Alcione
Tragédie
en Musique en un Prologue & V Actes
representée
pour la premiere fois par
l'Academie Royale de Musique le 18 Février
1706
le
Poëme est de Monsieur
Lamothe
la
Musique est de:
Marin
Marais
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les
personnages du Prologue:
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les
interprètes:
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Tmole
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Mr
Fontenay
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Apollon
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Mr
Dumast
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Pan
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Mr
Dun
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Une
Bergere
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Mlle
Petitpas
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Troupe
de Faunes & de Dryades
Troupe de Berfers, de Bergeres & de
PAstres
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Le
Theâtre represente le Mont-Tmole. Des Fleuves &
des Nayades appuyés sur leurs Urnes, occupent la
Montagne, & forment une pesece de
cascade.
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Tmole:
Apollon, & le Dieu des Bois
Vont disputer icy pour le prix de la voix.
Les
Nayades viennent s'y rendre:
J'y voy déja couler mille nouvelles eaux;
Des Forestes alentour les amoureux Oyseaux
S'y rassemblent pour les entendre.
Echo, tu
sçais déja tous les chants de ces Dieux;
Pour les entendre encor, cache-toy dans ces
lieux.
Le Choeur
des Fleuves:
Echo, tu sçais déja tous les chants de ces
Dieux;
Pour les entendre encor, cache-toy dans ces
lieux.
[Pan
vient d'un côté avec une Troupe de Faunes &
de Dryades, qui vont se placer en dansant au bas de la
Montagne. Apollon vient de l'autre côté avec
les Muses]
Tmole:
Commencez un combat à jamais memorable.
Je dois, par vôtre choix, couronner le Vainqueur;
Je vais mediter cet honeur,
Par un jugement équitable.
Pan,
commence la dispute, & chante la Guerre:
Fuyez, Mortels, fuyez un indigne repos;
Non, ne vous plaignez plus des horreurs de la guerre,
Elle vous donne les Heros,
Elle fait les Dieux de la Terre.
Courez
affronter le trépas,
Allez joüir de la Victoire;
Sur son front couronné, qu'elle étale d'appas
!
L'affreuse Mort qui vole au devant de ses pas,
Fait naître l'immortelle Gloire.
Apollon,
chante la Paix:
Aimable Paix, c'est toy que celebrent mes chants !
Descend, vient triompher du fier Dieu de la Thrace,
Tout rit à ton retour, tout brille dans nos
champs,
Dés que tu disparois, tout l'éclat s'en
efface.
Regne,
Fille du Ciel, mets la Discorde aux fers;
Que le bruit des Tambours, dont la Terre s'allarme,
Ne trouble plus nos doux concerts.
Heureux, heureux cent le fois le Vainqueur qui ne
s'arme,
Que pour te rendre à l'Univers.
Les Muses,
les Fleuves & les Nayades:
Regne, Fille du Ciel, mets la Discorde aux fers;
Heureux, heureux cent le fois le Vainqueur qui ne
s'arme,
Que pour te rendre à l'Univers.
Tmole,
à Pan:
A vos chants immortels, quel coeur n'est pas sensible ?
Mais les siens les plus puissants, m'ont encore plus
flaté:
J'ay cru Pan invincible,
Tant qu'Apollon n'a pas chanté.
Pan:
Puisqu'à sa foible voix, vous vous laissez
surprendre;
Non, vous n'entendrez plus mes chants harmonieux:
Je vais chercher ailleurs des Dieux,
Qui soient plus dignes de m'entendre.
[il
se retire avec ses faunes]
Apollon:
Accourez, Hanitants de ces prochains Baccages,
Bien-tôt la Paix va revoir ce séjour;
Venez-en goûter les présages,
Et preparez icy vos jeux pour son retour.
[une
Troupe de Bergers, & de Bergeres témoignent leur
joye de ce que leur prédit
Apollon]
Une
Bergere:
Le doux Printemps ne paroît point sans Flore,
L'aimable Paix ne vient point sans l'Amour:
Dans ce beau jour
Que d'ardeurs vont éclore !
L'Amour, & la Paix
Se pretent mille attraits.
[on
danse]
La Bergere
& le Choeur, alternativement:
Pour nos hameaux quitte Cythere;
Charmant Amour, garde-nous tes faveurs,
Fay-nous
aimer de qui sçaura nous plaire,
D'un seul trait blesse toûjours deux
coeurs.
Apollon:
Qu'un spectacle charmant signale ma victoire,
Muses, des Alcions renouvellez l'histoire.
A l'Onde
soulevée, ils rendent le repos,
Et des vents en fureur, ils terminent la guerre:
Puisse regner sur la terre
La Paix qu'ils rendent aux flots !
Le
Choeur:
A l'Onde soulevée, &c.
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les
personnages de la Tragedie:
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les
interprètes:
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Céix,
Roi de Trachines
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Mr
Le Gros
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Alcione,
Fille d'Eole
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Mlle
Beaumesnil
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Pélée,
ami de Céix
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Mr
L'Arrivée
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Phorbas,
Magicien
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Mr
Gélin
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Ismene,
Magicienne
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Mlle
du Plant
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Une
Eolienne
|
Mlle
le Brougeois
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|
Le Grand
Prêtres de l'Hymen
|
Mr
Durand
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|
Une
Matelotte
|
Mlle
le Bourgeois
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La
Prêtresse de Junon
|
Mlle
du Plant
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Le
Sommeil
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Mr
Muguet
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Morphée
|
Mr
[?]
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Phosphore,
pere de Céix
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Mr
Muguet
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Neptune
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Mr
Durand
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Suivants
de Céix, Suivants d'Alcione
Prêtresses de l'Hymen
Magiciens & Magiciennes
Matelots & Matelottes
Songes, sous la forme de Matelots
Divinités de la Mer
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Le
Théâtre représente une gallerie du
palais de Céix, terminée par un endroit du
palais consacré aux Dieux
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Scene
premiere
Pélée, Phorbas
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Phorbas:
Vous voyés le palais où l'himen
d'Alcïone
Va combler les desirs de votre heureux rival:
Déjà la pompe s'en ordonne,
Et le moment approche...
Pélée:
Ah ! quel moment fatal.
Phorbas:
Seigneur, il faut troubler cette odieuse feste;
Tout l'enfer conjué m'a promis son secours:
Et ce jour qu'ils ont crû le plus beau de leurs
jours,
Va bien-tôt devenir...
Pelée:
Arreste.
Tu sçais ce que je dois au Roy,
Banni de ma patrie, & teint du sang d'un Frere;
Funeste objet des fureurs d'une Mere:
Luy seul à sa vengeance, il s'exposa pour
moy.
Sa cour
fut mon unique azile,
Alcione à ses jours alloit unir son sort.
Dieux ! je ne pûs la voir avec un coeur tranquile,
Vertu, gloire, raison, tout me fût inutile,
Mon amour combattu n'en devint que plus fort.
Un monstre
que la mer vomit, contre mon crime
Suspendit cet hymen dont j'étois si jaloux;
Et ce Peuple en seroit encore la victime,
S'il n'étoit tombé sous mes coups.
Phorbas:
Laissez-moy ranimer ce monstre redoutable;
Qu'il rompe encor de si funestes noeuds.
Pelée:
Non, ne me rends point plus coupable,
Non; laisse-moy mourir, laisse-les vivre heureux.
Abandonne
mon coeur au feu qui le consume,
D'un hymen que je crains, pourquoy me garentir ?
C'est par moy qu'aujourd'huy son flambeau se rallume,
Je ne veux point m'en repentir.
Amour,
céde à mes pleurs, & respecte ma
gloire;
Ah ! laisse-moy briser mes fers.
C'est trop à la vertu disputer la victoire;
Contente-toy, cruel, des maux que j'ay soufferts.
Amour,
céde à mes pleurs, & respecte ma
gloire;
Ah ! laisse-moy briser mes fers.
Phorbas:
C'est assez de répandre de larmes,
Et vôtre coeur n'a que trop combattu;
Ismene & moy, nous allons par nos charmes,
Secourir vôtre amour contre vôtre
vertu.
Pelée:
Arreste... on vient. O Ciel ! à quoy me
réduis-tu ?
|
Scene
2
Alcione Ceix,Pélée, Céphise, Doris,
Troupe d'Eoliennes, & de Suivants de
Ceix
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|
Le
Choeur:
Aimez, aimez-vous sans allarmes,
Que vos jeux sont charmants, que vos liens sont doux !
L'Hyménée, & l'Amour vous prodiguent leurs
charmes,
Tendres Amants, soyez heureux Epoux.
Alcione
& Ceix:
Aimons, aimons-nous sans allarmes,
Que nos jeux sont charmants, que nos liens sont doux
!
Le
Choeur:
L'Hyménée, & l'Amour vous prodiguent leurs
charmes,
Tendres Amants, soyez heureux Epoux.
Ceix,
à Pelée:
Partage, cher Amy, les transports de mon ame;
L'Hymen va me livrer l'Objet de tous mes soins:
Et rien ne manque au bonheur de ma flâme;
Puisque tes yeux en sont témoins.
Que ne
puis-je te voir plus heureux que moy-même !
Pelée:
Est-il un sort plus doux ? Alcione vous aime.
Alcione:
Du plus ardent amour mon coeur est enflâmé,
Je me plais à brûler des feux qu'il a fait
naître,
Il n'est point d'Amant plus aimé,
Ny d'Amant plus digne de l'être.
Pelée:
Infortuné !
Ceix:
D'où naissent ces soupirs ?
Pelée:
Que les maux qu'en ces lieux a causé ma
présence,
Ont coûté cher à vos desirs !
Que vous avez souffert d'une injuste vengeance.
Alcione
& Ceix:
Oubliez nos malheurs, partagez nos plaisirs.
Ceix,
à Pelée:
Ah ! que ton coeur n'est-il plus tendre,
Pour juger du bonheur qui va combler mes voeux ?
C'est l'Amour seul qui peut faire comprendre
Les plaisrs d'un Amant heureux.
Alcione,
Ceix & Pelée:
Que rien ne trouble plus une flâme si
belle.
[Pelée]
Ah ! que vôtre chaîne a d'attraits !
[Alcione & Ceix] Ah ! que nôtre
chaîne a d'attraits !
{Pelée]
Et vous semble toûjours nouvelle !
[Alcione & Ceix] Et nous semble toûjours
nouvelle !
Alcione:
Chantez, chantez, faites entendre
Les accords les plus doux, les sons les plus touchants;
Par vos plus tendres chants,
Célébrez l'amour le plus tendre.
Le Choeur
repete: Que rien ne trouble, &c.
[les
Eoliennes, & les Suivants de Ceix forment le
Divertissement]
Un Suivant
de Ceix, alternativement avec le Choeur:
Que vos desirs
Puissent toûjours renaître !
Par les plaisirs,
Vôtre flâme doit croître.
Qu'à
nos amours
L'Hymen seroit à craindre,
Si son secours
Servoit à les éteindre.
Serrez les
noeuds
D'une chaîne si belle;
Que l'amour heureux
N'en soit que plus fidele.
Céphise
& Doris, à qui le Choeur répond:
Dans ces lieux, Amour, tu nous ramenes
Les Plaisirs, les Graces, & les Ris:
C'est
après des rigueurs inhumaines,
Que tes dons sont centfois plus cheris;
Qu'il est doux d'avoir souffert tes peines,
Quand tu viens nous en donner le prix !
|
Scene
3
Alcione Ceix,Pélée, Céphise, Doris,
Troupe d'Eoliennes, & de Suivants de Ceix,
le Grand Prestre de l'Hymen, qui paroît avec sa Suite,
portant des flambeaux ornez de guirlandes
|
|
Ceix:
On approche: cessez, & qu'un profond silence
Des Prestres de l'Hymen honore la
présence.
Pelée,
à part:
Ciel ! leur hymen va s'achever !
De ce spectacle affreux, ô Mort ! vient me sauver
!
Le Grand
Prestre:
Le flambeau de l'Amour n'a fait naître en vôtre
ame
Que l'esperance , & les desirs.
Le flambeau de l'Hymen va par sa douce flâme
Y faire regner les plaisirs.
Venez,
venez, au nom de la Troupe immortelle
Vous jurer l'un à l'autre une ardeur
éternelle.
Alcione
& Ceix:
Ecoûtez nos serments, Arbitres des Humains.
Vous, qui pour punir le parjure,
Tenez la foudre dans vos mains;
Vous, qu'en tremblant adore la Nature,
Maître des Dieux...
Alcione,
Ceix, & le Grand Prestre:
Quel bruit ! quel terribles éclats !
L'Air s'allume ! le Ciel fait gronder son tonnerre !
Quel grouffre affreux s'est ouvert sous nos pas !
Tout l'Enfer en couroux sort du sein de la Terre
!
[des
Furies sortent des Enfers, saisissent en volant les
flambeaux de l'Hymen dans les mains des Prestres, &
embrâsent tout le Palais]
Le Grand
Prestre:
Fuyez: à vôtre hymen le Ciel ne consent
pas.
Le
Choeur:
Quel embrâsement ! quel ravage !
Dieux ! injustes Dieux ! quelle horreur !
Laissez-nous du moins un passage;
Laissez-nous fuire vôtre fureur.
Pelée:
Cet Autel, ce Palais dévoré par la
flâme,
Malgré moy, flatte mon ardeur:
Mais, je ne sens qu'avec horreur
Le perfide plaisir qui renaît dans mon ame.
Dieux, justes Dieux, vengez-les, vengez-vous,
Lancez, lancez vos traits; je me livre à vos
coups.
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de page

|
Le
Theâtre represente une Solitude affreuse, &
l'entrée de l'Antre de Phorbas, &
d'Ismene
|
Scene
premiere
Ismene, Phorbas
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Ismene:
Le Roy dans ces lieux va se rendre;
Il a crû que le Ciel traversoit son bonheur;
Et c'est par nous qu'il veut apprendre
Q'il ne peut de son sort adoucir la rigeur.
Phorbas:
Pour le troubler encor, unissons-nous, Ismene;
C'est moy qui vous apprit mon Art misterieux:
Il faut servir Pelée, il faut servir ma haine
Contre un Prince qui regne où régnoient mes
Ayeux.
Pour
attirer sa confiance,
J'ay feint, sans murmurer, de recevoir ses voeux:
Mais, je sens trop que ma naissance
M'appelloit au Trône des Roys.
Reservons-nous du moins, le plus doux de leurs droits:
Regnons par la vengeance.
Ensemble:
[Regnons / Regnez] par la vengeance.
|
Scene
2
Ceix, Ismene, Phorbas
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|
Ceix, sans
appercevoir Phorbas & Ismene:
Dieux cruels, punissez ma rage, & mes murmures,
Frapez, Dieux inhumains, comblez vôtre rigueur;
Vous plaisez-vous à voir dans mes injures,
L'excés du desespoir où vous livrez mon coeur
?
Je
touchois au moment où la Beauté que
j'aime,
M'eût rendu plus heureux que vous;
D'un extrême bonheur, Dieux ! vous étiez si
jaloux.
Et vous vous en vengez par un supplice extrême;
Mes maux sont aussi grands, que mon desespoir fût
doux.
Dieux
cruels, punissez ma rage, & mes murmures,
Frapez, Dieux inhumains, comblez vôtre rigueur;
Vous plaisez-vous à voir dans mes injures,
L'excés du desespoir où vous livrez mon coeur
?
[il
apperçoit Phorbas & Ismene qui
s'approchent]
L'injuste
Ciel à mes maux m'abandonne;
J'ay recours aux Enfers, daignez les consulter.
Phorbas:
Que ne renoncezvous à l'hymen d'Alcione ?
Le Ciel vous le défend, pourquoy luy resister
?
Ceix:
Le Dieux ont vainement troublé mon esperance,
Je sens à chaque instant mon amour s'augmenter;
Et si cet amour les offense,
Je me plais à les irriter.
Ismene:
Quittez de trop cruelles chaînes,
Ne formez que d'heureux desirs;
C'est offenser l'Amour, que d'en chercher les peines.
Il ne veut servir qu'aux plaisirs.
Ceix:
Ne vous opposez point à mon impatience.
Cruels, par vôtre resistance
Voulez-vous aussi me trahir ?
Phorbas
& Ismene:
Vous étes nôtre Roy, c'est à nous
d'obéïr.
Vous, dont
les misteres affreux,
Pour soûmettre l'Enfer, sont d'invincibles armes,
Quittez vos antres ténébreux,
Venez vous unir à nos charmes.
Accourez,
hâtez-vous,
Nôtre voix vous appelle;
Accourez, signalez pour nous
Vôtre pouvoir, & vôtre zele.
|
Scene
3
Ceix, Ismene, Phorbas,
Magiciens & Magiciennes
|
|
Le Choeur
de Magiciens & de Magiciennes:
Eprouvez nôtre ardeur fidele;
Parlez, commandez-nous,
Nous allons signaler pour vous
Nôtre pouvoir, & nôtre zele.
Phorbas:
Pour servir vôtre Roy, redoublez vôtre
effort.
Forcez, forcez l'Enfer à m'apprendre son
sort.
Le
Choeur:
Sortez, Demons, sortez; que tout icy ressente
L'horreur, & l'épouvante.
Phorbas:
Transportez l'Enfer en ces lieux,
Offrez-nous-en du moins la terrible apparence;
A nos sens effrayez, faites voir tous les Dieux,
Dont nous voulons implorer l'assistance.
[Le
Choeur repete les six Vers cy-dessus]
[Le
Theâtre devient une image de l'Enfer: on y voit au
fond Pluton & Proserpine, assis sur leur Trône;
d'un côté les Fleuves des Enfers appuyez sur
leurs Urnes; & de l'autre les Parques. Les Magiciens
commencent leurs
Cérémonies]
Phorbas:
Sévere Fille de Céres,
Et toy, des sombres bords formidable Monarque,
Vous à qui la fatale barque
Ameine à chaque instant mille nouveaux sujets,
Ecoutez-nous, Dieux redoutables;
Que nos voeux, que nos cris vous trouvent favorables
!
Phorbas,
Ismene & le Choeur:
Fleuves affreux, qui par vos noirs torrents
Défendez le retour des Royaumes funebres,
Par les Manes plaintifs sur vos rives errants,
Par vos éternelles ténébres,
Par les serments des Dieux, dont vous êtes
garants,
Ecoutez-nous, Dieux redoutables;
Que nos voeux, que nos cris vous trouvent favorables
!
[les
Magiciens & les Magiciennes continuënt leurs
Cérémonies]
Phorbas:
Nos voeux sont écoûtez dans les Royaumes
sombres,
Chantons, chantons le Dieu des Ombres.
Le
Choeur:
Que son terrible nom soit par tout
célébré;
Tremblez, Mortels, tremblez sous son pouvoir
extrême:
Qu'il soit plus craint, plus révéré
Que celuy de Jupiter même.
[les
Magiciens & les Magiciennes témoignent par de
nouvelles Danses keur joye de ce que l'Enfer les
écoute]
Phorbas,
dans l'antousiasme:
Une fureur soudaine a saisi mes esprits;
Respectez les transports qui de mon ame s'empare:
L'Avenir se dévoile à mes regards surpris,
Le secret du Sort se déclare.
Que
vois-je ! où suis-je ! ô Ciel ! quelq
effroyables cris !
[à
Ceix]
Infortuné,
tu pers l'Objet que tu cheris
Rien ne fléchit la Parque trop barbare:
Où t'entraîne l'amour ? arreste... tu
peris.
Ceix:
Qu'entends-je ! quel funeste Oracle !
Phorbas:
Hâte-toy, cours chercher du secours à
Claros,
Apollons à ton sort, peut encor mettre obstacle;
Il n'est permis qu'à luy d'assurer ton
repos.
Ceix:
Dieu puissant, sauve au moins la Princesse que
j'aime.
Phorbas:
Pars, & cours l'implorer pour elle, & pour
toy-même.
[Ceix
sort]
Phorbas,
à Ismene:
J'ay vû son sort; son départ va hâter
Les malheurs qu'il croit éviter.
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de page

|
Le
Theâtre represente le Port de Trachines, & un
Vaisseau prest à partir
|
|
Pelée:
Vaste Empire, où les vents exercent leurs
ravages,
Tu n'es pas le plus dangereux.
Tu vois
dans l'horreur des naufrages,
Expirer mille malheureux:
Helas ! dans les coeurs amoureux,
L'Amour éleve encor de plus cruels orages,
Son calme est plus trompeur, son couroux plus
affreux.
Vaste
Empire, où les vents exercent leurs ravages,
Tu n'es pas le plus dangereux.
|
|
Phorbas:
L'Amour vient de vous faire une faveur nouvelle,
Vous verrez Alcione à vos voeux moins rebelle,
J'écarte le Rival dont son coeur est
charmé.
Pelée:
Helas ! pour être éloigné d'elle,
Il n'en sera que plus aimé.
L'Absence
d'un Rival flate peu mes desirs,
Rien ne rendra mon sort moins déplorable,
Les Maux de ce Rival m'arrachent des soupirs;
Je ne puis à la fois être heureux, &
coupable.
Non, pour
un coeur que le remord accaple,
Les faveurs de l'Amour ne sont plus des plaisirs.
[l'on
entend un bruit de feste Marine]
Phorbas:
Contraignez-vous, on vient. Cette troupe s'appreste
Pour conduire Ceix au Temple de Claros,
Et vient icy par une feste,
Implorer la faveur du Souverain des Flots.
|
Scene
3
Pelée, le Chef des Matelots, Troupe
de Matelots
|
|
Le
Choeur:
Regnez, Zephirsz, regnez sur la lliquide plaine;
Qu'en ses prisons Eole enchaîne
Les terribles Tyrans des airs !
[on
danse]
Un
Matelot:
Amants malheureux,
Si mille écüeils fâcheux
Troublent vos voeux,
Le desespoir et le plus dangereux.
Quelque
vent qui gronde,
L'Amour calme l'onde:
Peut-on garder l'espoir,
Quand on connoît son pouvoir ?
[on
danse]
Une
Matelote:
Pourquoy craignons-nous
Que l'amour ne nous engage ?
Si c'est un orage,
Le calme est moins doux.
Suivons
nos desirs:
Après quelques soupirs,
On arrive qu'aux plaisirs.
Pourquoy perdre un jour ?
Mettons à la voile,
Nous avons pour étoile,
Le flambeau de l'Amour.
[on
danse]
[les
Matelots montent sur les Vaisseaux]
|
Scene
4
Pelée, Alcione, Ceix
|
|
Alcione:
Quoy ! les soupirs & les pleurs d'Alcione
Ne pourrons-ils vous arrester ?
Vous partez !
Ceix:
L'Amour me pardonne.
Alcione:
Quoy ! vous m'aimez, & vous m'allez quitter ?
Ceix:
Je tremble pour vos jours, & mon unique envie
Est d'écarter les maux qu'on m'a fait
redouter.
Alcione:
Helas ! vous trembler pour ma vie;
Et par
vôtre départ, vous allez me
l'ôter.
Mon coeur
à chaque instant vous croira la victime
Des flots & des vents en couroux:
Je connois l'ardeur qui m'anime;
Je mourray des dangers que je craindray pour
vous.
Ceix:
Ah ! plus dans cet amour mon coeur trouve de charmes,
Et plus je sens pour vous redoubler mes frayeurs:
Laissez-moy sur vos jours dissiper mes allarmes,
Et ne craignez pour moy que vos propres malheurs.
Alcione:
Consentez donc que je vous suive.
Si je cesse de voir l'Objet de mon amour,
Comment voulez-vous que je vive ?
Ceix:
Vivez avec l'espoir d'un doux & prompt
retour.
Alcione:
Vous partez donc, Cruel ! Dieux, je fremis, je tremble:
Est-ce ainsi qu'à mes pleurs s'attendrit un
Epoux:
Laissez-moy, par pitié, m'exposer avec vous;
Du moins, s'il faut souffrir, nous souffrirons
ensemble.
Ceix:
Quoy ! je pourrois offrir au Sort
Ce moyen d'attenter à votre belle vie ?
Au nom des Dieux, perdez cette barbare envie.
Alcione:
Au nom de mon amour, ne hâtez point ma
mort.
Ceix:
Amour infortuné !
Alcione:
Tendresse déplorable !
Ensemble:
Qu'est de venu l'espoir qui séduisoit nos coeurs
?
Ceix:
Dieux cruels !
Alcione:
Ciel impitoyable !
Ensemble:
Ah ! deviez-vous troubler de si tendres ardeurs ?
Ceix,
à Pelée:
Approche, cher Amy; tu vois qu'un sort barbare
De l'Objet de mes voeux aujourd'huy me sépare.
Je confie en tes mains ce dépôt
precieux.
Alcione:
Vous me desesperez !
Ceix,
à Pelée:
Console ce que j'aime.
Flate son coeur tremblant, de la faveur des Dieux,
Et parle-luy sur tout de mon amour extrême.
Adieu,
chere Alcione.
Alcione:
O funestes Adieux !
Vous m'abandonnez ?
Ceix:
Dans ces lieux,
Je vous laisse un autre moy-même.
[à
Pelée]
Pren soin
d'adoucir ses tourments.
Je t'en conjure encor par mes embrassements.
[Ceix
monte sur le Vaisseau, & part]
|
|
Alcione:
Il fuit... Il craint mes pleurs, ah ! cher Epoux,
arreste...
Ciel ! il ne m'entend plus, son vaisseau fend les mers.
Neptune, écarte la tempeste,
Toy, mon Pere, retien tous les Vents dans les
fers.
Helas ! de
ce vaisseau que la fuite est soudaine !
Que son éloignement irrite mes douleurs !
Déja mes yeux l'apperçoivent à
peine;
Je cesse de le voir... je meurs.
[elle
tombe évanoüie]
Pelée:
Que vois-je ? de ses sens elle a perdu l'usage.
Dieux ! n'est-ce pas assez d'avoir vû son amour ?
Me condamneriez-vous à souffrir davantage ?
Dois-je luy voir perdre le jour ?
Alcione, Alcione !... en vain ma voix l'appelle.
Alcione !... mes soins ne peuvent rien pour elle !
O trop heureux Rival, revien la secourir:
Revien, quand je devrois mourir.
Alcione !
Alcione,
reprenant ses sens, coyant entre Ceix:
Ceix !
Pelée:
Ah ! vous croyez encore
Entendre cette voix si chere à vôtre amour
!
Alcione:
Je ne l'entends donc plus cet Amant que j'adore,
Eh ! pourquoy donc me rappeller au jour ?
Pelée
& Alcione:
Que j'éprouve un supplice horrible !
Ciel ! ne nous donnez-vous
Un coeur tendre, & sensible
Que pour le mieux percer de vos funestes coups ?
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|
Le
Theâtre represente le Temple de Junon
|
Scene
premiere
Alcione, Doris
|
|
Alcione:
Amour, cruel Amour, soy touché de mes peines,
Ecoûte mes soupirs, & voy couler mes pleurs.
Depuis que je suis dans tes chaînes,
Tu m'as fait éprouver les plus affreux malheurs;
Le départ d'un Amant a comblé mes
douleurs;
Mais, malgré tant de maux, si tu me le ramenes,
Je te pardonne tes rigueurs.
Amour,
cruel Amour, soy touché de mes peines,
Ecoûte mes soupirs, & voy couler mes
pleurs.
Doris:
A servir vos voeux tout s'empresse;
Je vois avec sa suite, approcher la Prestresse.
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Scene
2
Alcione Doris, Céphise, La Prestresse de Junon,
& la Suite de la Prestresse,
le Sommeil & les Songes
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La
Prestresse:
O Toy, qui de l'hymen défends les sacrez noeuds,
O Junon, puissante Déesse;
Recoy nôtre encens, & nos voeux;
Et que jusqu'à ton trône ils s'élevent
sans cesse.
Le
Choeur:
O Toy, qui de l'hymen défends les sacrez noeuds,
O Junon, puissante Déesse;
Recoy nôtre encens, & nos voeux;
Et que jusqu'à ton trône ils s'élevent
sans cesse.
[les
Prestresses dansent autour de l'Autel, & y jettent
l'encens dans le feu]
La
Prestresse:
Reine des Dieux, exauce nos souhaits,
Alcione aujourd'huy t'implore;
Daigne assurer les jours d'un Epoux qu'elle
adore.
Le
Choeur:
Reine des Dieux, exauce nos souhaits.
La
Prestresse:
Commence leurs plaisirs, & termine leurs peines:
Aux maux qu'ils ont soufferts, égale tes
bienfaits;
Unis des plus aimables chaînes,
Qu'ils joüissent par toy d'une éternelle
paix.
Le
Choeur:
Reine des Dieux, exauce nos souhaits.
[on
entend une Symphonie fort douce]
Le
Choeur:
Quelq Sont charmants ! Un Dieu dans ces lieux va se
rendre.
Alcione:
Le Sommeil semble icy verser tous ses pavôts:
Ma douleur ne peut m'en défendre.
Le
Choeur:
Cédez aux charmes du repos.
Alcione,
s'assied sur les degrez de l'Autel:
Un Dieu même me force à m'en laisser
surprendre.
Le
Choeur:
Cédez aux charmes du repos.
[Le
Sommeil, accompagné des Songes, paroît sur un
lit de pavôts, environné de
vapeurs]
Le
Sommeil, aux Prestresses:
Eloignez-vous, & laissez Alcione;
Je vais executer ce que Junon m'ordonne.
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Scene
3
Alcione, le Sommeil & les Songes
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Le
Sommeil:
Volez, Songes, volez; faites-luy voir l'orage
Qui dans ce même instant luy ravit son Epoux.
De l'onde soulevée, imitez le couroux,
Et des vents dechaînez, l'impitoyable rage.
Toy, qui
sçais des Mortels emprunter tous les traits,
Morphée, a ses esprits offre une vaine image;
Presente-luy Ceix dans l'horreur du naufrage,
Et qu'elle entendre ses regrets.
Qu'en luy
montrant son sort, ce songe affreux l'engage
A ne plus perdre icy ses voeux, & son
hommage.
[les
Songes volent des deux côtez du Theâtre, dont le
fond se change en une Mer orageuse, où un Vaisseau
fait naufrage: les Songes prennent la forme des Matelots qui
perissent, ou qui pour se sauver, s'attachent à des
débris ou à des rochers. Morphée
paroît avec eux sous la figure de
Ceix]
Le Choeur
des Matelots:
Ciel ! ô Ciel ! quelle affreux orage !
Rien ne peut plus nous secourir.
Ah ! quel desespoir ! quelle rage !
Malheureux ! nous allons perir.
Morphée:
Ah ! Je vous perds, chere Alcione:
Helas ! qu'allez-vous devenir ?
Le
Choeur:
La Mer est en fureur, l'Air mugit, le Ciel tonne !
Grands Dieux ! quelles frayeurs ! ô Mort, vien les
finir.
Morphée:
Ah ! Je vous perds, chere Alcione !
Le
Choeur:
Malheureux ! nous perissons tous !
[la
Mer disparoît, & l'on voit le Temple de
Junon]
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Alcione,
s'éveillant en sursaut:
Où suis-je, & qu'ay-je vû ! je perds ce que
j'adore,
Tous les Vents à mes yeux ont soulevé les
Mers,
Ceix est englouti sous les flots entr'ouverts.
Je l'ay
vû, je le vois encore !
Déesse,
c'est donc toy qui m'offre cette image,
Tu viens m'avertir de mon sort;
Eh bien ! pour prix de mon hommage
Acheve, donne-moy la mort.
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haut
de page

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Le
Theâtre, couvert des ombres de la nuit,
représente un endroit des Jardins de Ceix,
terminé par la Mer
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Pelée:
O Nuit, redouble tes tenebres;
Délivre mes regards des horreurs que je voy.
L'Ombre de mon Amy s'éleve contre moy:
JE voy couler ses pleurs; j'entends ses cris funebres.
Helas ! mon crime même est mon plus grand effroy.
O Nuit, redouble tes tenebres;
Délivre mes regards des horreurs que je
voy.
Qu'ay-je
fais malheureux ! quelle est ma barbarie !
De tout ce que j'aimois, j'ay causé le malheur.
C'est du flambeau d'une Furie,
Que l'Amour s'est servy pour embrâser mon
coeur.
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Scene
2
Pelée, Alcione, Céphise
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Alcione:
Barbares, laissez-moy; vôtre pitié
m'offense,
Vous m'arrâcher des mains le poison, & le fer;
Laissez-moy, qu'à l'aspect de la cruelle Mer,
J'aille chercher la mort, mon unique esperance.
Pelée:
Non, non, n'en croyez point cet aveugle transport:
Moderez, Alcione, une douleur trop vive.
Souffrez encor le jour.
Alcione:
Helas ! Ceix est mort !
Voulez-vous qu'Alcione vive ?
Pelée:
Le plus sacré devoir vous y doit engager:
Vivez, vivez pour le venger.
Alcione:
Et de qui le venger ? c'est le Ciel qui
l'opprime.
Pelée:
Non, je sçay qu'un perfide a causé son
malheur.
Son Ombre errante icy, demande une victime.
Je vous livre l'Auteur de son crime,
Si vous me répondez de luy percer le
coeur.
Alcione:
Fiez vous-en à ma douleur.
Ombre de mon Epoux, c'est par toy que je jure.
Quel serment plus sacré pour moy !
De tes Mânes plaintifs appaise le murmure;
Je brûle de verser le sang que je te doy.
Ombre de
mon Epoux, c'est par toy que je jure.
Quel serment plus sacré pour moy !
Redoutez-vous
encor une pitié timide ?elée:
Eh bien ! prenez ce fer, & frappez le
Perfide.
Alcione:
Vous !
Pelée:
Malgré-moy, j'adorois vos appas.
Un
malheureux amour avoit séduit mon ame;
Et malgré-moy, Phorbas a servy cette flâme.
C'est luy qui de Ceix a causé le
trépas.
Frappez,
frappez; percez ce coeur qui vous adore;
C'est l'unique faveur que mon amour implore.
Alcione,
arrachant l'épée de Pelée:
Eh bien ! si vous m'aimez, ma mort va vous punir.
Céphise,
la désarmant:
Arrêtez, arrêtez.
Alcione:
Pourquoy me retenir ?
Alcione
& Pelée:
Contentez ma plus chere envie;
Dieux, l'ancez vôtre foudre, & terminez mon
sort.
Helas ! je deteste la vie,
Et ne puis obtenir la mort.
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Scene
3
Phosphore, dans son étoile, Pelée, Alcione,
Céphise, Doris
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Pelée:
Quel Dieu icy descend ? Quel Astre nous éclaire
?
Alcione:
Du malheureux Ceix, je reconnois le Pere.
Phosphore,
à Alcione:
Ce que le sort m'apprend doit calmer tes allarmes;
Alcione, le Ciel va te rendre mon Fils;
Aujourd'huy, pour le prix de tes larmes,
Vous devez sur ces bords être à jamais
unis.
[Phosphore
remonte au Ciel, & les ombres de la nuit se
dissipent]
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Scene
4
Pelée, Alcione, Céphise, Doris
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Alcione:
Qu'ay-je entendu ? grands Dieux ! croiray-je cet Oracle
?
Pelée:
L'Hymen, pour vous unir n'attend plus que ce jour.
Vous allez être heureux, & ce cruel spectacle
Va me punir de mon amour.
Mais non,
ne voyons plus des lieux où l'on m'abhorre.
Fuyons: pardonnez-moy le feu qui me dévore,
Je vais loin de vos yeux expier mes desirs;
Je vais percer ce Coeur qui vous adore,
Et je meurs: trop heureux encore
Si le Ciel à mes maux égale vos
plaisirs.
[il
sort]
Alcione:
C'est l'Amy de Ceix; Ciel ! pour luy je
t'implore.
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Scene
5
Alcione, Céphise, Doris
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Alcione:
Regnez, Aurore, à Vôtre tour;
Des cieux qu'elle a Voilez, chassez la nuit affreuse;
Hâtez-vous d'amener le jour
Qui doit me rendre heureuse.
Je Vois
dans ces Jardins mille riantes fleurs;
Eclore de vos larmes;
Et c'est ainsi que, de mes pleurs,
L'Amour Va faire naître un bonheur plein de
charmes.
Regnez,
Aurore, à Vôtre tour;
Des cieux qu'elle a Voilez, chassez la nuit affreuse;
Hâtez-vous d'amener le jour
Qui doit me rendre heureuse.
[l'Aurore
éclaire enfin tout le Theâtre, & laisse
voir Ceix, que les flots ont poussé sur un
gazon]
Alcione:
Mais, quel funeste objet a frapé mes regards !
Quel est ce Mlaheureux, Victime du naufrage !
Vous courriez les mêmes hazards,
Cher Epoux, mais les Dieux ont détourné
l'orage.
[elle
approche, & reconnoît Ceix]
Ciel ! que
Vois-je ? c'est luy !
[elle
tombe entre les bras de ses Confidentes]
Céphise
& Doris:
Que devient-elle, helas !
Ses maux vont luy coûter la vie.
Alcione:
Non, ma douleur encor ne me l'a pas ravie:
Par pitié, hâtez mon trépas.
Est-ce
là ce bonheur que je devois attendre,
Et dont les Dieux m'étoient garands ?
Vous me rendez Ceix, ah ! barbares Tyrans,
Dieux cruels, est-ce ainsi qu'il falloit me le rendre
?
Vous
plaisez-vous aux maux des fidelles Amants ?
Quel trouble !... ma raison s'égare:
Je me crois descenduë aux rives du Tenare;
Vien, chere Ombre... joüy de mes embrassements:
Helas ! Egarement funeste !
Mon coeur respire encor, malgré tous ses
tourments.
Je vis, & d'un Epoux, voilà le triste reste
!
MAis, que
vois-je !... ah ! je touche à mes derniers moments
!...
[elle
prend l'épée de Ceix, & s'en
frappe]
Céphise
& Doris:
Ciel !
Alcione:
C'en est fait, je ne crains plus d'obstacle,
L'Amour a pour jamais disposé de mon sort;
Le Ciel n'a pas envain prononcé son Oracle:
Nous voilà, cher Epoux, réünis par la
mort.
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Scene
6
Neptune sort de la Mer, avec toute sa Cour
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Neptune:
Je viens vous affranchir de la Parque cruelle,
Vivez, heureux Amants, d'une vie immortelle,
Rien ne peut plus vous separer;
Les Dieux, touchez d'une flâme si belle,
N'ont permis vos malheurs, que pour les reparer.
Vous chasserez les vents de l'empire de l'Onde,
Et vous rendrez le calme à mes flots
soulevez.
Les
Alcions naissants vont être aux yeux du monde,
Un gage du pouvoir que vous en recevez.
[Ceix
& Alcione revivent; des Alcions naissent du sang
d'Alcione, & vont se placer sur le Trône de
Neptune]
Du
coupable Phorbas j'ay terminé les jours:
Il n'est plus sur ces bords, qu'une Roche effrayante;
Des Matelots tremblants, il sera l'épouvante,
Et vous en serez le secours.
Alcione:
Quoy ! je revois Ceix !
Ceix:
Je revois Alcione.
Neptune:
Aimez-vous, aimez-vous toûjours.
Alcione
& Ceix:
L'immortalité qu'on nous donne
Doit éterniser nos amours.
Neptune:
Aimez-vous, aimez-vous toûjours.
Alcione
& Ceix:
Aimons-nous, aimons-nous toûjours.
Neptune:
Chantez, chantez, Divinitez de l'Onde,
Formez mille concerts charmants;
Que vos voix annoncent au monde
Le Triomphe de ces Amants.
[les
Dieux de la Mer célébrent l'Apotheose de Ceix
&d'Alcione]
Le
Choeur:
Chantons, qu'à nos chants tout réponde,
Formons mille concerts charmants;
Que nos voix annoncent au monde
Le Triomphe de ces Amants.
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