Andromède
Tragedie en
Machines en I Prologue & V Actes de Pierre Corneille
l'Aisné
représentée
sur le Theatre Royal des seuls Comediens du roy,
entretenus par sa Majesté en leur Hôtel, Ruë de
Geunegaud
Machines de Torrelli
Musique de Charles Dassoucy
1651
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Madame, C'est
vous rendre un hommage bien secret, que de vous le rendre
ainsi, & ie m'asseure que vous aurez de la peine vous
mesme à recognoistre que c'est vous à qui ie
dedie cet Ouvrage. Ces quatre lettres Hieroglifiques vous
embarasseront außi-bien que les autres, & vous ne
vous appercevrez iamais qu'elles parlent de vous
iusqu'à ce que ie vous les explique. Alors vous
m'avouerez sans doute que ie suis fort exact à ma
parole, & fort punctuel à l'execution de vos
commandemens. Vous l'avez voulu, & i'obeys, ie vous l'ay
promis & ie m'acquite. C'est peut-estre vous en dire
trop pour un homme qui se veut cacher quelque temps à
vous-mesme, & pour peu que vous faciez de reflexion sur
mes dernieres visites, vous devinerez à demy que
c'est à vous que ce compliment s'adresse. N'achevez
pas ie vous prie, & laissez-moy la ioye de vous
surprendre par la confidence que vous en doibs. Ie vous en
conjure par tout le merite de mon obeïssance, & ne
vous dy point en quoy les belles qualitez d'Andromede
approchent de vos perfections, ny quel rapport ses
advantures ont avec les vostres; ce seroit vous faire un
miroir, où vous vous verriez trop aisément,
& vous ne pourriez plus rien ignorer de ce que i'ay
à vous dire. Preparez-vous seulement à la
recevoir, non pas tant comme un de vos plus beaux spectacles
que la France ait veues, que comme une marque respectueuse
de l'attachement inviolable à vostre service, dont
fait voeu, Madame, Votre
tres-humble, tres-obeïssant, & tres-obligé
serviteur,
M.M.M.M.
Corneille.

Cassiope
femme de Cephée Roy d'Egipte fut si vaine de sa
beauté, quelle osa la disputer à celle des
Nereïdes, dont ces Nymphes irritées firent
sortir de la Mer un Monstre, qui fit de si estranges ravages
sur les terres du Roy son mary, que les forces humaines ne
pouvant donner aucun remede à des miseres si grandes,
on recourut à l'Oracle de Iuppiter Ammon. La responce
qu'en receurent ces malheureux Princes fut un commandement
d'exposer à ce Monstre Andromede leur fille unique,
pour en estre devorée. Il fallut executer ce triste
Arrest, & cette illustre victime fut attachée
à un rocher, où elle n'attendoit que la mort
lors, que Persée fils de Iuppiter & de Danaë
passant par hazard, jetta les yeux sur elle. Il revenoit de
la conqueste glorieuse de la Teste de Meduse qu'il portoit
sous son bouclier, & voloit au milieu de l'air, au moyen
des ailes qu'il avoit attachées aux deux pieds, de la
façon qu'on nous peint Mercure. Ce fut d'elle-mesme
qu'il apprit la cause de sa disgrace, & l'amour que ses
premiers regards luy donnerent, luy fit en mesme temps
former le dessein de combatre ce Monstre, pour conserver des
iours qui luy estoient devenus si precieux. Avant que
d'entrer au combat il eut loisir de tirer parole de ses
parents que les fruits en seroient pour luy, & receut
les effets de cette promesse, si-tost qu'il eut tué
le Monstre. Le Roy & la Reyne donnerent avec grande joie
leur fille à son liberateur, mais la magnificence des
nopces fut troublée par la violence que voulut faire
Phinée frere du Roy & oncle de la Princesse,
à qui elle avoit esté promise avant son
malheur. Il se ietta dans le Palais Royal avec une troupe de
gens armez; & Persée s'en deffendit quelque temps
sans autre secours que celuy de sa valeur & de quelques
amis genereux: mais se voyant prét de succomber sous
le nombre, il se servit enfin de cette teste de Meduse,
qu'il tira de sous son bouclier, & l'exposant aux yeux
de Phinée & des assaßins qui le suivoient,
cette fatale veuë les convertit en autant de
statuës de pierre, qui servirent d'ornement au mesme
Palais qu'ils vouloient teindre du sang de ce Heros. Voila
comme Ovide rend cette Fable, où i'ay changé
beaucoup de choses tant par la liberté de l'Art, que
par la necessité des ordres du Theatre, & pour
luy donner plus d'agréement. ... Vous
trouverez cet ordre gardé dans les changements de
Theatre, que chaque Acte aussi-bien que le Prologue a sa
decoration particuliere, & du moins une machine volante
avec un concert de Musique, que ie n'ay employée
qu'à satisfaire les oreilles des spectateurs, tandis
que leurs yeux sont arrestez à voir descendre ou
remonter une machine, ou s'attachent à quelque chose
qui leur empesche de prester attention à ce que
pourroient dire les Acteurs, comme fait le combat de
Persée contre le Monstre: mais ie me suis bien
gardé de faire rien chanter qui fust necessaire
à l'intelligence de la Piece, parce que
communément les paroles qui si chantent estant mal
entenduës des auditeurs, pour la confision qu'y apporte
la diversité des voix qui les prononcent ensemble,
elles auroient fait une grande obscurité dans le
corps de l'ouvrage, si elles avoient eu à instruire
l'Auditeur de quelque chose d'important. Il n'en va pas de
mesme des machines, qui ne sont pas dans cette Tragedie
comme des agréements détachez, elles en font
le noeud & le desnoüement, & y sont si
necessaires que vous n'en sçauriez retrancher aucune,
que vous ne faciez tomber tout l' edifice. I'ay esté
assez heureux à les inventer & à leur
donner place dans la tessiture de ce Poëme, mais aussi
faut-il que i'advoüe que le sieur Torrelli s'est
surmonté luy-mesme à en executer les desseins,
& qu'il a eu des inventions admirables pour les faire
agir à propos, de sorte que s'il m'est deu quelque
gloire pour avoir introduit cette Venus dans le premier
Acte, qui fait le noeud de cette Tragedie par l'Oracle
ingenieux qu'elle prononce, il luy en est deu bien davantage
pour l'avoir fait venir de si loin & descendre au milieu
de l'air dans cette magnifique estoille, avec tant d'art
& de pompe, qu'elle remplit tout le monde d'estonnement
& d'admiration. ... ...
i'ayme mieux advoüer que cette piece n'est que pour les
yeux. P. C.
tiré du Quatriéme & Cinquiéme
Livre des
Metamorphoses d'Ovide
La Scene est en Ethiopie, dans la ville capitale du Royaume de Cephée

Prologue
|
L'Ouverture
du Theatre presente des forests aux yeux des
Spectateurs vers une vaste montagne, dont les
sommets inégaux s'elevant les uns sur les
autres, portent le faiste iusques dans les
nuës. Les deux costez du Theatre sont occupez
par une forest d'arbres touffus & entrelassez
les uns dans les autres. Sur un des sommets de la
montagne paroist Melpomene, la Muse de la Tragedie,
& à l'opposite dans le Ciel on voit le
Soleil s'avancer dans un char tout lumineux,
tiré par les quatre chevaux qu'Ovide luy
donne.
Cieux
escoutez, escoutez mers profondes, La
Majesté qui desia l'environne C'est
à vos soins, Reyne, qu'on doit la gloire
|

Premier Acte
|
Cette
grande masse & ces rochers eslevez les uns sur
les autres qui la composoient, ayant disparu en un
moment par un merveilleux artifice, laissent voir
en leur place la Ville capitale du Royaume de
Cephée, ou plustost la Place publique de
cette Ville. Les deux costez & le fonds du
Theatre sont des Palais magnifiques tous differents
de structure, mais qui gardent admirablement
l'égalité & les iustesses de la
Perspective. Apres que les yeux ont eu loisir de se
satisfaire à considerer leur beauté,
la Reyne Cassiope paroist comme passant par cette
Place publique pour aller au Temple. Elle est
conduite par Persée, encor inconnu, mais qui
passe pour un Cavalier de grand merite, qu'elle
entretient des malheurs publics, attendant que le
Roy la rejoigne, pour aller, à ce Temple de
compagnie.
Scene 3
Le
Choeur de Musique,
cependant que Venus s'avance Peux-tu
voir que de la mesme onde Vange
l'honneur de ta naissance,
La
Deesse aprés avoir annoncé l'heureux
hymen d'Andromede, continant sa route pour remonter
au Ciel, elle se va perdre au plus haut de
nuës, en traversant de la plus grande
profondeur du Theatre jusqu'au dessus du Cintre,
mais par un mouvement si imperceptible, qu'il
semble qu'elle n'a point avancé, quand mesme
elle est perduë; & cependant elle fait son
cours dans toute l'étenduë & la
longueur du lieu. Apres
que la Deesse a donné quelque esperance au
Peuple d'un plus heureux destin que celuy qu'il
attendoit, il en témoigne sa joye par des
actions de graces.
Le
Choeur de Musique,
cependant que Venus remonte Daigne
affermir l'heureuse paix Dans
nos campagnes & nos bois
Cette
Machine de Venus finit le premier Acte qui pour
augmenter le plaisir qu'apporte la varieté
dans les Spectacles, laisse changer sa Decoration
en un moment.
|

Second Acte
|
Cette
Place publique dont la Reyne & Persée
viennent de sortir, s'évanouyt en un
instant, pour faire place à un Iardin
delicieux, & ces grands Palais snt changez en
autant de Vases de marbre blanc qui portent
alternativement, les uns des statuës
d'où sortent autant de jets d'eau, les
autres des Myrthes, des Iasmins, & d'autres
arbres de cette nature. De chaque costé se
détache un rang d'Orangers dans de pareils
Vases, qui viennent fermer un admirable berceau
iusqu'au milieu du Theatre, & le separent ainsi
en trois allées, que l'artifice ingenieux de
la Perspective fait paroistre longues de plus de
mille pas. c'est là qu'on voit Andromede
avec ses Nymphes qui ceuillent des fleurs, & en
composent une guirlande dont cette Princesse veut
couronner Phinée, pour le recompenser par
cette galanterie de la bonne nouvelle qu'il luy
vient d'apporter.
Scene premiere
Un
Page,
chantant sans estre veuë Ie
dois posseder Andromede: Tu
luis encor, & ta lumiere
La
jeune Andromede par une reconnoissance qu'elle
semble devoir à cet Amant, qu'elle
croît bien-tost épouser, luy fait
chanter en revanche par une de ses Nymphes un Air,
& des paroles, dont la Princesse donne autant
de transports de joye, que de plaisir aux oreilles
qui les entend.
Scene 2
Liriope,
chante Bien
que le iuste Ciel face voir que sans crime Enfin
si ses beaux yeux passent pour un miracle,
Cet
Air chanté, le Page de Phinée &
cette Nymphe font un Dialogue en Musique, dont
chaquee couplet a pour refrain l'Oracle que Venus a
prononcé au premier Acte en faveur de ces
deux Amants, chanté par les deux voix unies,
& repeté par le Choeur entier de la
Musique.
Le
Page Liriope Le
Page Liriope Le
Page Liriope Tous
deux sensemble Le
Choeur en Musique Le
Page Liriope Le
Page Liriope Le
Page Liriope Tous
deux ensemble Le
Choeur en Musique
Mais
à tant de preparation de joye il succede un
[-] bien different de l'esperance
d'Andromede & de Phinée; On leur vient
annoncer que le sort tombé sur cette jeune
& malheureuse Princesse & que c'est elle
aujourd'huy qui doit estre executée à
la rage du Monstre. C'est là que
Phinée s'abandonne à des imprecations
contre le Ciel, qui semble s'en vouloir vanger, par
l'effroy d'un tonnerre qui commence à rouler
avec un si grand bruit, accompagné
d'éclairs si promptement redoublez, que
cette feinte donne autant d'épouvante que
d'admiration, tant elle approche du naturel. On
voit cependant décendre Eole avec huit
Vents, dont quatre sont à ses deux costez;
en sorte toutefois que les deux plus proches sont
portez sur un mesme nuage que luy, & les deux
plus éloignez autant comme volans en l'air
sur les aisles du Theatre, deux à la gauche,
& deux à la droite. Ce qui n'empesche
pas Phinée de continüer ses blasphemes.
Mais enfin ce Dieu lassé de tant d'audace en
punit les emportemens par le ravissement
d'Andromede entre les bras & aux yeux de ce
temeraire Amant. Le commandement qu'en fait Eole
à ses Vents qui l'accompagnent produit un
spectacle étrange & merveilleux tout
ensemble. Les deux Vents qui estoient à ses
deux costez suspendus en l'air s'envolent l'un
à gauche, l'autre à droite. Deux
autres remontent avec luy dans le Ciel, sur le
mesme nuage qui les vient d'aporter; & les deux
qui estoient à sa main gauche sur les aisles
du Theatre s'avancent au milieu de l'air, ayant
fait deux ou trois tours comme des tourbillons, ils
passent du costé du Theatre où est
Andromede, d'où les deux derniers fondent
sur elle, & l'ayant saisie chacun par un bras,
l'enlevent de l'autre costé jusques dans les
nuës. C'est
là que Persée prend l'occasion
d'assurer le Roy qu'il luy rendra sa Fille, &
finit le second Acte en volant apres
elle.
|

Troisiéme Acte
|
Voicy
une estrange Metamorphose. Sans doute qu'avant que
de sortir de ce Iardin, Persée a
découvert cette monstrueuse teste de Meduse
qu'il porte par tout sous son bouclier. Les Myrthes
& les Iasmins qui le composoient, font devenus
des Rochers affreux, dont les masses
inégalement escarpées &
bossuës suivent si parfaitement le caprice de
la Nature, qu'il semble qu'elle ait plus
contribué que l'Art, à les placer
ainsi des deux costez du Theatre. C'est enquoy
l'artifice de l'ouvrier est merveilleux, & se
fait voir d'autant plus, qu'il prend soin de se
cacher. Les vagues s'emparent de toute la
Scéne, à la reserve de cinq ou six
pieds qu'elles laissent pour leur servir de rivage.
Elles sont dans une agitation continuelle, &
composent comme un Golfe enfermé entre ces
deux rangs de falaises. On en voit l'embouchure se
dégorger dans la pleine mer, qui paroist si
vaste & d'une si grande estenduë, qu'on
jugeroit que les vaisseaux qui flottent prés
de l'Orizon, dont la veuë est bornée,
sont éloignez e plus de six Lieuës de
ceux qui les considerent. Il n'y a personne qui ne
iuge, que cet horrible spectacle est le funeste
appareil de l'injustice des Dieux, & du
supplice d'Andromede: aussi la voit-on au haut des
nuës, d'où ces deux Vents qui l'ont
enlevée, l'apportent avec
impetuosité, & l'attachent au pied d'un
de ces Rochers.
Scene 3
Le
Choeur de Musique,
cependant que Persée combat le
Monstre Une
Voix,
seule Le
Choeur,
repete
Tandis
que cette jeune Princesse & sa Mere, par leurs
justes soûpirs, attendrissent tous les
coeurs, on découvre d'aussi loin que la
veuë peut distinguer quelque chose, un Monstre
Marin au fonds de la perspective; mais dans un si
grand éloignement, que tout puissant qu'il
soit, on a peine à gager de sa forme, tant
il paroist petit d'abord. A mesure qu'il avance, on
le voit grossir, & n'on n'est pas long-temps
sans en discerner l'horrible forme: Ce Monstre
écailleux, armé de griffes &
d'arrestes piquantes, s'avance jusqu'à la
triste Andromede pour l'engloutir: Mais dans ce
même moment on voit paroître
Persée monté sur le cheval
aislé, que les Poëtes nomment Pegase;
à peine aperçoit-il Andromede &
sa Mere qu'il les assure d'un secours infaillible,
si l'une & l'autre veulent avoüer son
amour, & luy en promettre recompense. Dans un
si pitoyable estat que ne promet-on point ? Le
valeureux Persée flatté de l'espoir
qu'on luy donne, s'expose aussi-tost à voler
sur le Monstre, qu'il attaque si heureusement qu'en
un moment il le dompte, le tuë, & commande
aux Vents de venir reparer l'outrage qu'ils ont
fait à sa jeune Princesse; ces mesmes Vents
lui obeïssent aussi promptement qu'il leur
commande & viennent détacher Andromede,
pour la remporter par le chemin des Nues dans le
Palais du Roy son Pere. Certes
c'est ici qu'il peut estre permis d'exagerer s'il
est possible, la loüange que l'on doit
à l'honneur du Machiniste. La France n'a
point encore veu de Spectacle pareil à celuy
de cét Acte. Il n'est point extraordianaire,
nouveau; ny peut-estre trop difficile d'enlever des
Hommes ou des Fantômes & leur faire
traverser les airs; mais il est à remarquer
qu'en cét endroit, le Pegase sur lequel est
monté Persée, est un veritable Cheval
d'une taille avantageuse, & d'une
vivacité & d'un port, qui ne peut
laisser croire un moment que le carton ne fasse la
representation: & sur tout ce que l'on doit
admirer dans cette Machine, c'est lécole
extraordinaire de cét Animal, qui dés
qu'il est party du haut des nuës, semble sous
le poids de son Heros en sentir la volonté,
en combattant luy-mesme le Monstre que
Persée vient attaquer. Ce Comabt
paroît un assez long espace de temps pour en
admirer la beauté, sans en pouvoir decouvrir
l'industrie; & aprés la mort du Monstre,
le Cheval à tire d'ailes, emporte rapidement
Persée par le mesme chemin que les Vents ont
emporté son Andromede, & passer par
dessus le Ceintre pour l'aller reprendre où
elle sera posée. C'est là que tout le
rivage retentit de cris de joye & de chants de
victoire.
Le
Choeur de Musique Vous
estes sa digne conqueste,
Il
sembleroit que l'embarras de tant de Machines
à la fois, devroit donner quelque
relâche aux travaux du Machiniste, mais bien
loin d'en prendre, à peine ce spectacle
est-il évanoüy, qu'il en succede un
autre tout different. C'est Neptune qui
s'éleve du fonds de la Mer dans une Conque
brillante de tout le Nacre de l'Orient,
porté par deux Dauphins, & cette Machine
est accompagnée de trois Nereïdes, qui
se plaignent d'estre si mal vengées. Apres
que l'on a veu quelque temps flotter cette Conque,
& que Neptune les a consolées en les
flattant d'une vengeance plus certaine, la Conque
avec ce Dieu des Ondes & ses trois
Nereïdes fondent, & se plongent sous les
flots de la Mer, qui apres un mouvement orageux se
calme insensiblement, & c'est ce qui finit le
troisiéme Acte. |

Quatriéme Acte
|
Les
vagues fondent sous le Theatre, & ces hideuses
masses de pierre dont elles battoient le pied, font
place à la magnificence d'un Palais Royal.
On ne le voit pas tout entier, on n'en voit que le
Vestibule, ou plustost la grande salle, qui doit
servir aux nopces de Persée &
d'Andromede. Deux rangs de colomnes de chaque
costé, l'un de rondes, & l'autre de
quarrés en font les ornements: Elles sont
enrichies de statuës de marble blanc d'une
grandeur naturelle, & leurs bases, corniches,
amortissemens, estalent tout ce que peut la
iustesse de l'Architecture: le frontispice suit le
mesme ordre, & par trois portes dont il est
percé, fait voir trois allées e
Cyprés, où l'oeil s'enfonce à
perte de veuë. Persée paroist le
premier dans cette salle conduisant Andromede
à son apartement, apres l'avoir obtenuë
du Roy & de la Reyne; & comme si leur
volonté ne suffisoit pas, il tâche
encor de l'obtenir d'elle-mesme par les respects
qu'il luy rend, & les submissions
extraordinaires qu'il luy faits.
Le
Choeur de Musique Que
les plaisirs les plus charmans Que
les peuples les plus puissants |

Cinquiéme Acte
|
L'Architecte
ne s'est pas épuisé en la structure
de ce Palais Royal qui vient de disparoistre. Le
Temple qui luy succede a tant d'advantage sur luy,
qu'il fait mépriser ce qu'on admiroit. Aussi
est-il iuste que la demeure des Dieux l'emporte sur
celle des hommes, & l'Art du sieur Torelli est
icy d'autant plus merveilleux, qu'il fait paroistre
une grande diversité en ces deux
Decorations, quoy qu'elles soient presque la mesme
chose. On voit encor en celle-cy deux rangs de
colomnes comme en l'autre, mais d'un ordre si
different, qu'on n'y remarque aucun rapport.
Celles-cy sont de porphyre, & tous les
accompagnements qui les soustiennent, & qui les
finissent, de bronze cizelé, dont la
graveure represente quantité de Dieux &
de Déesses. La reflexion des lumieres surce
bronze en fait sortir un iour tout extraordinaire.
Un grand & superbe Dome couvre le milieu de ce
Temple magnifique. Il est par tout enrichy du mesme
metal, & au devant de ce Dome l'artifice de
l'ouvrier jette une gallerie toute brillante d'or
& d'azur. Le dessous de cette Gallerie laisse
voir le dedans du Temple par trois portes d'argent
ouvragées à iour. On y verroit
Cephée sacrifiant à Iuppiter pour le
mariage de sa fille, n'estoit que l'attention que
les spectateurs presteroient à ce sacrifice
les destourneroient de celle qu'ils doivent
à ce qui se passe dans le parvis, que
represente le Theatre.
Scene 7
Le
Choeur de Musique Fay
choir sur eux de nouvelles couronnes,
Scene 8
Le
Choeur de Musique |