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Henry Purcell

 

The Fairy Queen
[
La Reine des Fées]
Semi-Opéra, avec succession de Masques

livret d'Elkanah Settle
d’après Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare

représenté pour la première fois au Dorset Garden, Londres
Avril 1692

Henry Purcell [1659 - 1695]

 

 

les personnages [par ordre d'entrée]:

Un poète ivre
Deux Fées
La Nuit
Le Mystère
Le Secret
Le Sommeil
Une Dryade
Corydon
Mopsa
Une Nymphe
Trois Serviteurs de la Troupe d'Obéron
Le Printemps
L'Été
L'Automne
L'Hiver
Junon
Une Chinois
Une Chinoise
Deux Femmes
L'Hymen

Le Chœur
Le Chœur des Saisons

 

 

 

Prologue
Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V

 

Prélude - Hornpipe - Air - Rondeau

 

Acte I

 

Ouverture

Titania entre avec un garçonnet indien et ordonne aux fées de son cortège de le divertir. Auparavant, les fées devront isoler chaque mortel qui entrera dans leur cercle et le tourmenter. Leur victime est un poète ivre.

 

Le Choeur
Venez, venez, venez, quittons la ville
Et dans un endroit solitaire
Qui n’a jamais connu la foule et le bruit,
Décidons de passer nos jours.
Sous de plaisants ombrages, sur l’herbe,
Nous nous étendrons la nuit;
Nos jours passeront dans un loisir paisible,
Ainsi glissera le Temps.

Le poète ivre
Remplissez la coupe, et puis...

1ère fée & le Choeur
Dansons, dansons en cercle,
Dansons autour de ce mortel, et chantons.

Le poète
Assez, assez;
Nous devons jouer à colin-maillard;
Faites-moi tourner et éloignez-vous,
J’attraperai qui je peux.

1ère fée & le Choeur
Allons sur lui, oui, oui, oui,
Pinçons le misérable, de la tête aux pieds;
Pinçons-le quarante fois, oui, quarante,
Pinçons jusqu’à ce qu’il confesse ses crimes.

Le poète
Arrête, maudite crapule de bourreau, je confesse tout !

Les deux fées
Quoi, quoi, &c.

Le poète
Je suis ivre, aussi vrai que je suis vivant, mes garçons, ivre.

Les deux fées
Qui es-tu ? Parle !

Le poète
Si vous voulez savoir, je suis un poète lamentable.

Le Choeur
Pincez-le, pincez-le pour ses crimes,
Son nonsense et ses rimes de mirliton.

Le poète
Arrêtez ! Oh! Oh ! Oh!

Les deux fées
Confesse encore, encore !

Le poète
Je confesse, je suis très pauvre.
Je vous en prie, ne me pincez pas comme ça,
Cher bon Diable, laisse-moi aller;
Et vu que j’espère être couronné de lauriers,
J’écrirai un Sonnet à ta gloire.

Le Choeur
Emmenez-le d’ici, loin, loin,
Qu’il dorme jusqu’au point du jour.

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Gigue - Musique d'entracte: Gigue

 

 


 

 

Acte II

 

Un bosquet au clair de lune. Titania entre avec sa suite.

Prélude

Les fées invitent les oiseaux à chanter et dansent pour leur reine.

 

Le Chœur des Fées
Venez tous, vous les chantres de l’air,
Réveillez-vous et assemblez-vous dans ce bois;
Mais qu’aucun oiseau de mauvais augure n’approche,
Seuls les inoffensifs et les bons.

Trio
Puisse le Dieu de l’esprit nous inspirer,
Et les Neuf Sœurs jouer un rôle;
Et que le chœur céleste, béni,
Montre le meilleur de son art
Pendant qu’Écho, par des sons lointains,
Répétera chaque note,
Chaque note, chaque note.

Le Chœur
Maintenant, unissez toutes vos voix gazouillantes.

Chanson et le Chœur
Chantez tandis que nous dansons sur l’herbe;
Mais que des vapeurs nocives n’aillent pas monter ni descendre,
Rien qui offense notre Reine des Fées.

 

Danse des fées et des elfes.

Entrent quatre créatures nocturnes, la Nuit, le Mystère, le Secret et le Sommeil qui chantent une berceuse pour Titania.

 

La Nuit
Vois, même la Nuit en personne est ici
Pour favoriser ton dessein,
Et tout son paisible cortège est proche,
Qui incline les humains au sommeil.
Que le bruit et le souci,
Le doute et le désespoir,
L’envie et la rancune
(Le délice du Malin)
Soient toujours bannis d’ici.
Que le doux repos
Lui ferme les paupières,
Et que des ruisseaux murmurants
Apportent des rêves plaisants;
Que rien ne reste qui agresse.

Le Mystère
Je suis venu pour tout verrouiller,
L’amour sans moi ne peut durer.
L’amour, comme les plans du sage,
Doit être caché aux yeux vulgaires.
Il est sacré, et nous devons le garder secret;
Ils le profanent, ceux qui le révèlent.

Le Secret
Une charmante nuit
Donne plus de délices
Que cent jours heureux.
La nuit et moi relevons la saveur,
Faisons durer le plaisir plus longtemps,
Par des milliers, des milliers de façons.

Le Sommeil
Chut, plus rien, silence, tous.
Le doux repos lui a fermé les yeux,
Doux comme tombe la neige duveteuse.
Doucement, doucement, envolez-vous d’ici,
Qu’aucun bruit ne dérange son esprit endormi.

 

Danse du Cortège de la Nuit

Entracte: Air

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Acte III

 

Titania entre avec Bottom. Deux cygnes apparaissent sur un étang, se changent en fées, se mettent à danser et sont interrompus par quatre « hommes verts ».Une fée invoque les esprits de l’air, mais à leur place entre le couple comique Mopsa et Corydon.

Cortège de faunes, naïades et dryades

 

Chanson

Si Amour est une douce passion, pourquoi torture-t-il ?
S’il en est une amère, oh, dites-moi d’où vient mon contentement ?
Puisque je souffre avec plaisir, pourquoi devrais-je me plaindre,
Ou accuser mon destin, quand je sais que c’est en vain ?
Si plaisante est la peine, si douce la flèche,
Qu’en même temps elle me blesse, et chatouille mon cœur.

Je presse doucement sa main, regarde languissamment par terre,
Et par un silence passionné, je fais connaître mon amour.
Mais, oh ! je suis si fortuné quand elle se montre assez bonne
Pour découvrir son amour par quelque maladresse volontaire.
Quand elle tâche de la cacher, elle révèle toute sa flamme,
Et nos yeux se disent mutuellement ce qu’aucun de nous n’ose nommer.

 

Symphonie pour l’entrée des cygnes

Danse des fées et des elfes

Danse des hommes verts

 

Chanson

Une Dryade
Vous, nobles esprits de l’Air, apparaissez;
Préparez-vous, et joignez ici vos tendres voix.
Entonnez et répétez les sons tremblants,
Tendres comme ses soupirs et doux comme perles de rosée,
Entamez une nouvelle variation, et gardez le même rythme
Que quand vous bercez le dieu d’Amour pour l’endormir.

Corydon
Maintenant, garçons et filles font les foins;
Nous avons laissé ces imbéciles obtus, et nous sommes envolés.
Maintenant, Mopsa, ne sois plus
Timide comme avant
Mais jouons joyeusement
Et faisons passer le doux temps en baisers.

Mopsa
Eh quoi, comment, seigneur bouffon, qui te rend si hardi ?
Je dois te faire connaître que je ne suis pas de ce modèle.
Je te le répète,
Les filles ne doivent jamais embrasser d’hommes.
Non, non, pas de baisers du tout;
Je n’embrasserai pas, jusqu’à ce que je t’embrasse une fois pour toutes.

Corydon
Pas embrasser du tout ?

Mopsa
Non, non, pas de baiser du tout !

Corydon
Pourquoi pas de baiser du tout ?

Mopsa
Je n’embrasserai pas, jusqu’à ce que je t’embrasse une fois pour toutes.

Corydon
Même si tu m’en donnais vingt,
Ça ne diminuerait pas tes réserves,
Offre-moi donc un baiser joyeux, joyeux,
Et reçois, reçois de moi ta part de bonheur.

Mopsa
Je ne te fais pas confiance pour ça, je te connais trop bien;
Si je t’en donne un pouce, tu prendras vite une aune,
Puis tu commanderas en seigneur
En riant comme un bouffon.
Non, non.

Corydon
Une si modeste requête
Tu ne dois pas, ne peux pas, ne va pas la rejeter,
Et je n’accepterai pas une autre réplique.

Mopsa
Fi, fi, fi ! ? 

Une Nymphe
Ayant souvent entendu des jeunes filles se plaindre
Que plus les hommes promettent, plus ils trompent,
J’ai pensé qu’aucun d’eux n’était digne de me conquérir,
Et ce qu’ils juraient, j’ai résolu de ne jamais le croire.
Mais quand il m’a fait sa cour si humblement,
Avec des regards si doux, un langage si aimable,
J’ai cru péché de refuser ses caresses.
La Nature a pris le dessus, et j’ai bientôt changé d’avis.
Même s’il devait employer tout son esprit à tromper,
Déployer toute son invention, et feindre avec art,
Je trouve de tels charmes, une telle joie à le croire,
Qu’à moi le plaisir, à lui la peine.
S’il s’avère parjure, je ne serai pas abusée,
Il peut se tromper lui-même, non me tromper.
Voilà ce que je cherche, et je n’aurai pas le dessous,
Car je serai aussi fausse et inconstante que lui.

 

Danse des faucheurs

 

Le Chœur
Nous trouverons mille et mille façons
De divertir nos jours;
On ne connaîtra jamais aucun couple aussi aimable,
Aucune vie aussi fortunée que la nôtre.

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Entracte : hornpipe

 


 

 

Acte IV

 

Symphonie:
Canzona – Largo – Allegro – Adagio – Allegro

 

Un des serviteurs de la troupe d'Obéron
Maintenant que la nuit a été chassée,
Tous saluent le soleil levant;
Voici cet heureux jour,
L’anniversaire du roi Obéron.

Deux autres
Que résonnent les fifres, les clairons et les stridentes trompettes,
Et que la haute voûte céleste répercute leur fracas.

Phoebus
Quand un long et cruel Hiver a gelé la Terre,
Et que la Nature emprisonnée cherche en vain à se libérer,
Je darde mes rayons pour donner naissance à toutes choses,
Créant le printemps pour les plantes, chaque fleur, et chaque arbre.
C’est moi qui donne vie, chaleur et vigueur à tous;
Même l’amour qui régit toutes choses sur terre, dans l’air et la mer
Languirait, s’effacerait et serait réduit à néant;
Le monde retournerait à son chaos, si je n’étais là.

Le Chœur des saisons
Hourra ! Notre noble père à tous,
Lumière et réconfort de la Terre,
Devant ton autel, les saisons se prosternent,
Toi qui donnes naissance à toute la nature

Le Printemps
Ainsi le Printemps toujours reconnaissant
T’apporte son tribut annuel.
Déposez toutes vos douceurs devant lui,
Puis chantez et jouez devant son autel.

L’Été
Voici l’Été, énergique, gai,
Souriant, gaillard, frais et beau à voir,
Orné de toutes les fleurs de Mai
Dont les charmes variés parfument l’air.

L’Automne
Voyez mes champs multicolores
Et les arbres chargés obéir à ma volonté;
Tous les fruits que l’Automne fournit,
Je les offre au Dieu du jour.

L’Hiver
Maintenant vient l’Hiver, lent, pâle, maigre et vieux,
D’abord tremblant avec l’âge, puis frissonnant avec le froid,
Engourdi par de rudes gelées, et recouvert de neige;
Il prie le soleil de le rétablir, et chante comme avant.

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Entracte : air

 


 

 

Acte V

 

Prélude

 

Épithalame

Junon
Trois fois heureux amants, puissiez-vous être
Pour toujours, toujours libres
De ce diabolique tourment, la jalousie,
De tout cet angoissant souci, ce conflit
Qui guette la vie conjugale.
Soyez fidèles l’un à l’autre,
Gentil pour elle comme elle pour toi,
Et puisque les erreurs de cette nuit sont passées,
Puisse-t-il être toujours constant, elle toujours chaste.

La Plainte
Oh, laissez-moi pleurer, toujours pleurer;
Mes yeux n’accueilleront plus le sommeil,
Je me cacherai à la vue du jour,
Je rendrai mon âme à force de soupirs;
Il est parti, il est parti, pleurez sa perte
Et je ne le verrai jamais plus.

 

Entrée dansée

Symphonie

 

La scène représente alors un jardin chinois où un couple interprète une scène de la vie paradisiaque.

 

Un Chinois
C’est ainsi que le monde ténébreux
Commença d’abord à briller,
Et venant de la puissance divine
Se projeta autour de lui un cercle lumineux
Qui le rendit étincelant
Et lui donna naissance dans la lumière.
Alors tous les esprits étaient purs
Comme ces courants de l’éther,
En sécurité dans l’innocence,
Non soumis aux extrêmes.
Il n’y avait pas place alors pour la vaine Renommée,
Pas de motif pour l’orgueil, de but pour l’ambition

Une Chinoise
Ainsi, heureux et libres,
Nous bénéficions
Des plus grandes délices de la nature.

Le Choeur
Ainsi, heureux et libres, etc.

Une Chinoise
Jamais blasés,
Nous renouvelons nos joies,
Et un bonheur en appelle un autre.

Le Choeur
Jamais blasés, etc.

Une Chinoise
Ainsi nous vivons à l’état sauvage,
Ainsi nous donnons librement
Ce que le Ciel aussi librement nous accorde.

Le Choeur
Ainsi nous vivons, etc.

Une Chinoise
Nous n’avons pas été faits
Pour le travail et le commerce
Que les fous s’ imposent l’un à l’autre.

Le Choeur
Nous n’avons pas été faits, etc.

Un Chinois
Oui, Daphné [var.: Xansi] , dans tes regards je trouve
Les charmes par qui mon cœur est séduit;
Que ton dédain ne laisse donc pas s’enfuir
Le prisonnier qu’ont fait tes yeux.
Celle qui, en amour, se défend le moins,
C’est elle qui blesse avec la flèche la plus sûre;
La beauté peut captiver les sens,
Mais seule la gentillesse conquiert le cœur.

 

Des singes descendent des arbres et dansent

Danse des singes

 

Première femme
Écoutez comme toutes les choses se réjouissent à l’unisson,
Et comment le monde semble n’avoir qu’une voix.

Seconde femme
Écoutez maintenant comment les échos de l’air chantent un triomphe
Et comme à l’entour les Amours ravis font claquer leurs ailes.

Le Choeur
Écoutez ! Écoutez !

Seconde femme
Sûrement, ce benêt de dieu du mariage n’entend pas.
Nous allons le réveiller avec un charme. Apparais, Hymen !

Les deux femmes
Nous allons le réveiller avec un charme. Apparais, Hymen !

Le Choeur
Apparais, Hymen !

Les deux femmes
Notre Reine de la nuit te commande de ne pas traîner. Apparais  !

 

Prélude

 

Hymen
Voyez, voyez, j’obéis.
Ma torche a longtemps été éteinte, je déteste
Présider à des vœux lâches et mensongers,
Quand l’amour survit à peine à la nuit de noces.
Ces flammes fausses, ces météores d’amour ne fournissent pas de lumière à ma torche.

Les deux femmes
Alors, tourne tes yeux vers ces couronnes de lumière
Et tu les verras faire prendre feu à ta torche.

Hymen
En vérité, ma torche resplendira d’un tel éclat:
L’amour n’a jamais eu de tels autels, si divins.

 

Chaconne

 

Hymen et les deux femmes
Ils seront aussi heureux qu’ils sont beaux;
L’amour envahira toutes les demeures du souci;
Et chaque fois que le soleil diffusera sa lumière naissante,
Ce sera pour eux un nouveau jour nuptial,
Et quand il se couchera, une nouvelle nuit de noces.

 

Un Chinois et une Chinoise dansent

 

Le Choeur
Ils seront aussi heureux qu’ils sont beaux;
L’amour envahira toutes les demeures du souci;
Et chaque fois que le soleil diffusera sa lumière naissante,
Ce sera pour eux un nouveau jour nuptial,
Et quand il se couchera, une nouvelle nuit de noces.

 

Tous les danseurs s’unissent au chant

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC