Ajax
Tragédie
en Musique en un Prologue & V Actes
livret
de Ménesson
musique
de:
Toussaint
Bertin de la Doué
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Scene
premiere
Un Berger, une Bergere
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Duo:
Hastez-vous, Bergers, hastez-vous,
Venez, venez, accourez tous:
Palés dans ces lieux va se rendre:
De sa bonté vous devez tout attendre.
Hastez-vous,
&c.
La
Bergere:
Le doux Printems a chassé les frimats,
Zephire & Flore
Ont déja fait éclore
Mille fleurs sous nos pas;
Et les Oiseaux sous les naissans feüillages
Des Forêts d'alentour,
Nous annoncent le plus beau jour
Par leurs tendres ramages.
Duo:
Hastez-vous, &c.
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Scene
2
Un Berger, une Bergere, Troupe de Bergers & de
Bergeres
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Le
Choeur:
Hastons-nous, Bergers, hastons-nous,
Palés dans ces lieux va se rendre:
De sa bonté nous devons tout attendre.
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Scene
3
Palés & sa Suite, Bergers &
Bergeres
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Palés,
aux Bergers:
Ne craignez plus dans ce charmant séjour,
Le bruit éclatant des trompettes:
Les échos seuls vont répondre à leur
tour,
Aux sons de vos tendres Musettes
La
Bergere:
Les plaisirs dans ce Bocage
Désormais suivront nos voeux:
Quand un coeur ici s'engage,
L'Amour sçait le rendre heureux.
C'est pour le Printems de l'âge
Que sont faits les ris, les jeux.
L'Onde
coulant dans la plaine,
Par mille secrets détours,
Quit le penchant qui l'entraîne,
Et rien n'arrête son cour.
Suivons l'amour qui nous mene,
Profitons de nos beaux jours.
Palés:
Quel bruit ici se fait entendre ?
C'est Diane & sa Cour qui viennent nous
surprendre.
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Scene
4
Diane & sa Suite, Palés & sa Suite, Bergers
& Bergeres
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Diane, aux
Bergers:
Par de nobles chants, dans cet azile heureux,
Celebrez le retour d'un bonheur si tranquile.
Sous un Heros naissant, dont les pas sont conduits
Par la Sagesse & la Prudence,
Vous allez voir regner la paix & l'abondance,
Dont vous goutez les premiers fruits.
Pour
joüir d'un bonheur durable,
Fuyez l'Amour ce tyran redouté:
De tous les biens on perd le plus aimable
Lors que l'on perd la liberté.
Loin de ces paisibles retraites,
Sur d'autres coeurs, Amour, lance tes traits.
Inspire d'ailleurs tes ardeurs inquietes:
Vole, laisse ces lieux en paix.
Diane
& Palés:
Tout est tranquile sur la Terre,
Chantez, celebrez le Héros
Qui fait regner un doux repos
Où l'on voyoit regner les fureurs de la
guerre.
Le
Choeur:
Tout est tranquile sur la Terre,
Chantez, celebrez le Héros
Qui fait regner un doux repos
Où l'on voyoit regner les fureurs de la
guerre.
Diane, aux
bergers:
Suivez-moi. Dans les jeux que ma Cour me
préprare,
Le sort fatal d'Ajax se retrace en ce jour:
Vous y verrez les fureurs où s'égare
Un coeur qui se livre à l'Amour.
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haut
de page

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Ajax:
Amour, redoutable vainqueur,
Applaudis-toi de ta victoire:
Aprés avoir triomphé de mon coeur,
Rien ne manque plus à ta gloire.
Nourri dans l'horreur des combats,
Ajax ne trouvoir des appas
Que dans le trouble & les allarmes.
Quel changement ! Que dira l'Univers ?
Ajax soûpire, il gémit dans tes fers,
Lui qui bravoit le pouvoir de tes armes.
Amour,
&c.
Pour
dérober Cassandre aux regards curieux
Des Princes de la Gréce,
Par mes ordres Arbas l'a conduite en ces lieux:
Lui-même ignore ma tendresse;
Mais il paroît...
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Arbas:
Quoy ! Vous à Tenedos,
Seigneur, malgré l'affreux orage
Où les vents cette nuit ont signalé leur
rage,
Qui vous a pû contraindre à traverser les flots
?
Ajax:
L'Amour...
Arbas:
L'Amour ! Aimeriés-vous Cassandre ?
Ajax:
J'en rougis: Mais, quel coeur auroit pû s'en
défendre ?
Rappelle-toi l'horreur de cette affreuse nuit
Où le Troyen d'un vain espoir seduit,
Trouva dans Ilion la mort, ou l'esclavage.
Attiré par les cris, le meurtre & le carnage,
Je volai tout sanglant au Temple de Pallas:
Quel spectacle , grands Dieux ! j'apperçûs la
Princesse,
Eperduë & mourante aux pied s de la
Déesse.
Qu'en ce funeste état je lui trouvai d'appas !
Ou plutôt, que j'eus de foiblesse !
Un seul regard de ses beaux yeux en pleurs,
Désarma toutes mes fureurs.
Hélas ! qui l'eût pû croire ?
L'Amour avoit marqué ces momens pleins d'horreur
Pour ma défaite & pour sa gloire.
Arbas:
Seigneur, ignorez-vous que le Prince de Thrace,
Par le choix de Priam, doit être son époux
?
Qu'il est l'Amant aimé ?...
Ajax:
Tout a changé de face,
Corebe est tombé sous mes coups:
Le sort a trahi son audace.
Arbas:
Cassandre vient...
Ajax:
Arbas, retirons-nous.
Pour calmer, si'il se peut, la douleur qui la presse,
Rassemblons les Troyens captifs dans ce séjour:
Je veux briser leurs fers aux yeux de la Princesse;
Qu'ils viennent dans ces lieux montrer leur allegresse,
Et de leur liberté rendre grace à
l'Amour.
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Cassandre,
regardant les ruines de Troyes:
Lieux desolez, objet triste & funeste,
Hélas ! dans mes cruels malheurs,
Le seul bien qui me reste
Est de vous voir & de verser des pleurs.
Ilio, tu
n'es plus qu'un vain morceau de cendre;
Tes Palais renversez, & tes Temples détruits,
Sont d'un fatal amour les déplorables fruits:
Que de sang il a fait répandre !
Par lui mon Pere est au tombeau,
Mes Freres ne sont plus, & l'Amant le plus tendre,
Corebe en voulant nous défendre,
A vû de ses beaux jours éteindre le
flambeau.
Lieux
desolez, &c.
J'ai
prédit mille fois le destin déplorable
Qui conduisoit les Troyens au trépas;
Mais animés d'une haine implacable,
Les cruels ne m'écoutoient pas.
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Ajax:
C'est trop entretenir cette sombre tristesse.
Si vous avés du sort éprouvé les
revers:
Je vous aime, belle Princesse,
Et veux les réparer aux yeux de l'Univers.
Cassandre,
à part:
O Ciel !...
Ajax:
Mon ardeur pour la gloire
M'a fait voler dans ces climats.
Dans les périls, dans les combats,
Je me suis fait un nom d'éternelle
mémoire:
Mais dequoi m'ont servi tant d'exploits glorieux ?
Les pleurs qu'il en coûte à vos yeux
Me font moins aimer la victoire.
Cassandre:
La victoire ! grands Dieux ! peut-on donner ce nom
Aux malheurs qu'ont causé la fureur & la rage
?
Eh ! que vous avoit fait notre triste Ilion,
Pour le remplir d'horreur & de carnage ?
[elle
lui montre les ruines de Troye]
A cet
objet, qui fait frémir d'effroi,
Cruel, reconnois ton ouvrage.
Ajax:
Telle étoit du destin l'irrévocable loi.
Mais envain sa rigueur vous livre à l'esclavage,
J'entrepris de vous secourir.
J'ai malgré ses arrêts, un Trône à
vous offrir,
Souffrés qu'Ajax avec vous le partage.
Cassandre:
O CIel ! tu mets enfin le comble à mes malheurs
!
C'étoit trop peu d'avoir dans ta colere,
Détruit & renversé l'Empire de mon
Pere,
J'au vû couler son sang avec mes pleurs.
Faut-il qu'Ajax, la main encor fumante
De celui de Corebe, à mes yeux se presente ?
Ah ! c'en est trop, injustes Dieux,
Ma mort trompera son attente,
Et sçaura m'affranchir d'un hymen odieux...
Qu'entens-je ?... Quels concerts ?...
Ah ! fuyons ces lieux.
Ajax,
l'arrêtant:
Demeurés, Inhumaine,
De vos Troyens voyés briser les fers;
Que leur bonheur du moins suspende votre haine.
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Scene
5
Cassandre, Ajax, et leur Suite
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Ajax, aux
Troyens:
Chantez, celebrez votre Reine,
Rendez hommage à sa beauté:
Elle a brisé votre chaîne,
Vous lui devez la liberté.
Le
Choeur:
Chantons, celebrons notre Reine,
Rendons hommage à sa beauté:
Elle a brisé notre chaîne,
Nous lui devons la liberté.
Un Grec,
alternativement avec le Choeur:
Heureux les coeurs qu'Amour blesse;
Les maux, les pleurs, & les soupirs,
Tout charme dans la tendresse,
Sans elle il n'est point de plaisirs.
Le
Choeur:
Heureux les coeurs, &c.
Le
Grec:
Ce Dieu sçait, aprés mille allarmes,
D'un tendre Amant payer les larmes,
Et combler les plus ardents desirs.
Le
Choeur:
Heureux les coeurs, &c.
Le
Grec:
Insensibles coeurs,
Songez à vous rendre:
Pourquoi vous défendre
Des tendres ardeurs ?
Le
Choeur:
Heureux les coeurs, &c.
Une
Grecque:
Aussi leger que l'inconstant Eole,
Le tems, fieres Beautez, qui détruit vos
attraits,
Incessamment fuit & s'envole,
Et ne revient jamais.
Aussi
leger, &c.
Profitez,
jeunes coeurs, de la saison charmante
Où tout doit rire à vos desirs;
C'est dans la jeunesse brillante
Que doivent regner les plaisirs.
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Arbas:
Seigneur, Ulisse est sur ces bords,
Envoyés par les Grecs...
Ajax:
Ciel ! Que viens-tu m'apprendre ?
Ulisse ! en veut-il à Cassandre ?...
Loin de contraindre mes transports,
J'oppoerai la force & l'artifice.
Ah ! si l'on veut m'ôter l'objet de mon amour,
Il fait qu'on m'arrache le jour.
[à
Cassandre]
J'éprouve
ne vous quittant le plus cruel suplice;
Mais Ulisse m'attend, je ne puis differer:
Votre interêt, ma gloire, tout m'en presse.
Songés, belle Princesse,
Que mon amour peut réparer
Les maux que vous a fait la Gréce !
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Cassandre:
Dieux qui veillez encore pour nous,
Faites sentir aux Grecs votre fatal courroux;
Hâtez-vous de servir ma haine,
Jettez le trouble dans leurs coeurs;
Que l'Enfer se déchaîne:
Errans & vangabonds, sue la liquide plaine,
Des fiers tyrans des airs qu'ils sentent les fureurs;
Que leurs maux, s'il se peut, égalent nos
malheurs.
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