Bellerophon
Tragédie
en Musique en un Prologue & V Actes
representée
pour la premiere fois par
l'Academie Royale de Musique le 31 Janvier
1679
livret
de Thomas Corneille
musique
de:
Jean-Baptiste
Lully
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les
personnages du Prologue:
Apollon
Les Neuf Muses
Bacchus
Pan
Choeurd'Aegipans
& de Menades
Choeur des Bergers & de Bergeres
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Le
Theatre represente une agreable Vallée, en forme de
Costeaux delicieux, au fond desquels paroist le Mont
Parnasse à double sommet, & entre les deux, la
Source de la Fontaine d'Helicon. Apollon est assis au haut
de cette Montagne, accompagné des neuf Muses, qui
sont aussi assises des deux costez.
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Apollon:
Muses, preparons nos Concerts.
Le plus grand Roy de l'Univers
Vient d'asseurer le repos de la Terre;
Sur cét heureux Vallon il répand ses
bien-faits.
Apres avoir chanté les fureurs de la Guerre,
Chantons les douceurs de la Paix.
Le Choeur
des Muses:
Apres avoir chanté les fureurs de la Guerre,
Chantons les douceurs de la Paix.
Apollon:
Par cét Auguste Roy la discorde est bannie.
Pour tous les Dieux sa gloire a tant d'appas,
Que Pan luy mesme oubliant nos debats
Vient icy de nos Chants augmenter l'harmonie.
Bacchus ainsi que luy vient se joindre avec nous,
Pour rendre nos accords plus charmants & plus
doux.
[Bacchus
entre icy d'un costé, accompagné d'Aegipans
& de Menades, & Pan entre de l'autre, suivy de
Bergers & de Bergeres]
Bacchus:
Du fameux bord de l'Inde, où toûjours la
Victoire
Rangea les Peuples sous ma Loy,
Ie viens prendre part à la gloire
D'un Vainqueur außi grand que moy.
Pan:
I'ay quitté les Forests ou je tiens mon Empire,
Pour venir comme vous admirer ce Heros.
Nos Plaines & nos Bois luy doivent le repos,
C'est par luy seul qu'en nos Champs on respire.
Tous
ensemble:
Chantons le plus grand des Mortels,
Chantons un Roy digne de nos Autels.
Le Choeur
d'Apollon & des Muses:
Par luy tous nos champs refleurissent.
Le Choeur
de Bacchus & de Pan:
Les trnaquilles plaisirs par luy sont de retour.
Le Choeur
d'Apollon & des Muses:
De son nom seul les Echos retentissent.
Le Choeur
de Bacchus & de Pan:
Si l'on soûpire encor, ce n'est plus que
d'amour.
Le Choeur
d'Apollon & des Muses:
Tout rit dans nos couces retraites.
Le Choeur
de Bacchus & de Pan:
Rien ne vient plus troubler le son de nos
Musetes.
Tous
ensemble:
Chantons le plus grand des Mortels,
Chantons un Roy digne de nos Autels.
Chanson
d'un Berger:
Pourquoy n'avoir pas le coeur tendre ?
Rien n'est si doux que d'aimer.
Peut-on aisément s'en défendre ?
Non, non, non, l'Amour doit tout charmer.
Que sert
la fierté dans les Belles ?
Tout aime enfin à son tour.
Voit-on des rigueurs éternelles ?
Non, non, non, rien n'échape à
l'Amour.
[apres
chette Chanson, les Aegipans & les Menades font une
Entrée, laquelle estant finie, les Bergers & les
Bergeres se meslent à eux; & ils dansent tous
ensemble. Cette Derniere Danse est suivie de ce Dialogue de
Bacchus & de Pan]
Pan:
Tout est paisible sur la Terre,
Voicy l'heureux tems des Amours.
Bacchus:
Ils n'ont plus à craindre la Guerre,
Qui des Amants troubloit les plus beaux jours.
Pan:
Aimez, Bergers, aimez, Bergeres,
Suivez vos plus tendres desirs.
Bacchus:
Si l'Amour a des maux il a mille plaisirs
Qui rendent ses peines legeres.
Bacchus
& Pan:
Si l'Amour a des maux il a mille plaisirs
Qui rendent ses peines legeres.
Apollon:
Quittez de si vaines Chansons.
Il faut par de plus nobles sons
Honorer en ce jour le Heros de la France.
Transformons-nous en ce moment,
Et dans un Spectacle charmant
Celebrons à ses yeux l'heureux Evenement,
Qui jadis au Parnasse a donné la naissance.
Allons, pour ce grand Roy redoublez vos efforts,
Preparez vos plus doux accords.
Tous
ensemble:
Pour ce grand Roy redoublez vos efforts,
Preparez vos plus doux accords.
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les
personnages de la Tragedie:
Pallas
Iobate, Roy de Lycie
Stenobée, Veuve de Pretus, Roy d'Argos
Philonoé, Fille d'Iobate
Bellerophon, creu Fils de Glaucus
Amisodar, Prince Lycien, Sçavant en Magie, Amoureux
de Stenobée
Argie, Confidente de Stenobée
Le Sacrificateur
La Pythie
Ministres
du Temple d'Apollon
Troupe d'Amazones
Troupe de Solymes
Troupe de Magiciens
Choeur de Peuples
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La
Scene est à Patare Capitale du Royaume de
Lycie
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Le
Theatre represente une avant-court du Palais du Roy, au fond
de laquelle paroist un grand Arc de Triomphe, &
au-delà, on découvre la Ville de Patare,
Capitale du Royaume de Lycie
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Scene
premiere
Stenobée, Argie
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Stenobée:
Non, les soûlevements d'une Ville rebelle
Ne m'ont poit fait quitter Argos.
C'est l'Amour seul fatal à mon repos,
C'est le cruel Amour qui dans ces lieux
m'appelle.
Pretus
n'est plus, & desormais sa mort
Me rend Maistresse de mon sort;
Ie puis donner un Diadême,
Et vient en cette Cour faire un dernier effort
Sur le coeur d'un Ingrat que j'aime.
Argie:
Quoy, de Bellerophon l'outrageante froideur
Ne peut de cet amour dégager vostre coeur
?
Stenobée:
Malgré tous mes malheurs je serois trop heureuse,
Si les mépris pouvoient guerir l'amour.
Ma fierté dés long-temps par un juste
retour,
M'auroit fait triompher de ma flâme amoureuse;
Mais helas ! ma tendresse augmente chaque jour.
Malgré tous mes malheurs je serois trop heureuse,
Si les mépris pouvoient guerir l'amour.
Argie:
Contre Bellerophon vostre aveugle colere
Aux plus sanglants effets devoit s'authoriser;
L'amour vous le fait voir toûjour digne de plaire,
C'est assez pour vous appaiser.
Stenobée:
Helas ! à quel excez je portay ma vangeance !
Ie l'accusay malgré son innocence
De vouloir m'inspirer une coupable ardeur.
Ce fut pour luy ravir & l'honneur & la vie,
Que Petrus l'envoya chez le Roy de Lycie.
Et quels troubles alors ne sentit point mon coeur
!
En vain,
quand l'amour est extrême,
On veut perdre un Ingrat qui nous ose outrager.
On prend dans ses mal-heurs plus de part de luy-mesme.
Helas ! quand il le faut vanger de ce qu'on aime,
Qu'il en coûte pour se vanger !
Argie:
Ne redoutez plus rien; ce Heros invincible
Aux plus affreux perils tant de fois exposé,
A sa faveur a trouvé tout poßible.
Quel triomphe pour vous s'il estoit aisé
De rendre enfin son coeur sensible !
Stenobée:
Du moins Bellerophon n'a jamais rien aimé,
C'est à la gloire qu'il se donne,
Et son coeur peut estre charmé
PAr les offres de ma Couronne.
Espoir,
qui seduisez les Amans mal-heureux,
Pourquoy suspendre ma vangeance ?
Ie sçay, je sçay combien vous estes
dangereux,
Ie sçay que vous allez entretenir mes feux,
Et redoubler leur violence;
Cependant vous rentrez dans mon coeur amoureux,
Et je sens qu'avec vous il est d'intelligence.
Espoir, qui seduisez les Amans mal-heureux,
Pourquoy suspendre ma vangeance ?
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Scene
2
Stenobée, Argie, Philonoé
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Philonoé:
Reyne, vous saçvez qu'en ce jour
Ie reçois un Espoux de la main de mon Pere.
I'attends le choix qu'il en doit faire
Entre tous ces Amants qui remplissent sa Cour.
Obtenez qu'il n'en délibere
Que de concert avec l'amour.
Qu'il est
doux de trouver dans un Amant qu'on aime
Un Espoux que l'on doit aimer !
Lors que le coeur a choisi de luy mesme
Le seul Objet qui pouvoit l'enflamer,
Qu'il est doux de trouver dans un Amant qu'on aime
Un Espoux que l'on doit aimer.
Stenobée:
Quoy, Princesse, a l'amour vous auriez pû vous rendre
?
Philonoé:
En vain j'ay voulu m'en défendre.
Stenobée:
Et qui donc aimez-vous ?
Philonoé:
Un Heros que les Dieux
Ont fait des Conquérans l'exemple glorieux.
Estimé dans la paix, redouté dans la
guerre,
Il est, & la terreur, & l'amour de la
Terre.
Si pour
chercher à vaindre il court dans les hazards,
A ses premiers efforts ses Ennemis se rendent,
Et s'il aime, il n'est point de coeurs qui se
défendent
De ses premiers regards.
Stenobée:
Ah ! c'est Bellerophon.
Philonoé:
C'est luy, je le confesse,
Ne condamnez point ma tendresse.
Quand mille exploits fameux parlent pour un Amant,
Peut-on resister un moment ?
Apres avoir vaincu deux Nations guerrieres,
Bellerophon améne en ces lieux fortunez
Les Amazonnes prisonnieres,
Et les Solymes enchaînez;
Il possede mon coeur, je puis tout sur son ame.
Reyne, favorisez une si belle flâme.
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Stenobée:
Et je croyois qu'aucune ardeur
N'eût jamais enflamé son coeur ?
Argie:
Un coeur qui paroist insensible
Peut estre un temps sans se laissez charmer;
Mais on a beau se défendre d'aimer,
Le moment vient d'estre sensible.
Stenobée:
C'en est fait, l'outrage est trop grand.
Si ses cruels refus faisoient tort à ma gloire,
Au moins il m'estois doux de croire
Que mon coeur soûpiroit pour un Indifferent.
Mais il aime, & c'est là que je me desespere,
Une autre a fait ce que je n'ay pû faire.
Venez, haine, vangeance & versez dans mon coeur
Vostre poison le plus funeste.
Vous ne sçauriez m'inspirer trop d'horreur
Pour un Ingrat que je deteste.
Suivons, suivons ce desespoir.
Il faut pour vanger mon outrage
Qu'Amisodar serve ma rage;
Son Art dans les Enfers luy donne tout pouvoir.
Il en peut évoquer quelque Monstre effroyable
Qui porte le ravage & la flâme en ces lieux,
Il m'aime, & si sur luy je veux jetter les
yeux...
Argie:
Le Roy vient, contraignez l'ennuy qui vous
accable.
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Scene
4
Le Roy, Stenobée, Argie, Suite
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Le
Roy:
Contre Bellerophon, j'ay fait jusqu'à ce jour
Ce que Petrus pouvoit attendre
De l'aveugle zele d'un Gendre.
Vous vouliez comme luy qu'il perît dans ma Cour.
D'abord, sans connoistre son crime,
I'abandonnay sa teste aux rigueurs de son sort.
Petrus croyoit sa perte legitime,
C'estoit assez pour resoudre sa mort.
Mais enfin il est temps de vous ouvrir mon ame.
Apres qu'il s'est rendu l'appuy de mes Estats,
Ie dois me conserver son bras.
Ma Fille est l'objet de sa flâme,
Aujourd'huy de ma main elle attend un Espoux,
C'est luy que je choisis.
Stenobée:
Ciel, que me dites-vous ?
Choisir Bellerophon ! & qui l'auroit pû croire
?
Le
Roy:
Ses Exploits l'ont rendu digne de cette gloire.
Stenobée:
Songez-vous que Petrus vous demanda sa mort ?
Le
Roy:
Les Dieux ne m'ont point fait l'arbitre de son
sort.
Stenobée:
Quoy, sous oûtenez un Coupable ?
Le
Roy:
Quoy, vôtre haine est implacable ?
Tous
deux:
Ah, cessez de vous obstiner.
Le
Roy:
Malgré vôtre jalouse envie,
Stenobée:
Malgré vos soins pour luy sauver la vie,
Tous
deux:
Il metire [le prix / le sort] que je luy veut
donner.
[on
entend icy des Timballes & des
Trompettes]
Stenobée:
A ce bruit éclatant je connois qu'il s'avance.
Ie ne vous dis plus rien, mais vous devez songer,
Que si vous negligez le soin de ma vangeance,
Ie suis Reyne, & puis me vanger.
[apres
que Stenobée est sortie, on voit entrer une Troupe
d'Amazones, & de Solymes enchaînez, dont ceux qui
les conduisent portent les Armes. La Marche de cette Troupe
fait sur le Theatre une espece de Triomphe pour Bellerophon
qui entre apres que les Amazones & les Solymes ont
passé devant le Roy, & pris leur
place]
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Scene
5
Le Roy, Bellerophon,
Troupe d'Amazones & de Solymes
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Le
Roy:
Venez, venez goûter les doux fruits de la gloire,
Qui dans tout l'Univers vous fait tant de jaloux.
Bellerophon:
Seigneur, quand on combat pour vous
N'est-on pas seu de la victoire ?
Le
Roy:
Apres avoir rangé deux Peuples sous les Loix,
Prince, vôtre rare vaillance
Demeureroit sans recompense
Si ma Fille n'estoit la prix de vos exploits.
Vous l'aimez, elle vous aime,
Soyez heureux, j'y consens.
Bellerophon:
Ah, Seigneur ! puis-je encor me connoistre moy-mesme
?
Le
Roy:
La veleur obtient tout des coeurs reconnoissans.
Un Heros
que la gloire eleve
N'est qu'à demy recompansé,
Et c'est peut si l'amour n'acheve
Ce que la gloire a commencé.
Bellerophon:
Surpris de tant d'honneurs je ne puis que me taire.
Quel service assez pouvoit les meriter ?
I'eusse esté trop temeraire
Si j'eusse osé m'en flater,
Moy qu'un Frere a chaßé d'Ephyre,
Ou mon Pere Glaucus avoit donné la Loy.
Le
Roy:
Estre l'appuy de mon Empire,
C'est meriter aßez d'y regner apres moy.
Qu'aucun ne garde icy des sujets de tristesse.
A nos captifs je rends la liberté.
Bellerophon,
aux Amazones & aux Solymes:
Faites tous voir vostre allegresse
En sortant de captivité.
[le
Roy & Bellerophon estant sortis, ceux qui ont conduit
les Amazones & les Solymes, leur ostent les fers, &
rendent l'espée aux unes, & la lance aux
autres]
Les
Amazones:
Quand un Vainqueur est tout brillant de gloire,
Qu'il est doux de porter ses fers !
Les
Solymes:
Celuy qui nous soûmit commande à la
Victoire,
Il soûmettra tout l'Univers.
Les Choeur
des Amazones & des Solymes:
Disons cent fois ce qu'on ne peut trop dire,
Heureux qui vît sous son empire !
[les
Amazones & les Solymes commencent icy leurs Danses,
& chantent ensuite les paroles suivantes, dont chaque
couplet se chante apres une
Entrée]
Les
Amazones & les Solymes:
Faisons cesser nos allarmes,
Goûtons les biens que rend la
liberté.
Celuy dont
chacun craint les armes
A fait finir nostre captivité.
Un sort si plein de charmes
Met nôtre gloire enfin en seureté.
Rompons le
cours de nos larmes,
Nos deplaisirs ont assez éclaté.
Celuy dont chacun craint les armes
A fait finir nostre captivité.
Un sort si plein de charmes
Met nôtre gloire enfin en seureté.
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Le
Theatre represente un Jardin delicieux, au milieu duquel
paroist un Berceau en forme de Dôme, soûtenu
à l'entour de plusieurs Termes. Au travers de ce
Berceau on découvre trois Allées, dont celle
du milieu est terminée par un superbe Palais en
éloignement. Les deux autres finissent à perde
de veuë
|
Scene
premiere
Philonoé, deux Amazones
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Philinoé:
Amour, mes voeux sont satisfaits,
Il m'est doux de porter tes chaînes,
Et j'oublie aujourd'huy les peines
Qui de mon coeur avoient troublé la paix.
Cruelles inquietudes,
Soûpirs languissans,
Si j'ay souffert vos tourmens les plus rudes,
Ie n'ay pas trop payé les douceurs que je
sens.
Ière
Amazone:
Les douceurs que l'amour fait trouver dans ses
chaînes,
Aux plus heureux Amans ont coûté de
soûpirs.
IIème
Amazone:
Les plaisirs qui n'ont point commencé les peines,
Ne sont jamais de vrais plaisirs.
Philonoé:
Chantez, chantez la valeur éclatante
Du plus grand des Heros;
Si la Lycie est triomphante,
C'est à luy qu'elle doit sa gloire & son
repos.
Ière
Amazone:
Que de Lauriers sur une seule teste !
Avec luy la Victoire a peine à respirer.
IIème
Amazone:
De l'Univers entier il eeût fait la conqueste,
Si son grand coeur n'eût sçeu se
moderer.
Toutes
Deux:
Chantons, chantons la valeur éclatante
Du plus grand des Heros;
Si la Lycie est triomphante,
C'est à luy qu'elle doit sa gloire & son
repos.
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Scene
2
Bellerophon, Philonoé, deux Amazones
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Bellerophon:
Princesse, tout conspire à couronner ta
flâme,
Tout s'apreste pour mon bon-heur.
Sentez-vous les plaisirs qui regnent dans mon ame,
Et les mesmes transports charment-ils vôtre coeur
?
Philonoé:
L'amour qui nous unit par de si douces chaînes
A dés long-temps uny tous nos desirs;
A vos soûpirs cent fois j'ay meslé mes
soûpirs,
Et si j'ay partagé vos peines,
Ie dois partager vos plaisirs.
Bellerophon:
Qu'un si doux aveu doit me plaire !
Qu'il rend mon destin glorieux !
Philonoé:
Quand ma bouche pourroit se taire,
L'amour feroit parler mes yeux.
Tous
deux:
Que tout parle à l'envy de nôtre amour
extrême,
A ses transports abandonnons nos coeurs,
Et pour goûter toûjours de nouvelles
douceurs,
Disons-nous cent fois; je vous aime.
Philonoé,
voyant Stenobée:
Prince, adieu; mon devoir m'appelle auprés du
Roy,
Ie vous laisse le soin d'entretenir la Reyne.
Bellerophon:
Quel cruel supplice pour moy !
|
Scene
3
Bellerophon, Stenobée, Argie
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|
Stenobée:
Ma presence icy te fait peine.
Bellerophon:
Il est vray, je frêmis lors que je vous revoy.
Quel destin ennemy vous amène en Lycie ?
Y venez vous chercher à troubler mon repos ?
Vous m'avez fait bannir d'Argos,
Ne verray-je jamais vôtre haine adoucie ?
Stenobée:
S'il te souvient des maux que je t'ay fais,
Qu'il te souvienne außi de ma tendresse
extrême;
Ne me reproche point, ingrat, que je te hais,
Ou reproche moy que je t'ayme.
I'ay tasché de te perdre, & j'ay crû le
vouloir,
I'ay suivy les transports d'une aveugle vangeance,
Mais plus a mon amour j'ay fait de violence,
Plus sur mon coeur il a pris de pouvoir,
Et je ne t'ay jamais haï qu'en apparence.
Bellerophon:
Vous m'avez sans relâche accablé de
mal-heurs,
Ie n'ay point reconnû l'amour dans vos fureurs.
Si l'amour quelquefois s'abandonne à la rage,
Il est toûjours amour mesme quand il outrage.
Mais vous, toûjours constante à me
persecuter,
Vous n'avez espargné ma gloire ny ma vie,
Et je ne dois rien écouter
De ma plus mortelle Ennemie.
|
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Stenobée:
Tu me quittes, cruel ! arreste. Il fait, helas !
Mon amour voir sa honte, & n'en profite pas.
Vous ne
sçauriez guerir le mal qui me tourmente,
Foibles retour d'un impuissant dépit;
Des mespris d'un Ingrat ma flâme se nourrit,
Elle dévroit s'éteindre, & devient plus
ardente.
L'amour trop heureux s'affoiblit,
Mais l'amour mal-heureux s'augmente.
Argie:
Quoy, vous pourrez toûjours souffrir
Qu'on vous brave, qu'on vous dédaigne ?
Stenobée:
Non, il faut dans son sang que mon amour
s'éteigne.
Perdons tout, faisons tout perir.
|
Scene
5
Amisodar, Stenobée, Argie
|
|
Stenobée:
Vous me jurez sans cesse une amour éternelle.
Croiray-je, Amisodar, croiray-ie vos serments ?
Me serez vous fidelle
Pour ne refuser rien à mes ressentiments ?
Amisodar:
Lorsque l'amour vous asservit mon ame,
Vôtre insensible coeur devroit se contenter
De ne pas respondre à ma flâme;
Pourquoy me faire encor l'outrage d'en douter ?
Vos froideurs, vôtre indifference,
Me touchent moins que cette offense,
Ie meurs pour vos divins appas,
Et viens vous demander pour toute recompense
Que vous n'en doutiez pas.
Stenobée:
Bellerophon m'a fait une mortelle injure,
Le Roy l'a connoist & l'endure,
Il le choisit pour Gendre au lieu de le punir.
Troublons l'Hymen qui se prepare
Par une vangeance barbare
Dont le seul souvenir
Fasse trembler tout l'avenir.
Amisodar:
Ie puis de la nuit infernale,
Faire sortir un Monstre furieux:
Mais vous mesme tremblez d'exercer en ces lieux
Une vangeance si fatale.
Preparez-vous à voir nos Peuples allarmez,
Et nos Villes tremblantes.
Le Monstre couvrira de torrents enflamez
Nos campagnes fumantes
Et nos champs ne serons semez
Que des restes affreux de Victimes sanglantes.
Stenobée:
Que ce Spectacle sera doux
A la fureur qui me transporte !
Hastez-vous, hastez-vous
De servir mon couroux,
Faites ouvrir la terre, & que le Monstre en sorte,
Hastez-vous, hastez-vous
De servir mon couroux.
Amisodar:
Iusqu'au fond des Enfers ie vay me faire entendre,
Fuyez, Reyne, fuyez;
Vos yeux seroient trop effrayez
De l'horreur qu'en ces lieux mes Charmes vont
répandre.
|
|
Amisodar,
seul:
Que ce Iardin se change en un Desert affreux.
[le
Jardin disparoît, & l'on voit en sa place une
espece de prison horrible taillée dans les Rochers,
& percée à perte de veuüe, avec
plusieurs Chaînes, Cordages, & Grilles de fer qui
la remplissent de toutes parts]
Noirs
Habitans du séjour tenebreux,
Pour m'écouter dans vos Demeures sombres;
Redoublez, s'il se peut, le silence des Ombres.
Et vous, à me servir employez tant de fois,
Ministres de mon Art, accourez à ma voix.
[quatre
Magiciens & quatre Magiciennes paroissent, &
témoignent en dançant l'ardeur avec laquelle
ils se preparent à servie Almisodar. Apres cette
Entrée, d'autres Magiciens, au nombre de quatorze,
viennent faire avec luy la Scene
suivante]
|
Scene
7
Amisodar, Magiciens
|
|
Les
Magiciens:
Parle, nous voila prests, tout nous sera
poßible.
Amisodar:
Faisons sortir un Monstre horrible.
Pour l'évoquer employez l'Acheron,
Le Cocyte, le Phlegeton;
Faites que vostre voix dans tout l'Enfer résonne.
C'est moy qui vous l'ordonne.
[les
Magiciens se jettent icy contre terre pour
l'évocation]
Les
Magiciens:
Par ce pressent commandement,
Promptement, promptement.
Que la Terre s'ouvre,
Que l'Enfer se découvre;
Cocyte, Phlegeton, il nous faut du secours,
Pour nous entendre arrestez vôtre cours..
Amisodar:
Poursuivez. Que pour moy vôtre pouvoir
éclate;
Par Cerbere & la triple Hécate;
Parlez, Pressez, appellez & [à ?] grand
bruit,
Et la Mort & la Nuit.
[les
Magiciens se jettent à nouveau par
terre]
Les
Magiciens:
Nuit, Mort, Cerbere, Hecate, Erebe, Averne,
Noires Filles du Stix que la fureur gouverne,
Entendez nos cris, servez-nous,
Nous travaillons pour vous.
Amisodar:
Le Charmes est fait, les Monstres vont paroistre,
La Terre s'ouvre, & me le fait connoistre.
Rendons aux sombres Deïtez
Les honneurs que de nous elles ont meritez.
[la
terre s'ouvre, & on en voit sortir trois Monstres qui
s'élevent au dessus de trois Bûchers ardens,
l'un en forme de Dragon, l'autre de Lyon, & le dernier
de Bouc. Trois des Magiciens montent dessus; apres quoy, les
quatre qui ont désja dancé font une nouvelle
Entrée avec les quatre Magiciennes, pour maquer leur
joye de ce quele Charme a reüssi. Leur Dance estant
finie, les trois Magiciens qui sont sur les Monstres
chantent alternativement les paroles suivantes avec les
autres Magiciens]
Les
Magiciens:
La Terre nous ouvre,
Ses Gouffres profonds,
L'Enfer se découvre.
Chantons, triomphons
On voit l'Onde noire
Pour nous s'arrester.
Victoire, Victoire, Victoire,
Nous avons la gloire
De tout surmonter.
Triomphe, Victoire,
Triomphe, Victoire,
Nous avons la gloire
De tout surmonter,
Non, non, rien ne peut nous resister.
Amisodar:
Un Monstre seul causeroit peu d'effroy,
Il faut unir ces trois Monstres ensemble.
Par un Charme plus fort & plus digne de moy,
Faisons qu'un seul corps les assemble,
Pour en venir à bout descendons aux Enfers,
Les Gouffres nous en sont ouverts.
[tout
s'abysme, & la Terre se referme]
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|
Le
Theatre represente le Vestibule d'un Temple fameux,
où Apollon rendoit ses Oracles dans la Ville de
PAtare. Ce Temple paroist d'abord fermé dans le fond,
& ne s'ouvre que lors que la Ceremonie commence à
paroistre
|
Scene
premiere
Stenobée, Argie
|
|
Argie:
Que vous faites couler de sang & de larmes
Dans ces trsites climats
Tous tremble, tout est en allarmes.
On voit regner par tout l'image du trespas,
Et le Monstre animé par la force des Charmes
Marque de mille morts la trace de ses pas.
Stenobée:
Lieux desolez, & remplis de carnage,
Campagnes où le Monstres a semé tant
d'horreur,
Ne me reprochez point ma jalouse fureur,
Dont vostre embrasement est le fatal ouvrage;
L'amour desesperé qui regne dans mon coeur
Vous vange assez de ce ravage.
Argie:
Quoy, vous ne goûtez point la secrette douceur
D'avoir troublé l'Hymen qui vous a outragé
?
Stenobée:
Impuissante victoire ! inutile secours !
Dequoy peux-tu servir quand on aime toûjours ?
Les plus cruels transports que la fureur inspire
Consolent mal un amour outragé.
Ce mal-heureux amour apres s'estre vangé,
N'en fait pas moins sentir son tyrannique empire,
Impuissante victoire ! inutile secours !
Dequoy peux-tu servir quand on aime toûjours
?
|
Scene
2
Le Roy, Stenobée, Argie
|
|
Le
Roy:
Que de mal-heurs accablent la Lycie ?
Si le Ciel luy gardoit de si funestes coups,
Avant qu'il fist sur elle éclater son couroux,
Que ne m'a-t-il osté la vie ?
Ie ne vois en tous lieux que des marques d'effroy,
Que des Objets qui m'espouvantent,
Et je partage comme Roy
Les maux que mes Sujeys ressentent.
Stenobée:
Quand vous voyez vos Peuples abbattus,
Reconnoissez du Ciel la jusrice suprême.
Vous n'avez pas cnagé l'injure de Pretus,
Il la venge luy-mesme.
Bellerophon victorieux
Cause tous les mal-heurs dont vostre cour soûpire,
C'est contre luy seul que les Dieux
Ont envoyé le Monstre furieux,
Qui desole tout vostre Empire.
Qua sa valeur en délivre ces lieux,
Puisque son crime vous l'attire.
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Scene
3
Bellerophon, Le Roy
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Bellerophon:
Vous venez de consulter l'Oracle d'Apollon ?
Le
Roy:
Ie viens luy demander ce qu'il faut que j'espere;
De mes Estats c'est le Dieu tutelaire,
Il écoute ma voix, quand j'implore son
nom.
Bellerophon:
Ce Dieu qui cherit la Lycie
Dans ses mal-heurs voudra la secourir,
Et l'encens qu'en ces lieux vous luy venez offrir
Rendra du Ciel la colere adoucie.
Mais quand le Monstre immole à sa fureur
Tout le sang qu'il trouve à répandre,
Verray-je sans rien entreprendre
Que par luy dans ces lieux tout soit remply d'horreur
?
Le
Roy:
Ah, Prince, songez-vous que trois Monstres ensemble
Sont unis dans ce Monstre affreux ?
A son aspect il n'est rien qui ne tremble,
De sa brûlante haleine il pousse mille
feux.
Bellerophon:
Ces trois Monstres unis n'ont rien qui
m'épouvante;
Plus le Comabt coûte au Vainqueur,
Plus la Victoire est éclatante,
Et c'est ce qui falte un grand Coeur.
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Scene
4
Bellerophon, Le Roy, Philonoé
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Philonoé:
Seigneur, à vôtre voix je viens joindre la
mienne,
Aux voeux que vous offrez je viens méler mes
pleurs,
Et demander au Ciel que la Lycie obtienne
La fin de ses mal-heurs.
Le
Roy:
Contre le Monstre qui les cause
Bellerophon veut employer son bras.
Consentirez-vous qu'il s'expose ?
Philonoé:
Ah, vous-mesme Seigneur, vous n'y consentez pas;
Souffrirez-vous qu'il coure où la mort est certaine
?
Bellerophon:
On court à la Victoire en s'exposant pour vous,
Croyez-en l'ardeur qui m'entraîne.
Helas ! sans les frayeurs dont la Lycie est pleine,
Ie serois désja vostre Espoux.
Philonoé:
Esperons tout des Dieux; un violent orage
Améne quelquefois le calme le plus doux.
Le
Roy:
Le Temple s'ouvre; entrons, & par un juste hommage
Meritons que le Ciel appaise son couroux.
[le
Sacrificateur paroist avec ses Ministres, & un grand
nombre de Peuple qui entre dans le Temple en dançant.
Apres la premiere Dance, le Choeur du Peuple chante les
paroles suivantes]
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Scene
5
Bellerophon, Le Roy, Philonoé, le Sacrificateur,
Ministres du Temple, Choeur de Peuple
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Le Choeur
de Peuple:
Le mal-heur qui nous accable
Demande un Dieu favorable.
Entens nous, grand Apollon,
Par la defaite du Serpent Python,
PAr l'éclat de la gloire
Qui suivoit ta victoire,
Viens nous secourir.
Hâte-toy, sauve -nous, où bien nous allons
perir.
[il
se fait icy une seconde Entrée, apres laquelle le
Peuple chante ce second couplet]
Nos
soûpirs te font connoistre
Le mal-heur qui les fait naistre.
Entens-nous grand Apollon,
Par la défaite du Serpent Python:
Par l'éclat de la gloire,
Qui suivit ta Victoire,
Hâte-toy, sauve -nous, où bien nous allons
perir.
Le
Sacrificateur:
Reçois, grand Apollon, reçois ce
Sacrifice,
Fais que le Ciel nous soit propice.
Le Choeur
de Peuple:
D'un Coeur soûmis nous t'adressons nos voeux,
Ecoute un Peuple mal-heureux.
Le
Sacrificateur, versant du vin sur la teste de la
Victime:
Par ce vin répandu fais cesser nos allarmes,
Arreste le cours de nos larmes.
Tu vois quel triste sort nous accable aujourd'huy;
Preste-nous ton appuy.
Vous qu'à me seconder un zele ardent anime,
Avancez, il est temps d'immoler la Victime.
[les
Ministres du Temple s'avacent auprés du
Sacrificateur, & immolent la victime]
Le Choeur
du Peuple:
Dieux, qui connoissez nos mal-heurs,
Laissez-vous toucher par nos pleurs.
Le
Sacrificateur, monstrant le coeur de la Victime:
Esperons, je ne voy que Signes favorables.
Nos voeux au Ciel doivent estre agreables.
[il
jette le coeur & les entrailles au
feu]
Le Choeur
de Peuple:
Aprés un augure si doux,
Tâchons de mériter que les Dieux soient pour
nous.
[le
Peuple dance icy à l'entour du feu, & chante
ensuite ce premier couplet]
Montrons
nostre allegresse,
Ne parlons plus de chagrin.
Renonçons à la tristesse,
Nos mal-heurs vont prendre fin.
Quand le Ciel est propice à nos voeux,
Bannissons l'enuy qui nous presse,
Nous allons tous estre heureux.
[le
Peuple continuë sa dance, & chante ce second
couplet]
Le Ciel
veut qu'on espere,
Il adoucit son couroux.
Nostre hommage a sçeu luy plaire,
Tout s'est declaré pour nous.
Bannissons les soûpirs de ces lieux;
Ne craignons plus rien de contraire,
Nos maux ont touché les Dieux.
Le
Sacrificateur:
Tout m'aprend qu'Apollon dans nos voeux s'interesse,
Redoublez à l'envy vos marques
d'allegresse.
[le
Peuple commence une nouvelle Dance à l'entour du Feu,
& chante les paroles qui suivent]
Le Choeur
de Peuple:
Assez de pleurs
Ont suivy nos mal-heurs;
De nostre zele
Voy l'ardeur fidelle.
C'est en toy seul que nostre espoir est mis.
Viens de nos maux adoucir les atteintes.
Finis nos plaintes
Calme nos craintes.
Fléchy pour nous les Destins ennemis.
L'Amour languit troublé de nos alarmes.
Rappelle icy tous ses charmes,
Toy que ses traits ont tant de fois soûmis.
Un Monstre
affreux
Nous rend tous mal-heureux.
Fay de sa rage
Cesser le ravage.
Finis nos plaintes
Calme nos craintes.
Fléchy pour nous les Destins ennemis.
L'Amour languit troublé de nos alarmes.
Rappelle icy tous ses charmes,
Toy que ses traits ont tant de fois soûmis.
Le
Sacrificateur:
Digne Fils de Latone, & du plus grand des Dieux,
PArle, & daigne regler le destin de ces
lieux.
[l'Autel
qui a parû s'enfonce, & la Pythie sort de son
antre les cheveux épars. En mesme temps on entend de
grands éclats de Tonnerre. Le Temple tremble, &
on le voit tout brillant
d'éclairs]
La
Pythie:
Gardez tous un silence extrême,
Apollon vous entend, & va parler luy-mesme.
Son approche désja fait briller les
élcairs,
Entendez resonner le sifflement des airs.
Escoutez le bruit du Tonnerre,
Voyez trembler & le Temple & la Terre,
Il va paroistre, je le voy;
A son aspect fremissez comme moy.
[la
Pythie se panche vers la Terre, tandis qu'Apollon paroist en
Statuë d'or, & prononce l'Oracle qui
suit]
Apollon:
Que vostre crainte cesse.
Un des Fils de Neptune appaisera pour vous
Le celeste couroux.
Pour l'en recompenser, il faut que la Princesse
Le prenne pour Espoux.
[la
Pythie s'enfonce dans l'Antre d'où elle est sortie.
Apollon disparoist, & le Peuple se
retire]
Le Roy,
à Bellerophon & Philonoé:
Vous l'avez entendu, je n'ay rien à vous dire,
Ie plains vos déplaisirs, comme vous j'en
soûpire,
Mais rien n'est preferable au repos de ces lieux;
Soûmettons nous aux Dieux.
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Scene
6
Bellerophon, Philonoé
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|
Bellerophon:
Dans quel accablement cét Oracle me laisse
!
Philonoé:
Ah, cruelle surprise !
Bellerophon:
O funeste revers !
Quoy ? je vous pers, belle Princesse ?
Philonoé:
Quoy ? Bellerophon, je vous pers ?
Tous
deux:
Helas ! Nous n'avons eû le destin favorable
Que pour mieux ressentir le coup qui nous accable
?
Bellerophon:
Mes voeux alloient estre contents.
Philonoé:
Jamais sort n'eût été plus heurex que le
nostre.
Tous
deux:
Qui croiroit que deux coeurs si tendres, si constants,
Ne fussent pas destinez l'un poiur l'autre ?
Bellerophon:
Vous ne serez sonc point à moy ?
Quel pric d'une ardeur si fidelle !
Philonoé:
N'y pensons plus.
Bellerophon:
Quoy ? vous pourrez, cruelle,
Engager ailleurs vostre foy ?
Philonoé:
Brisez, brisez une fatale chaîne.
Quand j'au receu l'hommage de vos voeux,
Ie croyois que le Ciel consentiroit sans peine
Que l'Hymen nous rendist heureux,
Et je n'attendois pas l'Oracle rigoureux
Qui nous sacrifie à sa haine.
Bellerophon:
Non, non, quoy qu'il ait ordonné,
On ne verra jamais que mon amour s'éteigne,
Ie n'examine point ce qu'il faut que je craigne
De l'Oracle fatal qui vient d'estre donné.
Que le destin jalous d'une flâme si belle
Me porte encor des coups plus rigoureux;
Au moins je puis estre fidelle,
Si je ne sçaurois estre heureux.
Philonoé:
Se peut-il que le Ciel contre un amour si tendre
Exerce toutes ses rigueurs ?
Bellerophon:
De ses ordres cruels l'Amour doit-il dépendre
?
Tous
deux:
Aoimons-nous malgré nos malheurs,
Ce n'est pas au Destin à séparer les
coeurs.
|
haut
de page

|
Des
Rochers fort hauts & fort escarpez, couverts de Sapins
& d'autres Arbres solitaires, sont la Decoration de
cét Acte. Au fon du Theatre paroist un Rocher de la
méme hauteur, & garny des mémes Arbres. Il
est percé de trois Grotes, au travers desquelles on
découvre un Païsage à perte de
veuë.
|
|
Amisodar:
Quel Spectacle charmant pour mon coeur amoureux !
Ces Morts de tous costez étendus dans les plaines
Me sont de seurs garands de la fin de mes peines;
Tout perit pour me rendre heureux.
Fontaines, tarissez; embrasez-vous, Montagnes,
Brûlez, Forests, sechez, Campagnes,
Toutes les horreurs de je voy
Sont autant de sujet s de triomphe pour moy.
Quand on
obtient ce qu'on aime,
Qu'importe à quel prix ?
Que tout l'Univers surpris
Condamne l'amour extrême
Qui couste tant de sang, de larmes, & de cris,
Quand on obtient ce qu'on aime,
Qu'importe à quel prix ?
|
|
Argie:
Il faut, pour contenter la Reyne,
Rendre le Monstre à l'éternelle nuit;
Bellerophon au desespoir reduit
S'apreste à le combattre, & sa perte est
certaine;
Mais cette prompte mort finit trop tost sa peine.
Quand un fatal Oracle est contraire à ses voeux,
S'il ne souffre long-temps, il n'est point mal-heureux.
Puis qu'un Fils de Neptune épouse la Princesse
Laissez vivre l'Ingrat dans ses jaloux transports;
Voir aux mains d'un Rival l'Objet de sa tendresse,
C'est tous les jours endurer mille morts.
Amisodar:
La laisser vivre ! O Dieux ! que faut-il que je pense
?
Ie voy pour luy la Reyne s'alarmer
Lors que sa mort est preste à remplir sa
vengeance.
Est-ce le haïr ou l'aimer ?
Argie:
Monstrez que vostre coeur ne cherche qu'à luy
plaire,
Pourquoy penetrer dans le sien ?
Quand l'Objet aimé parle, un Amant doit tout
faire,
Et n'examiner rien.
Amisodar:
Non, non, que mon Rival perisse,
Est-ce à moy d'empécher qu'il ne perde le jour
?
Argie:
Il faut à la Reyne encor ce Sacrifice,
Ou renoncer à vostre amour.
Voix,
derriere le Theatre:
Tout est perdu, le Monstre avance,
Sauvons-nous, sauvons-nous.
Amisodar:
Le Monstre aproche, éloignez-vous.
Argie:
Ciel, contre sa fureur embrasse ma
défense.
|
Scene
3
Une Napée, une Dryade
|
|
Une
Napée, & une Dryade, ensemble:
Plaignons, plaignons les maux qui desolent ces lieux
Les pleurs qu'ils font couler devroient toucher les
Dieux.
Dryade:
Il n'est plus d'herbe s dans les plaines.
Napée:
Il n'est plus d'eaux dans les Fontaines.
Dryade:
Tout perit.
Napée:
Tout tarit.
Dryade:
Que d'ennuis !
Napée:
Quelle peine !
Dryade
& Napée:
Plaignons, plaignons les maux qui desolent ces lieux
Les pleurs qu'ils font couler devroient toucher les
Dieux.
|
Scene
4
Dieux des Bois, Une Napée, une Dryade
|
|
Dieux des
Bois:
Les Forests sont en feu, le ravage s'augmente,
Ce n'est par tout qu'épouvante &
qu'horreur.
Napée
& Dryade:
Du Monstre comme vous nous sentons la fureur,
Voyez cette Paline brûlante.
Dieux des
Bois:
Helas ! que sont-il dévenus
Ces Bois dont nous faisions nos retraites tranquilles
?
Napée
& Dryade:
Ces Eaux qui serpentoient dans ces plaines fertiles,
Ces Eaux, helas ! ne coulent plus.
Dieux des
Bois:
Que de tristes alarmes !
Napée
& Dryade:
Que de sujets de larmes !
Tous
ensemble:
Pour adoucir le Ciel qui voit tant de malheurs,
Ioignons nos soûpirs & nos pleurs.
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Scene
5
Le Roy, Bellerophon
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|
Le
Roy:
Ah Prince ! ou vous emporte une ardeur trop guerriere ?
En vain à cent perils on vous a veu courir,
En vain vostre grand nom remplit la Terre entiere,
Vous cherchez un Combat ou vous allez perir.
Bellerophon:
Ie ne vay point combattre un Monstre redoutable
Pour remplir de mon nom l'Univers étonné,
Ie vais, Amant infortuné,
Finir un sort déplorable.
Cent fois, jusqu'à ce triste jour
I'ay hazardé ma vie en cherchant la victoire.
Ce que j'ay fait animé par la gloire,
Ne le pourrai-je animé par l'amour ?
Le
Roy:
Suivre un amour temeraire,
C'est vous livre vous-mesme au plus funeste sort.
Bellerophon:
Accablé de mal-heurs, puis-je craindre la mort
?
Le
Roy:
Ménagez vostre vie, elle m'est toûjours
chere.
Par ces aïmables noeuds
Que je vous destinois avec mon Diadéme,
Par la Princesse mesme.
Accordez, accordez quelque chose à mes voeux.
Ie vais faire à Neptune offrir un Sacrifice.
Allons sçavoir ses volontez,
Peut-estre il nous sera propice.
Bellerophon:
En vain, Seigneur vous me flattez.
Puis qu'à son Fils vous devez la Princesse,
Au moins en combattant laissez-moy faire voir
Que mon amour meritoit sa tendresse.
Le
Roy:
Ah, que je crains pour vous ce fatal desespoir !
Adieu, quand le peril ne vous peut émouvoir;
Ie dois vous cacher ma foiblesse.
[On
commence à voir icy tout le Païsage de
l'enfoncement du Theatre, remply de feu & de
fumée, pour marquer le dégast que fait la
Chimere dans le Païs]
|
|
Bellerophon:
Heureuse mort, tu vas me secourir
Dans mon mal-heur extrême.
Ie cours m'offrir au Monstre asseuré de perir,
Mais je m'en fait un bien suprême.
Quand on a perdu ce qu'on aime,
Il ne reste plus qu'à mourir.
[on
voit icy Pallas dans un Char de Nüages di costé
droit, & en mesme temps paroist un autre Char vuide qui
descend jusques sur le Theatre du costé
gauche]
|
Scene
7
Bellerophon, Pallas dans son Char
|
|
Pallas:
Espere en ta valeur, Bellerophon, espere,
Pallas descend du Ciel pour t'offrir son secours.
Bellerophon:
Déesse, en vain tu prends soin de mes jours,
Quand la mort seule peut me plaire.
Pallas:
Ton sort est marqué dans les Cieux,
Viens, monte dans ce Char, & t'abandonne aux
Dieux.
[Bellerophon
monte dans le Char, & est enlevé sur le Ceintre,
avec Pallas. Cependant on entend le Peuple qui exprime sa
desolation par ces Vers]
Le Choeur
de Peuple, derriere le Theatre:
Quelle horreur ! quel triste ravage !
Le Monstre redouble sa rage.
[pendant
qu'on entend les cris des Peuples épouvantez, la
Chimere paroist au fond du Theatre, & en mesme temps
Bellerophon monté sur Pégase, fond du haut de
l'air, & apres un premier Combat avec la Chimere, il se
sauve dans les airs, & traverse tout le
Theatre]
Le Choeur
de Peuple, derriere le Theatre, pendant le Combat du
Heros:
Un Heros s'expose pour nous,
Dieux, soûtenez son bras, & conduisez ses
coups.
[Bellerophon
fond une seconde fois sur la Chimere, au milieu du Theatre,
& apres qu'il a disparu un moment en s'élevant
sur le Ceintre, il paroist pour une troisiéme fois,
descend sur le devant du Theatre, attaque nouveau la
Chimere, la blesse à mort, & se sauve en l'air,
faisant son vol en rond, & apres trois jours, on le voit
se perdre dans les nuës. Cependant la Chimere tombe
morte entre les Rochers; ce qui donne lieu à la joye
que marque le Peuple par les Vers
suivants]
Le Choeur
de Peuple, derriere le Theatre:
Le Monstre est défait. Quelle gloire !
Bellerophon remporte la victoire !
|
haut
de page

|
Le
Theatre represente une grand avant-court d'un Palais qui
paroist élevé dans la Gloire. On y monte par
deux grands degrez qui forment les deux costez de cette
Decoration en ovale, & qui sont enfermez par deux grands
Bâtimens d'Architecture, d'une hauteur extraordinaire.
Les deux Degrez & les Galleries qui les environnent,
sont remplis des Peuples de la Lycie assemblez en ce lieu
pour y recevoir Bellerophon que Pallas doit ramener apres la
défaite de la Chimere
|
Scene
premiere
Le Roy, Philonoé, Choeur de Peuple
|
|
Le
Roy:
Preparez vos chants d'allegresse,
Peuples, c'est en ce lieu que pour nostre bon-heur
Pallas doit ramener un illustre Vainqueur,
Que le Ciel pour Espoux destine à la
Princesse.
Enfin nos
voeux ont reüßi,
Un Oracle confus faisoit nostre infortune;
Mais cét Oracle est eclaircy.
Bellerophon est le Fils de Neptune.
Pour nous le declarer, dans son Temple, à nos
yeux,
Ce Dieu des Mers vient de paroistre;
Luy-mesme pour son sang a daigné reconnoistre
Ce Heros glorieux.
D'une Nymphe jalouse il craignoit la colere,
Et quand Bellerophon receût de luy le jour,
Il voulut que Glaucus feignist d'estre son pere;
Il revient Triomphant, celebrez son retour.
Le Choeur
de Peuple:
Viens, digne Sang des Dieux, joüir de ta victoire,
Chacun est charmé de ta gloire,
Et pour chanter tes grands exploits,
Nous allons tous joindre nos voix.
Le
Roy:
Et toy, ma Fille, abandonne ton ame
Aux transports de ta flâme.
Bellerophon t'est donné pour Espoux.
Philonoé:
Apres tant de rudes alarmes,
Pouvons nous trop goûter les charmes
D'un changement si doux ?
Le
Roy:
Qu'il est grand ce Heros, qui ne voit point d'obstaclec
Que le Sort contre luy ne forme vainement !
Phillonoe:
Pour tout vaincre, il suffot qu'un Heros soit Amant,
La valeur & l'amour font toûjours des
miracles.
Tous
deux:
La Valeur & l'Amour font toûjours des
miracles.
Le Choeur
de Peuple:
O jour pour la Lycie à jamais glorieux,
Où le sang de nos Rois s'unit au Sang des Dieux
!
|
Scene
2
Le Roy, Philonoé, Stenobée, Argie, Choeur de
Peuple
|
|
Le
Roy:
Venez vous partager l'allegresse publique ?
Enfin pour nous le Ciel s'explique,
Neptune a reconnu Bellerophon pour Fils.
Stenobée:
Ie sçay tout. Dieux cruels, vous l'avez donc permis
?
Le
Roy:
Bellerophon cause-t'il cette plainte ?
Stenobée:
C'est luy seul, il est vray, qui fait mon desespoir.
Du plus ardent amour, j'eûs pour luy l'ame
atteinte,
Et pour toucher son coeur j'ay manqué de pouvoir.
Toûjours l'ingrat dédaigna ma tendresse;
Preste à luy voir enfin espouser la Princesse,
I'ay voulu renverser vos odieux projets.
amisodar m'aimoit, j'ay fait agir ses Charmes,
Et le Monstre par luy remplissant tout d'alarmes,
N'a versé que pour moy le sand de vos
Sujets.
Le
Roy:
Le Traiste ! qu'on l'arreste.
Stenobée:
Il s'est mis en fuite
A couvert de vostre poursuite;
Mais il traisne avec luy son crime & son
amour.
Le
Roy:
Quoy, le Ciel souffre encor que vous voyiez le jour
?
Stenobée:
I'ay prevenu tout ce que peut sa haine.
La justice que je me rends
M'a fait par le poison mettre fin à ma peine.
Ie le sens qui désja coule de veine en veine,
Désja le jour se cache à mes regards
mourants.
Vous, de qui la rigeur m'a toûjours poursuivie
Avec ses plus funestes traits.
Dieux inhumains, j'abandonne la vie;
Estes-vous satisfaits ?
Et toy, cruel Amour, reçois une Victime
Que tu cherchois à t'immoler;
Ie meurs pour expier le crime
Des feux dont tu m'as fait brusler.
Ie n'ay pû m'affranchir de ton barbabre empire
Qu'en renonçant au jour;
Voy mes derniers soûpirs, impitoyable Amour,
I'expire.
Philonoé:
Que excés de fureur ?
Le
Roy:
Sa mort en est le prix,
Mais oublions & son crime & sa peine,
Voicy Bellerophon que Pallas nous raméne,
Son Triomphe doit seul occuper nos esprits.
[on
voit Pallas dans un Char, & Bellerophon avec elle.
Tandis qu'elle descend, le Peuple marque sa joye par le son
des Tymballes, des Trompettes, & de tous les autres
Instruments]
|
Scene
3
Le Roy, Philonoé,Pallas, Bellerophon, Choeur de
Peuple
|
|
Pallas:
Connoißez le Fils de Neptune
Dans ce jeune Heros.
A sa seule valeur vous devez le repos
Qui succede à vostre infortune.
Pallas le raméne en ces lieux.
C'est luy qui doit espouser la Princesse,
Faites en tous paroistre une entiere allegresse,
Et rendez grace aux Dieux.
[Bellerophon
descend du Char, & Pallas est enlevée sur le
Ceintre]
Bellerophon,
à Philonoé:
Enfin je vous revoy, Princesse incomparable.
Philonoé:
O changement à mes voeux favorable !
Tous
deux:
Quel plaisir de voir en ce jour
Le Destin ceder à nostre Amour !
Le
Roy:
Ioüissez des douceurs que l'Hymen vous prepare,
Vivez heureux, vivez toûjours Amants.
Que tous vos moments
Soient doux & charmants,
Et qu'un bin-heur sans fin prepare
Ce qu'un sort rigoureux vous causa de tourments.
[on
entend icy les Timballes & les Trompettes, & tous
les Instruments, dont le son se mesle aux acclamations du
Peuple qui chante les Vers suivants]
Le Choeur
de Peuple:
Le plus grand des Heros rend la calme à la Terre,
Il fait cesser les horreurs de la Guerre.
Iouïssons à jamais
Des douceurs de la Paix.
[neuf
Lyciens se detaschent, & font icy une Entrée,
apres laquelle le Peuple chante les deux couplets suivants,
au mesme son des Timballes, des Trompettes, & de tous
les autres Instruments]
Les
plaisirs nous preparent leurs charmes,
Ne songeons plus qu'à passer de beaux jours.
Si le Ciel nous fit verser des larmes,
Un heureux sort en arreste le cours.
Puis qu'un Heros fait cesser nos alarmes,
Cherchons les jeux, les ris & les amours.
Que la
Paix qui succede à la peine
Fait aisément oublier les soûpirs !
Si le Ciel nous soûmit à sa haine,
Un heureux sort satisfait nos desirs.
Dans les beaux jours qu'un Heros nous raméne,
Cherchons les Ris, les Ieux, & les plaisirs.
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