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Alexandre

 

Alessandro
Drame pour la Musique, en III Actes

livret de Pietro Metastasio, Alessandro nelle Indie
représenté à Mannheim, 1766
Gian Francesco de Majo [1732 - 1770]

 

 

 

Note du traducteur

La traduction ci-après ne comprend que ce qui figure dans l’enregistrement CD Coviello Classics, avec le Nationaltheaterorchester de Mannheim dirigé par Tito Ceccherini, 2009: à savoir, presque uniquement les airs et quelques morceaux de récitatif. La musique de l’ouverture et des récitatifs a été perdue. Des vingt-huit airs que comporte le texte original de Métastase, on n’en retrouve que dix-sept, dont un avec un second couplet différent.

La numérotation des airs est celle du livret du CD.

 

Les personnages:

Alexandre, roi de Macédoine
Porus, roi d’une partie des Indes, amoureux de Cléofide
Cléofide, reine d’une autre partie des Indes, amoureuse de Porus
Érixène, sœur de Porus
Gandarte, général de l’armée de Porus, amoureux d’Érixène
Timagène, confident d’Alexandre, mais son ennemi en secret

Chœur de prêtres de Bacchus

 

 

Acte I
Acte II
Acte III

 

Acte I

 

 

1 - Air

Porus

Tu verras, à ton propre risque,
L’éclat de cette épée
Comme des éclairs sur le champ de bataille,
Luire aux yeux du donateur.

Tu sauras qui je suis,
Tu te repentiras de ton cadeau,
Mais il sera trop tard.

[Il sort.]

 

 

2 - Air

Alexandre

C’est le vil trophée d’une âme pusillanime
Que cet œil alors qu’il pleure;
Je ne suis pas venu jusqu’au Gange
Pour faire la guerre aux jouvencelles.

Je rougis de ces lauriers
Dont les bourgeons n’ont pas été
Le fruit de ma sueur.

 

 

3 - Air

Érixène

Qui vit amoureux, tu le sais, il délire;
Il se plaint sans cesse, toujours il soupire,
Il ne parle de rien sinon de mourir.

Moi, je n’ai point de tourment, je ne me plains pas,
Je ne traite jamais le ciel de tyran;
Ainsi donc, mon cœur ne souffre pas de l’amour;
Ou alors, l’amour n’est pas un martyre.

 

 

4 - Air

Timagène

Dans les chaleurs de l’été
Il repose paisible sur le sol,
Il reste parmi l’herbe et les fleurs,
Le paresseux serpent, dissimulé,
Si le pied de la nymphe ou du berger
Ne vient pas l’écraser.

Mais s’il se sent piétiné,
Il aspire à se venger
Et rassemble alors
Dans ses dents pointues
Tout son venin et toute sa colère.

 

 

5 - Air

Cléofide

Si jamais je trouble ton repos,
Si je m’enflamme pour un autre regard,
Que jamais mon cœur n’ait de paix.

Tu as toujours été ma belle divinité,
Tu es seul mon plaisir,
Et tu seras ma dernière passion
Comme tu as été mon premier amour.

 

 

6 - Marche

 

 

7 - Récitatif

Porus
Les dieux soient loués ! Enfin, je suis convaincu
De ta fidélité.

Cléofide
Les dieux soient loués.
Porus a confiance en moi,
Il n’est plus jaloux.

Porus
Où est-il, celui qui dit
Que la pensée de la femme
Est plus légère que le vent ?

Cléofide
Où est-il, celui qui dit qu’un amant soupçonneux
Est plus agité et plus inconstant que la mer ?
Je ne le crois pas.

Porus
Et moi, je ne puis le dire.

Cléofide
Je suis bien détrompée...

Porus
Je suis suffisamment convaincu...

Cléofide
Par ton calme.

Porus
Par ta constance.

Cléofide
Je me souviens de mon serment.

Porus
Je me rappelle ma promesse.

Cléofide
Cela se reconnaît.

Porus
Cela se voit.

Cléofide
Quel amant pacifique !

Porus
Quelle belle fidélité !

 

 

8 - Duo

Porus
«Si jamais je trouble ton repos,
Si je m’enflamme pour un autre regard,
Que jamais mon cœur n’ait de paix.»

Cléofide
«Si jamais je suis encore jaloux,
Puisse me punir la divinité sacrée
Qui a conquis l’Inde.»

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Acte II

 

 

9 - Air

Porus

Même en l’absence de tempête,
Il court à sa perte, le marin
Qui passe le jour en dormant
Nonchalant, sur sa proue.

Sa pensée rêvait peut-être
De rivages accueillants,
Mais il s’est retrouvé dans les flots
Lorsqu’il a ouvert les yeux.

 

 

10 - symphonie d’instruments militaires

 

 

11 - Air

Cléofide

Dis-lui que je suis fidèle,
Dis-lui qu’il est mon trésor,
Dis-lui de m’aimer, dis-lui que je l’adore,
Et qu’il ne doit pas désespérer.

Dis-lui que j’espère apaiser
Mon étoile avec mes larmes,
Et qu’il se console entre temps
Avec l’image de celle
Qui vit dans son cœur.

 

 

12 - Air

Porus

Un destrier accoutumé aux armes
Qui a fui de l’écurie fermée
Parcourt la forêt, la prairie,
Secoue sa crinière sur son dos
Et fait résonner les vallées
Du bruit de ses hennissements.

Et chaque son qu’il entend,
Il le prend pour la voix
De son farouche cavalier
Qui l’anime à combattre.

 

 

13 - Récitatif

Cléofide
Justes dieux, qui voyez
À l’intérieur de tous les cœurs, assistez tous
À cet acte solennel. Je jure d’être
La fidèle épouse de Porus. Que le Ciel écoute
Ce serment, et soit son défenseur et son témoin.
Porus, donne-moi ta main; voici la mienne.

Porus
Oh, ta main ! Ô mon épouse ! Que je suis heureux !
J’ai été injuste jusqu’à présent; pardonne, chère,
Toutes les anciennes fautes...

Cléofide
Malheur ! lève-toi, mon amour ! l’ennemi arrive.

Porus
Où ?

Cléofide
Par là.

Porus
Cette autre route... Mais par là également
Se pressent les guerriers. Ah ! qu’ils sont brefs,
Les moments heureux, pour les infortunés !

Cléofide
Ah, mon époux ! il n’y a pas d’issue.
Derrière nous, le fleuve; par ici, Alexandre
Nous arrête, et par là, Timagène.
Nous voici prisonniers.

Porus
Oh dieux ! l’épouse de Porus
Sera la proie des Grecs ? Le misérable objet
De leurs regards obscènes ? Le jouet servile
Des troupes insolentes ? Qui sait quel nouvel amour,
Quelle nouvelle couche... Ah ! Je sens
Mille furies dans mon sein...

Cléofide
Porus, avons-nous donc perdu tout espoir ?

Porus
Non. Il nous reste une issue.
Mourons ensemble.

 

 

14 - Air

Alexandre

S’il est vrai que tu es enflammé
De nobles ardeurs,
Conserve et défends
La belle que tu adores,
Et continue à l’aimer
Car elle est digne d’amour.

Si je ne suis pas indigne
De quelque récompense,
Respecte, dans son don,
La main qui te l’a donnée;
Ton vainqueur
Ne te demande rien d’autre.

 

 

15 - Air

Cléofide

Si le Ciel m’a séparée
De mon cher époux,
Pourquoi le martyre compatissant
Ne me tue-t-il pas ?

Séparée un instant
De mon doux trésor,
Je ne vis pas, je ne meurs pas,
Mais j’éprouve le tourment
D’une vie douloureuse,
D’une mort prolongée.

 

 

16 - Air

Gandarte

Si je ne puis vivre
Loin de toi, mon amour,
Laisse-moi au moins, mon aimée,
Mourir après de toi.

Car même si je partais,
Mon âme reviendrait;
Et je ne puis te dire alors
Ce que ferait mon pied.

 

 

17 - Air

Érixène

Tu me promets, espoir fallacieux,
De me rendre le calme;
Mais mon âme incrédule
Ne te fait plus confiance.

Qui a éprouvé la colère de la mer,
S’il se fie à elle, le fou,
Est digne des dangers qu’il court
Et ne mérite aucune pitié.

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Acte III

 

 

18 - Air

Cléofide

S’il se fie trop à ses yeux,
Celui qui va sur les flots,
À la place du navire,
Voit s’éloigner le rivage;
Il jurerait que la rive s’enfuit,
Et pourtant, il n’en est pas ainsi.

Peut-être t’abuses-tu toi aussi,
Tu m’insultes, tu me condamnes;
Tu me crois un cœur infidèle
Et tu ne sais pas bien pourquoi.

 

 

19 - Air

Alexandre

Réserve-toi pour de grandes entreprises
Afin que demeure secrète
La souillure déshonorante
De cette infidélité.

Si tu sais revenir
Sur le sentier de l’honneur,
Je verrai ma clémence
Largement récompensée.

 

 

20 - Air

Timagène

Tant que je resterai en vie
Je rachèterai de mon sang
Ma gloire trahie,
Mon honneur perdu.

Je ferai que le monde
Connaisse clairement mon rachat
Autant que mon erreur.

 

 

21 - Air - [ne figure pas dans l’original de Métastase]

Alexandre

Je transpercerai ce cœur,
Qui est un nid de perfidie,
Et à ce sang indfidèle,
Je mêlerai le mien.

Pour donner de ma juste fureur
Un exemple mémorable,
J’abattrai les prêtres,
Le temple et les dieux.

 

 

22 - Air

Gandarte

Bien aimée, souviens-toi
S’il advient que je meure
Combien mon âme
T’a aimée fidèlement.

Et moi, si les cendres froides
Peuvent encore aimer,
Même dans l’urne funèbre,
Je t’adorerai.

 

 

23 - Air

Érixène

Je suis une pastourelle égarée
Qui par le bois, dans la nuit obscure,
Sans flambeau et sans étoile,
S’est égarée pour son malheur.

Le mouvement le plus léger
M’épouvante et me fait pâlir;
L’aurore est encore lointaine
Et je n’espère plus en la clarté du jour.

 

 

24 - Choeur

Descends des astres,
Ô joyeux dieu,
Réconfort du monde,
Compagnon de l’amour.

Écoute du peuple
Les voix suppliantes,
Avec les joues enflammées
D’une rougeur sacrée.

 

 

25 - Récitatif

Cléofide
Je fus l’épouse de Porus; il a cessé de vivre,
Je dois mourir sur ce bûcher. Si je t’ai trompé,
Alexandre, pardonne-moi. Je n’escomptais pas
Pouvoir accomplir ce rite sacré sans t’abuser.
J’ai eu peur de ta pitié. Voici le moment
Où le sacrifice doit se réaliser pleinement.

Alexandre
Ah ! je ne puis le permettre !

Cléofide
Arrête, ou je me transperce.

Porus
(Oh, quel amour !)

Gandarte
(Quelle fidélité !)

Alexandre
Ne sois pas tant ennemie de toi-même.

Cléofide
En survivant, je gagnerais
Une réputation d’impudicité. Chez nous, toutes les épouses
Se jettent dans les flammes de leur lit veuf.
C’est la coutume de nos royaumes; les âges les plus reculés
Ont observé cette loi.

Alexandre
Loi inhumaine,
Qui a besoin d’un frein,
Que je saurai faire disparaître.

Cléofide
Arrête, ou je me transperce.

Alexandre
Je n’ose me résoudre.

Cléofide
Ombre de mon cher époux,
Voici la preuve extrême de ma fidélité.

Porus
Attends-moi, mon cœur;
Nous mourrons ensemble.

 

 

26 - Choeur

Qu’à un héros si grand,
Fils et favori de Jupiter,
Soit soumis tout ce que regarde le soleil,
Tout ce qu’encercle l’océan.

Et que la langue adulatrice
Ne trouve pas un plus doux mot
Que son nom bienheureux
Pour célébrer la grandeur
De quiconque est assis sur un trône.

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traduction: Jacqueline & Alain DUC