Le
Maître
de Musique
Parodie
en II Actes de l'opéra bouffe
livret , en vers
libres, de Baurans,
d'après le livret de Antonio Palomba
représenté
au Théâtre Italien le 31 Mai 1755
musique de:
Pietro
Auletta
Lambert,
Maître de musique
Laurette,
son élève
Tracolin,
entrepreneur d'opéras
Clarinel,
un compositeur (ridicule)
Un
domestique,
Un valet
La
Scène se passe chez Lambert
Acte I
Lambert, Laurette
Air Lambert Ah
! quel martyre !
Sans cesse instruire,
Cent fois redire,
Sans rien produire;
C'est toujours pire.
Eh ! laisse-moi,
Va, tais-toi.
Récitatif Laurette,
piquée Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert,
ironiquement Laurette,
sèchement Lambert: [Lambert
le met su Clavecin. Laurette se place derrière lui,
& le contrefait. elle fait mine de le frapper; il
retourne, & il la fait mettre à côté
de lui. Elle chante. Après quelques mesures, Lambert
témoigne qu'il n'est pas content, par un geste
d'impatience] Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette:
Eh bien, je me tairai. je veux prendre la mouche
A mon tour.
Quoi ?
Suffit. Si j'ouvre encore la bouche...
Mais... elle se fâche, je crois...
Quoi ! tout de bon ?... Oh ! le trait est unique;
C'est donc mademoiselle à présent qui se pique
?
Oui, Monsieur, je me lasse à la fin d'essuyer,
A tout propos, vos brusques incartades;
Et je vous dirai net, que vos façons maussades
Ont tout-à-fait le don de m'ennuyer.
Ah ! voilà les grands airs qui viennent
appuyer...
Mademoiselle joue au mieux l'impertinence;
Et, pour faire dans peu l'Actrice d'importance,
Il ne lui manque plus, ma foi! que du talent.
Encore souvent on s'en dispense,
En mettant à la place un ton bien
insolent.
En ce cas là, Monsieur, je suis en bonne
école;
Je puis très-bien l'apprendre ici de vous.
Bien répondu: comment ? tu sais déja ton
rôle
On ne peut mieux! Mais quand finirons-nous ?
Je me lasse, à la fin, de ce débat
frivole.
Veux-tu chanter une fois tout de bon ?
Mais, comment voulez-vous qu'on chante ?
Le moyen de former un ton,
Quand de colore on a la voix tremblante ?
Eh bien, apaise toi.
Vous-même apaisez-vous,
Et tachez m'écouter sans vous mettre en
courroux.
Allons; il faut qu'un maître ait l'âme
patiente.
Qu'avez-vous donc ?
Veux-tu que je te parle net,
Ce n'est pas là chanter.
Qu'est-ce donc, s'il vous plaît ?
C'est crier.
Mais, Monsieur, il faut bien qu'on entende.
Air Laurette Un
pilote, battu de l'orage
Loin du port et du rivage,
Et bientôt près du naufrage,
De la fureur des vents sait faire usage,
Et, pour un temps, cède à leur
rage.
Récitatif Lambert: Laurette,
s'applaudissant Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette:
Cela va très-bien maintenant.
Pour le coup c'est chanter...
Quand on veut...
Mais, de grâce,
Dis-moi, pourquoi ne pas vouloir toujours ?
Pour se faire valoir.
Eh ! ne suis point la trace
De ceux qui d'un tel art empruntent le secours.
Souvent un jour de négligence efface
De grands succès, dont il suspend le cours.
Tu sais qu'à toi je m'intéresse;
écoute:
Si tu veux suivre mes avis,
Et t'appliquer, je ne fais aucun doute
De te voir des succès éclatants et suivis;
Et, si sincèrement ta volonté s'y
prête,
Je veux te rendre une Actrice parfaite.
Mais dans combien de temps ?
Dans peu si tu le veux.
Si je le veux ? C'est-là le comble de mes vux
!
Plaire au Public est mon unique envie,
Et de grand cur j'y consacre ma vie.
Je ne me sens pas d'aise, et mon cur satisfait,
Se fait d'un tel destin le plus charmant
portrait.
Air Laurette Quel
délice Ta
ta ta ta , &c. [elle
fait l'action d'applaudir] Quel
plaisir, quel délice
Ne trouve pointue Actrice
Sur la scène et dans la coulisse !
L'un dans un doux délire
Admire
Et puis soupire.
A l'autre on entend dire:
Quel feu ! quelle chaleur elle m'inspire
Fort bien, très-bien.
Quel plaisir est le mien !
A peine je respire;
Et des pieds et des mains, dans son transport,
Il claque, claque fort.
N'éprouve point l'Actrice !
L'un, dans un doux délire,
Admire et puis soupire.
Plus loin, à l'autre on entend dire:
A peine je respire.
Fort bien, très-bien.
Quel feu ! quelle chaleur elle m'inspire !
L'envie aura beau dire, il faut claquer bien fort,
Et d'un commun effort.
Lambert, Laurette, un domestique
Récitatif Le
domestique: [le
domestique sort] Lambert,
à Laurette
Monsieur, un Étranger d'une étrange
figure,
Demande à vous parler.
Faites entrer... J'augure
A ce portrait que ce sera
Mon Entrepreneur d'Opéra.
Il a l'air en effet d'une caricature;
C'est un original qui te divertira.
Lambert, Laurette, Tracolin
Récitatif Tracolin: [ils
s'embrassent] J'étois
gros de te voir; et mon empressement Lambert: Tracolin: [Laurette
rit & Tracolin qui l'aperçoit dit à
Lambert] Mais, quel
est ce charmant objet ? [en
souriant] Est-ce ta
sur, ta femme... ou bien... Lambert: Tracolin: Lambert: Tracolin: Laurette,
à part, éclatant de rire Tracolin: Lambert: Tracolin: Lambert: Tracolin: Lambert,
à part Laurette: Lambert: Tracolin,
avec vivacité Lambert,
à part Laurette,
à Tracolin Tracolin:
Ah ! cher Lambert, que je t'embrasse.
M'a fait quitter le coche, où j'avois une place,
Pour arriver plus promptement.
Vous avez pris la poste ?
Non, vraiment.
Je trouve qu'elle me tracasse;
J'ai fait ma route à pied tout franchement
Pour la santé, je tiens qu'il est propice
De faire ainsi quelque peu d'exercice.
C'est un sujet
Que j'élève pour le
Théâtre.
Vraiment j'applaudis au projet;
De ses talents déjà je me sens
idolâtre:
Quelle mine ! quel jeu ! quelle voix !
Par hasard,
Pour en parler ainsi, l'auriez-vous entendue ?
Oh ! cela ne fait rien; nous autres gens de l'art,
Nous n'avons pour cela besoin que d'un regard,
Et nous jugeons d'une voix à la vue.
Oh ! qu'il est drôle !
Avec un tel minois,
A-t-on jamais manqué de voix ?
Il est vrais sa voix est jolie;
Mais, pour la cultiver, il faut encor du soin.
La voix n'est rien, si l'art ne l'a point embellie;
Et d'ailleurs la Chanteuse est encore assez loin
D'une Actrice en tout accomplie.
Bon, bon ! le Public, au besoin,
Prête tous les talens à la seule figure.
Elle plaira sans cela, je te jure.
Oui, voilà comme on gâte aujourd'hui les
talent:
A la toilette on dit cela; mais au Théâtre
On éprouve souvent qu'il en faut bien
rabattre.
Moi, sur la foi de ces yeux sémillans,
Je n'en rabattrai rien, et donne ma parole
Qu'elle aura des succès brillans.
Mais je crois qu'à dessein le traître la
cajole.
Monsieur, assurément je ne mérite pas
Qu'on fasse tant d'accueil à de foibles
appas.
C'est en effet vanter un peu trop son
mérite.
Eh ! mais, je dois m'y connoître, je crois.
Je dis, et je redis que voilà les minois
Qui souvent du Public attirent la visite.
Je soupçonne fort qu'il médite
Un tour de sa façon.
Mais, Monsieur, dites-moi,
Dois-je à tous vos propos ajouter quelque foi ?
Ne me flattez-vous point ?
Non, je vous rends justice.
Air Laurette Suis-je
bien pour une Actrice,
Vrai ? Suis-je bien ?
Dites-moi, sans artifice,
Croyez-vous qu'on applaudisse
Ce maintien:
Suis-je bien ?
Je n'ose me flatter de rien.
Croyez-vous, qu'on m'applaudisse,
Qu'en Public, je réussisse ?
Mais, hélas
N'ai-je pas
L'air trop novice, eh ?
Pour une Actrice, eh ?
Pour la Coulisse, eh ?
Je n'ose me flatter de rien.
Récitatif Tracolin,
avec transport, en l'embrassant Lambert,
à part [à
Laurette] Vous
sentez bien, je crois, que ce langage Tracolin: Lambert: Laurette,
à part Lambert: Tracolin: [Il
fait une révérence à
Laurette] Laurette: [ils
font un jeu de révérences
réciproques] Lambert,
avec chagrin
Eh, non ! ma Reine, non; vous êtes trop charmante
!
Vous, l'air novice? Ah! quel travers !
Dans lart de plaire, et ses moyens divers,
On ne peut être plus savante.
Vos grâces, vos talens, votre voix, tout
m'enchante;
Tout me transporte.
Oh ! oh ! comme il prend feu !
Ma foi ! ceci passe le jeu.
Vise tout droit au persiflage ?
Non, d'honneur! je lui fais l'aveu
De ce que je ressens.
Brisons-là, je vous prie;
C'est, en ce cas, pousser trop loin la flatterie;
Et vous devez savoir que d'un pareil encens
La vapeur est mortelle à de jeunes talens.
Je présume qu'ici vous venez pour affaires,
Et nos propos ne les avancent guère.
Moi, je présume, à ce ton aigre-doux,
Que de cet homme il est un peu jaloux;
Et dans le fond du cur, j'en ai lame ravie:
J'en ferai mon profit.
Si vous avez. envie
D'avoir de bons sujets, vous arrivez à point;
En ce montent mon école est fournie,
Comme je crois qu'ailleurs vous n'en trouverez
point.
Je sais qu'on a toujours chez vous trouvé
l'élite
De toute sorte de talens;
Et vos sujets sont excellent,
Si, sur mademoiselle, on prise leur
mérite.
Monsieur...
Eh ! laissons-la, je vous prie, à l'écart
!
C'est le moindre sujet qui soit dans mon école;
Vous en verrez tantôt qui sont, sur ma parole,
Bien au-dessus pour la voix et pour l'art;
Et qui savent, sur-tout, faire valoir un rôle.
Je puis dire, sans me flatter,
Qu'il n'est aucune école en talent plus
féconde:
Il en est peu qui brillent dans le monde,
Dont je ne puisse me vanter.
Air Lambert Oui,
nos Chanteuses
les plus fameuses,
Qui des savans
Enchantent les sens,
Me doivent toutes tous leurs talent.
Sons permanens,
Tons fulminans;
Tremblement,
Passages, roulement,
Grands intervalles surprenans.
Toutes me doivent tous leurs talent.
Récitatif Tracolin:
Je connois, cher Lambert, ta science profonde;
Je sais que ton école en grands sujets abonde.
Mais tous ces prodiges fameux,
Ces grandes voix, ces talens merveilleux,
Ne sont pas, après tout, quelque espoir qu'on y
fonde,
Le secret le plus sûr d'attirer bien du
monde.
Air Tracolin Je
veux tout bas
Te dire où gît le cas.
Pour faire un grand fracas,
Ayons filles
Gentilles,
Ne pensons qu'à cela;
Car tout dépend de-là.
Oui, mon cher, je te le déclare
Je ne veux pas du parfait; du si rare;
Je me contente à moins; et ce jeune sujet,
Par exemple, serait précisément mon
fait.
Récitatif Lambert: Laurette,
à part Tracolin: Lambert: Tracolin: Lambert: Tracolin,
à part Lambert:
Oui-da ? [à part] L'y voilà
donc, le traître !
Bon ! Pour le coup, il en tient mon cher maître
!
Qu'en dis-tu ? N'est-tu pas content de mon projet
?
Non; Laurette n'est point encore assez
formée.
Oh ! je la formerai ! laisse-moi faire.
Non;
Je n'y puis consentir: de moi, que diroit-on,
Qui me suis fait un peu de renommée,
Si je laissois produire ainsi, de ma façon,
Un sujet qui ne fût pas bon ?
J'entends, c'est pour lui qu'il la garde.
Même Laurette auroit tort d'y songer.
Un sujet peu formé, qui trop tôt se
hasarde,
S'expose beaucoup au danger
D'échouer sans retour. [à part]
Si je n'y prenois garde,
Il me l'enleveroit. Sur-tout il ne faut pas
Les laisser seuls.
Lambert, Laurette, Tracolin,
un domestique, un valet de chambre
Récitatif Le
domestique,
à Lambert Lambert,
avec impatience [le
domestique sort] Le
valet de chambre: Lambert: Le
valet de chambre Lambert: Tracolin: Lambert,
à part Le
valet de chambre Lambert: Le
valet de chambre Lambert: [à
Tracolin] Mais je
pourrois vous mener quelque part ? Tracolin: Lambert,
à part [il
sort avec le valet de chambre]
Monsieur, on vous demande.
Qu'est-ce ?
Faites entrer.
Monsieur, Madame la Duchesse
Vient d'envoyer un carrosse là-bas,
Pour vous mener à l'hôtel de ce pas;
C'est, m'a-t-on dit, pour affaire qui presse.
Pour affaire qui presse... Oh ! je gagerois bien
Que cette affaire est moins que rien.
Allez dire à votre Maîtresse
Qu'il ne m'est pas possible en ce moment.
Monsieur, je n'oserois; j'ai trop expressément
L'ordre de vous mener. Vous savez que Madame
Veut bien ce qu'elle veut, et sur-tout promptement;
Vous viendrez, s'il vous plaît.
Oh ! l'importune femme
Elle prend bien son temps !... Mais vous êtes
témoin
Qu'ici je suis maintenant en affaire:
Voilà Monsieur qui vient tout exprès de fort
loin;
Il faut l'expédier.
Cela n'importe guère;
Nous en aurons de reste le loisir
Je ne vous retiens point du tout, bien au contraire;
Je vous prierai d'aller promptement satisfaire
A ce qu'on veut de vous.
Je le crois; son désir
Est de me voir bien loin, Ah ! le maudit message
!
Monsieur, vous n'avez plus de prétexte.
J'enrage !
Décidez-vous: plus tard vous partirez, plus tard
Vous serez de retour.
Chienne de destinée !
Non; je n'ai point affaire ailleurs de la
journée.
Ah ! le bourreau ! Je pars, mais je reviens soudain,
Pour prévenir ou rompre son dessein.
Laurette, Tracolin
Récitatif Tracolin,
à part Laurette,
à part Tracolin,
à Laurette Laurette: Tracolin: Laurette: Tracolin,
d'un ton tendre & badin [il
lui prend la main] Laurette,
affectant de l'embarras Tracolin: Laurette:
Il est enfin parti. Notre attente est remplie:
Nous voilà seuls. Ma foi! la friponne est jolie;
Elle seroit mon fait, de plus d'une façon.
Si ma main lui convient, je mords à
l'hameçon;
Et, par raison, j'en ferai la folie.
Cet homme assurément s'apprête à m'en
conter
Il ne faut pas le rebuter.
Que sait-on ?... Après tout, qui voudra mordre y
morde
Il est bon à son arc d'avoir plus d'une
corde.
Mademoiselle, en vérité... Vous me plaisez
beaucoup.
Monsieur...
Sans vanité,
Je passe pont juger assez bien du mérite,
Et le public parfois m'en félicite;
Je suis du vôtre, en honneur enchanté:
Je trouve tout chez vous, talent, grâce,
beauté.
Vos éloges, Monsieur, me rendent
interdite.
Même s'il faut tout dire, avec
sincérité,
Je ne sais quoi... tout bas... pour vous me sollicite;
Là... certain mouvement, qui fait qu'on est
tenté...
Comment l'appelez-vous ?... Eh ! dites, ma petite
?
D'un tel propos, Monsieur... la nouveauté...
Me trouble... et d'en rougir j'ai la
simplicité.
Quoi ! tout de bon ? Vous en êtes encore
A ces misères-là ? Vous vous moquez, je
crois?
Oui; ma joue aisément de honte se colore;
Je suis si sotte encor que, malgré moi,
Ce sentiment me fait toujours la loi.
Air Laurette La
pudeur qui me guide Si
quelque téméraire La
pudeur, &c.
Me rend timide;
Je n'ose lever les yeux:
Si quelque curieux
Auprès de moi se place,
Et me regarde en face,
Je suis toute honteuse de cela.
Ma langue s'embarrasse,
En lui disant: de grâce !
Souffrez, Monsieur, que je passe,
Je ne puis rester là,
Où me voilà.
Poussoit trop loin l'affaire,
Moi, qui suis bonne, et ne me fâche guère,
J'excite ma colère,
Et lui dis d'un ton sévère:
Mais finirez-vous donc, Monsieur ?
Sachez qu'on est fille d'honneur,
Sachez qu'on a de la pudeur.
Récitatif Tracolin: Laurette: Tracolin: Laurette: Tracolin: Laurette: Tracolin: Laurette: Tracolin:
Ah ! fine mouche ! Va, je connois ta malice;
C'est moi qu'ici tu traites en novice,
En me faisant ces contes bleus;
Mais j'en crois moins ta bouche que tes yeux,
Et les fripons décèlent l'artifice.
Allons au fait; car aussi bien,
Lambert peut revenir troubler notre entretien.
Veux-tu de moi ? Tu m'as su plaire,
Et si lu veux combler mes vux,
Je puis te faire un sort heureux.
Qu'en dis-tu ? Ton cur délibère
?...
Monsieur, la proposition
Mérite bien quelque réflexion;
Et je vous paroîtrois sans doute un peu
légère,
Si je brusquais, en pareille matière,
Au premier mot, une décision.
Ma chère, il faut toujours brusquer l'occasion:
Qui la laisse échapper ne la retrouve
guère.
Mais Lambert voudrait-il ?...
Qu'en avons-nous affaire ?
N'es-tu pas, après tout, maîtresse de ton sort
?
Il est vrai: cependant je crains de lui déplaire;
Et la reconnoissance est un lien bien fort.
Oh ! la reconnoissance a tort,
Lorsqu'à son intérêt on la trouve
contraire.
Vous êtes bien pressant.
Pourquoi tant de mystère ?
Consulte seulement ton inclination:
Le Théâtre est l'objet de ton ambition:
Lambert à ton désir s'oppose;
Moi, j'applaudis à ton intention,
Et c'est précisément ce que je te propose.
Viens soutenir ma réputation.
A ce métier, j'ai gagné quelque chose:
Tout est à toi, si tu le veux.
En habits, en bijoux, formes-tu quelques vux ?
Dis, tu seras à point nommé servie.
Dans les festins et dans les jeux,
Tu mèneras, au gré de ton envie,
La plus charmante vie.
Enfin, ma Reine, chaque jour
Sera la fête de l'amour.
Air Tracolin Si
d'une âme Si
d'une âme, &c.
Propice à ma flamme,
Tu deviens ma femme,
En bombance,
En magnificence,
Je ferai dépense;
Mais sur-tout plein de complaisance,
De prévenance,
En silence
Tout je verrai:
Par prudence,
Je dormirai;
Si l'on danse,
Je danserai:
Sans partage,
Dans mon ménage,
Ton suffrage
Fera toujours la loi,
Sans dire pourquoi.
Laurette, Tracolin, Lambert, au fond du
Théâtre et qui les observe
Récitatif Tracolin: [il
se jette à ses genoux] Je te jure
à genoux une éternelle ardeur. Lambert,
au fond du Théatre Tracolin,
aux genoux de Laurette [ici
Lambert, qui s'est approché tout doucement, passe sa
tête sur lépaule de Laurette à
l'opposite de Tracolin Laurette fait un cri de surprise , et
s'éloigne un peu; Tracolin, étonné de
cette vision, ouvre de grands yeux, & demeure quelque
temps vis-à-vis de Lambert, dans une attitude
burlesque. Il se relève, tantôt cherchant des
yeux Laurette, tantôt les fixant sur Lambert.
Après quelques moments de scène muette,
Lambert rompt le silence, & commence le Trio
suivant]
Allons, ma chère,
Rends-toi, consens à faire mon bonheur;
A ses genoux ! le téméraire !
Tu ne dis rien ? aurois-tu peur
Que mon discours fût peu sincère ?
Ah ! quitte une vaine frayeur;
Regarde dans mes yeux, tu liras dans mon
cur.
Trio Lambert Tracolin Laurette: Ensemble: Lambert: Tracolin: Laurette: Un
chasseur sonnant du cor, Tracolin: Lambert: [seul] Un
autre aujourd'hui l'engage. Tracolin: Laurette: Tracolin: Lambert: Laurette: Tracolin: Lambert: [seul] Méritois-je
un pareil sort ? Tracolin: Laurette:
Haut
de page
Le
feu me monte au visage,
Voilà donc tout l'avantage
D'avoir formé son bas âge ?
Pour le prix de tant de soins,
Cette volage
Avec un autre s'engage:
Quel outrage !
Et mes yeux en sont témoins.
J'avois
fait un heureux voyage,
Et, sans crainte du naufrage,
Je bravois déjà l'orage,
Quand le vent qui devient fort,
Et qui fait rage,
Me repousse du rivage
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Je guettois dans un bocage,
Un oiseau d'un beau plumage;
Un Chasseur sonnant du cor,
Faisant tapage,
L'effarouche, et lui fait prendre l'essor,
Quel triste sort !
Soins perdus ! inutile effort !
J'avois formé son bas âge.
J'avois fait un bon voyage.
Je le guettois au passage.
Faisant tapage,
Lui fait prendre son essor.
Je touchois presque au rivage,
Quel dommage ! J'allois entrer dans le port.
En voilà tout l'avantage,
Quel outrage !
Méritois-je un pareil sort !
La volage !
Je touchois presque au rivage;
Quel dommage !
Moi, j'allois le mettre encage.
Quel dommage !
La volage !
Un chasseur sonnant du cor.
Faisant tapage,
Lui fait prendre son essor.
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Quel outrage !
Méritois-je un pareil sort ?
J'allois entrer dans le port.
Moi, j'allois le mettre en cage,
Il prend l'essor,
Quel triste sort !
Acte II
Tracolin, une écolière de
Lambert
Air Tracolin Oh
! la plaisante querelle: Au
fond, c'est fort bien fait, et cette humeur commode,
Mais il faut en rire tout bas.
Lambert jure après sa belle,
Pour jamais il renonce à l'infidèle,
Il m'a surpris avec elle,
Il ne s'en possède pas.
Cela le met en cervelle;
Est-ce donc chose si nouvelle ?
Tel qui rit est dans le cas,
Sans faire tout ce fracas.
Avec raison est la plus à la mode;
Car enfin, pourquoi se fâcher
De ce qu'on ne peut empêcher ?
Qu'est-ce qu'en pareil cas le courroux raccommode ?
Vaut-il pas mieux chez le voisin
En aller passer son chagrin ?
Ma foi ! la meilleure méthode,
Le parti le plus sage est de ne dire mot;
Car celui qui se fâche en est deux fois plus
sot...
LÉcolière: Tracolin: LÉcolière:
Mais, j'aimois assez cette morale.
Oui-da ! sans peine je le crois.
Dans ce regard fripon je lis que quelquefois
Il faudra qu'un Amant près de toi la
signale.
Non, car j'ai peur du moindre engagement,
Et j'ai bien résolu de n'avoir point
d'Amant.
Air LÉcolière: Le
badinage,
L'humeur volage,
Sont du bel âge,
L'heureux partage;
Quand on s'engage
On n'est pas sage,
Et les regrets
En sont bien près.
Récitatif Tracolin: LÉcolière: Tracolin: LÉcolière: Tracolin: LÉcolière:
Oui, l'on connoît ce langage ordinaire;
Il ne trompe personne. Eh mais ! ne sait-on pas
Que sur ce point, ainsi que sur maint autre cas,
Jeune fille souvent dit tout haut le contraire
De ce qu'elle pense tout bas ?
Vous me croyez donc peu sincère ?
Oui, ma Reine; et sans faire injure à vos appas,
Je ne vois, à vrai dire, en toute cette affaire,
Que vos yeux qui ne mentent pas.
Allons, quittons la feinte: à quoi bon ce
mystère ?
Pourquoi d'inutiles combats ?
Quand on peut lire ailleurs, d'une façon si
claire,
Ce que la bouche en vain s'obstinoit à nous taire
?
Il faut dont parler vrai ?
Ce sera beaucoup mieux.
Belle bouche toujours doit être
Du même avis que deux beaux yeux.
Allons, je vois qu'il faut paroître
A vos yeux sans déguisement,
Puisqu'aussi bien vous savez quand on ment.
Air
(de l'Écho) LÉcolière Que
c'est un plaisir extrême, Que
c'est, &c.
D'entendre dire je t'aime,
Et de répondre de même,
Quand on se jure, tour à tour,
Amour, amour.
On a beau vanter sans cesse,
Les grandeurs et la richesse;
Qu'est-ce au prix de la tendresse ?
Les amours, sans leur secours,
Nous filent d'heureux jours.
Ah ! pourquoi sont-ils si courts ?
Récitatif Tracolin: [il
vent la caresser] LÉcolière,
le repoussant Tracolin: LÉcolière: [ils
sortent précipitamment]
Ah ! pour le coup, j'entends un langage sincère,
Voilà du vrai, du plus vrai que cela.
Mais ce n'est pas-là tout, il faudroit, pour bien
faire,
Réaliser un peu...
Paix donc... Qu'entends-je là ?...
Écoutez... là-dedans je crois qu'on est eu
fête.
En effet, c'est Lambert qui gronde et qui
tempêtes;
Près de sa belle il prend souvent de tels
ébats.
En ce cas là, Monsieur, il ne faut pas
Troubler mal-à-propos un tendre
tête-à-tête;
Fuyons plus vite, que le pas.
Lambert, Laurette
Air Lambert Non,
je suis trop en colère: Vaine
ruse ! Non,
je suis, &c.
Me diras-tu le contraire,
Quand moi-même j'ai vu le téméraire
Qui te faisoit les yeux doux ?
Pourquoi faire
Étoit-il à tes genoux ?
Mauvaise excuse
Me crois-tu donc assez buse
Pour m'en laisser amuser ?
Mais voilà comme en s'abuse
Quand on pense m'abuser.
Récitatif Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette,
froidement Lambert: Laurette: Lambert:
Mais, de sang froid, si vous daigniez m'entendre.
Non, je n'écoute tien.
Cependant c'est bien fort
De condamner ainsi les gens d'abord,
Sans leur donner le temps de se défendre.
J'ai peine à retenir un trop juste transport
Quand sur le fait je viens de la surprendre,
A se justifier elle ose encor prétendre !
L'apparence et le vrai sont souvent peu d'accord:
Qui les confond, risque de se méprendre,
On l'a vu mille fois.
Oh ! c'est toujours leur fort:
Pour bien juger en affaires pareilles,
Il faut sur-tout récuser le rapport
De ses yeux et de ses oreilles;
Croire qu'on est aveugle, en voyant à merveille:
Enfin, je ne sais par quel sort,
Écoutez une femme, elle n'a jamais tort.
Mais, quel juge a jamais prononcé la sentence,
Sans avoir pris du fait entiers connoissance ?
Mais, qu'ai-je ici besoin de plus grandes
clartés,
Quand j'ai de mes deux yeux tout vu ?
Je veux le croire,
Et demeure d'accord des faits que vous citez;
Oui, vous avez tout vu.
Quelles rares bontés
De convenir d'un fait quand il est si notoire ?
Mais, qu'est-ce dans le fonds dont vous vous irritez
Et qu'avez-vous tant vu qui me rende si noire ?
Mais... dis... me crois-tu donc tout-à-fait
dépourvu
De jugement et de mémoire ? Ce que j'ai vu
!
Oui, qu'avez-vous tant vu? Je le répète
encore.
Oh ! l'impudence extrême !
Quoi ! je n'ai donc pas vu le traître à tes
genoux ?
Vous avez dû le voir étant si près de
nous.
L'ai-je pas entendu te déclarer qu'il t'aime,
Te presser, te flatter des propos les plus doux ?
Peut-être avez-vous mieux entendu que
moi-même;
Tout le monde n'a pas l'oreille d'un jaloux;
Mais enfin, qu'en conclurez-vous ?
Qu'on ne peut être plus ingrate,
Plus perfide, plus scélérate !
Que toute femme est un serpent:
Qui le réchauffe et qui le flatte,
Le moment d'après s'en repent:
Le naturel pervers éclate,
Et le bienfaiteur imprudent
En est toujours payé d'un coup de dent.
Air Lambert Désormais
Je saurai mieux m'en défendre;
J'éprouve trop à quoi l'on doit
s'attendre,
Quand on se laisse surprendre
A de perfides attraits;
J'ai su l'apprendre:
Je ne l'oublierai jamais.
Récitatif Laurette:
Allons, avez-vous bien exhalé votre bile,
Et n'avez-vous rien gardé sur le cur ?
Peut-être serez-vous plus calme et plus
tranquille,
Après cet accès de fureur,
Et pourrez-vous entendre une leçon utile.
L'Amour est un enfant complaisant et docile,
Quand on le traite avec douceur;
Mais d'un jaloux la mine lui fait peur:
Il s'effarouche et cherche un autre asile,
Dès qu'il entend le ton grondeur;
Et s'il prend une fois son essor par malheur,
Le rappeler n'est pas chose facile.
Air Laurette Qu'espère
un amant
De son jaloux emportement ?
D'un plaisir charmant
Il se fait un cruel tourment.
On lui pardonne,
S'il papillonne,
De fleur en fleur,
Pourvu que, sans peine,
L'amour le ramène
À son premier vainqueur.
Mais an sauvage
Qui prend ombrage
D'un badinage
Fi ! eh fi !
Franchement je vous le dis:
Il faut, en aimant,
Erre toujours content,
Prévenant,
Complaisant,
Accommodant;
Toujours amusant.
Et s'il le faut chantant.
Dansant,
Folâtrant
A tout moment.
Mais un sauvage,
Pour rien faisant tapage,
Qui prend ombrage
Du moindre badinage,
Il n'est pas sage:
Je vous le dis,
Fi ! eh fi !
Franchement je vous le dis.
Récitatif Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette:
Ah ! j'ai tort en effet; c'est être bien sauvage
Que de ne vouloir pas tranquillement souffrir,
Que, sous mes yeux, une autre vienne offrit
En liberté ses vux et son hommage.
Mais si, sans le vouloir, je plais à d'autres
yeux,
De quoi suis-je donc si coupable ?
Faudroit-il, pour vous plaire mieux,
Qu'à tout autre que vous je parusse effroyable ?
C'est un goût, ce me semble, assez capricieux,
Qui, pour l'objet aimé, n'est pas fort honorable,
Que vouloir être seul à le trouver
aimable.
Le détour, je l'avoue, est fort ingénieux:
Je trouve de l'esprit à celui qui l'invente;
Mais je trouve bien sot celui qui s'en contente.
Eh bien ! puisqu'il vous faut parler sans nul
détour;
Allons au fait sans rien confondre.
Vous avez vu qu'il me parloir d'amour;
Mais m'avez-vous vue y répondre ?
Oh ! c'est encore un artifice usé
Qui ne sauroit tromper l'homme le moins rusé;
On sait bien qu'en pareille affaire,
Pour bien répondre, il suffit de se taire;
Les yeux savent parler un langage si doux,
Que c'est en dire assez que souffrir sans colère
Un téméraire à ses genoux.
Vous croyez donc que j'approuve sa flamme ?
Je dois le croire, après ce que j'ai vu.
Qu'un homme qui m'est inconnu,
En se montrant, a su gagner mon âme ?
Belle raison ! pour une femme:
C'est un titre de plus qu'être nouveau
venu.
Ingrat ! puisque tu fais cette insulte à ma
gloire,
Va, je te donnerai des raisons de le croire;
Et je saurai te fournir un peu mieux
De quoi réaliser ce doute injurieux.
Oui, je saurai l'aimer; et si cette victoire
Pouvoir coûter quelque peine à mon
cur,
Je te saurai si bien bannir de ma mémoire,
Qu'il le prendra pour son premier vainqueur.
Air Laurette Ingrat
! je romps ma chaîne; [elle
fait semblant de dire à part ce qui
suit] Hélas
! j'ai beau le dire,
Je te promets
Toute ma haine,
Pour jamais.
Mon cur ne le pense pas;
Il soupire
Tout bas !
Récitatif Lambert,
à part [il
se met a rêver] Laurette,
à part
Mais elle pourroit bien n'être pas si coupable.
Je connois Tracolin; il est avantageux,
Et ne doute jamais du succès de ses vux:
De son audace, au fond, est-elle responsable ?...
Je crains d'avoir un peu légèrement
Écouté la chaleur d'un premier
mouvement...
Le pis est qu'à son tour elle fera la
fière,
Si je conviens de mon emportement...
Que faire cependant! Je ne vois pas comment
Je pourrai, sans cela, raccommoder l'affaire.
A la fin, j'ai donc su calmer ce grand courroux !
Ce n'est pas assez pour ma gloire,
Et, pour achever ma victoire,
Il faut qu'il tombe à mes genoux.
Lambert, Laurette, Clarinel, compositeur
ridicule
Rcitatif Lambert,
à part Clarinel,
se mettant entre deux Lambert,
à part Clarinel: Lambert: Clarinel: Lambert: Clarinel: Lambert: Clarinel: Lambert,
à part [à
Clarinel] Allons,
Monsieur, voyons, si c'est votre désir. Clarinel: [il
prélude] Mais,
à propos, je pense Lambert: Clarinel: Lambert: Clarinel: [il
prélude] A propos,
remarquez bien les vers. Lambert: Clarinel: Lambert,
à part Clarinel,
toussant [il
chante ridiculement l'air suivant]
Allons, quoi qu'il m'en coûte,
Il faut bien s'y résoudre. [haut] Oh !
ça, Laurette écoute
Je veux...
Pardon, Monsieur. si je suis importun.
Je viens de composer un morceau de musique,
Oh ! quel morceau ! c'est du plus magnifique.
Monsieur, je veux le croire... Eh quoi ! toujours
quelqu'un
Viendra m'importuner !
D'honneur, il est unique:
Cherchez dans tous les airs, et faites-m'en voir un,
Je vous dis un, qui fasse au mien la nique.
Je n'en veux point douter, Monsieur; mais...
Je me pique
De montrer, en tout genre, un talent peu commun;
Mais j'excelle sur-tout dans le grand
pathétique.
Encore un coup, Monsieur, volontiers je le crois;
Mais si vous vouliez bien venir une autre fois.
Non; il est peu d'occasions propices:
Croyez-moi, saisissez au toupet celle-ci;
Car je fais cas de vous, et j'aurois du souci
Que de mon air un autre eût les prémices;
J'en serois outré.
Grand merci;
Mais, à vous dire vrai, je suis outré
moi-même
De n'avoir pas le temps.
Il ne faut qu'un moment,
Auquel vous n'aurez pas regret assurément.
Mais, je vous l'avouerai, ma surprise est extrême.
Quoi ? vous montrez si peu d'empressement,
Quand je vous fais une faveur suprême,
Que tant d'autres auroient saisie avidement ?
Je devrais en avoir quelque ressentiment.
Mais, pour vous faire voir à quel point-je vous
aime,
Je veux vous rendre heureux, en dépit de
vous-même;
Parbleu ! vous entendrez mon air, absolument.
Je vois bien qu'il n'est pas aisé de s'en
défendre,
Et je crois que j'aurai plutôt fait de
l'entendre.
Vous allez avoir du plaisir;
Écoutez bien.
Qu'il faut avant vous mettre au fait de l'action,
Afin que du sujet prenant l'intelligence,
Vous sentiez mieux du chant toute l'expression.
Eh ! Monsieur, le sujet de lui même s'explique.
Voyons tout d'un coup la musique; j'en suis
impatient.
Ouida ! je m'en doutois,
Et de votre bon goût je me le promettois.
Vous vous faisiez pourtant d'abord tirer l'oreille;
Mais je n'en étois pas la dupe, et j'y comptois:
Je connois mes gens à merveille.
Daignez donc satisfaire à mon empressement;
Si vous saviez combien je souffre, en ce moment,
Du temps que nous perdons en ces discours frivoles
!
Allons donc.
Encore !
Je les ai faits, et même les paroles.
Ah ! j'étouffe. Il me prend des mouvement divers
De le jeter dehors par les épaules.
Je suis d'un rhume affreux; l'hiver
très-discourtois
Semble en vouloir sur-tout aux belles voix.
Air Clarinel Ah
! mon cur soupire, Mais
enfin, il faut prendre un parti;
Ah ! Cloris j'expire !
Mais quand tu vois ce fier martyre,
En dois-tu rire ainsi,
Sans, en avoir aucun souci ?
Je renonce à l'inhumaine,
Et d'une si rude chaîne,
Pour lamais, enfin, je suis sorti.
Récitatif Clarinel,
à Lambert, après qu'il a
chanté Lambert: Clarinel: [il
s'en va] Lambert: [Clarinel
revient pour faire admirer à Lambert
différents traits de l'air qu'il a chanté;
celui-ci parvient enfin à le mettre dehors, et ferme
la porte à double tour] Pour
empêcher son importun retour, [Clarinel
chante encore par le trou de la serrure]
Eh bien ! vous semble-t-il digne un peu, qu'on l'admire
?
Il est digne de vous, Monsieur, et c'est tout
dire.
Je suis ravi qu'il soit de votre goût;
Et je vais hardiment le produire par-tout.
Adieu.
Je suit au bout de mon martyre.
Je crois qu'il faut fermer la porte à double
tour.
Lambert, Laurette
Récitatif Lambert: [à
Laurette] Que t'en
semble, Laurette? est-il pire supplice, Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Laurette:
Est-il pire fléau que ces sots personnages,
Qui vont assassinant les gens de leurs ouvrages ?
Que du plus loin chacun fuit à grands pas,
Qui sont la bête noire et ne s'en doutent pas
?
Dont le courroux du ciel quelquefois nous punisse
?
Le ciel vous a traité, Monsieur, bien doucement.
Si c'est, à votre avis, son plus dur
châtiment,
Il en est au dessus, et j'en connois sans
doute...
Ah ! tu boudes encore ! Oh ça, Laurette,
écoute;
J'ai trop cédé peut-être à mon
premier transport;
Un rien met quelquefois la cervelle en déroute;
Je veux croire qu'au fond tu n'as pas tant de tort.
Faisons la paix, et, d'un commun accord,
Oublions le passé.
Non, Monsieur, au contraire;
Je crois qu'il faut très fort s'en souvenir,
Pour n'avoir plus querelle ensemble à
l'avenir.
Nous n'en aurons plus, je l'espère.
Oh ! je l'espère bien aussi.
Je verrai mille amants empressés à te
plaire,
Sans que j'en prenne aucun souci.
Moi, je vous fournirai, dans peu, laissez-moi faire,
De très-bonnes raison& pour en agir
ainsi.
Pour vivre désormais en bonne intelligence,
Je sais un bon moyen; ayons de l'indulgence
Et passons-nous tous deux quelques
vivacités.
Moi, j'en sais un meilleur, et qui des deux
côtés
Nous sauvera l'ennui de tant de complaisance.
Séparons-nous.
Quel arrêt inhumain !
Nous séparer !
Que serviroit d'attendre ?
C'est un parti qu'il faudroit toujours prendre;
Il vaut mieux que ce soit aujourd'hui que demain.
Quoi ! tu pourrois former un tel dessein ?
Tu garderois ce prix, cruelle !
A tant de soins, à tant de zèle,
Que j'espérois ne pas placer en vain ?
Mais, Monsieur, rendez-vous justice,
Tout ce zèle et ces soins, puisqu'il faut les
priser,
Vous donnent-ils le droit de me tyranniser ?
Faut-il de mon repos leur faire un sacrifice ?
Et quelle loi peuvent-ils m'imposer ?
D'être ici le jouet d'un éternel caprice ?
Non, Monsieur, il est temps que je m'en affranchisse:
Je n'ai que trop souffert d'un tyran, d'un jaloux,
Qui, pour un rien, s'enflammant de courroux,
Même de son amour sait me faire un
supplice.
Je reconnois ma faute, et veux la réparer.
Il n'est plus temps; il faut nous séparer.
Air Lambert Grâce
! sois plus traitable,
Charitable,
Pitoyable,
Favorable
Au repentir d'un coupable !
Montre-lui quelque pitié,
Quelque amitié !
Récitatif Lambert: Pour
t'apaiser, que faut-il que je fasse ? [il
se jette aux genoux de Laurette]
C'est l'amour qui m'anime:
S'il m'a fait trop écouter un courroux,
Que j'ai cru légitime,
L'amour, qui fait le crime,
Doit faire aussi l'excuse d'un jaloux.
Grâce ! grâce pour un coupable !
Montre lui quelque pitié,
Quelque amitié !
Faut-il, pour obtenir ma grâce,
Que je la demande à genoux ?
M'y voilà, calme ton courroux.
Lambert, Laurette, Tracolin
Récitatif Tracolin,
le surprenant Lambert,
à part, se relevant brusquement Laurette,
à Tracolin Tracolin,
se félicitant [à
part] Oh ! je
vois clairement la fin de tout ceci; Lambert,
à part, tristement Laurette: [Tracolin,
qui présentoit déjà la sienne, reste
confondu] Lambert,
surpris agréablement Laurette: Tracolin,
sortant de son étonnement Laurette: Tracolin: [à
Lambert] Toi,
cependant, touche-là, sans rancune:
Ah ! ah ! je puis, à mon tour, vous y prendre
!
Oh ! que je suis confus qu'il ait su me surprendre
?
Fort à propos, Monsieur, vous arrivez ici;
J'ai besoin de votre présence
Pour finir cette affaire-ci,
Et pour faire connaître au fond comme je
pense.
Mademoiselle... grand merci.
Elle me va donner la préférence.
Elle me va prononcer ma sentence.
Je vais tout haut déclarer mon vainqueur;
Je ne puis mieux, je crois, l'assurer de mon cur,
Qu'en rendant un rival le témoin de sa gloire
?...
Lambert, voilà ma main.
O ciel ! le puis-je croire ?
Oui, ta soumission apaise mon courroux;
Et, puisqu'il faut tout dire en des moment si doux,
J'ai voulu seulement alarmer ta tendresse,
Pour m'en assurer mieux.
Ah ! petite traîtresse !
C'est donc à moi que vous faites la pièce
?
Je ne veux point chercher à m'excuser;
Mais en vous écoutant, Monsieur, je le confesse,
J'aurais pu davantage encor vous abuser.
Quoique je sois peu fait à pareille aventure,
Je n'irai pas m'en pendre, je vous jure;
Je serai plus heureux peut-être avec le temps:
Je reviens ici tous les ans...
De tout mon cur, mon cher Lambert,
Je te fais compliment de ta bonne fortune;
Et de crainte qu'ici ma présence importune,
Je vais joindre là-haut les Acteurs du
Concert.
Lambert, Laurette
Dialogue
en duo Laurette: Lambert: Laurette: Lambert: Ensemble:
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de page
A celle qui t'engage,
Donne ta main pour gage
De ta sincère ardeur.
Oui,
du plus tendre hommage
Reçois, reçois pour gage,
Et ma main et mon cur.
Je t'aime !
Je
t'aime !
Cent
fois plus que moi-même.
Et nuit et jour
Je meurs d'amour.