Circé
Tragédie
en Musique en un Prologue & V Actes
ornéede
Machines, de Changemens de Theatre & de Musique
representée par la Troupe du Roy, établie aux
Faubourgs Saint Germain,
le 17 Mars 1675
la
Pièce est de Thomas Corneille
les Divertissements sont de Donneau de
Vizé
musique
de:
Marc-Antoine
Charpentier
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La
Décoration du Prologue represente un Temple de riche
Architecture, que la Gloire a fait élevé pour
le Roy. L'Ordre en est Composite, avec plusieurs Arcades
& Colomnes de Iaspe d'Orient, dont les Bases &
Chapiteaux sont d'or, aussi bien que les Modillons & les
Fleurs de Frises. Le Haut du Temple est finy par un Atique,
où se voit un Buste de Héros directement au
dessus de chaque mileu des Chapiteaux. Les Suposts des
Colomnes sont des Pieds d'estaux qui representent une partie
des Conquestes du Roy, & les superbes Bastimens qui se
sont faits ou embellis sous son Regne. Au dessus de chaque
Pied-d'estal, il ya differentes Figures peintes en saillie
& isolées, qui toutes, ainsi que les Bustes,
representent par leurs attributs, ou les Vertus
particulieres que possede cet Auguste Monarque, ou les Arts
qu'il prend soin de faire fleurir. L'effet que font ces
Figures est d'autant plus beau, que se trouvant chacune
entre deux Colomnes, elles forment une juste simetrie qui ne
sçauroit estre que tres agreable à la
veuë. Vers le milieu du Temple s'éleve une
maniere d'Arc Triomphal, soûtenu par huit Colomnes
d'Ordre Ionique, avec une espece d'Atique au dessus de la
Corniche, où le Roy est representé. La
Victoire & la Gloire sont à ses costez, dont
l'une luy presente une Couronnes, & l'autre une branche
de Laurier, le tout en marbre blanc. On voit dans le fonds
du Temple un Autel de marbre serpentin: il est orné
de Colomnes, Figures, Festons de fleurs &
Trophées d'Armes.
Les yeux se sont à peine arrestez sur toutes ces
Magnificences, qu'on découvre Mars dans un Char
orné de tout ce qui le peut faire connoistre pour le
Dieu qui préside aux Combats. Il paroist au plus haut
des nuës, & s'abaissant vers le Temple, il y voit
arriver la Fortune portée par un nuage qu'elle quitte
au mesme temps que Mars descend de son Char. Apres avoir
regardé ce Temple avec des marques d'indignation
& de surprise, ils commencent le Prologue
ensemble.
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Scene
premiere
Mars, la Fortune
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Mars:
Quoy ? la Fortune sans bandeau ?
La
Fortune:
Ie viens de l'arrascher moy-mesme,
Pour voir l'éclat pompeux de ce Temple nouveau.
Mais d'où vient qu'à l'aspect d'un Ouvrage si
beau,
Le Dieu Mars fait paroistre une douleur extréme
?
Mars:
Puis-je vois sans chagrin, qu'un Mortel à mes
yeux,
Des honneurs qu'on me doit, emporte l'avantage ?
Ie sçay bien que LOUIS est un Roy glorieux,
En qui mille Vertus, par un noble assemblage,
Ofrent à revérer le plus parfait Ouvrage
Qui jamais ait marqué la puissance des Dieux;
Mais parce qu'il se fait admirer en tous lieux,
Ay-je merité qu'on m'outrage ?
Voyez ce que ce Temple adjoûte à son renom;
Voyez sur cent Tableaux avec quel soin la Gloire
A tracé la brillante histoire
Des merveilleux Exploits qui consacrent son Nom.
C'est là que les plus grands Courages,
D'un zele tout soûmis écoutant la chaleur,
Viennent par d'assidus hommages
Hororer la Prudence unie à la Valeur.
Cependant mes Autels, où par toute la Terre
L'encens se prodiguoit pour les moindres hazards,
Sont negligez de toutes parts,
On regarde LOUIS comme Dieu de la Guerre,
Et l'on ne songe plus à Mars.
D'un si honteux mépris c'est trop souffrir
l'audace,
J'en puniray l'injure, & ce Temple dêtruit
Va dans le Monte entier étaler à grand
bruit
Ce que peut un Dieu qui menace.
La
Fortune:
Si LOUIS des Mortels vous dérobe les voeux,
N'ay-je pas mesme plainte à faire ?
Tout le monde à l'envy, pour devenir heureux,
N'aspiroit toûjours qu'à me plaire:
Mais depuis que la Gloire a par tout l'Univers
De ces Auguste Roy fait briller le merite,
Pour le suivre chacun me quitte,
Et je voy mes Temples deserts.
Cette foule qui plaist, quand mesme elle importune,
Dédaignant mes faveurs, brigue son seul appuy,
Il me ravit mes droits, & ce n'est plus qu'en luy
Qu'on songe à chercher la Fortune.
Iugez à me voir sans honneurs,
Iusqu'où va l'ennuy qui me presse;
Car c'est en vain que le nom de Déesse
Me fait attendre encor quelques Adorateurs.
De quelque rang qu'on soit, les biens seuls qu'on
dispense
Nous attirent ces voeux pressans
Dont nous aimons la déference;
Et les Dieux qui sont sans puissance,
Ne reçoivent guere d'encens.
Mars:
Ie voy venir l'Amour, qu'aura-t'il à nous dire
?
La
Fortune:
La Renommée arrive aussy;
Mais lors que son employ de tous costez l'attire,
D'où vient qu'elle s'arreste icy ?
[l'Amour
& la Renommée paroissent portez chacun sur un
Nüage]
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Scene
2
Mars, la Fortune, l'Amour, la Renomée
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La
Renomée:
N'en soyez point surpris, le pénible voyage
Où jusqu'au bout de l'Univers,
Pour vanter ses Vertus par cent Peuples divers,
Le Monarque des Lys de jour en jour m'engage,
M'a déja tant de fois fait traverser les airs,
Qu'il faut qu'en m' arrestant enfin je me soulage.
Dans les Siceles passez j'ay bien veu des Héros,
Aléxandre, & César m'ont donné de
la peine,
Mais au moins dans leur course ils reprenoient haleine,
Et me laissoient quelque repos.
LOUIS n'en connoist point; son ame toûjours reste
A remplir de l'honneur l'avide passion,
A peine a médité la plus haute Conqueste,
Qu'on en voit l'exécution.
Chaque instant de sa vie est un nouveau miracle.
Vingt Princes dont il fut l'appuy,
Arment vainement contre luy;
A ce qu'il entreprend rien ne peut mettre obstacle;
Et ces jaloux de sa grandeur,
Forcez par tout à ceder la victoire,
Ne combatent jamais que pour luy faire honneur,
Et donner du lustre à sa gloire.
Ainsy pour m'acquiter de ce que je luy dois,
I'ay beau presser mon vol, & me haster dedire
Ce qu'avec moy tout l'Univers admire,
Mes cent bouches pour luy s'ouvrent à la fois,
Et je n'y puis encor suffire.
Mars:
S'il ne faut rien dissimuler,
La plainte me paroist nouvelle.
Quoy, vous, qui si souvent sur des contes en l'air
Redites mille fois la mesme bagatelle,
Vous vous fâchez d'avoir trop à parler
?
La
Renomée:
Je prends sans murmurer tout l'employ qu'on me donne,
Mais enfin j'ay peine à souffrir
D'estre forcée à discourir
Toûjours de la mesme Personne.
Sur chaque nouveauté, comme ne tout elle plaist,
I'aime à dire ce que je pense;
Et si je ne prens intérest
Qu'à celebrer le Nom du Grand Roy de la France,
Tous les Exploits que les autres feront,
A ce compte demeureront
Ensevelis dans le silence.
Ie veux bien toutefois ne parler que de luy;
Mais ce qui me cause mon ennuy,
C'est de voir que quand je publie
Toutes ses grandes Actions,
On les prend pour des fixions,
Et l'on m'accuse de folie.
Qui pourroit croire aussy ce qu'on a veu deux fois,
Que presque en moins de rien une Province entiere
A son triomphe ait servy de matiere,
Et se soit soûmise à ses Loix ?
Ie croy le voir encor, toûjours infatigable,
Courant, volant par tout, sans jamais s'arrester,
Estre Chef & Soldat, résoudre,
exécuter,
Et seul à soy-mesme semblable,
Chercher dans le péril tout ce qui peut flater
L'ardeur de gloire infatigable
Qui porte les Héros à s'y
précipiter.
Apres avoir forcé de superbes Murailles,
Voyez-le dans le mesme temps,
Par l'effroy de son Nom, gagner plus de Batailles
Qu'on en donnoit autrefois en vingt ans.
Apres cela que puis-je faire ?
Toutes ces grandes veritez
Ne semblent-elles pas des contes inventez,
Et lors que je les dis, m'estime-t'on sincere ?
L'Amour:
Vous en donnez si souvent à garder,
Qu'il est bon qu'une fois vous en soyez punie;
Mais par LOUIS quand ma gloire est ternie,
Moy, l'Amour, n'ay-je pas tout sujet de gronder ?
Depuis le pouvoir qu'il me vole,
Dont il use comme du sien,
Je suis une vraye Idole
Qui ne semble bon à rien.
La
Fortune:
D'où ce chagrin vous peut-il naistre,
Quand nous voyons ce que ce Grand Roy,
En gagnant tous les coeurs, chaque jour fait
connoistre...
L'Amour:
Mais c'est par luy qu'il s'en rend maistre,
Et ce n'est pas mon compte à moy,
Car enfin je voudrois qu'il me dust quelque chose;
Mais j'ay beau parmy tous mes traits,
Pour faire que des coeurs par mon ordre il dispose,
Et aller choisir tout exprés:
D'eux-mesmes à l'envy, sans qu'on les sollicite,
Ces coeurs tout à coup enflamez,
Se rendent tous à son mérite,
Et sans que je m'en mesle, ils s'en trouvent
armez.
Mars:
Et c'est à quoy l'Amour prend garde ?
Pourveu que tout vous soit soûmis,
Que vos traits soient bien affermis,
Qu'importe...
L'Amour:
Passe encor pour ce qui le regarde;
Mais ce qui fait tout mon ressentiment,
Et m'est une peine cruelle,
C'est que lors qu'avec une Belle
I'ay fait l'union d'un Amant,
Et qu'elle en croit les noeuds serrez si fortement,
Que rien ne sçauroit plus l'arracher d'aupres
d'elle,
Si LOUIS dans sa noble ardeur
Court où l'appelle son grand coeur,
L'Amant, quoy que plein de tendresse,
Se reproche un honteux repos,
Et quitte aussi-tost la Maistresse,
Pour suivre les pas du Héros.
Elle s'en plaint, elle en soûpire,
Et par sa disgrace fait voir
La foiblesse de mon empire.
La
Renommée:
Que n'usez vous alors de tout vostre pouvoir,
Pour rappeller ceux que la Guerre attire ?
L'Amour:
Il ne tient pas à le vouloir,
Mais j'ay beau faire, j'ay beau dire,
Charmez de voir LOUIS, de marcher sur ses pas,
Quelque flateur que pour eux je puisse estre,
C'est un Enfant qui parle, ils ne m'écoutent pas,
Et les Combats
Aupres de leur Auguste Maistre,
Ont pour eux plus d'appas
Que les plus tendres feux qu'en leurs coeurs j'ay fait
naistre.
Ainsy la Guerre est un malheur
Qui me rend inutile, & c'est dequoy j'enrage;
Ie m'en trouve accablé de honte & de
douleurs,
Et tandis que LOUIS fait briller sa valeur,
Ie jouë un méchant personnage.
Mais que vois-je ?
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Scene
3
La Gloire, Mars, la Fortune, l'Amour, la
Renomée
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La
Gloire:
La Gloire à qui le Ciel toûjours
Donna les Héros à défendre,
De ce Temple où j'ay soin chaque jour de me
rendre,
Ie viens d'entendre vos discours.
En vain, Dieu des Guerriers, dont la fiere puissance
Vous fait redouter des Mortels,
Vous prétendez détruire les Autels
Que j'ay fait êlever au Héros de la France;
Il mérite encor plus, & n'est point comme
vous
Incessamment remply d'un aveugle couroux.
Lors qu'il entreprend quelque Guerre,
C'est pour mieux maintenir de légitimes Droits,
Ou pour confondre ceux, qui méprisant les Rois,
Se veulent ériger en Tyrans de la Terre.
Rendez-luy donc justice, & dans tous ses Combats
Vous-mesme accompagnez ses pas;
Ainsy de vos fureurs on ne pourra se plaindre,
Et secondant LOUIS, qui par tout sçait charmer,
En mesme temps que vous vous ferez craindre,
En mesme temps vous vous ferez aimer.
[à
la Fortune]
La
Fortune, je le confesse,
A sujet de se chagriner.
Elle est d'un Sexe à voir avec quelque tristesse,
Que ses Adorateurs l'osent abandonner;
Mais qu'elle se fasse justice,
Ses bienfaits sont souvent suivis de trahison,
Elle ne fait jamais de bien que par caprice,
Et le Dieu des François ne fait que par raison.
Il récompense le mérite,
Sans mesme qu'on le sollicite,
Et pour se rétablir, la Fortune aujourd'huy
Doit se ranger aupres de luy,
On oublîra son inconstance,
Et par un surprenant effet
On luy croira de la prudence,
Et c'est ce qu'on n'a jamais fait.
[à
la Ronemmée]
Pour vous
répondre aussy, Déesse,
Le travail est pénible à remplir vostre
employ;
Mais le charme qu'on trouve à parler d'un Grand
Roy,
Ne demande-t'il pas qu'on en parle sans cesse ?
Depuis que par l'ordre des Cieux
Vous publiez les merveilles
Et des Hommes & des Dieux,
En avez-vous jamais raconté de pareilles,
Ny de qui le recit vous fût si glorieux ?
Quand aux Demy-Héros qui prennent pour ofence,
Que de leurs noms obscurs vous fassiez peur
d'état,
A quoy bon vous charger d'actions sans éclat,
Dont jamais l'Avenir ne prendra connoissance ?
Malgré le vain orgueil dont ils sont
ebloüis,
Laissez-les dans la poussiere,
Et donnez-vous toute entiere
A publier des Exploits inoüis;
Dites plus que jamais cent Héros n'ont pû
faire,
Vous n'aurez qu'à nommer LOUIS,
Et dans tout l'Univers on vous croira sincere.
[à
l'Amour]
Vous
soufrez, je le connois bien,
I'entre dans vostre inquiétude;
Demeurer sans pouvoir, est un destin bien rude,
Et l'Amour est à plaindre alors qu'il ne fait
rien;
Mais venez voir LOUIS, & tâchez de luy plaire.
Attachez-vous à le considérer,
A voir sa gloire, à l'admirer,
Et vous aurez assez à faire.
L'Amour:
Ie veux suivre vostre conseil.
La
Fortune:
Chacun doit déférer aux avis de la
Gloire.
La
Renommée:
Ainsy que vous je la veux croire.
Mars:
Voyons auparavant ce Temple sans pareil.
La
Gloire:
Vous pouvez l'admirer ensemble,
Il mérite bien vos regards;
Mais il faut qu'en ce lieu j'assemble
Les Plaisirs & les plus beaux Arts,
Par mon ordre ils s'en vont paroistre,
Et par leurs Chansons & leurs Jeux
Marquer au plus Grand Roy que le Ciel a fait naistre,
Ce qu'ils doivent au soin qu'il daigne prendre pour
eux.
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Dans
le temps que Mars & les autres Divinitez qui ont paru
dans le Prologue, s'avancent les beautez, la Musique sort
d'un des costez du Theatre, avec un Livre de Tablature
à la main; Elle est suivie des Arts, tant Liberaux
que Mécaniques, qui sont l'Agriculture, avec un Habit
couvert d'Epys d'or, & tenant une Besche; la Navigation,
vestue f'un Tafetas de la Chine, à la maniere des
Matelots; l'Orfévrie, chargée de Chaînes
d'or, & de Pierreries; la Peinture, tenant une Palette
& un Pinceau; la Guerre, un Epée; la
Géometrie, un Compas; l'Astrologie, un Globe; &
la Sculpture, un Ciseau. La Comedie paroist de l'autre
costé, tenant un Masque, & accompagnée des
Plaisirs. La Chasse, qu'on met ensemble au nombre des
Plaisirs & des Arts, se fait voir la premiere vestue de
verd & tenant un dard. La Mascarade la suit bizarement
habillée, , avec un Cornet à la main. On voit
en suite la Pesche qui tient une Ligne; la Paume, une
Raquette; le Ieu, des Cartes; la Bonne-chere, un Flacon
d'or; & la Danse, une Poche. Apres avoir par quelques
figures, & par leurs diférentes actions,
donné des marques de ce qu'ils representent, la
Comedie & la Musique chantent ensemble le Dialogue
suivant.
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DIALOGUE DE LA MUSIQUE
ET DE LA COMEDIE
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La
Comedie:
Pour divertir LOUIS, unissons-nous ensemble,
Il est le plus grand des Mortels;
Et quand pour luy la Gloire éleve des Autels,
Il faut que la Musique assemble
Ce que ses tons les plus charmans
Peuvent à mon Theatre adjoûter
d'ornemens.
La
Musique:
Pour ce Grand roy qui sur la Scene
Voit si souvent tes charmes éclater,
I'aimerois assez à chanter;
Mais j'ay si peu de voix, qu'on ne m'entend qu'à
peine.
Ceux des
Comediens qui representent une partie des Arts & des
Plaisirs:
Si tu nous veux soufrir, nous pourons t'en
prester.
La Comedie
& la Musique, ensemble:
Unissons-nous pour celebrer la gloire
Dont brille l'Auguste LOUIS.
La
Musique:
De son éclat par tout les Peuples
ébloüis
Consacrent son grand Nom au Temple de
Mémoire.
La Comedie
& la Musique, ensemble:
Unissons-nous pou celéber sa gloire.
Tous
ensemble:
Vantons ce grand Nom comme eux,
Jamais Exploits si fameux
Ne firent parler l'Histoire.
La
Comedie, la Musique & un des Arts:
Ils sont tels, que nos Neveux
Refuseront de les croire.
Tous
Emsemble:
Chantons, unissons-nous pour celébrer sa
gloire.
La
Musique:
Sur des Exploits moins glorieux
On a placé parmy les Dieux
Les Héros dont le Nom fut grand & redoutable.
LOUIS a droit plus qu'eux à l'Immortalité;
LOUIS qui tous les jours fait une Verité
De vains prodiges de la Fable.
Un des
Arts:
Ses Ennemis, de ses Armes frapez,
Sont à vanter son Nom eux-mesmes occupez,
Luy voyant entasser Victoire sur Victoire.
Tous
Ensemble:
Vantons ce grand Nom comme eux,
Jamais Exploits si fameux
Ne firent parler l'Histoire.
La
Comedie, la Musique & un des Arts:
Ils sont tels, que nos Neveux
Refuseront de les croire.
Tous
Ensemble:
Chantons, unissons-nous pour celébrer sa
gloire.
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Le
Theatre du Prologue fait place à une
Décoration moins réguliere, mais qui dans son
irrégilarité ne laisse pas d'avoir des beautez
qui plaisent également à la veuë. Elle
represente une Plaine, où diverses Ruines marquent
les restes de quelques Palais démolis, & le tout
dans une si agreable variété, qu'il n'y a
aucun Chassis qui ne fasse paroistre quelque chose de
diférent. Au bout de cette Plaine, on découvre
une Montagne d'une gradeur prodigieuse. Elle est fertile
dans le bas en Plantes & Fleurs bâtardes; &
à mesure que'lle s'éleve, elle devient aride,
formant des Rochers peut remplis de verdure, &
entrecoupez de chemins.Le sommet laisse voir un Palais
ruiné & desert, avec un grand Horison tout
autour, en sorte que la Montagne est isolée, &
paroist naturelle aux yeux.
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CHANSON du
Premier Satyre:
Deux beaux
yeux me charment,
Leurs traits me desarment;
Mais s'ils sont doux,
Nargent de leurs coups.
I'aime une Maistresse
Qui me tend les bras;
Fy de la rudesse;
Avec mille appas
La Beauté Tygresse
Ne me plairoit pas.
CHANSON du Second Satyre:
Un jour la
jeune Lysette
Couchée à l'ombre d'un Bois,
Disoit d'une triste voix,
Helas ! helas ! faut-il resver seulete,
Et ne pourroit-on quelquefois
Se trouver deux à rire sur l'herbete ?
Un Berger survint,
Qui luy tint
Bonne & douve compagnie.
Sur la rencontre au Bois, dés qu'on en eut le
vent,
On fit jazer la Calomnie,
Qui mit cent Contes en avant;
Mais Lysette laissa médire,
Le Berger l'avoir fait rire,
Elle y retourna souvent.
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L'Art
& la Nature ont également part au Iardin qui fait
la Décoration de cet Acte. Il est remply de Berceaux,
de Fontaines, de Plantes, de Fleurs, & de Vases, sur
lesquels sont des Enfans montez sur des Cygnes qui jettent
de l'eau. On y voit encore d'autres Vases de porcelaine, de
terre cizelée, & de marbre blanc. Les ornemens en
sont d'or, & ces Vases sont remplis d'Orangers, d'Arbres
fruitiers, & de Fleurs naturelles. Un Parterre
s'eléve au milieu de ce Iardin, & au devant de ce
Parterre la veuë est agreablement divertie par une
maniere de Berceau, soûtenu par des Statuës de
bronze qui le forment, & en sont comme les suspots. Ce
Berceau est encor embelly d'un Bassin, avec un Iet d'eau. Il
est environné de plusieurs Grenoüilles, sur
lesquelles il y a de petits Enfans assis.
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|
DIALOGUE
de Tyrcis & de Sylvie
Tyrcis:
Pourquoy me fuyez-vous, ô Beauté trop
severe,
Quand d'un si tendre amour j'ay le coeur enflâme
?
Sylvie:
Ie fuis ce que je sens qui comment à me plaire;
Si je vous écoutois, vous pourriez estre
aimé.
Tyrcis:
Quoy, toûjours, aimable Inhumaine,
Refuser de m'entendre ? Eh de grace, deux mots.
Sylvie:
L'Amour cause de la peine,
Et je veux vivre en repos.
Tyrcis:
Est-il des Plaisirs sans tendresse ?
Sylvie:
Est-il de l'Amour sans chagrin ?
Tyrcis:
Par l'Amour tout chagrin cesse.
Sylvie:
Tous les Plaisirs par l'Amour prennent fin.
Tyrcis:
C'est une erreur; dans le bel âge,
Il faut aimer pour vivre heureux.
Sylvie:
Ne me dites rien davantage.
Tyrcis:
Soulagez les ennuis de mon coeur amoureux.
Sylvie:
Que vous sert que le mien soûpire ?
Tyrcis:
Ah Sylvie !
Sylvie:
Ah Tyrcis !
Tous deux
ensemble:
Unissons nos soûpirs.
Tyrcis:
Aimons-nous.
Sylvie:
Douce peine !
Tyrcis:
Agreable martyre !
Sylvie:
Il fait tout mon bonheur.
Tyrcis:
Il fait tous mes desirs.
Tous deux
ensemble:
Pour goûter les plus doux Plaisirs,
Ne nous lassons jamais de nous le dire;
Aimons-nous; douce peine ! agreable martyre !
Sylvie:
La liberté m'estois un bien si doux !
Tyrcis:
Vaut-il ceux que l'Amour ofre dans son Empire ?
Sylvie:
Ie la pers, c'en est fait.
Tyrcis:
Vous en repentez-vous ?
Sylvie:
Ce n'est pas dequoy je soûpire.
Tyrcis:
Ah Sylvie !
Sylvie:
Ah Tyrcis !
Tous deux
ensemble:
Unissons nos soûpirs.
Tyrcis:
Aimons-nous.
Sylvie:
Douce peine !
Tyrcis:
Agreable martyre !
Sylvie:
Il fait tout mon bonheur.
Tyrcis:
Il fait tous mes desirs.
Tous deux
ensemble:
Pour goûter les plus doux Plaisirs,
Ne nous lassons jamais de nous le dire;
Aimons-nous; douce peine ! agreable martyre !
|

|
Le
magnifique Iardin qui a servy de Décoration à
l'Acte précedent, fait place à un superbe
Palais, dont l'Architecture est d'Ordre Corintien, avec les
Frises & Corniches. Les Pilastres sont de lapis
venié d'or. Une Balustrade regne au dessus en forme
d'Atique. La masse du Palais est toute de marbre blanc, avec
les Chapiteaux des Pilastres & les bases d'or. On voir
sur des Pieds-d'estaux qui sortent an saillie, des Vases
d'or, de lapis, & de marbre; & au bout de ce Palais,
on découvre un Iardin, avec ses ornemens d'Arbres, de
Fleurs, de Iets d'eau, & de Fontaines.
|
|
CHANSON:
Viens,
Mere d'Amour, viens revevoir nos voeux.
C'est toi qui nous fait vivre heureux,
Par les biens qu'à cherir le bel Âge
convie.
J'ai disposé nos coeurs à se laisser
charmer,
Et sans le doux plaisir d'aimer
Est-il de beaux jours dans la vie ?
|

|
Cet
Acte qui se passe dans le lieu de plus desert du Palais de
Circé, a pour Décoration de grands Arbres
toufus qui forment un Bois dont l'épaisseur sembre
estre impénetrable à la clrté du Soleil
|
Scene
4
Une Dryade, un Faune
|
|
CHANSON
DE LA DRYADE
Vous
étonnez-vous
D'un peu de martyre ?
C'est quand on soupire
Que l'amour est doux.
Les plus belles chaînes
Ne sçauroient charmer,
Si l'on na pas de peine
A se faire aimer.
J'aime les
plaisirs
Qu'on me fait attendre;
Un objet trop tendre
Eteint les desirs.
La plus grande gloire
Qu'on trouve en aimant,
C'est lors que la victoire
Coûte un long moment.
DIALOGUE DE LA DRYADE & D'UN FAUNE
Le
Faune:
Il n'est rien de si doux que de changer sans cesse.
L'Amour pour les coeurs inconstans
Ne peut avoir que d'heureux tems.
Toujours plaisirs nouveaux, & jamais de tristesse.
Il n'est rien de si doux que de changer sans
cesse.
La
Dryade:
L'inconstance détruit les douceurs de l'Amour.
Pour estimer un bien, il faut qu'il soit durable.
Le
Faune:
L'Amour qui dure trop est un mal veritable;
Pour aimer sans chagrin il faut n'aimer qu'un
jour.
La
Dryade:
Ridicule folie !
Le
Faune:
Incommode sagesse !
Il n'est rien de si doux que de changer sans
cesse.
La
Dryade:
Ridicule folie !
Le
Faune:
Incommode sagesse !
La
Dryade:
Il n'est rien de si doux qu'une longue tendresse.
Le
Faune:
A cent objets divers ont doit faire sa cour.
La
Dryade:
Ridicule folie !
Le
Faune:
Incommode sagesse !
Ensemble:
[Le
Faune] Il n'est rien de si doux que de changer sans
cesse..
[La Dryade] Il n'est rien de si doux qu'une longue
tendresse.
|

|
La
Décoration de cet Acte represente une longue
Allée de Cyprés fort hauts, dont la
perspective est tres-agreable à la veuë
|
Scene
derniere
Un Silvain, une Dryade, Choeur de Divinitez
|
|
CHANSON
D'UN SILVAIN
Tout
aime
Sur la Terre & dans les Cieux.
L'Amour par un pouvoir suprême
Asservit Hommes & Dieux;
Tout aime.
Jusques dans les eaux, il échauffe les coeurs,
Et malgré la froideur extrême,
Il y fait ressentir ses plus vives ardeurs;
Rien n'échape à ses douces langueurs,
Tout aime.
Choeur des
Divinitez:
Les Plaisirs sont de tous les ages;
Les Plaisirs sont de toutes les saisons.
Pour les rendre permis, on sçait que les plus
sages
Ont souvent trouvé des raisons.
Rions, chantons,
Folâtrons, sautons,
Les Plaisirs sont de tous les ages;
Les Plaisirs sont de toutes les saisons.
[le
Choeur étant fini, les Faunes & les Silvains,
témoignent leur joie par des sauts surprenans, &
les Divinitez de la Mer accompagnées de plusieurs
Fleuves, donnent pareillement des marques de leur allegresse
par plusieurs figures extraordinaires, ce qu'ils font
à differentes reprises, & même aprés
les deux premiers Couplets de la Chanson suivante ]
CHANSON
D'UN SILVAIN & D'UNE DRYADE, ENSEMBLE
Il n'est
point de plaisir veritable,
Si l'Amour ne l'assaisonne pas.
On a beau, dans le bien le plus stable,
Rechercher de sensibles apas,
Il n'est point de plaisir veritbale,
Si l'Amour ne l'assaisonne pas.
Ses
langueurs n'ont rien d'agreable.
On se perd dans ses tendresse, hélas.
Si l'Amour ne l'assaisonne pas.
A l'Amour
il faut rendre les armes,
Tôt ou tard il triomphe de nous.
Plus on veut resister à ses charmes,
Plus on doit redoubler son couroux.
A l'Amour il faut rendre les armes,
Tôt ou tard il triomphe de nous.
De ses
maux ne prenons point d'alarmes,
S'ils sont grands, le remede en est doux.
A l'Amour il faut rendre les armes,
Tôt ou tard il triomphe de nous.
[les
Faunes & les Silvains recommencent leurs sauts, qui sont
accompagnez de postures surprenantes, & pendant qu'un
Choeur de Divinitez chante les vers suivans, les Fleuves
& les Divinitez de la Mer font plusieurs figures
differentes, en se mêlant avec le Choeur ]
Le Choeur
des Divinitez:
Les Plaisirs sont de tous les ages;
Les Plaisirs sont de toutes les saisons.
Pour les rendre permis, on sçait que les plus
sages
Ont souvent trouvé des raisons.
Rions, chantons,
Folâtrons, sautons,
Les Plaisirs sont de tous les ages;
Les Plaisirs sont de toutes les saisons.
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