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sérénades

 

Heinrich Ignaz Franz Biber

 

Arminius

 

Arminio
Drame musical en III Actes
livret de
Francesco Maria Raffaelini [?]

musique de: Heinrich Ignaz Franz Biber [1644 - 1704]

 

les personnages

Julia (Giulia)
Arminius (Arminio), chef germain
Néron (Nerone)
Ségesta (Segesta), fille de Ségeste, épouse d’Arminius
Tibère (Tiberio), empereur de Rome
Caligula (Calligola), fils de Germanicus
Vitellius (Vitellio)
Germanicus (Germanico), fils adoptif de Tibère
Erchinus (Erchino), domestique (rôle bouffe)
Claudia (Claudia)
Climmia (Climmia), domestique (rôle bouffe)
Séjan (Seiano), préfet du prétoire

 

Acte I
Acte II
Acte III

 

Acte I

 

 

Scène 1
Germanicus, Tibère, Séjan, Ségeste, Caligula, Arminius

Récitatif

Germanicus
Au milieu des pompes et des triomphes, je m’estime plus heureux quand j’exprime à César l’invincible les vœux de l’obéissance que je lui dois.

Tibère
Viens, Germanicus, viens recevoir l’accolade paternelle ; car, au-delà des signes extérieurs, le sentiment intime de mon affection est au comble de la jouissance.

Germanicus
Ce m’est un trophée plus glorieux, ô père, de t’être cher, que d’être vainqueur de mille armées.

Tibère
N’attribue qu’à ta valeur ces applaudissements festifs ; César, mon fils, savoure à juste titre ta louange.

Germanicus
De même que les rayons du soleil savent resplendir en se reflétant dans un fragile verre, de même, avec mon succès, ta valeur peut bien resplendir en moi.

Tibère
Tu es suffisamment connu, et Rome se montre juste en ornant ta chevelure d’une couronne de lauriers. Puisqu’elle t’a choisi pour porter, tel Alcide, le lourd fardeau du pouvoir latin, tu détiendras le consulat avec moi cette année, et, pour soutenir l’empire, tu auras Tibère comme fidèle compagnon.

Séjan
(Tu seras bien consul, mais pour ton malheur.)

Germanicus
Tes ordres sont des lois pour moi, et puisque tu m’as choisi, je m’estime digne du règne. Mais il me suffit que Jupiter m’accorde un esprit sain dans mes décisions, un cœur ferme dans le danger, afin que j’accroisse la splendeur de ta gloire par de nouvelles victoires.

Tous
Que le laurier et l’olivier couronnent heureusement Germanicus ! Hourra !

Tibère
Mais expose-moi la valeur des dépouilles prises sur l’ennemi, que tu conduis en triomphe, et quelle est la naissance des esclaves que tu as soumis.

Germanicus
Ce que tu vois là, sur des roues dorées, cet Ange Tonnant, fut l’étendard de Varus, que la barbare fureur lui prit et lui ravit. Mais avec l’aide des dieux, qui jugent glorieux de seconder tes ordres, je l’ai retrouvé au milieu des ennemis.

Tous
Que le laurier et l’olivier, etc.

Germanicus
Ceux que freinent les liens de pesantes chaînes, sont des barbares obscurs, inaptes à tout métier hormis celui des armes. Celle que tu vois en vêtement royal, seigneur, est la fille de Ségeste et l’épouse d’Arminius, encore orgueilleuse malgré le destin adverse.

Ségesta
C’est en vain que tu essaies de rehausser ton triomphe par ma naissance. Nous sommes tous mortels, et cela doit te suffire.

Tibère
Maintenant que tu es prisonnière, tu devrais être humble, et non hautaine.

Ségesta
Ton fer, ô tyran, ne commande qu’au pied prisonnier. Mais mon âme noble s’enorgueillira toujours d’être libre.

Tibère
Dans son enveloppe individuelle, l’âme elle-même est captive, et le corps devient une prison servile pour nous, si bien que tu ne peux te dire libre. Change donc de penser: bien souvent, le marin réduit la voilure quand le vent de la tempête déchaîne ses souffles.

Ségesta
Une fragile nef peut bien couler; mais le rocher ferme ne craint pas les assauts de l’onde, même si la mer et le ciel frémissent de fureur.

Tibère
Va-t’en donc, obstinée, dans les cachots obscurs; tu pourras y comparer ton orgueil à la mer et au ciel. Toi, Germanicus, pendant ce temps, tourne avec moi tes pas vers les pénates paternelles; qu’un agréable repos y soit la récompense de tes travaux passés.

Ségesta
Ségesta vaincue ne cède qu’au destin.

Caligula
Et moi, je cède à la splendeur de tes beaux yeux.

Arminius
De grâce, apaisez-vous un jour, ô dieux farouches !

 

Scène 2
Germanicus, Tibère, Séjan, Ségeste, Caligula, Arminius

Air

Julia

L’amour me comble
D’une aimable joie.
La douleur s’enfuit
Si le cœur est ferme.
L’éclair fuit,
Le beau temps revient
Avec plus de splendeur.
Espoir, renais
Dans mon sein, oui, oui,
Puisque celui qui t’agrée
Se trouve ici.
Retrouve ta joie
Si tu peux voir
Celui qui te séduit.

Récitatif

Julia
Julia, amante fidèle, se réjouit plus que Rome si son Caligula revient constant.

Air

Julia

Viens donc me consoler,
Viens donc,
Mon bien aimé, en me disant « Je t’aime ».
Je ne veux que
Ta foi;
Fais que
Comme la mienne
Ton cœur aussi soit ferme comme le diamant;
Où il n’est point de foi, Amour ne règne pas.

Récitatif

Claudia
Puisque Julia parle d’idées amoureuses, je peux bien constater que tu n’es pas ennemie du dieu aveugle.

Julia
J’aurais des mœurs impies, si je haïssais les divinités, si je méprisais les dieux.

Claudia
La sagesse est de fuir l’empire d’un dieu qui est un cruel archer.

Julia
Le ciel n’a composé les flèches amoureuses que de joie et de plaisir. Et si parfois elles piquent, qu’il te souvienne que les roses aussi se trouvent au milieu des épines.

Claudia
Oh Dieu ! Avec ces paroles, tu accrois mes tourments. Peut-être, Julia, es-tu l’amante de Caligula, et la raison de ma douleur ? Ah ! que jaillissent les larmes de mes yeux ! Pensers soupçonneux, allez-vous-en ! En vain ! La folle fureur de l’amour vous agite. Le visage de Caligula n’est pas le seul charmant. Il y a beaucoup de beaux garçons à Rome, plus d’une chevelure peut s’enorgueillir de son trésor bouclé.

Air

Claudia

L’espérance est flatteuse pour le cœur,
Elle me console en permanence.
Elle me peint un doux tableau
Où mon amour n’a point de rivaux.

Récitatif

Claudia
Mais voici mon bien-aimé. Astres, ayez pitié de mes peines !

 

Scène 3
Claudia, Caligula

Récitatif

Claudia
Au destin bienveillant qui te ramène sain et sauf, au Tibre de notre patrie, je consacre mes vœux, et je m’incline devant toi.

Caligula
Claudia, tu débordes toujours d’une civile gentillesse ; je ne dois mes vœux qu’au sort, puisque c’est par lui que le sol de ma patrie peut, heureux, me revoir.

Claudia
Mais tu tiendras peut-être pour plus grandes grâces du ciel de voir près de toi la beauté que tu adores.

Caligula
(Elle continue à m’aimer.)

Claudia
(Il ne me paraît pas trop cruel.)

Caligula
Je n’aspire pas à de telles faveurs, je n’aspire à rien d’autre qu’à être libre. (Ah, si le destin le voulait !)

Claudia
Ainsi donc, tu serais le seul à mépriser les yeux d’une charmante belle, et à ne pas brûler à ses rayons ?

Caligula
La taupe aveugle n’a pas coutume de regarder les rayons du soleil, et le rocher glacé fait peu de cas de la chaleur de l’ardent Phébus. Je suis aveugle pour le dieu aux yeux bandés, et j’ai le cœur bardé d’un silex scythique. (Mais dans ce cœur, seule Ségesta fait naître une ardeur.)

Claudia
Je croyais bien, cruel, que dans tes séjours lointains, tu avais appris à ne pas mépriser un cœur toujours fidèle. Mais je m’avise de mon erreur : en ayant séjourné dans des royaumes barbares, tu as fini par devenir barbare toi-même.

Air

Caligula

S’il te suffit que je te dise
« Tu es belle », je le dirai.
Mais que je t’aime, alors,
Notre sort ennemi ne le veut pas.

Si tu veux que je te loue,
Toujours je te louerai;
Mais qu’amour ensuite m’attache,
Excuse-moi, belle, cela ne se peut.

Récitatif

Claudia
Ce que doit supporter un noble cœur, lorsqu’il a une ferme constance, puisse Amour te l’enseigner tandis que je te quitte.

Caligula
Revenez, oh, revenez, maintenant que je suis seul, heureuses pensées de Ségesta adorée, et, avec son bel aspect, rendez la séparation moins cruelle au cœur. Mais quels vains délires troublent mon esprit ? J’ai pourtant juré, avant de partir d’ici, fidélité éternelle à Julia. Maintenant, je reviens inconstant voir une fidèle amante. Adieu, Ségesta ! Oh Dieu ! Julia est mon idole. Mais j’appartiens à Julia et aussi à Ségesta.

 

Scène 4
Julia, Caligula

Récitatif

Julia
Quel nuage de pensers trouble ici mon bien-aimé ? Alors que Rome jubile, alors qu’un écho festif renvoie des cris de joie du Caelius à la Roche Tarpéienne, toi seul, mon idole, tu pourrais passer les heures affligé et triste ?

Caligula
Oh Dieu !

Air [Duo]

Julia

Fuis, fuis le souci !
De grâce, invite à nouveau ton cœur
Aux danses de la joie.

Caligula

Pardonne-moi, ô Julia,
Une erreur involontaire,
La faute n’en est pas à moi,
Mais à l’amour seul.

Récitatif

Julia
Si ce fut la faute d’Amour, pourquoi donc ne cherches-tu pas, sans plus attendre, à trouver du réconfort dans l’amoureuse ardeur ?

Caligula
Chaque instant me paraît perdu quand je suis loin de la beauté que j’adore. Maintenant, Julia, j’ai plaisir à te voir, et ce n’est que par toi que je respire l’agréable air de la vie.

Julia
Si Amour avait renfermé cent âmes dans mon sein, cent cœurs dans ma poitrine, ils seraient tout ardeur pour toi, bien-aimé. Mais je te vois pensif, et ta bouche ne répond pas.

Caligula
(Ah, que Julia et Ségesta m’embarrassent). Si un papillon errant, après un long parcours, regarde la lumière, il s’oublie lui-même, et se brûle les ailes. Tel je suis exactement. Pendant longtemps, mon amour, je ne t’ai pas vue. Je brûle maintenant, amant silencieux, à tes beaux rayons.

Air

Caligula

L’amour fait de mon cœur
Tout ce qu’il veut.
Parfois il me tourmente...

 

Récitatif

Caligula
Ah, pardonne-moi, Julia, si je manque à mon devoir. Une douleur inconnue m’oppresse le cœur.

Julia
Avec ces discours interrompus, avec ces violents soupirs, venant de Caligula que j’aime, quels effets m’annoncez-vous, étranges présages ? Je vous entends : vous voulez dire à mon cœur aimant que mon bien-aimé a changé d’amour. La jalousie, la jalousie, la jalousie m’assaille déjà. La crainte fait à l’espérance une guerre fatale.

Air

Julia

L’amour jaloux
Semble un poison
Pour mon sein
Si la crainte cruelle
Change en tourment
Tout contentement.

Un plaisir incertain
Me fait languir
D’une cruelle douleur
Si à cause des soupçons
Mon cœur
Fuit les plaisirs.

 

Scène 5
Tibère, Vitellius, Séjan

Récitatif

Tibère
Ta valeur, Vitellius, m’a conduit à t’estimer, et maintenant que tu reviens fouler le sol ensoleillé du Latium, je m’en réjouis, et t’embrasse en ami.

Vitellius
Toujours, invincible César, clément et honoré, je m’incline en humble vassal devant toi, Jupiter latin.

Tibère
Ce n’est que lorsque, sur le champ de bataille, tu as exposé ta poitrine à l’éclat des épées ennemies, que j’ai envié à Jupiter sa puissance suprême, afin que je pusse te soustraire aux périls de Mars.

Séjan
(Tu lui es trop cher, je me prends à te haïr.)

Vitellius
C’est une loi du Ciel que de seconder la gloire de ton sublime empire, et le nom de Tibère vainc, dompte, apporte d’amples victoires, si bien que l’énergique Germanicus a toujours été heureux, ainsi que quiconque a eu la chance d’être à son côté.

Tibère
Donc, Germanicus a montré, face à l’ennemi, le visage qui convient à un noble général ?

Vitellius
Infatigable dans les efforts, toujours prêt à décider, toujours le premier à se lancer dans les mêlées les plus cruelles, son courage précéda les légions en armes.

Séjan
Ce n’étaient que les effets d’une fureur juvénile, et peut-être a-t-il cru, par une feinte valeur, s’assurer le cœur de ses soldats, mais pour d’autres entreprises. Le diadème royal a trop de splendeur.

Tibère
As-tu des raisons de croire que le désir de régner se soit développé en Germanicus ?

Séjan
Tu n’en dois pas douter. Pense, César, qu’en étant seul au-dessus de lui, tu lui ôtes le pouvoir suprême. Tu ne dois pas te faire d’illusions du fait que pour l’instant, dans le fier Germanicus, la colère, le dédain et la vengeance ne résident pas. Ce qui cause les chutes, ce sont de faibles secousses non prévues par le cœur.

Tibère
J’ai sans cesse, Séjan, de nouvelles preuves de ta loyauté, et bien souvent, j’ai pesé les mêmes arguments. Une juste raison me conduit à être jaloux de l’audacieux Germanicus. Mais mon affection paternelle attendrit mon cœur. Qu’il est malheureux, celui qui règne dans le monde ! Au nom de la raison d’État, il doit se montrer cruel même avec ses fils.

Air

Tibère

À quoi sert que le diadème royal
Ceigne ma chevelure de son cercle
Si de cruels soucis
Véritables épines
Encerclent ma pensée
Parce que le Ciel l’a faite libre ?
Mais Héraclite se plaint à juste titre
Qu’une douleur infinie torture les mortels.

À quoi sert que ma main
Puisse étreindre un sceptre doré
Si le sort, avec dédain,
Pour s’amuser,
Impitoyable,
Joue avec ceux qui règnent ?
Mais des hauts et des bas si incertains,
Le sage Démocrite s’en amuse avec raison.

 

Scène 6
Séjan, seul

Récitatif

Séjan
Autant il y a de Césars, autant j’ai d’ennemis. Ils sont un obstacle permanent aux grandeurs auxquelles j’aspire. Et si je veux un jour être heureux, je dois les exterminer, afin que de leur bûcher funèbre à ma fortune, il y ait un chemin sinueux mais assuré.

Air avec deux violons

Séjan

Pour que je puisse, triomphant,
Dominer le monde entier,
En disant vrai ou en mentant,
Je dois m’assurer le trône.

Pour qu’enfin le manteau royal
Me revête et me couvre d’honneur,
Par la tromperie ou par la valeur,
Peu me chaut comment j’y parviens.

 

Scène 7
Arminius, seul

Récitatif

Arminius
Jupiter ! Dieux ! Ah, dites-moi, en quoi vous ai-je jamais offensés, pour que vous soyez si cruels ? Pourquoi m’affligez-vous par de si douloureuses angoisses ? Ah, de grâce, si vous me haïssez, mettez un terme à mes tristes jours ! Ne vous suffisait-il pas de me faire ravir mon épouse par les troupes latines ? Oh, ma chère femme ! Vous permettez encore, cruels, impitoyables, pour mon malheur, qu’un cachot obscur la renferme ! J’aurai donc en vain caché le nom d’Arminius sous des vêtements d’emprunt, et, pour la soustraire aux indignes fers en usant d’une occasion favorable, je l’aurai en vain suivie avec une foi constante jusque sur le sol romain ? Non, non ! Je ne veux pas céder, non, non ! Le destin peut bien me tourmenter autant qu’il veut, il ne pourra jamais arriver à me dépouiller de l’espoir.

Air

Arminius

Une âme audacieuse
A les faveurs de la fortune.
Mon cœur sera
Un roc inébranlable, oui, oui,
Face au trait que lancera
Le destin trompeur.

La fortune ne peut aimer
Celui qui gît dans la crainte.
Oui, oui, je m’opposerai
Au destin cruel
S’il veut me tourmenter
Avec une audace constante.

Récitatif

Arminius
Mais voici des gens, ce qui m’interdit d’exprimer mes peines.

 

Scène 8
Néron, Julia

 

Récitatif

Néron
De même que, lorsque l’hiver glacé
Avec ses longues nuits
Cache les rais de Phébus
Vers le matin tardif,
Tôt l’aigle a coutume de fixer sur eux
Son aride regard,
De même, ô ma beauté,
Je reviens regarder
Le soleil de tes beautés.

Julia
Tu devrais plutôt dire
Que tu es le soleil,
Mais un soleil d’hiver
Qui ne peut avoir la force
D’attiédir mon cœur glacé.

Néron
Tu étais fière lorsque je partis,
Te voici plus sévère quand je reviens, ô Dieu !
Si tu es une belle divinité par ton aspect,
Aie donc pitié d’un fidèle amant.

Julia
C’est en vain, Néron, en vain que tu te fatigues à me louer ; et si tu présumes que Julia est une déesse, va donc badiner avec d’autres et laisse les divinités tranquilles.

Air

Néron

Si tu cesses d’être belle,
Je cesserai de t’aimer.
Mon cœur ne peut regarder
Tes yeux sans brûler.
Si tu allumes des flammes dans mon sein,
J’ai le droit de soupirer.
Si tu veux que je ne t’adore pas,
Chère, ne me séduis pas !
Le trait que je porte en mon sein
Est parti de toi pour me blesser.
Ah, sois au moins pleine de pitié
Puisque c’est toi qui fais languir.

Récitatif

Julia
Néron obstiné !

Néron
Cruelle Julia !

Julia
Tu cherches l’amour en étant haï.

Néron
Tu méprises un cœur fidèle.

Julia
Tu ne me comprends donc pas ?

Néron
Tu ne veux donc pas de moi ? Songe, ô beauté, que je t’aime.

Julia
Pense que je n’en veux pas.

Duetto

Julia, Néron

Pour te haïr toujours plus,
Pour t’aimer, mon bien,
Je reste en vie.

 

Scène 9
Climmia, seule

Récitatif

Climmia
Quelle vilaine cadence Julia a donnée aux vers de Néron ! Que, sans réfléchir, si cette fillette ne s’y entend pas bien, elle apporte à Caligula l’affection de son cœur, cela est juste ; mais qu’elle soit si dédaigneuse envers le pauvre Néron, c’est vraiment mal. J’ai de la compassion pour lui. Il est jeune encore, plein de vitalité, bien robuste, et en plus courtois. Si j’étais Julia, j’aurais un autre style.

Air

Climmia

L’amour est comme la mode
Qui doit toujours changer.
Toujours rester dans le même état,
Non, ce n’est pas plaisant.
Au contraire, toujours on loue vraiment
Celui qui sait varier le plus souvent.

Récitatif

Climmia
Je vois Erchinus qui arrive. Je vais me cacher pour entendre s’il est encore constant dans l’amour qu’il me voue à mes beautés.

 

Scène 10
Erchinus, Climmia

Air

Erchinus

Cette cour
M’a appris
À faire le singe.
Je fais croire à Climmia
Qu’un violent amour
M’a blessé.

Mais que mon cœur
Sente de l’ardeur
Pour une vieille
Contrefaite,
Si elle le croit,
Elle est bien folle.

Le cheveu blanc
Ne doit pas se vanter
De séduire.
Le givre
Fait facilement
Fuir les amants.

Seules donnent des flèches
Au dieu d’amour
Les jeunettes
Mignonnettes
Qui ont dans les cheveux
Une blonde splendeur.

Récitatif

Climmia
Regardez le beau Zerbin, qui prétend à l’amour des jeunesses !

Erchinus
(Erchinus, je te vois dans de beaux draps !)

Climmia
Ainsi, tu méprises Climmia, cette ravissante Climmia, qui est toujours chérie et a des amants en légion ! Infâme ! Je ne veux plus te regarder, tu n’es pas digne de mes regards.

Erchinus
De grâce, ne me fais pas souffrir ! Climmia, je languis pour toi. Si tu ne me regardes pas, je mets fin à mes jours.

Climmia
Il y a un instant, tu m’as traitée de vieille folle, et maintenant, tu veux que j’oublie tout et te regarde à nouveau ?

Erchinus
Je l’ai dit, c’est vrai, je ne le nie pas, mais c’était seulement pour plaisanter, car je savais bien, ô mon idole, que tu te cachais là.

Climmia
Je ne te crois pas, tu mens.

Erchinus
Aie pitié de mes tourments !

Climmia
La colère fait de moi un basilic.

Erchinus
De grâce, regarde-moi, ou je m’évanouis !

Climmia
Tu peux mourir, en ce qui me concerne.

Erchinus
Je commence à défaillir.

Climmia
Non, non, arrête. Je te regarde. Malheur ! Au secours ! À l’aide ! Pauvre Erchinus ! Oh Dieu ! Avec mon baume, je vais essayer de le rappeler à la vie.

La mort grimaçante.

Erchinus, retrouvant ses forces
Climmia !

Climmia
Erchinus !

Erchinus
Tu me regardes ?

Climmia
Oui, si tu respires.

Erchinus
Eh bien, je reviens à la vie.

Climmia
Tu m’as vraiment fait peur, j’ai tout le corps secoué.

Air

Climmia

Nous autres pucelettes,
Sommes toujours craintives.
Nous sommes sans malice, nous les demoiselles,
Mais toujours compatissantes.

Récitatif

Erchinus
C’est bien uniquement parce que cette vieille est bien vue de Julia.

Climmia
Que veux-tu ?

Erchinus
Rien, je t’écoute.

Air

Climmia

Nous semblons fières, mais nous ne sommes
Pas constantes dans la rigueur...

Récitatif

Erchinus
Je feins l’amour pour servir mes intérêts.

Climmia
Quoi ?

Erchinus
Je viens de me chasser une mouche du visage.

Air

Climmia

Aux prières d’un amant,
Nous plions ensuite notre cœur.

Récitatif

Erchinus
Maintenant, je remercie Jupiter que la paix soit conclue et, si cela ne te dérange pas, pour plus d’allégresse, je ferai danser ces personnes.

Climmia
Oui, oui, je me délecte encore à danser.

Erchinus
Or donc, sans plus tarder, bougez vos pieds, et vous aussi, jouissez de la danse.

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Acte II

 

 

Scène 1
Caligula, seul

Récitatif

Caligula
Vous, puissances confuses, pensers agités, que faites-vous ? Dans votre indécision, oui, vous m’affligerez.

Air

Caligula

Dans mon sein qui adore,
Je n’ai pas deux cœurs.
À quoi bon souffrir ?
Je dois me décider.
Je me prends à aimer
Qui m’attire le plus.
Je n’ai pas deux cœurs
Dans mon sein qui adore.

Récitatif

Caligula
Oui, oui, excuse-moi, ô Julia, si mon cœur se rend prisonnier de Ségesta et reste dans ses fers. En sa première ardeur, la flamme vibre plus dense, a plus de vigueur. Mais le désir m’abuse. Si, ô Dieu ! ma bien-aimée est recluse dans un cachot, comment, quand lui dirai-je mes peines ? Et si elle refuse de m’agréer, que deviendrai-je ?

Air

Caligula

Ô mon cœur, si tu te tais encore,
Tu vivras toujours dans le martyre.
La jouissance ne s’obtient
Que si l’on parle;
Tu pourras bien alléger tes peines
Si tu armes d’audace ta langue timide.

Si, t’attardant dans le silence,
Tu ne découvres pas tes blessures,
Jamais, crois-moi,
Tu ne les verras guéries,
Car jamais
Personne n’est soulagé
À moins de se lamenter et de souffrir dans la séparation.

 

Scène 2
Julia, Climmia

Récitatif

Julia
Phébus ne resplendit pas ainsi, les étoiles ne scintillent pas autant que tes beaux yeux lancent de rayons. Malheureuse, suis-je éveillée, ou bien le paresseux Morphée me tourmente-t-il avec des songes ? Ah ! en vérité, je ne suis que le jouet d’un infidèle, je suis éveillée pour souffrir ; mes pensers jaloux ne sont plus des chimères. Ah, déloyal, pourquoi un trait barbare ne t’a-t-il pas ôté la vie ? Jupiter, si tu es juste, tire vengeance des torts qu’on me fait subir.

Climmia
Ma pauvre fille ! Avec ce délire, elle pourrait se rendre malade. Écoute, Julia : tant que tu ne sais pas pour de bon qu’il t’est infidèle, la jalousie ne doit pas te transporter.

Julia
Quels signes en veux-tu de plus ? Il me voit – il s’en va ; je lui parle – il se tait. Ah, le sans cœur ! Ah, le perfide !

Air

Julia

Puisque je suis trahie
Je n’estime plus la vie,
Je n’aspire qu’à périr.
Un cœur toujours fidèle
Ne peut voir un infidèle
Sans mourir.

Pluton dans sa colère
N’a pas de tourment plus cruel
Que celui que j’éprouve en moi.
L’amour m’enflamme le sein,
L’âpre crainte me gèle,
Je n’espère plus de merci.

 

Scène 3
Néron, Julia, Climmia

Récitatif

Néron
Tu voulais plutôt dire que le cœur de Néron est devenu un enfer, que gouverne la cruelle Julia.

Julia
Tu as bien parlé, Néron : je suis Alecto et Mégère, je suis Tisiphone en colère. Laisse donc cette impitoyable furie d’amour. (Si on pouvait cesser d’aimer, et s’éprendre quand on le veut !)

Néron
Ne parle pas d’amour, mais dis-moi la raison de ta douleur.

Julia
Raconter à nouveau ses peines renouvelle le martyre d’une femme affligée, et sa douleur revient. Si tu es courtois, cesse de m’importuner, change de style.

Climmia
En vérité, tu n’y entends rien : si l’autre te fuit, prends celui-ci.

Julia
Ah ! une affection sincère ne donne pas abri à un penser volage.

Néron
Mon cœur est extravagant : les autres sont séduits par les caresses, et moi par la rigueur.

Air

Néron

Cupidon ne décoche pas
Sa flèche pour moi.
Un regard dédaigneux
Devient l’archer.

Une plus cruelle, plus belle
Me pousse à aimer.
Dans les nuages, une étoile
Apparaît plus séduisante.

 

Scène 4
Ségesta, seule

Air

Ségesta

Vous plaisez à mon cœur dolent,
Rochers muets, muettes ténèbres,
Puisque le sort inclément
Vous fait héberger mes douleurs.
Je suis heureuse
S’il m’est permis ici
De soupirer,
De pleurer
Les cruelles rigueurs de mon sort.

Vous êtes chères à mes tourments,
Vous, enceintes ténébreuses,
Si je peux, exhalant mes soupirs,
Trouver le repos en vous.
Ici, le penser
Enchanteur
De mon soleil
Parvient toujours
À me présenter ses rayons séduisants.

Récitatif

Ségesta
Mais le fer de la cruelle grille grince sur les marbres, et il me semble déjà entendre des gens murmurer.

 

Scène 5
Caligula, Ségesta

Récitatif

Caligula
Ne sois pas étonnée, Ségesta, si je suis venu ici. Depuis le jour où nos armes te ravirent à ton époux, il m’a été pénible de contempler ton sort.

Ségesta
Le destin ne permet pas qu’un cœur latin éprouve de la pitié pour moi.

Caligula
Crois bien, Ségesta, crois que je suis sincère. (J’ai faillir dire : « ma belle idole. ») Peut-être le ciel t’afflige-t-il en ce moment, avec de grandes calamités, parce qu’il désire mettre fin à tes douleurs.

Ségesta
Les peines, les infortunes, les privations ne mettent pas fin aux tourments.

Caligula
Ah, Ségesta, ce n’est que pour humilier Arminius que le fer des esclaves a, de son anneau cruel, entouré ton noble pied. N’espère plus que la liberté ; en femme sage, console-toi en savourant celle-ci, même si tu souffres en apprenant qu’Arminius est mort.

Ségesta
Oh Dieu ! Comment ? Que dis-tu ? Mon époux est donc défunt ?

Caligula
Pendant que son farouche orgueil, révolté contre Tibère, attaquait les nôtres en un combat sanglant, il est resté transpercé de plusieurs blessures. (C’est un dieu enfant qui m’apprend à inventer ainsi.)

Air

Ségesta

Parques, si vous avez tranché
Avec votre cruelle rigueur
La vie de mon cœur,
Pourquoi m’avez-vous laissée,
Trop inclémentes,
Dans l’angoisse de mille tourments ?

Récitatif

Caligula
Console-toi, ô Ségesta ! Il est tombé en homme courageux, et si tu ne peux changer le cours du destin, change de résolution, seconde le destin.

Ségesta
Tu verras le feu devenu glace, tu verras l’onde brûler, avant que ma douleur change jamais.

Caligula
Il est juste de faire une place au deuil ; si j’ai été un messager porteur de mauvaises nouvelles, j’espère un jour t’en annoncer de joyeuses. (Cruel supplice que de ne pouvoir lui dire : mon amour, je t’adore.)

Ségesta
Je n’espère qu’en la mort pour apaiser mon mal.

 

Scène 6
Tibère, Germanicus, Séjan, Erchinus

Récitatif

Tibère
Regarde : les marbres expriment ta gloire avec éloquence ; avec d’illustres monuments, tu désarmes l’oubli pour accroître ton prestige.

Germanicus
Les auspices de Tibère sont toujours favorables ; et puisque tu me veux du bien, je savoure les splendeurs des honneurs. Aussi, père, pour t’être reconnaissant, je courrai en armes là où tu commanderas, vers le champ de bataille, au milieu des légions.

Air

Germanicus

Aux armes, au combat, aux épreuves !
Je porte en mon sein un cœur intrépide.
Mais ma vigueur guerrière est accrue
Par la valeur de tes ordres cléments.

À l’assaut, à la mêlée, aux corps à corps !
Je cours, rapide, sans crainte, sans effroi.
Savoir que tu l’as ordonné
Me donne fierté et audace.

Récitatif

Tibère
Une noble valeur toujours resplendit en Germanicus, courageux guerrier, général invaincu.

Séjan
(Ô Dieu ! Celui-ci fait naître la colère en moi !)

Germanicus
Le moment m’appelle maintenant aux affaires du forum, et je dois, père, y diriger mes pas, si tu me le permets.

Tibère
Oui, oui, va en paix. As-tu entendu, Séjan, combien il s’est montré anxieux d’obéir à mes ordres ?

Séjan
Seigneur, j’ai retenu dans mon esprit tout ce qu’il a dit, et il me semble bien que par excès d’audace, il commence à être trop orgueilleux.

Tibère
De quels signes le déduis-tu ?

Séjan
Puisque tu gouvernes avec un pouvoir absolu, invincible Tibère, en s’offrant inutilement, il prétend te donner des lois.

Erchinus
(Séjan entend à merveille l’art du courtisan.)

Tibère
Tes discours sont pleins de sagesse : un cœur altier a pour but le règne, pour cible l’empire.

Air

Tibère

Un pied haut placé
A toujours à craindre.
Les éclairs sont toujours
Prompts à frapper les monts,
Et la hauteur est le seul
Point de départ de la chute.

 

Scène 7
Arminius, seul

Air

Arminius

Dieux, ah, de grâce,
Prenez pitié d’un malheureux !
Si tout doit avoir une fin,
Pourquoi mon martyre sera-t-il éternel
Pour le supplice de mon cœur ?
Une telle rigueur ne vous sied pas,
De grâce, prenez pitié,
Ô dieux, d’un malheureux.

Astres, mettez un terme
À l’atroce douleur d’un infortuné.
Si vous changez sans cesse d’aspect,
Pourquoi donc, à mon encontre,
Êtes-vous stables dans la rigueur ?
Le ciel n’est pas toujours impitoyable,
Astres, mettez un terme
À la douleur d’un infortuné !

Récitatif

Arminius
Des gardiens vigilants, de rudes fers, de hautes murailles, m’empêchent, ô dieux, de voir le beau visage de ma Ségesta adorée ; et c’est en vain que je déplace ma pensée, et que je tourne mes pas.

 

Scène 8
Caligula, Arminius, Julia

Récitatif

Caligula
Je vois ici Éraste ; c’est peut-être Amour qui l’a envoyé ici pour soulager ma douleur.

Arminius
Seigneur, je m’incline devant toi.

Caligula
Le Ciel te préserve, Éraste ; mais les plaisantes brises du ciel latin te conviennent-elles ?

Arminius
Mon cœur répond en étant enchanté d’un si beau séjour, seigneur.

Caligula
Ici, les fleurs par milliers boivent comme lait les gouttes de rosée de la paisible aurore, et sur le sol verdoyant, à chaque instant Zéphyre déploie son agréable vol.

Arminius
Je le vois suffisamment, car tout est plaisant, où que je tourne mon regard.

Caligula
Outre ses rivages ensoleillés, le Tibre glorieux peut se vanter de plus d’un visage séduisant.

Arminius
Je l’ai admiré en le voyant.

Caligula
Mais ton cœur n’a aucun sentiment pour eux.

Arminius
Je me souviens de mon sort de mendiant, seigneur, et il n’est pas permis à un malheureux de s’occuper de tendres amours.

Caligula
Quelle misère y a-t-il plus grande que d’être prisonnier de l’aveugle Amour ?

Arminius
Seigneur, tu dis vrai, et je plains celui qui vit en aimant.

Caligula
Et si tu pouvais soulager sa douleur ?

Arminius
Je le ferais.

Caligula
Eh bien donc, Éraste, je suis certain que tu accorderas tes actes et tes paroles ; si tu m’es fidèle, outre la liberté, tu peux attendre une grande récompense.

Arminius
Comment ? Que dis-tu ? Hâte-toi de t’expliquer.

Julia
(Mon désir m’a amenée ici à temps.)

Caligula
Éraste, Éraste, ô Dieu ! Pour Ségesta que j’adore...

Arminius
(Ciel, qu’entends-je !)

Caligula
... j’éprouve peine et tourment, et toi, qui es natif de sa patrie...

Julia
(Ah, malheur ! Mon cœur, te voici arraché à toi-même !)

Caligula
... si tu veux, tu peux m’apporter une aide et un secours bienvenus.

Arminius
Comment, seigneur ?

Caligula
Écoute : tu iras à la prison ; porteur de mes ordres, tu pourras certainement y pénétrer. Va alors trouver Ségesta ; dis-lui qu’Arminius est tombé au combat sous les coups des nôtres, et qu’ici, à Rome, un cavalier inconnu t’a remis cette feuille que je vais sous peu te donner dans mes appartements.

Arminius
Seigneur, je suis prêt.

Caligula
Viens donc avec moi.

Arminius
Je te suis. (Je ne reste en vie que parce que sous peu, je verrai mon idole.)

Julia
Ah, le monstre, le barbare ! Je saurai me venger d’un infidèle.

 

Scène 9
Claudia

Air

Claudia

Mon cœur, si tu soupires,
De grâce, dis-moi pourquoi.
Pourquoi te soumettre
À qui te méprise ?

Tu réponds qu’il n’est pas possible
De se soustraire aux délires d’amour.
Mon cœur, si tu soupires,
Tu m’as dit pourquoi.

Récitatif

Claudia
Quelle flamme inhabituelle Cupidon allume dans mon sein ! Il me force à aimer qui ne m’aime pas. Et pourtant, il a le pouvoir de décocher plus d’un regard, de lancer la flèche d’amour. Il y a plus de fleurs dans un pré, le soleil répand plus de rayons, mais pour moi, seuls brillent deux beaux yeux. Il est vrai, mais ce sont des comètes, contraires à ma jouissance, et je me prends à les haïr. Ah ! je ne puis rien faire d’autre que de l’aimer sans cesse.

Air

Claudia

Je comprends, oui, oui,
Je dois seulement
Aimer et souffrir ainsi.

Puisque l’amour veut
Que je souffre avec constance,
J’aimerai en souffrant.

 

Scène 10
Caligula, Julia, Claudia

Récitatif

Caligula
Les instants m’ont paru courts, et déjà le pied d’Éraste semble voler pour obéir à mes ordres.

Claudia
(Voici l’ingrat.)

Caligula
(Voici celle que je hais.)

Claudia
(Je vais oser lui parler.)

Caligula
(Je ne veux plus la fuir.)

Claudia
Arrête ton pas, perfide.

Julia
Arrête ton pas, traître ! puisque tu es sans foi et sans amour.

Caligula
Précisément, une autre affaire me réclame ailleurs

Julia
Arrête : je sais déjà en quoi consiste ton affaire. C’est ainsi, cœur infidèle, que tu méprises qui t’aime ?

Claudia
(Julia parle d’amour.) Où as-tu appris, cruel, une si sauvage incivilité ? Je ne t’outrage pas par mes paroles au point que tu doives t’envoler en me fuyant.

Julia
(Claudia me paraît amoureuse.) Éraste, c’est Éraste qui saura porter aide à un cavalier inconnu. Ah ! constance bafouée ! Ah ! foi trahie !

Caligula
Belles, vous savez bien qu’Amour a des ailes, et cela signifie qu’il prétend à sa liberté ; et si vous croyez me forcer à vous aimer, c’est un vain désir. Vous êtes belles, ravissantes, mais je ne ressens pas pour vous de flammes amoureuses.

Julia
Ah, cruel, sans pitié !

Claudia
Ah, rigueur obstinée !

Julia
Je ne savais pas, Claudia, que Caligula avait fait naître une inclination, enflammé un amour, dans ton sein, dans ton cœur.

Claudia
Et moi, je n’aurais jamais cru que je fusse ta rivale ; si cela te déplaît, songe, en finissant par être sage, qu’au milieu des roses il y a des épines.

Julia
Tu me déçois, Claudia ; et toi, infidèle Caligula, tu abandonnes mon amour. Que décides-tu, âme affligée, triste cœur ?

Air

Julia

Tu resteras douce, espérance,
Consolante, flattant
Mon cœur dans sa constance
Pour le soustraire à la peine.
Mais que tu fuies me semble bon.
Si la foi est trahie,
Bafouée par l’inconstance,
Il est impossible d’aimer.
Tu resteras douce, espérance,
Mais que tu fuies me semble bon.

 

Scène 11
Ségesta, Arminius

Récitatif

Ségesta
Mes yeux dolents se sont dissous en larmes, et pourtant, mes lamentations n’obtiennent aucun soulagement.

Air

Ségesta

Pour moi, aucun jour
Serein et joyeux, ne peut plus se lever
Si je ne peux plus voir
Cette beauté qui m’enchante.

Satisfactions, joies paisibles
Ne sont plus pour moi
Si, par la colère des Parques rapaces,
Arminius n’est plus.

Récitatif

Ségesta
Mais voici de nouveau des gens hostiles qui arrivent pour m’importuner, moi qui éprouve suffisamment d’atroces peines.

Arminius
(Elle ne reconnaît pas mon visage. Je vais feindre pour découvrir si elle est encore constante.) Malheureuse princesse, moi aussi, je compatis à ton triste sort.

Ségesta
Dis-moi ce que tu veux. Qui es-tu ? Quelle part as-tu à mes douleurs ?

Arminius
Je suis Germain moi aussi. J’étais un soldat d’Arminius, mais le destin m’a conduit ici privé de liberté.

Ségesta
Tu as connu Arminius ? Oh, nom adoré ! Mais comment es-tu venu dans ce lieu de supplices et de tourments ? Se peut-il que toi aussi, tu souffres dans un cachot obscur ?

Arminius
Non, je ne suis pas enfermé ici, mais un cavalier dont, étant étranger, j’ignore le nom, a voulu pour te consoler que je dirige mes pas vers ici, et que je te remette la lettre que tu vois.

Ségesta
Infâme scélérat, c’est là la loyauté que tu as jurée à Arminius ? Tu essayes de trahir l’éclat de son honneur !

Arminius
Princesse, de grâce, apaise ta subite colère. Arminius est tombé mortellement blessé, il n’est pas interdit d’accueillir favorablement un autre amour.

Ségesta
Le feu dans mon cœur conserve un amour intact pour ses cendres.

Arminius
C’est vanité que de conserver sa foi à une ombre.

Ségesta
Il suffit !

Arminius
Cherche seulement à obtenir la liberté.

Ségesta
Tu dois remercier Jupiter que je sois prisonnière ; si j’étais libre, je saurais châtier justement ta folie.

Arminius
Princesse !

Ségesta
De grâce, va-t-en !

Arminius
Au moins...

Ségesta
Tu es encore là ? Barbare, goujat ! Pour ne plus t’entendre, je cours me cacher au fond des plus noires ténèbres de ces marbres sourds.

Arminius
(Je trouve là motif à me réjouir.)

 

Scène 12
Néron, seul

Air

Néron

Ce n’est qu’ici que les fleurs
Émaillant le pré de leurs belles couleurs
Font que le soleil est riant ;
Mais toujours, d’âpres rigueurs,
Entretenant ma douleur,
Font pleurer mon cœur.

Lorsque fuit l’hiver,
Dans cette plaisante campagne,
Avril revient fleurir.
Mais avec une rigueur éternelle,
En mon sein resplendit
Une beauté toujours hostile.

Récitatif

Néron
Feuillages, vous bougez au souffle d’un zéphyr, vous lui cédez ; mais mille soupirs ne peuvent ébranler le cœur de Julia, même si c’est Amour qui les exhale. Arbres, vous ressentez l’ardeur du Taureau dans le ciel, et vous l’appréciez. Pour mon destin cruel, Julia seule ne sent pas l’ardeur de mon amour, bien qu’il soit brûlant.

 

Scène 13
Climmia, Néron

Récitatif

Climmia
Néron est toujours triste. En vérité, je compatis.

Néron
Que le ciel te protège, Climmia !

Climmia
Je te remercie, seigneur.

Néron
Pourquoi, dis-moi, es-tu seule, toute seulette, à fouler ces champs parfumés ?

Climmia
Nous autres jeunes filles, quand nous sommes enfermées, nous avons mal à la tête, tout se bouche et en conclusion, nous sommes toujours malades. Voilà pourquoi je suis sortie pour prendre ici l’air frais et faire de l’exercice. Il faut du bon sens pour rester en bonne santé.

Néron
Tu as bien fait. Mais dis-moi, où se trouve Julia ?

Climmia
Mauvaise nouvelle, seigneur. Je l’ai laissée à l’instant dans sa chambre, plus obstinée que jamais.

Néron
Elle n’est donc pas disposée à agréer ma passion sincère ?

Climmia
Elle n’y pense même pas.

Néron
De grâce, dis-moi pourquoi.

Climmia
(Maintenant, je dois inventer.)

Néron
Que dis-tu ?

Climmia
Seigneur, si Julia ne t’aime pas, c’est parce qu’elle sait fort bien que c’est des amants la coutume, que d’observer en amour une fidélité volant comme la plume.

Air

Climmia

En parlant, ils savent
Peindre la constance,
Mais leur vrai désir
N’est que de feindre.
Ils sont fidèles à une beauté
Tant qu’ils la voient
Mais si elle est loin,
Ils cèdent à une autre.

Récitatif

Néron
Mon amour n’est pas changeant ; dans mon cœur, j’ai une foi ferme comme le diamant.

 

Scène 14
Arminius, seul

Récitatif

Arminius
Je retourne vers Caligula en suivant ces chemins fleuris, tel est son ordre. Mais puisque je ne le vois pas encore, je vais reprendre haleine ici en l’attendant. Épouse adorée, tu as adouci l’atrocité de mon sort, avec ton âme fidèle, ton cœur constant.

Air

Arminius

Quand je vois tes beaux yeux,
La douleur pour moi n’est plus douleur,
Puisque leur splendeur m’est fidèle.

Quand je vois ta belle bouche,
Le tourment m’est contentement,
Si je l’entends me dire ta foi.

 

Scène 15
Caligula, Arminius

Récitatif

Caligula
Je te trouve enfin, après une longue errance, dans ce bocage touffu. Mais dis-moi, raconte-moi, qu’a fait Ségesta ? A-t-elle lu ma lettre ?

Arminius
Pardonne-moi, seigneur, si j’apporte des nouvelles cruelles pour tes désirs, et que je déplore. Elle m’a chassé, m’a invectivé, et n’a même pas pris le message.

Caligula
Ah, déloyal ! Ah, scélérat ! Tu m’as trahi, Éraste !

Arminius
Que Jupiter décoche mille traits sur mon front, si je n’ai pas été l’exécuteur fidèle de tes ordres. Je lui ai raconté tout ce que tu m’avais ordonné ; mais lorsque j’ai osé entreprendre de l’approcher, elle est allée, de colère, se cacher dans les plus sombres recoins, et son courroux me l’a arrachée.

Caligula
Tu aurais dû la suivre.

Arminius
Son rang princier, son affliction, ô Dieu, ont freiné ma volonté, brisé mon zèle.

Caligula
L’excès d’amour m’emmène trop loin. Tu as fait ton devoir, excuse ma passion. Éraste, tu me seras toujours cher. Va-t-en maintenant dans mes appartements, attends-moi, j’y reviendrai bientôt.

Arminius
Je t’obéis.

Caligula
Si Ségesta s’est montrée rétive envers Éraste, c’est normal : personne n’a jamais exprimé ses sentiments devant un inconnu. Je vais donc y retourner moi-même, je lui dévoilerai que c’est moi qui ressens l’ardeur du dieu aveugle.

Air

Caligula

Celui-là seul peut être heureux
Qui obéit promptement
Aux ordres de l’archer aux yeux bandés.
Si celui-ci commande,
Celui qui veut doit y aller en personne,
C’est celui qui ne veut pas qui délègue.
Un cœur qu’Amour a frappé
S’il veut un jour être heureux
Doit lui-même
Bouger les lèvres.
Chacun est l’artisan
De sa fortune.

 

Scène 16
Vitellius, Germanicus, Erchinus

Récitatif

Vitellius
Pour donner à ta gloire un écho jubilant, ô invincible Germanicus, aujourd’hui, le Tibre est en fête, et s’enorgueillit de t’applaudir en grande pompe.

Germanicus
Ami, attribue au génie de Rome cette noble pompe.

Erchinus
Holà ! tout le monde aux armes. Je suis le dieu de la guerre ! Il n’a qu’à m’attaquer, celui qui veut se retrouver par terre !

Germanicus
Calme-toi, Erchinus, que fais-tu ?

Erchinus
Seigneur, mon cœur n’est plus que bravoure. Je suis tout fureur. Qu’il sorte donc, celui qui n’a pas peur !

Tibère
Arrête, Erchinus !

Erchinus
Plus possible !

Vitellius
Tu es trop hardi !

Erchinus
Holà ! Holà !

Germanicus
Tu te mets en danger.

Erchinus
Je veux tailler en pièces ces coupe-jarrets.

Germanicus
Toi, bien vu de Tibère, toi, cher à Germanicus, toi aimé de tous, tu veux mourir, tu veux tomber en désespéré ? Regarde, ces aciers sont assoiffés de sang, et ces bras sont passés maîtres en l’art de frapper et de blesser.

Erchinus
Tu parles bien seigneur, mais dans ma tête subsiste le sens de l’honneur.

Germanicus
Si le lieu, le moment, la manière, sont défavorables pour l’épreuve, la sagesse est de changer d’avis.

Erchinus
Eh bien, je vais m’économiser pour une autre fois ; en attendant, je ne manquerai pas de m’exercer.

Vitellius
Allons, allons, nobles champions, empoignez vos épées pour moissonner palmes et lauriers, et faites la preuve de votre ferme valeur.

Air

Vitellius

Qu’ils soient farouches,
Qu’ils soient sévères,
Vos coups assénés.
Et que qui connaît mieux
L’art de Mars
Le fasse voir.

Les honneurs
Que distribue le dieu de la guerre
Ne vont pas sans sueur.
Les victoires
Sont sans gloire
Si le péril a été léger.

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Acte III

 

 

Scène 1
La prison

Caligula, Ségesta

Récitatif

Caligula
Ségesta, tu laisses encore une douleur importune te torturer le cœur ?

Ségesta
Tant que vivra Ségesta, elle vivra toujours triste, toujours affligée.

Caligula
Espère joies et plaisirs. Tu n’auras pas toujours de lourds fers au pied.

Air

Caligula

La douce et chère liberté
Mettant fin à ton martyre
Pourra un jour te rendre heureuse.
Si tu veux toujours languir,
Dis-moi donc, qu’en résultera-t-il ?
Pleurer toujours est vanité.

Récitatif

Ségesta
Que je sois libre, ô Dieu, ne me rendra pas à Arminius, n’apaisera pas mon désir.

Caligula
Pour te consoler, vois comment l’Aurore dans le ciel, lorsqu’un jour a disparu, revient avec le suivant, et l’orne de sa lumière.

Ségesta
L’Aurore est inconstante et infidèle à Tithon ; c’est un exemple qui messied pour un cœur fidèle.

Air

Ségesta

L’héliotrope
Suit toujours
Le soleil
Même si au ciel
Il ne brille plus.
Tu dois aussi
Considérer cela.

Récitatif

Caligula
Mais si jamais, ici, à Rome, un homme d’illustre naissance te donnait son cœur, lui répondrais-tu par ton amour ?

Ségesta
Si tu veux me consoler avec un discours si vain, cesse de m’importuner !

Caligula
Mais si je te disais : Bien-aimée, pour qui je soupire, mon cœur t’adore ?

Ségesta
Tais-toi : cela me fait souffrir d’entendre encore une pareille folie qui se moque de moi.

Caligula
Et si j’ajoutais : Belle, accepte l’ardeur de mes flammes ; mon âme souffre pour toi, pour toi brûle mon cœur ?

Ségesta
Ah ! T’entendre me répugne, t’écouter me fait mal !

Caligula
Mais si je répétais : Ségesta adorée, mon idole ! toi qui sais déjà combien, en une âme aimante, Cupidon a de pouvoir, aie pitié de moi, d’un cœur fidèle !

Ségesta
Tu t’échauffes en parlant !

Caligula
Je ne peux plus mentir. Ségesta aimée, ô Dieu ! C’est moi, moi seul, qui vis en t’aimant.

Ségesta
Suffit, langue outrecuidante ! Silence, téméraire !

Caligula
Oh Dieu !

Ségesta
Va-t-en !

Caligula
De grâce, chère !

Ségesta
Tu essayes encore, infâme !

Caligula
Calme ta colère, Ségesta !

Ségesta
Va-t-en, ne reste pas !

Caligula
Si cruelle !

Ségesta
Si rustre !

Caligula
Oui, je partirai. Mais crois bien, pendant ce temps, que si tu ne changes pas d’idée, je saurai trouver de plus amples raisons pour te faire pleurer

Ségesta
Je serai ferme, oui. Si tu donnes libre cours à ta colère, tu verras que j’ai en mon sein un cœur qui sait souffrir.

 

Scène 2
Claudia, Erchinus

Air

Claudia

Si tu prends plaisir, dieu enfant,
À enflammer des ardeurs en mon sein,
Fais qu’au moins un destin équitable
Fasse brûler nos deux cœurs.

Si, amour aveugle, tu ne le veux pas,
Tu peux lancer tes flammes,
Ah, prends-les à mon cœur,
Nous serons en feu tous les deux.

Récitatif

Erchinus
Oh, la vive estocade ! Oh, la fière parade ! Oh, la belle victoire ! Oh, quelle rapide retraite !

Claudia
Tu tires l’épée bien fièrement, Erchinus, sans avoir d’adversaire ?

Erchinus
Oh pardon, madame ! Je m’entraîne ; si toi, c’est l’amour qui te plaît, moi, c’est le courage qui me fait faire des folies.

Claudia
Donc, toi qui es si martial, c’est la colère plus que Cupidon qui te domine ?

Air

Erchinus

En vérité, l’état
D’un amant
Est extravagant.
Nuit et jour,
Il va toujours
Pleurant, soupirant.
Mais qu’obtient-il à la fin ?
Séduisante,
Menteuse,
Une beauté le piège,
Par sa perfide infidélité.

Récitatif

Claudia
Ah, tu as bien de la chance. Mais il ne m’est pas permis d’imiter ton exemple.

Air

Claudia

Si le Tonnant épris s’est arraché
Aux sphères célestes, et s’est changé en or,
Un faible cœur ne peut résister
À la force de l’aveugle ailé.

Si la valeur du dieu Gradivus
A cédé à un trait de Cnide,
Pour s’opposer à un archer furtif,
Une âme non guerrière ne suffit pas.

 

Scène 3
Julia, seule

Récitatif

Julia
« Mais je ne sens pas pour vous de flammes amoureuses. » C’est ainsi, parjure, que tu bafoues mon affection, que tu railles mon amour ? Je me rappelle, traître, quand tu me disais : »Julia, je soupire pour toi, je ne veux aimer que toi, tu es ma bien-aimée, mon idole. » Eh bien, flatteuses paroles, même mensongères, venez réconforter mon cœur.

Air

Julia

La joie passée
M’invite au bonheur.
Mon supplice permanent
Me force à languir.
Les tourments de mon cœur
Sont ceux de Tantale :
Proche est la douleur,
Loin la satisfaction.

 

Scène 4
Caligula, Julia

Récitatif

Caligula
Une si fière rigueur en un cœur si tendre ? Cela ne me fera pas changer de sentiment.

Julia
Donc, tu t’obstines et tu te dérobes, cruel, à mon amour.

Caligula
Je t’ai aimée, Julia, je ne le nie pas, je t’ai adorée, je le confesse ; mais le temps lui-même change et se transforme.

Julia
Ah, Caligula aimé ! Voici les yeux, voici les joues, voici la bouche qui te séduisirent un temps. Si je suis la même, pourquoi varies-tu dans ton amour, changes-tu de désir ?

Caligula
Variable est la course du soleil, variable le mouvement des étoiles. Sans cesse tournent les sphères, les mers ne sont pas toujours calmes ; et tu voudrais que ce qui est le plus instable de tout, ce qui ne reste jamais tranquille : le cœur d’un homme, - soit seul à rester immobile et immuable ?

Julia
Mais la foi que tu m’as jurée ?

Caligula
Promesse d’amoureux, c’est tout dire.

Julia
Tu ne veux donc pas me céder ?

Caligula
Tu demandes l’impossible.

Air

Caligula

Belle, je n’ai dans mon sein
Plus de cœur à te donner ;
Je me le suis enlevé
Pour le donner à un autre amour.

Je t’appellerais bien-aimée
Si j’étais en liberté.
Mais Amour a déjà enserré
Mon cœur par d’autres chaînes.

Récitatif

Julia
Reste donc ingrat : une juste colère fait que je commence à te haïr plus que je ne t’aimai jamais.

Caligula
Ta colère me donnera la paix.

 

Scène 5
Néron, seul

Récitatif

Néron
J’aime, je souffre, je soupire, et je ne trouve pas grâce. Toujours sourde à mes prières, toujours irritée contre moi, toujours farouche, obstinée, Julia traite de délire mon amour, mes peines, mes soupirs.

Air

Néron

Il est facile d’adorer
Avec constance
Une beauté aimable.
Mais il est difficile d’aimer
Un cœur qui respire la cruauté.
De beaux sourires, des jeux, des caresses
Savent rendre amoureux
Tout le monde, en séduisant.
Mais il est rare de soupirer
Pour des dédains et des mépris.

Récitatif

Néron

La constance d’Alphée, qui suit Aréthuse en fuite même par des routes souterraines ; la foi d’Apollon qui adore encore la beauté de Daphné changée en feuillage, et en entoure fidèlement sa tête, allègent ma douleur : c’est un soulagement de ne pas être seul à souffrir.

 

Scène 6
Julia, Néron

Récitatif

Julia
Effrayé, Néron ? Pourquoi restes-tu ainsi figé ?

Néron
L’impitoyable rigueur avec laquelle, ô ma Julia, tu méprises mon amour, trouble mon esprit, oppresse mon cœur.

Julia
Jupiter n’est pas toujours en colère et lançant les éclairs du ciel ; encore moins Cupidon, qui, dieu enfant, est d’humeur variable, change souvent d’envie.

Néron
Mais pour moi, il est toujours cruel puisqu’il ne me permet pas un seul instant de changer d’idée.

Julia
Espère, Néron, espère : la belle Iris est plus agréable, plus belle, quand dans le ciel l’a précédée quelque tempête.

Néron
Un seul regard bienveillant de tes yeux charmeurs peut, ô Julia, me rendre heureux, peut rasséréner mon cœur.

Julia
Tu ne veux rien d’autre ?

Néron
Si tu m’accordes cela, je m’estime heureux.

Julia
Il t’est permis d’espérer davantage.

Néron
Quoi ?

Julia
Peut-être mon amour.

Néron
Ou tu n’es pas Julia, ou ne je suis pas Néron.

Julia
Si, si, ta constance, crois-moi, Néron, m’amène à te promettre mon amour et même à t’en donner mon cœur en gage.

Néron
Tu te moques de moi, ô Dieu !

Julia
Je te parle sincèrement.

Néron
Puisque tu me l’assures, si tu me donnes ton cœur, en contrepartie, tu as le mien, fidèle.

Julia
Espère, Néron, espère : la belle Iris est plus agréable, plus belle, quand dans le ciel l’a précédée quelque tempête.

Néron
Un seul regard bienveillant de tes yeux charmeurs peut, ô Julia, me rendre heureux, peut rasséréner mon cœur.

Duetto

Julia
Pour te consoler
Je saurai te payer de retour.

Néron
Je vivrai uniquement, ô chère,
Pour t’aimer et t’adorer.

Ensemble
Si tu acceptes mon amour,
Je ne désire pas plus grande joie.

 

Scène 7
Ségesta, Arminius

Récitatif

Ségesta
Es-tu si audacieux que tu oses encore revenir ici ?

Arminius
Pardonne cette audace, princesse, à mon état d’esclave. Si mon maître m’envoie, je dois marcher.

Ségesta
À qui donc obéis-tu ?

Arminius
Je sers Caligula.

Ségesta
Et que t’ordonne-t-il ?

Arminius
De te remettre cette lettre en mains propres.

Ségesta
Infâme Caligula ! Cœur scélérat ! Retourne vers ce pervers et dis-lui que c’est l’honneur qui conquiert Ségesta, et non un lascif amour.

Arminius
Tu ne prends pas la lettre ?

Ségesta
Je pourrais, de mépris, la déchirer en mille pièces ; mais je ne veux pas souiller mes mains avec cette feuille indigne.

Arminius
Caligula n’aspire qu’à un juste hymen.

Ségesta
Pars ! Fuis, effronté ! N’oublie pas que tu es un domestique, un esclave !

Arminius
J’obéis à tes ordres. (J’ai retrouvé la joie grâce à ses mépris.)

Air

Ségesta

Si Clotho soudain
Coupe le fil de ma vie,
Elle fera preuve de pitié.
Vivre dans la douleur
Avec une peine infinie,
Mon cœur, en mon sein, n’en est plus capable.

Récitatif

Arminius
(Je veux des preuves plus fortes.) J’ai oublié, princesse, de te transmettre aussi ceci : si tu t’obstines, tu ne dois espérer que peines, tourments, martyrs, angoisse et douleur.

Ségesta
Importun, pénible, tu as bien entendu ce que je t’ai dit.

Arminius
Tu es ta propre ennemie.

Ségesta
Je suis fidèle à Arminius.

Arminius
Que vas-tu faire ? À quoi prétends-tu ?

Ségesta
Tu es trop hardi, ver de terre.

Arminius
Je souffre de te voir souffrir.

Ségesta
Va-t-en ! Mon cœur suffit pour que je souffre de ma douleur.

Arminius
Inutilement.

Ségesta
Va-t-en !

Arminius
Écoute !

Ségesta
Ah ! si je suis le jouet d’un esclave têtu, ce fer miséricordieux me défendra en me donnant enfin le repos.

Arminius
Arrête, arrête, Ségesta !

Ségesta
Tu as cette audace !

Arminius
Arminius ne veut pas ta mort.

Ségesta
Il ne peut pas l’empêcher.

Arminius
Retiens le coup, ô Dieu ! Regarde ! Je suis Arminius.

Ségesta
Je te reconnais ! Oh mon époux ! Et je cours, amoureuse, pour t’embrasser encore, ombre errante que tu es.

Arminius
Je suis vivant, Ségesta : c’est seulement Caligula qui a inventé ma mort, mon trépas. Du jour où les armées latines te firent prisonnière, moi, sous un déguisement, j’ai dirigé mes pas vers le sol romain, pour te soustraire par la ruse, ô mon amour, à la rigueur des dures chaînes. Mais le ciel ne l’a pas voulu.

Ségesta
Oh mon amour ! Je ne puis m’abstenir de tes douces étreintes.

Duo

Arminius, Ségesta

Je te tiens dans mes bras, ma vie,
Je ne désire rien de plus.
Ma joie est infinie
Si tu es vivant / fidèle.

Récitatif

Ségesta
Qu’allons-nous faire, mon trésor ?

Arminius
Nous fuirons.

Ségesta
Et comment ?

Arminius
Aujourd’hui, quand la nuit aura endormi le monde, je feindrai de revenir ici sur l’ordre de Caligula, et à la faveur de l’ombre, tu viendras en sécurité avec moi. Attends le moment, nous parlerons davantage. Le moment présent veut que je retourne trouver Caligula. Adieu, mon cœur.

Ségesta
Va, et que le dieu d’amour, bienveillant, t’assiste.

 

Scène 8
Climmia, Erchinus

Air

Climmia

Tu es mignon,
Tu es courtois ;
En plus,
Tu es galant.
Tu es joli,
Tu es gracieux,
Mais ce qui se détache en toi de plus beau,
C’est l’amour que tu as pour moi.

Récitatif

Erchinus
(Oh, qu’elle a de fumée en tête !) Pour toi je soupire, je meurs. (Visage contrefait !) Toi seule me martyrises. (Avec ton humeur si folle.)

Climmia
Si tu es constant, tu auras à la fin une grande récompense pour ton amour.

 

Scène 9
Tibère, Germanicus, Vitellius, Séjan

Récitatif

Tibère
Mon fils, tu dois laisser de côté tout vain compliment envers un père qui t’aime ; expose ton désir, dis ce que tu souhaites.

Germanicus
À ta suprême clémence, invincible Tibère, je recommande mon jeune fils Néron. Les années lui font défaut, il est vrai, mais si on cultive avec soin les jeunes pousses d’un arbre tendre, elles deviennent adultes avec plus de ferme vigueur.

Vitellius
L’âge juvénile de Néron est compensé par un jugement mûr, un bon sens d’homme fait.

Tibère
J’en parlerai aux sénateurs. Les résultats te montreront que je ne désire que ton ascension.

Germanicus
Père, je rends grâces avec tout mon respect ; j’attends toutes les faveurs de ta bienveillance.

Séjan
(Et moi, je m’enflamme le cœur de rage et de fureur.)

Tibère
Si la vie de l’homme est si rapide, si brève, il faut d’autant plus employer la jeunesse : même une heure n’est pas superflue.

Air

Tibère

Il semble que la vie de l’homme
Est assez longue, lorsqu’elle est là.
Mais lorsqu’elle est finie, elle
paraît une ombre,
Un néant, un songe.

Il semble qu’un enfant, à sa naissance,
Inaugure sa vie en vagissant ;
Mais, encore dans les langes,
Il ne fait que commencer à se rapprocher de la mort.

 

Scène 10
Caligula, Arminius

Récitatif

Caligula
Ces moments où Éraste diffère son retour d’auprès de mon aimée Ségesta semblent, ô Dieu, autant de siècles pour ma douleur, pour mon désir.

Arminius
Seigneur, Éraste, triste et affligé, n’a rien de riant pour toi.

Caligula
Dis-moi pourquoi.

Arminius
Plus farouche, plus obstinée que jamais, Ségesta irritée m’a invectivé, m’a chassé.

Caligula
Qu’a-t-elle fait de la lettre ?

Arminius
Elle ne l’a pas acceptée, ne l’a pas prise. Orgueilleuse, elle m’a répondu que dans son cœur fidèle, toujours vivra l’honneur intact.

Caligula
Et les promesses ?

Arminius
Elle n’en a cure.

Caligula
Les menaces ?

Arminius
Elle ne les craint pas.

Caligula
Quelle constance, quelle audace dans un cœur de femme ! Mais en attendant, Caligula souffrira qu’une esclave le bafoue, le méprise ?

Arminius
Seigneur, si tes ordres m’y autorisent, je dois me rendre ailleurs pour une affaire personnelle. Tu ne réponds pas ? Que m’ordonnes-tu ? Il est pensif, il n’entend pas. Mais qui ne dit mot consent.

Air

Caligula

Oui, oui, pensers généreux,
Réveillez-vous maintenant,
Maintenant dans mon sein.
Je méprise une beauté servile,
Qui est trop farouche,
Vous ne devez plus l’adorer.

Récitatif

Caligula
Je vois maintenant que j’ai eu trop de manquements envers Julia. Mais je vais, repenti, recommencer à l’aimer, en l’implorant. C’est en se trompant qu’on apprend.

 

Scène 11
Caligula, Julia

Récitatif

Caligula
Mais la voici justement qui arrive.

Julia
J’aperçois l’infâme.

Caligula
De grâce, merveilleuse Julia, prosterné à tes beaux pieds, si je t’ai été infidèle, je m’avise de mon erreur. Maintenant, bien-aimée, je t’en demande pardon.

Julia
Tu divagues ou tu délires, je ne suis pas l’esclave ; tes vaines prières, va les lui adresser ; moi, je n’en veux plus. Relève-toi donc !

Caligula
Je ne me lèverai pas, Julia, avant que tu m’aies rendu et accordé l’amour que jadis tu me portas.

Julia
Tu demandes l’impossible

Caligula
Tu m’as juré de m’aimer.

Julia
Promesse d’amoureuse, c’est tout.

Caligula
Pitié, Julia, je t’en prie.

Air

Julia

Souffre donc autant que tu peux,
Je me rirai de toi.
Si tu n’as pas de foi envers moi,
Pour toi je n’ai pas de pitié.

Récitatif

Caligula
Julia, si cruelle, se refuse à m’aimer. Debout, mon cœur ! Puisque Claudia aussi est belle, mon affection doit se tourner vers elle et lui offrir mon amour.

 

Scène 12
Caligula, Claudia

Récitatif

Caligula
Claudia, étoile propice qui te montres ici à moi, ô chère ! Mon cœur qui t’adore te désirait impatiemment pour te dire que j’ai tant dans le sein tant de flammes ardentes.

Claudia
Mais pas pour moi.

Caligula
Bien-aimée ! Ce n’est que de toi que mon âme se sent éprise.

Claudia
Ton esprit divague, ou tu veux t’amuser avec moi.

Caligula
Ce n’est pas avec toute ma raison que je t’adore.

Claudia
Comment en si peu de temps as-tu changé de sentiments ? Il n’y a pas longtemps que j’ai entendu tes paroles orgueilleuses disant que tu ne sentais pas pour moi de flammes amoureuses.

Air

Claudia

Toi, cruel,
Toi, infidèle,
Amoureux de moi ?
Qu’un instant
L’ait pu faire,
Je n’y crois pas.
Je ne méprise pas ton amour,
Mais je ne te crois pas.

Récitatif

Caligula
Le dieu d’amour a bien raison de punir l’infidélité.

 

Scène 13
Julia, Néron

Récitatif

Julia
Il sera toujours impossible que mon cœur change la foi qu’il t’a déjà donnée.

Néron
Donc, tu m’aimes encore ?

Julia
Dis plutôt que Julia t’adore.

Néron
Tu ne changeras jamais de penser ?

Air

Julia

Mon bien aimé, ma vie,
Ne crois pas trouver en moi
Une âme inconstante.
Mais crois-moi, toi que j’aime,
Devenue éprise,
Je soupire pour toi.

Récitatif

Néron
Julia, tu sais me rendre heureux avec tes douces paroles. J’ai dans mon sein des joies, des satisfactions infinies.

Air

Néron

Chers yeux, belles pupilles,
Il est bien vrai que vous êtes deux étoiles
Qui brillez au ciel d’amour.
Mais vous brûlez plus chères, plus belles,
Si vous êtes deux pôles de foi
Toujours fixes pour mon cœur.

 

Scène 14
Erchinus, Climmia

Récitatif

Erchinus
De grâce, Climmia, un mot !

Climmia
Que diraient les gens si je laissais partir Julia et que je reste seule ici à bavarder avec toi ?

Erchinus
Ils diraient que tu m’aimes, et ne pourraient rien dire d’autre.

Climmia
Cela causerait grand tort à quelqu’un comme moi. Adieu, je m’en vais.

Air

Erchinus

Les femmes sont bien instables,
Toujours à changer d’idée.
Tantôt toutes de douceur,
Tantôt pleines de rigueur.
Un moment, elles te disent :
Tu es mon cœur –
Mais ensuite !
Il suffit que passe un instant,
Les lubies par centaines
Leur viennent à l’esprit.

 

Scène 15
Tibère, Germanicus, Julia, Néron, Caligula, Vitellius

Récitatif

Tibère
J’ai parlé au Sénat, et obtenu des pères conscrits la questure pour Néron.

Germanicus
Une si bienveillante faveur, invincible César, t’attache l’humble cœur d’un père et d’un fils.

Tibère
Et toi, Néron, en même temps, puisque je t’ai fait accéder aux honneurs avec un plein lustre d’avance, accrois leur splendeur par ta vertu.

Séjan
(Il parle de Néron.)

Néron
Tes grâces bienfaisantes, le devoir, la raison, tout m’incitera à bien œuvrer.

Caligula
Ces premiers honneurs que tu reçois, ô mon frère, je m’en réjouis, je les savoure ; et avec bienveillance j’implore les divinités célestes, je les adore par mes prières, pour qu’elles t’accordent la félicité.

Vitellius
Puisque le bienveillant Tibère, honnête Néron, vient de t’accorder l’honneur de la questure avant que le temps le veuille, je suis bien assuré que, l’âge venant, tu arriveras à ce que je prévois : les plus grandes dignités.

Julia
Puisqu’un si joyeux jour vient orner le Tibre de joyeuses fêtes, je te souhaite, Néron, tout ce que tu peux jamais espérer, pour te voir pleinement heureux.

Néron
Amis, je vous rends grâces. Mais à vous, qui êtes les deux piliers de l’empire romain, Germanicus et Tibère, j’ai de nouvelles suppliques à adresser.

Tibère
Que demandes-tu ?

Germanicus
Que souhaites-tu ?

Néron
Si Tibère y consent, s’il plaît à Germanicus, je voudrais qu’aujourd’hui un doux hyménée réunisse Julia et Néron.

Caligula
Malheur ! Qu’entends-je ?

Tibère
Que réponds-tu, Julia ?

Julia
C’est tout ce que je désire.

Tibère
Puisque vous êtes contents, donnez-vous la main l’un à l’autre.

Duo

Julia
En gage d’amour
Je te donne mon cœur,
De grâce, prends-le.

Néron
Mon amour, ma vie,
Mon âme amoureuse
N’aspire à rien d’autre.

 

Scène 16
Tibère, Germanicus, Julia, Néron, Caligula, Vitellius, Séjan, Claudia, Arminius, Ségesta

Récitatif

Séjan
Pendant que parmi les ombres obscures, la nuit revient, ô César invincible, brodant le ciel d’étoiles, un vil esclave s’est livré à une téméraire entreprise et a essayé par la ruse de faire fuir Ségesta et lui rendre la liberté.

Tibère
Et elle a fui ? Vraiment ?

Séjan
Non, car les gardes, à la vigilance sans faille, ont découvert ce maudit esclave, et l’ont suivi et mis aux fers.

Tibère
Où est maintenant le criminel ?

Séjan
Là dehors, avec Ségesta, sous bonne garde.

Tibère
Fais-le amener céans.

Claudia
Si le bruit de la joie résonne partout, moi aussi, j’accours me joindre au plaisir, à la jubilation.

Séjan
Sire, voici l’audacieux.

Caligula
(Malheur ! Je suis trahi !)

Tibère
Quel penser téméraire t’a conduit à tirer Ségesta de ses fers ?

Arminius
Tibère ! La Fortune est toujours changeante, inconstante, et souvent il est advenu que cette même main, qui sut tenir le sceptre, fût entourée et écrasée par les fers de l’esclavage. Mais puisqu’un destin adverse m’a amené à un tel point, je veux tout te raconter : je suis Arminius, et, avec le projet de délivrer mon épouse, emmenée par tes légions, sous un déguisement, je l’ai suivie jusqu’à Rome ; à peine arrivé là, j’ai découvert que Caligula s’était déjà épris de Ségesta. Il m’a ordonné maintes fois d’aller la trouver avec ses billets doux, et j’ai obéi. Profitant de ces occasions, j’ai ourdi la fuite. Tes hommes l’ont empêchée. Maintenant, dispose de moi, fais ce que tu veux.

Caligula
(Oh Ciel ! C’est moi le coupable !)

Tibère
Pour te montrer, Arminius, quelle bienveillante clémence règne chez les Césars, ce que tu n’as pu obtenir sur le terrain par les batailles et les armées, si tu veux m’être fidèle, tu peux l’obtenir sans risque et sans armes.

Arminius
Je vois, ô Tibère, que c’est la volonté des dieux que Rome détienne l’empire. Arminius leur accorde tout, et leur jure sa foi.

Tibère
Holà ! Qu’on défasse les fers de Ségesta et d’Arminius. Je vous prends pour amis, et vous rends la liberté et le trône. Quant à la faute commise par l’audacieux Caligula contre la justice et contre les lois, Germanicus, punis-la comme bon te semble.

Germanicus
Même celui qui gouverne est soumis aux lois. En tant que consul, j’ai dépouillé l’affection paternelle. Si Caligula est coupable, qu’il soit puni. Ainsi donc, ces fers que vous venez d’enlever à Arminius, mettez-les sur le champ aux pieds de Caligula. (Larmes, n’accourez pas à mes yeux !)

Caligula
Père, tu es juste. Mes fautes méritent une plus grande peine.

Claudia
Arrêtez, arrêtez, cruels ministres ; et vous, Germanicus et Tibère, soyez miséricordieux, n’endeuillez pas un si heureux jour ; car les erreurs amoureuses méritent excuse et pardon, et si vous voulez que Caligula soit lié, entouré de nœuds, ma main saura nouer un lien solide – mais le lien d’hyménée, si vous voulez bien.

Tibère
Oh, que l’amour a de force !

Germanicus
Mon cœur commence à respirer dans mon sein.

Tibère
Pour t’être agréable, ô Claudia, qu’on lui enlève les fers, et puisque Rome tout entière est en fête, exultez vous aussi, et unissez vos mains dans la foi d’amour.

Germanicus
Ô clément Tibère !

Duo

Caligula
Belle, tu libères mon pied
Mais tu lies davantage mon cœur
Et Amour, avec ma foi
T’enchaîne mon cœur.

Claudia
Cher, je libère ton pied,
Mais tu lies mon cœur.

Ségesta, Arminius
Cœur qui souffres le martyre avec constance,
Tu espères être heureux.Il n’est point d’épines sans roses.

Julia, Néron
De l’angoisse, de la peine, du tourment,
Naît le contentement.

Sextette

Julia, Claudia, Ségesta, Caligula, Arminius, Néron
Celui qui sait endurer
Finit par triompher.

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC

Arminio