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Il Sant'Alessio
Drame musical en I Prologue & III Actes

livret de Giulio Rospigliosi

musique de: Stefano Landi

Prologue
Acte I
Acte II
Acte III
 

 

 

PROLOGUE

Rome, sur un amas de dépouilles, entourée de plusieurs esclaves, après avoir entendu le panégyrique de Son Altesse Sérénissime le Prince Alexandre Charles de Pologne et l'expression des réjouissances publiques à l'occasion de sa venue, décide de lui faire représenter l'histoire de saint Alexis, lequel, parmi ses concitoyens, ne fut pas moins célèbre en gloire de sainteté que bien d'autres dans celle des ormes. Et pour montrer que, plus que tout outre empire, elle ambitionne d'être Reine des cœurs, elle ordonne que les susdits esclaves soient libérés de leurs chaînes.

Au lever du rideau, on découvre Rome dans un Théâtre, un trône fait d'armes et de bannières diverses, et à ses pieds un chœur d'Esclaves, qui chantent les vers qui suivent.


Sinfonia

Le Chœur des Esclaves

Quel jour clair l'heureux sort nous amène !
Une lumière neuve
Resplendit aujourd'hui sur les rives du Tibre,
Ces feux d'artifice, ces illuminations
Sont en l'honneur d'Alexandre,
Qui répand sur tous les rivages
Son nom sublime et son glorieux éclat.


Ritournelle
[on répète cette ritournelle jusqu'à ce que Rome, descendue de son Trône, commence à chanter]

Rome:
Je suis Rome, moi dont le trône
S'est orné, sur le Capitale,
De triomphes et de butins.
Moi, qui, du pied de mes héros fameux,
Ai foulé autrefois les champs mauritaniens
Et les rivages de l'Aurore.

Ritournelle

Rome:
Mes Fils ne furent pas seulement
Glorieux dans les travaux
Des armes, et les dangers
Beaucoup ont accompli de plus nobles exploits
Sur les traces du Christ
Pour le gain éternel d'un Royaume plus stable.

Ritournelle

Rome:
Et parmi ceux que le Ciel accueillit
Pour leur valeur si grande,
La gloire d'Alexis retentit,
Lui qui, caché dans la maison paternelle,
Y demeura, humble et modeste,
Tant ignoré d'autrui que conscient de soi-même.

Ritournelle

Rome:
Tout près des splendeurs et du luxe,
Il dédaigna tout ce que l'on envie
Aux palais fastueux:
Et son inébranlable fermeté n'eut de cesse
Qu'il n'eût donné au monde ces exemples
Hauts et rares de constance et d'humilité.

Ritournelle

Rome:
C'est ce qu'aujourd'hui Hippocrène
En concert musical,
Vient vous conter sur ce théâtre:
Et les âpres tourments de ses parents,
Avec leurs tristes accents,
Baigneront de larmes bien des joues.

Ritournelle

Le Chœur des Esclaves

Autrefois, en Guerrière orgueilleuse,
Tu domptas nos poitrines.
Aujourd'hui, consacrée au Christ,
Déployant de la Croix la grande bannière,
Maîtresse d'un tranquille Empire,
Encensée de mille vœux joyeux,
Tu es la Reine de nos cœurs fidèles.

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ACTE I

Scène 1
Euphémien, Adraste

Euphémien, sénateur romain, et père de saint Alexis, rencontrant Adraste, chevalier romain revenu récemment de guerre, se réjouit de son retour puis, amené à parler d'Alexis, se met à en raconter la disparition, bien des années plus tôt; et tandis qu'il se lamente d'un tel malheur, il est affectueusement plaint et consolé par Adraste.

Euphémien:
Enfin, après tant d'années,
Tu nous es donc rendu, Adraste,
Et dons le pays de tes pères
Tu viens porter tes pas avec grand faste;
Chargé de mille palmes et de triomphes
Tu nous reviens enfin victorieux
Et mon cœur en fête aujourd'hui t'accueille
Puisse le Ciel ainsi seconder tous tes vœux.

Adraste:
Ces marques d'affection et ces souhaits,
Mon amour les mérite; et c'est pourquoi j'éprouve
À te revoir mon bonheur le plus grand.
Mais au même moment, mon cœur se trouble
A ne pas retrouver près de toi,
Pour ma peine cruelle,
Ton bien aimé fils Alexis,
De tous mes Compagnons le plus fidèle.

Euphémien:
Oh souvenir amer ! Non, le Ciel ne veut pas
Qu'au soir de ma vie
Je puisse consoler mes peines
Auprès de mon fils bien-aimé.
Ainsi, je pleure mes malheurs
Et ne réclame, à tout instant,
S'il n'est pas d'autre terme à ma souffrance,
Que la mort, pour qu'elle vienne
Porter remède à ma douleur.

Adraste:
A cœur généreux,
Courageux Euphémien, la valeur
Ne fait jamais défaut au milieu des malheurs:
Mieux même, il se renforce
Dans les tribulations humaines.
Et s'il est vrai qu'au sein des plus grandes douleurs
Le vent léger de l'espérance
Peut assécher les larmes et raffermir le cœur,
Que ton esprit soucieux
Maintenant se rassure:
Je t'apporte, en effet, des nouvelles d'espoir.
Alors qu'en Orient
Le noble amour des armes retenait mes pas,
Il m'arriva de rencontrer
Tes Serviteurs fidèles,
Qui, ne négligeant aucun avis, aucune ruse,
Cherchaient partout avec zèle
Où pouvait se cacher ton fils perdu
J'appris alors, et la rumeur n'était pas vaine,
Qu'un pèlerin dévot,
Comblé des grâces du Ciel,
Animé d'un saint zèle,
Était venu d'une terre lointaine,
Pour voir la Palestine; et peut-être
Cet homme était-il Alexis, incognito.
Comme II était soudain parti,
Tes envoyés le suivirent,
Espérant, où qu'ils puissent sen approcher,
Que bientôt, sur ces rivages
Il révèle la vérité si chère au ciel.
Mais inouï, et bien étrange assurément
Fut le projet d'Alexis;
Et l'on ne peut comprendre quel souci, quel dessein
L'ont appelé vers ce lointain chemin
Depuis la maison paternelle.

Euphémien:
C'est simple, Adraste, son départ
Si soudain, inouï,
Fut seulement pour mon martyre;
Je ne trouve pas d'autre cause à son départ.
C'était la nuit, ah, cette nuit fatale,
Où j'espérais le voir lié
Par le mariage.
Mais lui, (ah mon Fils!), décidé à partir,
Sans se soucier de la foi jurée,
S'en alla en secret porter ses pas au loin,
Et, dans l'obscurité complice de sa fuite,
Le flambeau d'Hyménée
Ne put le découvrir.

[...]

Adraste:
Que le ciel pitoyable apaise tes douleurs !
Dans un pareil tourment
Tes cheveux blancs
Méritent bien de la pitié.
Dieu te donnera le réconfort
Et j'espère qu'avant longtemps
Il saura mettre un terme à nos misères.

Scène 2
Saint Alexis

Saint Alexis, contemplant la vanité humaine et la fragilité des choses séculières, désire être libéré de la prison qu'est le Monde et pour cela recourt à Dieu par l'Oraison.

Saint Alexis:
Sur de fortes colonnes à quoi sert d'élever
De hauts murs pour des gloires caduques,
Si à la fin un peu de terre nous accueille ?
Désir aveugle, o vanité mortelle !
O désirs, abusés par les sens, trompés
Par les plaisirs ! Moi, j'ai trouvé
Sous l'escalier paternel
Une cachette étroite, mais paisible:
Ici, domptant mes sens,
J'élève souvent mes pensées à contempler
Les immenses royaumes du Ciel:
Et j'espère que l'escalier où je me cache,
Sera, si j'en fais bon usage, mon échelle vers Dieu.

[Arietta à une voix]

Si les heures s'envolent
Et avec elles volent
Tout ce qu'on a ici,
Qui me mettra des ailes
Pour prendre mon envol
Jusqu'au suprême pôle
Et m'y poser ?

Symphonie

[Arietta à une voix]

Dans ce monde instable
Il n'est de durable
Que la douleur;
Qui me mettra des ailes, etc...

Ritournelle

Ces splendeurs qui brillent
Ici-bas offensent l'âme
Et trompent la foi;
Qui me mettra des ailes, etc...

Ritournelle

Scène 3
Saint Alexis, Martis, Curtius, Pages

Martius et Curtius, pages d'Euphémien, en voyant Alexis, qu'ils prennent pour un mendiant étranger logé par charité dans le palais, ne cessent de le railler, ce qu'Alexis supporte avec humilité et patience.

Curtius & Martius:

[Arietta à deux voix]

Peu de souci de bien faire,
Vivre joyeux, me promener,
Me garde rose
Et grassouillet.
L'effort est
Mon ennemi,
Et puisque je vis ainsi
C'est fête pour moi jour et nuit.
Tra la la...

Ritournelle

Que le monde aille comme il veut,
Je laisse courir, je m'en fiche;
Tout le reste est
Du bla bla bla:
II est certes
Fou à lier
Celui qui veut se soucier
De connaître le lendemain.
Tra la la...

Ritournelle

Curtius:
Mais je vois là, bien triste et solitaire,
Le Pèlerin mendiant
Que mon Seigneur héberge en ce palais,
Et à ce que le crois,
S'il l'entretient c'est pour notre plaisir:
Il est à demi-fou,
Honore qui l'offense,
Et si quelqu'un se moque, il ne le prend pas mal.
Chaque fois que je tombe sur lui,
Je l'humilie en actes, en paroles,
Et je deviens presque aussi fou que lui:
On a bien raison de dire
Qu'un seul fou en fait bientôt cent.

Martius:
Ah, quel souci mordant
Te blesse ? Et quelle est la douleur
Qui t'obscurcit le front ?
Pourquoi rester ici silencieux et seul ?

Saint Alexis:
Et que puis-je faire d'autre, moi, vil, rabaissé,
Moi qui suis pour la terre un fardeau inutile ?
Accablé de mille péchés,
je ne sais rien que fuir et me cacher.

Curtius:
Ne parlons surtout pas de fuguer
Le seule fugue dont on se puisse glorifier
Se fait avec la voix, et non le pied.

Martius:
Si tu veux te montrer intrépide et puissant,
Écoute ce que tu devrais faire.
On bat déjà tambour
Allons, vite vite, nous enrôler,
Et, bientôt faits soldats
Au plumet altier,
Allons marcher, majestueux, au Champ de Mars.

Saint Alexis:
A quoi bon chercher sur la terre
Le trouble de nouvelles guerres,
Quand la vie des mortels n'est, elle aussi, que guerre ?

Curtius:
Quant à moi je n'entends rien
À ces discours si élevés,
Mais ce que le comprends très bien
C'est qu'on t'a informé
D'une attaque ennemie,
Et que tu fuis l'occasion.

Martius:
Celui-là, à dire vrai,
Par son parler, son habit, son aspect,
Me semble être un soldat
Qui, laissant ses grands airs farouches,
Rentre tout déplumé.

Curtius:
Pour paraître vaillant, il te faut autre allure,
Mais, toi, de gloire tu n'as cure.
Oh quelle honte !

Curtius & Martius:
Oh quelle honte !

Martius:
En vérité, je te l'avoue,
Quand je me trouve près de toi
J'ai l'envie, à chaque fois,
Ma foi, de me moquer de toi, mais je me tais.
Maintenant, pour que cette pensée
Me sorte de la tête,
Arrange-toi pour filer, et plus vite que ça.

Curtius:
Toi qui es si couard,
D'un pied docile, les yeux baissés,
Décampe d'ici, envole-toi,
Et sans plus tarder, prends un autre chemin.

Curtius & Martius:
Que votre Seigneurie s'en aille.

Scène 4
Le Démon, Chœur de Démons derrière la Scène, un autre Chœur qui danse

Sollicité par les Chœurs infernaux qui, se promettant une grande victoire, font des danses de réjouissance, le Démon se met en devoir de tenter et de vaincre la constance du Saint.
La Scène se change en un Enfer; on représente dans le lointain les peines des damnés, on chante l'Aria qui suit, et le ballet des Démons l'accompagne de diverses variations.

Le Chœur Démons:
Déverrouillons
Les noires portes
De la mort !
Allons, jetons à bas
Les mérites d'Alexis !
Au butin ! Aux palmes ! À la gloire ! À la fête !
Que cessent
Les belles œuvres
Dont il fait preuve:
Que soient oubliés
Ses hauts faits !
Au butin etc...

Le Démon:
Depuis la nuit profonde
Où dans son tourbillon le sinistre Achéron
Unit horriblement la flamme et l'onde,
Aujourd'hui je dresse mon front,
Obéissant aux vœux du maître du Tartare,
Pour, malgré moi, voir le jour odieux.

[...]

Moi, l'auteur de tout mal,
Poussé par ma fureur à de très hauts exploits,
Je ne négligerai ni heure ni moment
Mais j'attaquerai âprement
Ce cœur d'airain.
Sous un aspect trompeur
Le cacherai si bien mes pièges
Que je pourrai jouer tous les rôles mauvais.

Le Chœur Démons:

[Tandis qu'on continue à chanter derrière l'Enfer, les susdits Démons dansent une Mauresque avec les tisons qu'ils tiennent en main]

Une horrible fureur
Nous mène
À la lumière.
Allez, que l'abîme
Terrible s'arme !
Aux coups ! Au massacre ! Aux armes ! Aux armes !
S'il faut s'emparer
Des bienheureuses palmes
De mille âmes,
Que nul ne se prive
D'attaquer !
Aux coups ! Au massacre ! Aux armes ! Aux armes !

[...]

Scène 5
La Mère, l'Épouse, la Nourrice, Martius, Curtius

La Mère et l'Épouse de saint Alexis pleurent son absence; la Nourrice tente en vain de les consoler; sur son conseil, elles prient Dieu de le protéger, où qu'il soit.

La Nourrice:
Ah, calmez donc un peu,
Désormais, après tant d'années,
Vos amères douleurs
Pourquoi donc, sans profit, vous consumer de larmes ?
Quel prix peut espérer
Ce perpétuel sanglot pour un absent ?

L’Épouse:
Ah laissez-moi pleurer, Nourrice !
Un trop cruel destin écrase un cœur
Si, dans le plus grand des malheurs,
On lui dénie même les pleurs.

La Mère:
Je sais bien, ma fidèle amie,
Que vainement les plaintes fuient
Au souffle des vents qui sont sourds,
Je sais que nos gémissements,
Hélas, ne font seulement
Que grossir notre commune peine.
Mais puisque ne jamais entendre
Nulle nouvelle de mon fils
Chaque jour accroît mon martyre,
Comment jamais sécher mes pleurs ?
Même la Nuit, la mère du repos,
Est pour moi peuplée de fantômes, d'horreurs,
Trouble, tempétueuse,
Horrible, épouvantable:
Et, pour me refuser tout réconfort,
Combien, combien de fois n'a-t-elle pas
Présenté à mes yeux, de cent façons atroces,
En songe, Alexis mort, ou moribond ?
Ainsi, la nuit, le jour,
Tandis que j'attends tout et n'espère plus rien,
Le faux m'afflige, et le réel ne me console pas.

L’Épouse:
Qu’Apollon nous ramène ou cache son flambeau,
Mes peines en moi ne peuvent dormir:
Et les plumes me sont
Épines acérées qui m'ôtent le sommeil;
Donc, avec des pensées misérables et tristes,
Avec des soupirs étouffés,
Je vais comptant les pas
Des nuits silencieuses.

Martius:
Maintenant enfin je comprends
Pourquoi je dors tout le temps:
C'est que chacun, dans cette maison,
Chasse Sommeil aussitôt qu'il arrive,
Et lui se venge sur moi seul.

L’Épouse:
Amère, hostile nuit,
Si tu redoubles les ténèbres
À mes yeux affligés
En me tenant mon beau soleil toujours coché,
Que ne m'apportes-tu avec toi le repos ?

La Mère:
Alexis, si tu savais tous mes tourments
Je sais que tu prendrais pitié.
Aussi, où que tu sois,
Au ciel, parmi les mers ou sur la terre,
Tu pourras mesurer le nombre des douleurs
Qui s'accumule ici.
Il y en a autant que tu peux voir d'étoiles au ciel,
De feuilles sur la terre, de sable dans la mer.

L’Épouse:
Hélas, pourquoi me priver de tes yeux ?

La Mère:
Cruel, comment peux-tu m'abandonner ?

L’Épouse:
Alexis, hélas,
Que ton pied fut rapide pour fuir !

La Mère:
Fortune, hélas,
Que ta foi est prompte à trahir !

L’Épouse:
J'espérais la joie avec toi, je suis sans toi,

La Mère:
J'espérais le bonheur et voici que le pleure.

L’Épouse:
Désirs anéantis,
Douceurs inconsolables !

La Mère:
O martyre éternel,
Amertumes funestes !

L’Épouse et la Mère:
O des mortels trompeuses espérances
Plus le bien nous séduit, plus vite il se dérobe.

Curtius:
Mon Dieu que ces soupirs, que ces éternels pleurs
Sont un lamentable exercice !
On y perd son temps, son labeur,
On est jeté au précipice,
Et au bout de six jours on n'a plus un radis.

L’Épouse:
Je t'ai perdu, mon Alexis, et crains,
Hélas, je crains que ce lien puissant, infrangible,
Qui a toujours lié mon cœur au tien,
L'atroce Mort, de son impitoyable main,
Ne l'ait défait.

La Nourrice:
Puissent ces présages qui vous serrent le cœur
Être vains. Il est bon qu'un esprit affligé
Ne cesse d'espérer d'heureux succès
Car le pire n'est pas toujours sûr.

La Mère:
Qui foule le chemin de la misère humaine
Ne s'éloigne que trop
Du sentier de l'espoir.

La Nourrice:
Dans cette lourde peine,
Pour votre bien-aimé,
Qu'il soit mort ou vivant,
Tournez vers le ciel vos suppliques, vos cœurs
Sur les ailes de la piété, vos prières
Sauront voler jusqu'aux célestes sphères.

Le Chœur de toute la maison d’Euphémien

[Méditant sur les vicissitudes du monde, il s'en remet à la Miséricorde divine]

Où qu'il puisse être,
Mon doux Jésus,
Veille sur les pas
D’Alexis.
Que ta Toute Puissance
Veuille bien se pencher
Vers tous ceux qui La prient.

Ritournelle

S'il va errant
En Pèlerin,
Aplanis pour lui
Le chemin.
Où qu'on le reçoive,
Où qu'il se tourne,
Puisse-t-il trouver de la bonté.

[...]

Ritournelle

Chœur à six voix:
Oh le sort misérable
Des mortels: où qu'ils tournent leurs pas
Ils vont toujours plus vite vers la Mort, qu'on voit
Toujours s'enorgueillir de victoires nouvelles,
Et triompher.

Chœur à deux voix:
Il n'est ville, il n'est chemin perdu
Où elle ne trône, redoutable,
Sur de magnifiques dépouilles;
Pas de lieux écartés
Où l'on puisse, caché, éviter sa fureur;
Pas de lieu fortifié
De larges douves, de murs impénétrables,
Que la fureur de Mort ne puisse conquérir.
Et c'est bien à raison que Nature
Fit de tout lieu, pour l'homme, sépulture.

Chœur à six voix:
Dans ce champ de périls
Où se trouve chacun, il n'y a de secours
Que l'aide qu'on demande au Ciel contre la Mort:
Puisse donc la très haute, l'infinie
Miséricorde nous ouïr, et garder Alexis en vie.

Scène 6
Martius, Curtius

Curtius, qui s'est rendu, pour son agrément, dans les fermes de son maître, songe à y préparer des réjouissances, pour ensuite s'y moquer du pèlerin, qu'il compte y faire venir. Dans ce but, invitant les paysans de ces campagnes, il suscite une danse agréable.
Le décor se change en bosquet.

Curtius:
Le plus beau métier qui soit,
C'est de se promener.
Il me plaît à ce point, ma foi,
Que dès que j'ai le temps, je le pratique.
C'est pourquoi, dans ces douces campagnes,
Je fais souvent l'école buissonnière:
Chaque fois que je suis à Rome,
Je n'ai pas un moment tranquille;
Je ne peux pas dire un mot,
Et il faut tout le temps,
Quand je sers mes Patronnes,
Que je reste muet, accablé de douleur,
Mais ici, c'est bien différent
Je vais à la chasse, et tant que je suis là
Si je ne me donne du bon temps, qu'on me damne.
Et maintenant, comme je ne saurais rien faire
De mieux, je veux que les Paysans de mon maître
Mettent en place une danse
Conforme à leurs usages,
Pour que ce Pèlerin, ce fou malade et triste,
Devienne un fou rigolo.
Je veux le faire venir demain dans ces bosquets
Où je le ferai rire, à son grand déplaisir.
Commencez donc, Amis,
Quelques variations agréables,
Et moi je vous promets,
Chaque fois que vous viendrez
Me voir à la maison, de vous mener à la fontaine
Et de vous faire servir à boire.

[entrent huit Paysans en costume d'époque, qui mettent en place un Ballet composé de diverses figures joyeuses]

Martius:
Je vois que tout va bien
Demain je viendrai tôt avec le pèlerin.

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ACTE II

Scène 1
Euphémien

Euphémien, en pensant à la joie des parents d'Adraste revenu, pleure son propre malheur, sans presque aucun espoir de revoir son fils.

Euphémien:
O Père d'Adraste, oh que tu es bienheureux,
Toi qui, dans ta demeure,
Accueilles aujourd'hui l'enfant tant attendu;
Et qui tournant tes yeux
Vers ton fils généreux
Jouis à la fin de ce bonheur si désiré.
Moi seul, misérable,
Écrasé de la plus dure peine,
Privé de tout espoir,
Je ne réserve ma poitrine qu'au malheur.

[...]

Scène 2
Le Démon

Le Démon révèle qu'il a conçu un plan qui, espère-t-il, obligera le saint à se faire connaître et à retourner aux plaisirs mondains.

Le Démon:
Le Sort propice sourit à mon désir
Et j'ai tramé le plan qui perdra ma victime.
J'ai persuadé l'épouse d'Alexis
De s'en aller et déjà
Elle s'apprête à partir
A la recherche de son Mari errant;
Lui, pour l'en empêcher, sera contraint
De se faire connaître à la fin
Il ne souffrira pas, quel que soit son courage,
Qu'elle aille le chercher en d'autres lieux.
Et si malgré tous mes efforts
Alexis résiste encore, dont la constance,
Il l'a montré, l'emporte sur toute autre,
Non, je ne sens en moi
Vaciller ni l'audace,
Ni l'espérance:
Je tenterai d'autres assauts, une autre guerre:
Un fort assiégé finit bien par tomber.

Scène 3
L’Épouse, en habit de Pèlerin, la Nourrice

L’Épouse, résolue à aller chercher par le monde son Alexis perdu, apparaît en habit de pèlerin, et pendant qu'elle parle seule de son projet, elle est écoutée par la Nourrice qui, sans se montrer, va prévenir la Mère.

L’Épouse:
Adieu Tibre, adieu les sept Colline,
O ma Patrie, adieu,
Et vous, murs bien-aimés
De cette demeure, adieu:
Je vous chéris,
Bien que ce soit chez vous
Qu'est née ma grande douleur.
Je voulais vivre ici, mais le ciel le refuse
Et je me prépare à partir;
Car ici, sans mon bien, sans mon âme,
La vie n'est que peine infinie.

La Nourrice:
Cette jeune imprudente,
Cette amante insensée
Se prépare à partir
Mais j'ai percé son projet de fuite,
Et ne permettrai pas cette folle entreprise.

L’Épouse:
Mais où donc ma douleur me conduira ?
Où donc l'amour? L'un et l'autre est aveugle.
Où pourrai-je, Alexis, retrouver avec toi,
Un seul moment, nos jours heureux ?
Où donc, où donc es-tu ? Où donc te caches-tu ?
Je viens vers toi
Non, ne dédaigne pas ma flamme et mon amour.
Si la beauté n'est rien, la fidélité compte;
Mais toi, cruel, oh Dieu,
Tu lui réponds bien mal.
Où donc, où donc es-tu ? Où donc te caches-tu ?
Peut-être, amant volage,
As-tu changé l'objet de tes désirs ?
Inconstant, comme la feuille au vent,
As-tu aimé une beauté nouvelle ?
Peut-être en ce moment lui parles-tu,
En te vantant, de ma flamme trompée
Et de ma foi trahie,
Et de mes profondes douleurs:
Où donc, où donc es-tu ? Où donc te caches-tu ?

La Nourrice:
Dois-je me découvrir, ou non? Non,
Car mes prières n'auront pas le pouvoir
De calmer ses désirs ardents.
Mieux vaut révéler ses projets
A qui pourra mettre un frein à son cœur.

L’Épouse:
Ah jeunesse trompeuse,
Infidèle à ta foi !
Malheureuse, à qui me fierai-je jamais
Si Alexis fut un menteur ?
Hélas, où ma douleur va-t-elle s'égarer ?
Qu'ai-je dit, insensée ?
Je dois me plaindre de ma destinée,
Mais non de toi, mon Alexis,
Toi, qui sous le ciel latin,
Là où toute vertu resplendit,
Fus un vrai soleil de vertu, d'innocence.
Mais pourquoi m'attarder plus longtemps ?

Scène 4
La Nourrice, l'Épouse, la Nourrice, Saint Alexis, Martius, Curtius

La Mère tente en vain de s'opposer au projet de l’Épouse; stimulée par l'exemple d'un si grand amour, elle se résout même à l'imiter, et à partir avec elle.
Saint Alexis ayant appris la nouvelle, après s'être recommandé à l'aide de Dieu, cherche, avec divers arguments, à les empêcher de partir. L'Épouse, déchirée, souffrant plus que jamais, de la douleur renouvelée due à l'absence de son Époux, s'évanouit.

La Nourrice:
Dépêche-toi, tout retard
Serait un désastre: elle s'en va déjà.

La Mère:
Ma fille, qui m'est plus chère que les yeux,
Dis-moi donc quel dessein
T'a fait changer de vêtements ?
Le ciel prépare-t-il quelque nouveau malheur ?
Est-ce un amer départ ?
Veux-tu donc que je reste à pleurer, seule ?

L’Épouse:
Le Ciel, l'Amour savent
Que c'est une force irrésistible
Qui m'arrache à ta chère maison;
Et dans mon cœur ému
Je sens un aiguillon
Qui me pousse à partir.
Sans doute est-ce le Ciel
Qui m'inspire de trouver mon Époux
Ou d'unir ma mort à la sienne.
Non, je ne pourrai plus
Passer ici mes jours solitaires
Au milieu des amers tourments.
Ah, qu'on n'empêche pas
Quelqu'un qui l'a perdu de rechercher son cœur.

Saint Alexis:
Qu'entends-je, ô ciel, que vois-je ?
Non, il est impossible
Qu'elle s'en aille, errante.

La Mère:
O quel exemple d'amour constant !
Loin de pouvoir blâmer ton projet,
Je veux moi aussi le suivre.
Je vais changer de vêtements; dans un instant,
Je viendrai avec toi partout où le soleil
Montre sa face lumineuse.
Et puisse mon pied ne jamais faiblir
Dans la recherche de mon fils chéri.

L’Épouse:
Moi seule suffit; j'ai dans mon cœur
Assez de force pour me passer de compagnie.

La Mère:
Tes raisons, tes prières
Cherchent en vain, ma fille, à me faire renoncer.
Si tu refuses que je t'accompagne,
Tu me verras partir devant.
Allons: l'Amour d'une Mère, l'Amour d'une Épouse,
Rendront peut-être notre époque
Célèbre pour les siècles à venir.

La Nourrice:
Pauvre de moi, que puis-je, que dois-je faire ?

[...]

L’Épouse et La Mère:
Rejoindre Alexis, ou mourir !

[...]

Saint Alexis:
Puisse ne pas me manquer l'aide du Ciel
Pour m'opposer à ce projet fallacieux
Que le désir leur a mis dans l'âme.
Très nobles dames, veuillez ne pas mal prendre
Qu'aujourd'hui je m'enhardisse à vous parler,
Moi qui en suis indigne.
Si c'est votre dessein,
Comme je l'ai compris,
De quitter la Cité de Mars
Pour aller vers d'autres pays,
Comme j'ai parcouru presque le monde entier
Je peux bien, en expert,
Vous donner un avis et vous dire le vrai.

[...]

La Mère:
Aux charitables accents
De cet humble Garçon, j'éprouve au cœur
Je ne sais quoi d'étrange et de suave.
Souffrons d'entendre ce qu'il veut nous dire.

[...]

Saint Alexis:
Je suis votre douleur, et je sais l'espérance
Qui vous pousse à partir
Votre douleur est juste et l'espérance est vaine.
Peut-être Alexis est-il caché dans des lieux
Inconnus, écartés; plus vous le chercheriez
Plus vous vous éloigneriez de lui.
Peut-être est-il si changé d'apparence
Que même en le voyant
Vous ne le reconnaîtriez pas.

L’Épouse:
Je ne crains pas cela; où réside l'Amour,
Si les yeux sont aveugles, le cœur est comme Argus !

Saint Alexis:
Les hautes montagnes, les rochers
Ralentiront souvent vos faibles pas.

La Mère:
Un désir puissant
Donne la force, et rend le martyre léger.

Saint Alexis:
Qui s'apprête à l'errance d'un long chemin
S'expose à mille dangers.

L’Épouse:
À une poitrine sans défense et nue
La vertu sert de roc, l'innocence d'armure.

Saint Alexis:
Mais le devoir d'honnêteté
Interdit les hasards des pays inconnus.

La Mère:
En tous lieux un cœur généreux
Abrite l'honnêteté.

Saint Alexis:
Où qu'il l'apprenne, où qu'il vous trouve,
Jamais Alexis n'approuvera votre départ.

L’Épouse:
Je ne l'offense pas en voulant l'imiter
En m'enfuyant, je suis à son école,
Mais quoi ! Ah qu'il ne soit pas dit
Que j aurais, moi, contrevenu à ses désirs.
Et je sens qu'Alexis lui-même,
Même de loin, me parle au cœur, et qu'il me dit:
Reste dans tes tourments,
Reste: ton départ secret
Me déplaît.
Je reste donc, hélas,
Modèle de malheur,
Épouse abandonnée:
Pour ne pas te déplaire, je ne viens pas vers toi.
Seul le corps reste,
Mais l'âme court à ta recherche;
Et mes genoux tremblants ne se soutiennent plus.
Je meurs pour Alexis et mon âme
Déjà quitte mon sein, ma vie s'échappe.

La Nourrice:
Elle ne se soutient plus, elle est exsangue,
Un gel glacé paralyse ses forces.
Pourtant son cœur palpite, faible et lent,
Et la langue de l'âme, sur son front,
Exprime son tourment d'un accent pitoyable.

[...]

Scène 5
Saint Alexis

Saint Alexis, voyant souffrir ses malheureux parents, agité de pensées contradictoires, se demande s'il doit se faire connaître.

Saint Alexis:
Alexis, que fais-tu ?
Faut-il user de cruauté
A l'égard de ceux mêmes, tu le sais,
Que le ciel, que le monde
T'ordonnent de prendre en pitié ? Que faire ?
Dois-e me découvrir ou me cacher ?
Ah silence cruel,
Cause de tant de plaintes.
Allons, je cours tout révéler. Non, reste:
Celui-là seul qui tient jusqu'à l'heure dernière,
D'un cœur inébranlable,
Peut recueillir le fruit de son labeur.
Toi qui as tant souffert,
Tu ne veux plus de la grâce du Ciel ?
Toi qui pour chercher Dieu a fui le monde,
Maintenant, de nouveau, par un sentier peu sûr,
Tournerais-tu tes pas, pauvre fou, vers le monde ?
Qui si mal te conseille ?
Suis donc, ah suis l'ancien chemin !
Mais la pitié sensible imprimée dans mon cœur
Reprend toute sa force,
Et me réclame, où que le tourne ma pensée.
Pitié, ah, cesse donc de tourmenter mon sein.
Que je sens de rudes combats
Sur le théâtre de mon cœur !
O Dieu clément, envoie-moi ton aide,
Conserve-moi la Palme.
Seul je ne suffis pas
À résister à cet assaut.
Mon âme n'est pas de diamant
Pour que je puisse voir ma Mère et mon Épouse
Là, devant moi, dans une douleur si cruelle.
Mais quel est cet homme
Qui s'avance vers moi l'œil tranquille,
L'allure majestueuse ?

Scène 6
Saint Alexis, le Démon sous la forme d'un Ermite

Dans ces pensées contradictoires, Alexis est visité par le Démon, lequel, déguisé en vieil Ermite, essaie avec divers arguments de pousser le Saint à se révéler à sa Famille.
Lui cependant, plus perplexe que convaincu, ne laisse pas de se douter qu'il puisse s'agir d'une tentation infernale, et demande à Dieu de ne pas l'abandonner dans cette extrémité.

Le Démon:
Indigne et humble serviteur
Du Ciel, je ne viens à toi, Alexis,
Depuis les lointaines horreurs
De montagnes désertes, mais heureuses,
Que pour t'aider.

Saint Alexis:
Quelle chance, ou quelle
Suprême bonté divine
Te fait te montrer à mes yeux
Depuis tes retraites solitaires ?

Le Démon:
Dieu m'envoie en messager.
Je te révélerai, Alexis, sa pensée,
Car ton cœur ardent
Plein d'un zèle insensé
En cherchant Dieu, de Dieu s'éloigne:
Tu souffres, tu t'épuises en vain,
Puisqu'en abandonnant ton épouse endeuillée
Tu lui déplais.
Quelle dure, quelle cruelle loi
T'enseigne donc, en rompant tes promesses,
À tromper une noble Dame, qui t'est fidèle ?
Et quel trouble souci
T'obscurcit à ce point la clarté de l'esprit
Que tu puisses, en tyran cruel,
Vouer à la mort une aussi belle Épouse,
Qui se languit de toi ?

[...]

Retourne donc, retourne à ton épouse aimante;
Apporte le repos à ta mère chérie;
Rends ta présence à ton Père endeuillé;
Refrène ton humeur vagabonde;
Une constance vaine
N'est que manque de foi. Il est sage
Celui qui, renonçant à sa volonté propre,
Cède au vouloir d'autrui.
Crois-moi, va, obéis,
Nostalgique des antres obscurs,
Je te laisse et retourne au désert.

Saint Alexis:
Je reste, à ce discours,
Étonné et confus.
Je ne sens pas mon cœur empressé d'obéir,
Craignant d'être abusé par les Enfers
Le tyran du Tartare
Ourdit à choque pas un mouvais coup.
Donc, que vienne à mon aide
Celui qui, du haut de Son trône éternel,
Infiniment compatissant,
Donne un ferme secours à ceux qui le réclament.

Le Démon:
Ah ! voici que descend des étoiles
Un Ange souverain qui me chasse d'ici
De sa puissante main,
Et qui de son regard glace mes espérances.
Le Ciel ne permet pas plus longtemps
Que je demeure ici près d'Alexis.

Scène 7
Saint Alexis, l'Ange

Un Ange apparaît, qui explique que cet Ermite était le Démon et que les arguments qu'il a développés doivent être rejetés par Alexis, qui est spécialement appelé par Dieu sur une voie admirable, mais inimitable.
Il lui révèle sa mort prochaine, et la gronde récompense qui l'attend au Ciel. Il l'exhorte à attendre ce passage avec constance, le Saint, réconforté, appelle la mort et médite sur la tranquillité que les Justes trouvent en elle.

L'Ange:
Alexis, Alexis, tourne vers moi tes yeux.
Celui qui te rappelle à ton épouse
Sous un abord menteur
Est l'adversaire antique,
L'implacable ennemi.
Dieu t'appelle par une voie nouvelle:
Le juste n'est pas soumis à la commune loi.
Peu suivront ta passion
Chacun l'admirera.
La palme souveraine
Que le Ciel te destine (prends courage)
Est proche.

[...]

Saint Alexis:
Je me prosterne devant toi, Ange de gloire.
Voici donc venu le moment
Où se termine dans la joie un long tourment.

[...]

Mais quand, laissant là les misères, mon âme
Volera-t-elle au ciel ? Quand cela ? Quand ?

L'Ange:
L'attente sera brève.
Reprends espoir et réconfort.
Parvenu à l'heure dernière, ne crains pas
Les passes sombres de la mort,
Car, pour qui a souffert, la mort est un repos.

[...]

Saint Alexis:
O Mort bienvenue,
Je te veux, t'attends:
Du deuil, ton chemin
Nous mène au bonheur,
O mort bienvenue !
Du cachot humain
Toi seule aplanis
L'accès à la vie,
O mort bienvenue !

O suave mort,
Réconfort des justes,
Tu guides au port
La barque de l'âme,
O suave mort !
C'est la vie féconde
Que dans ce bas monde
Nous ouvre ta froide clef,
O suave mort !

Scène 8
Le Démon, Martius

Le Démon revient, résolu à tout faire pour vaincre Alexis dans le peu de temps qui lui reste à vivre; il est rejoint par Martius qui, le prenant pour un Ermite, et voulant se moquer de lui, comme il avait coutume de faire avec Alexis, engage la conversation et, se mettant en colère contre lui, lui fait perdre du temps; mais il est à son tour, de diverses façons, raillé par le Démon.

Le Démon:
Voici que, d'un ferme désir,
Alexis dispose son cœur à la mort;
Dans l'ultime combat,
Puisse mon dessein furieux
Ne pas rester sans artifice ni sans force,
Au moment où parvenue enfin à l'heure extrême
Une âme s'expose aux dangers ! Ah si,
Dans l'instant où se rompt l'enveloppe charnelle,
Dans ce moment irréparable
Dont dépend une éternité de peine,
Dont dépend une éternité de bien,
Je pouvais pour l'éternité ravir au Ciel
Celui que ai tant désiré,
O quel brillant triomphe, et quelle gloire !

Martius:
Je me demande ce que peut bien faire
Ici cet Ermite en haillons.
T'es-tu trompé de chemin ?

Le Démon:
Oui, jadis j'ai perdu mon chemin.
Mais ici je sais très bien où je vais.

Martius:
Pour arriver si loin, tu as laissé
Ta maison vide et solitaire ?

Le Démon:
Oh non, dans ma maison il y a tant de monde
Que la foule y semble infinie.

Martius:
Et on y vit joyeusement ?

Le Démon:
Qui sait, tu pourrais bien en faire l'expérience.

Martius:
Je n'ai pas envie d'essayer.
Moi qui cherche toujours à chanter,
Je craindrais trop de m'enrhumer
Dans ces forêts ombreuses et drues.

Le Démon:
Ne crains rien
Je te réserverai aussitôt
La chambre la plus chaude qui soit.

Martius:
Merci beaucoup: vous êtes trop aimable.
Mais retournez tout seul
À vos forêts lointaines.
Si tu mendies de maison en maison
Attends ici: je t'apporte du pain.

Le Démon:
Non, non, je n'ai pas faim; j'ai plutôt soif.
Je sens en moi une chaleur qui brûle.

Martius:
Et pourquoi ne pas boire ?
Tu n'as donc pas de vin dans cette gourde ?

Le Démon:
Laisse tomber ce jeu, tu t'en repentiras.

Martius:
Aïe ! Aïe ! je brûle, Vieil impudent.
Pourquoi porter ce feu
Si secret, si caché,
Qu'on ne l'aperçoit pas ?
Les gourdes servent donc de lanternes ?
Aïe ! J'ai encore mal.
Pendant que tu restes ici, cachant ce feu,
Quelque méfait te trotte par la tête
Mais on a vite fait de te percer à jour,
Et je veux t'arrêter.

[Martius, voulant prendre l'Ermite à bras-le-corps, tombe à terre]

Aïe ! Pauvre de moi ! J'ai mal partout !
J'ai voulu le saisir, et j'ai saisi le vent.
Mais je n'aurais de cesse,
Que je ne sois vengé.
Je te tiendrai si fort que tu ne fuiras pas.

Le Démon:
Avant que je ne te fasse encore plus mal,
Laisse-moi filer, ou tu t'en repentiras.
Laisse-moi, j'ai à régler d'autres affaires.

Martius:
Qu'est-ce que tu pourrais bien me faire ?
Reste ici, ne t'en va pas.
Aïe ! Aïe !

[le Démon, retenu par Martius, se transforme en Ours]

Scène 9
La Religion

La Religion apparaît, pour assister au pieux trépas d'Alexis: et se glorifiant des œuvres de celui qui, maintenant, touche à la récompense méritée, elle invite le monde à suivre la Vertu.
La Religion passe dans les airs sur un char environné de nuages.

La Religion:
Moi, la Mère et la Reine de la vraie piété,
Je vois aujourd'hui, sur la rive Latine,
Monter jusqu'aux étoiles
Mes triomphes altiers
Échappant aux tempêtes,
Alexis parvient enfin
Là où la Haute Puissance
Met un terme éternel aux malheurs.
Comme un nouvel Hercule,
Il a parcouru bien des chemins;
Mais le monde l'a vu
Dompter des monstres plus terribles,
En vrai triomphateur de l'Arverne et de Pluton.
Et c'est à bon droit qu'à la fin

Le Ciel serve de Capitole à sa valeur
Âmes vagabondes,
Qui cheminez sur l'océan trompeur du monde,
Ah non, ne suivez pas
L'escorte fallacieuse
De ce plaisir qui est douleur
Moi seule sais vous montrer le bon chemin,
Ceux qui souffrent
Sans réconfort
Pourront voir à la fin,
Dans les étoiles, après la tempête, le port.
Mon signe fidèle
Supprime le doute.
Vous pouvez suivre le Soleil: évitez l'ombre.
Du plaisir fugace
Qu'il méprise l'éclat
Celui qui veut trouver au Ciel
Une demeure de paix.
Sur terre, un cœur ne cesse pas
D'avoir des peines sans nombre.
Vous pouvez suivre le Soleil: évitez l'ombre.

Scène 10
Euphémien, Adraste, un Messager

Tandis qu'Euphémien se lamente sur ses infortunes en compagnie d'Adraste, il apprend que dans la Cathédrale une voix céleste s'est fait entendre, qui appelle au Ciel les âmes souffrantes du monde.
Réconforté, il conclut que lui aussi pourrait être un jour consolé par le retour de son Fils, et que, quels que soient les malheurs, on ne doit jamais renoncer à l'espérance.

Adraste:
C'est quand on s'y attend le moins
Que le Ciel pitoyable
Accorde ses bienfaits à la souffrance humaine.

[...]

Adraste:
Allons, Ami, raconte tout.

Le Messager:
Une foule nombreuse
Se pressait dans le grand Sanctuaire
Quand, du ciel, une voix paisible et claire
Fit entendre ces mots:
"Qu'ils viennent jusqu’à moi
Ceux que le poids des souffrances du monde
Fait soupirer là-bas;
Je les consolerai ."
Chacun, devant l'Autel,
Reste silencieux.
Le peuple, pétrifié,
Ne déchiffre pas bien le message du Ciel.
Mais chacun y devine
Le présage certain d'événements heureux
Et l'on peut espérer
Que Rome, de nouveau, sera comblée.

Euphémien, Adraste et Le Messager:
Le ciel n'abandonne pas
Les âmes qui lui font confiance,
Pleines d'un zèle invincible.
Maintenant qu'une voix céleste
Nous annonce notre joie, ô mes amis fidèles,
Que ces heureux auspices calment nos cœurs !

Ritournelle

Euphémien, Adraste et Le Messager:
Cet Égée, siège constant
De durs orages, de tempêtes,
Des étoiles
Voit parfois la brillance.
Et le Ciel lui vient à l'aide

Quand l'Auster
furieux s'avance.
Qui erre sur une mer de peines
Tende ses voiles à l'Espérance !

[...]

La nef livrée aux Vents perfides
Sent leur fureur et leurs ravages,
Puis on la voit
Rentrer joyeuse au paternel rivage,
Et sur des plages familières
Trouver refuge et repos.

Qui erre, etc...

Le Chœur:
Le Ciel miséricordieux
D'un chant joyeux
Promet au monde
Un doux repos.
Un grand nuage
De grâces nouvelles
Se répand en pluie
Aujourd'hui sur Rome.

[...]

De ces murailles
La gloire grandit
Aujourd'hui
Tant le ciel en a souci.
Et pour célébrer
Ses bienfaits,
Que nos pieds
Se hâtent à de joyeuses danses.

Ritournelle
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ACTE III

Scène 1
Le Démon, le Chœur des Démons

Le Démon, ayant tout tenté sans succès contre le Saint, plein de dépit, s'engloutit dans les Enfers.

Le Démon:
On ne peut briser un cœur ferme, on ne peut
Lutter contre Dieu.
La puissance infernale ne peut
Triompher d'une âme que le Ciel défend.
Moi qui voulait la palme d'Alexis
Que n'ai-je fait, que n'ai-je dit
Pour faire de cette âme
Un trophée pour les abîmes sombres ?
Mais je vois à la fin toute mon espérance
Dissipée au vent. je retournerai donc
Là où toute lumière est éteinte,
Au pays de l'horreur.

Le Chœur des Démons:
Que désormais
Mes pas retournent
Là où l'éclat
Du jour n'est pas.

[sous les pieds du Démon, la terre manque et il est englouti dans un tourbillon de flammes]

Le Chœur des Démons:
Là où Pitié
N'a pas sa place,
Séjour de feu
Tu trouveras.

Scène 2
Adraste, le Messager, le Chœur

Adraste, ayant vu du monde se diriger vers la Maison d'Euphémien, s'y rend avec d'autres personnes pour en savoir la raison, et, ayant rencontré un des familiers de cette Maison, apprend de lui la mort de saint Alexis et la révélation de son identité, et se fait introduire dans la chambre où gît son corps.

Adraste:
Où que je tourne les yeux,
En ville, parmi la foule émue,
Je devine voir comme un chuchotement,
Et la raison ne m'en est pas connue.

Le Chœur:
On entend de partout
Résonner l'Aventin
De tristesse et de deuil.
Quel malheureux destin aujourd'hui le tourmente ?

Le Messager:
J'ai fui cette maison pleine de larmes
Pour épargner à mon cœur
De voir tant de douleur.
Peut-être toi aussi viens-tu, Adraste,
Notre ami, pour prendre part
Au plus étrange, au plus triste spectacle
Qui se puisse jamais présenter à tes yeux ?

Adraste:
Mon âme est suspendue en une triste angoisse,
Et je ne sais pas bien,
Ami, la raison de ton deuil.
Allons, raconte tout.

Le Messager:
Me voici prêt. Écoute.
Après qu'on eut ouï d'En-Haut la voix céleste
Qui appelait aux astres,
Hors de leur corps mortel,
Ceux qui souffrent pour Dieu,
On entendit dans le même Temple
Une autre voix amie,
Qui s’exprima ainsi:
"Le toit d'Euphémien, pour la joie de Dieu,
Abrite l'humble serviteur."
À ces mots, innocent, le Pontife,
Au front chargé de trois couronnes,
Et Honorius, le glorieux Auguste,
Le cœur frappé de stupeur,
Vinrent dans cette demeure
Et y trouvèrent, dans une chambre basse,
Un homme pris dans le gel de la mort
Et qui tenait couvert de son manteau
Son pâle visage.

Le Chœur:
Étonnés, éperdus, nous restons suspendus
À tes cris: qui donc était celui
Qui plaisait tant au Ciel au moment de mourir ?

Le Messager:
C'était Alexis, Alexis le tant désiré
Qui durant tant d'années, présent
Sous un aspect méconnaissable,
Fut pleuré comme absent.
Devant un tel événement, tous, détrompés,
Perdent voix, mouvement, et sont pétrifies.
À la fin, stupéfaits, médusés,
Par un autre chemin tous s'en allèrent
Et seuls les parents restèrent,
Dans la plus extrême douleur.

Scène 3
Euphémien, l'Épouse, la Mère, Martius, Curtius, Adraste,
le Chœur des Anges, derrière la Scène

La Scène change et apparaissent les loggias et le Jardin du Palais, dans lequel, sous l'escalier, gît le corps du Saint.
Les parents pleurent amèrement la mort d'Alexis. On lit la lettre qu'il a écrite avant de mourir.

L’Épouse, la Mère et Euphémien:
Hélas, une seule et même heure
Nous le rend et nous le reprend.
Aveugles et malheureux que nous sommes: un instant
Dans l'ombre ténébreuse,
Peut révéler ce qu'a caché
La lumière de mille journées.
Pauvres de nous qui, trouvant notre aimé,
Perdons toute espérance.
Hélas, une seule et même heure
Nous le rend et nous le reprend.

Martius:
J'étais fou et aveugle,
Moi qui osais outrager bien souvent
Un juste, un innocent.
Ah, que ma faute fut terrible !
Puisses-tu me prendre en pitié
Avant que la colère du Ciel fonde sur moi.
Puisque je me repens maintenant,
J'espère le pardon de ta miséricorde.

Curtius:
J'ai trop péché, hélas,
Hélas, je t'ai trop offensé.
Mais tu pardonnes les fautes, âme clémente,
Car un esprit céleste ignore la colère.

L’Épouse, la Mère et Euphémien:
Yeux qui vous trompiez
En ne reconnaissant jamais le bien-aimé,
Pleurez votre faiblesse.
Vous ne pourrez plus voir dans cette maison
L'unique espoir de sa race.
Hélas, une seule et même heure
Nous le rend et nous le reprend.

Euphémien:
Lettre, qui renfermes en toi
Un souvenir à jamais amer à mon cœur,
Ta seule vue m'est chère:
Et si le deuil peut être apaisé,
Je me consolerai en écoutant ton message.
Toi, l'ami, lis-nous ce qu'elle dit.

Un Choriste, lit la lettre:
"A son épouse, à sa mère, à son père
Alexis, touchant le moment désiré
De son heure dernière,
Adresse la prière de l'endurance et de la paix."

Euphémien:
Comment peux-tu me souhaiter la paix,
Fils, qui, à ton départ autant qu'à ton retour,
Avec grande rigueur m'a refusé la paix ?

Un Choriste:
"Avant de fermer les yeux, par ce bref message
je veux révéler toute mon aventure:
Tout ce que j'ai souffert, et quels pays divers
J'ai parcourus.
J'ai dirigé mes pas vers Edesse,
Ville d'ancienne foi,
Pour adorer une céleste image.
Et puis j'ai navigué vers de nouveaux rivages.
Mais, secoué et dompté par les vents,
Je fus mené ici: mon Père m'accueillit
Dans ce palais, dont les gémissements
Ont été mon tourment."

Euphémien:
Exemple vrai d'invincible courage,
Comment, devant tant de misères,
As-tu pu, ô mon Fils, rester constant ?

Un Choriste:
"Maintenant que mon âme retourne au Ciel
Et s'y repose, ô mère, ô mon épouse, ô père,
Que la douleur s'envole, et que vos cœurs
Trouvent le réconfort: je suis au port."

L’Épouse, la Mère et Euphémien:
O pleurs, ô deuil extrême,
Qui l'emporte en douleur sur tous les autres deuils !
Non, notre cœur souffrant n'a plus l'espoir d'entendre
Alexis nous faire ce récit, car sa voix est éteinte.

Scène 4
Euphémien, l'Épouse, la Mère,
le Chœur des Anges, derrière la Scène

Les anges accompagnent l'âme du Saint, persuadent les Parents que c'est bien à tort que le Monde s'attriste de la mort d'un homme que le Ciel reçoit avec tant de joie.

Le Chœur des Anges:
Cessez vos plaintes,
Puisque les troupes célestes
Avec des chants joyeux,
Appellent Alexis vers les sphères suprêmes.
Et lui, l'âme en fête,
Parvenu au repos
Est couronné d'étoiles et vêtu d'or.
Cessez vos plaintes !

Euphémien:
Mon épouse, ma Fille,
Si cette âme heureuse
Après tant de tourments,
Jouit maintenant de la couronne et de la palme,
Ne troublons pas sa joie par nos douleurs.

La Mère:
Puisque le Ciel m'invite à renoncer aux pleurs,
Que mon deuil connaisse une trêve.

L’Épouse:
Sa joie console ma douleur.

Scène 5
La Religion, le Chœur des Vertus, le Chœur des Anges

La Sainte Religion sort de la maison, accompagnée d'un chœur de Vertus représentant les Huit Béatitudes qui furent pour Alexis les degrés de la Gloire; et tandis que l'âme du Saint monte au Ciel, elles restent à terre, le Ciel ne connaissant ni pauvreté, ni plaintes, ni souffrances ni autres épreuves de même sorte.
La Religion, se réjouissant de l'heureuse acquisition que le Ciel vient de faire en la personne de saint Alexis, lui consacre le Temple qui avait été dédié à Hercule par les anciens Romains. Après avoir rappelé que dans les temps à venir saint Adalbert, martyr, protecteur du Royaume de Pologne, où il avait propagé la Foi, devait venir habiter dans le couvent voisin de l'église de Saint Alexis. Ici, la Religion se retire pour aller consacrer le temple au saint, et pendant que les Anges continuent à chanter, les Vertus se réjouissent et dansent.

La Religion:
Vive Alexis,
Qui vécut mort au monde.
Vive celui qui, plus invincible qu'Hercule,
Put l'emporter sur les abîmes infernaux.
Je veux maintenant que la dépouille
De cette âme noble soit déposée
Dans le Temple voisin, où la fausse piété
Autrefois honorait les trophées d'Hercule.
Que la vraie piété romaine
Adresse ici ses prières et espère des grâces.

Et vous, servantes bienheureuses,
Qui même la douleur rendez délicieuse,
Et qui faites, parmi épines et douleurs,
De la fleur des Vertus éclore les splendeurs,
Vous, qui jusqu'aux étoiles, à la fin,
Conduisez le Héros par de rudes chemins,
Jouissez maintenant de ses triomphes
Avec des danses joyeuses,
Et célébrez ses exploits : puisque le Ciel
Voulut bien agréer les larmes d'Alexis,
Qu'on entende aujourd'hui des chants de joie.

[des nuages se dissipent, et l'on voit le Saint au Paradis, entouré d'innombrables Anges qui l'accompagnent en chantant]

Le Chœur des Anges:
Contemple le Ciel,
Âme à jamais heureuse,
Et admire le Trône élevé
Nimbé de rayons de lumière.
Jouis des Zéphyrs
Des suprêmes sphères,
Où le soleil rayonne et ne se couche pas.

Ballet des Vertus

Jouis, âme bienheureuse,
Des rayons du Roi éternel.
Au Royaume de la vie,
Ta Foi aura sa récompense.
Ici la Foi durable
À jamais stable,
Trouve merci.

Ballet des Vertus

Il est d'autant plus joyeux
Le cœur qui d'abord a souffert,
Lorsque, fuyant l'aveugle monde,
Il monte, pour son repos, au Ciel,
Là où resplendissent
Les clartés
Qui rendent le jour éternel.

Ballet des Vertus

Tu peux contempler à présent
Le noble trône étoilé,
Et goûter le séjour
Réservé aux grandes âmes.
C'est pour toi que les étoiles
Se réjouissent et resplendissent
Encore plus aujourd'hui.

Ballet des Vertus

Heureuse Rome,
Qui recevra des grâces
De celui que le Ciel en fête
Accueille parmi ses élus.
Par tant de mérites
Accrois ta gloire
Et ceins ton front de pieux lauriers,
Heureuse Rome.

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