Tragédie
en Musique en un Prologue & V Actes
representée
pour la premiere fois par
le 8 Mars 1696
livret
de Saint-Jean, d'après les Métamorphose
d'Ovide
musique
de:
Marin
Marais
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Prologue
La
Nymphe de la Seine
Pan
Terspicore
La Gloire
Un Plaisir
le
Choeur
Choeur La
Nymphe de la Seine Un
Plaisir Beautez
qui possedez de si charmants appas Pan Terpsicore Pan La
Gloire La
Nymphe de la Seine La
Gloire La
Nymphe de la Seine La
Gloire La
Gloire,
La
Nymphe de la Seine
& Pan Choeur
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de page
Banissons à jamais la crainte et les allarmes
Goutons un calme heureux au gré de nos
désirs.
Lorsque nos ennemis veulent prendre les armes
Ils ne peuvent troubler nos innocens plaisirs.
Les fureurs de la guerre
Ne peuvent penetrer dans cet azile heureux
Mars loin de nous fait gronder son tonnerre
Et fait regner icy les amours et les jeux.
Sous cet heureux empire
Dans ce charmant séjour
Si quelqun d'entre nous soupire
Il ne soupire que d'amour.
Gardez-vous bien d'estre belle
Le plus grand crime
C'est d'estre belle et n'en profiter pas.
Preparons des festes nouvelles
Pour le plus iuste et le plus grand des Roys
Il veut bien encor quelque fois
Après avoir coeuilly des plames immortelles
Se delasser aux accents de nos voix.
De Bacchus retraçons l'histoire
Qu'un spectacle eclatant icy s'offre à nos yeux
Et que nos chants portez jusqu'aux cieux
D'Ariane à jamais conserve la
mémoire.
Quel bruit se répand dans les airs
Les timballes et les trompettes
Font retentir nos paisibles retraites
Ah, je connois la gloire à ces bruyants
concerts.
J'aime vos soins, j'approuve votre zele
Je viens seconder nos ports
et meler l'ardeur la plus belle
A vos charmants accords.
Superble Gloire, que notre sort est doux
Notre auguste héros n'a des yeux que pour vous
Vous le faites voler de victoire en victoire,
Il a vaincu mille Princes jaloux
Superbe Gloire, superbe Gloire,
que notre sort est doux.
Il est vray qu'il m'aima dès sa plus tendre
enfance
Que touïours je sceus le charmer
Une juste reconnaissance
Fait que je l'aime autant qu'il peut m'aimer.
Mais n'aura-t-il que de l'indifference
Pour les plaisirs si chéris des humains
Formeront-ils sur luy d'inutiles desseins
Le repos...
Finissez un discours qui l'offence
Le repos aux mortels si doux, si plein d'attraits
Ne s'accorda jamais avec son absence de prudence
Il le sçait seulement donner à ses
sujets.
Puissent les destinées
au gré de nos souhaits
Prolonger ses années
Tous nos voeux seront satisfaits.
Puissent les destinées
au gré de nos souhaits
Prolonger ses années
Tous nos voeux seront satisfaits.
Acte I
Ariane
Corcine
Adraste
Geralde
Dircée
Le Roy
Le Sacrificateur
Junon
L'Amour
Bachus [Bacchus]
Un Suivant du Roy
Deux Matelots
Lycas
Phobetor
Phantase
Alecton
Elise
Un Songe
Mercure
Jupiter
Choeur
des Démons
Choeurs
Ariane, Corcine
Ariane Corcine Ariane Corcine A
deux Ariane Corcine Ariane Corcine Ariane Corcine Ariane
C'est en vain que de touttes parts
Je porte incessament mes languissants regards
Je ne vois point l'ingrat qui sçeut charmer mon
ame
L'infidelle au mepris d'une si belle flâme
M'abandonne aujourd'huy dans ce triste séjour
Dieux qui voyez l'exez de ma tendresse
Soyez touché de l'ennuy qui me presse
Rendez moy mon amant ou m'otez mon amour.
Reviens, trop volage Thésée
qu'un juste repentir de m'avoir offencée
Te rameine animé d'une plus vive ardeur
Reviens, et j'oubliray jusques à la douleur.
J'oubliray mesme, ingrat, que tu m'as outragée
Mais barbare, tu fuis en ce fatal moment
Sans penser aux aux transports d'une amante
affligée
Dieux des eaux, vengez moy de cet amant
Qu'il périsse...Mais non, loin d'estre
soulagée
Son trépas ne feroit qu'augmenter mon tourment
Et j'aime mieux hélas, n'etre pas
vangée.
Princesse, d'un ingrat perdez le souvenir
Laissez à ses remords le soin de le punir
Lorsqu'un volage
Se dégage
Pour se vanger
Il faut se dégager.
L'éclat que le dépit fait faire
Irritte nos chagrins loin de les soulager
Et la perte d'un coeur léger
Doit causer le mépris plutôt que la
colère.
C'est moy qui du perfide ay conservé les jours
Du vaste labirinthe, ignorant les détours,
Il y perdoit la vie ne luy fut-elle ravie
Il n'eut point allumé de si vives amours
Enfin, il ne m'eut point trahie.
Un coeur qui commence d'aimer
A son amour naissant s'abandonne sans peine
Sans rien prévoir qui puisse l'allarmer
Il suit le penchant qui l'entraine
Heureux qui peut, au gré de ses désirs,
Briser ses amoureuses chaisnes
Il n'en ressent jamais les peines
Il n'en ressent que les plaisirs.
Je jurerois en vain d'oublier l'infidelle
Et de triompher de l'amour
Je ne vois rien, dans ce cruel séjour,
Qui ne m'en parle et ne me le rapelle.
Corcine, voyez Phèdre, allez et dites luy
Que de son amitié je me plains
aujourd'huy.
Princesse...
Expliquez vous, vous restez interdite.
Avec l'ingrat, avec Persée,
Achevez, je frémis.
Elle a cette nuit pris la fuitte
Les Dieux, les Justes Dieux, l'auroient bien
permis.
Ah, ce coup pour mon coeur est le plus effroyable
Et du destin impitoyable
Je ressens toute la rigueur
C'est Phèdre, o ciel, qui comble mon malheur.
Hélas, ma peine est sans égalle
Pour me [dé]sesperer tout s'arme contre
moy
En perdant mon amour, j'apprens qu'une rivalle
L'oblige à me manquer de foy.
Ah, quand tu descendrois sur la rive infernalle
Soeur ingratte, j'iray pour me venger de toy.
Mais grâce au ciel je sens qu'une heureuse
foiblesse
Vient terminer mon triste sort
Grands Dieux ! c'est la fureur plutôt que la
tendresse
Qui m'ouvre pour jamais le chemin de la mort.
Adraste, Geralde
Adraste Geralde Adraste Geralde Adraste Geralde Duo Geralde Adraste Geralde
Ariane fuit ma présence
Mais je veux voir ses pleurs
Et que pour ma vengeance.
Non, de grâce, n'augmentez pas la honte que
Thésée
A fait à ses appas.
Est-il bien vray, Geralde, et le pourrais je croire
Quoy, Thésée amoureux, aimé, couvert de
Gloire
Auroit abandonné l'objet de ses amours
Des vents utilisant le secours, de Naxe
Il a, Seigneur, quitté l'heureux rivage.
Et la Princesse encor aimeroit ce volage.
Le départ d'un rival aimé
Flatte agréablement mon ame
Sans cesse j'estois allarmé
Des doux regards dont on payoit sa flamme.
L'amour prend soin de me venger
[L'ihu]maine qui prit toujours plaisir à
m'outrager
Eprouvera la même peine
Et le mépris luy fera ressentir
les maux qu'elle m'a fait souffrir.
Ses maux pourroient vous satisfaire
Si vous pouvez cesser d'aimer
Mais tant que ses apas sçauront vous enflamer
Ne contez point sur la colère
Un seul de ses regards sçaura la desarmer.
Lorsqu'un juste depit
S'empresse a vouloir arracher l'amour de notre coeur
nous croions pour un tems
qu'il en sera vainqueur
Mais à peine voit-on l'objet de sa tendresse
Que notre depit cesse
Et nous en ressentons une plus vive ardeur.
Esperez de vos feux la juste recompense
Mais, Seigneur, si Dircée aprend votre
inconstance
Je la vois. C'est icy qu'elle porte ses pas.
Ne pouvant de mon coeur luy cacher l'embaras
Je voudrois éviter...
Songez qu'elle s'avance.
Adraste, Dircée
Dircée Adraste Dircée Adraste Dircée Adraste Dircée Adraste Dircée A
deux Dircée
Vous me fuyez, Adraste
O ciel, quelle froideur
D'où vient ce changement terrible;
A mon amour, hélas, n'etes vous plus sensible
Pouvez vous oublier une si tendre ardeur.
Finissez une injuste plainte
Vous regnez toujours dans mon coeur.
Sortez d'une vaine contrainte
Je ne vois que trop mon malheur
Qu'espère votre ame infidelle
En brisant un lien qu'amour avoit formé
Vous trouverez peut-être une chaisne plus belle
Mais vous ne serez pas si tendrement aimé
Vous me...
Ce n'est point un amour nouvelle
Qui cause le trouble où je suis
Quelques secrets ennuis...
Ingrat, quand vous estiez sensible à ma tendresse
Vous preniez plaisir à me voir
Mes regards auroient le pouvoir
De banir loin de vous la plus sombre tristesse.
Hélas, votre coeur a changé
Mes yeux n'ont plus le même empire.
Pour vous seule mon coeur soupire
L'Amour et le devoir m'y tiennent engagé.
Ariane à vos yeux a paru trop charmante.
Ariane...
A ce nom votre trouble augmente.
Dircée: Je ne vois que trop mon malheur
Adraste: Vous regnez toujours dans mon coeur.
Le Roy vient. Ah, perfide, après votre
inconstance
[Pouvez] vous sans rougir soutenir sa
presence.
Adraste, le Roy,
Le
Roy Adraste Le
Roy Adraste Le
Roy
Prince, ignorez vous ce qui fait de ma Cour
La commune allégresse.
Hé, quel sujet, Seigneur, peut banir la tristesse
Que nous laisse Thésée en s'éloignant
de nous.
Je reconnois des Dieux la sagesse infinie
Apliquez sans relache au repos des humains
Ils ne laissent partir que leurs puissantes mains
Que ce qui peut causer le bonheur de la vie.
Thésée à peine abandonne ces bords
Que pour nous consoler de cette perte extrême
Leur bonté suprême fait venir Bacchus dans nos
ports.
A vos vertus Seigneur on doit cet avantage
Les Dieux aiment en vous leur plus parfait
ouvrage.
Mercure vient de descendre des Cieux
Il m'a dit que bientôt je verrois en ces lieux
Un héros qui du ciel tire son origine
Un héros qui dans l'Inde a cent peuples vaincus
Et qui brille bien moins par sa race divine
Que par l'éclat de ses vertus .
Pouvons nous à ces traits meconnaitre Bacchus
Quand le Ciel pour nous s'interesse
Ne cessons point d'admirer sa bonté
Qu'à nos chagrins succède l'allegresse
Les Dieux nous r[endent] plus qu'ils nous ont
osté.
Offrons au Dieu des flots un pompeux sacrifice
Puisse nos chants nous le rendre propice
Qu'il conduise en ces lieux le plus grand des
héros.
Le Sacrificateur, le Choeur
Le
Sacrificateur Le
Choeur Le
Sacrificateur Le
Choeur Le
Sacrificateur Le
Choeur Le
Sacrificateur Le
Choeur Le
Sacrificateur Le
Choeur
Souverain de l'humide empire
Vous dont le vaste sein embrasse l'Univers
Neptune, recevez nos voeux et nos concerts.
Souverain de l'humide empire
Vous dont le vaste sein embrasse l'Univers
Neptune, recevez nos voeux et nos concerts.
Ne permettez qu'à l'aimable Zephire
D'agiter les plaines des mers.
Ne permettez qu'à l'aimable Zephire
D'agiter les plaines des mers.
De vos ondes profondes
ne soufrez plus les abimes ouverts.
De vos ondes profondes
ne soufrez plus les abimes ouverts.
Souverain de l'humide empire
Vous dont le vaste sein embrasse l'Univers
Neptune, recevez nos voeux et nos concerts
Il faut sans cesse le redire
Neptune, recevez nos voeux et nos concerts.
Souverain de l'humide empire
Vous dont le vaste sein embrasse l'Univers
Neptune, recevez nos voeux et nos concerts.
A Neptune nos voeux vont estre favorable
Ce Dieu daigne exaucer nos voeux
Il enchaine aujourd'huy les vents impétueux
Et ne laisse regner que les vents favorables.
A Neptune nos voeux vont estre favorable
Ce Dieu daigne exaucer nos voeux
Il enchaine aujourd'huy les vents impétueux
Et ne laisse regner que les vents favorables.
Junon, le Roy
Junon Le
Roy
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Prince, vous m'offencez
Vous scavez que Junon garde au fils de Semelé
Une haine immortelle
Jalouse des honneurs qui lui sont adressés
Je viens troubler ce sacrifice
A mon exemple, icy je veux qu'on le haïsse.
O ciel ! Ay-je bien entendu
Au fils de Jupiter, quand je veux rendre hommage
Junon m'apprend que je l'outrage
Par son courroux fatal mon zele est suspendu
Souveraine des Cieux, j'espère
Par mes respects calmer votre colere.
Acte II
Ariane, Corcine
Ariane Corcine Ariane
Quel plaisir prenez vous à prolonger ma vie ? Que ne
me laissiez vous mourir !
Hélas ! ma mort estoit certaine; sans vous je cessois
de souffrir
Ah cruelle pitié, bonté trop inhumaine,
Quel plaisir prenez vous a prolonger ma peine.
Dans le chagrin qui vous possede
Fuyez ce remede fatal
Il est vray que c'est un remede
Mais il est mille fois plus cruel que la mal.
Non, non, c'est une erreur extreme
La mort, de tous les maux, n'est point le plus affreux
Le tourment le plus rigoureux
C'est de perdre ce que l'on aime.
Mais le vaisseau qui venoit en ces lieux
Ne se montre plus à mes yeux
Et quelque bruit du Port icy se fait entendre.
Amour, amour, n'aurai-je point de graces à le
rendre.
Thésée enfin seroit'il de retour ?
Ariane, l'Amour
L'Amour Ariane L'Amour Ariane
Belle
Princesse, ne formez plus de souhaits superflus
Changez une indigne tendresse en faveur de Bachus.
Je ne l' ay point encore soumis à mon Empire
La Gloire, le Charme, depuis qu'il voit le jour
Je veux que du plus tendre Amour
Son coeur soupire.
Dans de nouveaux malheurs voulez vous m'engager ?
Ah ! laissez moy plutost dans ma douleur mortelle
J'aime mieux toujours m'afliger que bruler d'une flame
nouvelle.
Je veux de votre coeur malgré vous disposer
A mes ordres en vain vous vous montrez rebelle
Vous repoussez, vous refuser aux soupirs d'un amant
fidelle.
Non, plutost que de suivre une loy si cruelle
A la mort mille fois j'ayme mieux m'exposer.
Adraste, Ariane, Corcine
Adraste Ariane Adraste Ariane
Lorsqu'un Ingrat vous abandonne
Quand je viens vous offrir mon coeur & ma couronne
D'un regard seulement ne pouvez vous flatter un amoureux
tourment.
Depuis qu'un Amant parjure,
Pour mon malheur, sçeut me charmer
Je hais toutte la nature
Comment pourrai-je vous aimer ?
Vous me fuyez, Cruelle,
Mais en vain de ces lieux vous détournez vos pas
Malgré votre haine éternelle
Je suivray partout vos pas.
Moy, je seray partout où vous ne serez
pas.
Adraste, le Choeur des Peuples
Adraste Le
Choeur des Peuples Adraste
Inhumaine ! Ah !
Restez et jugez de ma peine par celle que vous ressentez
!
Assemblons nous dans ces paisibles lieux
Venez tous rendre hommage au plus charmant des
Dieux.
De quel nom glorieux retentis le rivage ?
Non, je n'en doute plus,
Tous ces chants d'allegresse nous annonce Bachus
Lorsque tout retentit du bruit de ses vertus
Tout me reproche ma foiblesse.
Bachus, Le Roy, Licas
Le
Roy Bachus Le
Roy Bachus Le
Roy Bachus
Accourez, accourez habitans de ces paisibles lieux
Venez tous rendre hommage au plus charmant des Dieux
Des peuples de l'Aurore il est victorieux
Il a par mille exploits signalé son courage
Jamais rien de si grand ne s'offrit à ses
yeux.
L'Oracle veut qu'icy je perde l'avantage
Que mon bras s'est acquis par cent travaux divers
Et que chargé de fers
Je prouve la rigueur d'un fascheux Esclavage.
Il est des beautez dans ces lieux
Peut être sont ce des beaux yeux
Qui doivent nous donner des chaisnes.
J'ay toujours évité les amoureuses peines
Je veux les éviter toujours.
Ce sont des esprérances vaines
On se rend tost ou tard aux charmes des amours.
Non, c'est pour des exploits d'eternelles mémoire
Que mon coeur peut former des voeux
Il est beau de sçavoir suivre de la victoire
Enfin ce n'est que de la gloire
Que Bachus peut être amoureux.
Bachus, le Roy, Lycas, Ariane, Corcine
Bachus Le
Roy Ariane Bachus Le
Choeur Un
Suivant du Roy Deux
Matelots Le
Choeur Bachus Ariane Bachus Ariane Bachus Ariane Bachus Lycas Bachus
Quelle beauté de mille attraits pourvûes
Vient s'offrir à ma vue ?
Ah, Lycas,
Quelle autre que Vénus peut avoir tant d'appas
?
Belle Ariane, à qui tout rend les armes
Venez prendre part à nos jeux, venez en redoubler les
charmes.
A vos concerts je viens joindre mes voeux.
T'avourai-je, Lychas, le trouble qui m'agite
Je sens naitre en mon coeur un tendre mouvement
En vain ma gloire sera irrité, il croit de moment en
moment
Sur ma fierté l'amour emporte l'avantage.
Ah, que pour nous ce jour est un jour glorieux
Rendons tous hommage au plus charmant des Dieux.
C'est vainement qu'on fait serment
D'estre insensible
L'Amour a qui tout est possible
En dispose autrement.
Après un grand orage
Est-il un plus grand avantage
Que de se trouver dans le Port.
On peut échapper au naufrage
Et non changer son triste sort
Mais de l'amoureux esclavage
Un Coeur fait pour sortir un inutile effort.
Après un grand orage
Est-il un plus doux avantage
Que de se trouver dans le Port.
Trop aimable Princesse
Loin de ces lieux ne portez point vos pas
Un instant de mon sort vous a fait la maitresse
Et je ne pouray vivre où vous ne serez
pas.
A ma fatale destinée
Pouriez-vous attacher votre sort glorieux
Vous voyez une Infortunée
Qui jouit à regrets de la clarté des
Cieux.
Vous, Princesse adorable
Vous seriez malheureuse avec tous vos appas
Quelque mortel dans ces climats
Causeroit-il l'ennuy qui vous accable ?
Parlez. Bientôt par son trépas
Vous verrez si Bachus sçait punir un
coupable.
Ah ! Seigneur moderez ce transport genereux
A de plus nobles soins votre nom vous engage
Bachus ne doit employer son courage
Qu'à des exploits fameux.
Ce que la gloire m'a fait faire
A moins flatté mon coeur ambitieux
Que ne feroit le bonheur de vous plaire
Et que ne pourrait faire un regard de vos yeux.
Ah, Corcyne, fuyons ! Je ne puis davantage
soutenir les combats qui dechirent mon coeur.
Elle fuit ! Arestez ! O Ciel ! pour mon ardeur
Que sa retraite est un triste présage.
Que vous connoissez peu l'amour
Ariane vous fuit, Ariane vous aime.
Je veux m'assurer des ce jour
Quel sera le destin de mon amour fidele.
Lycas
Lycas
Haut
de page
A la Beauté l'on trouve mille charmes
Le plus fier en est enchanté
Elle a beau cauder des allarmes
Tout rend les armes à la Beauté.
Acte III
Adraste
Adraste,
seul
Bachus aime Ariane et s'empresse à lui plaire,
Je le crains, il va luy vanter que Jupiter est son pere,
L'orgueilleuse va l'ecouter et moy seul je seray l'objet de
sa colere.
Dircée avoit reçu ma foy,
Nous suivions le pendant d'un amour mutuelle,
J'ay trahy son amour fidelle,
Est-ce le prix que j'en reçois ?
Exercez sur Bacchus un couroux implacable,
Junon ne souffrez pas qu'il triomphe aujourd'huy,
Nous n'avons point, Déesse favorable,
Vous d'ennemy plus grand que luy,
Moy de Rival plus redoutable.
Adraste, Junon, sous les traits de
Dircée
Junon Le
Choeur
& Adraste Le
Choeur [Adraste
sort]
Esperez un destin plus doux
Junon se declare pour vous.
Commencez à la reconnoistre,
Adraste, c'est Junon que vous voyez paroistre:
Sous les traits de Dircée elle s'offre à vos
yeux
Pour servir vostre amour j'ay descendu des Cieux.
Banissez une crainte vaine
Bacchus va ressentir ma haine
Dans son coeur amoureux je vais porter l'inquietude,
Je ne puis le punir d'une peine plus rude
Qu'en rendant Ariane insensible à ses
feux.
Quand l'amour est extrême
C'est un cruel tourment
De ne pouvoir esperer en aimant
Que des rigueurs de ce qu'on aime.
Adraste, fiez-vous à mon ressentiment,
Vous irés dans l'Isle prochaine
Portez Dircée en ce moment,
Dans ce que j'entreprends
Sa presence me gesne
Partez, obéïssez à mon
commandement.
Junon
Junon,
seule
Quel plaisir pour Junon d'exercer sa vengeance,
Je veux faire sentir à Bacchus mon couroux.
Ah ! qu'il me sera doux
De pouvoir, à ses feux, oster toute esperance.
Mais, Ariane entre en ces lieux,
Rendons-luy Bacchus odieux.
Vous dont la douce violence,
Sçait asservir tous les humains,
J'ay besoin de vostre assistance
Dieu du Sommeil, secondez mes desseins.
Junon, Ariane
Le
Choeur Ariane Le
Choeur
Bacchus me jure en vain une ardeur mutuelle
Ses soins ne peuvent m'enflamer.
Adraste à te haïr j'ay voulu m'animer
Si malgré ta flâme nouvelle
Je ne puis cesser de t'aimer.
Ingrat, juge combien je t'aimeray fidelle.
Qu'entens-je ?
Que mon plaisir seroit doux
De regagner son coeur volage,
De l'amour de Bacchus vantons luy l'avantage.
Heureuse, si l'ingrat en devenoit jaloux.
Ariane
Ariane
Croirai-je, juste Ciel, ce que je viens d'entendre ?
Bacchus qui me juroit de m'aimer constament
Vient de faire à Dircée un semblable
serment.
Est-ce là le bonheur que j'en devois attendre ?
Une seconde fois prétens-tu m'abuser ?
Amour, avec Bacchus es-tu d'intelligence ?
Ou donne luy plus de constance,
Ou de mon foible coeur laisse moy disposer.
Helas ! ce n'est point la tendresse
Qui nous fait d'heureux jours,
Le fruit des plus tendres amours
N'est trop souvent qu'une affreuse tristesse
Et c'est sans raison qu'on s'empresse
De risquer un repos qu'on regrette toujours.
Helas ! ce n'est point la tendresse
Qui nous fait d'heureux jours
De ces tranquilles lieux rien ne trouble la paix,
Les oyseaux gardent le silence,
Les vents ne soufflent plus que pour donner du frais,
Et les ruisseaux coulent sans violence.
Flore de toute part etale ses attraits,
Et les Zephirs d'une amoureuse haleine
Portent l'odeur de la brillante plaine
Aux Boccages les plus épais.
Dans cette aimable soliture,
Un doux sommeil surprend mes sens;
Je cede à ses charmes puissants
Luy seul peut de mon coeur calmer l'inquietude.
Phobetor, Phantase, Ariane, Dircée en songe, Bacchus
en songe,
Le Choeur des Songes
Phobetor Le
Choeur
des
Songes Deux
songes,
sous la forme de Dircée & de Bacchus Un
songe Un
songe
sous la forme de Dircée Un
songe
sous la forme de Bacchus Tous
deux Ariane Phantase Dircée
en songe Bachus
en songe Ariane,
s'éveillant
Eloignez vous de de charmant sejour,
Amants qui ne pouvez observer le silence;
Morphée tient icy paisible cour
Et les mortels qui sont sous sa puissance,
Dans un profond repos seront en assurance,
S'ils ne ressentoient pas les peines de l'amour.
Jouissez d'une paix profonde
Et dans ces lieux charmants
Heureux Amants,
Oubliez le reste du monde.
Mon coeur ne desire plus rien en ce moment,
Mon bonheur est extrême.
Helas, est-il un plus grand bien que d'estre aimé
De ce qu'on aime ?
Dans ce Boccage
Tout favorise nos desirs,
Les amoureux Zephirs
Font une charmant usage des tendres soupirs
Et les oyseaux dans leurs ramages
Ne chantent que l'Amour et ses doux plaisirs.
Deux songes, sous la forme de Dircée & de
Bacchus
Aimons nous tendrement
Sans crainte, sans allarmes,
C'est en aimant fidellement
Que l'amour a des charmes.
Dans ces plaisirs si doux
Que mon ame est contente !
La gloire la plus éclattante
Ne vaut pas le bonheur de vivre pres de vous.
Quand l'Amour nous enchante
Publions à jamais la douceur de ses coups.
Helas !
Ariane soupire, poursuivez, le mépris eteindra son
amour.
Je crains vers Ariane un trop tendre retour.
Ciel ! qu'osez vous dire ! perdez un soupçon
odieux
Je jugeray sans cesse, j'attesteray les Dieux,
Qu'aucun Jeu ne me blesse que celuy de vos yeux
Qu'Ariane jamais...
N'acheve point, perfide
Souviens-toy des sermens
Mais rien ne s'offre icy à mon regard timide
Un songe decevant par ses enchantements.
L'Amour, Ariane
L'Amour
Non,
non, belle Ariane, non, ne croyez pas
Que l'Amour vous condamne à n'aimer que des coeurs
ingrats.
Bacchus n'est point volage,
Toujours charmé de vos appas,
Il ne connoist rien icy bas
De si digne hommage.
C'est la fiere Junon dont l'implacable rage
Sous les traits de Dircée a mis tout en usage
Pour vous donner un injuste soupçon
Mais je verray pour vous que rien ne vous estonne
Recevez de Bacchus tous les noeuds empressez
L'Amour ordonne, obeïssez !
Ariane
Ariane Cedez fierté,
cedez, quand l'Amour vous en presse
Haut
de page
Dois-je m'abandonner à cette ardeur nouvelle
Contre mes sentiments dois-je me revolter
Non, Bacchus est toujours infidelle
L'Amour me deffend d'en douter.
Rigoureuse raison cedez à la tendresse.
En vain contre ce Dieu mon coeur a combattu
Je n'ay que trop connu sa force et ma foiblesse
Il triomphe et mon coeur enfin se sent vaincu.
Acte IV
Bacchus, Ariane, Adraste caché
Bachus Ariane Bachus Ariane Bachus Ariane Bachus Ariane Bachus Ensemble Adraste
Ouy, je vais m'arracher de ce fatal sejour
Je ne m'offriray plus à vos yeux, Inhumaine,
Je veux vous epargner la peine
De rebuter mes soins et mon amour.
Mais en vain je suivray, cruelle,
Malgré vostre injuste rigueur,
Une flame si belle
Regnera toujours dans mon coeur.
Si vostre coeur estoit sensible
Pourriez-vous vous abandonner ?
Si je fais cet effort terrible,
L'amour me le doit pardonner.
Cessez d'estre infidelle,
Je cesseray de vouloir m'éloigner,
Cessez d'estre inflexible,
Je cesseray de vouloir m'éloigner.
Helas !
Vous soupirez trop charmante Princesse
Sentirez-vous dans ce moment
Quelque pitié pour un amant
Qui veut d'adorer sans cesse.
O Ciel, les pleurs que vous versez
M'annoncent-ils un sort que je n'osois attendre,
Est-ce Bacchus qui vous les fait répandre
Ou sont-ce vos malheurs passez.
Il n'est que trop aisé d'expliquer ce silence
La mortelle frayeur de votre eloignement
Vous a fait voir en ce moment
Si mon coeur n'a pour vous que de l'indifference.
Trop fortuné Bacchus,
Conçois-tu ce bonheur suprême ?
Pour cacher son amour les soins sont superflus
On ne peut s'empescher de montrer que l'on ayme.
Ne vous contraignez plus,
Ecoutez mon amour extrême.
Que nos coeurs amoureux
Dans l'ardeur qui les presse
Se temoignent sans cesse
Le bonheur de leurs feux.
Que nops ames de l'amour epuisent les traits
Que de si belles flâmes ne finissent
jamais.
Tant qu'un reste de sang coulera dans mes veines
N'esperez pas gouster un tranquille repos
Vos plaisirs augmentent mes peines
Mais vous partagerez la rigueur de mes maux.
Adraste, Geralde
Adraste Geralde Adraste Geralde Adraste Geralde Adraste Hastez
vous d'assurer ma vengeance, &c. Geralde
C'en
est fait, la douleur s'empare de mon ame
La haine succede à l'amour
Et mon bras en ce mesme jour
Va porter en ces lieux et le fer et la rage
Un amant rebuté ne peut se consoler
Qu'en faisant de la peine, on a peine,
Et les maux qui inspire la la haine
Des coeurs jaloux font la felicité.
Abandonnez ces lieux, quittez une Inhumaine.
Hastez vous d'assurer ma vengeance
Secondez mes transports jaloux
Repondez s'il se peut, à mon impatience
Ce sera pour mon coeur un spectacle bien doux
Que de voir l'Enfer en couroux
Punira un Rival qui m'offence.
Peut estre qu'aujourdhuy pour la premiere fois
L'Enfer refusera de repondre à ma voix.
Vous qui par le cours d'un art incomparable
Vous estes faits des routes dans les airs,
Qui vous transportez au bout de l'univers
Quel sujet aujourd'huy pouroit estre capable
De dresser contre vous les Enfers.
Bacchus ce Dieu par sa puissance
Peut vaincre les esprits du tenebreux sejour.
De Bacchus on sçait la naissance
Et les crimes fameux qui le mirent au jour.
Dans Naxe le fils de Semele
Ne doit point aspirer à la divinité
Nous sçavons decouvrir l'obscure merite
Au milieu de la nuit, du mensonge infidelle.
Retirez vous pour quelque temps
Les charmes veulent du mistere
Laissez moy tout entier à mes
enchantements.
Geralde
Geralde
Vous qui futes toujours enpressez à me plaire
Demons, reconnoissez ma voix
De vous cruels esprits ma colere a fait choix.
Amenez la rage, l'Envie,
La Discorde, la Jalousie,
Que tout l'Enfer obeïsse à mes loix.
Geralde, Choeur de Demons, Adraste
Le
Choeur Adraste Le
Choeur Geralde Le
Choeur Geralde Le
Choeur Geralde
Nous volons aussi tost que ta voix nous appelle
Nous t'allons marquer nostre zele
Commande, que veux tu de nous ?
Que cet [sic] impatience
Flatte mon Esperance
Que j'aime vostre couroux.
Tu peux compter sur nostre obeïssance.
Des plus jaloux soubçons empruntez le secours
D'Ariane aujourd'huy traversez les amours.
Tu peux compter sur nostre obeïssance.
Contre Bacchus je forme icy des voeux
Souffrirez vous qu'il soit heureux
Vous restez interdits & gardez le silence
Est-ce là cette obeïssance.
Non, ne te flatte pas
Le fils de Jupiter ne craint rien icy bas.
De l'Enfer en couroux il brave la puissance.
Evoquons de nouveau ce que l'Enfer a de plus redoutable.
Que l'affreux Alecton allume son flambeau
Et que d'une flame effroyable
D'Ariane en ce jour embrase le coeur
Enfin d'une jalouse ardeur
Rendez son destin deplorable.
Geralde, Troupe de Demons, Alecton
Alecton
Tes desirs seront satisfaits
Dans le coeur d'Ariane au gré de ton envie
Je vais porter la Jalousie
Je veux que sa fureur la tourmente à
jamais.
Geralde, Troupe de Demons, Alecton
Le
Choeur
de
Demons Geralde
Les suplices de l'univers
Font les delices des Enfers.
Dans notr'Empire
On ne respire
Que tourmens divers.
Rentrez dans vos demeures sombres
Retournez tourmenter les criminelles ombres
Ariane en fureur va gemir dans vos fers.
Acte V
Dircé
Dircé,
seule
Junon dans un lieu solitaire
Ne m'a point fait transporter sans mistere
Mais nous ne devons pas dans les desseins des Dieux
Porter nos regards curieux.
Je viens chercher Adraste & ma recherche est vaine
L'ingrat insensible à ma peine
Fuit les tendres transports de mon coeur amoureux
Grands Dieux, ne pouvez vous m'inspirer de la haine
Pour un amant qui meprise mes feux
Helas, s'il faut ceder à l'ardeur qui m'entraisne
Mon coeur sera toujours sensible &
malheureux.
Dircé, Elise
Elise Dircé Elise Dircé Elise
Princesse, d'Ariane evitez la presence
La rage & la fureur éclatte dans ses yeux
Elle me suit; fuyez ses transports furieux.
Pourquoi craindre sa violence ?
Elle croit que c'est vous qui charmez son amant
On ne pardonne guere une pareille offence.
Laissez moy du moins un moment
Jouir de son tourment.
Ne songez point à la vengeance
Derobez vous plustost à son ressentiment.
Ariane, Bacchus
Ariane Bachus Ariane Bachus
Où sont-ils les amants dont je suis
outragée
Quel azille les peut derober à vos coups
De leur secrette ardeur je veux estre vangée
Il faut que dans leur sang je teigne mon couroux
Mais tout favorise leur crime
Grands Dieux, seroit-ce vous
Qui me cacheriez ma victime
Sans craindre mes transports jaloux.
Peut estre en ce moment leur tendresse s'exprime
Peut estre que Bacchus, o sort trop rigoureux
Mais je les vois, le ciel daigne exaucer mes voeux
En les livrant à ma colere
Perfide, ton trépas peut seul me satisfaire
Frapons, helas, je lui presente un immobile bras
Ma fureur devient inutile
En vain pour le percer mon bras s'estoit armé
Ciel ! qu'il est difficile de punir un amant
aimé.
Adorable Princesse, que pourriez-vous me reprocher
Jamais mon coeur...
Quelle foiblesse
Ma honte ne peut se cacher
Malgré sa perfidie, je ne puis luy ravir le jour
Mais je pouray du moins punir mon lasche maour
En m'arrachant la vie.
Ciel, quelle cruauté
De ces affreux transport peut-on estre coupable.
Bacchus, Ariane, Geralde, Adraste, le Choeur
Adraste Bachus
& Adraste Le
Choeur
Arestez Barabre, arestez Cruel
Respectez un Objet adorable
Mes amis combattez, punissez un coupable.
Cruel, respectez un Objet adorable.
Punissons un coupable.
Bacchus, Ariane, Corcine
Ariane Bachus Ariane Corcine
Perfide, oste toy de mes yeux
Je n'oubliray jamais ta temeraire audace.
Hé, Princesse, de grace...
Retire toy monstre odieux
Je ressens une peine extrême
De te voir en ces lieux
Perfide, ote toy de mes yeux.
C'est à ce heros qui vous aime
Que vous devez la liberté
Adraste est mort. Bacchus luy mesme
A puny sa temerité
Avec un infidelle, puis estre en seureté.
Jupiter, Junon, Bachus, Ariane, le Roy, Corcine, Lycas,
Mercure
Mercure Ariane Bachus Ariane
& Bachus Jupiter Le
Choeur Jupiter Le
Choeur [on
danse] Le
Choeur Corcine Le
Choeur La
Naxienne Le
Choeur [on
danse] Le
Choeur
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de page
Une Reine immortelle
A nostre coeur troublé veut redonner la paix
Qu'il reprenne à l'onstant sa douceur naturelle
Que Bachus y regne à jamais.
Quel secours favorable,
Quel heureux changement.
Non, rien n'est comparable
Au plaisir que m'inspire un bonheur si charmant.
Amour, cher autheur de ma peine
Exprime en ce moment mes transports amoureux.
Recompense de si beaux feux
En unissant nos coeurs d'une éternelle
chaisne.
Pour éterniser la memoire
D'Ariane & de vostre amour
Je veux mon fils qu'au celeste sejour
Sa couronne à jamais fasse eclatter sa gloire.
Par elle l'univers instruit de ses vertus
Parlera d'Ariane autant que de Bachus.
Ne craignez plus que je vous sois contraire
Lors que tous les Dieux sont pour vous
Par la crainte de me déplaire
Vous aurez flechy mon couroux.
Tendres Amants tout succede à vos voeux
Apres de mortelles allarmes
Un Hymen plein de charme
Va vous rendre à jamais heureux.
Tendres Amants tout succede à vos voeux
Apres de mortelles allarmes
Un Hymen plein de charme
Va vous rendre à jamais heureux.
Abbandonnons nos ames
Aux charmes des Amours
Sans leurs aymables flames
On n'a point d'heureux jours.
Pourquoy se deffendre
Tout aime à son tour
Que sert-il d'attendre
La jeunesse est un bien qui se perd sans retour
Heureux le coeur qui la donne à l'Amour.
Abbandonnons nos ames, &c.
Non, ce n'est pas estre sage
De differer un tendre engagement
L'Amour n'est jamais plus charmant
Qu'au printems de notr'Age.
Abbandonnons nos ames, &c.
Tendres Amants tout succede à vos voeux,
&c.