & la rage;
Vous allez l'un & l'autre éprouver mes
fureurs.
O Ciel ! fuyons sa violence.
Vaine pitié, cedez à ma vengeance:
A punir les Troyens justement animé,
Neptune alloit causer un funeste ravage
D'affreux débordemens auroient détruit
l'ouvrage
Que luy-même à formé;
J'ay calmé sa fureur, j'ay retenu son bras;
Mais c'en est trop, je veux moy-même
L'irriter contre les ingrats.
Fais sur ces bords regner l'horreur;
Que ne ressens-tu ma fureur,
Pour mieux tourmenter ma Rivale.
J'entens avec plaisir ces affreux siflemens...
Les vents soulevent l'onde...
La Terre fremit... le Ciel gronde...
Une soudaine horreur confond les Elemens.
Neptune, Borée, Venus, Hesione, Anchise,
Troupe de Vents, Troupe de Dieux Marins
Neptune: Que tout
serve ici ma haine, Neptune,
& le Choeur des Dieux Marins: Venus
& Neptune: Neptune: Venus
& Neptune: Neptune,
à Venus:
Je viens à ta voix qui m'appelle,
Ma haine en ta faveur eut peine à se calmer,
Contre une Ville criminelle:
Qu'avec plaisir je vais la rallumer !
Que les flots innondent ces lieux,
Tirans des airs, vents furieux,
Sortez, brisez vôtre chaîne.
Renversons ces Palais, détruisons ces Remparts:
Que le trouble, & l'horreur regnent de toutes
parts.
[Venus] Amour laisse agir ma fureur,
[Neptune] Fureur viens regner dans mon coeur,
On nous meprise, on nous outrage,
Repandons dans ces lieux l'horreur,
Secourez ma [jalouse / trop juste] rage.
Qu'un Monstre furieux sorte du sein des Eaux
Qu'il cause sur ces bords mille malheurs
nouveaux.
[Venus] Amour laisse agir ma fureur,
[Neptune] Fureur viens regner dans mon coeur,
On nous meprise, on nous outrage,
Repandons dans ces lieux l'horreur,
Secourez ma [jalouse / trop juste] rage.
Ce Monstre va servir ma haine & ma tendresse,
Telamon seul peut vaincre sa fureur:
Si le Roy veut enfin que le ravage cesse,
La main de la Princesse
Dois estre le prix du Vainqueur.
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Le
Theatre represente une Campagne ravagée par le
Monstre
Venus
Venus,
seule: Mes yeux,
faites briller vos charmes, Que dis-je
? mes appas sont d'inutiles Armes
Mes yeux, n'avez-vous plus de charmes ?
Ne pouvez-vous servir le penchant de mon coeur ?
J'excite sur ces bords de mortelles allarmes,
De Neptune irrité j'allume la fureur:
Helas ! dois-je causer tant d'effroi, tant d'horreur
?
C'est à vous de servir le penchant de mon
coeur.
Pour combattre l'ingrat qui cause ma langueur;
Punissons le mépris qu'il fait de mon ardeur.
Mes yeux, vous n'avez plus de charmes,
Juste depit, servez les transports de mon coeur.
Venus, Anchise
Anchise,
un tronçon d'Epée à la main: [à
Venus] Cruelle,
dans l'état où vous m'avez réduit, Venus: Anchise: Venus: Ah ! je
rougis de ma foiblesse, Anchise: Venus: Anchise: Au nom du
tendre amour qui nous doit la naissance... Venus: Anchise: Venus: Anchise: Anchise
& Venus: [Anchise]
Je ne puis toucher vôtre coeur: Anchise:
Quoi ! tout trompe mon esperance !
Quel pouvoir, quel charme secret
Rend le Monstre invincible aux traits que je lui lance ?
Ils tombent à ses pieds sans force, & sans
effet:
Confus, desespéré, j'irrite sa furie,
Il m'évite, il me fuit, il respecte ma
vie...
La mort est mon unique envie,
Et pour comble d'horreur par tout la mort me
fuit.
C'est moi qui de tes jours embrasse la défense,
C'est pour mieux servir ma vengeance;
En te laissant perir j'en perdrois tout le fruit.
Je veux que tes régards soient témoins de la
gloire
De ton Rival heureux,
Il domptera le Monstre, & pour combler ses voeux
Hesione sera le prix de sa victoire.
Barbare ! de quel coup m'osez-vous menacer !
Ingrat, à quel excez oses-tu m'offenser ?
Crains que Venus ne vange sa tendresse
Par un spectacle encor plus cruel à tes
yeux.
Je vous entends ! ô Ciel ! je vous entends...
barbare,
Quel transport ! quel dessein afreux !
Mais ma mort previendra le destin rigoureux
Que vôtre fureur me prepare.
Tu crains pour ma Rivale; ah ! mon juste couroux
S'alume encor par tes allarmes.
Briserez-vous des noeuds si doux ?
D'une innocente ardeur troublerez-vous les charmes ?
Ah ! si vous écoutez ce couroux éclatant,
Ne punissez du moins qu'un Amant deplorable;
Hesione est-elle coupable,
Si j'ay pour elle un coeur trop tendre & trop constant
!
Ingrat en vain pour toy j'en ressens la
puissance.
Epargnez ce que j'aime & laissez-moy perir.
Ton amour, tes soupirs, tes discours, tout
m'outrage.
Cruelle, faites-nous mourir,
Achevez vôtre ouvrage.
[Venus] Mes feux ne touchent point ton coeur:
[Serez-vous / Seras-tu] toûjours
[inflexible ? / Insensible ?]
[Anchise] Ah ! que vôtre amour est terrible
!
[Venus] L'Amour qu'on outrage est terrible.
La Haine a bien moins de fureur.
Les Dieux à cet excez portent-ils leur colere !
Mais le Roy vient: Que faut-il que j'espere ?
Venus, Anchise, le Roy
Anchise: Le
Roy: Anchise: Le
Roy: Anchise: Le
Roy: Anchise: Je ne la
verray plus ! pour jamais ses beaux yeux Que
vois-je !... quel pouvoir dans les Enfers m'entraîne
? [au
Roy] Tremble,
Roy cruel, tremble; Au travers
des feux & des armes [il
tombe accablé de douleur] Le
Roy: Venus: [le
Roy sort] [on
entend un bruit de Trompettes] [le
Theatre change & represente dans le fond la Porte
Triomphale de Rome sur les côtez des Palais. Mercure
paroît avec les Songes sous la figure de Romains qui
celebrent un Triomphe, & qui conduisent les Parthes, les
Scythes, les Massagettes enchaînez. Une troupe de
jeunes Romains vient en dançant recevoir les
Vainqueurs]
Ah ! Seigneur, quel sera le succez de mes feux ?
Je gemis comme vous d'un sort trop rigoureux,
Prince, il faut pour jamais oublier Hesione.
Qu'entends-je ?
Neptune l'ordonne,
Telamon est vainqueur, & ma fille est le prix
Qu'a reçû son courage.
Quelle fureur vient saisir mes esprits !
Dans le sang d'un Rival lavons un tel outrage.
Ne tentez point d'inutiles efforts:
Ses Vaisseaux sont partis, ils sont loin de nos bords:
Le Ciel, la Mer, pour luy tout devient favoralbe.
O Sort, es-tu content ? suis-je assez miserable ?
Elle est partie, ô Ciel ! elle a quitté ces
lieux !...
Roy cruel, Roy parjure...
Mais dois-je m'étonner quand tu trompes les
Dieux,
Que tu me fasses cette injure ?
Vont loin des miens éclairer d'autres lieux
!
Quelle invisible main m'enchaîne !...
Quel Monstre !... quelle obscurité !...
Quel spectacle à mes yeux est icy
présenté !
La Grece contre toy s'assemble...
O Ville infortunée ! ô malheureux Remparts
!
Les Dieux les reduisent en poudre,
Parmi les feux des Grecs j'entens gronder la foudre !
L'Effroi, l'horreur, la mort volent de toutes parts
!
Je vois tes Palais saccagez !
Quelle nuit !... quels cris !... que de larmes !
Traitre, les Dieux & moy, nous sommes tous
vangez.
O Dieux, l'inspirez-vous ?
J'adouciray leur haine,
Venus sera pour toy, cesse de t'allarmer:
Helas ! de ce Heros je sens toute la peine,
Laisse-moy dans ces lieux par mes soins a calmer.
Venus, Mercure,
Choeur de Songes sous la figure de Romains, Troupe de Songes
sous la figure de Sarmates, de Scythes, de Massagetes,
Troupe de Songes sous la figure de Romaines
Mercure: [il
touche Anchise de son Caducée] [aux
Songes sous la figure de Roamins] Vous qui
m'avez suivi, venez, faites luy voir Presentons
à ses yeux cette Ville puissante Le Choeur
de Romains: [les
Romains ostent les chaînes aux Sarmattes, qui marquent
par leus dances le plaisir qu'ils ont de recevoir la
liberté] Une
Romaine: Guerriers
invincibles, Non, non
les plus fortes Armes Le Choeur
des Romains: Venus: [les
Zephirs descendent avec un Pavillon & enlevent
Anchise]
L'Amour a flechi le destin,
Bannissez vos frayeurs, ce Heros doit enfin
Partager vôtre flame
Par l'Ordre de ces Dieux, je vais calmer son Ame.
De sa posterité la gloire & le
pouvoir.
Maîtresse de tout l'Univers,
Monstrons luy Rome triomphante
Et les plus grands Rois dans ses fers.
Triomphons à jamais sur l'Onde & sur la
Terre,
Soumettons, enchaînons les Peuples & les Rois:
Que dans la Paix, que dans la Guerre,
Tout aime, tout suive nos Loix.
Envain conduits par la Victoire,
Suivis de la Gloire
Vous mettez aux fers
Mille peuples divers;
Guerriers si terribles,
Il faut à l'Amour
Ceder à vôtre tour:
Ne deffendent pas du pouvoir de ses charmes;
Ce Dieu soûmet les coeurs
Des plus fiers Vainqueurs.
Triomphons à jamais sur l'Onde & sur la
Terre,
Soumettons, enchaînons les Peuples & les Rois:
Que dans la Paix, que dans la Guerre,
Tout aime, tout suive nos Loix.
Tout m'assûre en ce jour d'un bonheur plein de
charmes;
Volez, Zephirs, volez dans ma brillante Cour:
Et vous fuyez, tristes allarmes,
Que ne peut le destin, d'accord avec l'Amour ?