Artaserse
Dramma
per musica in tre atti
livret
de Pietro Metastasio
donné au Teatro San Giovanni Grisostomo, 1744
musique
de: Domènec
Terradellas
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ACTE UN
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Un
jardin à l'intérieur du palais du roi de
Perse, qui communique avec plusieurs appartements.
De là, vue sur le palais.
Nuit de lune
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Récitatif
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Arbace:
Adieu.
Mandane:
Écoute -moi, Arbace.
Arbace:
Hélas ! comme l'aurore,
Mandane adorée, est proche déjà !
Si Serse venait à apprendre
qu'en dépit de son ordre cruel,
j'ai pénétré dans ce palais,
il ne suffirait pas pour ma défense
d'un transport amoureux qui me viendrait en aide,
il ne suffirait pas pour toi d'être sa
fille.
Mandane:
C'est une sage crainte, et ce royal séjour
est pour toi périlleux; mais tu peux cependant
demeurer dans les murs de Suse.
Serse de ce palais t'exile,
mais non de la cité. Tout espérance
n'est pas perdue encore. Artabane,
tu le sais, est ton très puissant père,
sur le cur de Serse il gouverne à son
gré,
tu sais aussi qu'il peut pénétrer à
toute heure
dans les recoins les plus secrets
de ce royal palais, et tu sais que mon frère,
Artaserse, se flatte de ton amitié.
Arbace:
Ô chère, c'est nous abuser. Ton
frère
en vain voudra m'aider; lorsqu'il s'agit de prendre
la défense d'Arbace, il en devient suspect
tout autant que mon père.
Puisque être né vassal
me rend coupable, ô mon aimée, je veux,
je veux mourir ou bien te mériter. Adieu.
[il
est sur le point de sortir]
Mandane:
Demeure ! Attends ! Hélas, ma vie !
Je n'ai point le cur à souffrir
que tu me quittes; c'est moi qui partira.
Adieu, mon bien-aimé.
Arbace:
Ô ma princesse, adieu.
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Air
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Mandane
Conserve-moi
ta foi,
pense que je demeure et que je souffre,
et quelquefois, du moins,
souviens-toi de moi.
Par la
grâce d'amour,
parlant avec mon cur,
c'est avec moi que je m'entretiendrai.
[elle
part]
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Scène
2
Arbace, puis Artabane, tenant une épée
sanglante
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Récitatif
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Arbace:
Ordre barbare ! Amer départ !
Moment cruel qui me sépare
de celle pour qui je vis, et qui ne me tue pas !
Artabane:
Arbace, mon fils.
Arbace:
Seigneur.
Artabane:
Donne-moi ton fer.
Arbace:
Le voici.
Artabane:
Prends le mien. Fuis, et cache
ce sang à tous les regards.
Arbace:
Oh dieux ! Quel sein
a donc versé ce sang ?
[regardant
l'épée]
Artabane:
Pars. Tu sauras tout de moi.
Arbace:
Cette pâleur, ô père,
ces regards plein de craintes,
m'emplissent de terreur. Je frémis de t'entendre
prononcer à grand-peine une seule parole.
Parle, dis-moi, que s'est-il donc passé ?
Artabane:
Tu es vengé !
Serse par cette main a expiré.
Arbace:
Que dis-tu ? Qu'entends-je ? Qu'as-tu fait ?
Artabane:
Mon fils aimé,
l'outrage qu'on te fit a armé ma colère,
c'est pour toi que je suis coupable.
Arbace:
Pour moi, coupable ? A mes malheurs,
Ah ! celui-ci manquait encore ! Et que feras-tu ?
Artabane:
J'ourdis un grand dessein.
Tu régneras peut-être. Pars; pour qu'il
s'accomplisse, il faut que je demeure.
Arbace:
En ces moments terribles,
je ne sais où aller.
Artabane:
Et tu tardes encore ?
Arbace:
Oh dieu !
Artabane:
Va, il suffit ! et laisse-moi en paix.
Arbace:
Quel jour affreux, ô malheureux Arbace !
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Air
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Arbace
Au
milieu de tourments effroyables,
je palpite, je tremble et je sens
que mon cur, que de mes vaines
mon sang, glacé, s'enfuit.
J'entrevois
de celle que j'aime
le trop cruel martyre,
et je pleure la vertu
désormais privée d'un
père.
[il
part]
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Scène
3
Artabane, puis Artaserse et Megabise, accompagnés de
gardes
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Récitatif
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Artaserse:
Cher Artabane, oh ! combien aujourd'hui
Tu m'es nécessaire ! J'implore tes conseils,
Ton aide, ta vengeance et ta fidélité
!
Artabane:
Prince, ces confuses paroles
M'emplissent de terreur.
Parle plus clairement.
Artaserse:
Oh dieu !
Sur sa couche souillée
Mon père gît, sans vie.
Arbace:
Et comment se peut-il ?
Artaserse:
Je ne sais. De cette nuit funeste
Dans l'ombre et le silence,
Une âme scélérate a commis ce
forfait.
Artabane:
Ô folle, ô vile soif
Du pouvoir ! Quelle pitié,
Quel lien sacré de la nature,
Pourrait refréner ta fureur ?
Artaserse:
Je le devine, ami.
C'est son perfide frère,
C'est Dario le coupable.
Artabane:
Et qui d'autre pouvait pénétrer
De nuit dans le palais ? Qui a pu s'approcher
De la couche royale ? Les anciennes querelles,
Son fourbe esprit toujours avide
Du sceptre paternel... Tes jours, je le devine,
Sont en danger. Prends garde, par pitié !
Une crime bien souvent
D'un autre est aussitôt suivi.
Venge ton père
et sauve-toi toi-même.
Artaserse:
Ah ! y-a-t-il quelqu'un qui puisse éprouver de la
sentir la pitié pour un roi meurtrier,
horreur d'un crime affreux,
par amitié pour moi, vengez-moi,
punissez le parricide, le traître.
Artabane:
Gardes, en Artarserse,
c'est un prince, un fils qui vous parle,
Et si vous le voulez, c'est aussi votre roi.
Faites votre devoir, punissez le coupable.
Je suis votre chef, et moi-même
Je guiderai votre fureur.
(Le sort est favorable à mes desseins.)
Artaserse:
Demeure ! Où cours-tu ? Écoute.
La vengeance, peut-être,
Offenserait le père autant que le forfait.
Dario est fils de Serse.
Artabane:
Mais t'exhorter à la clémence
Serait un conseil scélérat.
Qui a tué un père renonce au nom du
fils.
[il
part]
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Scène
4
Semira, Artaserse,
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Récitatif
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Semira:
Ah, prince, où courez-vous ?
Artaserse:
Adieu, Semira.
Semira:
Tu me fuis donc, Artaserse ?
Écoute, ne pars pas.
Artaserse:
Laisse-moi, maintenant,
Ne me retiens pas davantage.
Semira:
C'est là l'accueil que tu réserves
A qui soupire pour toi?
Artaserse:
Si je t'écoute encore,
Je manque à mon devoir.
Semira:
Eh bien, ingrat, va !
Je vois ton mépris.
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Air
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Artaserse
Par
pitié, toi que j'adore,
ne m'appelle pas ingrat.
De malheurs et d'infortunes
le ciel assez m'a comblé.
Que
je te reste fidèle,
que tes beaux yeux me font souffrir,
Amour le sait, les dieux le savent,
mon cur le sait, le tien aussi.
[il
part]
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Scène
5
Semira et Megabise
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Récitatif
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Semira:
Je crains un grand malheur.
Mon frère Arbace
Pars avant l'aube, et je rencontre mon père
Armé, qui ne dit mot. Artaserse,
L'esprit troublé, accuse le ciel et m'abandonne.
Megabise, qu'y-a-t-il ? Si tu le sais,
Parmi tant de craintes qui assaillent mon cur,
Dis-moi ce que je dois redouter.
Megabise:
Toi seule ignore donc que tout à l'heure
Serse dans son sommeil fut poignardé ?
Que Dario est le meurtrier ? Que le palais
S'embrase tout entier des luttes fraternelles ?
Semira:
Qu'entends-je ? A présent tout s'éclaire !
Pauvres de nous ! Ah ! malheureuse Perse !
Megabise:
Pourrait-on, ô chère âme
[d'un
air tendre]
Te voir et
ne pas t'aimer ?
Semira:
Et qui te force
A regarder mon visage ? Va, et trouve bien vite
Une autre qui saura mieux répondre à tes
feux.
Megabise:
Ah ! Fuir ne sert à rien.
Je porte dans mon cur
Ton image gravée; cette âme habituée
A t'admirer de près, même de loin
Te voit encore, ô mon aimée.
Quand l'habitude en nature s'est changée,
L'âme en songe contemple ce dont elle est
privée.
Qui sait, un jour peut-être,
De ce regard altier,
Mon amour obtiendra un plus tendre
verdict.
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Air
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Megabise
Alors
que la mer en fureur
bouillonne au sein de la tempête,
le sage nocher ne craint rien,
mais s'arrête et, sans se troubler,
contemple le flot déchaînée
qui le fait du rivage aimé
s'éloigner toujours davantage.
Ainsi
je contemple ce cur,
et ce regard plein de dédain,
sans cesser d'espérer l'amour
qu'aujourd'hui ce cur me refuse.
[elle
part]
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Récitatif
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Semira:
Ô vous, de la Perse
Divinités protectrices, à cet empire
Conservez Artaserse. Hélas, dois-je le perdre,
S'il triomphe de Dario ! Vassal, il m'adorait,
Roi, il m'ignorera.
Mais quoi ! Un si noble dessein
Ne vaut-il pas mes pleurs ? Je consens à
Le perdre, pourvu qu'il règne, pourvu
Qu'il vive ! Je serais scélérate
Si pour l'avoir toujours je désirais sa mort.
De ce dessein, ô dieux ! je ne me repens
pas.
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Air
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Semira
Consentir
à perdre,
par excès d'amour,
un peu de son âme
dans l'objet qu'on aime,
c'est une peine plus cruelle
que la plus cruelle douleur.
Mais
dans mes tourments
je serai heureuse,
si mon bien-aimé
soupire et me dit:
"Amour, pour Semira,
fut trop ingrat."
[elle
sort]
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Scène
7
Mandane, puis Artaserse
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Récitatif
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Mandane:
Où fuir ? Où courir ?
De ce palais funeste
Qui me délivrera ? Qui peut me conseiller ?
Sur et amante et fille,
Infortunée, je perds en cet instant
Mes frères et mon père et mon
amant.
Artaserse:
Ah ! Mandane...
Mandane:
Artaserse, dis-moi,
Dario respire-t-il ? Ou dans le sang d'un frère
As-tu déjà commis un nouveau crime
?
Artaserse:
Je n'ai aucun désir, princesse,
Que de demeurer innocent. Le zèle, oh ciel !
Arracha de mes lèvres
Un ordre trop cruel; à peine prononcé
J'en ai conçu l'horreur. Afin de l'empêcher
Je parcours éperdu ce palais,
En vain cherchant de Dario et d'Artabane...
Mandane:
Voici Artabane.
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Scène
8
Artabane, et les mêmes
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Récitatif
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Artabane:
Seigneur...
Artaserse:
Ami...
Artabane:
Je te cherchai.
Artaserse:
Et moi, j'allais
à ta rencontre.
Artabane:
As-tu peur pour ta vie ?
Artaserse:
J'ai peur.
Artabane:
Ne crains plus; tout est accompli.
Artaserse est roi, et Dario est puni.
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Scène
9
Semira, et les mêmes
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Récitatif
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Semira:
Artaserse respire !
Artaserse:
Et comment se peut-il, Semira, en un tel jour,
Que tu viennes à nous le regard plein de joie
?
Semira:
Dario n'est point l'assassin de Serse.
Mandane:
Qu'entends-je ?
Artaserse:
D'où tiens-tu la nouvelle ?
Semira:
De l'infâme assassin
La capture est certaine. Sous les murailles
Des jardins du palais, tes hommes d'armes
Le gardent prisonnier. Sa fuite l'a trahi,
De même que l'endroit, ses confuses paroles,
Et son visage blême,
et son fer de sang tout fumant.
Artaserse:
Où est le scélérat ?
Conduisez-le ici !
[les
gardes sortent]
Artabane:
Je m'en vais de ce pas
Du prisonnier hâter la venue.
[il va
pour sortir]
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Scène
10
Les mêmes, Megabise, puis Arbace, sans armes et
entouré de gardes
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Récitatif
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Megabise:
Arbace est le coupable.
Artaserse,
Semira:
Qu'entends-je ?
Megabise:
Vois le crime sur ce visage.
[il
fait signe à Arbace de s'avancer]
Artaserse:
Mon ami !
Artabane:
Mon fils !
Semira:
Mon frère !
Mandane:
Mon amant !
Artaserse:
C'est donc ainsi, Arbace,
Que tu te montres à mes yeux ? Et dans
Ton cur tu as pu nourrir un tel crime ?
Arbace:
Je suis innocent.
Mandane:
(Plût au ciel qu'il dît vrai !)
Artaserse:
Si tu es innocent,
Défends-toi donc, dissipe
Les soupçons, fais voir aux yeux de tous
Les preuves de ton innocence !
Arbace:
Je ne suis pas coupable,
C'est ma seule défense.
Artabane:
(Fasse le ciel qu'il persiste à se taire
!)
Mandane:
Mais ta haine
Contre Serse ?
Arbace:
Elle était juste.
Artaserse:
Ta fuite ?
Arbace:
Elle fut vraie.
Mandane:
Ton silence ?
Arbace:
Il est nécessaire.
Artaserse:
Et cet aspect confus ?
Arbace:
L'état où je me trouve assez bien vous
l'explique.
Mandane:
Et ce fer ruisselant d'un sang encore chaud ?
Arbace:
Il était dans ma main, je ne puis le nier.
Artaserse:
Et tu n'es pas coupable ?
Mandane:
Et tu n'es pas le meurtrier ?
Arbace:
Je suis innocent.
Artaserse:
Les apparences, Arbace,
T'accusent pourtant, te condamnent.
Arbace:
Je le vois bien aussi,
mais elles sont trompeuses.
Artaserse:
Tu ne dis rien, Semira ?
Semira:
Je demeure confuse.
Artaserse:
Parle, Artabane !
Artabane:
Dispose, et si pour lui te reste
Quelque amour, oublie-le à jamais.
Artaserse:
Je décide, mais de quel cur... Oh dieu
!
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Air
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Artaserse
Ah
! laissez-moi en paix
un moment respirer !
Ma raison est impuissante
à prendre un quelconque parti.
Je
suis au même instant
juge, ami et amant,
coupable et souverain.
[il
part]
|
Scène
11
Mandane, Semira, Arbace, Artabane, Megabise, et les
gardes
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Récitatif
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Arbace:
Tu détournes les yeux, mon père ? De tout
Autre sans me plaindre j'aurais souffert
D'être accusé, mais que l'accusateur,
Que celui qui veut mon trépas,
Soit l'homme aussi qui me donna la vie,
Me remplit d'épouvante et me glace le cur.
Qu'un père pour son fils montre quelque pitié
!
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Air
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Artabane
Je
ne suis plus ton père
et tu n'es pas mon fils;
je n'ai pas de pitié
pour un traître.
Toi
seul es cause
de ta perte;
tu fais le malheur
de ton père.
[il
part]
|
Scène
12
Mandane, Semira, Arbace, Megabise, et les
gardes
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Récitatif
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Arbace:
Pour quel crime, barbares dieux,
Suis-je à ce point l'objet de votre haine ?
Ah ! que Semira, au moins, m'écoute,
et me plaigne.
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Air
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Semira
Prouve
ton innocence,
et je t'écouterai, si tu le veux,
pour toi je ferai tout.
Mais
tant que je te vois coupable,
je ne puis à tes maux compatir,
ni te défendre.
[elle
sort]
|
Scène
13
Mandane, Arbace, Megabise, et les gardes
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Récitatif
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Arbace:
Il n'y a donc personne qui veuille me tuer ?
Ah ! Megabise, si tu as pitié...
Megabise:
Plus un mot.
Arbace:
Ah ! princesse...
Mandane:
Ôte-toi de ma vue !
Arbace:
Écoute, ami...
Megabise:
Je n'entends pas un traître.
[il
part]
Arbace:
Que Mandane, du moins,
Daigne un instant m'entendre.
Mandane:
D'un traître je ne veux rien savoir.
[elle
va pour sortir]
Arbace:
(Ah ! qu'un père cruel me coûte de malheurs
!)
Chère, si tu savais...
Mandane:
Ta haine de Serse
Parle fort clairement.
Arbace:
Tu ne comprends donc pas...
Mandane:
J'ai compris tes menaces.
Arbace:
Tu te trompes pourtant.
Mandane:
C'est toi qui m'as trompée, perfide,
Quand je t'ai cru fidèle
Et que j'ai tant aimé.
Arbace:
Et maintenant...
Mandane:
Tu m'es odieux.
Arbace:
Tu es...
Mandane:
Ton ennemie.
Arbace:
Et tu veux...
Mandane:
Ta mort.
Arbace:
Et ces tendres transports...
Mandane:
Se sont changés en haine.
Arbace:
Tu ne me crois donc plus ?
Mandane:
Non, je ne te crois plus, infâme !
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Air
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Mandane
Dis-moi
que tu es scélérat,
dis-moi que ton cur est de pierre,
perfide, traître !
Alors je te croirai.
(Je
voudrais l'oublier,
le haïr, oh Dieu ! je voudrais;
mais je sens, hélas, que ma haine
est trop faible contre lui.)
Dis-moi
que tu es scélérat,
dis-moi que ton cur est de pierre,
perfide, traître !
Alors je te croirai.
[elle
part]
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Scène
14
Arbace, et les gardes
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Récitatif
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Arbace:
Le
sort a-t-il encore d'autres malheurs
Pour m'accabler ? En un seul jour,
J'ai subi tous les maux ! Je pers l'ami,
Ma sur m'outrage, mon père m'accuse,
Celle que j'aime pleure, et je dois me taire !
Et je ne puis parler ! Ah ! Y a-t-il au
Monde âme plus affligée que la mienne ?
Ô justes dieux ! Pitié ! Si contre moi
Votre courroux demeure inexorable,
C'est trop exiger de la constance !
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|
Air
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Arbace
Quand
frémit l'onde en courroux
aux fureurs des vents déchaînés,
le passager au désespoir
redoute la mer et les astres,
et pense faire naufrage.
Pourtant,
par la vague même qui lui causait tant de terreur,
vents et flots s'étant apaisés,
vers le port il est ramené.
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haut
de page

ACTE DEUX
|
Une
salle du palais communiquant avec les appartements
royaux.
|
Scène
1
Artabane, puis Megabise
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Récitatif
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Artabane:
De ton trop faible cur, Artabane,
Tu dois triompher. Qu'un téméraire fils
A ton sort soit livré. Ah ! Megabise,
Vois quel est mon malheur ! Mon fils renonce
au trône et à la liberté. De ses jours
il n'a cure,
Et se perdant lui-même, il nous perd avec
lui.
Megabise:
Que dis-tu là ?
Artabane:
C'est en vain qu'avec lui j'ai voulu discourir.
Megabise:
Par la force courrons
De son cachot le libérer.
Artabane:
Le temps que nous perdrions
A vouloir triompher de la fidélité
Et de la vaillance des gardes,
Laisseraient au tyran le temps de se
défendre.
Megabise:
Il est vrai. Eh bien ! Qu'Artaserse d'abord
Périsse sous nos coups, et puis sauvons
Arbace.
Artabane:
Mais la vie de mon fils
En otage demeure.
Megabise:
Mais si pendant ce temps
Arbace est condamné ?
Artabane:
Ah ! le péril extrême
Pour le plus prompt remède
Nous fera décider.
Megabise:
De moi tu peux disposer à ta guise.
Artabane:
Ah ! ne me trahis pas, ami !
Megabise:
Moi, te trahir ! Ah, seigneur.! Que dis-tu ?
Me crois-tu si ingrat ? Je me souviens encore
De mes humbles origines. A ta main je dois
Tout ce que je possède; et de la lie du peuple
C'est toi qui m'élevas aux plus hautes fonctions.
Moi, te trahir ! Ah, seigneur, que dis-tu ?
Artabane:
Ce que je fis pour toi, ô Megabise,
Est peu, en vérité. Si le sort m'est
propice,
tu verras l'étendue de mon amour pour toi.
Je sais quels sentiments à Semira te lient,
Et loin de les blâmer... La voici. Qu'un seul mot
T'assure son amour et tous deux nous
Unisse par des liens plus étroits.
Megabise:
Oh, joie inespérée !
|
Scène
2
Semira, les mêmes
|
|
Récitatif
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Artabane:
Ma fille, voici ton époux.
Semira:
(Qu'entends-je ? oh ciel !)
Est-il bien temps, cher père,
De songer à l'hymen quand mon
frère...
Artabane:
Il suffit ! Ta main peut à ce frère
Être d'un grand secours.
Semira:
Le sacrifice est grand.
Seigneur, réfléchis mieux. Je
suis...
Artabane:
Tu es folle, si tu n'obéis pas.
Voici ton époux, je le veux, il suffit.
|
|
Air
|
|
|
|
Artabane
Je
t'ordonne à présent de l'aimer,
A mon vouloir tu dois te conformer;
Peut-être, en cet amour fidèle,
Seras-tu plus heureuse,
Peut-être, enfin, trouverais-je la
paix.
Et
pour me contenter,
A ses transports je veux que tu répondes;
Ainsi un jour peut-être, par ton
obéissance,
Serai-je plus heureux.
[il
part]
|
|
Récitatif
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Semira:
C'est bien, j'obéirai. Ecoute cependant:
Ne va point te flatter
D'être aimé en retour.
Megabise:
Je ne l'exige pas, Semira, et me contente
De te voir mon épouse; et si pour ta vengeance
Il te suffit de me haïr,
Sans me plaindre un instant je subirai ta haine.
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|
Air
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Megabise
Ne
crains pas que je t'appelle
Âme perfide, cur ingrat;
T'avoir à mes côtés, et même en
ennemie,
C'est encore pour moi un bonheur sans
égal.
J'exècre
la folie
D'un amant importun,
Qui voudrait des pensées encore
Borner la liberté.
[il
part]
|
Scène
4
Semira, puis Mandane
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Récitatif
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Semira:
Que de malheurs en un seul jour
S'unissent pour me perdre.
Écoute donc, Mandane !
Mandane:
Semira, ne me retiens pas.
Semira:
Où cours-tu donc ainsi ?
Mandane:
Je vais au conseil royal.
Semira:
Je t'accompagnerai, si je puis apporter
Quelque secours au malheureux Arbace.
Mandane:
Nos intérêts divergent:
Tu veux, toi, le sauver, et moi, le voir
périr.
Semira:
Ah ! l'amante d'Arbace
Peut-elle ainsi parler ?
Mandane:
La fille de Serse
Semira, parle ainsi.
Semira:
Mon frère, ou bien n'est pas coupable
Ou ne l'est que par toi,
Pour t'avoir trop aimée...
Mandane:
Ah ! de toutes ses fautes
C'est bien là la plus grande, et je dois par sa
mort
Me justifier moi-même.
Semira:
Et n'est-ce pas assez pour le punir,
De la rigueur des lois qui aujourd'hui l'accablent,
Sans ce zèle que ton courroux t'inspire ?
Mandane:
Non, ce n'est pas assez.
Je crains d'Artaserse
La trop faible amitié.
Semira:
Ah bien ! Hâte ce coup fatal,
Accuse-le, cruelle,
Exige son trépas. Mais avant de parler,
Mesure bien ta fermeté.
Mandane:
Ah, barbare Semira !
Que t'ai-je fait ? Pourquoi réveilles-tu
Cette pitié coupable à mon devoir rebelle,
Et qu'au fond de mon cur
A force de vertu j'ai réduit au silence ?
Pourquoi, avec ces mots qui brisent mon courage,
Viens-tu dans mes pensées
Ranimer la discorde ?
|
|
Air
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|
Mandane
Si
d'un amour tyrannique
J'ai cru pouvoir triompher,
Laisse-moi à mes chimères,
Laisse-moi donc m'abuser.
Parmi tant de peines amères,
Je n'ai plus rien à désirer
Que ce bien, hélas, trop funeste.
Je
te parle de ma haine,
Tu me rappelles mon amour.
Tais-toi, cruelle, oh Ciel !
Tes barbares paroles
Me font perdre l'esprit.
[elle
sort]
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Récitatif
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Semira:
Auquel de tant de maux
Résister le premier ? Mandane, Arbace,
Megabise, Artaserse, mon père,
Tous sont mes ennemies. Chacun mène la charge
Contre une part de mon trop faible cur;
Quand je résiste à l'un,
Je suis livrée aux autres
Et reste sans défense, et ne puis à moi
seule
Soutenir leurs assauts contre moi réunis.
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Air
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Semira
L'oiselet
pris au piège
Chante, gémit, et implore secours;
Mais il trouve en un cur sensible
La pitié qui lui rend la vie
Et lui offre la liberté.
Seule,
hélas, infortunée,
Je demeure abandonnée,
Et ne trouve, en mon malheur,
Aucun signe de pitié.
[elle
part]
|
|
La
grande salle du conseil royal, avec le trône d'un
côté et des sièges de l'autre pour les
grands du royaume. Une table et une chaise à droite
du trône. Artaserse, précédé par
une grande partie des gardes et des grands du royaume, et
suivi par le reste des gardes
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Récitatif
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Artaserse:
Ah, viens !
[faisant
signe à Artabane, qui entre]
Console-moi,
Artabane. As-tu pour Arbace
Trouvé quelque défense ? Est-il
innocenté ?
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Scène
7
Artabane, et les mêmes
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Récitatif
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Artabane:
Ta pitié, comme la mienne, est vaine. De son
Salut il ne se soucie point et n'a plus
d'espérance.
Artaserse:
Ainsi donc à le condamner
L'ingrat voudrait-il me réduite ?
Semira:
A le condamner ? Ah ! cruel !
Sous une hache infâme
Faudra-t-il voir
Le frère de Semira ?
Artaserse:
Semira, c'est à tort que tu
M'accuses de cruauté. Que puis-je faire
Si rien ne le défend ? Que ferais-tu toi-même
?
Que ferait Artabane ? Gardes, holà !
Que l'on amène Arbace ! Et qu'un père
Lui-même soit juge de son fils. Qu'il
l'écoute,
Et peut-être l'acquitte, s'il le peut.
Je remets entre ses mains tout mon pouvoir royal.
Artabane:
Ah, seigneur ! Quelle épreuve...
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Scène
8
Arbace, conduit par les gardes et enchaîné, et
les mêmes
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Récitatif
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Arbace:
Je suis donc pour la Perse un tel objet de haine
Que pour contempler l'injustice
De mon funeste sort, elle s'assemble toute ?
Mon roi...
Artaserse:
Nomme-moi ton ami; car je désire l'être,
Pour pouvoir douter de ton crime.
Et puisqu'un si beau nom
Serait pour un juge une faute,
Le soi de te juger à ton père est
commis.
Arbace:
A mon père !
Artaserse:
A lui seul.
Arbace:
(L'effroi glace mon sang !)
Artabane:
Que dis-tu de ce coup ?
Peut être admires-tu ma fermeté ?
Arbace:
(Oh, père infortuné !)
Mandane:
Nul ici n' est venu pour entendre
Parler de ce qui vous afflige.
Qu'Arbace se défende ou qu'il soit
condamné.
Arbace:
(Quelle rigueur !)
Artabane:
Eh bien, qu'à mes questions
Le coupable réponde. Nous t'accusons, Arbace,
D'être le meurtrier de Serse. Tout le prouve:
Un amour téméraire,
Une haine rebelle...
Arbace:
Et le fer et le sang,
Et le temps, et le lieu, et ma crainte, et ma fuite,
Je sais que tout cela rend ma faute certaine;
Mais tout m'accuse à tort et je suis
innocent.
Artabane:
Prouve-le, s'il se peut, apaise le courroux
De Mandane outragée.
Arbace:
Ô mon roi, je ne trouve
Ni faute, ni défense,
Ni sujet de me repentir; quand mille fois
Tu me demanderais la raison d'un tel crime,
Mille fois sans détours je répondrais
ainsi.
Artabane:
(Ô digne fils !)
Mandane:
Qu'il parle ou qu'il se taise. Il n'est pas
Moins coupable. Eh bien, quelle sentence ?
Que fait le juge ? Est-ce donc là ce père
Qui prétendait venger un double affront ?
Arbace:
Veux-tu mon trépas, ô Mandane ?
Mandane:
(Du courage, mon âme !)
Artabane:
Princesse, ton courroux
Anime ma vertu. Que la rigueur d'un père
Demeure pour la Perse un exemple sublime
De justice et de loyauté, tel qu'on n'en vit
jamais.
Je condamne mon fils !
Qu'Arbace périsse !
[il
signe la feuille]
Mandane:
(Oh dieu !)
Artaserse:
Suspend encore, ami,
Ce fatal décret.
Artabane:
J'ai signé,
Mon devoir est accompli.
[il se
lève et tend la feuille à
Artaserse]
(L'effroi
me saisit !)
Mandane:
(Je me meurs !)
Arbace:
O téméraire Arbace,
Où donc t'égarais-tu ? Ah ! mon père,
pardonne.
Me voici à tes pieds. Pardonne les transports
D'une douleur extrême.
Eh bien, que tout mon sang soit versé, je ne
Me plains pas. Et loin de l'appeler barbare,
Je baise cette main qui me condamne.
Artabane:
Il suffit, lève-toi. Ah ! de te plaindre,
hélas,
Tu n'as que trop sujet.
Mais sache... (Oh dieux !)
Embrasse-moi et pars.
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Air
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Arbace
Par
cet embrassement,
Par cet adieu suprême,
Garde-moi ton amour,
Apaise mon aimée,
Défends toujours mon roi.
Je
puis mourir heureux
Si le sort de la Perse
Par ma mort devient plus serein.
[il
sort, entouré par les gardes et suivi de Megabise.
Les grands du royaume partent aussi.]
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Scène
9
Mandane, Artaserse, Semira et Artabane
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Récitatif
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Mandane:
(Hélas ! en le voyant partir,
Il m'a semblé sentir le souffle de la mort
!)
Artabane:
Au prix de mon sang,
Ô Mandane,
Voici ton courroux satisfait.
Mandane:
Ah ! scélérat !
Hors de ma vue ! Fuis la lumière
Des étoiles et du soleil ! Cours te cacher,
Infâme, au plus profond
Des plus sombres entrailles de la terre !
[elle
sort]
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Scène
10
Artaserse, Semira et Artabane
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Récitatif
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Semira:
Je te croyais, jusqu'à ce jour,
Abusée que j'étais par un amour ancien,
Amant sensible et ami généreux.
Mais je te découvre d'un coup
Ami félon, amant sans cur.
[elle
part]
|
Scène
11
Artaserse, Artabane
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Récitatif
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Artaserse:
De l'ingrate Semira
As-tu entendu les reproches ?
Artabane:
As-tu entendu les mépris
De l'injuste Mandane ?
Artaserse:
Quand je ne suis que sensible,
Elle m'appelle tyran.
Artabane:
Quand je ne suis que juste,
Elle m'appelle cruel.
Artaserse:
Ah ! ton malheur est grand,
Mais le mien n'est pas moindre.
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Air
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Artaserse
Je
suis pareil au voyageur
Perdu la nuit dans la forêt profonde,
Qui, entre les rochers et la sombre rivière,
Entend rugir le fauve,
Et sans escorte ni flambeau,
Poursuit d'un pas tremblant
Sa route.
Ton
tourment est affreux,
Mais celui qui déchire mon cur
N'est pas moins inhumain.
[il
sort]
|
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Récitatif
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Artabane:
Me voilà seul enfin, et après tant
d'alarmes,
Je respire à mon aise. Ah, j'ai failli me
perdre...
Mais
quel froid tout à coup
Se glisse dans mes veines ?
Et quel spectre sanglant
Apparaît à mes yeux ? Ah ! je vous
reconnais
A ce triste visage,
A vos yeux enflammés de rage,
A votre front ténébreux et farouche.
C'est toi, Serse, c'est toi, Darius,
Objets de ma terreur et de ma haine.
Eh bien, que voulez-vous de moi ?
Pourquoi me tourmenter ? Ah ! funeste vision !
Vous menacez encore ? Ah ! vision ! ah ! vision
De remords et d'épouvante !
Qui éprouva jamais tourment égal au mien ?
Ah, cessez, ah, cessez
De me poursuivre en vain,
Et je n'ai rien perdu de ce farouche orgueil
Qui toujours m'habita ! Je veux,
Pour vous confondre, avec une haine
Éternelle, venger d'un fils
Les tourments, les outrages, et les malheurs;
Et n'avoir d'autre but, fort dans mon désespoir,
Que carnage et que sang, terreur, vengeance et mort
!
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Air
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Artabane
Ombres,
oh dieu ! Pourquoi revenez-vous
Le regard sombre et brûlant de colère ?
Ah ! Partez ! Que me voulez-vous ?
Mais que vois-je ? Mon fils, avec un fier dédain,
M'accuse de sa mort et m'en fait le reproche !
Ah, mais Serse encore menace !
Oh, ciel ! ma valeur m'abandonne !
Objets funestes de terreur,
Ah, laissez-moi partir !
Ne
crains rien ! me crie mon honneur;
Je veux partir, mon pied reste immobile.
Hélas, quel affreux tourment !
Oh dieu ! je ne sens mourir !
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de page

ACTE TROIS
|
L'intérieur
de la forteresse dans laquelle Arbace est prisonnier.
Grilles dans le fond.
Une petite porte, à droite, par laquelle on monte au
palais.
|
Scène
1
Arbace, puis Artaserse
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Récitatif
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Artaserse:
Arbace !
Arbace:
Que vois-je, ô ciel ! Dans ce séjour de
tristesse
Et d'horreur, qui peut guider tes pas ?
Artaserse:
La pitié, l'amitié.
Arbace:
Pourquoi chercher ici la souffrance et le deuil ?
Artaserse:
Je viens pour te sauver.
Arbace:
Me sauver !
Artaserse:
Plus un mot ! Par ce chemin qui mène
A un endroit retiré du palais,
Il faut hâter tes pas.
Arbace:
J'obéis à mon roi. Fasse le ciel qu'Arbace
Un jour te rende ce bienfait.
|
|
Air
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|
Arbace
L'onde,
séparée de la mer,
Baigne la vallée, la colline,
Dans la rivière elle va s'écoulant,
A la fontaine elle reste captive,
Toujours elle murmure et se lamente,
Jusqu'à ce qu'à la mer elle retourne
enfin.
A
la mer elle naquit,
Et reçut la fraîcheur en partage,
Où, après une longue errance,
Elle espère enfin reposer.
[il
part]
|
|
Récitatif
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|
|
|
Artaserse:
Ce front serein, cette figure,
Ne sont pas d'un coupable, et le seul vêtement
Ne saurait d'une grand âme
Dissimuler la clarté toute entière;
Le cur le plus souvent se lit sur le
visage.
|
|
Air
|
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|
Artaserse
Si
je regarde ce visage,
Serein et constant,
Si j'écoute cette lèvre,
Aimante et pleine de douceur,
L'amour dans mon cur
Semble me dire
Que cette âme
N'est ni ingrate, ni ennemie.
La
triste pâleur
Est l'effet d'un trouble,
la juste douleur
D'une innocente foi.
[il
sort]
|
Scène
3
Artabane, avec une troupe de conjurés, puis
Megabise, tous derrière les grilles où les
conjurés font le guet
|
|
Récitatif
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Artabane:
Mon fils, Arbace, où donc es-tu ? Megabise
!
Megabise:
Artabane !
Artabane:
As-tu trouvé Arbace ?
Megabise:
N'est-il pas avec toi ?
Ah, seigneur ! Qu'est cela ? Aurons-nous
Donc en vain soudoyé moi l'armée, toi
La garde royale ? Il faut prendre un parti.
Bientôt Artaserse aux lois de la couronne
Va jurer d'obéir. J'ai, sur ton ordre,
Dans la coupe sacrée versé le poison.
Perdrons-nous de la sorte le fruit de tant
De soins et de tant de labeurs ?
Artabane:
Ami, si je ne trouve Arbace,
Pour qui dois-je me tourmenter ? Si je le perds,
Je perds tout avec lui, et de tous mes efforts
Je vois disparaître le fruit.
Megabise:
Arbace, mort ou vif,
Exige de ta main
Le trône ou la vengeance.
Artabane:
Ah ! Cela seul
Me rattache à la vie. Oui, Megabise,
Conduis-moi où tu veux, je m'en remets à
toi.
Megabise:
Repose-toi sur moi: je te mène au
triomphe.
[il
part]
|
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Récitatif
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Artabane:
Vous avez trouvé là, dieux contre moi
ligués,
Le seul moyen de m'affaiblir. A la pensée
Que mon fils bien-aimé peut-être ne vit
plus,
Tremblant, désespéré,
Je ne puis triompher de ce trouble en mon cur
Qui fait que je ne suis plus maître de
moi-même.
|
|
Air
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|
|
|
Artabane
Si
la mort, ô fils bien-aimé,
ne t'a pas encore ravi,
Ton père le premier,
en mourant, d'un cur ferme,
Te montrera la voie.
Mais
si tu ne vis plus,
Que le pâle nocher,
Jusqu'à ce que j'arrive
Là-bas, sur l'autre rive,
Suspende l'aviron.
[il
part]
|
Scène
5
Mandane, puis Semira
|
|
Cabinet
dans les appartements de Mandane
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Récitatif
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Mandane:
Ou qu'à l'usage des mots on perd le sens,
Ou que l'âme a quelque lumière qui rend
plus claire les présages
Pour Arbace, je ne devrais
Pas avoir mal.
Le Malheureux vivra encore...
Semira:
Enfin tu vas pouvoir
Te consoler, Mandane,
Et le ciel te sourit.
Mandane:
Le roi peut-être a délivré Arbace
?
Semira:
Non. Il l'a fait mourir.
Mandane:
Que dis-tu ?
Semira:
La nouvelle est certaine.
A ce malheur affreux,
Il n'est d'yeux qui soient capables
De rester secs, et tu ne pleures pas.
Mandane:
Le chagrin n'est pas grand quand
Il permet les larmes.
Semira:
Si ce n'est pas assez, va, repais tes regards
Du cadavre sanglant
De ce frère adoré. Dénombre les
blessures,
Et la joie sur le front...
Mandane:
Tais-toi, va-t-en d'ici !
Semira:
Que je parte, et que je me taise ! Jusqu'à
Mon dernier souffle, je serai toujours
Sur tes pas. Et toujours importune, je veux rendre
Tes jours à jamais malheureux.
Mandane:
Ai-je donc mérité tant de haine à la
fois ?
|
|
Air
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|
Mandane
Tu
me crois sans pitié ?
Tu m'appelles barbare ?
Point tant de fureur,
Point tant de querelle !
C'est assez de ma peine
Pour me faire mourir.
Cette
haine, cette rage,
d'une âme irritée,
Ingrate Semira,
Je ne la puis souffrir.
[elle
part]
|
|
Récitatif
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|
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Semira:
Insensée, qu'ai-je fait ? J'ai cru qu'en
Partageant ma peine avec une autre,
Je pourrais l'adoucir; elle n'est que plus forte.
En outrageant Mandane,
J'ai voulu à mon cur donner quelque repos,
Mais j'ai brisé le sien et le mien souffre
encore.
|
|
Air
|
|
|
|
Semira
Vous
espérez en vain,
Âme infortunées,
Vous, âmes désolées,
Entre des amis chers
Voir au moins partagée
La terrible douleur
Qui vous brise la cur.
Et
j'ai cru moi aussi
Partager mes tourments:
Mais je sais à présent
Que ce n'est que chimère
D'un cur au désespoir.
[elle
sort]
|
Scène
7
Arbace, puis Mandane
|
|
Récitatif
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Arbace:
Elle n'est pas ici. Ah ! je voudrais au moins
La revoir une fois, et puis partir.
Peut-être, en un lieu plus secret,
Pourrais-je... Téméraire !
Que vas-tu entreprendre ? La voici ! Oh, Ciel !
Je n'ose point me présenter à elle.
[il
se tient à l'écart,
dissimulé]
Mandane:
Holà ! De ces appartements qu'on interdise
A quiconque l'accès ! Soupirs
désespérés,
[à
un valet qui, après l'ordre, part du
côté d'Arbace]
Vous
êtes enfin libre ! De celui que j'aimais,
Barbare, j'ai versé le sang. Il est temps
Maintenant de verser le mien.
[elle
saisit un poignard et s'apprête à le plonger
dans son sein]
Arbace:
Arrête !
Mandane:
Ciel !
[à
la vue d'Arbace, elle laisse tomber le
poignard]
Arbace:
Tu m'aimes donc encore,
Si ta pitié te mène à cette
extrémité.
Mandane:
Ce n'est point de l'amour,
Mais tu dois fuir, et vivre !
|
|
Duo
|
|
|
|
Arbace:
Tu
m'ordonnes de vivre, ô chère,
Mais si tu ne veux pas m'aimer,
Ô chère, tu me fais mourir.
Mandane:
Oh
Ciel ! Quelle douleur affreuse !
La rougeur de mon front t'en dit assez;
Je ne puis parler davantage.
Arbace:
Écoute-moi...
Mandane:
Non.
Arbace:
Tu
es...
Mandane:
Éloigne
-toi de mes regards,
Laisse-moi, par pitié.
Arbace
et Mandane:
Quand
mettrez-vous un terme, ô dieux,
A votre cruauté ?
Dans
ces tourments extrêmes,
Si de douleur on ne meurt pas,
Quelle peine pourrait être mortelle ?
[ils
partent]
|
Scène
8
Artaserse, Artabane
|
|
Salle
somptueuse destinée au couronnement d'Artaserse.
Trône sur un côté, surmonté du
sceptre et de la couronne.
Au milieu, un autel sur lequel flamboie une image figurant
le Soleil.
Artaserse, accompagné d'une suite nombreuse, et
Artabane.
|
|
Récitatif
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Artaserse:
Peuple, je m'offre à vous en père autant
Que roi. Soyez pour moi fils bien plus
Que sujets. De mon pouvoir
Que le joug du ciel soit doux. Je serai de nos
Lois l'exécuteur jaloux. Et pour que nul
N'en doute, j'en fais ici le serment solennel.
[on
apporte la coupe royale]
Artabane:
Voici la coupe. A ton serment
D'un nud plus fort encore elle va te lier.
[il
prend la coupe et la tend à
Artaserse]
Accomplis
le rite. (Et tu boiras la mort.)
Artaserse:
"Dieu éclatant, par qui fleurit avril,
Par qui tout ici-bas voit le jour et trépasse,
Tourne vers moi tes regards. Si ma lèvre ment,
Déchaîne ta fureur sur ma tête. Que
s'éteigne
Ma vie, comme séteint cette flamme
Arrosée de la liqueur sacrée.
[il
verse sur les flammes une partie du contenu de la
coupe]
Et qu'au
fond de mon sein, ce breuvage de vie,
Au moment où je bois, en un poison se
change.
[il
est sur le point de boire]
|
Scène
9
Semira, et les mêmes
|
|
Récitatif
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Semira:
Prends garde à toi, seigneur ! D'un
infidèle
Peuple, le palais est cerné; en tous
Lieux il résonne de cris séditieux,
Et partout on réclame, on exige ta mort.
Artaserse:
Dieux !
[il
repose la coupe sur l'autel]
Artabane:
Quelle âme vile a pu trahir ?
Artaserse:
Ah ! Je ne le comprends que trop tard !
C'est Arbace, le traître !
Semira:
Arbace ? Il a péri !
Artaserse:
Il vit, l'ingrat, c'est moi, moi, qui l'ai
délivré,
Infidèle à Serse, j'ai mérité la
peine
Dont le ciel m'accable aujourd'hui.
Je suis l'artisan de ma propre ruine.
Artabane:
Et que crains-tu, mon roi ? Pour te
Défendre Artabane seul suffit.
Artaserse:
Oui, ,courrons punir...
[il
est sur le point de partir]
|
Scène
10
Mandane, et les mêmes
|
|
Récitatif
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|
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|
Mandane:
Arrête-toi, mon frère.
Je t'apporte une grande nouvelle;
La rébellion s'est tue.
Artaserse:
Plût au ciel ! Et comment ?
Mandane:
Déjà le foule rebelle,
Guidée par Megabise, avait forcé
l'entrée
Du vestibule, quand, alerté
Par l'infernal tumulte, Arbace accourt.
Il n'est rien que cette âme loyale
Pour ta défense ou ne fasse ou ne dise !
Chacun met bas les armes. L'infâme Megabise
Seul demeure et résiste,
Mais sur lui il se jette, et te venge, et le tue.
Artabane:
(Fils imprudent !)
Artaserse:
C'est un dieu
Qui m'inspira de la sauver. Donc, Megabise
Est de tous ces crimes l'auteur.
Artabane:
(Erreur qui m'est propice !)
Artaserse:
Où est mon cher Arbace ?
Qu'on le trouve et l'amène ici!
|
Scène
11
Arbace, et les mêmes
|
|
Récitatif
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Arbace:
Voici Arbace, ô mon roi, à tes
pieds.
Artaserse:
Viens, viens contre mon cur.
Pardonne-moi, ami, si j'ai douté de toi.
Ta parfaite Innocence éclate
à tous les yeux. Comme
Elle le mérite, puisse-je la récompenser !
Devant le peuple, dissipe tout soupçon,
Donne-nous la raison de cet acier sanglant
Qu'on trouva dans ta main, de ta fuite
Et de ton silence, et de tout ce qui t'accuse.
Arbace:
Si je mérite encore
Quelque grâce de toi, permets que je me taise.
Ma bouche ne ment pas.
Crois-en qui t'a sauvé. Oui, je suis
innocent.
Artaserse:
Jure, au moins; et que ce geste terrible
Et solennel fasse foi de la vérité. Voici
La coupe, au rite nécessaire. Observant
A présent l'antique usage de la Perse, invoque
Un dieu vengeur, témoin de ton serment.
Arbace:
Je suis prêt.
[il
saisit la coupe]
Mandane:
(Enfin celui que j'aime est hors de tout danger
!)
Artabane:
(Que faire ? Oh ciel ! s'il boit, Arbace s'empoisonne
!)
Arbace:
"Dieu éclatant, par qui fleurit avril,
Par qui tout ici-bas voit
Le jour et trépasse..."
Artabane:
(Malheureux que je suis !)
Arbace:
"Si ma lèvre ment,
Qu'au fond de mon sein
Ce breuvage de vie..."
[il
s'apprête à boire]
Artabane:
Arrête ! C'est du poison.
Artaserse:
Qu'entends-je ?
Arbace:
Oh ciel !
Artaserse:
Pourquoi l'avoir tu jusqu'ici ?
Artabane:
Parce que c'est à toi que je la destinai.
Artaserse:
Mais pourquoi contre moi
Une telle fureur ?
Artabane:
A quoi bon feindre encore ?
Par l'amour paternel je suis déjà trahi.
Oui, j'ai tué Serse, oui, j'ai voulu verser
Le sang royal jusqu'à l'ultime goutte.
La faute est à moi seul, Arbace est innocent.
Pour le dissimuler je lui donnai ce fer
Encore ensanglanté. Son visage livide
Disait l'horreur de mon forfait. Et son silence
Était piété de fils. Si la vertu en
lui,
Et si l'amour en moi eussent été moins
grands,
Ah ! j'eusse sans fléchir accompli mon dessein,
Et je t'aurais ôté et la vie et le
trône.
Arbace:
(Que dit- il !)
Artaserse:
Âme vile ! Tu as tué mon père !
De la mort de Darius
Tu m'as rendu coupable; à quels égarements
T'as conduit ton espoir criminel.
Tu mourras !
Artabane:
Nous mourrons tous les deux !
[il
dégaine son épée]
Arbace:
Oh dieux ! Cessez ! Pitié pour lui, Seigneur
!
Artaserse:
Qu'il ne l'espère plus ! Trop immense est
Le crime. Je ne confondrai pas
Le coupable et l'innocent. Mandane
Sera tienne, si tu le veux. Semira
Aura part à mon trône.
Mais, pour ce traître, il n'est point de
pardon.
Arbace:
Reprends plutôt ma vie,
Elle m'est importune
Si pour t'être fidèle et si pour te
Sauver il faut tuer mon père.
Artaserse:
Comment ne pas chérir une telle vertu !
Arbace:
Ah ! je n'implore pas
Ta clémence; exerce ta rigueur; mais au lieu
De sa vie prends la mienne. A tes pieds
Prosterné,
[il
s'agenouille]
Celui qui
te sauva te demande la grâce
De mourir pour un père. Qu'ainsi ta
Volonté soit enfin satisfaite:
Mon sang est le sang d'Artabane.
Artaserse:
Assez, relève-toi, et sèche
Ces larmes généreuses, âme noble.
Qui saurait résister ?
Eh bien, qu'Artabane vive,
Mais qu'il vive du moins dans un exil amer;
Et que ton roi, pour la vertu d'un fils,
Pardonne à la faute d'un père.
|
|
Choeur
|
|
Qu'au
milieu de notre allégresse,
Sereine et confiante,
La belle amitié
Triomphe, joyeuse.
Que
l'ami, que le souverain,
De lauriers soient couronnés,
Qu'une fidélité sans tache
Fasse renaître les amours.
|
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